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Sécurité: la droite prépare-t-elle la revanche de la technostructure?

Dans le débat sur la sécurité, thème favori des présidentielles, opportunément relancé par l’opération de guérilla menée à Viry-Chatillon, la droite a commencé à dévoiler ses intentions véritables pour 2017: la revanche de la part de technostructure écartée du pouvoir en 2012. Certains imaginaient qu’une petite cure d’opposition avait permis aux esprits de prendre du recul et de réinventer des paradigmes obsolètes. Pas du tout! le logiciel de 2007 (celui présenté avec mordant par Buisson comme une vaste arnaque) est resté intact et ne demande qu’à reprendre du service.

Péchenard, meilleur exemple de la revanche?

Dans cette espèce de grand remake auquel les Républicains nous préparent, Frédéric Péchenard, bras droit de Sarkozy et ancien directeur général de la Police Nationale, se propose de jouer le rôle principal. Son numéro sur BFM TV hier a laissé pantois:

On a bien compris: les problèmes de délinquance, en France, sont dus aux défauts de la justice, au manque d’arsenal répressif pour les policiers. Mais en aucun cas, les problèmes d’organisation interne de la police ne sont en cause, et en aucun cas le management de la police ne doit être passé au crible. On dirait du Cazeneuve sans Cazeneuve! circulez y a rien à voir!

Et pourtant, la police a des problèmes à régler

Dans l’affaire de Viry-Chatillon, il est pourtant évident que les problèmes structurels de la police nationale sont aussi en cause. La cité de la Grande Borne est parfaitement connue comme une zone de non-droit (n’en déplaise à Péchenard et à sa langue de bois, ces zones existent, et le seul fait d’en nier l’existence en dit long sur le déni revanchard dont les Républicains sont porteurs), et ça ne date pas d’hier. S’agissant de la caméra protégée par les policiers brutalement attaqués dimanche, depuis plusieurs semaines des opérations à la voiture bélier avaient eu lieu sur place.

Pourquoi a-t-on envoyé des effectifs mal préparés et mal protégés en faction, donc comme cibles faciles, en plein état d’urgence, dans un coupe-gorge aussi dangereux, comme attachés à un poteau au milieu d’un désert survolé par les vautours? La question mérite d’être posée à la hiérarchie locale.

La police et ses choix d’organisation sous Péchenard

Tout ceci oblige à revenir à l’état dans lequel Péchenard et le gouvernement Fillon ont laissé la police en 2012. Un bref rappel s’impose, manifestement: les impétrants avaient taillé dans le vif des effectifs sur le terrain, spécialement sur les terrains les plus criminogènes, tout en affirmant que la sécurité était leur priorité. Pendant ce temps, l’administration centrale de l’Intérieur se gavait.

Certes, la gauche a non seulement continué cette politique mais l’a même aggravée, portant à 7.000 fonctionnaires les effectifs de la place Beauvau proprement dite (soit plus d’effectifs que l’administration centrale de l’Education Nationale pour dix fois moins de fonctionnaires).

Il n’en reste pas moins que Péchenard a été l’homme d’une gestion aristocratique, imposant une cure d’austérité au tiers état pour mieux engraisser les courtisans qui l’entouraient. En l’écoutant hier, on a compris que, pour lui, 2017 était l’année d’une continuité assumée dans un parisianocentrisme que le pays rejette.

Les Républicains tous en coeur pour continuer la réaction nobiliaire

Dans le petit débat improvisé entre candidats à la primaire que BFM a organisé hier sur son plateau, il ne s’est d’ailleurs trouvé personne pour mettre à plat le sujet. Unis comme un seul homme, tous ont expliqué, en regardant le bout de leurs chaussures, qu’il n’y avait pas de problème d’effectifs policiers sur le terrain. Il suffit pourtant de passer une heure dans un quartier difficile et une heure dans un beau quartier de Paris pour le vérifier soi-même: n’importe quel Français peut observer qu’on voit dix fois moins de policiers là où les délits sont commis que là où ils sont rares.

Mais qu’à cela ne tienne! personne, chez les Républicains, n’a envie de se livrer à son droit d’inventaire sur la politique de Sarkozy, et il vaut mieux nier les évidences, comme la gauche l’a fait depuis 5 ans, en assénant que tout fonctionnait parfaitement dans la police nationale.

La droite a déjà vendu la peau de l’ours

La campagne pour la primaire devrait confirmer l’horreur du spectacle auquel nous avons assisté hier sur BFM. Les Républicains sont des fainéants repus. Ils sont tous convaincus que le vainqueur de la primaire sera le vainqueur facile et naturel de la présidentielle. Cette grave erreur d’analyse dispense donc de tout effort de remise à plat, en particulier de réflexion approfondie sur la réforme de l’Etat.

Or, on voit mal comment les promesses sur la diminution des dépenses publiques pourront être tenues sans un réexamen en profondeur de l’Etat et de son fonctionnement. Mais, beaucoup à droite ont sans doute l’illusion qu’en échange d’une baisse d’impôts les Français accepteront sans broncher une réduction des services publics, et qu’il ne faut pas chercher plus loin…

Macron a-t-il déjà fait pschitt?

Emmanuel Macron peut-il encore apparaître comme une candidature crédible, ou a-t-il déjà fait « pschitt », pour reprendre l’expression de Jacques Chirac à propos de l’une de ses affaires judiciaires? La semaine qui s’est écoulée laisse à penser que le champignon Macron, poussé brutalement après la pluie gouvernementale, a fini sa croissance et qu’il pourrait bien entamer une pente de déclin.

Macron n’a pas atteint ses objectifs

En lançant son mouvement En Marche, le jeune Macron avait annoncé des objectifs de production et de diagnostic dignes de l’Armée Rouge. En particulier, il promettait 100.000 questionnaires aux Français pour comprendre les sujets qui les intéressent. Dans la pratique, il aura recueilli 25.000 réponses, affichant de nombreuses autres « conversations ».

Ce chiffre fait un peu mauvais genre, dans la mesure où il laisse entendre que la mayonnaise Macron n’a pas vraiment pris sur le terrain.

Une méthode digne d’un consultant du BCG

Pour mener à bien son opération de candidature, Macron a développé une sorte de matrice piochée dans les diaporamas des cabinets de conseil: un diagnostic partagé, une restitution, un programme. La méthode en elle-même interroge, dans la mesure où le candidat donne le sentiment de ne pas avoir de vision, et de chercher simplement à dire ce que les Français ont envie d’entendre.

Pour l’instant, Macron en est à la phase de diagnostic. On croirait une adaptation fidèle d’une démarche RGPP.

Tout ça pour ça?

Au final, Macron a produit, lors de son discours de Strasbourg, un diagnostic extrêmement décevant sur l’état de la France et de ses envies, au point qu’on se demande pourquoi il a mobilisé autant d’énergie pour redire ce que tout le monde sait depuis longtemps. Le pire est que tout cela est formulé dans un sabir fastidieux:

Des propositions obsolètes

Comble de malheur, non seulement Macron a retiré des énergies qu’il a mobilisées un diagnostic pauvre, mais il n’a formulé aucune proposition novatrice. Pour répondre à la méfiance profonde des Français vis-à-vis de la politique, il a simplement milité en faveur d’une introduction d’une dose de proportionnelle aux élections législatives, et d’une commission citoyenne tirée au sort telle que l’avait proposée Ségolène Royal en 2007.

C’est bien court, jeune homme, au vu des attentes que vous aviez soulevées!

La catastrophe de la laïcité revancharde

Autre sujet de discorde (il fallait bien qu’il vînt tôt ou tard): la laïcité. Dans une interview tonitruante à Marianne, Macron a commencé à s’aventurer sur des terres glissantes où sa légitimité est moins spontanée. Voici un résumé des formules qui fâchent, qu’il a pu utiliser:

Même chose sur le voile à l’université. Je suis contre l’interdiction. (…) Au titre d’une laïcité revancharde, on en vient à sortir des citoyens des lieux de la République et à les confiner à l’écart, sans enrayer la montée du fondamentalisme, ni conforter la laïcité. (…)

La laïcité n’a pas vocation à promouvoir une religion républicaine. La République est ce lieu magique et unique qui permet à des gens de vivre dans l’intensité de leur religion. C’est pour ça que je dénonce les considérations qui demandent à des citoyens d’être «discrets», parce que les précédents historiques où l’on a demandé la discrétion en matière de religion ne sont pas à l’honneur de la République. Et qu’on demande à des gens d’être des musulmans modérés ! Demanderait-on à des catholiques d’être modérés ? Non !

Macron est donc entré dans le vif des débats, et a commencé à décevoir non seulement par la timidité de ses propositions, mais par leur conformisme « bobo ». Alors qu’il touche largement à un électorat « orléaniste » de gauche, attaché à la modération religieuse, sa sortie sur la « laïcité revancharde » et sur l’intensité religieuse risque de lui coûter cher (surtout auprès des catholiques appelés depuis des décennies à la modération).

L’orléanisme français à bout de souffle?

La plausible faillite de l’opération médiatique Macron risque de soulever quand même quelques questions de fond sur la capacité de l’orléanisme français à se réinventer. Consumé comme un fétu de paille, Macron ne laissera derrière lui qu’Alain Juppé, qui n’incarne pas la modernité à proprement parler, et apparaît même comme un spectre venu d’un autre siècle.

Cela signifie-t-il qu’à un tournant du régime frappé par une profonde crise nobiliaire, l’aristocratie française n’a plus les forces internes pour se renouveler et pour affronter l’avenir? Probablement, oui.

Karine Le Marchand, cette grande prêtresse de la subversion

Article écrit pour Atlantico.

J’ai découvert l’existence de Karine Le Marchand à l’occasion des polémiques qui sévissent autour de son émission Ambition Intime, qui a tout de même réuni près de 14% de parts de marché, soit mieux que l’Emission politique de France 2. Elle s’est immédiatement attiré les foudres pleines de mépris social de ses collègues forcément beaucoup plus intelligents qu’elle:


7/9 intime – Le Billet de Sophia Aram par franceinter

Peopolisation de la politique…

Comme tous les bons gros snobs parisiens, j’ai, en regardant des extraits de cette émission, commencé par mobiliser toute la doxa inculquée par les meilleurs lycées de la capitale sur la majesté de l’art politique. Bien sûr, il ne faut pas transformer la politique en théâtre, ni en spectacle. Bien sûr, l’homme politique n’existe pas pour ce qu’il est mais pour les idées qu’il porte. Etc.

On connaît tous cette petite musique qui court les beaux quartiers, et qui soutient que la politique est forcément une chose très sérieuse et surtout pas une affaire de people où l’on met sa vie privée ou son surmoi profond en scène.

… ou tiers-étatisation de l’aristocratie?

Mais pourquoi les Français préfèrent-ils regarder leurs politicien(ne)s parler de leur chat que de leur programme ou de leurs idées? Certains souligneront que le spectacle des idées qui habitent nos élus peut donner le vertige, tant il expose au vide. Et ce n’est pas complètement faux.

Mais le problème n’est probablement pas là. L’intérêt de l’émission de Karine Le Marchand se révèle, à l’usage des Français, majeur par des temps de réaction nobiliaire. La présentatrice a eu la bonne idée de briser les étiquettes protocolaires et de rendre humains les élus désincarnés, déshumanisés, que la mise en scène médiatique a l’habitude de magnifier, de placer dans une sorte de constellation supérieure qui semble inaccessible aux Français.

Avec Karine Le Marchand, tous nos aristocrates de la République paraissent subitement conformes à leurs origines: ils ne sont guère que des roturiers, avec leurs petits malheurs et leurs petits bonheurs quotidiens. C’est cette humanisation-là que les Français veulent voir.

L’émission très française de Karine Le Marchand

D’ailleurs, il n’y a qu’en France (et dans quelques pays anglo-saxons) que l’émission de Karine Le Marchand peut avoir du succès. Pour que le concept fonctionne et fasse de l’audience, il faut en effet que les téléspectateurs aient l’impression d’une distance infranchissable entre eux et leurs élus (propre d’un système qui n’est pas démocratique).

Dans un pays germanique ou nordique, la proximité entre les élus et la population viderait l’émission de tout son intérêt. Là où les élus vivent au milieu de la population, prennent les transports en commun, boivent un verre à la terrasse des cafés populaires, n’ont pas de garde du corps et ne se sentent pas obligés de vivre entre eux, les téléspectateurs n’ont pas besoin d’allumer leur poste de télévision pour savoir quelle vie vivent leurs élus.

Les chiens de garde de l’establishment sont en colère

Sans surprise, la matinale de France Inter a donc tiré à boulets rouges sur ce concept qui remet en cause l’éloignement des élus, l’aristocratisation de la République, dont ils sont les grands admirateurs et les plus grands bénéficiaires. Comment ce repère de chiens de garde en bonne et due forme de l’establishment pourrait-il survivre à une constitution vraiment démocratique en France? Telle est la question majeure qui explique pourquoi France Inter, comme d’autres médias publics ou subventionnés, doivent forcément saper cette émission à rebours du style habituel.

Dès lors que la politique n’est plus une mise en scène rassemblant quelques grands de la Cour occupés à se disputer le pouvoir, dès lors que l’élu est descendu de son piédestal pour apparaître humain (trop humain?), ceux dont la profession se résume à une glose sur l’élite sont en danger.

Karine Le Marchand, prêtresse de la subversion

Avec ses airs de chatte sortie d’un film de Disney, Karine Le Marchand a au fond fait beaucoup plus pour la démocratie et l’implosion de la réaction nobiliaire que n’importe quel autre journaliste avant elle. Elle a prouvé aux Français que, même dans l’élite, on met ses pieds sur la table basse du salon et on se raconte des babioles insignifiantes, comme dans n’importe quelle famille. Les Français en ont assez des élus « anormaux »: Karine Le Marchand leur a fait toucher du doigt l’extrême normalité des personnages pour qui ils sont appelés à voter.

Et si l’animal Sarkozy assumait vraiment son populisme?

Article écrit pour Atlantico.

Sarkozy n’est jamais aussi percutant, déterminé, charismatique que dans les moments difficiles où tout le monde pronostique son effondrement. Il en a donné une nouvelle preuve au journal de 20 heures de France 2, hier, où il a renversé l’ordre du débat en proposant deux referendums dès les élections législatives de juin 2017 sur la rétention administrative des fichés S et sur le regroupement familial. Qu’on aime ou pas, qu’on le veuille ou pas, l’animal Sarkozy a senti la situation et bousculé ses adversaires par une proposition tonitruante dont tout le monde parle, et qui oblige ses adversaires à prendre position.

Pourra-t-il s’arrêter au milieu de cette voie dans laquelle il vient de s’engouffrer ? Ou a-t-il intérêt à faire son coming-out bonapartiste complet ? La question est ouverte.

Sarkozy bousculé par Buisson

Une ombre planait sur le plateau de France 2 hier: celle du Raspoutine alopécique Patrick Buisson, qui a ouvertement accusé Sarkozy de mentir cyniquement à ses électeurs, en formulant des propositions qu’il n’a aucune intention de réaliser. On a bien senti que l’interview était tout entière organisée autour de ce tabou qu’on ne pouvait violer mais qu’on avait tous en tête.

D’où la proposition de Sarkozy d’organiser un referendum le jour même des législatives, histoire de laisser les Français le sanctionner s’il ne tenait pas parole.

L’influence orbanienne?

Le présentateur a, au passage, glissé une allusion à Viktor Orban, dont nous révélions hier que Nicolas Sarkozy avait recruté un conseiller, Arpad Habony. De fait, face à Juppé dopé par ses tisanes qui lui permettent de conserver le maillot jaune dans les étapes de montagne, Sarkozy pratique la fuite non pas en avant mais vers la droite, en multipliant les propositions qui pourraient convaincre les électeurs du FN de venir le soutenir.

On parlera désormais de la tentation orbanienne de Sarkozy.

Un pari gagnant face au confusionnisme de Juppé?

Chacun appréciera l’orientation. Certains l’appelleront même une dérive. Elle cache en réalité une course à l’élargissement du socle électoral qui plombe la primaire des Républicains. Juppé a d’ailleurs ouvert le premier la boîte de Pandore en proposant aux électeurs de gauche de venir voter. Un candidat de droite désigné avec des voix de gauche? Ce confusionnisme-là appelait la réaction de Sarkozy vers le vote FN.

Reste à savoir si les Républicains survivront à la tension imposée par cette épreuve de tir à la corde écossaise. La distance entre les électeurs centristes et le camp d’en face risque en tout cas de bien s’agrandir à l’issue de la confrontation.

Sarkozy à mi-chemin de son populisme

Sarkozy apparaît toutefois encore à mi-chemin de son populisme, comme s’il voulait bien s’en servir sans l’assumer vraiment. Car, au point où il en est dans sa désignation des élites face au parler vrai du peuple français, il manque une brique essentielle. Comment peut-on critiquer un régime dominé les élites sans proposer de changer le régime lui-même?

L’organisation d’un referendum sur l’internement des fichés S lui en donnera pourtant l’occasion. L’article 11 de la Constitution compliquera en effet l’organisation de ce referendum… disons même que Sarkozy aura besoin de réformer la Constitution pour le permettre, ce qui exclut le respect de la date du 18 juin pour tenir le scrutin.

Au lieu d’être le candidat orbaniste du referendum, Sarkozy ne gagnerait-il pas à devenir le candidat de la rupture en proposant de changer le régime tout entier? Le peuple l’attend, et le populisme a (souvent) du bon lorsqu’il est parfaitement assumé.

Splendeur et misère de la primaire des Républicains

Au fond, l’absence de base électorale claire pour cette primaire a du bon. Elle crée une virulente mais saine concurrence entre deux lutteurs qui sont capables du pire comme du meilleur. On se félicite donc que les Républicains n’aient pas posé comme principe simple d’interdire aux électeurs de la primaire de participer aux primaires de la gauche. Cette idée simple et facile à mettre en oeuvre nous aurait évidemment ces débordements.

Vive le manque d’imagination des crânes d’oeuf qui ont préparé ce scrutin! Et chapeau à l’animal électoral Sarkozy, qui pourrait bien bousculer le système sans s’en rendre compte, comme un chien aveuglé par la piste qu’il suit.

 

Pourquoi la primaire du PS a lieu en janvier?

La primaire citoyenne du Parti Socialiste auront lieu les 22 et 29 janvier 2017, soit deux mois après celles des Républicains, et quatre mois seulement avant l’élection présidentielle. Ce délai extrêmement court a suscité de nombreuses interrogations. La question du financement de la campagne éclaire largement le choix de cette date tardive.

La primaire programmée pour Hollande

Certes, politiquement, François Hollande a un besoin structurel d’une primaire tardive. Ce choix s’explique par deux raisons simples.

La première est que la campagne pour la primaire à laquelle il est susceptible de participer sera difficilement compatible avec la dignité de la fonction présidentielle. Il est donc vital de ne pas laisser trop de temps à la primaire pour faire des dégâts supplémentaires dans l’exercice du pouvoir, étant entendu qu’une campagne trop longue dont il sortirait victorieux risquerait de lui nuire dès le premier tour. Les Français pourraient lui reprocher d’abandonner sa fonction pour s’occuper de sa réélection.

Une deuxième raison tient à l’étrange situation dans laquelle il se trouvera s’il perd la primaire: sa légitimité, déjà très faible, sera définitivement battue en brèche et ruinée, au point que cette situation inconfortable nuira sans doute à l’image de la France.

La raison cachée de cet étonnant calendrier

Mais une raison moins avouable explique que le Président repousse la primaire à un calendrier tardif. Elle tient à un calcul curieux lié au financement de la campagne électorale. Comme on le sait, celui-ci est plafonné à 16,5 millions d’euros pour le premier tour. Mais, dans un avis de 2013, le Conseil d’Etat a validé le principe d’une soustraction pour les dépenses liées à la campagne de la primaire:

« … Il a été jugé, dans le cadre d’une élection primaire organisée par un parti politique en vue de l’investiture de son ou ses candidats, que les dépenses d’un candidat ayant eu pour but de promouvoir et de favoriser auprès des adhérents de son parti politique sa candidature à l’investiture de ce parti ne sont pas engagées ou effectuées en vue de l’obtention des suffrages des électeurs ; par conséquent, elles n’ont pas à figurer au compte de campagne que ce candidat doit tenir en application de l’article L. 52-12 du code électoral (Elections municipales d’Argenteuil, 23 juillet 2009, n° 322425). Il résulte de ce qui précède que les dépenses faites par un candidat, lors d’une campagne en vue d’une élection primaire avant son investiture par un parti politique, ne peuvent s’ajouter, pour l’application de l’article L. 52-12 du code électoral, aux dépenses de la campagne postérieure à cette investiture que pour autant que les premières dépenses puissent être regardées comme engagées ou effectuées en vue de l’obtention des suffrages des électeurs lors de l’élection, et non de l’obtention des suffrages des seuls adhérents du parti politique auquel appartient le candidat en vue de son investiture. Tel est le cas des dépenses faites par un candidat à l’occasion d’une élection primaire ouverte à l’ensemble des électeurs de la circonscription de l’élection. Par conséquent, les dépenses engagées ou effectuées à l’occasion d’une élection primaire ouverte à l’ensemble des électeurs doivent être regardées comme engagées en vue de l’élection. Tel est, d’ailleurs, le sens de la position prise par le Conseil constitutionnel sur le guide établi par la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques en vue de l’élection présidentielle de 2012. »

Pour pouvoir gonfler l’addition de la campagne officielle, retarder la primaire permet donc de faire passer sur le budget de celle-ci une part substantielle des dépenses contractées pour le scrutin officiel.

Astucieux!

La « B(r)anque du Temps », l’invention baroque de la CFDT

La Banque du Temps, ça sonne comme un poème écrit un dimanche pluvieux par un directeur d’agence du Crédit Agricole, ou par un délégué syndical qui termine son sandwich merguez après un meeting de Laurent Berger. Cette invention baroque, cette espèce d’oxymore comme auraient dit les Grecs, est pourtant une proposition tout à fait formalisée, concertée, poussée par la CFDT pour empoisonner la vie des petites entreprises. Après le compte pénibilité, pour lequel la confédération réformiste s’est engagée avec beaucoup de détermination (et une parfaite conscience d’apporter une importante distorsion de concurrence en faveur des grandes entreprises où elle domine la CGT et au détriment des petites entreprises où la CGT la domine), Laurent Berger récidive donc, bien décidé à cirer les pompes des grands groupes et de leurs confortables clubs de direction où l’on se rince à l’oeil en bonne compagnie, et à vitrifier la concurrence émiettée des petits acteurs qui cassent les prix et jouent la mouche du coche dans le capitalisme de connivence.

Mais c’est quoi la banque du temps

L’expression est apparue à l’occasion du rapport parlementaire sur la refondation du paritarisme. Ce texte venu d’un autre âge, et rédigé notamment par l’étatiste Jean-Marc Germain, qui n’a jamais caché son hostilité à la libre concurrence, constitue en lui-même une sorte d’ode à l’Ancien Régime et à ses corporations, une page obsolète arrachée au livre du déclin français. Les mauvaises langues murmurent que, dans ce pamphlet de mauvais goût, toutes les pages ont été écrites par les fonctionnaires de l’Assemblée dédiés à la mission, sauf les pages évoquant la « banque du temps », qui seraient arrivées toutes cuites de la CFDT par porteur cycliste. Les députés n’auraient eu qu’à les intégrer dans leur texte sans modifier une ligne.

Voici comment la « banque du temps » se définit officiellement:

La gestion du temps est précisément l’objet de la Banque interprofessionnelle du temps. Quel que soit le nom retenu, le dispositif a vocation à n’être qu’une étape. Si l’on n’introduit pas aujourd’hui la notion de temps dans le compte personnel d’activité (CPA), c’est parce que la question de sa transférabilité n’est pas réglée. J’ai donc voulu traiter ce sujet de façon spécifique. Nous avons réglé le problème de la transférabilité des droits à formation via le compte personnel de formation. Reste à décider comment transférer des jours d’une entreprise à une autre et à décider qui les paie.

La banque du temps, c’est la transférabilité des jours de formation non consommés dans une entreprise.

Le problème de la transférabilité du compte formation

De longue date (et au moins depuis 2008), la CFDT lutte pour la transférabilité des droits à formation tout au long de la vie. Concrètement, cela signifie qu’un salarié qui quitte une entreprise pour une autre devrait conserver dans sa nouvelle entreprise les droits à formation acquis dans son précédent emploi.

Techniquement, cette mesure en apparence simple est extrêmement complexe car elle oblige l’entreprise précédente à inscrire dans son passif social les droits à formation ainsi transférés. Pour une grande entreprise, l’enjeu est coûteux mais gérable. Pour une petite entreprise, cela signifie qu’elle doit provisionner pendant de nombreuses années des coûts sociaux afférents aux salariés qui la quittent.

Ce problème (qui se chiffre à plusieurs milliards pour l’ensemble des entreprises) a toujours empêché toute avancée sur cette idée.

La solution baroque de la banque du temps

La proposition de la CFDT vise donc à monétiser sous forme d’épargne les engagements sociaux des entreprises correspondant aux droits à formation des salariés qui la quittent. Assez logiquement (même si le rapport n’est pas explicite là-dessus), les entreprises devraient donc, chaque fois qu’elles se séparent, pour une raison ou pour une autre, d’un salarié, verser une somme à cette banque correspondant aux droits acquis (notamment les salaires à verser pour les jours de formation) par le salarié. Celui-ci pourrait utiliser ces fonds pour des formations dans sa nouvelle entreprise.

Il y a beaucoup à dire sur l’évolution conceptuelle de cette idée. En attendant, les entreprises seront heureuses d’apprendre qu’un salarié qui démissionne du jour au lendemain leur coûtera en plus cher qu’aujourd’hui…

Une solution pilotée par la Caisse des Dépôts?

Qui tirera profit de cette invention baroque? La Caisse des Dépôts, dont le rôle est expliqué par Arnaud Richard, l’autre rapporteur de la mission:

Dans mon esprit, l’idée est lorsque vous transférez des jours, ils soient payés par l’entreprise à cette banque du temps – qui serait naturellement la Caisse des dépôts et consignations, compte tenu des choix qui ont été faits pour le CPA. Lorsque le salarié prendrait des jours de congé acquis dans les entreprises où il a travaillé antérieurement, ces jours seraient donc payés par celles-ci. Il faut néanmoins que les entreprises apprennent à remplacer les salariés qui prendront un « congé CPA » tout comme elles remplacent les femmes qui prennent un congé maternité. Bref, la création d’une banque du temps permettra de régler la question du financement – celui-ci étant aujourd’hui incomplet en raison de certains plafonnements et de règles de fiscalisation qui limitent la possibilité de transférer des jours. Reste effectivement à traiter la façon de concilier cette liberté avec un bon fonctionnement de l’entreprise, question dont, à nos yeux, les partenaires sociaux doivent se saisir.

Mais, je rêve ou bien… Arnaud Richard fut, en 2009, salarié de la Caisse des Dépôts? Il y était responsable des relations institutionnelles, c’est-à-dire lobbyiste en chef. Manifestement, il n’a pas perdu la main.

Un projet de loi en janvier 2017

Précisons aux entrepreneurs que cette affaire devrait se régler en janvier 2017, par une loi sur le paritarisme portée par Myriam El-Khomri. Ce texte sera l’occasion pour le gouvernement d’accorder un dernier cadeau à la CFDT en échange de son sympathique soutien pour les présidentielles. Celui-ci passera sans doute par quelques déclarations fracassantes de Laurent Berger dénonçant le populisme de tous ceux qui dénoncent les arrangements entre amis sur le dos des forces vives du pays.

On connaît ta musique, Laurent!

Juppé, le libéral qui veut un Etat fort

Et si Juppé remportait la primaire? Cette possibilité ne manque pas de piquant, puisqu’elle ramènerait la présidentielle à une sorte de tournoi du vingtième siècle, alors que la France a plus que jamais besoin d’un renouveau. Pour les partisans d’une libération des forces économiques, cette annonce sonne comme une mauvaise plaisanterie.

Les postures de Juppé sur l’entreprise

Alain Juppé, inspecteur général des finances qui a une connaissance théorique et livresque de l’entreprise, prend des positions tout à fait inquiétantes sur les entreprises. Dans son discours tenu à Lyon hier soir, il a notamment dit ceci:

«L’État est trop absent lorsqu’il devrait être présent et trop présent lorsqu’il devrait être modeste», a estimé l’ancien premier ministre. Ajoutant: «Il est omniprésent là où nos compatriotes n’aspirent qu’à la liberté, avec un interventionnisme économique brouillon, des procédures tatillonnes, une bureaucratie d’un autre âge, une fiscalité confiscatoire.» «Je veux un État discret et modeste, là où d’autres sont plus efficaces que lui, au service de l’économie et de l’emploi», a-t-il complété. Pour lui, il n’est pas admissible qu’une «défiance» se soit installée «envers l’État». Notamment «quand ses administrations traitent tout entrepreneur comme un délinquant en puissance».

Voici une petite rengaine qui fait peur. Elle annonce une floppée de notes, de circulaires, demandant aux fonctionnaires d’être gentils, quelques baisses d’impôts savamment distillées, et pour le reste, tout recommencera comme avant. Car on en a connu des pourfendeurs de la bureaucratie et des procédures, qui simplifient d’une main ce qu’ils compliquent de l’autre.

Bref, Juppé n’est pas un libéral, et il aime l’Etat.

La déclaration d’amour de Juppé à l’Etat

D’ailleurs, il ne s’en cache pas. Dans le même discours de Lyon, il a ajouté:

s’il fait l’éloge d’un État «modeste» sur l’économie, il le veut «fort» pour le régalien. «Puissant, a-t-il même dit, là où lui seul peut agir, et nous en avons plus que jamais besoin face à la montée des périls.»

La messe est donc dite: Juppé nous fera du Chirac pur sucre. Il ne réformera rien, se contentera de ravaler quelques façades, et pour le reste reprendra le chemin des créations de postes chez les fonctionnaires et de maintien de la dépense publique à des niveaux record.

Juppé, le candidat du déclin

On comprend donc bien la logique juppéiste qui se prépare. Là où la France a besoin d’hommes et de femmes en accord avec leur temps, le pays pourrait très bien faire le choix de se rassurer en recourant à des personnalités qui fleurent bon la nostalgie d’avant. Celle de l’époque où l’on ne parlait pas de crise, d’Internet, d’immigration. Le bon temps quoi.

Reste à savoir si ce choix rapproche ou éloigne de l’effondrement final, celui où le pays aura asséché ses forces vives, désespéré sa jeunesse, et mis en place toutes les conditions d’une implosion globale créatrice de rupture. Dans l’attente de cet effondrement, on comprend déjà que les discours de Juppé sur les prisons, la police, l’autorité (mais avec un public qui siffle le principe d’une abrogation de la loi sur le mariage gay), conduira rapidement à une sorte de statu quo, mais heureux sans doute, avec la situation actuelle.

Vraiment, ça donne envie.

Pour qui Macron est-il la dernière sortie avant la tempête?

Macron fait campagne et engrange les soutiens. Mais qui sont-ils, tous ces gens qui misent sur ce jeune homme sans mandat électif? et pourquoi le soutiennent-ils? Qu’il nous soit permis, ici, de rédiger un billet « d’insider » sur ce qui se dit dans les couloirs fleuris par les partisans de Macron, sur cette candidature de derrière les fagots.

Macron, une candidature très élitiste

Comme l’a montré le Sommet des réformistes européens, Macron est d’abord un candidat soutenu par une certaine élite française. Entre Gérard Collomb et son réseau très social-libéral, l’institut Montaigne fondé par Bébéar et piloté aujourd’hui par Henri de Castries (de la Voltaire, comme Hollande), et les Gracques, qui rassemblent un bon nombre de rocardiens aux ambitions souvent frustrées (par François Hollande lui-même, d’ailleurs), Macron n’a rien d’un candidat spontané. Il est soutenu par de puissants réseaux qui comptent faire ce qu’il faut pour lui assurer la visibilité et les soutiens nécessaires à une candidature présidentielle.

Macron, l’espoir des réformistes

Le ciment global de ces soutiens dont on voit bien qu’ils émanent autant de la droite que de la gauche, pourvu qu’ils émanent de l’élite, tient à un seul mot: la réforme. Une grande partie de la technostructure française considère que l’absence de réforme depuis plusieurs décennies, et que nos partenaires européens nous reprochent, met le pays et son destin en danger.

Ils considèrent tous que Macron constitue un bon joker pour gérer la chienlit et éviter une implosion de la société française qui conduirait à jeter le bébé des lourdeurs héritées du passé avec l’eau d’un bain dans lequel ils jugent vital de continuer à se baigner, comme la construction communautaire par exemple.

Macron a la chance de tomber là où il tombe

Macron eut-il été leur premier choix si une offre politique différente se présentait? incontestablement, le jeune homme a un pouvoir de séduction et un charisme qui les étreint, mais il est probable qu’un certain nombre de soutiens de Macron eussent préféré spontanément miser sur des personnalités plus expérimentées.

François Fillon fait partie de deux-là. L’homme présente un programme qui peut séduire la technostructure et le gouvernement profond dont elle garantit les intérêts. L’inconvénient de Fillon est d’être très marqué à droite, et surtout d’avoir peu de chances de remporter la primaire des Républicains.

À gauche, Valls aurait pu jouer ce rôle. Mais sa fidélité envers François Hollande, en partie dictée par la conviction qu’une candidature hors parti n’a aucune chance d’aboutir, l’a empêché de réaliser cette alchimie.

Macron, représentant du gouvernement profond

Une fois désigné comme le jockey de l’élite dans une course très hasardeuse, Macron doit donc endosser les dossards qu’on lui apporte sur un plateau. Les axes idéologiques de ce programme sont évidents.

Premièrement, il doit porter un discours sur l’Europe, garante de la paix, de la liberté, de la prospérité. Il n’est pas impossible que Macron soit profondément et sincèrement convaincu de ces sornettes dont la principale conséquence connue depuis 30 ans s’appelle la désindustrialisation du pays. En tout cas, la ligne qu’il doit incarner est celle d’un sauvetage in extremis du Titanic européen, avec des éléments de langage simple: c’est vrai que l’Europe s’est pris les pieds dans le tapis ces dernières années, mais c’est quand même un truc cool qu’on devrait garder, hein les amis?

Deuxièmement, Macron catalyse tous les espoirs de réforme dont la technostructure est convaincue d’avoir besoin pour préserver son rôle dominant dans la société de demain. Il s’agit ici d’abattre plein de pans du corporatisme traditionnel (notamment les fameuses rigidités du marché du travail) sans toucher à l’essentiel, en particulier sans toucher aux mécanismes actuels de reproduction des élites et aux intérêts des grandes entreprises avec lesquelles elles vivent en parfaite connivence.

Au fond, Macron est un architecte d’intérieur: il a pour mission de changer l’aspect des pièces, d’abattre quelques cloisons, mais de ne pas toucher aux murs porteurs.

La grande peur de l’implosion finale

La stratégie de soutien transpartisane à Macron s’explique par un fait générateur dominant: la grande peur qui s’empare des élites françaises face à la béance du volcan dont elle a conscience de se rapprocher chaque jour un peu plus. Le fond de l’analyse est ici assez simple.

Premier point: les élites sont contestées et la stigmatisation des « populismes » et de la « démagogie » ne suffit plus à tenir la société. L’hypothèse d’une rupture par la voie démocratique, notamment avec une victoire du Front National aux élections (complète ou simplement partielle), voire l’hypothèse d’une implosion brutale, est de plus en plus prise au sérieux et même crainte. Il faut donc un sauveur.

Deuxième point: cette hypothèse est d’autant plus crédible que la France n’a pratiqué aucune des réformes nécessaires pour sa modernisation. Le résultat est évident: elle se situe sur un sentier de croissance très bas, avec un chômage élevé, là où ses voisins ont amélioré leur performance macro-économique.

Troisième point: malgré un assouplissement monétaire massif avec des taux bas qui épuisent le rendement du capital, les fondamentaux économiques ne repartent pas durablement. Une explosion systémique rend de plus en plus urgente une réaction forte.

Un Orléans en attendant un Bonaparte

Face à ces périls imminents, la technostructure cherche un libéral contrôlable et docile pour sauver les meubles en nourrissant l’illusion d’une refonte du système. C’est la carte du Philippe Egalité de 1789, de l’orléanisme bon teint, que la France expérimente tous les cinquante ans.

A-t-elle une chance de réussir?

Nous verrons bien, mais je parie plus, à titre personnel, sur un échec faute d’accepter de toucher aux fondamentaux d’un système dégénéré, et sur l’émergence future d’un Bonaparte qui pratiquera les vraies réformes…

Pourquoi une vraie réforme fiscale est urgente

L’absence d’une vraie réforme fiscale sous François Hollande constitue l’une des taches majeures qui souille le quinquennat, même si certains se réjouiront de n’avoir pas vu la gauche s’occuper de ce sujet hautement sensible.

La réforme fiscale préemptée par Piketty

Il y avait en effet fort à craindre de la réforme fiscale que Thomas Piketty avait entendu inspirer ou influencer au moment où la gauche a préparé son programme, en 2011. Rappelons en effet que, dans l’esprit d’un Piketty, l’impôt est le seul moyen de lutte contre les inégalités et que la doctrine fiscale doit être dominée par une préoccupation de redistribution.

Les économistes ne soulignent pas assez que la première utilité de l’impôt n’est certainement pas de redistribuer les richesses, mais bien de financer les dépenses publiques. Dans cette visée, l’impôt doit être simple, juste et efficace. Et c’est bien aujourd’hui le principal vice de notre système fiscal que de ne pas parvenir à financer de façon satisfaisante et acceptable les dépenses du secteur public. Le déficit public le prouve.

Pour un impôt efficace

Là encore, rappelons des évidences et enfonçons des portes ouvertes. L’impôt, en France, est un mille-feuilles absolument inefficace, dont le coût de collecte est élevé (le budget de la DGFIP approche les 10 milliards€), avec des bizarreries qui en montrent l’absurdité. L’impôt sur le revenu n’est acquitté que par 45% des foyers fiscaux. Quant aux entreprises, elles sont assujetties à 233 impôts différents!

Mais l’affaire Apple a montré que, malgré cette variété d’impôts, les trous dans la raquette sont nombreux, et certaines activités très lucratives ne sont tout simplement pas taxées…

14% des recettes de TVA ne sont pas collectées

Ajoutons enfin qu’un rapport de la Commission européenne permet de savoir que, chaque année, en Europe, ce sont 160 milliards € de TVA qui ne sont pas collectés, dont plusieurs milliards en France. Autrement dit, la fraude fiscale, même dans le domaine de la TVA, est un élément important, chiffré, pour cette taxe en France, à 14% du potentiel fiscal (ce qui est dans la moyenne européenne). Preuve est donc faite que même la TVA n’atteint pas pleinement son objectif ni sa capacité à financer les dépenses publiques.

Pour un impôt simple

L’exemple de l’impôt sur les sociétés (qui est un impôt sur les bénéfices) rappelle la grande caractéristique de la débile fiscalité française: des taux élevés mais des assiettes restreintes. Manuel Valls a annoncé cet été une baisse de l’IS pour les PME qui devrait se traduire par la création d’un troisième taux d’imposition (en plus des 30% pour les grandes entreprises et des 15% pour les petites). Voici comment une réforme positive dans son esprit se transforme en un cauchemar pour les entreprises, dans la mesure où le patron craint autant la complexité que la taxation.

La simplicité fiscale est un objectif en soi, qui mériterait d’être foncièrement mis en exergue.

La mort du consentement à l’impôt

Faute d’une fiscalité simple qui finance efficacement les dépenses publiques, le consentement à l’impôt est désormais fortement vicié. Le baromètre Fiducial l’a montré, en soulignant la perception extrêmement négative que les patrons peuvent avoir de la fiscalité en France aujourd’hui. 68% des patrons jugent la fiscalité totalement confiscatoire.

Pour la démocratie, la mort du consentement à l’impôt constitue un véritable danger.

Pour une réforme urgente

Tout ceci plaide donc pour qu’une réforme vertueuse voit le jour rapidement. Cette réforme ne doit pas être obsédée par la question de la redistribution des richesses, mais plutôt par la question du financement des dépenses publiques. Son objectif doit être l’efficacité et la simplicité. Il faut donner à l’administration les moyens d’agir à travers un système de taxation que tous les Français comprennent et acceptent.

Les règles de cette réforme sont connues d’avance: il faut un moins grand nombre d’impôts mais qu’ils soient plus généraux. Il faut des taux moins élevés mais des assiettes plus larges.

Malheureusement, ce débat salutaire et cette vision d’avenir, nous savons tous qu’ils ne seront pas le fait de 2017.

Hollande entame la distribution de champignons hallucinogènes

François Hollande a prononcé son premier discours de campagne aujourd’hui depuis la salle Wagram, qui fut en son temps un lieu de bals mondains. Il faut avoir entendu François Hollande expliquer que la France était sur la voie du redressement économique pour comprendre la maldonne de ce discours: bien entendu, il ne s’agit pas (une fois de plus!) de parler de la France et de son destin réel, mais de prononcer quelques formules magiques supposées maintenir les Français dans un état de transe extatique…

Hollande et le redressement économique

Il paraît (selon François Hollande) que la France est sur la voie du redressement économique et qu’elle fait briller dans les yeux du monde entier de petites lueurs d’envie. Nous avons même eu droit à un délire impressionnant sur la notion d’identité, qui n’existerait pas vraiment, et sur l’amour universel que nous inspirerions, avec toutes nos grandes réussites mondiales, notamment notre démographie galopante qui nous permet de figurer parmi les puissances d’avenir et les vertus de la construction européenne.

On avait l’impression de dîner dans les beaux quartiers parisiens, et d’entendre les considérations mondaines les plus plates sur ce qui se passe au-delà du périphérique. Et une fois de plus les Français ont compris que François Hollande ne savait pas vraiment ce qui s’y passait.

Le mythe tenace du redressement économique

Bien évidemment que non! il n’y a pas de redressement économique en France. Il suffit, là encore, de lire les résultats du baromètre Fiducial et Ifop pour comprendre que, non seulement la grogne chez les chefs d’entreprise est ancrée, mais qu’elle comporte une forte dose de totale désillusion. 83% des chefs d’entreprise ne croient pas un seul instant que le prochain gouvernement baissera les impôts, et une écrasante majorité d’entre eux considère que la fiscalité est confiscatoire.

Dans un paysage aussi dévasté, où la rupture est consommée entre les chefs d’entreprise et le pouvoir, comment François Hollande peut-il vanter le « redressement économique »?

La catastrophe familiale française

S’agissant de la démographie, on ne rappellera pas ici le leurre que les chiffres officiels constituent. Si beaucoup d’enfants naissent en France, ce sont majoritairement des enfants d’étrangers reconnus Français par le droit du sol. La situation de la France n’est donc pas meilleure que celle de l’Allemagne.

Qui plus est, dès son accession au pouvoir, François Hollande a abondamment tapé sur les familles moyennes, jusqu’à y réduire la natalité. Les avantages fiscaux que les classes moyennes pouvaient avoir en faisant des enfants ont disparu les uns après les autres. Vanter les mérites de notre démographie après les avoir combattus aussi vaillamment relève donc de la parfaite imposture.

Encore un couplet sur l’Europe

Le discours de Hollande a permis par ailleurs d’en remettre une couche sur le catéchisme eurolatre qui semble une fois de plus déconnecté de la réalité. Faut-il rappeler que nous sortons d’un Brexit et que nous découvrons que le premier bienfait de l’Union consiste à organiser la défiscalisation en bonne et due forme des entreprises les plus riches du monde?

C’est pourtant le moment que François Hollande choisit pour réciter ses antiennes à rebours de la réalité. Et pour tordre le cou aux rumeurs, ce n’est pas l’Union Européenne qui a garanti la paix en Europe depuis 1945, mais la confrontation entre le bloc soviétique et le bloc capitaliste, sous les auspices d’une bombe atomique qui a calmé les ardeurs de tout le monde.

Les élites coupées des réalités

Plus que jamais, le discours de François Hollande est donc tombé à plat pour tous ceux qui l’ont écouté avec une oreille critique. Il parlait d’une France qui n’existe plus et qui se résume à un empilement de clichés dépassés depuis une dizaine d’années. C’est à peu près le rythme auquel ceux qui lui ont écrit son discours franchissent le périphérique.

L’abus de champignons hallucinogènes est mauvais pour la santé.