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Catégorie : Journal des présidentielles

En même temps, on adosse le RSI et on ne l’adosse pas

Agnès Buzyn vient d’annoncer qu’elle lançait une nouvelle mission d’inspection sur l’adossement du RSI au régime général. Une manière de revenir prudemment en arrière sur une mesure décidée à la hâte.

Dans une interview à l’AFP, la ministre Buzyn vient d’expliquer avec le sourire comment elle entendait rétropédaler sur l’adossement du RSI au régime général. Bien entendu, il ne s’agit officiellement pas de renoncer. En revanche, puisque c’est une mesure complexe, la ministre lance une énième mission d’inspection dont l’objectif est de cerner les difficultés de l’opération et d’éviter un nouvel accident industriel.

Bref, l’adossement n’est pas pour demain. Il serait pourtant si simple de réformer le RSI en supprimant son monopole…

Agnès Buzyn

« Je viens de nommer une mission IGAS-IGF présidée par Dominique Giorgi, qui va travailler à cette réforme du RSI de façon à l’adosser très progressivement au système général » pour que cela « ne pénalise en aucun cas les travailleurs indépendants ni n’augmente d’ailleurs leurs cotisations » (…) « C’est une mesure extrêmement complexe, qui est souhaitée parce que l’image du RSI s’est dégradée ces dernières années », a souligné Agnès Buzyn, évoquant « une forme d’accident industriel » qui continue de ternir l’image du régime, « même si les choses se sont nettement améliorées pour les travailleurs indépendants » (…) « C’est une réforme qui prendra du temps car nous souhaitons éviter un deuxième accident industriel qui pénaliserait de nouveau les travailleurs indépendants »

Macron sacrifie Villiers et l’armée pour protéger Schiappa et les féministes

Mais quel est le problème de fond avec Villiers et l’armée? Tout simplement qu’il est plus facile et plus payant d’un point de vue électoral de prendre 850 millions€ sur le budget de la Grande Muette qu’un million sur le budget des forces qui ont le droit de s’exprimer. La preuve avec Marlène Schiappa et le budget des féministes.

Pendant que l’armée se lamente sur les limitations de crédit dont elle est victime, d’autres plastronnent. C’est le cas de la secrétaire d’État au droit des femmes qui se félicite du maintien de ses crédits d’intervention.

Ainsi, la France n’a pas d’argent pour aligner, sur les champs de bataille, du matériel qui protège efficacement nos soldats. Mais elle a suffisamment d’argent pour financer des assistantes sociales qui vont passer des coups de téléphone pour des femmes battues.

Que les épouses de militaires se rassurent, donc! tant que leur mari est vivant, elles n’intéressent pas les féministes, qui considèrent que les besoins de la lutte contre le machisme sont prioritaires. En revanche, dès que leur mari sera tombé sous les balles ennemies, elles deviendront de pauvres femmes seules, victimes de la domination masculine, et là! elles pourront rentrer dans le labyrinthe des aides, des prises en charge publiques qui les rendront dignes de respect et d’intérêt.

Schiappa et Villiers, deux figures opposées du désastre macronien

D’un côté, donc, un Villiers, soldat estimé et dont la probité est indiscutable, foulé au pied par le Président. De l’autre, Marlène, auteur de romans pornographiques, qui se vantaient (sans recadrage présidentiel) il y a quelques jours d’avoir obtenu des déblocages de crédit en urgence pour sauver l’association d’une copine, députée En Marche. Tout cela avec la complicité de Bercy…

Un très beau renouvellement des pratiques…

Marlène Schiappa

les associations dont l’objet est l’accueil des femmes victimes de violences sexistes et sexuelles ne sont pas concernées [par les baisses de crédit]

La démission de Villiers, premier tournant du quinquennat

La démission de général de Villiers, annoncée ce matin, constitue un premier tournant dans le quinquennat. Alors que le candidat Macron avait promis un relèvement du budget de la Défense, l’inflexibilité du Président sur les économies de 850 millions€ imposées cette année par Bercy (l’équivalent du coût des missions extérieures) constitue un reniement majeur. La gestion capricieuse de la crise par le Président risque fort de lui porter préjudice.

Quelques minutes avant le Conseil de Défense, le chef d’état-major des armées Pierre de Villiers a annoncé qu’il renonçait à ses fonctions. Il met ainsi un terme à une crise ouverte par son intervention à huis clos devant la Commission de la Défense de l’Assemblée Nationale.

Les étapes d’une crise

Tout est parti de l’annonce par Gérald Darmanin, le 11 juillet, de l’effort demandé aux Armées cette année: 850 millions € d’économies, là où Bercy réalise à peine 200 millions € d’efforts. Pour l’armée, cette annonce est aussi liée à la nomination de Florence Parly au ministère. Les généraux considèrent que Bercy a pris l’armée en main, et que celle-ci va redevenir la variable d’ajustement interministériel.

Auditionné le 12 à l’Assemblée Nationale, le général de Villiers déclare devant les députés: « Je ne vais pas me faire baiser comme ça par Bercy ». La séance est à huis clos.

Le lendemain, le 13 juillet, Emmanuel Macron recadre publiquement le chef d’état-major en expliquant qu’il est le chef des armées et qu’il ne peut souffrir de contestation publique de ses ordres. Petit problème: la contestation n’est pas publique, elle est prévue par le processus démocratique, et le chef d’état-major a visé Bercy et non le Président.

Le bras-de-fer entre les deux hommes s’est terminé ce matin par la démissin du chef d’état-major.

Macron déjà hanté par le spectre de la caporalisation

Pour le Président, ce départ est un signal qu’il tirera comme un boulet jusqu’à la fin de son quinquennat. Personne ne soupçonne en effet le chef d’état-major d’avoir voulu se mettre en avant pour des motifs personnels.

En revanche, nombreux seront ceux qui vont instruire le procès personnel du Président. Sa réaction semble impulsive et essentiellement dictée par le caprice personnel, là où l’intérêt général devrait primer. Emmanuel Macron fait-il passer ses fantasmes jupitériens et narcissiques avant l’intérêt du pays?

On a désormais clairement la réponse.

En marche vers la caporalisation.

Macron et les territoires pour les nuls

Emmanuel Macron vient de prononcer un discours très dense (qui tranche avec la vacuité des exercices médiatiques menés depuis son élection)  en clôture de la mystérieuse Conférence des territoires. Pour ceux qui n’auraient pas tout compris, en voici le décodage.

Dans la pratique, le discours de Macron est un exercice sur commande qui n’est pas compréhensible sans référence au rapport d’octobre 2016 de la Cour des Comptes sur les finances locales. On trouve dans ce rapport l’essentiel des thématiques abordées par le Président: le besoin de diminuer les dépenses locales, de réformer le pilotage des collectivités, mais aussi la nécessaire réforme de la fiscalité.

Les territoires, ces grands dépensiers

Le sujet de fond d’Emmanuel Macron est simple à comprendre: les dépenses des collectivités locales, qui sont en augmentation constante depuis 2013, comptent dans le déficit public au sens de Maastricht. Si la France veut respecter ses engagements budgétaires, le gouvernement doit donc aussi demander aux collectivités un effort qui ne peut se limiter à la baisse des dotations que l’État leur accorde.

En effet, si toute baisse de dotation de l’État est compensée par une augmentation des impôts locaux, l’effet est nul sur le déficit public global. Donc… le gouvernement doit à la fois baisser les dotations et bloquer la fiscalité locale en attendant de la réformer.

La hausse constante et alarmante de l’endettement des collectivités ces dernières années montre bien toute l’étendue des dégâts.

La solution girondine et en même temps jacobine

Voilà pourquoi Emmanuel Macron a proposé une « méthode » emballée sous l’aspect d’une libération girondine.

D’un côté, il propose un droit nouveau à l’expérimentation ou à la liberté locale. Les élus sont donc ressortis avec le sentiment qu’ils retrouvaient des marges de décentralisation rognées par la baisse des dotations.

D’un autre côté, le président annonce la mise en place d’une comitologie qui va permettre à l’État de mieux contrôler l’évolution des dépenses. Le système de conférences trimestrielles que le gouvernement veut mettre en place n’a pas d’autre objectif que celui-là.

Solution girondine en apparence donc, mais jacobine sur le fond, puisqu’elle va permettre de piloter au plus près la baisse annoncée ce matin par Édouard Philippe de 13 milliards de dotations.

Cet été, le gouvernement rase gratis

Le chemin qui s’ouvre devant Emmanuel Macron est donc très escarpé. Pour éviter la confrontation directe avec les élus, qui vont devoir dès cette année encaisser la première vague de baisse de la taxe d’habitation et des dotations, le Président a lâché du lest.

Il a par exemple annoncé qu’aucune fermeture de classe n’interviendrait plus dans les écoles primaires de nos campagnes. C’est beau comme du Barrès. On se demande, bien entendu, ce que signifie cette promesse, puisqu’entre fermer une classe et fermer une école, une nuance existe. Mais supposons… on comprend bien qu’il faille faire passer la pilule.

Les élus locaux sont-ils prêts à coopérer?

Reste à connaître la capacité des élus à entrer dans une stratégie, comme l’a très bien dit Emmanuel Macron, qui ne soit pas celle de passagers clandestins. Le Président veut introduire un pilotage coopératif, qui repose sur l’engagement des élus à respecter des trajectoires de dépenses à la baisse.

Notre vivier d’élus locaux est-il capable de métamorphoser ses pratiques, ses comportements, au point de ne plus « tirer » sur la corde de la pleurniche habituelle?

Rendez-vous dans six mois pour en avoir un premier aperçu. Mais, au-delà des questions de bonne ou de mauvaise volonté, il est très probable que nos élus ne soient pas équipés pour comprendre ces logiques. Pas plus que les fonctionnaires de Bercy d’ailleurs.



Vel’ d’Hiv et Sécurité Sociale, les deux mamelles de l’État Français

Macron vient de redire toute la culpabilité de la France, alors État Français, dans la rafle du Vel d’Hiv. En oubliant de préciser qu’il défend farouchement un héritage du même État français: la sécurité sociale. Reste à comprendre pourquoi le racisme de Vichy se conjuguait à une vision monopolistique de la protection sociale.

Lorsque l’Assemblée Nationale de l’époque transfère, le 10 juillet 1940, les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain (en dehors de toute procédure constitutionnelle, rappelons-le), commence l’ère sombre du régime de Vichy. Il n’est pas de mots assez cruels aujourd’hui pour en dénoncer les forfaits… mais avec une amnésie stupéfiante sur certains sujets. L’héritage technocratique de Vichy dans la France contemporaine continue en effet d’être jalousement préservé par ceux qui se montrent les plus critiques vis-à-vis de ce régime. Et cette mansuétude discrète soulève quand même quelques questions.

Et Vichy invente les amortisseurs sociaux

Lorsque Pétain prend le pouvoir, la situation sociale du pays est cataclysmique. Les combats ont déplacé près de 10 millions de Français, près de 2 millions d’hommes sont prisonniers et emmenés en captivité, l’occupation militaire paralyse l’activité économique.

Pour éviter une implosion complète du pays, le pouvoir doit mettre rapidement en place des amortisseurs sociaux destinés à rendre plus supportable la crise profonde qui saigne le pays. Les mesures prises alors sont bien connues: création de caisses primaires immatriculant tous les Français (devenues CPAM par la suite), création d’une retraite obligatoire par répartition pour les vieux salariés. Cette politique, qui permet de créer la CNAVTS en 1941, sera intégralement reprise et approfondie par les acteurs de la Libération, en 1944 et après.

Cette politique nationalise en quelque sorte, pour la mettre au service de la paix sociale, une protection sociale créée en 1928, dont le fondement était l’obligation d’assurance mais la liberté d’affiliation (on doit s’assurer, mais on choisit son assureur). Le régime de Vichy a très bien compris qu’il fallait s’attacher les Français par un lien de « solidarité » pour se maintenir.

Sécurité Sociale et rafle du Vel d’Hiv

Il est donc de bon ton aujourd’hui d’expliquer que « la France » a fait le Vel d’Hiv, sans jamais citer (comme le Président Macron est parvenu à le faire) le rôle de l’Allemagne dans l’obsession antisémite de Vichy. Tout se passe d’ailleurs comme si la France était la cause unique de la Shoah et comme si c’étaient des soldats français qui avaient liquidé en masse des Juifs sur le front de l’Est.

Si autant de Français ont accepté l’ordre de Vichy, il y avait bien une raison. Celle-ci tient d’abord à la politique sociale du régime qui a visé à « protéger » le pays. Je vous protège, en échange, vous me laissez liquider les Juifs, les Francs-Maçons, les homosexuels, et autres groupes jugés indésirables par les technocrates au pouvoir.

En étatisant la protection sociale, Pétain n’agissait donc pas par hasard. Il mettait en place un système qui a fait des émules par la suite, et donc la logique n’a pas changé. Elle permettait de susciter une adhésion massive au régime, quel qu’il soit. C’était au fond une vision et une version heureuse de la servitude par la mise en oeuvre du Big Mother appelé la sécurité sociale.

La technocratie adore la Sécurité Sociale

Depuis Vichy, la technocratie française a très bien compris le parti qu’elle pouvait tirer de cette mise sous contrôle de la société par la perfusion d’aides sociales en tous genres. C’est pourquoi, depuis 1941, les progrès de la Sécurité Sociale sont systématiquement liés à l’intervention de hauts fonctionnaires, et procèdent par ordonnances.

Sous couvert de protéger, il s’agit encore et toujours de contrôler et d’asservir.

Là où tous les pays occidentaux ont fait le choix d’ouvrir la protection sociale à la diversité et à la responsabilité, la France s’obstine à placer tous les pouvoirs entre les mains de Léviathan. Macron ne fait pas exception, et c’est probablement pour mieux le faire qu’il cherche l’absolution en critiquant Vichy avec autant de mauvaise foi.




Belloubet déjà En Marche vers la vieille technique des nominations de complaisance

En accordant une promotion à l’ancienne présidente du syndicat de la magistrature (SM) mise en examen dans l’affaire du Mur des Cons, la ministre Belloubet n’a pas tardé à retrouver les vieilles habitudes de l’État vis-à-vis des syndicalistes.

La peu connue ministre Belloubet en fait la triste expérience à ses dépens: de nos jours, peu d’informations restent cachées bien longtemps. Ainsi, quelques jours après sa nomination inattendue, la garde des Sceaux attire l’attention en accordant une promotion (en l’espèce la vice-présidence de la Cour d’Appel de Bordeaux) à François Martres, ancienne présidente du Syndicat de la Magistrature, épinglée en son temps à cause de son Mur des Cons.

Françoise Martres, symbole d’une magistrature arrogante et partisane

On se souvient de cette affaire du mur des cons: le local du Syndicat de la Magistrature avait un mur couvert de photos de « cons », parmi lesquels on comptait essentiellement des hommes politiques de droite et des justiciables qui avaient osé contester le fonctionnement de la justice. La révélation de cette étrange totem peu compatible avec l’image d’impartialité qui devrait coller à la magistrature avait fait scandale. Elle jetait une lumière crue sur le peu de cas que certains magistrats en France font du justiciable et de ses droits.

L’information avait débouché sur la mise en examen de la juge. Malgré ce petit incident de carrière, l’intéressée devrait être promue par la nouvelle ministre.

On mesure immédiatement la portée symbolique du geste.

La politisation des magistrats, une technique vieille et dangereuse

C’est une technique vieille comme le monde: accorder une promotion à un syndicaliste éminent pour se ménager des arrières. Je te promeus, et, en échange, tu me ménages. Le langage courant appelle ce système l’échange de bons procédés.

L’inconvénient, quand il se produit dans la magistrature, est que personne ne sait jusqu’où il peut aller. Le jeu d’influence ne concerne pas ici n’importe quel type de personnel. Il touche directement aux institutions de la République, à la confiance du citoyen dans le régime qui l’administre et à la séparation des pouvoirs.

Accorder une promotion à un syndicaliste engagé et contesté n’est donc pas un geste neutre. C’est une décision politique dont personne ne peut ignorer qu’elle sera vécue comme la recherche d’une contrepartie.

Cette promotion est gênante pour un gouvernement criblé d’affaires

Dans le cas de Françoise Martres, on ne pourra s’empêcher de rapprocher les bonnes grâces de la ministre et la situation judiciaire compliquée de l’équipe au pouvoir depuis mai. Les premiers jours du nouveau quinquennat ont montré deux évidences.

La première est que l’équipe Macron a du souci à se faire. Entre l’affaire Ferrand, l’affaire Modem et l’affaire Pénicaud, le Président a intérêt à nouer des relations positives avec la magistrature. Il ne suffit bien entendu pas d’une nomination d’u syndicaliste pour y arriver, mais il est sûr que ça ne peut rien gâcher que d’y procéder.

La deuxième est que le Parquet a beaucoup ménagé Emmanuel Macron quand il rudoyait François Fillon et Marie Le Pen. La promotion de Françoise Martres constitue là aussi un clin d’oeil gênant à un système que beaucoup de Français ont mal vécu.

Bref, cette promotion ne peut pas ne pas être vécue comme provocatrice.

Macron et ses petites entourloupes

Reste qu’à Versailles, Emmanuel Macron déclarait qu’il souhaitait, à l’avenir, réformer les règles de promotion dans la magistrature. Certes, la nomination de Françoise Martres ne relève pas du CSM. Mais elle illustre la complexité d’une intention simple: entre proclamer la nécessaire indépendance de la justice et faire preuve d’une bienveillance attentive, la conciliation des contraires est souvent difficile.

Belloubet déjà En Marche vers la vieille technique des nominations de complaisance

En accordant une promotion à l’ancienne présidente du syndicat de la magistrature (SM) mise en examen dans l’affaire du Mur des Cons, la ministre Belloubet n’a pas tardé à retrouver les vieilles habitudes de l’État vis-à-vis des syndicalistes.

La peu connue ministre Belloubet en fait la triste expérience à ses dépens: de nos jours, peu d’informations restent cachées bien longtemps. Ainsi, quelques jours après sa nomination inattendue, la garde des Sceaux attire l’attention en accordant une promotion (en l’espèce la vice-présidence de la Cour d’Appel de Bordeaux) à François Martres, ancienne présidente du Syndicat de la Magistrature, épinglée en son temps à cause de son Mur des Cons.

Françoise Martres, symbole d’une magistrature arrogante et partisane

On se souvient de cette affaire du mur des cons: le local du Syndicat de la Magistrature avait un mur couvert de photos de « cons », parmi lesquels on comptait essentiellement des hommes politiques de droite et des justiciables qui avaient osé contester le fonctionnement de la justice. La révélation de cette étrange totem peu compatible avec l’image d’impartialité qui devrait coller à la magistrature avait fait scandale. Elle jetait une lumière crue sur le peu de cas que certains magistrats en France font du justiciable et de ses droits.

L’information avait débouché sur la mise en examen de la juge. Malgré ce petit incident de carrière, l’intéressée devrait être promue par la nouvelle ministre.

On mesure immédiatement la portée symbolique du geste.

La politisation des magistrats, une technique vieille et dangereuse

C’est une technique vieille comme le monde: accorder une promotion à un syndicaliste éminent pour se ménager des arrières. Je te promeus, et, en échange, tu me ménages. Le langage courant appelle ce système l’échange de bons procédés.

L’inconvénient, quand il se produit dans la magistrature, est que personne ne sait jusqu’où il peut aller. Le jeu d’influence ne concerne pas ici n’importe quel type de personnel. Il touche directement aux institutions de la République, à la confiance du citoyen dans le régime qui l’administre et à la séparation des pouvoirs.

Accorder une promotion à un syndicaliste engagé et contesté n’est donc pas un geste neutre. C’est une décision politique dont personne ne peut ignorer qu’elle sera vécue comme la recherche d’une contrepartie.

Cette promotion est gênante pour un gouvernement criblé d’affaires

Dans le cas de Françoise Martres, on ne pourra s’empêcher de rapprocher les bonnes grâces de la ministre et la situation judiciaire compliquée de l’équipe au pouvoir depuis mai. Les premiers jours du nouveau quinquennat ont montré deux évidences.

La première est que l’équipe Macron a du souci à se faire. Entre l’affaire Ferrand, l’affaire Modem et l’affaire Pénicaud, le Président a intérêt à nouer des relations positives avec la magistrature. Il ne suffit bien entendu pas d’une nomination d’u syndicaliste pour y arriver, mais il est sûr que ça ne peut rien gâcher que d’y procéder.

La deuxième est que le Parquet a beaucoup ménagé Emmanuel Macron quand il rudoyait François Fillon et Marie Le Pen. La promotion de Françoise Martres constitue là aussi un clin d’oeil gênant à un système que beaucoup de Français ont mal vécu.

Bref, cette promotion ne peut pas ne pas être vécue comme provocatrice.

Macron et ses petites entourloupes

Reste qu’à Versailles, Emmanuel Macron déclarait qu’il souhaitait, à l’avenir, réformer les règles de promotion dans la magistrature. Certes, la nomination de Françoise Martres ne relève pas du CSM. Mais elle illustre la complexité d’une intention simple: entre proclamer la nécessaire indépendance de la justice et faire preuve d’une bienveillance attentive, la conciliation des contraires est souvent difficile.

Macron ou la victoire tardive du souverainisme germanophobe

Emmanuel Macron est-il devenu germanophobe? S’il a renoncé à la traditionnelle interview du 14 juillet… il l’a remplacée par une interview à la presse allemande et à Ouest-France. Le discours qu’il y tient est marqué par un fort glissement souverainiste où certains pourraient voir de la germanophobie.

C’est un peu l’ironie de l’histoire. Emmanuel Macron s’exprime le 13 juillet dans la presse allemande (et dans les colonnes de Ouest-France). Les propos qu’il tient lui vaudraient une belle volée de bois vert, s’ils avaient été tenus deux ou trois ans auparavant.

Emmanuel Macron ne se gêne en effet pas pour dire les choses qui fâchent sur ce fameux couple franco-allemand dont l’élite française nous rebat les oreilles avec un dogmatisme qui frise l’hystérie. En particulier, pour le Président français, l’Allemagne joue en Europe un jeu non coopératif.

Selon lui, la prospérité allemande provient largement d’un profit qu’elle tirerait des dysfonctionnements de l’euro. Ce disant, il rejoint d’un coup le discours de tous ceux qui appellent à un examen rationnel de la construction européenne, loin des clichés colportés par la pensée dominante sur l’obligation d’être un europhile béat et un adorateur de l’amitié franco-allemande.

Macron à front renversé avec son électorat

L’évolution du langage mérite d’être signalée. Il y a quelques semaines encore, Macron faisait campagne en soutenant des idées contraires à celles-là. L’essentiel de son élection, le Président français la tient d’une attaque en règle contre toute forme de souverainisme, jugé rétrograde, et d’une idéalisation complète de la construction européenne.

À l’usage, on s’aperçoit que, pour le Président français, la réalité est plus complexe. Macron est européen et, « en même temps », il partage les idées souverainistes d’une construction de l’Europe déséquilibrée, dont l’Allemagne sort vainqueur.

Combien, pour avoir tenu ce même discours, n’ont pas été accusés de germanophobie primaire? Ceux-là savourent aujourd’hui l’étrange retournement macronien.

Oui, il faut parler du rôle de l’Allemagne

On rendra grâce, ici, à Emmanuel Macron, de rompre l’omerta instaurée par les élites françaises sur la vraie nature du comportement allemand en Europe.

D’ordinaire, le bien-pensant dominant français interdit toute forme de pensée critique vis-à-vis de la domination allemande en Europe. C’est tout juste si on a le droit d’en parler. Dans tous les cas, il est de bon ton de prêter à l’Allemagne un angélisme auquel elle-même n’a jamais prétendu.

Bien entendu que la stratégie allemande dans le concert européen est dictée par une défense bien comprise de ses intérêts. Cette défense passe régulièrement par des postures égoïstes et, au besoin, unilatérales. On l’a vu sans ambiguïté sur l’affaire des réfugiés, qu’Angela Merkel a décidé d’appeler sans consulter ses partenaires. La conséquence de cette attitude est bien connue: la gestion de la crise des réfugiés met l’Europe au bord de l’implosion.

Il ne s’agit donc pas de diaboliser l’Allemagne ni de lui prêter une malice congénitale qui vaudrait condamnation. Il s’agit seulement de constater que la vision de l’Europe portée par l’Allemagne, de la crise grecque à la crise ukrainienne en passant par la crise des réfugiés, se réduit souvent à un court-termisme germano-centré dont l’impact sur la cohésion du continent est dangereux.

Les élites parisiennes sont coupables d’interdire cette lucidité au nom d’une amitié franco-allemande qui se transforme, au fil du temps, en effacement consenti de la nation France. La première victime de cette pensée unique n’est autre, en effet, que l’Europe elle-même, dont la construction rendue bancale par l’égoïsme allemand bat dangereusement de l’aile.

L’impasse de la stratégie macronienne

Il reste à Emmanuel Macron à franchir une étape supplémentaire. Face au constat des dangereux déséquilibres internes à l’Europe, le Président continue en effet à penser selon le mode platonicien mal ajusté des élites françaises. Pour celles-ci, l’Allemagne ne peut vouloir consciemment le mal. Il suffit donc de lui expliquer ce qui ne va pas pour qu’elle corrige son comportement. Donc qu’elle accepte une révision des traités.

Ce raisonnement naïf trahit le manque de maturité politique de nos décideurs.

Angela Merkel n’a en effet pas attendu Emmanuel Macron pour découvrir ce que les Allemands savent depuis la réunification et dont ils se repaissent avec délectation. L’Allemagne est la première puissance européenne et elle use et abuse de ce rang pour tirer profit de la construction communautaire. Disons même que ce qu’on appelle l’Union Européenne est un édifice germanocentré, une vaste division continentale du travail qui assure la prospérité de ce qu’on appelle couramment l’Allemagne.

Le traité de Maastricht n’est pas autre chose que l’expression de ce germanocentrisme. Il a obligé tous les pays de l’Union à se plier à une logique monétaire et budgétaire qui a fait la prospérité de la Prusse progressivement élargie à des territoires anciennement sous influence française, et qui ont fini en 1870 par s’appeler l’Allemagne.

Par une étrange ignorance française, le rappel simple et indispensable de cette histoire récente, qui permet de comprendre que la France est millénaire et l’Allemagne séculaire, est vécu comme une ignominie. Nous gagnerions pourtant à replacer l’histoire de l’Union Européenne dans son contexte: celui de la construction, sous diverses formes depuis un siècle et demi, d’un projet impérial prussien qui se heurte systématiquement à la paix des nations. Mis en veilleuse entre 1948 et 1991, ce projet a repris vie et espoir depuis vingt-cinq ans avec les tensions que l’on sait.

Attendons la prochaine interview du président Macron pour l’entendre de sa bouche.

Emmanuel Macron

Jamais je n’ai reproché à l’Allemagne d’être compétitive. Mais une partie de la compétitivité allemande est due aux dysfonctionnements de la zone euro, à la faiblesse d’autres économies.

Emmanuel Macron

Il faudra des changements de traités parce que cette Europe est incomplète

Édouard Philippe en voie de cornérisation fiscale

Édouard Philippe, parce qu’il multiplie les déclarations sur le niveau de prélèvement fiscal l’an prochain, s’achemine doucement vers une cornérisation en beauté. On ne se demande plus seulement s’il est aux ordres d’Emmanuel Macron, mais s’il maîtrise ses sujets.

Il y a une semaine, Édouard Philippe annonçait, dans sa déclaration de politique générale, que le calendrier fiscal n’était pas encore fixé, sauf pour ce qui concernait la hausse de la CSG. La version qu’il donne aujourd’hui de cette déclaration supposée être fondatrice semble floue. On retient que l’arbitrage sur la stratégie fiscal n’était pas connu il y a une semaine.

Pour une déclaration de politique générale, ce flou fait quand même tache.

Samedi dernier, après que la polémique est arrivée sur le manque de volontarisme fiscal du gouvernement, le Premier Ministre a annoncé une baisse de 7 milliards € de prélèvements obligatoires trouvés sous les sabots d’un cheval. Finalement, on a compris que cette baisse était une simple confirmation de mesures arbitrées ou prévues sous Hollande.

Le lendemain, Bruno Le Maire expliquait depuis Aix-en-Provence qu’il fallait accélérer et proposer dès 2018 des baisses d’impôts. Dans la foulée, on apprenait que dimanche après-midi Emmanuel Macron avait arbitré en faveur d’une suppression de la taxe d’habitation.

Aujourd’hui, Édouard Philippe explique aux Échos que les prélèvements baisseront de 11 milliards € en 2018. Ou comment, en une semaine, l’ambition gouvernementale a pu varier de 0 à 11 milliards, comme si ces décisions étaient anodines ou ne concernaient que l’écume des choses.

Le grand bazar des économies

Pour réduire les impôts et tenir le pari du 3% de déficit, il faut baisser les dépenses. Mais comment faire?

Là encore, le gouvernement paraît curieusement succomber à une impréparation, alors même que la Cour des Comptes a rendu des préconisations précises.

La semaine dernière, le ministre des Comptes Publics Gérald Darmanin a annoncé de premières mesures non chiffrées: le rétablissement du jour de carence, et le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux. Mais on ne sait pas combien ces mesures rapporteront. On a juste une certitude: elles ne suffiront pas.

Dans la foulée, Darmanin a annoncé des consultations tous azimuts et des revues de dépenses pour savoir où taper. Il paraît même que se tiendront à l’automne des états généraux de la fonction publique. Le calendrier surprend, car il semble déconnecté de l’urgence qu’il y a à baisser les dépenses.

Parallèlement, les premiers arbitrages sont tombés, avec des coupes sombres dans le budget de la Défense ou de la Justice. Le Premier Ministre explique que ces mesures ne poseront pas de problème. On est un peu sceptique, et on se demande même dans quelle mesure Édouard Philippe mesure la portée de ses décisions.

Dans la pratique, la question est quand même embarrassante: le gouvernement a-t-il ou non une stratégie pour le pays, ou rend-il des décisions au fil de l’eau, sans cohérence, comme toutes les équipes qui l’ont précédé?

Le malaise Philippe

Au final, une question apparaît en filigrane, délicate à poser et peut-être prématurée, mais qu’on sent poindre, inexorable: Édouard Philippe est-il vraiment l’homme de la situation. Sous ses airs de bourgeois bien éduqué, derrière sa plastique avantageuse, de quoi l’homme est-il porteur?

Manifestement pas d’une vision stable et profonde, en tout cas.

Édouard Philippe

Habituellement, les arbitrages fiscaux se font en août, et lors du discours de politique générale, qui porte sur la politique des années à venir, j’avais volontairement laissé ouvertes certaines questions sur le rythme des baisses d’impôts, comme par exemple pour la taxe d’habitation. Mais dans le courant de la semaine dernière, avec le président de la République, nous avons décidé d’accélérer ce rythme, afin de maximiser les effets économiques de cette stratégie.

Édouard Philippe

Quant aux 850 millions évoqués pour 2017, il s’inscrit dans le cadre de l’effort interministériel, mais préserve les capacités d’action de la défense. Au final, le budget des Armées pour 2017 sera conforme à ce qui était prévu en loi de finances initiale pour 2017.

Budget de la Défense: Bercy, ce nid de traîtres à la nation

On vient d’appendre que le budget de la Défense serait amputé de 850 millions €, soit 20% des efforts budgétaires de l’année. Pourtant, le candidat Macron avait promis un budget de la Défense équivalent à 2% du PIB à l’horizon 2025. Bercy, grand ennemi de la défense de la Nation?

Il est vrai que la France est simplement en guerre, même si les planqués de Bercy ne le voient pas. Entre les interventions au Mali et en Syrie, jointes à la surveillance du territoire dans le cadre de l’état d’urgence, nos militaires ne chôment pas. Pourtant, alors que les alarmes sur les tensions budgétaires se sont multipliées ces derniers mois, Bercy vient d’imposer à Florence Parly, ministre des Armées, un arbitrage suicidaire: 850 millions d’économies. La Défense serait la première contributrice à l’effort budgétaire cette année.

Pendant ce temps, on attend de connaître l’effort que Bercy consent sur ses propres moyens. Bercy qui ne participe pas à l’effort de Défense, bien entendu.

Faut-il supprimer Bercy?

Question, donc: Bercy joue-t-elle le rôle de la cinquième colonne, abaissant systématiquement les moyens de la Défense pour affaiblir le pays dans la perspective d’un conflit? Au vu des arbitrages rendus depuis plusieurs années, la question mérite d’être posée.

On le voit bien, la logique à l’oeuvre à Bercy consiste à faire porter par la Défense l’essentiel de l’effort budgétaire, comme si l’armée ne servait à rien. Dans l’esprit bercyen moyen, l’enjeu, ce sont les transferts sociaux, l’emploi des fonctionnaires, les interventions dans une série de domaines obscurs. En revanche, la Défense, c’est obsolète.

Bercy victime du mainstream mondialiste?

Derrière ces arbitrages malheureux, se pose la question du mondialisme béat de la technostructure française. Aux yeux des hauts fonctionnaires de Bercy, la France est une idée dépassée, et la puissance française un souvenir moisi à jeter aux oubliettes. Rien ne remplacera jamais, dans cette doctrine, les bienfaits de l’État-Providence. La puissance américaine est supposée pourvoir au reste.

Combien de hauts fonctionnaires ne sont-ils pas convaincus aujourd’hui que le format parfait pour la France consiste à se débarrasser de nos possessions ultramarines (Corse comprise), à se concentrer sur la prise en charge de la pauvreté (pour l’accroître subrepticement, bien entendu), et à beugler des credos mondialistes? Cette idée-là est majoritaire, et laisse peu de place à la Défense.

D’ailleurs, la ministre des Armées, Florence Parly, ancienne secrétaire d’État au Budget, est aujourd’hui ministre des Armées pour accomplir cette mission toute collaborationniste. Le choix n’était donc pas symbolique.

Une question se pose: le relèvement du pays peut-il avoir lieu avec Bercy?

On en doute. Le renouvellement commence probablement par la remise au norme de cette pépinière qui n’aime pas l’esprit patriotique.