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Comment les Républicains trumpisent l’élection présidentielle

C’est probablement à leur insu que les dirigeants républicains trumpisent l’élection présidentielle et font le jeu, malgré eux, de François Fillon. Carbonisé il y a encore quelques jours, l’intéressé devrait désormais connaître une dynamique tout à fait inattendue dans sa campagne: celle du résistance au « système ».

Rien de mieux qu’une ordalie pour trumpiser une campagne

En droit germanique, les accusations les plus graves donnaient lieu à une ordalie, c’est-à-dire au jugement de Dieu. Un tableau de Dirck Bouts, peintre flamand de la Renaissance montre d’ailleurs comment l’ordalie pouvait se matérialiser. En l’espèce, une femme voulant prouver l’innocence de son mari décapité pour meurtre s’empare d’une barre de fer rougi et subit l’épreuve de la vérité.

Durant ces dernières semaines, c’est bien cette épreuve de la vérité qu’a subie François Fillon. Accusé peu ou prou d’enrichissement, lessivé par une campagne de dénigrement et de déstabilisation sans relâche dans l’ensemble des médias, le bonhomme est toujours debout, vivant, et même vivace. En pays franc, les esprits ne manquent pas d’être frappés par cette résistance qui rappelle obscurément l’ordalie germanique. Sans que ce réflexe ne soit forcément conscient d’ailleurs, la constance de François Fillon dans l’épreuve vaut tacitement preuve d’innocence.

En tout cas, pour le « peuple de droite », et même au-delà, le fait que la voix de Fillon continue à clamer son innocence malgré les souffrances médiatiques est un signe qui frappe les esprits et pourrait, dans la durée, renverser la vapeur du train qui semblait devoir l’écraser.

Ce faisant, la campagne présidentielle n’est plus une bataille de projets, elle devient le conflit des volontés. Elle se transfigure. Elle se situe désormais au-delà des idées, dans une sorte d’affrontement très nietzschéen entre ceux qui calculent leur existence et ceux qui affirment leur liberté par-delà le bien et le mal. D’un côté le système et sa conspiration des médiocres. De l’autre, un homme seul dont la survie incarne la résistance dont beaucoup attendaient l’incarnation.

Fillon désormais détaché des principes moraux

Ce qui frappe dans la métamorphose dont le candidat Fillon donne le spectacle, c’est son émancipation par rapport aux critères classiques de la morale. Les affaires avec sa femme sont pour ainsi dire dépassées, presque banalisées ou rendues caduques. Pendant plusieurs semaines, elles gênaient mais ne suffisaient pas, dans son camp, à discréditer le programme. Désormais, elles sont comme minorées, ou validées, par l’héroïsme du personnage.

On y verra volontiers l’effet direct de la disproportion déraisonnable entre la faute commise par l’impétrant et la sanction infligée: battage médiatique quotidien, opérations judiciaires, trahisons multiples, concert de casseroles comme une persécution à chacun de ses déplacements. La ficelle a semblé grosse: il s’agissait d’abattre un homme, de le clouer collectivement au pilori. La réaction était trop longue, trop forte, trop orchestrée pour ne pas apparaître tôt ou tard comme une manipulation du « système », qui a commis la maladresse simultanée de vouloir abattre Marine Le Pen.

Donc, les deux favoris de la présidentielle étaient déstabilisés comme par enchantement au moment où Emmanuel Macron avait besoin d’espace, dans la foulée des primaires socialistes. Même si rien ne prouve qu’il y ait eu malice, l’enchaînement des circonstances a discrédité chacune des manoeuvres entreprises.

Et voilà comment même une mise en examen (qui n’est pas encore acquise) paraîtra désormais dérisoire et inopérante dans cette campagne. La haine est allée trop loin pour être encore audible. La réaction naïve de Fillon a fait long feu: elle a laissé la place à une résistance inoxydable.

Vers un combat du peuple contre le système?

À quelque chose, donc, malheur est bon. Fillon a traversé un enfer qui lui vaut aujourd’hui un paradis: celui du combat mené par ceux qui veulent des réformes incisives contre l’immobilisme français. Son passage ce matin à la CPME lui a valu un triomphe. Si certains trouvaient son programme trop brutal et pouvaient craindre les blocages qu’il causerait, le doute est dissipé maintenant. La capacité de résistance, l’obstination, l’acharnement même de Fillon ne sont plus à démontrer.

Après ce bain dans l’acier, Fillon a changé de stature et de dimension. Il reçoit le blanc-seing de la réforme libérale. Plus personne n’a de doute sur ce qu’il sera capable de mener à bien.

De ce point de vue, le dépassement dont il vient de donner l’exemple bouleverse le rapport de force, et tout laisse à penser que la campagne commencer vraiment maintenant. Fillon est celui qui a survécu au « système ».

La trumpisation à l’oeuvre

Plus que tout autre ingrédient, le meilleur ferment de la trumpisation tient aux tergiversations des Républicains eux-mêmes. De même que certains éléphants prônaient un changement de candidat à l’approche du scrutin aux Etats-Unis, on a trouvé les Fenech et autres sur la même ligne en France. La résistance de Fillon à ces pressions, et sa victoire finale face à l’appareil du parti constituera désormais sa meilleure arme et son meilleur étendard.

Du coup, l’accusation d’UMPS longtemps restée dans les esprits, est balayée. Fillon est celui qui a, par deux fois, imposé la volonté de la base aux apparatchiks de son parti. Voilà une circonstance qui risque d’être longtemps rappelée.

Dans le terrain de jeu du Front National

Paradoxalement, donc, les affaires Fillon et le Penelopegate devraient affaiblir le Front National qui n’a désormais plus le privilège de la lutte anti-système. Marine Le Pen incarnait une version à la fois étatiste et sulfureuse de la dissidence. Désormais, et avec le soutien acquis ce soir du bureau politique des Républicains, Fillon apparaît comme le vainqueur d’un bras de fer où il a imposé une image de dissident réformateur libéral et crédible.

Le jeu des présidentielles est probablement relancé. Comparé au programme de Fillon, le programme de Macron fera désormais pâle figure, sans convaincre une majorité à gauche.

Comment les Républicains trumpisent l’élection présidentielle

C’est probablement à leur insu que les dirigeants républicains trumpisent l’élection présidentielle et font le jeu, malgré eux, de François Fillon. Carbonisé il y a encore quelques jours, l’intéressé devrait désormais connaître une dynamique tout à fait inattendue dans sa campagne: celle du résistance au « système ».

Rien de mieux qu’une ordalie pour trumpiser une campagne

En droit germanique, les accusations les plus graves donnaient lieu à une ordalie, c’est-à-dire au jugement de Dieu. Un tableau de Dirck Bouts, peintre flamand de la Renaissance montre d’ailleurs comment l’ordalie pouvait se matérialiser. En l’espèce, une femme voulant prouver l’innocence de son mari décapité pour meurtre s’empare d’une barre de fer rougi et subit l’épreuve de la vérité.

Durant ces dernières semaines, c’est bien cette épreuve de la vérité qu’a subie François Fillon. Accusé peu ou prou d’enrichissement, lessivé par une campagne de dénigrement et de déstabilisation sans relâche dans l’ensemble des médias, le bonhomme est toujours debout, vivant, et même vivace. En pays franc, les esprits ne manquent pas d’être frappés par cette résistance qui rappelle obscurément l’ordalie germanique. Sans que ce réflexe ne soit forcément conscient d’ailleurs, la constance de François Fillon dans l’épreuve vaut tacitement preuve d’innocence.

En tout cas, pour le « peuple de droite », et même au-delà, le fait que la voix de Fillon continue à clamer son innocence malgré les souffrances médiatiques est un signe qui frappe les esprits et pourrait, dans la durée, renverser la vapeur du train qui semblait devoir l’écraser.

Ce faisant, la campagne présidentielle n’est plus une bataille de projets, elle devient le conflit des volontés. Elle se transfigure. Elle se situe désormais au-delà des idées, dans une sorte d’affrontement très nietzschéen entre ceux qui calculent leur existence et ceux qui affirment leur liberté par-delà le bien et le mal. D’un côté le système et sa conspiration des médiocres. De l’autre, un homme seul dont la survie incarne la résistance dont beaucoup attendaient l’incarnation.

Fillon désormais détaché des principes moraux

Ce qui frappe dans la métamorphose dont le candidat Fillon donne le spectacle, c’est son émancipation par rapport aux critères classiques de la morale. Les affaires avec sa femme sont pour ainsi dire dépassées, presque banalisées ou rendues caduques. Pendant plusieurs semaines, elles gênaient mais ne suffisaient pas, dans son camp, à discréditer le programme. Désormais, elles sont comme minorées, ou validées, par l’héroïsme du personnage.

On y verra volontiers l’effet direct de la disproportion déraisonnable entre la faute commise par l’impétrant et la sanction infligée: battage médiatique quotidien, opérations judiciaires, trahisons multiples, concert de casseroles comme une persécution à chacun de ses déplacements. La ficelle a semblé grosse: il s’agissait d’abattre un homme, de le clouer collectivement au pilori. La réaction était trop longue, trop forte, trop orchestrée pour ne pas apparaître tôt ou tard comme une manipulation du « système », qui a commis la maladresse simultanée de vouloir abattre Marine Le Pen.

Donc, les deux favoris de la présidentielle étaient déstabilisés comme par enchantement au moment où Emmanuel Macron avait besoin d’espace, dans la foulée des primaires socialistes. Même si rien ne prouve qu’il y ait eu malice, l’enchaînement des circonstances a discrédité chacune des manoeuvres entreprises.

Et voilà comment même une mise en examen (qui n’est pas encore acquise) paraîtra désormais dérisoire et inopérante dans cette campagne. La haine est allée trop loin pour être encore audible. La réaction naïve de Fillon a fait long feu: elle a laissé la place à une résistance inoxydable.

Vers un combat du peuple contre le système?

À quelque chose, donc, malheur est bon. Fillon a traversé un enfer qui lui vaut aujourd’hui un paradis: celui du combat mené par ceux qui veulent des réformes incisives contre l’immobilisme français. Son passage ce matin à la CPME lui a valu un triomphe. Si certains trouvaient son programme trop brutal et pouvaient craindre les blocages qu’il causerait, le doute est dissipé maintenant. La capacité de résistance, l’obstination, l’acharnement même de Fillon ne sont plus à démontrer.

Après ce bain dans l’acier, Fillon a changé de stature et de dimension. Il reçoit le blanc-seing de la réforme libérale. Plus personne n’a de doute sur ce qu’il sera capable de mener à bien.

De ce point de vue, le dépassement dont il vient de donner l’exemple bouleverse le rapport de force, et tout laisse à penser que la campagne commencer vraiment maintenant. Fillon est celui qui a survécu au « système ».

Dans le terrain de jeu du Front National

Paradoxalement, donc, les affaires Fillon et le Penelopegate devraient affaiblir le Front National qui n’a désormais plus le privilège de la lutte anti-système. Marine Le Pen incarnait une version à la fois étatiste et sulfureuse de la dissidence. Désormais, et avec le soutien acquis ce soir du bureau politique des Républicains, Fillon apparaît comme le vainqueur d’un bras de fer où il a imposé une image de dissident réformateur libéral et crédible.

Le jeu des présidentielles est probablement relancé. Comparé au programme de Fillon, le programme de Macron fera désormais pâle figure, sans convaincre une majorité à gauche.

Le coup de pied de l’âne de Juppé nuira-t-il vraiment à un Fillon trumpisé?

Alain Juppé vient de jeter à nouveau l’éponge dans la course à la présidentielle. Il a prononcé, à cette occasion, un discours désobligeant pour le candidat officiel, François Fillon. En creux, tous ceux qui l’ont entendu ont compris que Juppé appelait de ses voeux une candidature alternative, pour laquelle beaucoup murmurent le nom de Baroin. Dans la pratique, rien n’exclut que François Fillon ne parvienne à retourner ces lâchages en une force.

Fillon trumpisé, enfin! par Juppé

Depuis plusieurs semaines, cet étrange phénomène politique apparu en 2016: la trumpisation, guettait François Fillon. À la manière de Trump renforcé, durant sa campagne, par la guerre que lui a livré l’establishment républicain. Souvenons-nous, d’ailleurs, que, à l’instar de Fillon, Trump était menacé de destitutions à quelques jours du scrutin par les dirigeants de son propre camp.

Incontestablement, un phénomène identique est en train de se produire autour de Fillon. Les désertions multiples en rase campagne enregistrées cette semaine contribuent à construire la légende d’un candidat tribunicien seul contre une technostructure en pleine déconfiture.

L’esprit de 40 triomphe à droite

Paradoxalement, la grande force de François Fillon réside aujourd’hui dans l’affolement de son propre camp. Plus les généraux abandonnent la bataille et leur armée, plus le général en chef apparaît comme l’ultime rempart contre l’effondrement des officiers supérieurs.

Pour le « peuple de droite », ce moment est d’abord celui d’une révélation. L’élite des Républicains dévoile ses cartes. Bien avant la victoire d’un programme, c’est la volonté de préserver les acquis qui dominent, et la peur de livrer bataille. L’esprit de 40 s’incarne, et pour beaucoup de militants, cette incarnation laissera des traces. C’est un peu Vercingétorix lâché par ceux qui n’étaient pas encore les Bourguignons pendant Alésia. C’est l’état-major qui préfère l’armistice au combat en juin 40.

Les abandons officiels métamorphosent Fillon

Ainsi, presque malgré lui, Fillon retrouve aujourd’hui la geste qui a fait sa victoire de novembre. Donné battu, seul dans une traversée improbable du désert, c’est au peuple de France qu’il s’adresse directement dans un huis clos dont ses soutiens se sont abstraits. L’homme qui paraissait embourbé dans une campagne poussive, privé de ressort, se métamorphose dans l’épreuve. Il incarne la résistance face au poids étouffant d’une technostructure veule, changeante, obsédée par ses propres privilèges.

Et c’est probablement ce que n’ont pas compris ses soutiens qui l’abandonnent: au fond, ces départs, les électeurs les souhaitent et se disent au tous aujourd’hui que la solitude grandissante de Fillon est la meilleure preuve de la justesse de son combat.

Une présidentielle à l’américaine?

Dans les prochains jours, le schéma de la présidentielle devrait donc être posé. D’un côté, les candidats soutenus par leur parti. De l’autre, un candidat désavoué par son appareil et dans une relation unique avec le peuple. Si Fillon avait voulu jouer ce rôle, il n’y serait pas parvenu lui-même. Il a fallu la conjonction d’une caballe médiatique, d’une instruction judiciaire et d’une conjuration interne pour façonner cette mise en scène.

Quel impact pour la retraite par points d’Emmanuel Macron?

Emmanuel Macron a proposé hier un programme qui soulève beaucoup de questions, tant il est émietté et fragmentaire. L’une des mesures les plus significatives (et probablement la mesure la plus forte, en réalité, dans ce programme) est le passage à un système de retraite par points. Cette réforme, pratiquée en Suède et en Italie, fera sans doute couler beaucoup d’encre. Au stade où nous en sommes (c’est-à-dire en l’absence de précisions réalistes de la part du candidat sur ses intentions), voici les principaux points de risques ou d’alerte qu’elle mérite.

Une réforme inévitable

Rappelons d’abord les grands principes qui expliquent pourquoi cette réforme est inévitable dans tous les pays industrialisés. Le retraite par points fonctionne sur un modèle assez proche des régimes complémentaires en France: chaque mois, les salariés cotisent à un régime. Chaque cotisation équivaut à une somme de points. Le point a une valeur actuarielle. Donc, la somme de points équivaut à un capital retraite (souvent qualifié de « notionnel »). Avec ce capital, le salarié peut choisir de partir plus ou moins tôt à la retraite. Plus il part tôt, moins la rente qu’il percevra sera élevée.

Ce système permet donc de laisser chacun libre de partir à l’âge de son choix.

Les contradictions d’Emmanuel Macron

Le problème dans cette réforme ambitieuse et qui pourrait être consensuelle tient aux contradictions qu’Emmanuel Macron a d’ores et déjà étalées sur ce sujet en 24 heures, et qui laissent craindre le pire au moment de la mise en place du dispositif. Dans un premier temps, Macron a en effet expliqué qu’un euro cotisé donnerait lieu au même montant de retraites pour tous, avant de se raviser en expliquant que cette règle ne serait pas appliquée:

Emmanuel Macron précise toutefois que les taux de cotisation pourront rester différents dans le nouveau système. « Par exemple, les indépendants pourront continuer à cotiser moins que les salariés et à avoir en conséquence une pension de retraite moindre : ils ont souvent constitué, en parallèle, une épargne qui peut être par exemple leur fonds de commerce et servira à leur assurer un revenu », justifie-t-il. Ce qui introduit des éléments de complexité. « Les spécificités de certains régimes ne disparaîtront pas. Les règles de base seront les mêmes pour tous, mais les taux de cotisation ou les conditions d’âge pourront différer, en raison notamment des caractéristiques des métiers », est-il écrit dans le programme.

Bref, ce sera un régime universel – mais qui n’aura d’universel que le nom. Pour le reste, les régimes spécifiques continueront à exister. D’ores et déjà, le programme du candidat apparaît ici comme une vaste mascarade et une opération de pur marketing.

Le problème des fonctionnaires

Il existe une bonne raison pour que Macron se ravise sur son projet. L’alignement selon le principe (désormais démagogique, puisque non mis en place) du: « pour chaque euro cotisé, le même droit à pension pour tous! » pose un immense problème pour les fonctionnaires. Ceux-ci bénéficient d’une part employeur beaucoup plus importante que les salariés du privé. Or, cette part employeur est financée par l’impôt. Sans le savoir, les salariés du privé apportent donc une contribution importante aux fonctionnaires.

Ce différentiel rend complexe l’universalisation des régimes de retraites. On se délecte d’ailleurs par avance des débats qui interviendront, où l’on verra les fonctionnaires, grands défenseurs de la sécurité sociale, lutter pied à pied pour ne pas l’intégrer parce qu’elle est beaucoup moins favorable que leur propre régime.

La mort programmée de l’AGIRC ARRCO

Il faudra voir si Macron amendera également son projet sur un autre morceau difficile à avaler: celui de l’absorption de l’AGIRC et de l’ARRCO par le régime général. Dans un système universel, on voit mal en effet pour quelle raison les régimes complémentaires continueraient à subsister, dans la mesure où ils fonctionnent déjà comme le régime projeté par Emmanuel Macron, mais où ils ne profitent qu’à une partie des cotisants (les salariés du privé). Là encore, tout l’enjeu sera de savoir jusqu’où le candidat Macron entend faire de son programme autre chose qu’une somme de slogans ou de mesures d’habillage.

Dans l’hypothèse où Macron mettrait en oeuvre la réforme systémique projetée de longue date dans les cénacles qui s’intéressent à ces sujets, il devrait acter une réforme en profondeur du paritarisme de gestion en coupant les organisations syndicales d’une part de leur financement (puisque les groupes de protection sociale adhérant aux fédérations AGIRC-ARRCO sont largement des pompes à phynances pour les syndicats, y compris patronaux).

Pas sûr qu’il ait envie de mener son combat compliqué. Il constitue pourtant la contrepartie logique du régime universel.

Fiscalisation par la CSG ou pas?

Une autre question sur le sujet porte sur la fiscalisation des recettes de la sécurité sociale. Le bon sens voudrait qu’Emmanuel Macron, conformément à certains de ses propos, engage un processus, s’il était élu, de fiscalisation des recettes de la sécurité sociale, seule façon de rééquilibrer durablement la part des cotisations patronales. Cela suppose en revanche d’augmenter l’effort fourni par les cotisants… puisque le volume global de contribution sociale généralisée sera supérieure au volume actuel des cotisations.

Là encore, le candidat Macron sera soumis à l’épreuve de la cohérence.

Pilotage ou pas des retraites?

Pour le reste, l’intérêt majeur de la réforme notionnelle repose sur la capacité de pilotage du système. Un système à cotisations et prestations définies, comme le système français, est une machine infernale. Il empêche le financeur de diminuer ses engagements, puisque le montant des pensions est fixé à l’avance, et il limite les possibilités d’augmenter ses provisions, puisque le financement est également connu à l’avance. Un système par points est supposé être plus maîtrisable, dans la mesure où la valeur du point capitalisé par les cotisants peut être contrôlée par le pilote.

Reste que la Suède, qui avait prévu une baisse des retraites en cas de problème financier, n’a jamais pu mettre en oeuvre ce mécanisme…

Retraites: la réforme Macron coûtera 28 milliards aux entreprises

Tiens! Macron a décidé de sortir de l’ambiguïté et propose une « réforme systémique des retraites ». Présentée dans une interview au Parisien, il est difficile de savoir exactement en quoi elle consiste. Mais voici ce qu’on peut en retenir (et éventuellement en penser)…

Macron annonce une hausse des cotisations retraites

Premier point, qui fait toujours plaisir à entendre:

Il précise qu’il ne touchera pas durant le quinquennat l’âge de départ à la retraite ni le niveau des pensions.

Oh! quelle promesse téméraire. Rappelons que la retraite fonctionne sur trois paramètres: la durée de cotisations (dont l’âge de départ est l’un des éléments visibles), le montant des retraites, et les cotisations qui servent à les financer.

Donc Macron ne modifiera pas le montant des retraites. Il ne touchera pas à l’âge (ce qui n’exclut pas de modifier la durée de cotisations, annoncée par ailleurs). Pour le montant des cotisations, en revanche, il ouvre clairement la porte à leur augmentation. Et c’est bien normal, parce que, pour mettre en place ce qui suit, il n’aura pas la choix: il faudra payer plus cher.

Macron veut unifier les régimes

Selon Macron, la réforme doit aboutir à un principe simple:

« L’objectif est de faire converger progressivement l’ensemble des systèmes de retraite en termes de financement, de caractéristiques et de taux de réversion. »

« Un euro versé pour cotisation ouvrira droit aux mêmes droits quels que soient votre secteur ou votre statut (…) Les règles seront les mêmes pour tous les régimes. Ce sera la vraie fin des inégalités entre fonctionnaires et salariés du privé. »

Comme c’est simple! Fonctionnaire ou salarié, un euro cotisé donnera lieu à la même fraction de retraite. C’est évidemment très séduisant. Toute la question est de savoir combien ça coûte.

Macron veut faire endosser le déficit des fonctionnaires par les salariés du privé

Rappelons en effet que, en l’état, le régime des fonctionnaires n’est pas équilibré. Autrement, les cotisations acquittées par les fonctionnaires ne suffisent pas à équilibrer les pensions civiles. Pour le comprendre, on reprendra juste cette capture d’écran issue de la circulaire de 2016 sur les cotisations employeurs pour les pensions civiles de l’Etat:

En 2013, le Conseil d’Orientation des Retraites a d’ailleurs consacré un rapport à ce sujet, qui montre le tableau suivant:

Des sommes hallucinantes comparées au secteur privé

Dans le privé, les taux sont les suivants:

Autrement dit, le prix à payer pour 1 euro de retraite dans le privé, c’est environ 10% de cotisation employeur, alors que le même euro dans le public, c’est 75 et 126% de cotisation employeur (ce qui rappelle que la retraite des fonctionnaires est aujourd’hui financée par le contribuable, puisque la cotisation employeur n’est rien d’autre que le produit des impôts).

Donc, reposons le problème: si le système du public doit être aligné sur celui du privé, dans un grand régime universel, il va falloir unifier les cotisations employeurs. Et là, ça va faire très mal.

La réforme systémique de Macron va coûter 28 milliards aux entreprises

Donc dire dans la même interview que l’on ne touchera pas au montant des pensions, ni à l’âge de la retraite et que l’on va unifier les régimes revient à dire deux choses très simples.

Premièrement, on va aligner tout le monde par le haut en accordant aux salariés du privé le même régime d’exception que celui des fonctionnaires. Deuxièmement, on va faire endosser au secteur privé par la cotisation le prix du déficit des pensions de l’Etat financées aujourd’hui par l’impôt. Rappelons que les pensions des fonctionnaires de l’Etat coûtent aujourd’hui 38 milliards aux contribuables, alors que, à taux identique avec le régime général, elles ne devraient coûter que 10 milliards.

Ces 28 milliards, devinez qui va les payer…. Cela ne sera plus de l’impôt. Ce seront des cotisations employeurs. Ou comment tuer la compétitivité de nos entreprises.

Les 10 mesures que Fillon doit annoncer pour gagner

Article écrit pour Atlantico.

La candidature de Fillon est désormais sur la corde raide et la victoire semble improbable, surtout si de nouvelles boules puantes devaient être jetées d’ici au scrutin. En attendant, il existe un chemin escarpé qui lui permettrait de reprendre la main, dans la continuité de celui qui lui a donné la victoire à la primaire. Il repose sur des idées novatrices, simples et fortes, qui attaqueraient à la racine la sclérose qui use la France.

Voici un condensé de 10 mesures salvatrices.

Transformer l’Assemblée Nationale en maison de verre

Incontournablement, Fillon doit aujourd’hui proposer une refonte des règles du jeu et assurer la transparence complète de l’Assemblée Nationale. Celle-ci ne doit pas seulement concerner les recrutements de collaborateurs et leurs salaires, mais aussi l’utilisation des réserves, des indemnités, et autres à-cotés qui ne manquent pas de piment.

Fillon pourrait même pousser l’inventivité jusqu’à proposer un comité de citoyens tirés au sort pour vérifier l’utilisation des moyens publics.

Annoncer une trêve réglementaire pour les entreprises

Sur le fond, Fillon doit parvenir à reprendre la main sur les sujets libéraux qui l’ont fait gagner. Au premier chef, il doit annoncer une trêve réglementaire pour les entreprises selon un principe simple: aucune réglementation nouvelle n’interviendra sous son quinquennat concernant les entreprises sans qu’une autre ne soit supprimée.

Cette trêve doit permettre aux chefs d’entreprise de « souffler » après une cascade de réformes impossibles à mettre en oeuvre.

Supprimer le compte pénibilité

Autre mesure forte que François Fillon doit annoncer: la suppression immédiate du compte pénibilité, mesure toxique qui s’apparente à un droit d’exposer la pénibilité contre le paiement d’une taxe. Pour protéger les salariés et éviter l’étranglement des entreprises, ce système doit, dès les premiers jours de mandat, être remplacé par des mesures fortes de prévention, sur le modèle de ce qui existe en Allemagne. Rappelons que, moyennant de dispositif, France est aujourd’hui championne d’Europe des accidents mortels du travail.

Défiscaliser les dividendes versés aux dirigeants d’entreprise réalisant moins de 20 millions € de chiffre d’affaires

Les entrepreneurs français sont aujourd’hui écrasés par les charges qui pèsent sur leur rémunération. Le « coin socio-fiscal » (somme des prélèvements sociaux et fiscaux) dépasse les 80% sur les rémunérations, ce qui est extravagant. Il faut établir un bouclier fiscal pour les entrepreneurs, plafonnant ces prélèvements à 50% des sommes perçues.

Réformer l’impôt sur les sociétés en taxant la rente et en incitant à l’investissement

L’impôt sur les sociétés n’encourage pas à l’investissement, puisqu’il n’exclut de son assiette que les amortissements. Sur le modèle de la Destination-Based Cash Flow Tax (DBCFT) proposée par Donald Trump aux Etats-Unis, il faut réformer la fiscalité de l’entreprise en taxant la rente acquise sur un marché et en favorisant les acteurs qui investissent. La totalité de l’investissement doit permettre une modulation de l’impôt sur les sociétés.

Une taxe sur les détentions courtes d’actions ou de participations

Pour limiter les prédations et les prises de contrôle opportunistes, notamment par des fonds étrangers, il faut instaurer une taxe spéciale et dégressive pour toutes les prises de participations durant moins de cinq ans. L’investisseur qui se livre à de simples aller-retours dans ses investissements ou ses entrées capitalistiques doit être lourdement taxé (par un impôt massif sur les dividendes, dégressif avec le temps).

Un label RSE contre un allègement des contrôles en entreprise

Face au maquis réglementaire qui étouffe les entreprises et l’initiative privée, la logique de label RSE (responsabilité sociale de l’entreprise) promue par la Confédération des Petites et Moyennes Entreprises (CPME) mérite d’être rendue opératoire. Elle constitue le moyen le plus simple pour diminuer rapidement la masse des réglementations. Elle consiste à laisser les entreprises négocier des accords de responsabilité sociale conformes à un label interprofessionnel. En contrepartie, les contrôles sur les entreprises sont allégés.

Sanctionner la partialité des fonctionnaires

Lorsque des fonctionnaires font un usage arbitraire de leur pouvoir d’appréciation, notamment en matière fiscale, l’entrepreneur doit avoir la faculté de mettre en cause la responsabilité personnelle de ce fonctionnaire, et d’obtenir sa révocation. Ce dispositif peut être facilement mis en place par une réforme du régime de la faute détachable du service, qu’il doit devenir facile d’invoquer. Un ministre devrait avoir l’obligation de répondre de façon sérieuse et contrôlable par le juge à toute mise en cause de cette responsabilité personnelle des fonctionnaires.

Défiscaliser les frais de scolarité dans les écoles privées hors contrat

Pour garantir un égal accès à tous à un enseignement de qualité, Fillon doit annoncer que les frais de scolarité dans les écoles privées hors contrat seront exonérés d’impôts. Pour les familles qui ne sont pas redevables de l’impôt sur le revenu, un crédit d’impôt équivalent à la subvention moyenne accordée à un élève de l’Education Nationale doit être accordé. Il permet ainsi aux familles les plus modestes de financer l’accès de leur enfant aux formations de son choix.

Supprimer les aides à la presse

Enfin, pour remettre à plat le débat sur les médias subventionnés… il faut acter la fin des subventions. Ce choix politique majeur est la meilleure façon de renouer le lien de confiance entre les medias et l’opinion publique.

Le piège se referme sur François Fillon

Quand le Canard Enchaîné a révélé le Penelopegate, François Fillon est tombé dans le piège. Il s’est précipité auprès du Parquet Financier pour se justifier, en expliquant qu’il avait confiance dans son pays. Il a affirmé devant tous les Français qu’il renoncerait à sa candidature s’il était mis en examen. Il a juré que sa femme n’avait pas occupé un emploi fictif. Il a crié au complot.

Que reste-t-il aujourd’hui de cette stratégie de défense? Elle s’est fait tailler en pièce méthodiquement.

François Fillon n’a pas dissipé les doutes des Français

Le problème premier de François Fillon est de n’avoir dissipé aucun des doutes qui s’immisçaient dans l’esprit des Français. Il avait une chance objective de retourner la situation en expliquant qu’il avait profité d’un système légal mais moralement douteux, et en s’engageant à nettoyer les écuries de notre parlementarisme déclinant une fois élu.

Au lieu de ce mea culpa, le candidat a préféré nier et a joué aux mijorées offusquées de devoir rendre des comptes. Le problème est que, ce faisant, il s’est montré incapable de prouver effectivement que sa femme avait travaillé durant toutes ces années.

Comment Fillon est passé à côté de la stratégie à la Trump

Une voie possible consistait à imiter Donald Trump: faire la sourde oreille, taper dans le dur des autres candidats, et marteler un programme révolutionnaire. Là encore, le candidat des Républicains est passé à côté de l’exercice. Il a beaucoup adouci son programme et il a gaspillé son temps d’écoute dans une défense vaseuse qui n’a convaincu personne, même au sein de son propre camp.

Ceux qui avaient voté pour lui en novembre ne savent plus quel programme il défend. Ils n’entendent plus parler de politique. Et la spirale semble tournée vers l’échec. On voit mal aujourd’hui quel pourrait être le rebond durable de sa campagne, sauf à assumer de brûler ses vaisseaux et à partir de l’avant.

Quel avenir maintenant?

Ce mercredi, François Fillon a renoncé à sa visite au Salon de l’Agriculture. Il a convoqué la presse pour midi et à l’heure où nous bouclons, il ne s’est pas encore exprimé. Aucun de ses porte-parole n’était informé, ce matin, de l’évolution de la situation. Tout cela fait désordre.

Selon nos informations, François Fillon devrait annoncer sa prochaine mise en examen et le maintien de sa candidature. Reste à voir s’il sera, dans cette hypothèse, capable de faire une campagne audible.

Marine Le Pen face au gouvernement profond

Bien sûr, il y a le petit jeu du chat et de la souris entre Marine Le Pen et les « institutionnels » sur le mode du « c’est vilain de faire ça ». Mais, au-delà de ce simple sujet, une question plus sérieuse, moins fardée, se pose: celle de la capacité de nos « démocraties », sous l’emprise de gouvernements profonds, à accepter l’arrivée au pouvoir de mouvements de rupture. Je me risque aujourd’hui à traiter cette question « sur la ligne de crête », en la déminant au maximum.

Pourquoi je n’aime pas Marine Le Pen

Je suis bien obligé de commencer par cette mise au point, pour dissiper tout doute sur la partialité de cet article.

À de nombreux égards, Marine Le Pen incarne tout ce que je n’aime pas. Le simple fait qu’elle ait reçu son parti en héritage de son père est une source d’agacement. Je peine d’ailleurs à comprendre que des petites gens, notamment dans le Nord, ceux dont je suis issu, se laisse duper par ce genre de mise en scène. Marine Le Pen n’a jamais « travaillé » au sens où ils l’entendent, elle n’a jamais frayé avec les pauvres, et c’est un déchirement de voir qu’elle soit parvenu à leur faire croire le contraire.

Quant au programme économique du Front National, j’ai commencé à dire ce que j’en pensais. Il est aberrant, moins sur les questions d’euro que sur le poids qu’il fera porter aux entreprises. Créer une nouvelle branche de la sécurité sociale est une folie. Je me souviens d’avoir débattu un soir avec le conseiller économique de Marine Le Pen qui proposait de taxer les robots, exactement comme Benoît Hamon. Tout cela est suicidaire.

Pourquoi l’attitude du gouvernement profond face à Marine Le Pen embarrasse

Maintenant, il est vrai que ce que j’appelle le gouvernement profond déteste aussi Marine Le Pen et multiplie les agissements pour empêcher son arrivée au pouvoir. Son programme constitue en effet un danger éminent et imminent: sortie de l’euro, probable Frexit, et reprise en main de l’appareil d’Etat. Si l’on admet que ce gouvernement profond procède d’une délicate et complexe connivence entre la technostructure et le grand capitalisme, alors on mesure en quoi l’arrivée plausible de Marine Le Pen à l’Elysée constitue une menace pour l’état de fait existant.

On notera que, à sa manière, François Fillon porte un projet qui constitue une menace semblable dans ses effets, même sur un autre registre. La remise en cause d’un certain nombre de logiques étatistes, comme celle de la sécurité sociale, a autant inquiété le gouvernement profond que le programme de Marine Le Pen.

Marine Le Pen, comme François Fillon, sont étrangement soumis au même tir d’artillerie, selon les mêmes ficelles: dénigrement dans la presse, qui tourne en boucle, opérations judiciaires qui tombent fort à propos, attaques sous la ceinture émanant des candidats adoubés par le gouvernement profond. Cette similitude suscite deux embarras.

Le premier est que l’on n’aime pas les théories du complot (et il n’y a pas de complot, seulement une réaction collective au risque de voir un candidat du danger gagner). Mais enfin la célérité de la justice concernant les deux candidats de droite en tête des sondages il y a deux mois ne peut pas ne pas poser question. C’est pile-poil pendant la campagne électorale que ces dossiers sont mis en selle, quand d’autres sont laissés en jachère. En admettant même que ces affaires surgissent pour des raisons purement techniques, il n’est pas possible que les magistrats ne s’aperçoivent pas que les calendriers « techniques » percutent le libre jeu de la démocratie.

Et c’est le deuxième embarras: autant un combat à la loyale, à visage découvert, avec des arguments qui portent, serait acceptable. Autant l’utilisation de l’Etat de droit à des fins aussi évidentes mais aussi tues ne peut que mettre mal à l’aise les démocrates qui se disent que la fin ne justifie pas les moyens.

Qui met réellement la démocratie en péril?

À titre personnel, je n’ai jamais cru à la « dédiabolisation » du Front National, et je suis convaincu que l’entourage de Marine Le Pen est constitué de gens dangereux. J’ai coutume de répéter qu’en cas de victoire du Front, une Nuit des Longs Couteaux s’en suivrait et que Philippot, idiot alors devenu inutile, subirait le même sort que Röhm en 1934.

Malheureusement, un danger plus immédiat nous guette: l’appropriation de l’appareil d’Etat qui bloque toute réforme à son détriment. J’adorerais m’abandonner à de grands griefs sur le totalitarisme lepenien en gestation. Mais je suis bien obligé de constater qu’avant d’y parvenir, il me faut traverser la couche de cet autre totalitarisme à l’oeuvre, plus actif et plus avancé, qui est celui de notre régime actuel. Sous couvert de protection et de solidarité, il a multiplié les rêts qui mettent en servitude le peuple français, et qui le convainquent, dans un fascinant syndrome de Stockholm, de protéger ses bourreaux.

Le deal qui est passé aujourd’hui est simple: je me gave sur le dos du peuple à force d’euro, de réglementations liberticides, de subventions dans tous les sens qui créent du chômage et de la stagnation économique. Pour faire passer la pilule, je multiplie les aides sociales et les aumônes financées par les classes moyennes. Et surtout, ne nous gonflez pas à vos conneries de démocratie.

La réaction nobiliaire du gouvernement profond

En réalité, nous vivons une réaction nobiliaire face à l’émergence de partis disruptifs, au sens politique du terme. Le Front National veut changer de système, alors le gouvernement profond devient nerveux et ne se cache plus pour reprendre la situation en main et préserver ses intérêts.

D’un côté, il fabrique de toutes pièces un Emmanuel Macron dont la principale mission consistera, s’il est élu, à habiller l’immobilisme avec le costume du changement.

D’un autre côté, il envoie les juges discréditer les candidats qui gênent. Et c’est ici que la subordination du parquet à la chancellerie rend impossible d’échapper au sentiment de la partialité au moins subjective de la justice. Oui, le parquet financier émane du pouvoir. Oui, le parquet est soumis au ministre. C’est ainsi en France, et personne ne peut l’ignorer: les procureurs sont forcément suspects lorsqu’ils agissent pendant une campagne présidentielle.

L’étrange ambiguïté de Marine Le Pen sur l’appareil d’Etat

Face à cette réaction nobiliaire, la stratégie politique de Marine Le Pen surprend. Elle devrait naturellement se méfier de l’appareil d’Etat, qui ne lui sera jamais acquis. Sauf à pratiquer des purges profondes, la technostructure fera barrage à la mise en place de sa politique.

La logique voudrait donc que le Front National propose des réformes libérales. Mais c’est le contraire qui fait le sel de son programme. La révolution nationale proposée par Marine Le Pen est d’essence étatiste.

On comprend évidemment vers quelle confrontation nous nous dirigerions si Marine Le Pen était élue. Pour vaincre les résistances du gouvernement profond, elle serait obligée, comme en 1940, de basculer dans une aventure autoritaire dont nous ne connaissons pas l’issue. Ses propos sur les fonctionnaires et leur responsabilité en annoncent la couleur.

Macron avait promis un chiffrage… il montre son alliance

Le ralliement de Bayrou à Macron intervient le jour même où ce dernier avait promis le chiffrage de son programme.   les juges referment le bracelet des menottes sur le Front National. La conjonction astrale de ces deux éléments portera-t-elle chance au chouchou des médias?

Comment Macron a fait oublier son (non)-chiffrage

On dira bravo à l’artiste! il n’a toujours pas de programme, mais Bayrou (qui n’en a pas plus) se rallie à lui. Il avait promis un chiffrage pour le 22 février. Visiblement… le chiffrage n’est pas prêt. Mais personne ne s’en est rendu compte puisque, astucieusement, l’attention des observateurs a été monopolisée par l’opération Bayrou, très téléphonée. Bayrou a teasé les medias sur sa (non) candidature pour finalement faire une offre de services à Macron, qui était trop heureux d’amuser la galerie avec ce nouveau coup de théâtre.

Du coup, on ne sait toujours pas combien coûte le non-programme de Macron. Lui-même ne doit pas plus le savoir. Mais on s’en fout, après tout: l’enjeu est bien d’arriver au pouvoir, pas de dire comment on l’exercera. Sur ce dernier point, il suffira de suivre le mode d’emploi envoyé par Bruxelles.

Pour l’instant, le revirement de Bayrou est efficace

Le coup de théâtre, hier, suscité par François Bayrou, a en tout cas permis à Emmanuel Macron de booster sa popularité dans les réseaux sociaux. Sur Twitter, notre Predicto indique un net rebond:

Macron a renversé le rapport de popularité avec Fillon et se rapproche désormais de Benoît Hamon. Désormais, la somme des indices favorables à Hamon et Macron est supérieure à celle de Marine Le Pen. On y verra l’effet positif direct de l’élargissement progressive de l’assiette des deux candidats à gauche pour Hamon et à droite pour Macron, qui marginalise de fait Jean-Luc Mélenchon et François Fillon.

Toute la question est de savoir quelle sera la durée de vie de cette embellie. Il est probable que, tôt ou tard, Macron cherche à sortir de l’ambiguïté sur ses idées. Comme on le sait, ces sorties se font toujours au détriment de celui qui en prend l’initiative. Dans le cas du duo Macron-Bayrou, on imagine déjà les tiraillements internes qui interviendront sur pas mal de sujets.

Tiens! au hasard! l’autonomie des établissements dans l’éducation. On s’en amuse par avance. L’avantage, pour Macron, est qu’il a choisi un partenaire qui n’a pas d’idée fixe. L’inconvénient est qu’il n’a pas non plus de scrupule.

Le gouvernement des juges servira-t-il Marine Le Pen?

Parallèlement, la justice française fait du zèle et convainc une fois de plus les candidats qu’il ne faudrait surtout pas s’aviser de lui donner plus de moyens que ceux dont elle dispose.

De façon hallucinante, après avoir choisi de mettre une épée de Damoclès au-dessus de la tête de Fillon (qui, naïf, s’est précipité dans le piège au mois de janvier), la voici toute occupée à déstabiliser Marine Le Pen. Ou à chercher à le faire. La cheffe de cabinet de la candidate, Catherine Griset, vient donc d’être mise en examen pour recel d’abus de confiance, à deux mois de la présidentielle.

Est-ce bien raisonnable? On en pense ce qu’on en voudra, mais tout est parti d’une enquête de l’Office européen de lutte anti-fraude ouverte en 2014. L’enquête s’est terminée très opportunément en juillet 2016. C’est le 26 juillet 2016 que l’OLAF a transmis ses éléments à la justice française. Pourquoi cette justice s’empare-t-elle du dossier quelques semaines avant les élections alors qu’elle dispose de ces éléments depuis pus de six mois? Dans tous les cas, les enquêteurs ne pourront nier qu’ils ignoraient l’approche du scrutin présidentiel.

Cette affaire est quand même extrêmement maladroite et montre comment les enquêteurs prennent (au mieux) d’importants risques vis-à-vis de l’opinion, et manifestent (au pire) leur parfaite incompréhension des ressorts qui portent le Front National au pouvoir. Le fond de commerce de Marine Le Pen repose sur la dénonciation d’une Europe technocratique qui écrase la volonté populaire. L’apparente partialité de la justice (même si elle est imaginaire, ce n’est pas le problème ici), qui agit à la suite d’une procédure européenne, ne peut que nourrir les convictions de ceux qui ne demandaient plus qu’à être convaincus.

Et que reproche-t-on, sur le fond, à Marine Le Pen? d’avoir utilisé des fonds européens pour faire travailler des Français en France?

On peut douter que l’accusation n’érode la popularité de la candidate. Bien au contraire. En revanche, elle risque de discréditer en profondeur notre justice, qui paraît mue par des ressentiments partisans. Cette opération risque fort d’être perdant de bout en bout. Et même si elle parvenait à « torpiller » la candidate du Front National, elle nourrirait le sentiment, chez ses partisans fidèles,  d’une manoeuvre déloyale pour les écarter du pouvoir.

Mais jusqu’où cette présidentielle ouvrira-t-elle des portes vers l’aventure?

Hamon est-il sous-estimé par les sondages d’opinion?

Benoît Hamon est-il sous-estimé aujourd’hui par les sondages d’opinion (comme il l’avait été durant la campagne des primaires, d’ailleurs)? En comparant les résultats récents annoncés par la presse et les scores affichés par notre Predicto, la question mérite d’être posée.

Hamon bénéficie d’un capital de sympathie plus élevé que Fillon et Macron

Certes, Benoît Hamon suscite deux fois moins de réactions sur Twitter que François Fillon. Mais la sympathie qu’il suscite est de façon constante supérieure à celle de ces deux rivaux annoncés avec un meilleur score que lui au premier tour. Ce hiatus surprend dans la mesure où les sondages indiquent volontiers que Benoît Hamon plafonne à 5 points sous Macron et près de 10 points sous Fillon.

Une chose est sûre, en tout cas: la perte de popularité ou d’intention de vote que Benoît Hamon accuserait dans l’opinion ne se traduit pas à ce stade dans l’expression favorable dont il bénéficie sur les réseaux sociaux. Il est bien entendu difficile d’en tirer une conclusion dans un sens ou dans un autre: l’analyse sémantique des réseaux sociaux en est à ses débuts et nous ne disposons pas d’outils suffisamment étayés scientifiquement pour tirer des conclusions claires de ces éléments contradictoires.

Reste que, du point de vue de la simple observation, on peut noter que des éléments sérieux laissent à penser que Benoît Hamon pourrait créer la surprise et qu’il existe probablement un biais dans les sondages sur sa candidature.

Le renversement en cours concernant Mélenchon

Inversement, s’agissant de Jean-Luc Mélenchon, la quotation des expressions sur Twitter laisse à penser que le dévoilement de son programme a suscité des opinions négatives et devrait produire un recul du candidat dans les intentions de vote. Il est d’ailleurs le seul aujourd’hui à totaliser des expressions négatives supérieures aux expressions positives. On notera aussi qu’il suscite globalement moins de réactions que les autres candidats.

Il sera intéressant de suivre, dans les prochains jours, l’éventuelle confirmation qui sera donnée à cette tendance globale par les sondages eux-mêmes.

Pour notre part, nous sommes assez convaincus que la mesure des expressions sur les réseaux sociaux permet d’approcher de façon plus rapide et plus précise la réalité de l’opinion que ne peuvent le faire les sondages eux-mêmes, même si, répétons-le, nous sommes encore loin de maîtriser toutes les arcanes de ces variations.