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Catégorie : Les petits marquis

Cazeneuve, Brinsolaro et la réaction nobiliaire

Le psychorigide Bernard Cazeneuve a réussi un nouvel exploit: celui de froisser l’épouse du policier Franck Brinsolaro, tué lors de l’attentat contre Charlie Hebdo, en inaugurant une place au nom du flic sans inviter sa veuve ni l’orpheline qu’il a laissées derrière lui. Le geste, qui voulait apaiser des policiers toujours en colère, est emblématique de la réaction nobiliaire à l’oeuvre dans les élites françaises.

Comment Cazeneuve tente de reprendre la main…

Cazeneuve est évidemment confronté à une difficulté à laquelle il ne s’attendait pas: la grogne spontanée de la base contre le mépris dont elle est l’objet de la part de sa hiérarchie et des syndicalistes appointés pour canaliser les énergies. Les policiers qui défilent dans les rues, la nuit tombée, sont une menace majeure pour le ministre. Cette opposition interne, insaisissable, incorruptible, vient du fond des tripes. C’est soudain la France profonde qui dit son ras-le-bol du divorce consommé entre l’intérêt général et le système qui est supposé le représenter, le garantir et le défendre.

Pour récupérer le coup et juguler cette colère froide, Cazeneuve pratique la démarche du crabe: un jour chaud, avec l’inauguration d’une place au nom d’un policier mort dans un attentat, un jour froid, avec une manoeuvre d’intimidation disciplinaire contre l’un des policiers contestataires.

La technique est bien connue. Encore faut-il un orfèvre pour la pratiquer, et il n’est pas sûr que Cazeneuve ait l’envergure pour y parvenir.

Guillaume Lebeau défendu par ses collègues

Premier point: le passage de l’un des contestataires, Guillaume Lebeau, devant l’Inspection Générale de la Police Nationale (IGPN), aussi appelée « police des polices », n’a pas vraiment ramené le calme. Des centaines de policiers sont en effet venus soutenir leur collègue en manifestant sous les fenêtres du ministère. Voilà qui s’appelle jeter de l’huile sur le feu.

Pour le ministre, la situation devient compliquée, dans la mesure où la transformation progressive de cet agent en martyr symbolique du conflit va constituer un boulet durable. De deux choses l’une: soit le ministère continue la procédure disciplinaire, et tout laisse à penser que le conflit sera aggravé, réanimé, attisé. Soit le ministère abandonne et son autorité sera un peu plus écornée, surtout à l’approche d’une élection qui annonce une débâcle de la majorité et une éviction rapide du directeur général de la police nationale, qui aurait, dans une démocratie, démissionné depuis longtemps.

Le mépris pour Brinsolaro

Mais le plus cataclysmique, c’est quand même cette cérémonie à Marseille en mémoire d’un policier.. normand! organisée sans que la veuve ne soit invitée. Il n’est d’ailleurs pas sûr que cet « oubli » soit le fait de Cazeneuve lui-même: peut-être a-t-il délégué la préparation de l’événement à un conseiller qui a voulu faire oeuvre utile en écartant une importune qui pose des questions un peu trop gênantes sur la version officielle des faits.

Rappelons ici que la veuve Brinsolaro a porté plainte contre le ministère de l’Intérieur pour n’avoir pas correctement assuré la protection de Charlie Hebdo, thèse qui ne paraît choquante qu’aux zélateurs d’une vérité officielle bien fragile.

En tout cas, celui qui a « oublié » d’inviter la veuve Brinsolaro à la cérémonie d’hommage à son mari a retrouvé ici le mépris aristocratique très bien décrit par Cyrano de Bergerac:

Il devrait en revanche se souvenir qu’à force de mépriser les gens honnêtes, les aristocrates, à la fin des envois, sont touchés.

Le danger du cynisme politique

Cazeneuve voudrait en tout cas montrer que les hommes (et les femmes) ne l’intéressent pas, que seul compte le bénéfice politique qu’il peut tirer de cette cérémonie, en utilisant à son profit le nom de Brinsolaro, qu’il ne s’y prendrait pas autrement. On voit bien que la culture du souvenir est ici le prétexte grossier à une manipulation politique: quand un ministre parle de Brinsolaro, ce n’est pas Brinsolaro qui compte, mais les dividendes symboliques qu’il escompte. Calmer la base, lui faire croire qu’on l’aime, prononcer un discours où on le lui dira, filmé par des caméras complaisantes, retransmis même par France Inter, et tout ira bien.

Ainsi va le cynisme politique, lorsqu’il est pratiqué par des politiciens arrogants mais sans grande envergure: leur mépris pour les gens est si visible, si grossier, qu’ils ne s’aperçoivent même plus que plus personne n’en est dupe.

Cazeneuve et le triomphe de la réaction nobiliaire

Avec Bernard Cazeneuve, la réaction nobiliaire a trouvé son champion. Car il ne faut pas voir autre chose dans l’absence de la veuve Brinsolaro à la cérémonie d’hommage à son mari qu’une des multiples manifestations de la réaction nobiliaire qui crispe les élites françaises.

La veuve Brinsolaro, cette manante, cette bélitre, a eu l’audace de poser des questions sur la version officielle des faits. Après Charlie Hebdo, le ministre de l’Intérieur a expliqué que ses services avaient très bien fonctionné. On a même vu défiler devant les caméras tous les thuriféraires du pouvoir, comme l’urgentiste Patrice Pelloux, pour soutenir que la France était parfaitement préparée à ce genre d’attentats (la journée du 13 novembre l’a prouvé, d’ailleurs). Et une impétrante avec sa misérable fille devenue pupille de la Nation ose défier les puissants en leur demandant raison de leur version de fait?

Mais de quoi je me mêle? Retourne à ton chagrin, la soubrette, et ne t’avise pas de « cliver », de « faire le jeu du Front National », d’attiser le populisme et la démagogie en imaginant que tu as le droit de remettre en cause la vérité de la noblesse. On connaît par coeur la minable anthologie des petits marquis pour discréditer tous ceux qui imaginent que la démocratie n’est pas une icône mais une réalité.

Face à ce spectacle désolant des petits marquis qui se goinfrent sur le dos du peuple français en le méprisant chaque jour, un seul message se justifie encore: Messieurs les petits marquis, personne n’est dupe, et vous serez tôt ou tard rattrapés par votre arrogance…

La SNCF étouffera-t-elle l’affaire du TGV Est?

On se souvient que, le 14 novembre 2015, une rame d’essai du TGV Est a déraillé, causant la mort de onze personnes. Depuis cette date, les informations tardent à venir et, conformément à une tradition bien ancrée, la SNCF maintient une chape d’opacité sur les événements pour dissimuler sa véritable responsabilité. Une fois encore, la machine à dissimulation s’est mise en marche dans un dossier pourtant accablant.

Le grand désordre de la SNCF

Les lecteurs de ce blog savent que je dénonce régulièrement le grand relâchement de la SNCF, largement dû à la volonté de ménager les forteresses syndicales pour préserver la paix sociale sur le dos des clients et au détriment de la qualité de service. Le rapport du cabinet Technologia, à la demande du CHSCT de Systra, la filiale de la SNCF en cause, sur le drame du TGV Est en donne une nouvelle confirmation.

Technologia pointe notamment du doigt le non-respect des règlements par les agents de la SNCF, réalité bien connue des usagers de la SNCF et régulièrement évoquée dans nos colonnes. Ainsi, les essais sont officiellement réservés aux personnels techniques. Mais le relâchement interne fait qu’il en va tout autrement: les essais sont des événements qui donnent même lieu à un service de repas et de boissons. Une récréation mondaine, en quelque sorte.

Autre point: la cabine de pilotage ne peut en théorie accueillir plus de 4 personnes. Il étaient 7 le jour du drame…

Encore de l’opacité

Technologia souligne toutefois que Systra, conformément à un usage en vigueur dans la maison mère, n’a pas communiqué tous les documents utiles à sa mission. On ne s’en étonnera pas: la SNCF déteste la transparence.

Mais peut-être le gouvernement pourrait-il se décider à virer l’inoxydable (mais pas inébranlable, selon la rumeur) Guillaume Pépy, de son poste. Mois après mois, son bilan ne cesse de s’alourdir.

Ces anciens trotskistes qui naufragent le PS et la France

Dans la compréhension du naufrage socialiste auquel nous assistons dans les grandes largeurs et, au-delà, du naufrage français dans son ensemble, un élément est trop peu souligné: la prise de contrôle du parti par un groupe de trotskistes dont l’influence est proche du cataclysme. Un petit décodage est indispensable pour mettre en lumière comment l’intérêt général est aujourd’hui mis en danger par un système de connivences où le calcul à la petite semaine tient lieu de vision pour le pays.

Jean-Christophe Cambadélis, le plus vieux

Né en 1951, Jean-Christophe Cambadélis a l’un des parcours les plus atypiques des trotskistes dominants au sein du Parti Socialiste, dont il est aussi le plus ancien aujourd’hui. S’il est le plus vieux, sa notoriété au sein de l’OCI ne se développe pas avant 1975, après une longue grève à Villetaneuse, qu’il a animée.

Le mouvement lambertiste est fondé par Pierre Boussel, alias Lambert, en 1953 sous le nom d’Organisation Communiste Internationaliste (OCI). Ce mouvement trotskiste défend des positions historiques comme la distinction structurelle entre parti et syndicat (qui explique les approches de la loi Travail par ses membres passés depuis au Parti Socialiste), ou un internationalisme antimilitariste qui porte en germe le multiculturalisme actuel.

À partir des années 70, il est chargé de réunifier l’UNEF et de mener une stratégie d’entrisme au sein du Parti Socialiste, qu’il rejoint en 1986 avec 400 autres militants trotskistes. Il est élu député en 1988. Son bilan, en tant que parlementaire, est inexistant.

Jean-Marie Le Guen, l’historique

Le Guen est né en 1953. Il fréquente Boussel, alias Lambert, dans les années 70, mais aussi Cambadélis. Il est officiellement médecin, mais il est absorbé par ses occupations politiques, comme son ami Jean-Loup Salzmann, devenu par la suite président de l’université de Saint-Denis, où il s’appuie sur le communautarisme pour être élu.

En 1980, il devient vice-président de la MNEF, dont il sera salarié de 1982 à 1997. Il est aussi leader du Mouvement des Jeunes Socialistes et de l’UNEF-ID. Il partage une spécialité avec Cambadélis: le verrouillage des organisations. Un sport de haut vol dans le monde trotskiste.

Julien Dray, le minoritaire

Né en 1955, Dray n’est pas lambertiste. Il se murmure qu’il a bien essayé, mais que cela n’a jamais marché. Il préfère militer à la Ligue Communiste, puis à la Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR), qui préfigure l’actuel Nouveau Parti Anti-Capitaliste. Il est l’un des responsables du Mouvement d’Action Syndicale, le MAS, qui participe, à titre minoritaire, à la création de l’UNEF-ID en 1980.

Il y fréquente Jean-Marie Le Guen et Jean-Christophe Cambadélis.

En 1981, il est exclu de la LCR et rejoint le Parti Socialiste après, paraît-il, avoir tenté de prendre la présidence de l’UNEF-ID en échange de son ralliement à l’OCI.

Les deux points communs de la bande des trois

Quelles sont alors les principales caractéristiques de cette bande des trois? Dès cette époque, les qualités qu’on leur connaît aujourd’hui sont révélées.

Premièrement, ce sont des professionnels des appareils politiques. Ils sont capables de prendre possession d’un parti, d’une salle, d’une réunion. Cette faculté leur est pour ainsi dire naturelle.

Deuxièmement, ils sont marqués par un formidable opportunisme politique, où la vision marxiste-léniniste est un emballage au service d’un calcul tactique permanent. Leur pensée est celle de la prise de pouvoir, sans forcément savoir ce qu’il faut en faire une fois qu’on y est.

Pourquoi sont-ils si puissants au sein du PS aujourd’hui?

La bonne étoile de la bande des trois (tous marqués, au demeurant, par des affaires judiciaires portant sur leur enrichissement personnel) est intimement liée à la disparition des militants au sein du PS. Le Parti Socialiste a besoin d’organisateurs, de gestionnaires politiques, c’est-à-dire de personnalités capables de remplir une salle, d’organiser un mouvement, de conduire une campagne électorale.

Les anciens trotskistes ont appris tout cela à l’OCI, à l’UNEF-ID ou à la MNEF. Ce sont des qualités indispensables pour cacher la misère dans un parti sinistré.

Pourquoi Hollande et Valls ont-ils besoin d’eux?

La principale qualité de la bande des trois tient à leur capacité à verrouiller une organisation. Or le PS, même s’il ne compte plus beaucoup de militants, reste truffé d’ennemis remuants. Les Frondeurs en sont la caricature. En plaçant Le Guen aux relations parlementaires et Cambadélis à la tête du parti, le duo de l’exécutif met le parti et les parlementaires sous surveillance et sous contrôle.

Cambadélis et Le Guen, qui ont appris à faire le coup de poing à l’OCI, savent se faire respecter des « petits ».

Que perdent Hollande et Valls avec eux?

Cambadélis et Le Guen fonctionnent à l’ancienne, ce qui veut dire plusieurs choses.

Premièrement, en bons marxistes-trotskistes, leur approche de toute réalité tangible est fondée sur un rapport de force. Les ruées récurrentes au sein du groupe socialiste à l’Assemblée en sont la conséquence la plus visible. Le recours au 49-3 sur la loi Travail aussi.

Deuxièmement, les trois compères ont un réflexe politique tragique: réserver le pouvoir à une élite éclairée et toute-puissante, fermée à toute contradiction. Cette rupture s’est encore sentie dans l’incapacité de l’exécutif à comprendre l’attente d’un signe ou d’une inflexion sur la question du terrorisme.

Troisièmement, ce sont de redoutables opportunistes. L’image qu’ils donnent de la politique est cataclysmique. Qui plus estn elle déteint sur l’ensemble du parti.

Que perd le pays avec eux?

Tout!

Dans la crise du « Vivre Ensemble » que nous traversons, les trotskistes du PS sont, avec Claude Bartolone, sont qui ont électoralement le plus à perdre si le multiculturalisme devait être jeté aux orties. Ils utilisent donc leur pouvoir pour bloquer toute remise en cause des doctrines lénifiantes dont les dérives terroristes illustrent la toxicité.

François Hollande a besoin d’eux pour 2017, mais ils contribueront à le plomber méchamment. Rappelons qu’en 2010, tout ce petit monde soutenait… Dominique Strauss-Khan. Looseurs jusqu’au bout!

Jean-Marie Le Guen bientôt conseiller d’Erdogan?

Jean-Marie Le Guen a commis, sur RTL, un nouvel argument, bien au-delà du sophisme habituel. Jusqu’ici, l’équipe Hollande s’était contentée de dire que demander des comptes à l’Etat sur sa gestion du terrorisme était une atteinte à l’unité nationale. Ce sophisme bien connu des rhétoriciens est d’ailleurs le discours que l’on tient d’ordinaire lorsqu’on n’a plus rien à dire.

Cette fois, Le Guen a franchi une sorte de mur du son dans le déni de démocratie en expliquant:

« Je veux bien qu’on aille sur ce terrain-là, mais dans ce cas, il n’y a plus d’État de droit dans le pays. Si un certain nombre de journalistes, de commentateurs, de responsables politiques mettent en cause le fonctionnement de la justice et des services administratifs de l’État, alors c’est une thèse qui est extrêmement dangereuse pour la démocratie » a estimé Jean-Marie Le Guen.

Le Guen, bonimenteur en chef de l’exécutif

L’équation est amusante: mettre en cause le fonctionnement de l’Etat, c’est contraire à la démocratie. Autrement dit, la démocratie, c’est obéir à l’Etat et ne lui demander aucun compte. La tyrannie survient au contraire quand les citoyens se mettent à critiquer l’Etat et ne plus lui obéir.

On rappellera juste les articles 14 et 15 de ce monument de tyrannie qu’est la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, qui brisa le très démocratique Ancien Régime et sa merveilleuse monarchie absolue:

Art. 14. –

Tous les Citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d’en suivre l’emploi, et d’en déterminer la quotité, l’assiette, le recouvrement et la durée.

Art. 15. –

La Société a le droit de demander compte à tout Agent public de son administration.

Allez, Jean-Marie, relis ce texte! puisque tu semblez l’avoir oublié.

Le Guen bientôt conseiller d’Erdogan?

Au rythme où il va, Le Guen pourra en tout cas retrouver un job en or en juin 2017, s’il devait ne pas être réélu. Avec sa conception brillantissime de la démocratie, il sera sans doute recruté à prix d’or par Erdogan. Le président turc a en effet un besoin urgent d’esprits éclairés pour le guider dans la vie de tous les jours.

Manifestement, Erdogan était trop enclin à la tyrannie et a laissé trop de libertés aux ennemis de la démocratie. Voilà qui lui a donné chaud au popotin et a failli lui coûter une destitution par l’armée. Heureusement, la démocratie reprend provisoirement son cours en Turquie, avec des milliers d’arrestations dans les milieux fascistes et plus de 10.000 confiscations de passeport, en attendant mieux.

Manifestement, Erdogan aura besoin de grands démocrates comme Le Guen pour rétablir durablement la démocratie et interdire à tous les fascistes de critiquer l’Etat.

Le Guen, symptôme de la réaction nobiliaire en France

Donc, un ministre de la République peut, sans démissionner dans la minute, expliquer que la démocratie, c’est ne pas critiquer l’Etat. Après l’avalanche d’insultes et de haine contre le suffrage universel à l’issue du referendum britannique, la classe politique française franchit une nouvelle étape dans son dévoilement. Elle ne se cache plus pour dire que, selon elle, la démocratie consiste à ne pas critiquer la classe dirigeante. Et que toute critique contre la classe dirigeante est la manifestation de la tyrannie.

Sous l’Ancien Régime, cette inversion des vérités s’était appelée la réaction nobiliaire. Menacée par une société nouvelle, l’aristocratie française, dans les années 1770 et 1780, s’était raidie sur ses privilèges en vilipendant le tiers état.

Merci, Jean-Marie, d’illustrer aussi parfaitement la nouvelle réaction nobiliaire.

 

Egalité et citoyenneté: les petites entreprises encore discriminées

Dans l’obscure loi Egalité et citoyenneté, qui n’a intéressé personne, les entreprises viennent de subir un nouveau coup dur. Même s’il est minime en apparence, il illustre bien la toxicité des dogmes idéologiques en vigueur dans la représentation nationale.

Un amendement socialiste sur la discrimination

Les députés socialistes Hammadi (Seine-Saint-Denis, proche de Benoît Hamon), Bies (Bas-Rhin), Chapdelaine (ille-et-Vilaine), Corre (Loiret), ont déposé un amendement à la loi prévoyant ceci:

Après l’article L. 1131‑1 du code du travail, il est inséré un article L. 1131-2 ainsi rédigé :

« Art. 1131‑2. – Dans toute entreprise employant au moins cinquante salariés et dans toute entreprise spécialisée dans le recrutement, les employés chargés des missions de recrutement reçoivent une formation à la non-discrimination à l’embauche au moins une fois tous les cinq ans. »

On ne dira jamais assez l’absurdité de ce genre de mesure, qui repose sur l’idée naïve que « les employés chargés de mission de recrutement » forment obligatoirement un service à part, où l’on reste en poste au moins cinq ans.

Mais supposons…

L’égalité et le service public: un malheureux oubli

Il se trouve que, quelques jours plus tard, un rapport officiel, remis au Premier Ministre, dressait un état des lieux sur les discriminations à l’embauche dans la fonction publique. Ce rapport L’Horty a le mérite d’évaluer, pour la première fois, l’écart qui sépare l’administration et l’égalité des chances. Enfin!

Le rapport précise que l’administration recrute chaque année 500.000 nouveaux agents publics. Ce n’est pas rien! Le service public est le premier recruteur de France et pratique au moins aussi largement que les entreprises la discrimination à l’embauche.

Pourquoi le législateur, et spécialement les députés socialistes qui ont amendé la loi, ont-ils réservé aux seules entreprises l’obligation de se former à la lutte contre les discriminations et en ont exempté le service public?

Quand les entreprises aiment leur mal

Les premières responsables de ce deux poids deux mesures sont les entreprises elles-mêmes, et en particulier les grandes entreprises. Ce sont elles qui inondent les décideurs publics avec des lobbyistes professionnels qui appellent à l’édiction de normes empoisonnant la vie quotidienne des petits employeurs.

Dans le cas de la loi Egalité et Citoyenneté, voici par exemple la réponse de la sous-ministre Bareigts à l’amendement:

Nous partageons bien entendu cet objectif de lutte contre les discriminations et nous savons que cela passe par des outils répressifs et aussi par une meilleure sensibilisation des acteurs de l’entreprise, en particulier de ceux qui sont chargés du recrutement et du management de proximité. Ce constat a été tiré par les membres du groupe de travail « lutte contre les discriminations dans l’accès à l’emploi et au travail », présidé par Jean-Christophe Sciberras, ce qui a conduit le Gouvernement à développer la sensibilisation du grand public (…)

Sciberras? Ancien inspecteur du travail, devenu directeur des ressources humaines de Solvay, géant belge de la chimie, et président de l’Association Nationale des Directeurs de Ressources Humaines (ANDRH).

L’égalité, une arme pour distordre la concurrence

On ne perdra pas ici son temps à énumérer la longue liste des grandes entreprises qui se félicitent lorsqu’une norme de ce genre est votée. C’est une nouvelle façon d’alourdir les frais généraux des petits concurrents et de les insécuriser juridiquement.

C’est pourquoi tant de « think tanks » rassemblent des moyens colossaux pour épaissir chaque jour un peu plus les strates réglementaires qui entravent la compétitivité française. Je rappellerai simplement ici les coupables travaux de l’Institut Montaigne qui, au nom du libéralisme, demandent sans cesse plus de règles, plus de réglementation, plus de normes.

Ces structures financées par les grandes entreprises ont un objectif transparent: utiliser la loi comme arme pour disqualifier les plus petits acteurs du marché.

Le gouvernement profond au-dessus de l’égalité

On ne s’étonnera pas que la technostructure, bras armé du gouvernement profond, se place au-dessus des lois. L’Etat n’a pas à lutter pour l’égalité dans ses rangs. Selon une fiction validée par les thuriféraires du « système », l’Etat est l’égalité incarnée. Qu’importe donc s’il discrimine à tour de bras. Parce qu’il est l’égalité, il n’a plus de compte à rendre sur ce sujet.

Chacun a bien compris l’idée implicite qui sous-tend ce privilège: la technostructure entend bien utiliser l’égalité comme arme pour asservir la société, pour la culpabiliser. Et pendant ce temps, les ors de la République brillent au soleil.

Où en serait Agnès Saal si on lui appliquait la loi Travail?

Article écrit pour le Figarovox.

Rien que pour s’amuser, il est intéressant d’imaginer le sort qu’aurait subi Agnès Saal si elle avait été mandataire sociale d’une entreprise privée, tout spécialement après le vote de la loi Travail. Le gouvernement, avec cette loi, fait l’éloge de la flexibilité. Mais, avec la réintégration d’Agnès Saal dans les effectifs du ministère, il rappelle une nouvelle fois qu’il s’est beaucoup préoccupé de flexibiliser le secteur privé, mais n’a pas bougé le petit doigt pour attendrir les rigueurs (et même les lourdeurs) du statut de la fonction publique.

Un abus de bien social?

Une grande partie de l’affaire Saal tient au fait que ses enfants disposaient des codes de la société de taxi financés par l’Institut National de l’Audiovisuel. On est ici directement confronté à un usage intentionnel des biens de l’entreprise à des fins tout à fait privées. C’est la définition même de l’abus de bien social.

Il s’agit d’une infraction au code du commerce qui peut justifier la révocation ad nutum du dirigeant par son conseil d’administration, ou encore des poursuites pénales. Dans le cas d’Agnès Saal, la justice a effectivement fait son oeuvre, mais l’administration a décidé, avant la décision de justice, de suspendre l’intéressée pendant six mois, sans traitement.

On notera la disproportion entre la sanction administrative assez clémente et la peine de prise avec sursis prononcée par la justice.

La qualification de faute lourde

Dans le cas d’Agnès Saal, la présomption très plausible d’abus de bien social aurait appelé, dans une entreprise, sa révocation immédiate et l’invocation d’une faute lourde, c’est-à-dire d’une faute intentionnelle dans l’intention de nuire à la société. L’intéressée aurait probablement contesté la décision devant les prud’hommes pour obtenir une indemnité de licenciement. Mais il n’est pas sûr qu’elle l’ait obtenue.

Cette voie n’a été que partiellement suivie par le Premier Ministre dans le dossier Saal. La sanction de six mois de suspension n’est pas neutre, mais, redisons-le, elle paraît relativement clémente par rapport aux sanctions pénales que la justice a infligée à cette proche d’Aurélie Filipetti.

La question de la rupture de confiance

Sur le fond, la réintégration d’Agnès Saal à laquelle nous venons d’assister ne manque pas de poser un problème: comment l’employeur d’Agnès Saal peut-il encore lui accorder sa confiance, alors que l’intéressée a subi une sanction lourde pour des questions de probité?

Là encore, rappelons que le statut de la fonction publique impose à tous les fonctionnaires un devoir de probité. Il semble quand même qu’Agnès Saal ait pris quelques libertés avec cette obligation… Ce manquement n’empêche manifestement pas son employeur de lui confier de nouvelles responsabilités.

Les salariés du secteur privé habitués à des décisions plus radicales en seront étonnés.

Agnès Saal soulève la question de la protection statutaire

Au vu de ces éléments et de l’évidente disproportion entre les rigueurs du secteur privé et la tolérance relative du secteur public, c’est une fois de plus le deux poids deux mesures entre l’administration et l’entreprise qui est mis en exergue. Comment le gouvernement peut-il imaginer être crédible en prétendant donner de la flexibilité dans les entreprises sans appliquer la même règle à ses propres salariés?

La question est d’autant plus lancinante que les mandataires sociaux et les dirigeants d’entreprise sont très peu protégés dans le secteur privé, alors que l’affaire Saal montre qu’ils sont fortement épargnés dans le secteur public.

Sur ce point, on ne peut sous-estimer les responsabilités fonctionnelles d’Agnès Saal. Elle était présidente d’un établissement public. Elle avait un fort rôle d’exemplarité. On peut quand même s’interroger sur la capacité de l’Etat à faire respecter les règles de probité, s’il se montre aussi tendre avec ses hauts fonctionnaires.

Supprimer le statut pour les cadres dirigeants

Au-delà du dossier Saal, c’est le problème plus général de l’application du statut de la fonction publique aux cadres dirigeants du service public qui est soulevé.

Historiquement, le statut se justifie par la nécessité de protéger les fonctionnaires contre les pressions politiques. Avec le temps, on s’aperçoit qu’il produit l’effet inverse: il facilite la politisation de la haute fonction publique et protège les hauts fonctionnaires contre toute exigence de résultat. Il devient une arme pour dominer politiquement les fonctionnaires en récompensant des thuriféraires incompétents.

Le bon sens consisterait à tirer les conséquences de cette situation en supprimant la protection du statut pour des personnels qui sont, de toute façon, politisés. Simplement, la suppression du statut permettrait d’évincer les moins performants et de faciliter l’évolution du service public vers une logique de résultat.

Mais cela suppose, il est vrai, de ne pas compter sur les voix des fonctionnaires pour être réélu.

Jusqu’où peut aller l’affaire Kerviel?

L’affaire Kerviel fait partie de ces dossiers emblématiques à l’aune desquels on juge toute une époque. Elle est de la même trempe que l’affaire Calas ou, dans un ordre différent, l’affaire Dreyfus, ou encore le procès des Templiers sous Philippe le Bel. Au rythme où va la Société Générale, Kerviel deviendra bientôt l’emblème séculaire de l’inégalité de traitement entre les puissants et les faibles. La question qui est désormais posée n’est plus vraiment de savoir si la hiérarchie du trader connaissait ses frasques, mais jusqu’où ira la détonation lorsque le pot-au-rose sera révélé.

Kerviel et l’embarrassant avertissement d’Eurex

On se souvient que, dès janvier 2008, Eurex, bureau de surveillance du marché à terme, affirmait avoir prévenu la Société Générale des agissements de Jérôme Kerviel. À cette époque, la Société Générale avait répondu:

Dans une déclaration, la Société générale explique en substance que les alertes mentionnées par le témoin ne lui permettaient pas de prendre conscience du problème Kerviel.

Les explications avaient à moitié convaincu les initiés, semble-t-il, qui restaient sceptiques sur l’ignorance totale de la banque dans un contexte aussi tendu.

Kerviel affranchi de ses dommages et intérêts

On connaît les révélations qui sont intervenues, cette année, sur les dessous possibles de l’enquête judiciaire. Peu à peu a pris forme l’idée que les magistrats avaient pu subir des pressions pour faire plonger Kerviel et épargner la direction de la banque. Cette évolution sur le fond a probablement influencé la position du Parquet lors du procès au civil en appel de Kerviel contre sa condamnation à payer près 5 milliards € de dommages et intérêts. L’avocat général a en effet requis le rejet de la demande de la Société Générale.

Comme le fait remarquer Jean-Marc Boyer dans son article de la Gazette de l’Assurance, ce réquisitoire risque d’embarrasser financièrement la Société Générale, déjà soumise à l’impôt dans ce dossier.

L’affaire de la subornation de témoin

Parallèlement, Kerviel a remporté une autre bataille judiciaire. Il a obtenu le placement de la Société Générale sous statut de témoin assisté dans une affaire de subornation de témoin. Le parquet semble ne pas exclure que la banque ait largement indemnisé le supérieur hiérarchique direct de Kerviel (1 million € d’indemnités) licencié pour faute après la révélation du scandale, en échange d’une déposition à charge contre le trader.

La banque conteste les faits, mais la situation est fâcheuse. Le supérieur de Kerviel s’est en effet désisté de son dossier aux prudhommes après la signature d’une transaction dont les détails promettent d’être croustillants.

La position très affaiblie de la Société Générale

Le dossier Kerviel n’est, après tout, qu’un dossier parmi d’autres dans un univers de connivences qui fait tache. On retrouve en effet la marque Société Générale dans toutes les affaires qui ont défrayé la chronique judiciaro-bancaire ces dernières années.

En avril 2016, les locaux de la banque ont été perquisitionnés dans le cadre du dossier des Panama Papers.  Tout laisse à penser que la Société Générale a facilité l’évasion fiscale, non sans que ses dirigeants aient juré aux parlementaires que ces opérations relevaient du passé. Ce qui ressemble à un parjure ressemble beaucoup à une énorme erreur stratégique dans un contexte kerviellien.

Mais faut-il rappeler ici, à titre d’autres exemples, les amendes infligées à la banque pour la manipulation des cours de l’Euribor (finalement réduite à 227 millions €), ou pour ses défaillances dans la lutte contre le blanchiment (500.000 € en 2012, infligée par l’Autorité de Contrôle Prudentiel)?

Petit à petit, la Société Générale accumule les revers et le citoyen peut à bon droit s’interroger sur les protections dont ses dirigeants bénéficient…

Jusqu’où ira la déflagration?

Jusqu’ici, les dirigeants de la Société Générale ont adoré jouer les inflexibles, menaçant de poursuites et de sanctions tous ceux qui contestaient une version monolithique et manichéenne des faits. Cette stratégie pourrait très bien se retourner contre le monde bancaire, comme l’affaire Dreyfus, en son temps s’est retournée contre l’armée française promise, pendant les décennies qui ont suivi, à un silence de plomb.

Le contexte est d’autant plus gênant que le directeur général de la banque, Frédéric Oudéa, est aussi président de la Fédération Française des Banques (FFB). C’est moche pour les banquiers… car un glissement de terrain imprévu risque de balayer la superbe bancaire pour un bon nombre d’années. Mais il est vrai que le pire n’est jamais sûr.

 

Après Orlando, les gays vont-ils se droitiser?

Après l’attentat d’Orlando, une question doit être suivie avec une attention particulière: la puissante communauté gay, traditionnellement à gauche et opposée au bloc identitaire, va-t-elle changer son fusil d’épaule et se montrer moins tolérante vis-à-vis de la communauté musulmane? Il est trop tôt pour le dire, mais nous assistons peut-être à un basculement des positions politiques acquises jusqu’ici.

Gays et anti-racisme: une continuité naturelle

Dans le grand mouvement de lutte contre la domination majoritaire (chrétienne et hétérosexuelle), les mouvements homosexuels ont, à la fin des années 80, cherché à multiplier les points d’attaque. L’émergence de SOS Racisme, en son temps, fut l’une des facettes de cette stratégie, bientôt augmentée avec la naissance d’Act’Up.

Les deux associations ont la particularité d’avoir été activement soutenue par l’un des plus éminents représentants de la communauté gay en France, Pierre Bergé.

Dans les années 90, s’ouvre donc une ère où l’expression des minorités convergent dans une contestation globale de ce qui est aujourd’hui défendu par les mouvements identitaires. Cette convergence des luttes, comme dirait la Nuit Debout, s’est largement appuyée sur une posture victimaire qui a soudé les affects. Les immigrés sont des victimes de l’esprit colonial défendu par les Français de souche. Ces derniers n’aiment pas les homosexuels et les discriminent volontiers.

Difficile de soutenir un combat sans soutenir l’autre.

Les gays et la pensée unique

L’unité de combat a aussi impliqué l’unité de méthode, fondée sur une logique binaire appelée pensée unique. D’un côté, il y a le langage autorisé: les minorités sont victimes de la majorité, et elles ont droit à une sorte de réparation éternelle pour cette discrimination, et en même temps qu’elles bénéficient d’une impunité, d’une sorte de grâce permanente.

De l’autre, il y a ceux qui refusent la tyrannie des minorités et la déconstruction organisée du fait majoritaire. Ceux-là sont forcément d’extrême-droite, des fascistes, des dissidents.

Face à la montée d’un projet politique sournois mais invasif dans les « quartiers », fondé sur une compréhension politique de l’Islam, la communauté gay a donc volontiers rejoint la communauté féministe dans la cécité et la persécution tyrannique. Tous ceux qui ont expliqué que les attentats de 2015 participaient d’une visée politique dangereuse liée à une montée d’un Islam non laïcisé en France ont été assimilés à des racistes bien sûr, mais aussi des partisans naturels de l’homophobie, du machisme, de la discrimination sexiste.

En quoi Orlando change la donne

L’attentat d’Orlando sape durablement les fondements de cette alliance entre minorité musulmane et minorité homosexuelle. Il montre en effet que les homosexuels n’ont absolument rien à gagner de la montée de l’islamisme, telle qu’elle est encouragée de fait dans les quartiers les plus sensibles, y compris au plus haut niveau du Parti Socialiste.

À force de nier les évidences qui montaient, les évidences sont venues aux homosexuels: ils seront les premiers sur la liste des victimes d’un système de soumission à l’Islam. Dans le grand débat qui opposent les défenseurs de « l’après-tout ce n’est pas si grave » et les partisans d’un retour à une laïcité intégrale et militante, les homosexuels ont largement, jusqu’ici, rejoint le premier camp. Orlando souligne l’erreur stratégique de cette attitude.

Combien de temps prendra la droitisation homosexuelle?

Reste à savoir combien de temps prendra la transformation politique des points-clés de l’identité homosexuelle. D’un simple point de vue sociographique, le phénomène est intéressant à suivre. Dès le début de l’année 2016, un premier signe est apparu: le roman Histoire de la Violence d’Édouard Louis met en scène la désillusion et l’incompréhension d’un jeune homosexuel victime de la violence perpétrée par un Arabe. Or, Edouard Louis est une sorte de ludion créé de toutes pièces par la communauté homosexuelle et qui en exprime assez bien les clichés, les caricatures et les stéréotypes.

Orlando devrait accélérer ce mouvement de « reflux » et de dissociation entre la minorité homosexuelle et la communauté musulmane.

Les cheminots CGT, ou la rente syndicale en action

Article écrit pour le Figaro.

Sans que personne ne le voie clairement, les cheminots sont à la source d’un désordre français majeur, qui déstabilise l’ensemble du champ social. La préparation du rail européen passe en effet par la conclusion d’une sorte de convention collective à l’échelle de l’Union, beaucoup moins favorable que le statut accordé aux salariés de la SNCF. Bloqués pendant des années par un syndicalisme que Guillaume Pépy a protégé, les cheminots français découvrent peu à peu qu’ils ne seront plus seuls à utiliser les rails financés par le contribuable. Ce réveil salutaire mais douloureux perturbe en profondeur le paysage social français.

Le risque d’un statut européen

On ne le dit pas assez, mais les innombrables grèves qui se succèdent à la SNCF, en ordre dispersé, protestent toutes contre la négociation d’une convention collective nationale du rail qui remettra en cause le statut des salariés de la SNCF. Ceux-ci vivent en vase clos, depuis 1936, à l’abri de leurs petites combinazioni syndicales et font, depuis des années, l’autruche face à l’imminente ouverture du rail à la concurrence. L’ouverture du transport ferroviaire de voyageurs à la concurrence arrive. Cette salutaire introduction permettra de secouer le cocotier des rigidités de la Vieille Dame nationale.

Elle ne va évidemment pas sans susciter un puissant tir de barrage. Pourtant, le mouvement paraît inéluctable: il est désormais incontournable que la branche du rail existe et dispose d’une convention collective moins contraignante que le statut de la SNCF. Les syndicats français l’ont bien compris: les avantages que la « bête SNCF » leur donne depuis des années touchent à leur fin. Les entreprises ferroviaires qui pourront assurer du transport de voyageurs dans quelques années en France pourront recruter sous des conditions moins favorables que la SNCF.

La seconde mort de la Libération

Historiquement, les syndicats ont pu justifier les avantages extravagants (dont la retraite à 50 ans) qu’ils pouvaient revendiquer au nom de la Libération et des prix qu’on lui prêtait. Personne n’a en vérité jamais vérifié attentivement si la légende forgée au sortir de la guerre sur l’engagement patriotique des cheminots se justifiait. Mais la conviction intime régnait: sans eux, la France n’aurait été ni vainqueur ni libre en 1945.

Ce légendaire héroïsme des cheminots a justifié bien des compromis. Tout le monde a fermé les yeux sur la participation de la SNCF aux déportations raciales, et l’histoire n’a retenu que les sabotages postérieurs à la rupture du pacte germano-soviétique. En 1945, les cheminots ont refusé de rejoindre le régime général de la sécurité sociale et ont préféré garder leurs avantages et leurs règles spécifiques, bien plus favorables.

Il a fallu attendre près de soixante-dix ans pour que ces privilèges soient remis sur la table et révisés. Seule l’Europe aura permis d’aborder sans pollution historique ni légendaire la vérité des faits. Enfin, on peut discuter de ce que doit être la condition de travail d’un conducteur de TGV, sans évoquer la sabotage des lignes menant en Normandie en 1944.

Privatisons le rail, enfin!

Reste à aller jusqu’au bout. Les grèves auxquelles nous assistons sont les derniers témoignages des prises d’otage du service public par les toxiques CGT Cheminots et autres coordinations pseudo-ouvrières. Ceux-là adorent parler comme s’ils incarnaient le prolétariat, alors qu’ils en sont juste les rentiers ordinaires. Personne ne dira jamais la souffrance des vrais prolétaires, usagers du rail, qui furent pris, pendant des années, en otage des revendications incertaines lancées par des syndicats très protégés par le toxique Guillaume Pepy. Tous ces lève-tôt ont dû composer avec les irrégularités capricieuses du syndicalisme ferroviaire et arriver au boulot quand ils le pouvaient.

Une étape doit encore être franchie: la refonte de la gouvernance de la SNCF. Le socialiste Guillaume Pepy, à force de manoeuvres et d’entregents, a beaucoup profité du système pour un bilan social et économique cataclysmique. Il est temps que la France de la rente et du fromage dont il constitue une incarnation laisse la place à la France de la compétition et de la réussite. Mais il faudra probablement attendre le prochain quinquennat pour y arriver, tant le réseau Pépy se confond avec le réseau Voltaire du président de la République.

Martine Aubry: charité bien ordonnée commence par soi-même

Article écrit pour Atlantico.

Martine Aubry n’a rien perdu de son sens de l’humour très « pince-sans-rire » – tellement à froid qu’on se demande si elle a conscience d’être hilarante. Elle a notamment déclaré vendredi:

Il était donc possible de trouver une majorité parlementaire de gauche. Le choix d’utiliser l’article 49-3 n’est pas, dans ce contexte, acceptable. Il prive le Parlement du nécessaire débat démocratique auquel les Français avaient droit.

Oh! les belles déclarations de Martine Aubry en faveur du débat démocratique! Pousser aussi loin le comique de situation relève d’un exploit qui mérite d’être salué.

Aubry et la démocratie: une mémoire courte

Le plus plaisant, dans les discours de Martine Aubry sur la démocratie, tient évidemment à l’espèce d’ironie anti-phrastique dont ils sont forcément revêtus. Il suffit de se souvenir de la loi sur les 35 heures: certains parmi nous l’ont gardé en mémoire… (car, si cette loi paraît sortie toute droite de la Pré-histoire, elle ne fut adoptée qu’en 1999, et les dinosaures, contrairement à ce que croient nos enfants, avaient disparu depuis longtemps lorsque Martine faisait adopter sa loi éponyme).

À l’époque, Martine Aubry s’était assez peu préoccupée de « démocratie » au sens où nous l’entendons. Elle avait même allègrement berné le CNPF de l’époque en approuvant face à ses partenaires le principe d’une négociation par entreprise et en annonçant, à la sortie de la réunion à Matignon, une mesure d’autorité imposée par la loi. Ce bel exemple de démocratie en est un parmi d’autres qui légitime totalement et indéfectiblement Martine Aubry dans tout éloge de la concertation et du débat transparent.

Au passage, dix-sept ans plus tard, le débat sur la négociation du temps de travail en entreprise n’a pas évolué d’un pouce. Le marqueur est utile pour rappeler que la France aura perdu une génération (et de nombreux points de PIB) dans l’impossible adaptation de son droit du travail et dans la toujours inaccessible réparation des dégâts causés par l’expérience Jospin.

Les aubrystes ne sont pas en reste

Dans la secte aubryste, Martine n’est pas la seule à pratiquer des incantations en faveur de la démocratie, avec des airs de gourou halluciné, un couteau à la main et le coeur d’un boeuf arraché vivant dans l’autre.

Jean-Marc Germain, son VRP multi-cartes quasi-officiel à l’Assemblée Nationale, avait déjà donné un aperçu de son talent en 2013 en rapportant avec une fidélité variable la loi sur la sécurisation de l’emploi. Alors que les partenaires sociaux avaient signé un accord interprofessionnel garantissant aux entreprises la liberté de mettre en place leur régime de protection sociale complémentaire, Jean-Marc Germain avait tenté de faire passer, pour satisfaire quelques organisations syndicales, une mise en place réglementée. Le Conseil Constitutionnel avait finalement « cassé » son dispositif.

La méthode Germain avait à l’époque laissé des traces. Le député aubryste n’avait reçu en audition que les partisans de système réglementé et avait fait la sourde oreille aux partisans de la liberté. Cette divertissante conception de la « démocratie », et de ce qui est acceptable ou inacceptable en son sein ne manquait décidément pas de piment.

Les aubrystes ont bloqué la motion de censure

Fais ce que je dis, mais ne fais ce que je fais semble être la devise immortelle du camp Aubry. Le recours de Valls au 49-3 l’a démontré une fois de plus.

Admettons que le recours au 49-3 n’était pas « acceptable ». Beaucoup pencheront plutôt pour l’idée que le Premier Ministre a utilisé des forceps pour arracher une cacahuète coincée dans la gorge. Les « amendements » pratiqués avant la présentation du texte en Conseil des Ministres l’ont en effet tellement affadi que l’arme du 49-3 est disproportionnée par rapport à l’enjeu réel que constitue encore cette loi. Mais supposons…

Pourquoi les aubrystes n’ont-ils pas alors rejoint la motion de censure que 56 de leurs petits camarades avaient déposé pour faire tomber le gouvernement? Cette façon de baisser sa culotte au moment de passer à l’acte, tout en tempêtant sur le caractère inacceptable de la ligne gouvernementale, reste quand même difficile à comprendre.

Germain a encore gaffé sur les raisons de sa défection

Irrésistible gaffeur (ses phrases sur la concurrence l’avaient déjà montré), Jean-Marc Germain a délicieusement vendu la mèche sur sa désertion en pleine bataille du 49-3:

« La réflexion que j’ai eue, était de me dire que si la motion avait été votée, il y aurait dissolution de l’Assemblée nationale », lance-t-il. « Le risque serait que de nombreux députés PS perdent leur siège et que la droite repasse au pouvoir. Le courage en politique c’est de réfléchir aux conséquences pour les personnes que l’on défend », avance-t-il.

Mais Martine, dis-lui de se taire! Car tout le monde aura bien compris que les Frondeurs adorent la Fronde tant qu’elle ne met pas leur fromage en danger. La révolution, oui! mais à condition de ne pas perdre son poste… La morale, le prolétariat, la justice sociale, oui! mais uniquement si on conserve ses émoluments, son bel appartement à Paris, et sa voiture avec chauffeur.

L’aubrysme, ou le courage du gougnafier

On saluera donc bien bas les leçons de courage politique données par Martine Aubry et ses affidés. Le courage politique, c’est « réfléchir aux conséquences pour les personnes que l’on défend ». Entendez par là: ne pas mettre en danger les copains députés qui risqueraient de perdre leur siège à cause d’une fausse manoeuvre.

Dormez tranquilles, ouvriers et prolétaires de France. Vous êtes défendus par des gens de bien, des gens d’honneur, qui ne reculent devant aucun sacrifice pour vous épargner les horreurs du libéralisme triomphant. Vous devriez même vous cotiser pour nourrir ces héros de la résistance au capitalisme… Car, comme chacun le sait, le petit marquis de gauche est le meilleur allié du sans-culotte.