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Chroniques jupitériennes de Macron: maintenant, je suis président, et je ne vous dois rien!

Moi, Emmanuel Macron, huitième président de la Vè République… On ne s’en lasse pas. Les ors de l’Olympe, le passage des troupes en revue, la remontée des Champs-Élysées, ma lente métamorphose en un dieu sublime, le dieu des dieux, en un Jupiter qui peut terrasser ses ennemis avec sa foudre. L’extase, donc.

Un président jupitérien au-dessus des mortels

Avec hâte, je veux quitter le bourbier des mortels. Mon premier naufrage, celui des investitures aux législatives, m’a pour longtemps écoeuré de leur fréquentation. Il n’y en a pas un pour racheter l’autre. Prêts à se battre pour un quignon de pain, ou pire, un siège de godillot à l’Assemblée Nationale. C’est le renouvellement des vices. 13.000 crétins ont déposé leur candidature pour rester assis à voter comme un seul homme les ordonnances que Bercy rédigera. Que ne ferait-on pour une bonne soupe?

Comment j’ai baisé Bayrou

Et le vieux Bayrou qui croyait m’avoir avec ses calculs ridicules. Il a passé un hiver à me rouler dans la boue, à se répandre dans Paris en soutenant que j’étais un imbécile, une calebasse, une imposture. Quand son ami Fillon (que n’a-t-il dit, dans les dîners, qu’il avait une amitié et une estime personnelle pour lui) a commencé à boire la tasse, torpillé par la campagne bien sentie qu’on connaît, foin de l’amitié et de l’estime: le voilà qui retourne sa veste, avec ses manières de maquignons qui revendique des accords, des engagements, qu’il est seul à avoir entendus.

Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent, cher François. Ou comment on passe, le sourire narquois, de Bayrou en marche à Bayrou en marge. J’adore le rouler dans la farine, sourire en face, la main sur le coeur, basses oeuvres par derrière.

Que Ferrand l’étripe dans sa cellule…

Les inconvénients de la démocratie

Tout irait en mieux en France si l’Olympe était fermée aux mortels, et si ces derniers ne se croyaient autorisés à défier les dieux. Les investitures foirent à cause d’eux. Entre ceux qui ne sont pas contents de n’avoir pas été désignés (ce qui prouve bien qu’ils n’étaient pas faits pour être candidats… le seul fait qu’ils aient sérieusement cru que la procédure serait transparente montre leur imbécillité), ceux qui font un tir de barrage contre les parachutés, et les parachutés qui se désistent par peur du conflit, tout cela est épuisant et navrant.

Gantzer m’a déçu

Gaspard m’a déçu. Je le croyais plus solide. Renoncer à sa candidature parce que trois pékins lui ont dit son fait n’est pas très sérieux. Comment peut-on imaginer tenir le pouvoir si l’on craint d’être détesté.

Un vieux souvenir de latin: Oderint dum metuant! qu’ils haïssent, pourvu qu’ils craignent. Au lieu de courir les minettes, Gaspard se serait mis à la colle avec sa prof de lettres, il aurait tenu bon et serait resté candidat.

Ni Delevoye ni Ferrand à Matignon

J’ai acquis une certitude en tout cas, durant ces derniers jours. Si je veux durer, je ne dois choisir à Matignon ni Delevoye ni Ferrand. Ils ont la souplesse d’un éléphant et l’agilité d’une tortue. Avec eux, je suis sûr que toute mission délicate sera exécutée à l’ancienne, avec des sourires entendus qui se voient gros comme le nez au milieu de la figure, et au bazooka de préférence à tout autre arme.

Bref, le mauvais casting pour une équipe ministérielle, et le désastre assuré pour Matignon.

S’évader vers l’Olympe

Non, décidément le bonheur, c’est l’évasion vers l’Olympe. Demain, je fais mon premier voyage en tant que Président. Avion présidentiel, tapis rouge, et tout et tout. Je ne me lasse pas de revoir les images de Hollande arrivant à Berlin pour la première fois: il était empesé, emprunté, grotesque. Les Français ont bien vu ce jour-là qu’il ne pourrait pas être un vrai président, de la race des jupitériens comme De Gaulle ou moi. D’ailleurs, les dieux le lui avaient signifié en lui envoyant la foudre… Mauvais présage.

Les affaires des mortels tout en bas de l’Élysée ne sont plus mon problème. Ce qui m’intéresse, ce sont les affaires olympiennes, celles qui se traitent entre grands de ce monde.

La ridicule querelle des ordonnances

Les mortels contestent déjà. Les syndicats ne veulent pas des ordonnances sur lesquelles j’ai pourtant été élu. Mais n’ont-ils rien compris? Imaginent-ils que la France décide de quoi que ce soit? que moi Jupiter je puis agir en dehors de l’Olympe et du conseil que je tiens avec les autres dieux? L’Union Européenne exige une réforme du marché du travail: je la lui donne, sans barguigner, et c’est tout.

Si vouas aviez des questions sur la souveraineté de la France, mes avis, il fallait vous la poser pendant la campagne électorale. Il est maintenant trop tard, vous avez choisi…

Patrimoine de Macron: l’IREF écrit au Procureur de la République

Le patrimoine de Macron n’en finit pas de faire couler de l’encre et des sueurs froides. Après l’article que nous avons publié sur l’étrange indulgence fiscale dont l’ancienne ministre de l’Economie bénéficie, l’IREF décide de saisir directement le Parquet sur une déclaration de patrimoine qui soulève décidément beaucoup de questions.

Qu’est-ce que l’IREF?

L’IREF est un think tank libéral conservateur très en pointe sur les questions de protection sociale et de dépenses publiques. Sans rentrer dans les détails, on pourrait même dire que l’IREF est un IFRAP sérieux, c’est-à-dire attaché à l’étude de fond des dossiers au détriment d’une médiatisation extrême qui tourne régulièrement sur les mêmes rengaines.

Pourquoi l’IREF saisit le Parquet?

On retrouvera ici l’intégralité de la lettre écrite par l’IREF au Parquet:

Déclaration de patrimoine d’Emmanuel MACRON des 24.10.2014 et 16.03.2017

Monsieur le Procureur de la République,

Vous trouverez ci-joint copie de la lettre que nous avons adressée le 31 mars dernier à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique.

Il ressort des déclarations de patrimoine souscrites par Monsieur Macron auprès de la HATVP les 24.10.2014 et 16.03.2017 que celui-ci a déclaré une dette correspondant à l’intégralité d’un emprunt contracté pour réaliser des travaux dans la maison de son épouse. Et par ailleurs, il a déclaré avoir en effet réalisé des travaux pour environ 500 000 euros dans la maison de famille de son épouse au Touquet.

Conformément aux dispositions de l’article 5 de la loi n° 2013-907 du 11.10.2013, les candidats à l’élection présidentielle doivent en particulier déclarer leurs parts dans la valeur des biens détenus en communauté avec leur conjoint pour la moitié de la valeur vénale ou globale des dits biens.

Il ne fait pas de doute que les dépenses réalisées par Monsieur Macron, avec l’argent de ses revenus d’activité, pour procéder à des travaux dans la maison de son épouse considérée comme un bien propre de cette dernière, constituent une créance de la communauté sur son épouse, à titre de récompense. Il ne s’agit pas d’une créance liquide, mais d’une créance certaine.

En effet, selon le JurisClasseur Notarial « … les créances de récompense sont justiciables, par autorité de la loi, d’un règlement principal par voie de compte. L’observation n’est pas neutre. Car cette technique, dérogatoire au droit commun du paiement des créances, met en œuvre des règles particulières similaires à celles qui régissent le compte courant commercial (A. Chavanne, Essai sur la notion de compte en droit civil : LGDJ 1947).

Les créances grevées d’affectation en compte sont juridiquement assujetties à cette saisine comptable dès qu’elles acquièrent leur caractère de certitude juridique : ce que la Cour de cassation exprime exactement en énonçant que les récompenses entrent en compte, de jure, “dès leur naissance”(Cass. 1re civ., 14 mars 1984 : Bull. civ. 1984, I, n° 96) » (Fasc. 55 : COMMUNAUTÉ LÉGALE. – Liquidation et partage. – Récompenses, Date du fascicule : 12 Juin 2009, Date de la dernière mise à jour :
15 Avril 2016, Didier R. Martin, Agrégé des facultés de droit).

Il aurait donc dû déclarer à son actif la moitié de cette créance de 500 000 €, soit 250 000 € qu’il a omis de sa déclaration.

Par ailleurs, il ne pouvait déduire de sa déclaration le passif correspondant au solde à rembourser au capital de l’emprunt souscrit pour réaliser ces travaux qu’à concurrence de la moitié de son montant, soit 147 500 € en 2014 au lieu de 295 000 € et 123 418 € au lieu de 246 837 € en 2017.

Le comportement de Monsieur Macron ne peut qu’interpeller puisqu’il conduit pour la même opération à déduire la totalité du capital emprunté sans nullement tenir compte des biens communs investis pour valoriser le bien propre de son épouse.

Aux termes de cette simple analyse juridique son patrimoine aurait donc dû être porté :

>  En 2014, à 553 660 € au lieu de 156 160 €,

>  Et à 683 072 € au lieu de 309 654 €, en 2017.

En tous les cas, ces montants sont tout à fait substantiels et ces erreurs importantes dans les déclarations de Monsieur Macron, qui ne peuvent a priori résulter d’une simple négligence mais au contraire d’un acte réfléchi et délibéré, seraient alors effectivement susceptibles de constituer l’infraction visée à l’article 26 de la loi susvisée du 11.10.2013 pour laquelle sont notamment prévus une peine de 3 ans d’emprisonnement et 45 000 € d’amende ainsi que, à titre complémentaire, l’interdiction des droits civiques et l’interdiction d’exercer une fonction publique.

Il paraît donc souhaitable que soit ouverte une enquête préliminaire afin d’examiner les faits susvisés.

Par souci d’équité dans la période électorale actuelle et eu égard au traitement réservé à d’autres candidats, il serait important que cette procédure soit déclenchée dans les meilleurs délais, ce qui aurait l’avantage de souligner l’objectivité de notre justice en France.

Je vous prie de croire, Monsieur le Procureur, à l’expression de mes salutations distinguées.

Le Président de l’IREF

Jean-Philippe DELSOL

On le voit, l’analyse est ici essentiellement technique et montre que si Emmanuel Macron a vraiment investi 500.000€ dans des travaux bénéficiant à la maison de son épouse, il ne pouvait pratiquer comptablement les opérations qu’il présente dans sa déclaration de patrimoine.

Patrimoine de Macron: un douteux arrangement avec le ciel?

Dans la pratique, on s’étonnera que ce travail de reconstitution patrimoniale n’ait pas été pratiqué par les institutions ad hoc auparavant. Rappelons-le, les déclarations de patrimoine d’Emmanuel Macron n’ont cessé de valoriser à la baisse la situation personnelle de l’intéressé, dans des conditions qui posent question, puisqu’il était de notoriété publique qu’il devait être soumis à l’ISF.

Faut-il en déduire qu’Emmanuel Macron a cherché sciemment à frauder? Probablement pas au sens où certains peuvent l’entendre, c’est-à-dire avec une préméditation digne d’un grand mafieux qui cherche à gruger. En revanche, qu’Emmanuel Macron ait trouvé un moyen commode d’échapper à l’impôt en recourant à une astuce fiscale dont il n’a pas à ce moment-là mesuré le risque paraît plus plausible.

Reste que, pour les institutions, l’empressement manifesté vis-à-vis des Républicains et du Front National, et la passivité vis-à-vis d’un candidat à la présidentielle qui apparaît à bien des égards comme l’homme de l’establishment devient un véritable problème dont on aurait tort de sous-estimer l’importance. Surtout si Macron devait se qualifier de justesse pour le second tour.

Tabuteau, l’homme qui défend la sécu et aime l’industrie pharmaceutique

Didier Tabuteau, comme le professeur Grimaldi, aime se confondre en sorties tonitruantes sur les vertus de la sécurité sociale. En janvier 2017, il s’est par exemple fendu d’une tribune avec Martin Hirsch, patron de l’Assistance Publique, sur les vertus de la sécurité sociale universelle, sans organisme complémentaire. Mais… la prise de position, comme celle de Grimaldi d’ailleurs, mérite une étude un peu plus approfondie.

Tabuteau et ses rengaines sur la sécurité sociale

Sa tribune de janvier 2017 est pleine de remarques d’une humanisme touchant. Comme dans le cas de Grimaldi, la rhétorique fait finalement appel à la fameuse solidarité, qu’on adore:

Une telle réforme <l’absorption des complémentaires par l’assurance-maladie> écarterait tout risque de remise en cause ou de grignotage de notre système de solidarité face à la maladie

Et voilà, on a compris, la sécurité sociale, c’est la solidarité. Cette idée baroque, qui ne correspond à rien d’autre qu’à une antienne religieuse proche de l’Ave Maria après une relation adultérine, est le point Godwin du débat sur la santé publique. Quand on est à cours d’arguments pour expliquer que la nationalisation, malgré le harcèlement moral à l’hôpital public, malgré le climat social détestable qui y règne, malgré la dégradation des soins, c’est le nirvana, on explique que cette mesure est imposée par la solidarité.

Tabuteau, l’homme de Kouchner?

Officiellement, Didier Tabuteau est conseiller d’Etat (un corps qui a fondé la sécurité sociale), responsable de la chaire Santé à Sciences Po et responsable de l’institut universitaire Droit et Santé. Cela fait beaucoup pour un seul homme, mais supposons.

Accessoirement, ces occupations actuelles cachent un curriculum vitae un tout petit plus compliqué encore… Ainsi, en 1992, Didier Tabuteau devient directeur de cabinet de Bernard Kouchner, alors ministre de la Santé. Ensuite, il devient le premier directeur général de l’Agence du Médicament, créée en 1993. Il occupe ce poste pendant 4 ans…

Ces pages de sa biographie lui valent aujourd’hui le titre de Kouchner boy.

Tabuteau et le Mediator

En tant que directeur général de l’Agence du Médicament entre 1993 et 1997, Didier Tabuteau, qui nous joue du pipeau sur la sécurité sociale, a quand même eu à connaître d’un dossier épineux: celui du Médiator. Dans un très sérieux rapport sénatorial rédigé par Marie-Thérèse Hermange en 2011, on lira ces phrases étonnantes sur l’autorisation de mise sur le marché de ce médicament (AMM) qui a tué plusieurs milliers de malades:

Lors de la validation de la 8ème tranche le 1er février 1991, l’indication relative au diabète a été maintenue.

Puis la commission d’AMM, réunie le 3 février 1995, a estimé que le bénéfice thérapeutique n’était pas établi pour cette indication, faute d’études suffisantes. Pourtant, pour des raisons qui échappent à votre mission commune d’information, l’AMM n’a pas été modifiée en ce qui concerne l’indication relative au diabète, dans l’attente d’une nouvelle étude de l’entreprise.

Le renouvellement d’AMM de 1997

Lors du renouvellement d’AMM en 1997, la firme a déposé un projet de nouvelle notice, dont rendent compte les échanges de l’entreprise avec la direction de l’évaluation de l’Afssaps. Alors qu’une première lettre indiquait, le 16 avril 1997, que la démonstration d’efficacité était insuffisante pour le diabète, un deuxième courrier, daté du 4 août 1997, informe de la possibilité de maintenir l’indication relative au diabète. La décision de 1995 a ainsi été annulée « de façon incompréhensible » selon les inspecteurs de l’Igas, en l’absence de réunion de la commission d’AMM.

Le Sénat pointe donc qu’en février 1995, la commission d’autorisation de mise sur le marché du Médiator estime que les bénéfices du Médiator ne sont pas établis, mais l’Agence du Médicament ne modifie pas les conditions de l’autorisation délivrée à ce médicament, « pour des raisons qui échappent » aux sénateurs.

Il semblerait logique d’interroger le directeur de l’époque sur cette ténébreuse affaire, ce fameux Tabuteau qui dénonce le rôle toxique des complémentaires santé et vante les bienfaits de la sécurité sociale.

La justice protège-t-elle le conseiller d’Etat Tabuteau?

Là où l’embarras vient, c’est évidemment dans la façon dont l’enquête sur le Mediator est menée. On retrouvera, dans le précieux Figaro Santé, quelques questions qui tombent sous le sens:

Il est le grand absent. À la fois de l’enquête Igas (Inspection générale des affaires sociales) et de l’information judiciaire. Toujours au centre du terrain, Didier Tabuteau, premier directeur de l’Agence du médicament, n’a pourtant jamais été inquiété. Pourquoi? Le 8 février 2012, à 9 h 43, Anne Castot, alors chef du service de la gestion des risques et de l’information sur les médicaments, appelle une amie de l’Agence. Cette dernière lâche: «Dis donc, j’ai appris aussi des trucs sur Didier Tabuteau, ce n’est pas quelqu’un d’une virginité totale.»

L’homme, aujourd’hui membre du Conseil d’État, est un «Kouchner boy». Il était son directeur de cabinet au ministère de la Santé avant de devenir le premier directeur de l’Agence du médicament, de 1993 à 1997. Il était donc en poste à des dates clés de l’histoire du Mediator: quand la molécule de Servier est mise sous enquête et quand les anorexigènes sont retirés du marché. En octobre 1995, Didier Tabuteau signe la fin du Mediator dans les préparations magistrales – celles réalisées à la demande par le pharmacien en mélangeant plusieurs molécules. Mais, pour une raison incompréhensible, le médicament reste en vente dans les officines. Mediapart avait montré (le 16 avril 2011) que le 23 octobre 1995 Didier Tabuteau avait écrit au directeur général de la santé, Jean-François Girard. Sa note montre très clairement que l’Agence du médicament est alors tout à fait consciente des propriétés anorexigènes du Mediator. (…)

Le rapport de l’Igas rendu public le 15 janvier 2011 fait – opportunément? – l’impasse sur la période Tabuteau à l’Agence. Pour résumer, l’Igas a bâti toute sa démonstration sur une seule faute originelle: la dissimulation par Servier de la nature amphétaminique du Mediator. (…)

La grande habileté de Xavier Bertrand, ministre de la Santé au moment où éclate le scandale, en 2010, a été de choisir Aquilino Morelle comme inspecteur Igas pour la mission. L’ancienne plume de Lionel Jospin est un vieil ami de Didier Tabuteau. Ensemble, ils ont écrit un ouvrage intitulé La Santé publique, sorti en juillet 2010. Tous deux enseignent à Sciences Po au sein de la chaire santé, dont le responsable n’est autre que Didier Tabuteau. Or, le rapport Igas servira de trame à l’information judiciaire.

Je te tiens, tu me tiens par la barbichette. C’est ainsi que la justice, comme l’administration, protège le conseiller d’Etat Tabuteau. Pourtant, on peut imaginer que quelques questions seraient intéressantes à poser sur les « raisons qui échappent » pour lesquelles Tabuteau a maintenu l’autorisation de mise sur le marché d’un médicament qui posait question.

Tabuteau et l’industrie pharmaceutique

Tout ceci pose évidemment la question des relations particulières entre la technostructure et la haute d’administration de la santé. Didier Tabuteau, ancien directeur de cabinet de Kouchner, est cité plusieurs fois dans les récits du lobbying pharmaceutique.

Ainsi, le Journal du Dimanche, en 2013, écrit-il à propos de Cahuzac;

Daniel Vial <réputé être le principal lobbyiste de l’industrie pharmaceutique dans les années 90> met à profit cette période pour se constituer un carnet d’adresses phénoménal pour un fils d’agriculteurs provençaux.(…) Il a prospéré dans l’univers de la pharmacie par hasard, poursuit encore Tesson, ce n’était pas son milieu, mais dans les années 1990, il était très lié avec les acteurs clés du secteur, Cahuzac, mais aussi Didier Tabuteau, et surtout Bernard Kouchner. » Didier Tabuteau a été le directeur adjoint de cabinet de Claude Évin (1988-1991), directeur de cabinet de Kouchner de (1991-1993 puis de 2000 à 2001) et directeur de l’agence du médicament (1993-1997). Marque d’estime, Bernard Kouchner a remis la Légion d’honneur à Daniel Vial en 2001.

Amusant non?

Dans le Nouvel Obs de l’époque, on trouve aussi cette enquête:

Son job, c’était de repérer les jeunes pousses prometteuses. Il les invitait chez lui, autour d’un café ou dans un restaurant étoilé. Parlait de son goût pour l’art contemporain, de ses amitiés avec Adjani, Rampling ou Rostropovitch. Dissertait sur l’économie de la santé, mais sans jamais aborder frontalement un dossier. Ce dandy bronzé, au regard voilé par un léger strabisme, a toujours eu l’air de ne pas y toucher. Voilà comment il s’est lié avec tant de hauts fonctionnaires à la réputation sans tache, dont Didier Tabuteau, le fondateur de l’Agence du Médicament, ou encore Noël Renaudin, l’ex-président du Comité économique des Produits de Santé, chargé, à partir de 1995, de fixer le prix des produits pharmaceutiques, mission jusque-là dévolue aux services du ministre.

La chaire Santé de Sciences-Po et l’industrie pharmaceutique

Depuis ces années sulfureuses, Didier Tabuteau dit qu’il s’est rangé des voitures. Voici ce qu’il a déclaré à la mission parlementaire du Sénat sur le Mediator, dont nous citons le rapport d’information ci-dessus:

je dirige la chaire « Santé » à Sciences Po, laquelle bénéficie du mécénat de sociétés comme Ipsen, Sanofi-Aventis, Abbott France

Voilà qui va mieux en le disant.

Didier Tabuteau aime la sécurité sociale, mais il aime aussi l’industrie pharmaceutique…

Mélenchon veut passer la dépense publique à 70% du PIB

Dans l’étrange folie contagieuse de la présidentielle, le programme de Jean-Luc Mélenchon tiendra longuement une place à part, puisqu’il repose sur une quasi-soviétisation de l’économie française. Détaillé pendant cinq heures hier, ce catalogue foisonnant apparaît comme une bulle spéculative (intellectuellement parlant) dont le résultat net est la soviétisation de fait de l’économie française. On a du mal à y croire, mais il existe encore quelque part dans le monde des gens qui présentent comme une solution d’avenir tout ce qui a provoqué la ruine de l’Europe orientale… et qui continue à empoisonner la vie de millions de Nord-Coréens et de quelques autres.

1oo milliards d’investissement public

Mélenchon n’hésite pas à proposer un plan d’investissement public équivalent à 3,5% du PIB, soit une explosion complète du déficit. On retrouve ici la croyance superstitieuse dans la dépense publique comme levier de croissance. Supposons!

Mélenchon, c’est aussi 173 milliards de dépenses de fonctionnement nouvelles

Là où le programme de Mélenchon sombre dans le délire, c’est évidemment dans la programmation d’une hausse des dépenses publiques équivalent à 7 points de PIB. Et là, tout y passe: le retour à la retraite à 60 ans à taux plein, un million de logements publics en cinq ans, une hausse de 50% du budget de l’éducation, et autres calembredaines sorties tout droit de cerveaux d’idéologues dont aucun n’a la moindre idée du fonctionnement réel du circuit productif.

On se demande si, en dehors des fonctionnaires qui profiteront de ce système, il existe encore en France des cerveaux prêts à recevoir ce genre de discours.

1,5 million de fonctionnaires en plus

Comme Mélenchon ose tout, il pousse le vice jusqu’à annoncer (façon Trump: plus c’est gros, mieux ça passe) 3,5 millions d’emplois créés en cinq ans, dont 2 millions dans le secteur marchand. Par déduction, on comprend donc que Mélenchon propose de financer 1,5 millions d’emplois publics ou associatifs.

Les gogos avaleront tout cru le mensonge des 2 millions dans le secteur marchand, dont on voit mal comment un gouvernement peut s’engager à les pratiquer. En revanche, nous ne couperons pas à l’irresponsable création de 1,5 millions de fonctionnaires occupationnels vivant sur le dos d’une bête qu’ils passeront leur temps à trouver ingrate.

L’inquisition fiscale comme méthode de gouvernement

Pour financer ce délire collectif, Mélenchon a trouvé plusieurs solutions simples. D’abord, il supprime tous les allègements de cotisations sociales (tout en augmentant les prestations de sécurité sociale, ce qui revient à faire exploser le coût du travail). Ensuite, il lutte contre la fameuse fraude fiscale: il paraît que cela rapportera 33 milliards. Il y ajoute la suppression des niches fiscales: 38 milliards de plus.

Bref, sur les seuls particuliers, l’effort fiscal serait majoré de 70 milliards d’euros. On imagine aisément par quelles méthodes l’administration fiscale atteindra ces objectifs extravagants: inquisition, répression, surveillance généralisée, interprétations abusives des textes et décisions rétroactives destinées à pénaliser au maximum la création de richesse.

Comment Mélenchon prépare la déstructuration de l’économie française

On se demande comment un tel programme peut réellement exister, dans la mesure où il décrit ce contre quoi les peuples européens de sont révoltés depuis plus de cent ans. L’analyse de Mélenchon repose ici sur un déni de réalité, notamment sur l’occultation du poids réel des dépenses publiques aujourd’hui en France, et de l’exaspération que ce poids suscite.

Après le choc fiscal causé par Hollande et sa fine équipe, et qui a tué la croissance en faisant exploser le chômage, Mélenchon propose cette fois une overdose de dépenses publiques… dont la franchise inquiète quant à la santé idéologique d’environ 15% de l’opinion publique.

L’Etat employeur est-il au-dessus du Code du Travail?

Les fonctionnaires qui font au jour le jour l’Etat employeur seraient-ils capables de respecter les innombrables obligations du Code du Travail? Cette question lancinante mérite d’être posée, car, au jour le jour, tout démontre que les administrations françaises dysfonctionneraient encore plus si la technostructure qui les dirigent devait respecter ne serait-ce qu’une part infime des obligations faites aux employeurs privés. Nous en donnons aujourd’hui deux exemples précis.

L’Etat employeur et le harcèlement moral

Les patrons du secteur privé savent par coeur les risques qui pèsent sur eux dès lors qu’on évoque le harcèlement moral, le stress et toute la sphère du psycho-social. Cette menace plane en permanence sur l’exécution individuelle du contrat de travail, au point d’en devenir empoisonnante. On pense ici en particulier aux affaires Renault ou France Telecom, où quelques cas de suicide suffisent à provoquer une campagne de dénigrement sur les méchantes entreprises qui en demandent trop à leurs salariés.

Oui… mais l’hôpital public alors? Depuis le suicide d’un interne à l’hôpital Georges Pompidou, on sait tous que la fonction publique hospitalière baigne dans un climat bien pire que celui des entreprises. L’association qui s’est créée dans la foulée a astucieusement montré l’étendue des dégâts provoqués par le harcèlement moral dans les structures publiques.

Pour le coup, c’est la théorie selon laquelle le capitalisme rend agressif et l’étatisation apaise qui s’effondre. La violence au travail, au mieux, est en effet totalement indifférente à la nature juridique de la structure où elle se produit. Ce n’est pas parce qu’une entité productive ne cherche pas le profit qu’elle n’est pas violente.

Au pire, certains soutiendront même que le secteur public est plus violent que le secteur privé: la garantie de l’emploi autorise en effet des excès qu’une relation contractuelle privée amène directement devant la justice.

Reste que le secteur public paraît aujourd’hui très en retard, par rapport au secteur privé, dans la protection des salariés. Une application pure et dure du Code du Travail dans les rangs du secteur public provoquerait de nombreux dégâts et montrerait, s’il le fallait, que les entreprises sont beaucoup plus respectueuses de l’humain que les entités qui se réclament de l’intérêt général.

La question des rémunérations variables

Parallèlement, l’Etat employeur apparaît aussi comme un espace de non-droit dans le domaine des rémunérations variables. L’exemple de l’université de Caen l’illustre assez bien.

Selon la CGT, la directrice générale des services de l’université perçoit une prime annuelle de 43.000 euros, qui n’a donc rien à envier à un cadre dirigeant du secteur privé. Simplement, deux différences majeures existent entre ce qu’on appelle le régime indemnitaire du secteur public et les entreprises.

Première différence: le secteur public ne réglemente pas individuellement l’attribution des primes. Alors que le code du travail oblige les entreprises à expliquer aux salariés les règles du jeu pour l’attribution de ces émoluments (même si ces règles sont à bien des égards factices), le secteur public se contente d’un décret créant la prime (ou les primes, car elles sont nombreuses) et ne précise pas, pour le reste, établissement par établissement, les règles d’attribution. D’où un sentiment d’arbitraire et d’opacité qui serait jugé insupportable dans une entreprise.

Deuxième différence: le secteur public a totalement déconnecté le montant des primes et la performance individuelle ou collective de leurs bénéficiaires. C’est le fin du prince et non l’intérêt général qui domine ici. Une privatisation de l’université de Caen, par exemple, n’exclurait nullement que le directeur général perçoive une prime de 43.000 euros. En revanche, elle instaurerait des critères de performance qui semblent absents ici. Depuis 2013, le classement international de l’université n’a pas progressé d’un pouce, et l’importante prime financée par le contribuable ne récompense pas ici une réussite, mais simplement un service.

Soumettre l’Etat employeur au Code du Travail

Il y a fort à parier, en réalité, pour qu’un assujettissement de la fonction publique au Code du Travail ait à très court terme des vertus positives pour le secteur privé. Si les hauts fonctionnaires devaient à leur tour respecter au jour le jour les innombrables prescriptions du Code du Travail, on découvrirait sans tarder qu’ils se révolteraient contre un tissu de règles incompréhensibles et étouffantes.

Soumettre le secteur public aux mêmes règles que le secteur privé conduirait à une très rapide simplification du droit…

Quand l’Allemagne traite (beaucoup) mieux les “réfugiés” que les citoyens de l’Union

Combien de leçons de morale n’avons-nous pas reçu à propos de l’Allemagne et de son désormais légendaire sens de l’accueil des étrangers? L’actualité montre un étrange paradoxe: l’Allemagne est peut-être généreuse avec des « réfugiés » venus du sud de la Méditerranée, mais elle se révèle beaucoup moins tendre avec les habitants du nord de la Méditerranée, au point de soumettre à rude épreuve la solidarité européenne… et même la cohésion de l’Union.

Face à la Grèce

On n’épiloguera pas sur le long contentieux entre la Grèce et l’Allemagne, qui a mené plusieurs fois l’Union au bord de l’implosion ces dernières années. Il suffit de lire les derniers exploits de l’Allemagne pour comprendre que sa générosité est à géométrie variable. Le gouvernement allemand exige en effet que les Grecs visent un excédent budgétaire primaire de 3,5%. Le FMI considère qu’un excédent de 1,5% est un maximum. Parallèlement, et contrairement aux promesses faites en 2014, l’Allemagne écarte d’une renégociation de la dette grecque.

Mais à quoi joue l’Allemagne? Rappelons que, depuis 2010, les retraites grecques ont été revues à la baisse une dizaine de fois, alors même que les actifs dépendent largement de la solidarité familiale pour assurer leur survie. Rappelons aussi que la Grèce absorbe l’essentiel du choc des migrations activées par l’Allemagne.

Une fois de plus, les élites françaises occultent, dans un angélisme consternant (et suspect), les coups de boutoir donnés par l’Allemagne au contrat européen.

L’Europe du Sud lui coûte trop cher

La crispation allemande en Grèce n’est que la partie émergée de l’iceberg. Les propos d’Angela Merkel sur la valeur de l’euro l’ont encore confirmé cette semaine.

«La BCE a une politique monétaire qui n’est pas orientée vers l’Allemagne mais plutôt adaptée au Portugal, à la Slovénie ou à la Slovaquie», a-t-elle dit. (…)

«Si nous avions encore le Deutsche Mark, il aurait certainement une valeur différente de celle de l’euro en ce moment. Mais il s’agit d’une politique monétaire indépendante sur laquelle je n’ai pas d’influence en tant que chancelière allemande», a-t-elle tenu à expliquer.
Ach! si nous avions encore le Deutsche Mark… Bien évidemment, Angela oublie de dire que, si elle avait encore le Deutsche Mark, elle éviterait quand même d’avoir une tendance déflationniste en Allemagne, et elle aurait besoin de pratiquer une politique monétaire plus souple, comme le fait (sans grand succès) la BCE.
Mais l’aveu est clair et net: l’Allemagne se fait violence en acceptant une politique monétaire qui profite aux autres… et pas à l’Allemagne (en tout cas, dans l’imaginaire collectif allemand).

Discrimination contre les Européens

Dans ce fameux imaginaire allemand, il est très probable que soit aujourd’hui consolidé le sentiment que l’Allemagne participe beaucoup trop à la solidarité avec les autres peuples européens, et que ceux-ci se laissent beaucoup trop porter par une forme d’assistance entre nations. On ne sera donc qu’à moitié étonné d’apprendre l’étrange projet qui se prépare: faire payer ses autoroutes aux Européens.

Angela Merkel a en effet prévu d’imposer un péage à tous les automobilistes, selon le nombre de kilomètres parcourus. Simplement… les Allemands pourront se faire rembourser les montants payés. Bref, la Chancelière concocte un péage autoroutier pour les étrangers, comme si la libre circulation et le marché unique n’avaient pas été conçus précisément pour supprimer ces pratiques…

Mettre fin au mythe de l’Allemagne europhile

Dans ce faisceau de gestes eurosceptiques convergents, la question demeure entière de l’approche que l’Allemagne déploie aujourd’hui à propos de l’Europe. Tout montre en effet qu’être européen n’a pas le même sens en Allemagne et en France.

En France, se déclarer « européen » est d’abord un geste d’adhésion à une légende politique: celle d’une paix durable qui serait apportée sur le continent par l’appartenance à une entité politique commune avec l’Allemagne. Et tant pis si nous y perdons de l’argent.

De l’autre côté du Rhin, se déclarer « européen » est une posture beaucoup moins sentimentale et fondée sur l’espérance. Elle relève d’abord du calcul économique et politique immédiat. Le mythe d’un grand peuple européen n’agite pas nos voisins germaniques. En revanche, le principe d’un espace économique opportuniste dont on peut tirer profit est beaucoup plus vivace.

La technostructure française ne devrait jamais oublier cette différence d’approche.

Quelques brèves de comptoir sur François Fillon et les entrepreneurs

Quels dégâts les frasques de François Fillon ont-elles causé dans l’esprit des entrepreneurs? En dînant en ville, hier (en l’espèce dans l’une de mes cantines proches de l’Etoile), j’ai eu la surprise d’en mesurer quelques effets. L’ensemble interroge sur la difficulté très particulière que présente cette élection présidentielle.

Fillon et sa communication déceptive

Donc, après le dessert, le patron du restaurant prend le temps de venir me saluer. Il veut parler politique et « prendre la température » de la situation. Il a une question et une seule: peut-on encore voter François Fillon? Et c’est en l’écoutant qu’on peste.

Sur le fond, les histoires du Penelopegate ont peu d’impact sur les entrepreneurs. Souvent, ces derniers ont pratiqué le système du conjoint collaborateur (statut qui mériterait d’être remis sur le métier un jour). Ils n’ont donc pas d’état d’âme principiel face au travail en famille. Celui-ci leur paraît même souvent une façon tout à fait normale de vivre.

Lorsque le Canard a divulgué les informations concernant Pénélope Fillon, le candidat républicain jouait donc sur du velours auprès des entrepreneurs. Il disposait même d’un boulevard pour expliquer que, comme n’importe quel entrepreneur, il préférait travailler en famille. Malgré cet avantage, Fillon semble avoir gâché ces chances, pour deux raisons au moins.

Premièrement, la communication de Fillon a été cataclysmique. Se précipiter (avec force déclarations sur le mode du « j’ai confiance dans la justice de mon pays ») au Parquet Financier avec des fiches de paye supposées établir la réalité du travail effectué par Pénélope était étrangement naïf quand, quelques semaines plus tard, le même François Fillon conteste la légitimité du même Parquet à mener cette enquête. Entretemps, Fillon a crié au complot, donnant le sentiment qu’il avait quelque chose à cacher.

Deuxièmement, et c’est la conséquence du point ci-dessus, Fillon a, à son insu, dévoilé des postures que ses électeurs n’imaginaient pas. Quand Fillon s’engouffre dans les locaux du Parquet en apportant des « preuves » du travail effectué par sa femme, il révèle aux entrepreneurs qu’il ne soupçonne rien de ce qu’est un contrôle URSSAF, et qu’il ne comprend manifestement pas qu’un employeur doit, dans la réglementation française, répondre de tout (et même au-delà) dans son entreprise.

Le restaurateur que j’avais devant moi hier soir a découvert que son candidat fétiche à la présidentielle n’avait pas la moindre idée de l’enfer vécu chaque jour par les entrepreneurs, et qu’il entendait bien ne rien y connaître. Et cette déception-là, elle est compliquée à gérer.

Les entrepreneurs ne voteront pas Macron

Malgré cette sorte de torpeur qui a frappé les entrepreneurs en suivant le déroulé des dernières semaines, les entrepreneurs ne voteront pas Macron pour autant.

Là encore, le restaurateur qui me faisait l’amitié de venir papoter m’a sorti la phrase qui tue: « je ne comprends rien à ce que dit Macron », m’assène-t-il. Il visait, ce faisant, deux travers déjà pointés sur ce blog, qui dominent dans la candidature Macron.

Premier travers: la girouette. La technique du « un coup à droite, un coup à gauche » permet de faire carrière dans la fonction publique et dans la banque d’affaires, en évitant d’attacher au fond de la poêle et en restant suffisamment souple pour éviter les rochers dans les tempêtes. En politique, et spécialement pour une candidature à la présidentielle, la ficelle est trop grosse pour durer. Il faut un moment se fixer un cap et s’y tenir, en acceptant de se faire des ennemis.

Deuxième travers, conséquence directe du premier: Macron est aseptisé. Il n’a pas d’odeur. Il est plastiquement très réussi, mais c’est un produit marketing, sous contrôle, normalisé ISO 9001. Or les Français aiment une gueule burinée par les épreuves, un gars qui commet des erreurs et s’en repent, un tempérament qui sait se lâcher la bride. Pour y parvenir, généralement, les candidats se dotent d’un programme qui les ancre dans le réel, qui les parfume avec ces effluves du terroir qui permettent de se dire: celui-là est digne d’être le premier des Français.

Macron, lui, veut rester (trop) propre sur lui.

Les entrepreneurs ne voteront pas Le Pen

Quand au Front National, pas la peine d’y penser, et d’ailleurs Marine Le Pen ne se fait aucune illusion, me semble-t-il, sur ce sujet. C’est pourquoi elle ne s’est pas réfrénée dans l’étatisation de son programme. Autant Le Pen Jean-Marie pouvait se revendiquer d’une forme de libertarisme, autant Le Pen Marine est ancrée dans une vision finalement très à gauche de l’économie française. Elle ne veut pas toucher à la sécurité sociale. Elle ne propose pas de réduire la taille du service public. Elle ne s’engage pas sur le 3%. Elle ne propose aucune réforme de structure.

Pire, elle propose des taxes nouvelles, comme celle sur les travailleurs étrangers, qui constitue une véritable catastrophe. Les entrepreneurs savent en effet combien il est difficile de trouver des Français à recruter – je veux dire des Français qui n’expliquent pas dès l’entretien d’embauche qu’ils ont un chronomètre greffé dans la main et que sous aucun prétexte ils ne dépasseront les trente-cinq heures. Aujourd’hui, la plupart des entreprises sont obligées de recruter des étrangers, faute de natifs disponibles et productifs. Pour l’ignorer, il faut vraiment être très, très loin des réalités du pays.

Compte tenu de ce décalage, on voit mal les entrepreneurs adhérer au discours du Front National.

Fillon malgré tout et sans illusion

Donc, les entrepreneurs voteront Fillon, majoritairement. Malgré tout, c’est-à-dire malgré les affaires. Cette résignation s’explique par l’urgence des réformes en profondeur. Chaque jour, je reçois des messages d’épuisement adressés par des entrepreneurs qui ne supportent plus l’avalanche de documents, de formalités, de complications, imposées par les services de l’Etat ou les services de sécurité sociale. Le dédale bureaucratique dans lequel les entreprises françaises doivent survivre devient insupportable.

Faute de mieux, les entrepreneurs parient sur Fillon pour dégraisser la viande et permettre aux chefs d’entreprise de faire autre chose que de la paperasse à longueur de journées.

Quelles sont désormais les chances objectives que Fillon conserve de gagner la présidentielle? Les entrepreneurs l’ignorent mais ont la conviction qu’elles sont moindres qu’il y a trois mois. Et pour eux, les regrets sont à la hauteurs des enjeux en train de leur passer sous le nez.

Palmarès des cadeaux faits par François Hollande aux copains-coquins

Article écrit pour Atlantico.

La République des copains-coquins (celle qui politise systématiquement la haute fonction publique tout en expliquant qu’il faut préserver coûte-que-coûte le statut des fonctionnaires pour éviter ce phénomène…) vient de connaître ce mercredi 15 février un superbe jour de gloire. Le Conseil des Ministres a en effet permis d’apporter un point d’orgue à une vague de cadeaux et de nominations au bénéfice des thuriféraires du régime. On s’amusera à dresser le palmarès de ce dernier épouillage de la République par un homme qui s’était présenté comme normal et exemplaire.

Thierry Lepaon, palme de la nomination la plus burlesque

En Conseil des Ministres, le Premier Ministre a consacré la nomination d’un délégué interministériel à la langue française pour la cohésion sociale. Mais qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire?

Le délégué interministériel à la langue française pour la cohésion sociale apporte son concours à la définition et à la mise en œuvre des politiques favorisant l’accès de tous à la lecture, à l’écriture et à la maîtrise de la langue française, en complément des actions de formation linguistique conduites dans le cadre de la politique d’accueil et d’accompagnement des étrangers.

En ces domaines, et notamment la lutte contre l’illettrisme, il coordonne l’action des différents ministères compétents et veille à la cohérence des actions conduites par l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme et la délégation générale à la langue française et aux langues de France.

Ce sont les termes du décret. Cette farce absolue, qui constitue une sorte d’aboutissement dans l’imagination administrative permettant de servir la soupe aux copains, récompense les bons et loyaux services de Thierry Lepaon, ancien gourou de la CGT (épinglé, on s’en souvient, pour son train de vie). Les mauvaises langues noteront que Thierry Lepaon paraissait spécialement taillé pour ce poste dédié à l’illettrisme. En bon franc-maçon, il ne sait en effet ni lire ni écrire.

Michel Yahiel, palme de la nomination la plus éphémère

Il y a quelques jours, François Hollande a désigné son conseiller social, Michel Yahiel (le rigide Michel Yahiel, si proche de la CFDT qu’il s’est pendant plusieurs mois dispensé de recevoir les autres organisations syndicales), à la tête de France Stratégie, en remplacement de Jean Pisani-Ferry, parti avec armes et bagages chez Macron. Si la gauche ne repasse pas en mai, il devrait rapidement quitter ses fonctions.

On imagine qu’il croise les doigts pour garder son fromage.

Philippe Martin, palme de la nomination la plus charassienne

C’est un peu passé inaperçu, mais l’ex-ministre (fabiusien) de l’Ecologie, Philippe Martin, balayé par l’arrivée au pouvoir de Valls en 2014, a été nommé président du conseil d’administration de l’Agence française pour la biodiversité en janvier 2017 (on attend la ratification des chambres). Ce fromage devrait lui faire chaud au coeur. Martin est en lui-même un preuve de la biodiversité politique de ce pays. L’intéressé a en effet mené une longue carrière de thuriféraire, commençant dans les années 80 avec Quillot, puis Quilès, avant d’être propulsé préfet du Gers par Michel Charasse en 1992.

Ah! le lobby auvergnat!

Jean-Marc Ayrault, palme du parrain le moins respectueux

Comme le souligne très bien Acteurs Publics, Jean-Marc Ayrault fait polémique en proposant, quelques semaines avant la fin du quinquennat, une vague de 28 nominations d’ambassadeurs, dont celle de son directeur de cabinet, de l’un de ses conseillers, et de l’ex-conseiller diplomatique de Manuel Valls. Dans la pratique, Sarkozy n’avait pas forcément fait mieux en 2012, mais lui, au moins, ne se prétendait pas exemplaire!

La Cour des Comptes, palme de la valeur refuge la plus sûre

Comme toujours en temps d’alternance (probable), la Cour des Comptes est une valeur refuge tout à fait appréciée. On notera par exemple l’hilarante nomination d’un adjoint au maire de Bourg-en-Bresse, vice-président du parti radical, Guillaume Lacroix. Voici comment l’intéressé décrit sa nomination dans la presse régionale:

Malgré mon âge, 40 ans, j’ai déjà fait beaucoup de chose. J’avais envie d’une vraie vie professionnelle. Mon contrat avec le Conseil régional dont j’étais en disponibilité depuis 2015 est tombé avec la parution de ma nomination au Journal officiel.

Entendre quelqu’un soutenir que la Cour des Comptes permet d’avoir une « vraie vie professionnelle » en dit long sur son oisiveté durant ses mandats électifs.

Macron et le complotisme: les “anti” en sont-ils les premiers propagateurs?

Avant-hier, je tuyautais une journaliste de France 2, qui a ouvert la conversation en me demandant: « Fais-tu du complotisme? » C’est le mot à la mode, et l’accusation qu’il faut aller proférer aujourd’hui pour être en accord avec son époque. Il y a les méchants complotistes d’un côté, et les anti-complotistes de l’autre, comme il y avait à l’époque des fascistes et des anti-fascistes, des libéraux et des anti-libéraux, des individualistes relativistes et de braves universalistes protecteurs des valeurs.

L’anti-complotisme comme nouveau manichéisme

Au passage, il suffit d’ouvrir les yeux sur les schémas de pensée drainés par les anti-complotistes pour comprendre que quelque chose ne va pas dans cette façon de voir des complotistes partout, et particulièrement derrière tous ceux qui ne se satisfont pas des versions officielles. Si le complotisme est une façon pauvre de penser l’histoire, la doctrine manichéenne portée par les anti-complotistes ne vaut pas mieux, sauf à penser que le simplisme peut se combattre par un autre simplisme.

En réalité, l’anti-complotisme est d’abord une approche manichéenne de la réalité aussi contestable que le complotisme lui-même.

Il y a complot et complot

Il suffit d’ailleurs de lire la vulgate anti-complotiste pour mesurer la pauvreté intellectuelle de ses idéologues. Ceux-ci peinent en effet à définir ce qu’est un complot.

Dans le complotisme, il y a une philosophie discrète de l’histoire qui cherche la causalité des faits dans une action concertée, organisée, préméditée et dissimulée d’une poignée d’individus mus par une volonté commune. C’est le mécanisme du protocole des Sages de Sion, ou de la dénonciation contemporaine (incroyablement populaire d’ailleurs) des Illuminati ou des Bilderberg. Dans cette compréhension du monde, quelques cerveaux malades se réunissent et tirent les ficelles occultes d’un monde qui n’est complexe qu’en apparence.

Les anti-complotistes ne cherchent pas à démasquer ces fausses théories. Ils s’en prennent à tout autre chose, et d’abord à ceux qui contestent ce qu’on appelait, quand j’étais enfant, la propagande officielle. L’anti-complotisme est porteur, comme le complotisme, d’une philosophie discrète de l’histoire qui consiste à se satisfaire des explications officielles données sur des faits observables. De façon asymptotique, pour les anti-complotistes sont complotistes tous ceux qui font preuve d’esprit critique vis-à-vis des informations diffusées par l’Etat, et qui ne se gênent pas pour exprimer leurs doutes.

Selon toute vraisemblance, Samuel Laurent, le Savonarole du Decodex, aurait classé l’héliocentrisme de Galilée dans les théories complotistes.

Cazeneuve, grand complotiste devant l’Eternel

Comme les anti-complotistes n’en sont pas à une injonction paradoxale près, on relèvera avec amusement que la dénonciation du complot s’appuie généralement sur la conviction… qu’il existe un complot ourdi par les complotistes. La mécanique anti-complotiste s’appuie sur les mêmes mécanismes que les complotistes, mais surtout… ne le dites pas trop fort!

Exemple? Bernard Cazeneuve a accusé, à l’été 2016, le « journal » Libération d’être complotiste, parce qu’il reprochait au ministre de l’Intérieur d’avoir menti. On retrouve bien ici la mécanique complotiste des anti-complotistes: est complotiste celui qui conteste la version officielle des faits (en l’espèce l’attentat de Nice), puisque, forcément, il est mu par des forces obscures qui veulent le mal collectif.

L’accusation grotesque de complotisme portée par Cazeneuve contre le quotidien de Laurent Joffrin ne surprend personne. Bernard Cazeneuve suggère, de longue date, que l’attentat de Karachi en 1995 contre des ingénieurs militaires français n’était pas une action terroriste islamiste, mais plutôt le produit d’un complot franco-français. Cazeneuve est donc bien placé pour savoir qui sont les complotistes et qui sont leurs résistants, ayant lui-même produit une théorie du complot que ne démentirait aucun prédicateur de mosquée islamiste.

Ils sont comme ça les anti-complotistes: ils voient des complots partout!

Au tour de Macron de sombrer dans le complotisme?

Le gouvernement Hollande-Valls a compté un autre (anti)-complotiste de renom: Emmanuel Macron.

Depuis que les intentions de vote en faveur du candidat porté par les médias subventionnés stagnent, depuis que Macron plafonne à 20%, l’équipe Macron nous sort une théorie explicative toute trouvée: le candidat est victime des agissements d’une puissance étrangère. Je suggère ici à mon ami Olivier Berruyer, injustement accusé de complotisme par le Decodex, de saisir la balle au bond. Car il écrirait sur l’Ukraine ou les Etats-Unis ce que l’équipe Macron se permet d’affirmer sur la Russie de Poutine, et il serait incontestablement black-boolé de tous les médias.

Voici donc les propos tenus officiellement par l’entourage d’un gars qui aspire à devenir Président de la troisième puissance militaire mondiale:

Depuis deux jours, l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron s’alarme de la multiplication d’attaques visant le site du mouvement « En Marche! » et appelle les autorités françaises à prendre des mesures pour apporter les garanties d’un déroulement « normal » du scrutin des 23 avril et 7 mai.

« Si ces attaques réussissaient, l’animation de la campagne d’En marche ! deviendrait extrêmement difficile, sinon impossible », écrit le secrétaire général du mouvement de l’ancien ministre de l’Economie, Richard Ferrand, dans une tribune publiée mardi dans Le Monde.

La veille, sur France 2, il avait estimé qu’Emmanuel Macron était pris pour cible par Moscou pour ses positions en faveur d' »une Europe forte, une Europe qui se développe et une Europe qui pèse lourd, y compris face à la Russie ».

Mais, évidemment, dire cela, c’est n’est surtout pas du complotisme! c’est de l’anti-complotisme mon ami!

Les symptômes d’un complotisme aigu…

Bien entendu, la stagnation de Macron dans les sondages est le fruit d’un complot russe. En aucun cas, ce ne peut être le résultat d’une stratégie fondée sur « l’exaltation mystique » du chef et la relégation des idées aux oubliettes d’une démocratie déclarée obsolète. En aucun cas, ce ne peut être la conséquence d’une sur-médiatisation complaisante de Macron, vide, pour le reste, de tout engagement compréhensible et « enraciné ». En aucun cas, ce ne peut être l’effet assez naturel d’une promesse jamais tenue de chiffrer, tôt ou tard, des promesses à géométrie variable.

Que cela soit dit, le complotisme, c’est les autres. Ce n’est pas le pouvoir (même lorsqu’il explique ses échecs par les manoeuvres cachées des « autres »). Ce n’est pas le chouchou même quand l’absence de programme est pointée comme une faiblesse depuis plusieurs mois, sans que, manifestement, le candidat ne s’en émeuve.

Une fois de plus, les échecs, ce sont toujours des complots qui en sont la cause. Relisons ici l’ouvrage de Davet et Lhomme sur le quinquennat. Le déni sur ses propres responsabilités, et l’explication des échecs par des causes extérieures cachées et simples (ce qu’on appelle ordinairement le complotisme) est bien une marque de fabrique du hollandisme et de ses rejetons.

Grippe aviaire: après notre scoop, la justice ouvre une enquête

D&E a évoqué fin janvier, avec plusieurs scoops et un reportage sur place, les doutes que l’épidémie de grippe aviaire dans le sud-ouest de la France pouvaient faire naître. En particulier, les circonstances troublantes dans lesquelles les zones d’abattage se sont mises en place, obligeant les éleveurs liés à une coopérative à abattre leurs animaux, là où les producteurs indépendants pouvaient continuer à gaver sans restriction.

Notre scoop suivi d’une enquête judiciaire…

Avec satisfaction, nous apprenons que la justice s’est emparée de ce sujet.

Une enquête pour « tromperie aggravée » a été ouverte concernant le transport de la volaille dans le Sud Ouest. En effet, des lots pourraient avoir été envoyés aux éleveurs, tout en sachant qu’ils étaient contaminés.

Les faits incriminés à ce stade concerneraient seulement des livraisons de canetons fin novembre 2016 par la coopérative Vivadour. Mais il est très vraisemblable que le Pôle Santé Publique du parquet de Paris élargisse ses diligences à d’autres faits, si l’enquête est menée sérieusement bien entendu.

Rappelons que l’abattage massif de canards, souvent sains et dans des conditions abominables (sur lesquelles nous n’avons pas entendu les organisations en charge du bien-être animal), n’a pas suffi à enrayer une épidémie dont on peine à cerner le sérieux.

Nous continuerons à suivre ce dossier…