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Mélenchon veut passer la dépense publique à 70% du PIB

Dans l’étrange folie contagieuse de la présidentielle, le programme de Jean-Luc Mélenchon tiendra longuement une place à part, puisqu’il repose sur une quasi-soviétisation de l’économie française. Détaillé pendant cinq heures hier, ce catalogue foisonnant apparaît comme une bulle spéculative (intellectuellement parlant) dont le résultat net est la soviétisation de fait de l’économie française. On a du mal à y croire, mais il existe encore quelque part dans le monde des gens qui présentent comme une solution d’avenir tout ce qui a provoqué la ruine de l’Europe orientale… et qui continue à empoisonner la vie de millions de Nord-Coréens et de quelques autres.

1oo milliards d’investissement public

Mélenchon n’hésite pas à proposer un plan d’investissement public équivalent à 3,5% du PIB, soit une explosion complète du déficit. On retrouve ici la croyance superstitieuse dans la dépense publique comme levier de croissance. Supposons!

Mélenchon, c’est aussi 173 milliards de dépenses de fonctionnement nouvelles

Là où le programme de Mélenchon sombre dans le délire, c’est évidemment dans la programmation d’une hausse des dépenses publiques équivalent à 7 points de PIB. Et là, tout y passe: le retour à la retraite à 60 ans à taux plein, un million de logements publics en cinq ans, une hausse de 50% du budget de l’éducation, et autres calembredaines sorties tout droit de cerveaux d’idéologues dont aucun n’a la moindre idée du fonctionnement réel du circuit productif.

On se demande si, en dehors des fonctionnaires qui profiteront de ce système, il existe encore en France des cerveaux prêts à recevoir ce genre de discours.

1,5 million de fonctionnaires en plus

Comme Mélenchon ose tout, il pousse le vice jusqu’à annoncer (façon Trump: plus c’est gros, mieux ça passe) 3,5 millions d’emplois créés en cinq ans, dont 2 millions dans le secteur marchand. Par déduction, on comprend donc que Mélenchon propose de financer 1,5 millions d’emplois publics ou associatifs.

Les gogos avaleront tout cru le mensonge des 2 millions dans le secteur marchand, dont on voit mal comment un gouvernement peut s’engager à les pratiquer. En revanche, nous ne couperons pas à l’irresponsable création de 1,5 millions de fonctionnaires occupationnels vivant sur le dos d’une bête qu’ils passeront leur temps à trouver ingrate.

L’inquisition fiscale comme méthode de gouvernement

Pour financer ce délire collectif, Mélenchon a trouvé plusieurs solutions simples. D’abord, il supprime tous les allègements de cotisations sociales (tout en augmentant les prestations de sécurité sociale, ce qui revient à faire exploser le coût du travail). Ensuite, il lutte contre la fameuse fraude fiscale: il paraît que cela rapportera 33 milliards. Il y ajoute la suppression des niches fiscales: 38 milliards de plus.

Bref, sur les seuls particuliers, l’effort fiscal serait majoré de 70 milliards d’euros. On imagine aisément par quelles méthodes l’administration fiscale atteindra ces objectifs extravagants: inquisition, répression, surveillance généralisée, interprétations abusives des textes et décisions rétroactives destinées à pénaliser au maximum la création de richesse.

Comment Mélenchon prépare la déstructuration de l’économie française

On se demande comment un tel programme peut réellement exister, dans la mesure où il décrit ce contre quoi les peuples européens de sont révoltés depuis plus de cent ans. L’analyse de Mélenchon repose ici sur un déni de réalité, notamment sur l’occultation du poids réel des dépenses publiques aujourd’hui en France, et de l’exaspération que ce poids suscite.

Après le choc fiscal causé par Hollande et sa fine équipe, et qui a tué la croissance en faisant exploser le chômage, Mélenchon propose cette fois une overdose de dépenses publiques… dont la franchise inquiète quant à la santé idéologique d’environ 15% de l’opinion publique.

L’Etat employeur est-il au-dessus du Code du Travail?

Les fonctionnaires qui font au jour le jour l’Etat employeur seraient-ils capables de respecter les innombrables obligations du Code du Travail? Cette question lancinante mérite d’être posée, car, au jour le jour, tout démontre que les administrations françaises dysfonctionneraient encore plus si la technostructure qui les dirigent devait respecter ne serait-ce qu’une part infime des obligations faites aux employeurs privés. Nous en donnons aujourd’hui deux exemples précis.

L’Etat employeur et le harcèlement moral

Les patrons du secteur privé savent par coeur les risques qui pèsent sur eux dès lors qu’on évoque le harcèlement moral, le stress et toute la sphère du psycho-social. Cette menace plane en permanence sur l’exécution individuelle du contrat de travail, au point d’en devenir empoisonnante. On pense ici en particulier aux affaires Renault ou France Telecom, où quelques cas de suicide suffisent à provoquer une campagne de dénigrement sur les méchantes entreprises qui en demandent trop à leurs salariés.

Oui… mais l’hôpital public alors? Depuis le suicide d’un interne à l’hôpital Georges Pompidou, on sait tous que la fonction publique hospitalière baigne dans un climat bien pire que celui des entreprises. L’association qui s’est créée dans la foulée a astucieusement montré l’étendue des dégâts provoqués par le harcèlement moral dans les structures publiques.

Pour le coup, c’est la théorie selon laquelle le capitalisme rend agressif et l’étatisation apaise qui s’effondre. La violence au travail, au mieux, est en effet totalement indifférente à la nature juridique de la structure où elle se produit. Ce n’est pas parce qu’une entité productive ne cherche pas le profit qu’elle n’est pas violente.

Au pire, certains soutiendront même que le secteur public est plus violent que le secteur privé: la garantie de l’emploi autorise en effet des excès qu’une relation contractuelle privée amène directement devant la justice.

Reste que le secteur public paraît aujourd’hui très en retard, par rapport au secteur privé, dans la protection des salariés. Une application pure et dure du Code du Travail dans les rangs du secteur public provoquerait de nombreux dégâts et montrerait, s’il le fallait, que les entreprises sont beaucoup plus respectueuses de l’humain que les entités qui se réclament de l’intérêt général.

La question des rémunérations variables

Parallèlement, l’Etat employeur apparaît aussi comme un espace de non-droit dans le domaine des rémunérations variables. L’exemple de l’université de Caen l’illustre assez bien.

Selon la CGT, la directrice générale des services de l’université perçoit une prime annuelle de 43.000 euros, qui n’a donc rien à envier à un cadre dirigeant du secteur privé. Simplement, deux différences majeures existent entre ce qu’on appelle le régime indemnitaire du secteur public et les entreprises.

Première différence: le secteur public ne réglemente pas individuellement l’attribution des primes. Alors que le code du travail oblige les entreprises à expliquer aux salariés les règles du jeu pour l’attribution de ces émoluments (même si ces règles sont à bien des égards factices), le secteur public se contente d’un décret créant la prime (ou les primes, car elles sont nombreuses) et ne précise pas, pour le reste, établissement par établissement, les règles d’attribution. D’où un sentiment d’arbitraire et d’opacité qui serait jugé insupportable dans une entreprise.

Deuxième différence: le secteur public a totalement déconnecté le montant des primes et la performance individuelle ou collective de leurs bénéficiaires. C’est le fin du prince et non l’intérêt général qui domine ici. Une privatisation de l’université de Caen, par exemple, n’exclurait nullement que le directeur général perçoive une prime de 43.000 euros. En revanche, elle instaurerait des critères de performance qui semblent absents ici. Depuis 2013, le classement international de l’université n’a pas progressé d’un pouce, et l’importante prime financée par le contribuable ne récompense pas ici une réussite, mais simplement un service.

Soumettre l’Etat employeur au Code du Travail

Il y a fort à parier, en réalité, pour qu’un assujettissement de la fonction publique au Code du Travail ait à très court terme des vertus positives pour le secteur privé. Si les hauts fonctionnaires devaient à leur tour respecter au jour le jour les innombrables prescriptions du Code du Travail, on découvrirait sans tarder qu’ils se révolteraient contre un tissu de règles incompréhensibles et étouffantes.

Soumettre le secteur public aux mêmes règles que le secteur privé conduirait à une très rapide simplification du droit…

Quand l’Allemagne traite (beaucoup) mieux les “réfugiés” que les citoyens de l’Union

Combien de leçons de morale n’avons-nous pas reçu à propos de l’Allemagne et de son désormais légendaire sens de l’accueil des étrangers? L’actualité montre un étrange paradoxe: l’Allemagne est peut-être généreuse avec des « réfugiés » venus du sud de la Méditerranée, mais elle se révèle beaucoup moins tendre avec les habitants du nord de la Méditerranée, au point de soumettre à rude épreuve la solidarité européenne… et même la cohésion de l’Union.

Face à la Grèce

On n’épiloguera pas sur le long contentieux entre la Grèce et l’Allemagne, qui a mené plusieurs fois l’Union au bord de l’implosion ces dernières années. Il suffit de lire les derniers exploits de l’Allemagne pour comprendre que sa générosité est à géométrie variable. Le gouvernement allemand exige en effet que les Grecs visent un excédent budgétaire primaire de 3,5%. Le FMI considère qu’un excédent de 1,5% est un maximum. Parallèlement, et contrairement aux promesses faites en 2014, l’Allemagne écarte d’une renégociation de la dette grecque.

Mais à quoi joue l’Allemagne? Rappelons que, depuis 2010, les retraites grecques ont été revues à la baisse une dizaine de fois, alors même que les actifs dépendent largement de la solidarité familiale pour assurer leur survie. Rappelons aussi que la Grèce absorbe l’essentiel du choc des migrations activées par l’Allemagne.

Une fois de plus, les élites françaises occultent, dans un angélisme consternant (et suspect), les coups de boutoir donnés par l’Allemagne au contrat européen.

L’Europe du Sud lui coûte trop cher

La crispation allemande en Grèce n’est que la partie émergée de l’iceberg. Les propos d’Angela Merkel sur la valeur de l’euro l’ont encore confirmé cette semaine.

«La BCE a une politique monétaire qui n’est pas orientée vers l’Allemagne mais plutôt adaptée au Portugal, à la Slovénie ou à la Slovaquie», a-t-elle dit. (…)

«Si nous avions encore le Deutsche Mark, il aurait certainement une valeur différente de celle de l’euro en ce moment. Mais il s’agit d’une politique monétaire indépendante sur laquelle je n’ai pas d’influence en tant que chancelière allemande», a-t-elle tenu à expliquer.
Ach! si nous avions encore le Deutsche Mark… Bien évidemment, Angela oublie de dire que, si elle avait encore le Deutsche Mark, elle éviterait quand même d’avoir une tendance déflationniste en Allemagne, et elle aurait besoin de pratiquer une politique monétaire plus souple, comme le fait (sans grand succès) la BCE.
Mais l’aveu est clair et net: l’Allemagne se fait violence en acceptant une politique monétaire qui profite aux autres… et pas à l’Allemagne (en tout cas, dans l’imaginaire collectif allemand).

Discrimination contre les Européens

Dans ce fameux imaginaire allemand, il est très probable que soit aujourd’hui consolidé le sentiment que l’Allemagne participe beaucoup trop à la solidarité avec les autres peuples européens, et que ceux-ci se laissent beaucoup trop porter par une forme d’assistance entre nations. On ne sera donc qu’à moitié étonné d’apprendre l’étrange projet qui se prépare: faire payer ses autoroutes aux Européens.

Angela Merkel a en effet prévu d’imposer un péage à tous les automobilistes, selon le nombre de kilomètres parcourus. Simplement… les Allemands pourront se faire rembourser les montants payés. Bref, la Chancelière concocte un péage autoroutier pour les étrangers, comme si la libre circulation et le marché unique n’avaient pas été conçus précisément pour supprimer ces pratiques…

Mettre fin au mythe de l’Allemagne europhile

Dans ce faisceau de gestes eurosceptiques convergents, la question demeure entière de l’approche que l’Allemagne déploie aujourd’hui à propos de l’Europe. Tout montre en effet qu’être européen n’a pas le même sens en Allemagne et en France.

En France, se déclarer « européen » est d’abord un geste d’adhésion à une légende politique: celle d’une paix durable qui serait apportée sur le continent par l’appartenance à une entité politique commune avec l’Allemagne. Et tant pis si nous y perdons de l’argent.

De l’autre côté du Rhin, se déclarer « européen » est une posture beaucoup moins sentimentale et fondée sur l’espérance. Elle relève d’abord du calcul économique et politique immédiat. Le mythe d’un grand peuple européen n’agite pas nos voisins germaniques. En revanche, le principe d’un espace économique opportuniste dont on peut tirer profit est beaucoup plus vivace.

La technostructure française ne devrait jamais oublier cette différence d’approche.

Quelques brèves de comptoir sur François Fillon et les entrepreneurs

Quels dégâts les frasques de François Fillon ont-elles causé dans l’esprit des entrepreneurs? En dînant en ville, hier (en l’espèce dans l’une de mes cantines proches de l’Etoile), j’ai eu la surprise d’en mesurer quelques effets. L’ensemble interroge sur la difficulté très particulière que présente cette élection présidentielle.

Fillon et sa communication déceptive

Donc, après le dessert, le patron du restaurant prend le temps de venir me saluer. Il veut parler politique et « prendre la température » de la situation. Il a une question et une seule: peut-on encore voter François Fillon? Et c’est en l’écoutant qu’on peste.

Sur le fond, les histoires du Penelopegate ont peu d’impact sur les entrepreneurs. Souvent, ces derniers ont pratiqué le système du conjoint collaborateur (statut qui mériterait d’être remis sur le métier un jour). Ils n’ont donc pas d’état d’âme principiel face au travail en famille. Celui-ci leur paraît même souvent une façon tout à fait normale de vivre.

Lorsque le Canard a divulgué les informations concernant Pénélope Fillon, le candidat républicain jouait donc sur du velours auprès des entrepreneurs. Il disposait même d’un boulevard pour expliquer que, comme n’importe quel entrepreneur, il préférait travailler en famille. Malgré cet avantage, Fillon semble avoir gâché ces chances, pour deux raisons au moins.

Premièrement, la communication de Fillon a été cataclysmique. Se précipiter (avec force déclarations sur le mode du « j’ai confiance dans la justice de mon pays ») au Parquet Financier avec des fiches de paye supposées établir la réalité du travail effectué par Pénélope était étrangement naïf quand, quelques semaines plus tard, le même François Fillon conteste la légitimité du même Parquet à mener cette enquête. Entretemps, Fillon a crié au complot, donnant le sentiment qu’il avait quelque chose à cacher.

Deuxièmement, et c’est la conséquence du point ci-dessus, Fillon a, à son insu, dévoilé des postures que ses électeurs n’imaginaient pas. Quand Fillon s’engouffre dans les locaux du Parquet en apportant des « preuves » du travail effectué par sa femme, il révèle aux entrepreneurs qu’il ne soupçonne rien de ce qu’est un contrôle URSSAF, et qu’il ne comprend manifestement pas qu’un employeur doit, dans la réglementation française, répondre de tout (et même au-delà) dans son entreprise.

Le restaurateur que j’avais devant moi hier soir a découvert que son candidat fétiche à la présidentielle n’avait pas la moindre idée de l’enfer vécu chaque jour par les entrepreneurs, et qu’il entendait bien ne rien y connaître. Et cette déception-là, elle est compliquée à gérer.

Les entrepreneurs ne voteront pas Macron

Malgré cette sorte de torpeur qui a frappé les entrepreneurs en suivant le déroulé des dernières semaines, les entrepreneurs ne voteront pas Macron pour autant.

Là encore, le restaurateur qui me faisait l’amitié de venir papoter m’a sorti la phrase qui tue: « je ne comprends rien à ce que dit Macron », m’assène-t-il. Il visait, ce faisant, deux travers déjà pointés sur ce blog, qui dominent dans la candidature Macron.

Premier travers: la girouette. La technique du « un coup à droite, un coup à gauche » permet de faire carrière dans la fonction publique et dans la banque d’affaires, en évitant d’attacher au fond de la poêle et en restant suffisamment souple pour éviter les rochers dans les tempêtes. En politique, et spécialement pour une candidature à la présidentielle, la ficelle est trop grosse pour durer. Il faut un moment se fixer un cap et s’y tenir, en acceptant de se faire des ennemis.

Deuxième travers, conséquence directe du premier: Macron est aseptisé. Il n’a pas d’odeur. Il est plastiquement très réussi, mais c’est un produit marketing, sous contrôle, normalisé ISO 9001. Or les Français aiment une gueule burinée par les épreuves, un gars qui commet des erreurs et s’en repent, un tempérament qui sait se lâcher la bride. Pour y parvenir, généralement, les candidats se dotent d’un programme qui les ancre dans le réel, qui les parfume avec ces effluves du terroir qui permettent de se dire: celui-là est digne d’être le premier des Français.

Macron, lui, veut rester (trop) propre sur lui.

Les entrepreneurs ne voteront pas Le Pen

Quand au Front National, pas la peine d’y penser, et d’ailleurs Marine Le Pen ne se fait aucune illusion, me semble-t-il, sur ce sujet. C’est pourquoi elle ne s’est pas réfrénée dans l’étatisation de son programme. Autant Le Pen Jean-Marie pouvait se revendiquer d’une forme de libertarisme, autant Le Pen Marine est ancrée dans une vision finalement très à gauche de l’économie française. Elle ne veut pas toucher à la sécurité sociale. Elle ne propose pas de réduire la taille du service public. Elle ne s’engage pas sur le 3%. Elle ne propose aucune réforme de structure.

Pire, elle propose des taxes nouvelles, comme celle sur les travailleurs étrangers, qui constitue une véritable catastrophe. Les entrepreneurs savent en effet combien il est difficile de trouver des Français à recruter – je veux dire des Français qui n’expliquent pas dès l’entretien d’embauche qu’ils ont un chronomètre greffé dans la main et que sous aucun prétexte ils ne dépasseront les trente-cinq heures. Aujourd’hui, la plupart des entreprises sont obligées de recruter des étrangers, faute de natifs disponibles et productifs. Pour l’ignorer, il faut vraiment être très, très loin des réalités du pays.

Compte tenu de ce décalage, on voit mal les entrepreneurs adhérer au discours du Front National.

Fillon malgré tout et sans illusion

Donc, les entrepreneurs voteront Fillon, majoritairement. Malgré tout, c’est-à-dire malgré les affaires. Cette résignation s’explique par l’urgence des réformes en profondeur. Chaque jour, je reçois des messages d’épuisement adressés par des entrepreneurs qui ne supportent plus l’avalanche de documents, de formalités, de complications, imposées par les services de l’Etat ou les services de sécurité sociale. Le dédale bureaucratique dans lequel les entreprises françaises doivent survivre devient insupportable.

Faute de mieux, les entrepreneurs parient sur Fillon pour dégraisser la viande et permettre aux chefs d’entreprise de faire autre chose que de la paperasse à longueur de journées.

Quelles sont désormais les chances objectives que Fillon conserve de gagner la présidentielle? Les entrepreneurs l’ignorent mais ont la conviction qu’elles sont moindres qu’il y a trois mois. Et pour eux, les regrets sont à la hauteurs des enjeux en train de leur passer sous le nez.

Palmarès des cadeaux faits par François Hollande aux copains-coquins

Article écrit pour Atlantico.

La République des copains-coquins (celle qui politise systématiquement la haute fonction publique tout en expliquant qu’il faut préserver coûte-que-coûte le statut des fonctionnaires pour éviter ce phénomène…) vient de connaître ce mercredi 15 février un superbe jour de gloire. Le Conseil des Ministres a en effet permis d’apporter un point d’orgue à une vague de cadeaux et de nominations au bénéfice des thuriféraires du régime. On s’amusera à dresser le palmarès de ce dernier épouillage de la République par un homme qui s’était présenté comme normal et exemplaire.

Thierry Lepaon, palme de la nomination la plus burlesque

En Conseil des Ministres, le Premier Ministre a consacré la nomination d’un délégué interministériel à la langue française pour la cohésion sociale. Mais qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire?

Le délégué interministériel à la langue française pour la cohésion sociale apporte son concours à la définition et à la mise en œuvre des politiques favorisant l’accès de tous à la lecture, à l’écriture et à la maîtrise de la langue française, en complément des actions de formation linguistique conduites dans le cadre de la politique d’accueil et d’accompagnement des étrangers.

En ces domaines, et notamment la lutte contre l’illettrisme, il coordonne l’action des différents ministères compétents et veille à la cohérence des actions conduites par l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme et la délégation générale à la langue française et aux langues de France.

Ce sont les termes du décret. Cette farce absolue, qui constitue une sorte d’aboutissement dans l’imagination administrative permettant de servir la soupe aux copains, récompense les bons et loyaux services de Thierry Lepaon, ancien gourou de la CGT (épinglé, on s’en souvient, pour son train de vie). Les mauvaises langues noteront que Thierry Lepaon paraissait spécialement taillé pour ce poste dédié à l’illettrisme. En bon franc-maçon, il ne sait en effet ni lire ni écrire.

Michel Yahiel, palme de la nomination la plus éphémère

Il y a quelques jours, François Hollande a désigné son conseiller social, Michel Yahiel (le rigide Michel Yahiel, si proche de la CFDT qu’il s’est pendant plusieurs mois dispensé de recevoir les autres organisations syndicales), à la tête de France Stratégie, en remplacement de Jean Pisani-Ferry, parti avec armes et bagages chez Macron. Si la gauche ne repasse pas en mai, il devrait rapidement quitter ses fonctions.

On imagine qu’il croise les doigts pour garder son fromage.

Philippe Martin, palme de la nomination la plus charassienne

C’est un peu passé inaperçu, mais l’ex-ministre (fabiusien) de l’Ecologie, Philippe Martin, balayé par l’arrivée au pouvoir de Valls en 2014, a été nommé président du conseil d’administration de l’Agence française pour la biodiversité en janvier 2017 (on attend la ratification des chambres). Ce fromage devrait lui faire chaud au coeur. Martin est en lui-même un preuve de la biodiversité politique de ce pays. L’intéressé a en effet mené une longue carrière de thuriféraire, commençant dans les années 80 avec Quillot, puis Quilès, avant d’être propulsé préfet du Gers par Michel Charasse en 1992.

Ah! le lobby auvergnat!

Jean-Marc Ayrault, palme du parrain le moins respectueux

Comme le souligne très bien Acteurs Publics, Jean-Marc Ayrault fait polémique en proposant, quelques semaines avant la fin du quinquennat, une vague de 28 nominations d’ambassadeurs, dont celle de son directeur de cabinet, de l’un de ses conseillers, et de l’ex-conseiller diplomatique de Manuel Valls. Dans la pratique, Sarkozy n’avait pas forcément fait mieux en 2012, mais lui, au moins, ne se prétendait pas exemplaire!

La Cour des Comptes, palme de la valeur refuge la plus sûre

Comme toujours en temps d’alternance (probable), la Cour des Comptes est une valeur refuge tout à fait appréciée. On notera par exemple l’hilarante nomination d’un adjoint au maire de Bourg-en-Bresse, vice-président du parti radical, Guillaume Lacroix. Voici comment l’intéressé décrit sa nomination dans la presse régionale:

Malgré mon âge, 40 ans, j’ai déjà fait beaucoup de chose. J’avais envie d’une vraie vie professionnelle. Mon contrat avec le Conseil régional dont j’étais en disponibilité depuis 2015 est tombé avec la parution de ma nomination au Journal officiel.

Entendre quelqu’un soutenir que la Cour des Comptes permet d’avoir une « vraie vie professionnelle » en dit long sur son oisiveté durant ses mandats électifs.

Macron et le complotisme: les “anti” en sont-ils les premiers propagateurs?

Avant-hier, je tuyautais une journaliste de France 2, qui a ouvert la conversation en me demandant: « Fais-tu du complotisme? » C’est le mot à la mode, et l’accusation qu’il faut aller proférer aujourd’hui pour être en accord avec son époque. Il y a les méchants complotistes d’un côté, et les anti-complotistes de l’autre, comme il y avait à l’époque des fascistes et des anti-fascistes, des libéraux et des anti-libéraux, des individualistes relativistes et de braves universalistes protecteurs des valeurs.

L’anti-complotisme comme nouveau manichéisme

Au passage, il suffit d’ouvrir les yeux sur les schémas de pensée drainés par les anti-complotistes pour comprendre que quelque chose ne va pas dans cette façon de voir des complotistes partout, et particulièrement derrière tous ceux qui ne se satisfont pas des versions officielles. Si le complotisme est une façon pauvre de penser l’histoire, la doctrine manichéenne portée par les anti-complotistes ne vaut pas mieux, sauf à penser que le simplisme peut se combattre par un autre simplisme.

En réalité, l’anti-complotisme est d’abord une approche manichéenne de la réalité aussi contestable que le complotisme lui-même.

Il y a complot et complot

Il suffit d’ailleurs de lire la vulgate anti-complotiste pour mesurer la pauvreté intellectuelle de ses idéologues. Ceux-ci peinent en effet à définir ce qu’est un complot.

Dans le complotisme, il y a une philosophie discrète de l’histoire qui cherche la causalité des faits dans une action concertée, organisée, préméditée et dissimulée d’une poignée d’individus mus par une volonté commune. C’est le mécanisme du protocole des Sages de Sion, ou de la dénonciation contemporaine (incroyablement populaire d’ailleurs) des Illuminati ou des Bilderberg. Dans cette compréhension du monde, quelques cerveaux malades se réunissent et tirent les ficelles occultes d’un monde qui n’est complexe qu’en apparence.

Les anti-complotistes ne cherchent pas à démasquer ces fausses théories. Ils s’en prennent à tout autre chose, et d’abord à ceux qui contestent ce qu’on appelait, quand j’étais enfant, la propagande officielle. L’anti-complotisme est porteur, comme le complotisme, d’une philosophie discrète de l’histoire qui consiste à se satisfaire des explications officielles données sur des faits observables. De façon asymptotique, pour les anti-complotistes sont complotistes tous ceux qui font preuve d’esprit critique vis-à-vis des informations diffusées par l’Etat, et qui ne se gênent pas pour exprimer leurs doutes.

Selon toute vraisemblance, Samuel Laurent, le Savonarole du Decodex, aurait classé l’héliocentrisme de Galilée dans les théories complotistes.

Cazeneuve, grand complotiste devant l’Eternel

Comme les anti-complotistes n’en sont pas à une injonction paradoxale près, on relèvera avec amusement que la dénonciation du complot s’appuie généralement sur la conviction… qu’il existe un complot ourdi par les complotistes. La mécanique anti-complotiste s’appuie sur les mêmes mécanismes que les complotistes, mais surtout… ne le dites pas trop fort!

Exemple? Bernard Cazeneuve a accusé, à l’été 2016, le « journal » Libération d’être complotiste, parce qu’il reprochait au ministre de l’Intérieur d’avoir menti. On retrouve bien ici la mécanique complotiste des anti-complotistes: est complotiste celui qui conteste la version officielle des faits (en l’espèce l’attentat de Nice), puisque, forcément, il est mu par des forces obscures qui veulent le mal collectif.

L’accusation grotesque de complotisme portée par Cazeneuve contre le quotidien de Laurent Joffrin ne surprend personne. Bernard Cazeneuve suggère, de longue date, que l’attentat de Karachi en 1995 contre des ingénieurs militaires français n’était pas une action terroriste islamiste, mais plutôt le produit d’un complot franco-français. Cazeneuve est donc bien placé pour savoir qui sont les complotistes et qui sont leurs résistants, ayant lui-même produit une théorie du complot que ne démentirait aucun prédicateur de mosquée islamiste.

Ils sont comme ça les anti-complotistes: ils voient des complots partout!

Au tour de Macron de sombrer dans le complotisme?

Le gouvernement Hollande-Valls a compté un autre (anti)-complotiste de renom: Emmanuel Macron.

Depuis que les intentions de vote en faveur du candidat porté par les médias subventionnés stagnent, depuis que Macron plafonne à 20%, l’équipe Macron nous sort une théorie explicative toute trouvée: le candidat est victime des agissements d’une puissance étrangère. Je suggère ici à mon ami Olivier Berruyer, injustement accusé de complotisme par le Decodex, de saisir la balle au bond. Car il écrirait sur l’Ukraine ou les Etats-Unis ce que l’équipe Macron se permet d’affirmer sur la Russie de Poutine, et il serait incontestablement black-boolé de tous les médias.

Voici donc les propos tenus officiellement par l’entourage d’un gars qui aspire à devenir Président de la troisième puissance militaire mondiale:

Depuis deux jours, l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron s’alarme de la multiplication d’attaques visant le site du mouvement « En Marche! » et appelle les autorités françaises à prendre des mesures pour apporter les garanties d’un déroulement « normal » du scrutin des 23 avril et 7 mai.

« Si ces attaques réussissaient, l’animation de la campagne d’En marche ! deviendrait extrêmement difficile, sinon impossible », écrit le secrétaire général du mouvement de l’ancien ministre de l’Economie, Richard Ferrand, dans une tribune publiée mardi dans Le Monde.

La veille, sur France 2, il avait estimé qu’Emmanuel Macron était pris pour cible par Moscou pour ses positions en faveur d' »une Europe forte, une Europe qui se développe et une Europe qui pèse lourd, y compris face à la Russie ».

Mais, évidemment, dire cela, c’est n’est surtout pas du complotisme! c’est de l’anti-complotisme mon ami!

Les symptômes d’un complotisme aigu…

Bien entendu, la stagnation de Macron dans les sondages est le fruit d’un complot russe. En aucun cas, ce ne peut être le résultat d’une stratégie fondée sur « l’exaltation mystique » du chef et la relégation des idées aux oubliettes d’une démocratie déclarée obsolète. En aucun cas, ce ne peut être la conséquence d’une sur-médiatisation complaisante de Macron, vide, pour le reste, de tout engagement compréhensible et « enraciné ». En aucun cas, ce ne peut être l’effet assez naturel d’une promesse jamais tenue de chiffrer, tôt ou tard, des promesses à géométrie variable.

Que cela soit dit, le complotisme, c’est les autres. Ce n’est pas le pouvoir (même lorsqu’il explique ses échecs par les manoeuvres cachées des « autres »). Ce n’est pas le chouchou même quand l’absence de programme est pointée comme une faiblesse depuis plusieurs mois, sans que, manifestement, le candidat ne s’en émeuve.

Une fois de plus, les échecs, ce sont toujours des complots qui en sont la cause. Relisons ici l’ouvrage de Davet et Lhomme sur le quinquennat. Le déni sur ses propres responsabilités, et l’explication des échecs par des causes extérieures cachées et simples (ce qu’on appelle ordinairement le complotisme) est bien une marque de fabrique du hollandisme et de ses rejetons.

Grippe aviaire: après notre scoop, la justice ouvre une enquête

D&E a évoqué fin janvier, avec plusieurs scoops et un reportage sur place, les doutes que l’épidémie de grippe aviaire dans le sud-ouest de la France pouvaient faire naître. En particulier, les circonstances troublantes dans lesquelles les zones d’abattage se sont mises en place, obligeant les éleveurs liés à une coopérative à abattre leurs animaux, là où les producteurs indépendants pouvaient continuer à gaver sans restriction.

Notre scoop suivi d’une enquête judiciaire…

Avec satisfaction, nous apprenons que la justice s’est emparée de ce sujet.

Une enquête pour « tromperie aggravée » a été ouverte concernant le transport de la volaille dans le Sud Ouest. En effet, des lots pourraient avoir été envoyés aux éleveurs, tout en sachant qu’ils étaient contaminés.

Les faits incriminés à ce stade concerneraient seulement des livraisons de canetons fin novembre 2016 par la coopérative Vivadour. Mais il est très vraisemblable que le Pôle Santé Publique du parquet de Paris élargisse ses diligences à d’autres faits, si l’enquête est menée sérieusement bien entendu.

Rappelons que l’abattage massif de canards, souvent sains et dans des conditions abominables (sur lesquelles nous n’avons pas entendu les organisations en charge du bien-être animal), n’a pas suffi à enrayer une épidémie dont on peine à cerner le sérieux.

Nous continuerons à suivre ce dossier…

RSI: soyez cohérent, Monsieur Macron!

Depuis 2015, Emmanuel Macron propose de fondre le régime social des indépendants (RSI) dans le régime général de la sécurité sociale. Cette idée folle (qui compte un certain nombre de partisans, notamment parmi les candidats à la présidentielle) est un démenti puissant à toutes les promesses (non chiffrées et non détaillées) qu’Emmanuel Macron a faites jusqu’ici sur la protection sociale. Il est temps que celui qui se présente volontiers comme le candidat des entrepreneurs jette le masque et revienne à la cohérence de ses propositions.

La fusion du RSI avec le régime général posera un problème juridique

Expliquons d’abord clairement pourquoi la fusion du RSI avec le régime général sera compliquée à défendre.

Par nature, la sécurité sociale est un dispositif conçu pour les salariés, et financé d’ordinairement conjointement (dans des proportions diverses) par les salariés et leur employeur. C’est notamment ce que prévoit ou suggère la convention n°102 de l’Organisation Internationale du Travail (OIT)

Intégrer dans un système de ce type les employeurs eux-mêmes posera un problème d’égalité de traitement. On voit mal en effet comment calculer la juste contribution de l’employeur à sa propre protection. Sauf à expliquer clairement que la sécurité sociale est un système de solidarité où la cotisation est indépendante du risque… mais dans ce cas, il faudra tenir des capacités contributives de chacun et reconnaître que le financement se fait par l’impôt et non par une cotisation. On souhaite bon amusement à celui qui mettra le doigt dans cette toile d’araignée: la poudrière risque bien d’exploser ce jour-là.

L’assimilation des entrepreneurs aux salariés est un suicide

Autre problème: l’absorption des entrepreneurs par le régime des salariés finira de décourager les premiers, et constituera un nouvel impôt au bénéfice des seconds. Les entrepreneurs sont en effet moins malades et partent moins à la retraite que les salariés. Intégrer les entrepreneurs dans le régime général signifie donc, purement et simplement, une augmentation brutale et injustifiée de cotisations pour les entrepreneurs, et un transfert de ce surplus vers des salariés déjà fortement subventionnés par leur employeur.

Tout ceci s’appuiera sur une fonction: le besoin de protection serait le même entre des gens qui louent leur force de travail à un patron et les patrons eux-mêmes.

Ah! le grand rêve soviétique de la dékoulakisation enfin réalisé en France!

Les entrepreneurs ne veulent pas supprimer le RSI, ils veulent supprimer son monopole

La suppression du RSI n’a jamais été demandée par les entrepreneurs. Ce qu’ils souhaitent simplement, c’est la fin de son monopole. Ce que souhaitent les entrepreneurs, c’est pouvoir adhérer à la caisse de protection sociale de leur choix, y compris à une caisse étrangère.

De cette façon, ils pourraient rejoindre les plusieurs dizaines de milliers d’entrepreneurs déjà « libérés » qui cotisent parfois pour dix fois moins cher qu’au RSI, dont les frais de fonctionnement sont par ailleurs délirants.

Les entrepreneurs sont sur une ligne « Macron »

Au fond, que demandent les entrepreneurs? qu’on les laisse en paix, et qu’on les laisse choisir leur protection sociale sur une base individuelle.

Qui avait proposé de fonder la protection sociale sur cette idée? Emmanuel Macron, dans son discours de Montpellier, en octobre 2016. Il avait alors déclaré:

«Pour ne laisser personne au bord de la route, la protection sociale doit désormais se fonder sur l’individu.»

Macron, meilleur ennemi idéologique de Macron?

Depuis ce discours d’avant-candidature officielle, Emmanuel Macron a donc effectué un virage à 360° sur un sujet sensible, qui touche à la fibre entrepreneuriale en France. Après avoir promis une réforme structurelle de la protection sociale, très prometteuse, le voici occupé à colmater les brèches du système existant, et même occupé à lui assurer son expansion.

La suppression du RSI et son absorption par le régime général n’est en effet rien d’autre qu’une nouvelle conquête menée par un système de sécurité sociale pourtant coûteux et inefficace.

Cette idée est à rebours de l’intérêt des entrepreneurs.

Macron dans la lignée de la technostructure

Ce faisant, ce ralliement discret mais dangereux d’Emmanuel Macron au tout Sécurité Sociale n’est pas complètement surprenant. Il rejoint ici la longue lignée des membres de la technostructure qui portent l’idéologie du jardin à la française. Cette idéologie est fondée sur une détestation de la « concurrence éparpillée » qui prévalait dans la protection sociale française avant 1941.

Rappelons que, contrairement à la légende dominante à gauche, la sécurité sociale n’est pas une conquête de la Résistance en 1945, mais une invention de la technostructure par conseillers d’Etat interposés, datant de 1940.

Emmanuel Macron rejoint aujourd’hui cette tradition.

Le salaire des cadres dirigeants du RSI augmenté de 13% en 2017

C’est une sacrée bonne nouvelle que relaie la CGT du RSI: les cadres du régimes ont obtenu une augmentation de salaire de 13% fin 2016! Voilà une juste reconnaissance de leur performance, injustement méconnue par les bénéficiaires du régime.

On lira avec plaisir le texte du tract syndical:

La CGT a appris, lors de la Commission Paritaire du 12 janvier 2017, qu’une négociation « off » avait eu lieu concernant nos cher(e)s Agents de Direction.

En effet, à l’insu de toutes les Organisations Syndicales représentatives du personnel et au mépris du rapport de la Cour des comptes, il aurait été octroyé, fin 2016, aux Agents de Directions des caisses appelées à fusionner, de 30 à 50 points et 13% d’augmentation de salaire.

C’est scandaleux et déloyal !!!

Cette généreuse augmentation a pour objet de compenser, du fait de Trajectoire 2018, les trajets entre caisses, le management à distance….

Pendant ce temps … qu’est-il prévu pour les autres catégories du personnel ?

Rien, nada, zéro … pour les cadres alors qu’eux aussi doivent se déplacer et manager sur plusieurs sites.

Et toujours moins pour les agents qui subissent de plein fouet les fusions, mutualisations, réorganisations, LURA, PUMA et autres RCT…

La CGT rappelle aussi que Trajectoire 2018 a été décidé par les directeurs, pour les directeurs et que les récompenses ne vont qu’à eux alors que le travail est celui de l’ensemble des salariés !

Puisqu’en dehors de tout cadre de négociation salariale, la Caisse Nationale trouve des budgets pour nos chers AD nous attendons avec impatience qu’une véritable négociation ait lieu pour les salariés !

La CGT rappelle que le blocage du point sur 10 ans a entamé notre pouvoir d’achat de 9% ! Avec les 3.6cts de hausse de 2016 le compte n’y est toujours pas !!

La CGT EXIGE DES AVANCEES SALARIALES DANS LES PLUS BREFS DELAIS !!!

Quelques petites choses non dites dans le Fillongate

Bien sûr, le Fillongate sent le souffre. Et bien sûr, la défense maladroite de Fillon donne le sentiment aux Français que le bonhomme a quelque chose à cacher. Ma conviction intime est pourtant que la maladresse de notre ancien Premier Ministre ne cache sur le fond rien d’autre… qu’une bonne foi assez naïve. On peut, au pire, reprocher à l’impétrant sa rupture de compréhension avec le pays réel. Pour le reste, les choix de François Fillon apparaissent presque comme marqués par une confondante (et pour ainsi dire déplacée) honnêteté.

Un élu a-t-il encore une vie privée?

Dans son discours de Poitiers, hier, François Fillon a évoqué, pour sa défense, tout ce qu’il avait donné au pays comme gage de son honnêteté. Je ne sais pas si l’argument est audible par le grand public, en revanche je le crois profondément sincère.

Les citoyens perçoivent souvent mal ce qu’est l’engagement politique en France. De fait, le parcours d’un François Fillon, c’est d’abord une vie de sacrifice personnel. Tant qu’on n’a pas bu le sirop du « système », on ne peut le comprendre. Mais la République adore dévorer le temps de ses élus. Elle exige d’eux un sacerdoce complet: pas de week-end, pas de soirée en famille, pas de vacances. Un élu ambitieux, en France, se donne à la cause et fait abstraction de tout.

Certains ont pu reprocher à François Fillon d’avoir mêlé vie privée et vie publique. J’imagine assez bien que sa femme lui a longtemps reproché de renoncer à sa vie privée pour sa vie publique. Et qu’en contrepartie, Fillon a, comme beaucoup d’autres d’ailleurs, considéré que les émoluments de sa femme, de ses enfants, étaient la juste contrepartie de ce lourd tribut payé à la cause publique.

Cela ne signifie pas qu’il faille obligatoirement partagé son choix. En revanche, on peut comprendre comment ce genre d’idée peut venir à l’esprit: parce que je suis élu, je n’ai jamais le temps de voir ma femme et mes enfants. Il est bien normal que tout cela ait un prix.

Un élu connaît-il encore les salaires moyens en France?

Les montants de salaire attribués à Pénélope Fillon sont, au regard des salaires moyens versés en France, très élevés. François Fillon, avec une tendre naïveté confondante, semble ne pas avoir anticipé les réactions hallucinées de Madame Michu à la découverte de ces chiffres. Avec beaucoup de malice, le Canard Enchaîné a d’ailleurs les sommes nettes mensuelles en brut annuel chargé et cumulé sur plusieurs années.

C’était évidemment très vicieux, parce qu’un Français moyen, payé 2.000 euros nets par mois, serait surpris de découvrir qu’il coûte, en dix ans, environ 500.000 euros. Et on lui soutiendrait qu’en 10 ans de salaires il a perçu 500.000 euros, il tomberait des nues. C’est pourtant bien ce chiffre qui est le bon, et l’on reste confondu de n’avoir pas entendu, dans la bouche de François Fillon, un rappel de ces chiffres.

Là encore, on y verra une marque de sincérité et de bonne foi de François Fillon. L’homme n’a pas imaginé un seul instant qu’il avait à relativiser les sommes perçues par sa femme, tant elles lui semblent normales et non choquantes. Cela ne signifie pas, là encore, que François Fillon a fait les bons choix et, à coup sûr, on peut lui reprocher son manque de lucidité quand à la réaction « moyenne » des Français sur la question des rémunérations.

Simplement, ramené à un salaire mensuel net, la situation de Pénélope Fillon est moins choquante que les chiffres avancés par le Canard au regard de la rémunération moyenne en France.

François Fillon, un consultant dans les prix moyens du marché

Autre point reproché à François Fillon: les rémunérations qu’il a perçues comme lobbyiste dans le cadre de sa société 2F conseil. Sympathiquement, François Bayrou l’a accusé d’être à la botte des puissances d’argent. Voilà qui vaut son pesant de cacahuètes car, encore une fois, le positionnement stratégique de Fillon paraît étrangement naïf.

Dans la pratique, Fillon semble avoir pratiqué un système que les lobbyistes connaissent bien: la facturation à 10.000 euros par mois. Mises bout à bout, c’est à peu près à ce chiffre qu’aboutissent les factures évoquées par la presse.

Là encore, pour le Français moyen, la somme est extravagante. Mais, François Bayrou le sait, elle ne correspond ni plus ni moins qu’aux tarifs du marché pour ce genre de prestations, et on pourrait même s’étonner que, au vu de sa carrière et de son carnet d’adresses, François Fillon n’ait pas pratiqué des tarifs plus élevés.

Rappelons ici que le tarif de 10.000 euros par mois était celui des contrats souscrits par Mathieu Gallet, alors l’INA, pour faire carrière grâce à l’appui de lobbyistes personnels. Là encore, la pratique est méconnue des Français et les choque sans doute. Mais c’est une habitude dans le milieu de pratiquer ce tarif pour favoriser quelqu’un dans les milieux autorisés. La progression sociale se paie…

Le Fillongate, où le procès d’un homme moyen, trop moyen?

Que nous dit Fillon, aujourd’hui, sinon qu’il n’a rien commis d’illégal? Et, pourrait-il ajouter, il s’est, au regard des pratiques habituelles dans le microcosme aristocratique parisien, montré plutôt raisonnable.

Que lui répond l’opinion publique? Que la légalité n’a rien à avoir dans cette affaire. Que tout est une question de valeur et de morale.

Et c’est bien le reproche que l’on peut faire à François Fillon: celui d’avoir oublié que les pratiques en vigueur dans l’élite parisienne n’ont libre cours que parce que les Français ne les connaissent pas. C’est d’ailleurs pourquoi la technostructure française déteste la transparence: elle sait parfaitement que si les Français savaient, les choses changeraient.

Et, brutalement, les Français découvrent comment les choses fonctionnent. Et soudain ils comprennent que, si l’ouvrier de l’usine se voit refuser une augmentation de vingt euros par mois, c’est pour qu’une élite puisse, en toute bonne conscience, et en ayant le sentiment de simplement recevoir son dû, se gaver. Dans ce jeu, Fillon est loin d’avoir été le pire. Mais il est coupable de n’avoir pas compris que cette « médiocrité » ne suffit pas à absoudre des élites coupées du peuple.