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Quand la France Insoumise défend les magouilles syndicales

La France Insoumise vient de donner l’exemple de son approche ahurissante des dossiers sociaux (avec ses postures post-marxistes déconnectées de la réalité). Le débat à l’Assemblée Nationale sur l’article 2 de la loi d’habilitation a ainsi donné lieu à une sortie mal avisée d’Alexis Corbière sur le chèque syndical, où l’on mesure toute la propension des mélenchonistes pour les magouilles syndicales.

Les ordonnances sur le code du travail ont un mérite: elles abordent des sujets maintenus tabou jusqu’ici, comme le chèque syndical. Cette invention de Claude Bébéar, alors président d’Axa, visait à structurer le dialogue social en abondant le salaire par un montant équivalent à une cotisation syndicale. Libre au salarié de choisir le syndicat qu’il souhaite ainsi soutenir.

Dans l’esprit d’un Bébéar, il s’agissait d’encourager l’engagement syndical et de favoriser l’adhésion aux organisations. Les enjeux étaient bien connus: plutôt que d’avoir des syndicats croupions financés par des détournements de fonds ou des pratiques régulièrement contestées (notamment dans des comités d’entreprise comme Air France, EDF ou  la SNCF), mieux valaient des syndicats financés de façon transparente et au service d’une cause commune.

La France Insoumise et les magouilles syndicales

Selon un contresens complet dont seule la France Insoumise à le secret, Alexis Corbière, député mélenchoniste du 93 (par ailleurs attaqué sur sa domiciliation dans un logement social de la Ville de Paris), a produit de superbes post-vérités en expliquant que le chèque syndical… expliquait l’affaire UIMM.

Or, si le chèque syndical a vu le jour, c’est bien pour rendre inopérantes des pratiques comme celles de l’UIMM à l’époque. Si les employeurs versaient des sommes en liquide aux organisations syndicales, c’était en effet pour combler un déficit de financement par ailleurs. Pendant de nombreuses années, les patrons se sont engouffrés dans cette brèche pour mettre en balance la signature d’accords avec le financement des organisations.

Le chèque syndical permet précisément de sortir de ces pressions. Il assure aux organisations syndicales des financements décidés par les salariés sans intervention des employeurs.

Manifestement, sous couvert de lutter pour l’indépendance syndicale, la France Insoumise tient à préserver un système de magouilles où les employeurs peuvent faire pression sur les syndicats de salariés.

Macron déjà hollandisé par Merkel! On y croit à peine…

À peine arrivé, déjà hollandisé! Macron a été repris en main par Angela Merkel à l’occasion de son premier sommet européen. Mais… la presse subventionnée s’emploie à dissimuler le malaise.

Il y a deux façons d’aborder le sommet européen qui s’est tenu en fin de semaine. Une première voie consiste à lire les conclusions du sommet et à compter les points. Une seconde voie consiste à lire la presse subventionnée. Entre les deux, on trouve très peu de points communs.

Ce que le Conseil Européen a réellement décidé

Dans la pratique, le Conseil des 22 et 23 juin n’a repris aucune des demandes françaises annoncées de longue date par le président de la République. En particulier, il n’a ouvert aucun débat sur les travailleurs détachés, sujet sur lesquels la France avait bandé les muscles en demandant un durcissement de la réglementation.

Rien que par ce silence, la France subit donc une défaite en rase campagne qui montre le peu de cas que l’Europe fait d’une France engluée dans un huis clos gagnant-perdant avec l’Allemagne, même avec un Président nouvellement élu qui pense pouvoir défier Donald Trump.

S’agissant de l’emploi, on notera d’ailleurs ce que le sommet a conclu:

S’appuyant sur les conclusions du Conseil de mai 2017, qui préconisent une stratégie pour l’avenir de la politique industrielle, le Conseil européen insiste sur le rôle essentiel de l’industrie, qui constitue un moteur important pour la croissance, l’emploi et l’innovation en Europe. Dans le prolongement de ses propres conclusions antérieures, il demande que des mesures concrètes soient prises pour que le marché unique dispose d’une base industrielle solide et compétitive.

Les conclusions du Conseil ne visent pas à redire que le travail détaché est échevelé, mais que la prospérité viendra de la défense de l’industrie. Cette vision au demeurant très allemande met des mots sur un vide français: quelle est la politique industrielle d’Emmanuel Macron? On l’ignore jusqu’ici et curieusement le conseil européen s’est préoccupé de sujets qui n’ont aucun impact en France.

Macron battu sur les mesures anti-chinoises

Quant à l’idée d’empêcher les Chinois de prendre le contrôle à vil prix de nos pépites technologiques, Emmanuel Macron a fait un superbe bide. Voici en effet comment le Conseil a retranscrit la demande française:

Le Conseil européen est convaincu que le commerce et les investissements ne peuvent être libres que s’ils sont également équitables et mutuellement bénéfiques. Il invite par conséquent les colégislateurs à parvenir rapidement à un accord sur des instruments de défense commerciale modernes et compatibles avec l’OMC, qui renforceront la capacité de l’UE à lutter efficacement contre les pratiques commerciales déloyales et discriminatoires et les distorsions de marché. Le Conseil européen demande à la Commission de veiller à leur application rapide et effective par des mesures d’exécution non législatives visant à rendre les pratiques commerciales et les instruments de défense commerciale de l’UE plus réactifs et plus efficaces et de proposer, le cas échéant, des mesures complémentaires. Il demande en outre à la Commission et au Conseil d’approfondir et de faire avancer le débat sur la manière d’améliorer la réciprocité dans le domaine des marchés publics et des investissements. Dans ce contexte, il salue l’initiative de la Commission visant à maîtriser la mondialisation et, entre autres, à analyser les investissements réalisés par des pays tiers dans des secteurs stratégiques, dans le plein respect des compétences des États membres.

Traduction: pour faire plaisir à Macron, on aborde le point. Mais on annonce déjà qu’aucune directive, aucune mesure réglementaire ne sera prise sur le sujet, et qu’en aucun cas, on ne tordra les règles de l’OMC. On notera aussi que le sujet sera repris en main par la Commission et sera discuté ultérieurement.

En quoi Macron est-il hollandisé?

Pour finir cet exercice où les demandes françaises ont été réduites à néant, Angela Merkel a pris son petit protégé par la main et lui a admonesté l’une des fessées déculottées dont elle a le secret. Celle-ci prend d’ordinaire la forme d’une conférence de presse conjointe, où le Président français annonce qu’il ne fera plus rien à l’avenir sans l’autorisation et le consentement d’Angela Merkel.

Macron n’a pas échappé à la punition.

je veux dire ici combien à la fois le fait que nous ayons très étroitement préparé ensemble nos remarques à ce Conseil, que nos interventions aient été constamment en ligne et que nous puissions en rendre compte en commun est à mes yeux important. C’est en tout cas ce que je m’attacherai à faire, dans les années à venir, parce que je pense que quand l’Allemagne et la France parlent de la même voix, l’Europe peut avancer ; ce n’est parfois pas la condition suffisante mais c’est en tout cas la condition nécessaire.

Dans la droite ligne de cet exercice où l’on apprend que les positions françaises au Conseil sont préparées avec l’Allemagne en amont, Macron a respecté les passages obligés de la fessée déculottée. Sur les migrants, il s’est senti obligé de déclarer:

nous devons accueillir des réfugiés car c’est notre tradition et notre honneur. Et je le redis ici, les réfugiés ne sont pas n’importe quels migrants. Ce ne sont pas les migrants économiques, ce sont des femmes et des hommes qui fuient leur pays pour leur liberté ou parce qu’ils sont en guerre ou pour leurs choix politiques. Nous devons ainsi faire preuve de solidarité quand un de nos voisins fait face à des arrivées massives de réfugiés ou de migrants.

Tous les ingrédient sont donc réunis pour que, dans les cinq ans à venir, Macron conserve intacte la doctrine européenne développée sous Hollande d’un alignement systématique sur les positions allemandes sans contrepartie en faveur de la France.

Le silence gêné de la presse subventionnée

On lira en contrepartie les gros titres gênés de la presse française subventionnée, qui veut dissimuler le ratage macronien. En dehors du Point, qui titre « Macron au sommet de l’UE : premiers échanges, premier revers », le reste de la presse se montre d’une flagornerie extravagante.

Ainsi, les Échos, qui ne cachent plus leur soutien complet et acquis au Président, font croire à une victoire française. Plus complaisant encore, Le Monde se fend d’un titre ahurissant: « Conseil européen : avec Macron, l’Europe met en scène son sursaut ». Ils doivent avoir vraiment besoin d’un gros coup de pouce, dans ce canard arrogant, pour sortir des âneries pareilles.

La tonalité est un peu moins obséquieuse au Figaro, qui fait le choix de ne reprendre qu’une dépêche AFP et de centrer son papier sur les questions de défense. Sur le sujet, le quotidien de Serge Dassault en fait beaucoup avec un titre excessif: « Macron salue une avancée historique pour l’Europe de la défense », mais il évite quand même de sombrer dans l’asservissement de ses grands concurrents.

Toute la question est évidemment de savoir combien de temps la presse subventionnée acceptera-t-elle de compromettre sa crédibilité en soutenant de façon aussi grossière un Président de la République qui terrorise les rédactions.

Conseil européen des 22 et 23 juin 2017 – conclusions officielles de Eric Verhaeghe


Gouvernement Philippe, gouvernement profond décomplexé?

Avec le départ de Bayrou et des ministres MODEM, le gouvernement Philippe a perdu ses dernières figures « politiques » et connues. L’équipe du gouvernement Philippe II est une énumération de technocrates. Macron dévoile désormais sans complexe sa crispation sur le gouvernement profond.

Macron avait annoncé, durant la campagne, qu’il ferait appel aux meilleurs dans son gouvernement. Il y avait plusieurs façons (non exclusives l’une de l’autre) de comprendre cette intention. D’un côté, il s’agissait, bien sûr, de renouveler l’action politique en favorisant l’émergence de figures compétentes mais non issues de la classe politique. De l’autre, ce renouvellement consacrait un phénomène moins immédiatement compris mais qui définit ce qui est train de se passer: le triomphe du gouvernement profond.

Gouvernement profond, gouvernement par la technostructure

Tous les pays industrialisés sont logés à la même enseigne: par-delà les institutions démocratiques, il existe une ou plusieurs classes sociales qui tendent à monopoliser le pouvoir et à orienter à leur profit les décisions publiques. En France, ces classes sociales, qui ont largement parié sur Emmanuel Macron et ont assuré son élection (notamment par un soutien médiatique), s’appuient ordinairement sur une technostructure. Celle-ci est à la fois l’émanation des classes dominantes et leur cheville ouvrière.

La Vè République a longtemps brandi un paravent plus ou moins flexible devant cette coalition d’intérêts. Ce paravent s’appelait la classe politique. L’entreprise de renouvellement menée par En Marche a consisté à le faire voler en éclat.

On comprend aujourd’hui que l’enjeu d’Emmanuel Macron n’est pas de le remplacer immédiatement par un autre paravent d’illusions, mais plutôt de mener des réformes présentées comme structurelles avant de reconstituer une classe politique en soi. Pour ce faire, il a besoin d’une phase où la technostructure reprend ouvertement le pouvoir et prend les décisions qui lui conviennent ou qui la servent.

Il ne faut pas interpréter autrement la longue liste d’inconnus qu’Alexis Kohler a égrenée hier sur le perron de l’Élysée. Elle témoigne d’un jeté bas de masque et d’une reprise en main directe de l’appareil d’État par ceux qui en ont l’usage le plus intéressé.

Quel est le projet politique de la technostructure?

Sans surprise, c’est au nom de l’intérêt général que ce resserrement des élites est pratiqué. L’argumentaire pour justifier cette opération est bien connu: la classe politique est incapable de réformer efficacement le pays. Il faut donc la remplacer par des gens compétents capables de moderniser le pays.

Toute réaction nobiliaire s’appuie toujours sur le même bréviaire, sous une forme ou sous une autre. Sous Louis XVI, l’éviction des « bourgeois » par la vieille aristocratie incompétente s’était appuyée sur les mêmes ressorts illusoires. C’est en effet un mensonge propagé par la technostructure que de rejeter en bloc sur les élus du peuple la faillite du système sur le dos duquel elle vit; comme la vieille noblesse s’était menti, dans les années 1770, en prétendant que les difficultés du Royaume tenaient à l’infiltration de l’intérêt général par ceux qui exerçaient des professions mécaniques.

Mais, pour la technostructure, qu’est-ce que l’intérêt général sinon l’expression de ses propres intérêts? On l’a vu avec l’affaire Ferrand, où un dirigeant de mutuelle (réputée appartenir à l’économie sociale et solidaire) ne voit pas d’obstacle à se constituer son patrimoine personnel avec l’argent de ses adhérents (puisque le mot « client » n’a pas cours dans cet univers). On le verra avec Agnès Buzyn, médecin qui trouve normal d’imposer 11 vaccins obligatoires dont un vient d’être reconnu à l’origine d’une sclérose en plaques par la Cour de Justice de Luxembourg – le même médecin fut un temps rémunéré par le principal fabricant de vaccins en France.

« L’intérêt général, c’est moi! » proclame le technocrate, et on ne tardera pas à comprendre que l’intégration de la société civile dans le gouvernement ordinaire nourrira abondamment la chronique de ces déviances.

L’intérêt général reste donc à réinventer

Ce que l’équipe d’inconnus s’apprête à démontrer aux Français, c’est qu’elle est effectivement porteuse d’un projet de renouvellement, mais que les objectifs de ce projet sont loin d’être en accord avec la majorité des Français. Même si Macron profite d’une embellie dont il ne sera pas le géniteur, il aura du mal à dissimuler les déceptions que la technocratie porte en germes.

Passe encore sur les ordonnances qui susciteront des animosités mais dont l’échéance était annoncée depuis longtemps. C’est l’ensemble des politiques publiques qui tôt ou tard sera déceptif pour les Français: les mesures qui seront prises seront marquées du sceau d’une certaine efficacité… dont on mesurera la distance qui la sépare d’un projet de société cohérent.

Il ne suffit pas de répéter à tout bout de champ le mot « bienveillance » pour incarner ce qu’on dit. Et il ne faut jamais confondre le sens des bienséances en vigueur dans notre aristocratie avec la bienveillance dont on entend parler tous les jours. Maîtriser les codes de la bonne éducation pour jouer dans la cour du pouvoir n’a jamais suffi à devenir bienveillant.

L’expérience montre et montrera que c’est même souvent le contraire qui se produit.

Bayrou, prochain sur la liste du renouvellement

François Bayrou a décidé de faire de la résistance dans la machinerie macronienne. Assez naturellement, il devrait faire les frais d’un remaniement ministériel la semaine prochaine.

Il est bien marrant, François Bayrou, avec sa trinité. Selon lui, il y a les actes du président du Modem, ceux du garde des Sceaux et ceux du citoyen qu’il serait resté. Voilà qui fleure bon la messe du dimanche dans le Béarn.

Ainsi, quand il plaide sur Twitter en faveur de Marielle de Sarnez, mise en difficulté dans une enquête judiciaire, il explique que les tweets du président du Modem n’engagent pas le garde des Sceaux. Quand il appelle un responsable de l’information sur RadioFrance, après une enquête sur son cas, il explique que les coups de téléphone du citoyen Bayrou n’engagent pas le garde des Sceaux. Génial!

C’est encore mieux que le père, le fils et le saint-esprit.

Bayrou est-il capable de renouvellement?

Tout le pari est évidemment de savoir si François Bayrou, vieux routard de la politique, est « renouvelable » en tant que tel. Le bonhomme, qui ne manquait pas d’un mot acide contre Macron il y a encore six mois, n’est en effet ni né de la dernière pluie ni grand expert en pratiques renouvelées. Il serait même plutôt du genre à incarner l’ancien monde, avec ses billards à quinze bandes et son état d’esprit délétère.

S’il ne tenait pas Macron avec les 6 points qu’il est convaincu de lui avoir apporté à la présidentielle, il aurait probablement disparu des écrans radar. Et, selon toute vraisemblance, Macron doit abondamment maudire les dieux aujourd’hui d’avoir placé Bayrou sur son chemin, dans le rôle du premier rallié de droite à En Marche.

Le président doit donc arbitrer aujourd’hui entre garder Bayrou pour éviter la création d’un groupe Modem à l’Assemblée la semaine prochaine, qui jouera le rôle de frondeurs, ou bien le lâcher et se promettre à un quinquennat où son opposant le plus virulent sera l’un de ses premiers alliés.

Pas facile, ce choix-là!

L’hypothèse de l’élimination

De deux choses l’une, donc.

Soit Macron tolère l’exception Bayrou dans son gouvernement. Dans cette hypothèse, il évite facialement un groupe Modem à l’Assemblée, qui pourrait se comporter en frondeurs. Mais… le frondeur est dans son gouvernement, et il s’apprête à devoir gérer des couacs à répétition.

Soit Macron ne veut pas gérer un gouvernement avec des couacs à répétition et il se sépare, la semaine prochaine, de François Bayrou. À de nombreux égards, cette hypothèse est même souhaitable, puisque Bayrou ne manquera pas de créer son groupe parlementaire dans la foulée… devenant ainsi le premier opposant au gouvernement qu’il aura quitté.

L’avantage pour Emmanuel Macron est de recréer une cohésion dans le groupe parlementaire d’En Marche en réduisant sa voilure. L’inconvénient est de fissurer l’apparente image de rassemblement qui colle au président.

Le lent glissement de Bayrou vers la sortie

Souvenons-nous qu’à l’issue des présidentielles, Bayrou avait méchamment grogné sur les investitures d’En Marche. Le discours avait été violent. Désormais, face à une marginalisation politique probable s’il reste au gouvernement, il a sans doute intérêt à retrouver des marges de manoeuvre en prenant la tête de son groupe.


Bayrou dénonce les intérêts financiers derrière… par libezap

Chroniques jupitériennes de Macron: maintenant, je suis président, et je ne vous dois rien!

Moi, Emmanuel Macron, huitième président de la Vè République… On ne s’en lasse pas. Les ors de l’Olympe, le passage des troupes en revue, la remontée des Champs-Élysées, ma lente métamorphose en un dieu sublime, le dieu des dieux, en un Jupiter qui peut terrasser ses ennemis avec sa foudre. L’extase, donc.

Un président jupitérien au-dessus des mortels

Avec hâte, je veux quitter le bourbier des mortels. Mon premier naufrage, celui des investitures aux législatives, m’a pour longtemps écoeuré de leur fréquentation. Il n’y en a pas un pour racheter l’autre. Prêts à se battre pour un quignon de pain, ou pire, un siège de godillot à l’Assemblée Nationale. C’est le renouvellement des vices. 13.000 crétins ont déposé leur candidature pour rester assis à voter comme un seul homme les ordonnances que Bercy rédigera. Que ne ferait-on pour une bonne soupe?

Comment j’ai baisé Bayrou

Et le vieux Bayrou qui croyait m’avoir avec ses calculs ridicules. Il a passé un hiver à me rouler dans la boue, à se répandre dans Paris en soutenant que j’étais un imbécile, une calebasse, une imposture. Quand son ami Fillon (que n’a-t-il dit, dans les dîners, qu’il avait une amitié et une estime personnelle pour lui) a commencé à boire la tasse, torpillé par la campagne bien sentie qu’on connaît, foin de l’amitié et de l’estime: le voilà qui retourne sa veste, avec ses manières de maquignons qui revendique des accords, des engagements, qu’il est seul à avoir entendus.

Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent, cher François. Ou comment on passe, le sourire narquois, de Bayrou en marche à Bayrou en marge. J’adore le rouler dans la farine, sourire en face, la main sur le coeur, basses oeuvres par derrière.

Que Ferrand l’étripe dans sa cellule…

Les inconvénients de la démocratie

Tout irait en mieux en France si l’Olympe était fermée aux mortels, et si ces derniers ne se croyaient autorisés à défier les dieux. Les investitures foirent à cause d’eux. Entre ceux qui ne sont pas contents de n’avoir pas été désignés (ce qui prouve bien qu’ils n’étaient pas faits pour être candidats… le seul fait qu’ils aient sérieusement cru que la procédure serait transparente montre leur imbécillité), ceux qui font un tir de barrage contre les parachutés, et les parachutés qui se désistent par peur du conflit, tout cela est épuisant et navrant.

Gantzer m’a déçu

Gaspard m’a déçu. Je le croyais plus solide. Renoncer à sa candidature parce que trois pékins lui ont dit son fait n’est pas très sérieux. Comment peut-on imaginer tenir le pouvoir si l’on craint d’être détesté.

Un vieux souvenir de latin: Oderint dum metuant! qu’ils haïssent, pourvu qu’ils craignent. Au lieu de courir les minettes, Gaspard se serait mis à la colle avec sa prof de lettres, il aurait tenu bon et serait resté candidat.

Ni Delevoye ni Ferrand à Matignon

J’ai acquis une certitude en tout cas, durant ces derniers jours. Si je veux durer, je ne dois choisir à Matignon ni Delevoye ni Ferrand. Ils ont la souplesse d’un éléphant et l’agilité d’une tortue. Avec eux, je suis sûr que toute mission délicate sera exécutée à l’ancienne, avec des sourires entendus qui se voient gros comme le nez au milieu de la figure, et au bazooka de préférence à tout autre arme.

Bref, le mauvais casting pour une équipe ministérielle, et le désastre assuré pour Matignon.

S’évader vers l’Olympe

Non, décidément le bonheur, c’est l’évasion vers l’Olympe. Demain, je fais mon premier voyage en tant que Président. Avion présidentiel, tapis rouge, et tout et tout. Je ne me lasse pas de revoir les images de Hollande arrivant à Berlin pour la première fois: il était empesé, emprunté, grotesque. Les Français ont bien vu ce jour-là qu’il ne pourrait pas être un vrai président, de la race des jupitériens comme De Gaulle ou moi. D’ailleurs, les dieux le lui avaient signifié en lui envoyant la foudre… Mauvais présage.

Les affaires des mortels tout en bas de l’Élysée ne sont plus mon problème. Ce qui m’intéresse, ce sont les affaires olympiennes, celles qui se traitent entre grands de ce monde.

La ridicule querelle des ordonnances

Les mortels contestent déjà. Les syndicats ne veulent pas des ordonnances sur lesquelles j’ai pourtant été élu. Mais n’ont-ils rien compris? Imaginent-ils que la France décide de quoi que ce soit? que moi Jupiter je puis agir en dehors de l’Olympe et du conseil que je tiens avec les autres dieux? L’Union Européenne exige une réforme du marché du travail: je la lui donne, sans barguigner, et c’est tout.

Si vouas aviez des questions sur la souveraineté de la France, mes avis, il fallait vous la poser pendant la campagne électorale. Il est maintenant trop tard, vous avez choisi…

Patrimoine de Macron: l’IREF écrit au Procureur de la République

Le patrimoine de Macron n’en finit pas de faire couler de l’encre et des sueurs froides. Après l’article que nous avons publié sur l’étrange indulgence fiscale dont l’ancienne ministre de l’Economie bénéficie, l’IREF décide de saisir directement le Parquet sur une déclaration de patrimoine qui soulève décidément beaucoup de questions.

Qu’est-ce que l’IREF?

L’IREF est un think tank libéral conservateur très en pointe sur les questions de protection sociale et de dépenses publiques. Sans rentrer dans les détails, on pourrait même dire que l’IREF est un IFRAP sérieux, c’est-à-dire attaché à l’étude de fond des dossiers au détriment d’une médiatisation extrême qui tourne régulièrement sur les mêmes rengaines.

Pourquoi l’IREF saisit le Parquet?

On retrouvera ici l’intégralité de la lettre écrite par l’IREF au Parquet:

Déclaration de patrimoine d’Emmanuel MACRON des 24.10.2014 et 16.03.2017

Monsieur le Procureur de la République,

Vous trouverez ci-joint copie de la lettre que nous avons adressée le 31 mars dernier à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique.

Il ressort des déclarations de patrimoine souscrites par Monsieur Macron auprès de la HATVP les 24.10.2014 et 16.03.2017 que celui-ci a déclaré une dette correspondant à l’intégralité d’un emprunt contracté pour réaliser des travaux dans la maison de son épouse. Et par ailleurs, il a déclaré avoir en effet réalisé des travaux pour environ 500 000 euros dans la maison de famille de son épouse au Touquet.

Conformément aux dispositions de l’article 5 de la loi n° 2013-907 du 11.10.2013, les candidats à l’élection présidentielle doivent en particulier déclarer leurs parts dans la valeur des biens détenus en communauté avec leur conjoint pour la moitié de la valeur vénale ou globale des dits biens.

Il ne fait pas de doute que les dépenses réalisées par Monsieur Macron, avec l’argent de ses revenus d’activité, pour procéder à des travaux dans la maison de son épouse considérée comme un bien propre de cette dernière, constituent une créance de la communauté sur son épouse, à titre de récompense. Il ne s’agit pas d’une créance liquide, mais d’une créance certaine.

En effet, selon le JurisClasseur Notarial « … les créances de récompense sont justiciables, par autorité de la loi, d’un règlement principal par voie de compte. L’observation n’est pas neutre. Car cette technique, dérogatoire au droit commun du paiement des créances, met en œuvre des règles particulières similaires à celles qui régissent le compte courant commercial (A. Chavanne, Essai sur la notion de compte en droit civil : LGDJ 1947).

Les créances grevées d’affectation en compte sont juridiquement assujetties à cette saisine comptable dès qu’elles acquièrent leur caractère de certitude juridique : ce que la Cour de cassation exprime exactement en énonçant que les récompenses entrent en compte, de jure, “dès leur naissance”(Cass. 1re civ., 14 mars 1984 : Bull. civ. 1984, I, n° 96) » (Fasc. 55 : COMMUNAUTÉ LÉGALE. – Liquidation et partage. – Récompenses, Date du fascicule : 12 Juin 2009, Date de la dernière mise à jour :
15 Avril 2016, Didier R. Martin, Agrégé des facultés de droit).

Il aurait donc dû déclarer à son actif la moitié de cette créance de 500 000 €, soit 250 000 € qu’il a omis de sa déclaration.

Par ailleurs, il ne pouvait déduire de sa déclaration le passif correspondant au solde à rembourser au capital de l’emprunt souscrit pour réaliser ces travaux qu’à concurrence de la moitié de son montant, soit 147 500 € en 2014 au lieu de 295 000 € et 123 418 € au lieu de 246 837 € en 2017.

Le comportement de Monsieur Macron ne peut qu’interpeller puisqu’il conduit pour la même opération à déduire la totalité du capital emprunté sans nullement tenir compte des biens communs investis pour valoriser le bien propre de son épouse.

Aux termes de cette simple analyse juridique son patrimoine aurait donc dû être porté :

>  En 2014, à 553 660 € au lieu de 156 160 €,

>  Et à 683 072 € au lieu de 309 654 €, en 2017.

En tous les cas, ces montants sont tout à fait substantiels et ces erreurs importantes dans les déclarations de Monsieur Macron, qui ne peuvent a priori résulter d’une simple négligence mais au contraire d’un acte réfléchi et délibéré, seraient alors effectivement susceptibles de constituer l’infraction visée à l’article 26 de la loi susvisée du 11.10.2013 pour laquelle sont notamment prévus une peine de 3 ans d’emprisonnement et 45 000 € d’amende ainsi que, à titre complémentaire, l’interdiction des droits civiques et l’interdiction d’exercer une fonction publique.

Il paraît donc souhaitable que soit ouverte une enquête préliminaire afin d’examiner les faits susvisés.

Par souci d’équité dans la période électorale actuelle et eu égard au traitement réservé à d’autres candidats, il serait important que cette procédure soit déclenchée dans les meilleurs délais, ce qui aurait l’avantage de souligner l’objectivité de notre justice en France.

Je vous prie de croire, Monsieur le Procureur, à l’expression de mes salutations distinguées.

Le Président de l’IREF

Jean-Philippe DELSOL

On le voit, l’analyse est ici essentiellement technique et montre que si Emmanuel Macron a vraiment investi 500.000€ dans des travaux bénéficiant à la maison de son épouse, il ne pouvait pratiquer comptablement les opérations qu’il présente dans sa déclaration de patrimoine.

Patrimoine de Macron: un douteux arrangement avec le ciel?

Dans la pratique, on s’étonnera que ce travail de reconstitution patrimoniale n’ait pas été pratiqué par les institutions ad hoc auparavant. Rappelons-le, les déclarations de patrimoine d’Emmanuel Macron n’ont cessé de valoriser à la baisse la situation personnelle de l’intéressé, dans des conditions qui posent question, puisqu’il était de notoriété publique qu’il devait être soumis à l’ISF.

Faut-il en déduire qu’Emmanuel Macron a cherché sciemment à frauder? Probablement pas au sens où certains peuvent l’entendre, c’est-à-dire avec une préméditation digne d’un grand mafieux qui cherche à gruger. En revanche, qu’Emmanuel Macron ait trouvé un moyen commode d’échapper à l’impôt en recourant à une astuce fiscale dont il n’a pas à ce moment-là mesuré le risque paraît plus plausible.

Reste que, pour les institutions, l’empressement manifesté vis-à-vis des Républicains et du Front National, et la passivité vis-à-vis d’un candidat à la présidentielle qui apparaît à bien des égards comme l’homme de l’establishment devient un véritable problème dont on aurait tort de sous-estimer l’importance. Surtout si Macron devait se qualifier de justesse pour le second tour.

Tabuteau, l’homme qui défend la sécu et aime l’industrie pharmaceutique

Didier Tabuteau, comme le professeur Grimaldi, aime se confondre en sorties tonitruantes sur les vertus de la sécurité sociale. En janvier 2017, il s’est par exemple fendu d’une tribune avec Martin Hirsch, patron de l’Assistance Publique, sur les vertus de la sécurité sociale universelle, sans organisme complémentaire. Mais… la prise de position, comme celle de Grimaldi d’ailleurs, mérite une étude un peu plus approfondie.

Tabuteau et ses rengaines sur la sécurité sociale

Sa tribune de janvier 2017 est pleine de remarques d’une humanisme touchant. Comme dans le cas de Grimaldi, la rhétorique fait finalement appel à la fameuse solidarité, qu’on adore:

Une telle réforme <l’absorption des complémentaires par l’assurance-maladie> écarterait tout risque de remise en cause ou de grignotage de notre système de solidarité face à la maladie

Et voilà, on a compris, la sécurité sociale, c’est la solidarité. Cette idée baroque, qui ne correspond à rien d’autre qu’à une antienne religieuse proche de l’Ave Maria après une relation adultérine, est le point Godwin du débat sur la santé publique. Quand on est à cours d’arguments pour expliquer que la nationalisation, malgré le harcèlement moral à l’hôpital public, malgré le climat social détestable qui y règne, malgré la dégradation des soins, c’est le nirvana, on explique que cette mesure est imposée par la solidarité.

Tabuteau, l’homme de Kouchner?

Officiellement, Didier Tabuteau est conseiller d’Etat (un corps qui a fondé la sécurité sociale), responsable de la chaire Santé à Sciences Po et responsable de l’institut universitaire Droit et Santé. Cela fait beaucoup pour un seul homme, mais supposons.

Accessoirement, ces occupations actuelles cachent un curriculum vitae un tout petit plus compliqué encore… Ainsi, en 1992, Didier Tabuteau devient directeur de cabinet de Bernard Kouchner, alors ministre de la Santé. Ensuite, il devient le premier directeur général de l’Agence du Médicament, créée en 1993. Il occupe ce poste pendant 4 ans…

Ces pages de sa biographie lui valent aujourd’hui le titre de Kouchner boy.

Tabuteau et le Mediator

En tant que directeur général de l’Agence du Médicament entre 1993 et 1997, Didier Tabuteau, qui nous joue du pipeau sur la sécurité sociale, a quand même eu à connaître d’un dossier épineux: celui du Médiator. Dans un très sérieux rapport sénatorial rédigé par Marie-Thérèse Hermange en 2011, on lira ces phrases étonnantes sur l’autorisation de mise sur le marché de ce médicament (AMM) qui a tué plusieurs milliers de malades:

Lors de la validation de la 8ème tranche le 1er février 1991, l’indication relative au diabète a été maintenue.

Puis la commission d’AMM, réunie le 3 février 1995, a estimé que le bénéfice thérapeutique n’était pas établi pour cette indication, faute d’études suffisantes. Pourtant, pour des raisons qui échappent à votre mission commune d’information, l’AMM n’a pas été modifiée en ce qui concerne l’indication relative au diabète, dans l’attente d’une nouvelle étude de l’entreprise.

Le renouvellement d’AMM de 1997

Lors du renouvellement d’AMM en 1997, la firme a déposé un projet de nouvelle notice, dont rendent compte les échanges de l’entreprise avec la direction de l’évaluation de l’Afssaps. Alors qu’une première lettre indiquait, le 16 avril 1997, que la démonstration d’efficacité était insuffisante pour le diabète, un deuxième courrier, daté du 4 août 1997, informe de la possibilité de maintenir l’indication relative au diabète. La décision de 1995 a ainsi été annulée « de façon incompréhensible » selon les inspecteurs de l’Igas, en l’absence de réunion de la commission d’AMM.

Le Sénat pointe donc qu’en février 1995, la commission d’autorisation de mise sur le marché du Médiator estime que les bénéfices du Médiator ne sont pas établis, mais l’Agence du Médicament ne modifie pas les conditions de l’autorisation délivrée à ce médicament, « pour des raisons qui échappent » aux sénateurs.

Il semblerait logique d’interroger le directeur de l’époque sur cette ténébreuse affaire, ce fameux Tabuteau qui dénonce le rôle toxique des complémentaires santé et vante les bienfaits de la sécurité sociale.

La justice protège-t-elle le conseiller d’Etat Tabuteau?

Là où l’embarras vient, c’est évidemment dans la façon dont l’enquête sur le Mediator est menée. On retrouvera, dans le précieux Figaro Santé, quelques questions qui tombent sous le sens:

Il est le grand absent. À la fois de l’enquête Igas (Inspection générale des affaires sociales) et de l’information judiciaire. Toujours au centre du terrain, Didier Tabuteau, premier directeur de l’Agence du médicament, n’a pourtant jamais été inquiété. Pourquoi? Le 8 février 2012, à 9 h 43, Anne Castot, alors chef du service de la gestion des risques et de l’information sur les médicaments, appelle une amie de l’Agence. Cette dernière lâche: «Dis donc, j’ai appris aussi des trucs sur Didier Tabuteau, ce n’est pas quelqu’un d’une virginité totale.»

L’homme, aujourd’hui membre du Conseil d’État, est un «Kouchner boy». Il était son directeur de cabinet au ministère de la Santé avant de devenir le premier directeur de l’Agence du médicament, de 1993 à 1997. Il était donc en poste à des dates clés de l’histoire du Mediator: quand la molécule de Servier est mise sous enquête et quand les anorexigènes sont retirés du marché. En octobre 1995, Didier Tabuteau signe la fin du Mediator dans les préparations magistrales – celles réalisées à la demande par le pharmacien en mélangeant plusieurs molécules. Mais, pour une raison incompréhensible, le médicament reste en vente dans les officines. Mediapart avait montré (le 16 avril 2011) que le 23 octobre 1995 Didier Tabuteau avait écrit au directeur général de la santé, Jean-François Girard. Sa note montre très clairement que l’Agence du médicament est alors tout à fait consciente des propriétés anorexigènes du Mediator. (…)

Le rapport de l’Igas rendu public le 15 janvier 2011 fait – opportunément? – l’impasse sur la période Tabuteau à l’Agence. Pour résumer, l’Igas a bâti toute sa démonstration sur une seule faute originelle: la dissimulation par Servier de la nature amphétaminique du Mediator. (…)

La grande habileté de Xavier Bertrand, ministre de la Santé au moment où éclate le scandale, en 2010, a été de choisir Aquilino Morelle comme inspecteur Igas pour la mission. L’ancienne plume de Lionel Jospin est un vieil ami de Didier Tabuteau. Ensemble, ils ont écrit un ouvrage intitulé La Santé publique, sorti en juillet 2010. Tous deux enseignent à Sciences Po au sein de la chaire santé, dont le responsable n’est autre que Didier Tabuteau. Or, le rapport Igas servira de trame à l’information judiciaire.

Je te tiens, tu me tiens par la barbichette. C’est ainsi que la justice, comme l’administration, protège le conseiller d’Etat Tabuteau. Pourtant, on peut imaginer que quelques questions seraient intéressantes à poser sur les « raisons qui échappent » pour lesquelles Tabuteau a maintenu l’autorisation de mise sur le marché d’un médicament qui posait question.

Tabuteau et l’industrie pharmaceutique

Tout ceci pose évidemment la question des relations particulières entre la technostructure et la haute d’administration de la santé. Didier Tabuteau, ancien directeur de cabinet de Kouchner, est cité plusieurs fois dans les récits du lobbying pharmaceutique.

Ainsi, le Journal du Dimanche, en 2013, écrit-il à propos de Cahuzac;

Daniel Vial <réputé être le principal lobbyiste de l’industrie pharmaceutique dans les années 90> met à profit cette période pour se constituer un carnet d’adresses phénoménal pour un fils d’agriculteurs provençaux.(…) Il a prospéré dans l’univers de la pharmacie par hasard, poursuit encore Tesson, ce n’était pas son milieu, mais dans les années 1990, il était très lié avec les acteurs clés du secteur, Cahuzac, mais aussi Didier Tabuteau, et surtout Bernard Kouchner. » Didier Tabuteau a été le directeur adjoint de cabinet de Claude Évin (1988-1991), directeur de cabinet de Kouchner de (1991-1993 puis de 2000 à 2001) et directeur de l’agence du médicament (1993-1997). Marque d’estime, Bernard Kouchner a remis la Légion d’honneur à Daniel Vial en 2001.

Amusant non?

Dans le Nouvel Obs de l’époque, on trouve aussi cette enquête:

Son job, c’était de repérer les jeunes pousses prometteuses. Il les invitait chez lui, autour d’un café ou dans un restaurant étoilé. Parlait de son goût pour l’art contemporain, de ses amitiés avec Adjani, Rampling ou Rostropovitch. Dissertait sur l’économie de la santé, mais sans jamais aborder frontalement un dossier. Ce dandy bronzé, au regard voilé par un léger strabisme, a toujours eu l’air de ne pas y toucher. Voilà comment il s’est lié avec tant de hauts fonctionnaires à la réputation sans tache, dont Didier Tabuteau, le fondateur de l’Agence du Médicament, ou encore Noël Renaudin, l’ex-président du Comité économique des Produits de Santé, chargé, à partir de 1995, de fixer le prix des produits pharmaceutiques, mission jusque-là dévolue aux services du ministre.

La chaire Santé de Sciences-Po et l’industrie pharmaceutique

Depuis ces années sulfureuses, Didier Tabuteau dit qu’il s’est rangé des voitures. Voici ce qu’il a déclaré à la mission parlementaire du Sénat sur le Mediator, dont nous citons le rapport d’information ci-dessus:

je dirige la chaire « Santé » à Sciences Po, laquelle bénéficie du mécénat de sociétés comme Ipsen, Sanofi-Aventis, Abbott France

Voilà qui va mieux en le disant.

Didier Tabuteau aime la sécurité sociale, mais il aime aussi l’industrie pharmaceutique…

Mélenchon veut passer la dépense publique à 70% du PIB

Dans l’étrange folie contagieuse de la présidentielle, le programme de Jean-Luc Mélenchon tiendra longuement une place à part, puisqu’il repose sur une quasi-soviétisation de l’économie française. Détaillé pendant cinq heures hier, ce catalogue foisonnant apparaît comme une bulle spéculative (intellectuellement parlant) dont le résultat net est la soviétisation de fait de l’économie française. On a du mal à y croire, mais il existe encore quelque part dans le monde des gens qui présentent comme une solution d’avenir tout ce qui a provoqué la ruine de l’Europe orientale… et qui continue à empoisonner la vie de millions de Nord-Coréens et de quelques autres.

1oo milliards d’investissement public

Mélenchon n’hésite pas à proposer un plan d’investissement public équivalent à 3,5% du PIB, soit une explosion complète du déficit. On retrouve ici la croyance superstitieuse dans la dépense publique comme levier de croissance. Supposons!

Mélenchon, c’est aussi 173 milliards de dépenses de fonctionnement nouvelles

Là où le programme de Mélenchon sombre dans le délire, c’est évidemment dans la programmation d’une hausse des dépenses publiques équivalent à 7 points de PIB. Et là, tout y passe: le retour à la retraite à 60 ans à taux plein, un million de logements publics en cinq ans, une hausse de 50% du budget de l’éducation, et autres calembredaines sorties tout droit de cerveaux d’idéologues dont aucun n’a la moindre idée du fonctionnement réel du circuit productif.

On se demande si, en dehors des fonctionnaires qui profiteront de ce système, il existe encore en France des cerveaux prêts à recevoir ce genre de discours.

1,5 million de fonctionnaires en plus

Comme Mélenchon ose tout, il pousse le vice jusqu’à annoncer (façon Trump: plus c’est gros, mieux ça passe) 3,5 millions d’emplois créés en cinq ans, dont 2 millions dans le secteur marchand. Par déduction, on comprend donc que Mélenchon propose de financer 1,5 millions d’emplois publics ou associatifs.

Les gogos avaleront tout cru le mensonge des 2 millions dans le secteur marchand, dont on voit mal comment un gouvernement peut s’engager à les pratiquer. En revanche, nous ne couperons pas à l’irresponsable création de 1,5 millions de fonctionnaires occupationnels vivant sur le dos d’une bête qu’ils passeront leur temps à trouver ingrate.

L’inquisition fiscale comme méthode de gouvernement

Pour financer ce délire collectif, Mélenchon a trouvé plusieurs solutions simples. D’abord, il supprime tous les allègements de cotisations sociales (tout en augmentant les prestations de sécurité sociale, ce qui revient à faire exploser le coût du travail). Ensuite, il lutte contre la fameuse fraude fiscale: il paraît que cela rapportera 33 milliards. Il y ajoute la suppression des niches fiscales: 38 milliards de plus.

Bref, sur les seuls particuliers, l’effort fiscal serait majoré de 70 milliards d’euros. On imagine aisément par quelles méthodes l’administration fiscale atteindra ces objectifs extravagants: inquisition, répression, surveillance généralisée, interprétations abusives des textes et décisions rétroactives destinées à pénaliser au maximum la création de richesse.

Comment Mélenchon prépare la déstructuration de l’économie française

On se demande comment un tel programme peut réellement exister, dans la mesure où il décrit ce contre quoi les peuples européens de sont révoltés depuis plus de cent ans. L’analyse de Mélenchon repose ici sur un déni de réalité, notamment sur l’occultation du poids réel des dépenses publiques aujourd’hui en France, et de l’exaspération que ce poids suscite.

Après le choc fiscal causé par Hollande et sa fine équipe, et qui a tué la croissance en faisant exploser le chômage, Mélenchon propose cette fois une overdose de dépenses publiques… dont la franchise inquiète quant à la santé idéologique d’environ 15% de l’opinion publique.

L’Etat employeur est-il au-dessus du Code du Travail?

Les fonctionnaires qui font au jour le jour l’Etat employeur seraient-ils capables de respecter les innombrables obligations du Code du Travail? Cette question lancinante mérite d’être posée, car, au jour le jour, tout démontre que les administrations françaises dysfonctionneraient encore plus si la technostructure qui les dirigent devait respecter ne serait-ce qu’une part infime des obligations faites aux employeurs privés. Nous en donnons aujourd’hui deux exemples précis.

L’Etat employeur et le harcèlement moral

Les patrons du secteur privé savent par coeur les risques qui pèsent sur eux dès lors qu’on évoque le harcèlement moral, le stress et toute la sphère du psycho-social. Cette menace plane en permanence sur l’exécution individuelle du contrat de travail, au point d’en devenir empoisonnante. On pense ici en particulier aux affaires Renault ou France Telecom, où quelques cas de suicide suffisent à provoquer une campagne de dénigrement sur les méchantes entreprises qui en demandent trop à leurs salariés.

Oui… mais l’hôpital public alors? Depuis le suicide d’un interne à l’hôpital Georges Pompidou, on sait tous que la fonction publique hospitalière baigne dans un climat bien pire que celui des entreprises. L’association qui s’est créée dans la foulée a astucieusement montré l’étendue des dégâts provoqués par le harcèlement moral dans les structures publiques.

Pour le coup, c’est la théorie selon laquelle le capitalisme rend agressif et l’étatisation apaise qui s’effondre. La violence au travail, au mieux, est en effet totalement indifférente à la nature juridique de la structure où elle se produit. Ce n’est pas parce qu’une entité productive ne cherche pas le profit qu’elle n’est pas violente.

Au pire, certains soutiendront même que le secteur public est plus violent que le secteur privé: la garantie de l’emploi autorise en effet des excès qu’une relation contractuelle privée amène directement devant la justice.

Reste que le secteur public paraît aujourd’hui très en retard, par rapport au secteur privé, dans la protection des salariés. Une application pure et dure du Code du Travail dans les rangs du secteur public provoquerait de nombreux dégâts et montrerait, s’il le fallait, que les entreprises sont beaucoup plus respectueuses de l’humain que les entités qui se réclament de l’intérêt général.

La question des rémunérations variables

Parallèlement, l’Etat employeur apparaît aussi comme un espace de non-droit dans le domaine des rémunérations variables. L’exemple de l’université de Caen l’illustre assez bien.

Selon la CGT, la directrice générale des services de l’université perçoit une prime annuelle de 43.000 euros, qui n’a donc rien à envier à un cadre dirigeant du secteur privé. Simplement, deux différences majeures existent entre ce qu’on appelle le régime indemnitaire du secteur public et les entreprises.

Première différence: le secteur public ne réglemente pas individuellement l’attribution des primes. Alors que le code du travail oblige les entreprises à expliquer aux salariés les règles du jeu pour l’attribution de ces émoluments (même si ces règles sont à bien des égards factices), le secteur public se contente d’un décret créant la prime (ou les primes, car elles sont nombreuses) et ne précise pas, pour le reste, établissement par établissement, les règles d’attribution. D’où un sentiment d’arbitraire et d’opacité qui serait jugé insupportable dans une entreprise.

Deuxième différence: le secteur public a totalement déconnecté le montant des primes et la performance individuelle ou collective de leurs bénéficiaires. C’est le fin du prince et non l’intérêt général qui domine ici. Une privatisation de l’université de Caen, par exemple, n’exclurait nullement que le directeur général perçoive une prime de 43.000 euros. En revanche, elle instaurerait des critères de performance qui semblent absents ici. Depuis 2013, le classement international de l’université n’a pas progressé d’un pouce, et l’importante prime financée par le contribuable ne récompense pas ici une réussite, mais simplement un service.

Soumettre l’Etat employeur au Code du Travail

Il y a fort à parier, en réalité, pour qu’un assujettissement de la fonction publique au Code du Travail ait à très court terme des vertus positives pour le secteur privé. Si les hauts fonctionnaires devaient à leur tour respecter au jour le jour les innombrables prescriptions du Code du Travail, on découvrirait sans tarder qu’ils se révolteraient contre un tissu de règles incompréhensibles et étouffantes.

Soumettre le secteur public aux mêmes règles que le secteur privé conduirait à une très rapide simplification du droit…

Quand l’Allemagne traite (beaucoup) mieux les “réfugiés” que les citoyens de l’Union

Combien de leçons de morale n’avons-nous pas reçu à propos de l’Allemagne et de son désormais légendaire sens de l’accueil des étrangers? L’actualité montre un étrange paradoxe: l’Allemagne est peut-être généreuse avec des « réfugiés » venus du sud de la Méditerranée, mais elle se révèle beaucoup moins tendre avec les habitants du nord de la Méditerranée, au point de soumettre à rude épreuve la solidarité européenne… et même la cohésion de l’Union.

Face à la Grèce

On n’épiloguera pas sur le long contentieux entre la Grèce et l’Allemagne, qui a mené plusieurs fois l’Union au bord de l’implosion ces dernières années. Il suffit de lire les derniers exploits de l’Allemagne pour comprendre que sa générosité est à géométrie variable. Le gouvernement allemand exige en effet que les Grecs visent un excédent budgétaire primaire de 3,5%. Le FMI considère qu’un excédent de 1,5% est un maximum. Parallèlement, et contrairement aux promesses faites en 2014, l’Allemagne écarte d’une renégociation de la dette grecque.

Mais à quoi joue l’Allemagne? Rappelons que, depuis 2010, les retraites grecques ont été revues à la baisse une dizaine de fois, alors même que les actifs dépendent largement de la solidarité familiale pour assurer leur survie. Rappelons aussi que la Grèce absorbe l’essentiel du choc des migrations activées par l’Allemagne.

Une fois de plus, les élites françaises occultent, dans un angélisme consternant (et suspect), les coups de boutoir donnés par l’Allemagne au contrat européen.

L’Europe du Sud lui coûte trop cher

La crispation allemande en Grèce n’est que la partie émergée de l’iceberg. Les propos d’Angela Merkel sur la valeur de l’euro l’ont encore confirmé cette semaine.

«La BCE a une politique monétaire qui n’est pas orientée vers l’Allemagne mais plutôt adaptée au Portugal, à la Slovénie ou à la Slovaquie», a-t-elle dit. (…)

«Si nous avions encore le Deutsche Mark, il aurait certainement une valeur différente de celle de l’euro en ce moment. Mais il s’agit d’une politique monétaire indépendante sur laquelle je n’ai pas d’influence en tant que chancelière allemande», a-t-elle tenu à expliquer.
Ach! si nous avions encore le Deutsche Mark… Bien évidemment, Angela oublie de dire que, si elle avait encore le Deutsche Mark, elle éviterait quand même d’avoir une tendance déflationniste en Allemagne, et elle aurait besoin de pratiquer une politique monétaire plus souple, comme le fait (sans grand succès) la BCE.
Mais l’aveu est clair et net: l’Allemagne se fait violence en acceptant une politique monétaire qui profite aux autres… et pas à l’Allemagne (en tout cas, dans l’imaginaire collectif allemand).

Discrimination contre les Européens

Dans ce fameux imaginaire allemand, il est très probable que soit aujourd’hui consolidé le sentiment que l’Allemagne participe beaucoup trop à la solidarité avec les autres peuples européens, et que ceux-ci se laissent beaucoup trop porter par une forme d’assistance entre nations. On ne sera donc qu’à moitié étonné d’apprendre l’étrange projet qui se prépare: faire payer ses autoroutes aux Européens.

Angela Merkel a en effet prévu d’imposer un péage à tous les automobilistes, selon le nombre de kilomètres parcourus. Simplement… les Allemands pourront se faire rembourser les montants payés. Bref, la Chancelière concocte un péage autoroutier pour les étrangers, comme si la libre circulation et le marché unique n’avaient pas été conçus précisément pour supprimer ces pratiques…

Mettre fin au mythe de l’Allemagne europhile

Dans ce faisceau de gestes eurosceptiques convergents, la question demeure entière de l’approche que l’Allemagne déploie aujourd’hui à propos de l’Europe. Tout montre en effet qu’être européen n’a pas le même sens en Allemagne et en France.

En France, se déclarer « européen » est d’abord un geste d’adhésion à une légende politique: celle d’une paix durable qui serait apportée sur le continent par l’appartenance à une entité politique commune avec l’Allemagne. Et tant pis si nous y perdons de l’argent.

De l’autre côté du Rhin, se déclarer « européen » est une posture beaucoup moins sentimentale et fondée sur l’espérance. Elle relève d’abord du calcul économique et politique immédiat. Le mythe d’un grand peuple européen n’agite pas nos voisins germaniques. En revanche, le principe d’un espace économique opportuniste dont on peut tirer profit est beaucoup plus vivace.

La technostructure française ne devrait jamais oublier cette différence d’approche.