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Vers une faillite systémique de la Deutsche Bank?

Si la Deutsche Bank entraînait l’économie mondiale dans un nouveau désastre, nous pourrions en rire (jaune), car il s’agirait bien d’une très ironique revanche de l’histoire. L’Allemagne si superbe et imbue de sa prétendue réussite (fondée, en réalité, sur une utilisation déraisonnable des règles communautaires à son seul profit) épuiserait de cette façon le filon qu’elle creuse depuis sa réunification: celui d’un appauvrissement artificiel de ses concurrents européens jusqu’à sa propre destruction.

La Deutsche Bank, joyau allemand…

La Deutsche Bank n’est pas seulement la première banque allemande. C’est aussi un établissement symbolique, créé en 1870 (année de l’invention de l’Allemagne) pour accompagner le développement industriel de ce tout nouveau pays. L’histoire de la banque épouse patiemment les contours de l’histoire allemande. Il n’est pas de prospérité dans l’Allemagne industrielle sans intervention de la Deutsche Bank.

…et pire bad bank du monde

Forte de cette arrogance tudesque, la banque s’est transformée en tour infernale. Dans les années 2000, notamment sous l’impulsion de Josef Ackermann, qui l’a dirigée de 2006 à 2012 (où il était payé 9 millions d’euros par an), la banque a multiplié les rendements hasardeux et méchamment bu le bouillon. Précisons qu’Ackermann fut membre du comité directeur du groupe de Bilderberg: démonstration est faite que l’on peut figurer dans la prétendue élite mondiale et être d’une incompétence crasse.

Depuis 2008, Deutsche Bank évite coûte-que-coûte une faillite qui mettrait par terre l’économie allemande et, dans son sillage, l’économie mondiale.

Le FMI s’inquiète

On passera ici sur les innombrables péripéties qui frappent la Deutsche Bank. Il suffit de citer le rapport du 30 juin 2016 du FMI sur les risques systémiques pour comprendre l’ampleur du désastre. Ce jour-là, l’institution internationale affirme que le principal risque systémique dans l’économie mondiale provient… de la Deutsche Bank.

Pour le FMI, l’Allemagne, mais aussi la France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis sont particulièrement exposés au risque de contagion en cas de faillite de la banque.

Le Qatar sauve Merkel et la Prusse

Le 15 juillet 2016, le Wall Street Journal révèle que le Qatar a augmenté sa participation dans le capital de la banque jusqu’à y prendre près de 10%. En échange de ce petit coup de pouce donné à Angela Merkel, si conciliante avec les réfugiés et autres fadaises, le Qatar exige la nomination d’un homme-lige au comité de direction de la banque. Il s’agit d’un certain Stefan Simon. Dans la pratique, pour 10% des parts, le Qatar a préempté l’économie allemande. Bien joué!

Mais la banque suit toujours sa mauvaise pente

L’intervention du Qatar va-t-elle sauver la Deutsche Bank? Rien n’est moins sûr, et la banque allemande continue à envoyer de mauvais signaux aux marchés. Par exemple, début septembre, elle a refusé de convertir de l’or papier en or physique, comme le réclamait un client. Les marchés ont volontiers interprété ce refus comme une incapacité à faire face à une échéance…

2,4 milliards d’amende aux USA

La banque a de bonnes raisons de refuser aux clients de récupérer leurs avoirs. Sa situation devient en effet très compliquée. Par exemple, la banque propose aux autorités américaines de régler une amende de 2,4 milliards de dollars pour couvrir les recours dans diverses affaires.

These comprise the mortgages case, alleged manipulation of foreign exchange rates, a probe into suspicious equities trades in Russia, and remaining investigations into alleged money laundering.

(Celles-ci comprennent les contentieux hypothécaires, les accusations de manipulation des taux de change, une enquête sur des achats douteux d’actifs en Russie, et les enquêtes encore en cours sur du blanchiment).

Encore un problème sur les collatéraux

Beaucoup d’analystes considèrent que la Deutsche Bank a recommencé le jeu qui avait abouti à la crise de 2008: celui d’une surestimation systématique des collatéraux qui garantissent les crédits qu’elle accorde. Autrement dit, la banque accorde des crédits risqués et douteux, et gonfle artificiellement son bilan en affichant des valeurs qui pourraient s’effondrer si une crise survenait.

Des pronostics inquiétants

On lira donc, sous la plume d’observateurs avertis, des pronostics inquiétants. Cet été, Olivier Demeulenaere citait le bilan du Centre for European Economic Research (ZEW) à Mannheim, qui dressait ses propres stress tests européens. Selon l’institut allemand, les trois banques les plus exposées au risque en Europe sont la Deutsche Bank, la Société Générale et la BNP. Pour Jean-Pierre Chevallier, la banque allemande est d’ores et déjà un Lehman Brothers européen.

Too big to fail

Reste que la Deutsche Bank est trop systémique pour que l’Allemagne, l’Europe, la Banque Centrale Européenne, la laissent faire faillite. Les conséquences d’un défaut aussi colossal ont trop marqué les esprits en 2008 pour que les politiques acceptent une telle solution. C’est ici que les ennuis commencent. Car, en dehors d’une prise en charge par les citoyens de l’Union, aussi discrète que possible, des coûts induits par cette faillite en attendant le tremblement de terre final, on voit mal ce qui pourrait se passer.

À moins, bien sûr, qu’une panique des marchés n’oblige l’Allemagne à privatiser la banque et à violer les traités pour éviter le naufrage complet. La décennie Merkel aura bien été fatale à l’Union.

L’Allemagne a-t-elle mangé son pain blanc?

Après plusieurs années de triomphe économique, l’Allemagne envoie plusieurs signaux négatifs qui marquent peut-être une transition vers des années un peu moins rutilantes.

L’Allemagne et le traumatisme VW

Chronologiquement, c’est probablement le scandale Volkswagen qui manifeste le mieux la transition qui commence. Les Allemands imaginaient disposer de l’industrie automobile la plus performante du monde: ils découvrent aujourd’hui que, pour respecter les normes environnementales, leur champion a triché dans les grandes largeurs et qu’il pourrait entamer de lourdes déconvenues.

Cette découverte est brutale, non seulement pour des raisons psychologiques, mais aussi pour des raisons financières: la capitalisation de Volkswagen en bourse s’est évaporée et le constructeur devra affronter des amendes importantes qui lui coûteront cher. Certains estiment que l’opération pourrait se solder par une perte de 80 milliards d’euros!

Pour l’ensemble de l’industrie allemande, le scandale Volkswagen est un choc à absorber.

A peine 600.000 migrants, et c’est la crise

Parallèlement, l’Allemagne aurait déjà accueilli plus de 570.000 migrants depuis le début de l’année, un chiffre encore loin des 800.000 voulus par Angela Merkel. La chancelière n’en est probablement qu’au début des problèmes sur ce dossier: absorbé un tel choc démographique devrait demander au pays d’importants efforts dans un temps très court et dans un climat qui n’est pas le plus favorable. On parle pourtant de 1,5 million de migrants à accueillir cette année, deux fois plus qu’attendu…

En cas de retournement économique pour l’Allemagne, cette vague migratoire risque quand même de susciter un regain de tensions sur un sujet volontiers occulté par les médias allemands: la persistance de mouvements très hostiles aux immigrés. Cet environnement pourrait être dégradé par la tension existant entre les migrants eux-mêmes:

Allemagne : les bagarres se multiplient dans les camps de migrants

L’excédent commercial s’érode

Sous l’effet de la crise chinoise, l’excédent commercial allemand manifeste des signes de fatigue. Il a reculé de 3 milliards € en septembre.

« C’est une forte baisse, de celles qu’on ne voit pas tous les jours », a commenté Holger Sandte, économiste en chef de Nordea. « La faiblesse de la Chine, du Brésil, de la Russie et d’autres marchés se fait ressentir. »

Pour l’instant, les perspectives de croissance ne sont pas remises en cause, mais l’Allemagne pourrait être rapidement contaminée par une inflexion qui touche les grandes économies mondiales.

Un plan social de 5.000 emplois dans le rail allemand

Dans cette ambiance déjà très noire, une première mauvaise nouvelle est intervenue hors de l’automobile. La Deutsche Bahn (les chemins de fer allemands) devrait supprimer 5.000 emplois, notamment dans le fret. Cette information, qui n’est pas encore confirmée, montre tout l’effort que les grands réseaux allemands doivent fournir pour affronter la concurrence internationale.

23.000 suppressions de postes à la Deutsche Bank

Parallèlement, la Deutsche Bank, plus importante banque allemande, est en train de boire le bouillon:

Deutsche Bank s’attend à une perte avant impôt de six milliards d’euros pour le troisième trimestre en raison de dépréciations massives dans ses activités de banque d’investissement et au sein de sa filiale Postbank, dont le groupe entend se séparer.

Les comptes trimestriels incluront aussi une dépréciation de la participation du groupe dans la banque chinoise Hua Xia Bank et des provisions liées aux litiges auxquels il est exposé, a précisé le numéro un allemand du secteur bancaire dans un communiqué publié mercredi soir.

Officiellement, l’avenir de la banque n’est pas menacé et ses rations de solvabilité restent bons (bien sûr, bien sûr…). Il n’empêche: la banque devrait liquider un quart de son effectif, soit 23.000 postes, pour limiter les dégâts.

Il faudra attendre la fin octobre pour connaître le détail de la situation. On peut toutefois imaginer que si la principale banque allemande a essuyé des pertes massives dans ses activités d’investissement, elle n’est pas la seule concernée dans le monde… et cela reste quand même le genre d’information qui peut toujours avoir un impact systémique.

Une inflexion de la puissance allemande

Ces différents indicateurs convergents sont peut-être épisodiques. A moins qu’ils ne marquent une véritable inflexion, le début d’un cycle négatif pour l’Allemagne. La tendance sera à suivre dans les prochains mois.

 

Economie: avalanche de mauvaises statistiques

L’économie mondiale est en plein ralentissement, et l’attention de l’opinion publique est habilement détournée de cette situation inquiétante par une actualité très émotionnelle mais aussi très superficielle. Un petit point de situation n’est donc pas inutile.

L’économie du Japon en mauvaise posture

Au Japon, on apprenait lundi que la croissance dans le secteur des services avait considérablement ralenti en septembre par rapport au mois précédent en raison notamment d’un tassement des nouvelles affaires, montre lundi l’enquête PMI Markit/Nikkei. L’indice est tombé à 51,4 en septembre, contre 53,7 en août.

L’économie de l’Asie de l’Est sous pression

Le même jour, la Banque Mondiale abaissait ses prévisions pour l’Asie de l’Est pour 2015 et 2016.

Selon les nouvelles projections de la Banque mondiale, publiées lundi, l’économie chinoise devrait afficher une croissance de 6,9% cette année et 6,7% en 2016, après 7,3% en 2014. Dans ses précédentes prévisions, l’institution tablait sur une croissance de 7,1% en 2015 puis de 7% en 2016.

La croissance du bloc hors la Chine devrait se maintenir stable à 4,6% cette année pour accélérer à 4,9% en 2016, à comparer aux taux de 5,1% pour 2015 et 5,4% pour 2016 de la précédente prévision.

 

L’économie de la zone euro en panne

Toujours lundi, l’indice Markit indiquait des entrées de commandes plus faibles que prévu et des créations d’emplois à leur plus bas niveau depuis janvier, dans la zone euro.

L’indice des services est revenu à 53,7 contre 53,9 en première estimation et 54,3 en août. L’indice manufacturier, publié jeudi, était ressorti pour sa part à 52,0 contre 52,3.

L’économie des USA en panne

Après de mauvais chiffres de l’emploi la semaine précédente, l’économie américaine a encore porté son lot de mauvaises nouvelles. L’Institute for Supply Management (ISM) a annoncé que son indice des services avait fléchi à 56,9 en septembre, au plus bas depuis juin, contre 59 en août. Les économistes interrogés par Reuters anticipaient un indice de 57,5.

L’économie mondiale en panne

Mardi soir, le FMI a abaissé ses prévisions pour la croissance mondiale en 2015 et 2016.

Les économistes du Fonds ne tablent plus que sur 3,1% de croissance dans le monde cette année et 3,6% en 2016, soit dans les deux cas 0,2 point de moins que dans leur évaluation intermédiaire de juillet.

Le mois dernier, l’OCDE avait lui aussi revu à la baisse ses prévisions pour 2015 et 2016 à respectivement 3,0% et 3,6% après 3,4% en 2014.

Tous ces éléments commencent à peser de façon inquiétante. Attention aux marchés financiers en octobre!

 

Les banques ont peu remboursé les aides reçues depuis 2009

FRANCFORT (Reuters) – Les Etats de la zone euro ont récupéré moins de la moitié de l’aide financière apportée aux banques depuis la crise financière mondiale, a annoncé mercredi la Banque centrale européenne (BCE) en soulignant le risque lié aux garanties encore en vigueur aujourd’hui.

Pendant et après la crise qui a éclaté il y a tout juste sept ans, les pays membres ont fourni aux banques des soutiens de diverses natures, allant des garanties aux achats d’actifs en passant par l’apport de fonds propres, afin d’éviter un assèchement du crédit.

Le taux de recouvrement de ces aides inférieur à 40% observé à ce jour est faible au regard des comparaisons internationales, explique la BCE dans son bulletin économique mercredi, ajoutant que les garanties encore en vigueur représentent 2,7% du produit intérieur brut (PIB) de la zone euro.

« Le taux de recouvrement à ce jour est particulièrement faible en Irlande, à Chypre et au Portugal, alors qu’il est relativement élevé aux Pays-Bas », précise l’institution.

« Les taux de recouvrement (…) s’améliorent mais sont encore relativement faibles par rapport aux niveaux de référence historiques. »

La BCE ajoute que près d’un cinquième de l’augmentation de la dette publique de la zone euro, passée de 65% du PIB en 2008 à 92% en 2014, était lié aux aides au secteur bancaire.

L’impact le plus important de celles-ci sur la dette publique a été observé en Irlande et en Grèce, à plus de 22% du PIB, alors qu’en France, en Italie et en Lituanie, il a été limité à moins de 1%.

L’étude de la banque centrale montre aussi que si les garanties publiques apportées aux banques ont fortement diminué depuis 2012, les Etats ont relevé les seuils de garantie des dépôts et elle ajoute que l’appui public pourrait se traduire par des coûts budgétaires en hausse sur le long terme.

« Une manière importante de réduire le coût budgétaire potentiel des mesures d’assistance financière consiste à assurer une contribution appropriée des actionnaires et créanciers obligataires privés », ajoute-t-elle.

(Balazs Koranyi; Marc Angrand pour le service français)

 

Krach boursier: faut-il avoir peur des 4 sorcières?

Peu de gens le savent, mais vendredi 18 septembre sera une journée de 4 sorcières à la bourse. Les circonstances de ce petit moment de stress sont d’ailleurs amusantes: la veille, la FED aura indiqué aux marchés si elle relève ou non ses taux après des années de Quantitative easing, c’est-à-dire de soutien appuyé à l’activité. Selon les analystes, ce sont les décisions de la FED qui rendent les marchés nerveux cette semaine (les bourses ont clôturé en baisse hier). Mais la perspective des 4 sorcières est au moins aussi anxiogène pour la finance.

Les 4 sorcières, c’est quoi?

J’avais consacré dans Jusqu’ici tout va bien un chapitre entier à la question des 4 sorcières qui expliquent pourquoi les grandes crises ont souvent lieu en octobre. Je reprends rapidement ici ce que j’avais développé à l’époque.

D’abord les « 4 sorcières » ou « 4 witching days » en anglais. Dans la pratique, à chaque troisième jeudi des fins de trimestre (mars, juin, septembre, décembre), les marchés débouclent les 4 types de produits dérivés existant sur les places: les contrats à terme sur les actions et sur les indices, et les options sur les actions et les indices. Je n’entre pas ici dans le détail de chacun de ces produits. Il faut juste retenir que les produits dérivés sont des sortes de paris à trois mois (d’où le débouclage trimestriel) sur les cours de « sous-jacents » (par exemple des matières premières, des indices boursiers, etc.) que l’on n’achète jamais. Ces sous-jacents peuvent porter sur des volumes (dits notionnels) qui équivalent à dix fois la richesse produite dans le monde chaque année.

Pour donner un ordre d’idée, peu avant la crise de 2008, le volume de ces sous-jacents avait atteint un pic de près de 700.000 milliards de dollars. Ce record a été battu fin 2013 avec un en-cours de 710.000 milliards de dollars. Selon la Banque des Réglements Internationaux, ce volume est retombé courant 2014 à 630.000 milliards de dollars, et l’on ne dispose pas de chiffre plus récent sur le sujet à ma connaissance.

L’impact des 4 sorcières sur les krachs boursiers

Tous les trois mois, les traders qui spéculent sur les marchés des produits dérivés doivent réaliser leur position et vendre leurs options à un cours plus ou moins élevé que le cours prévu. Cet enjeu d’anticipation est fondamental pour comprendre l’effet dépressif des 4 sorcières.

Exemple: un trader a acheté début juillet des options sur la bourse de Shangaï en hausse de 5%. Courant juillet, la bourse de Shangaï s’effondre: le trader se dit qu’il est ruiné. Son objectif est de limiter les dégâts autant qu’il le peut jusqu’au prochain débouclage, fin septembre. A ce moment-là, il va réaliser des pertes et anticiper une nouvelle déculottée boursière. Il va donc éviter de remettre des sous dans la machine, d’abord parce qu’il n’en a plus (ou beaucoup moins) et ensuite parce qu’il se dit que ce sera encore pire trois mois plus tard.

Les jours qui suivent les 4 sorcières peuvent donc s’avérer terribles: par un phénomène moutonnier (tel que celui qui s’est produit en 2008), les conséquences peuvent en être cataclysmiques, parce que les traders anticipent une chute des cours et n’ont aucune raison de la stopper (puisqu’ils n’ont plus de contrats à terme à préserver).

Toute la question est de savoir si ce phénomène va se produire dans les jours à venir ou pas…

Y a-t-il une bulle spéculative aux USA?

Pour répondre à cette question, il faut évidemment essayer d’anticiper les comportements des traders (même si je sais qu’il est désagréable, pour un citoyen contribuable lambda, de remettre son destin entre les mains d’un individu aussi peu fréquentable que le spéculateur boursier!). La première question de ceux-ci consiste évidemment à savoir si le marché actions est trop bien positionné ou pas.

Incontestablement, beaucoup de traders ont ce graphique simple en tête, qui représente l’évolution du Dow Jones depuis 10 ans:

4 sorcières

Le graphique montre clairement que, depuis 2009, le Dow Jones ne progresse que grâce au Quantitative Easing alimenté par la Réserve Fédérale. Le phénomène est tel que, depuis 2013, la bourse de New York a surpassé sont plus historique de 2007 d’environ 3.000 points.

Pourtant, rien ne justifie cette évolution: la croissance américaine est flageolante, et l’emploi stagne malgré les statistiques officielles.

Tout laisse à penser qu’il existe une bulle spéculative, que la politique de la FED peut maintenir légèrement gonflée. Mais les cours de la bourse ne sont certainement pas soutenus par des fondamentaux sains.

L’enquiquinement chinois

Parallèlement à cette faiblesse de l’économie américaine, l’économie chinoise a donné des signes de faiblesses traités sur ce blog fin août, et qu’on connaît.

Les analystes financiers n’en donnent pas une image plus rose aujourd’hui.

Les exportations (de marchandises) ont reculé de 5,5% a/a en août. C’est tout de même mieux que le mois précédent ; elles avaient alors baissé de 8,3%. Et mieux que ce qu’anticipait bon nombre d’observateurs ; le consensus Reuters tablait sur un recul de 6%. Côté importations, la baisse est plus marquée, de 13,8%. Et elle est aussi plus forte qu’en juillet ; les importations avaient diminué de 8,1% ce mois-là.

Ces commentaires tirés d’une note de conjoncture du Crédit Agricole ont un mérite: ils montrent le désarroi des financiers face à la crise chinoise, et l’anticipation négative qu’ils font sur les semaines à venir. Je complète cette lecture, donc, par un autre extrait de la note:

Une trajectoire des importations étayant l’idée que la demande chinoise est en train de s’effondrer et que la croissance n’est pas aux alentours de 7% (comme l’indiquent les chiffres officiels), mais très nettement en dessous ? Ce serait sans doute sous-estimer l’effet prix. Le cours du pétrole, matière première que la Chine importe en grande quantité, a par exemple lui-aussi reculé de presque 14% en août. Et ce serait probablement oublier encore que les importations chinoises restent en large partie composées d’inputs (dont le prix, en outre, est lui aussi orienté à la baisse, dans le sillage des cours des matières premières) servant à la production de marchandises ensuite exportées ; donc que leur dynamique est très liée à celle des exportations, malgré le rééquilibrage en cours de l’économie chinoise et l’accroissement (très progressif) de la part de la consommation des ménages dans le PIB. Gare, donc, à ne pas sur-interpréter ces chiffres du commerce extérieur ; et la baisse des réserves de change de 94 Mds USD en août (un record), en dépit de la taille de l’excédent commercial, le dit encore.

Les inquiétudes de la BCE

Pour compléter ce tableau sombre, on signalera les inquiétudes de la Banque Centrale Européenne, qui vient de mettre sous surveillance une centaine de banques supplémentaires.

« Il y en a plus ou moins 100 que nous avons identifiées comme les plus risquées ou les plus interdépendantes et nous gardons (sur elles) un oeil attentif », a dit la source.

La BCE constate par ailleurs l’échec de sa politique d’assouplissement quantitatif.

Il ressort de tout cela un suspens étrange: comment en 2008, le destin du monde ne tient qu’à un fil et personne ne sait trop qui peut le couper ou le renouer.

A une différence près: les dégâts causés par un nouveau big one risquent vite de créer de sérieuses tensions politiques dans le monde.

Krach boursier: les banques tentent de colmater

Alors que la bourse de Shangaï continue, ce matin, sa dégringolade, les experts bancaires sont à la manoeuvre pour tenter de redonner confiance. Cette technique « idéologique » vise à briser le rein de la panique en répétant à l’envi que tout cela n’est qu’un accident passager et sans conséquence. Bien entendu, aucun d’entre eux n’y croit et sait pertinemment que les prévisions de reprise économique peuvent désormais être repoussées d’au moins douze mois, mais l’essentiel est ailleurs: il faut éradiquer la dangereuse nervosité des marchés qui poussent les investisseurs à vendre leur portefeuille de façon « moutonnière ».

On notera par exemple cette dépêche Reuters:

« Il semble y avoir des ordres de rachat sur de nombreux marchés après le mouvement de ventes-panique de ces derniers jours. Même les actions d’entreprises qui n’avaient que peu de relations d’affaires avec la Chine étaient à la vente », explique Yukino Yamada, stratégiste senior chez Daiwa Securities.

Dans une note, la banque américaine d’investissement Goldman Sachs estime que la chute des cours des matières premières observée sur l’année écoulée de même que les faiblesses récentes de l’économie et de la monnaie en Chine et sur d’autres marchés émergents ne feront pas basculer l’économie mondiale dans la récession.

« La panique en cours est pour l’essentiel ‘made in China’. Les dernières statistiques sur les autres économies majeures ont été généralement bonnes et il n’y a pas grand chose pour justifier la crainte d’un ralentissement mondial majeur », écrivent pour leur part les économistes de Capital Economics.

« Les dernières données macroéconomiques en Chine suggèrent que la croissance reste léthargique, mais elles ne sont pas faibles au point de justifier les craintes d’un atterrissage brutale », ajoutent-ils.

 

On notera que François Hollande lui-même, économiste de renommée mondiale aux prévisions avérées, a considéré que la crise chinoise n’affecterait pas l’activité mondiale.

Krach boursier: le spectre du big one revient

La dégringolade de la bourse de Shangaï (-8% ce lundi, un véritable krach boursier), après trois dévaluations cet été, et surtout un indice manufacturier sous la ligne de flottaison des 50 points, préfigure une très mauvaise passe pour l’économie mondiale. La France en a ressenti les prémisses avec un taux de croissance au deuxième trimestre de 0% qui indique que le ralentissement chinois n’est bon pour personne. Il faut bel et bien craindre une réplique sismique consécutive à l’éruption boursière de 2008.

Cet été, plusieurs experts ont soutenu que les perturbations à la bourse de Shangaï n’auraient aucune conséquence pour les marchés mondiaux. Les débâcles enregistrées sur les bourses européennes et à New York (en cours) montrent combien ces affirmations étaient illusoires. Malgré ces évidences, une économiste de la BNP déclare encore aujourd’hui dans la presse:

Je ne suis pas trop inquiète par ce trou d’air. Après un premier trimestre très dynamique (+0,7 %), les experts avaient rapidement dit: attention au contrecoup. L’effet météo a beaucoup joué. Après une fin 2014 très douce, les températures sont revenues à leurs normales saisonnières début 2015, entraînant une forte hausse des dépenses d’énergie. Le ralentissement de la consommation qui a suivi, ne nous a donc pas surpris. C’est pourquoi nous tablons toujours sur une croissance de 1,2% en 2015.

On nous refait le coup des nuages de Tchernobyl qui vont s’arrêter à nos frontières! Excellente image pour la BNP, en tout cas, à qui l’on souhaite que les prévisions de cette économiste se vérifient, sans quoi c’est une cause de résiliation immédiate de tout contrat avec cette banque au titre du défaut de conseil.

Et on croise tous les doigts pour qu’elle ait raison… car si la planète financière devait encore déguster, la situation mondiale serait vraiment très délicate à gérer.