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Chic! Schaüble provoque le retour de la crise grecque

Article écrit pour Atlantico.

Il ne manquait que la crise grecque au tableau noir de l’Union Européenne, en ce jour de Conseil Européen qui doit évoquer les sujets qui fâchent. Et comme, après le Brexit et le referendum italien, tout allait trop bien, l’inflexible ministre allemand des Finances, Wolfgang Schaüble, a décidé de remettre un peu de tension pour réveiller les esprits.

La crise grecque… vient de ses excédents budgétaires

Il parait que la Grèce a des excédents budgétaires supérieurs (de 3 milliards €) à ses prévisions. Cette bonne nouvelle a donné la (mauvaise) idée à Alexis Tsipras de redistribuer près de 700 millions € aux retraités (frappés en janvier par une nouvelle mesure d’austérité imposée par les créanciers) et aux îles qui ont dû amortir le choc des vagues migratoires.

Ce relâchement dans l’effort indispose Schaüble et l’Allemagne. L’intéressé a non seulement protesté, mais il a exigé que l’Union Européenne interrompe sa politique d’aménagement de taux qui permet à la Grèce de diminuer quelque peu la charge de la dette à rembourser. Et Bruxelles a obéi.

Les arrière-pensées de Tsipras

Bien entendu, le comportement de Tsipras n’est pas totalement désintéressé. Sur la scène intérieure grecque, cet affrontement impromptu après l’Union lui permet de nuancer son image de serviteur zélé de l’Union Européenne et des créanciers. Un bon petit conflit avec l’Allemagne et avec les banques n’est pas de refus.

L’incident intervient à un moment où Syriza est au plus bas dans les sondages d’opinion, largement distancée par le parti conservateur (Nea Democratia), et menacée par l’extrême gauche. L’utilisation tactique de la politique budgétaire ne contribue pas à adoucir les moeurs de Schaüble, qui ne s’a jamais caché le plaisir qu’il aurait à évincer Syriza de la scène grecque.

Le FMI, cet allié de Tsipras

Dans ce coup tactique, Tsipras peut par ailleurs compter sur l’aide de fait apportée par le FMI qui refuse de participer au sauvetage du pays si la dette publique n’est pas substantiellement renégociée. En poussant l’Allemagne à interrompre la renégociation des taux, Tsipras enferme donc l’Europe dans un corner. Tout le monde sait que la dette grecque n’est pas remboursable sans une restructuration, à laquelle l’Allemagne se refuse.

Le durcissement auquel on assiste rend l’exercice impossible pour la Grèce, et c’est le système financier mondial que l’Allemagne met en danger aujourd’hui. Tsipras compte bien sur le FMI pour le rappeler prochainement aux Européens.

Les arrière-pensées de Schaüble

De son côté, le ministre allemand n’est pas non plus dénué de tout calcul tactique.

En septembre 2017, l’Allemagne retourne aux urnes. Angela Merkel a bénéficié d’une nouvelle investiture pour conduire la liste chrétienne-démocrate. Or celle-ci est menacée par la montée des listes eurosceptiques, qui critiquent notamment le coût du sauvetage grec. En déployant une stratégie de la tension avec la Grèce, Schaüble montre donc à l’opinion publique allemande que la CDU-CSU ne lâche rien et qu’elle est bien la gardienne du temple orthodoxe européen.

Tout porte à croire que cette stratégie de la tension devrait demeurer un élément tactique pendant plusieurs mois encore. La campagne de la CDU l’exige.

L’intérêt européen prisonnier de l’Allemagne

Une fois de plus, l’idéal européen, agité jusqu’il y a quelques semaines comme un petit drapeau de Mickey dans une parade de Disney par les eurolatres de la nomenklatura française, devrait donc subir les affronts de Schaüble et perdre encore un peu plus de crédit dans l’esprit public. On voit mal en effet qui pourrait soutenir l’inflexibilité germanique dans un dossier où la Grèce est, depuis plusieurs années, pieds et poings liés face à ses créanciers. Cette soumission grecque est d’autant plus méritoire que le pays est un rempart improbable contre les hordes de migrants qui rêvent de revenir en Europe.

Ajoutons que, compte tenu de la situation en Turquie, l’intérêt de l’Europe commande aujourd’hui de renforcer la Grèce, de lui permettre de souffler et de consolider sa paix sociale intérieure. Le pire serait à craindre d’une déstabilisation en profondeur du pays.

Malgré ces évidences, l’Allemagne poursuit une politique où l’intérêt européen passe bien après les enjeux de politique intérieure.

Schaüble aura-t-il raison de l’Europe?

Les faits sont têtus. Les eurolatres peuvent indéfiniment répéter que le couple franco-allemand est l’horizon indépassable de notre politique extérieure. Tôt ou tard, il faudra pourtant bien dresser le bilan de cette dangereuse assertion. Depuis la réunification allemande, le couple que l’Allemagne formait avec la France a changé de nature. Ce n’est plus l’Allemagne de l’Ouest, cette héritière historique des territoires latinisés, qui traite avec la France. C’est une entité différente, héritière directe d’un empire proclamé en 1870 à Versailles, et qui aura vécu en tant qu’entité politique durant une période funeste de moins de cent ans (de 1870 à 1945, et de 1991 à aujourd’hui).

On ne construit pas un continent contre la mémoire de ses peuples. La prochaine crise de la Grèce, qui couve pour des raisons politiciennes, risque bien de le rappeler définitivement à l’Europe.

L’Allemagne, grande perdante de l’élection de Trump

C’est l’Allemagne qui a effectivement perdu les élections américaines. Pendant que les aristocrates français en restent à leurs mimiques déconfites de mondains sidérés, les Allemands ont un peu de souci à se faire: ils sont les grands perdants de l’élection de Trump aux Etats-Unis.

La question de l’alliance avec la Russie

Sans que nous n’en soyons forcément très conscients, l’Allemagne entraîne l’Europe depuis plusieurs années dans une politique hostile à la Russie, qui contrarie d’ailleurs la tradition française. Historiquement, en effet, la France s’allie à la Russie pour contre-balancer le poids de l’Autriche et de la Prusse. La construction communautaire a obligé la France à rompre avec cette stratégie séculaire.

L’Allemagne utilise volontiers le bouclier militaire américain pour provoquer la Russie ou se livrer à une guerre d’influence dans l’ancienne sphère prussienne. C’est notamment le cas en Ukraine. Le renversement d’alliance promis par Trump, et qui pourrait signifier un retour partiel à la logique de partage avec l’Union Soviétique, devrait refroidir les ardeurs allemandes à l’Est.

La question de l’OTAN

Parallèlement, Donald Trump a beaucoup dénoncé le coût de l’OTAN pour les Etats-Unis. Contrairement à ce qu’a affirmé Hillary Clinton, il n’a pas proposé la « fin » de l’OTAN, mais seulement la modification des termes économiques de l’échange actuel. Pour Trump, l’OTAN coûte cher et ne rapporte pas assez.

NATO is unfair, economically, to us, to the United States. Because it really helps them more so than the United States, and we pay a disproportionate share.

(L’OTAN n’est pas juste, économiquement, pour nous les Américains. Parce qu’en réalité elle les aide plus qu’elle n’aide les USA, et nous payons une part trop élevée).

Tout le monde a compris que Trump allait entreprendre ce que la France aurait dû exiger depuis longtemps de ses voisins: ils vont payer pour leur sécurité. Au premier chef, Trump devrait présenter l’addition à l’Allemagne, qui se vante tant d’avoir retrouvé son équilibre budgétaire…

Flop définitif du TAFTA?

Du côté du libre échange, Trump a dit tout le mal qu’il pensait des accords commerciaux multilatéraux. Son élection constitue donc un sacré boulet pour le TAFTA, auquel Angela Merkel tenait tant. Rappelons là encore que l’Allemagne est le seul grand pays européen exportateur net, donc bénéficiaire du libre échange. La signature du traité constituait donc un enjeu important pour Merkel.

Avec l’arrivée de Trump, les termes même du commerce international pourraient connaître une profonde mutation. Dans la durée, la situation pourrait donc devenir très compliquée pour l’Allemagne.

Vers un réveil du nationalisme allemand?

Assez rapidement, des questions nouvelles pourraient être posées à l’Allemagne, questions taboues depuis 1945.

Si l’Allemagne est sommée de payer pour sa propre défense, il est peu probable qu’elle se contente de déléguer la gestion de ses opérations militaires. Selon toute vraisemblance, se posera donc rapidement la question du réarmement allemand. Ainsi, vingt ans après la réunification de la Prusse, le sujet tabou d’un renouveau militaire prussien sera remis sur la table européenne.

On mesure implicitement les tentations auxquelles l’Allemagne sera exposée dans les années à venir si Trump modifie effectivement la politique américaine en Europe. Réarmement, besoin de cultiver une sphère de coprospérité en Europe et dans le monde pour écouler ses produits, tensions grandissantes avec l’Allemagne autour du Lebensraum… Les démons du vingtième siècle devraient revenir rapidement.

CETA: pourquoi l’UE veut-elle mettre les Wallons à genoux?

Après le refus wallon de donner un feu vert à la signature du CETA la semaine prochaine, l’Union Européenne confirme son incapacité, déjà constatée en Grèce ou en Grande-Bretagne avant le Brexit, de négocier intelligemment avec ses Etats membres. L’attitude du président (polonais) du Conseil, Donald Tusk, devrait rapprocher un peu plus l’Union de son suicide institutionnel. Mais pourquoi les Européens veulent-ils ratifier si vite le CETA?

Les Wallons demandent une déclaration interprétative

On se souvient que les Wallons alertent, de longue date, leurs voisins européens sur leur probable refus du CETA. Conscients qu’ils n’obtiendraient pas une révision du texte, qui supposerait une réouverture des négociations, les Wallons ont demandé à l’Union Européenne une déclaration interprétative précisant certains points problématiques du texte. En particulier, les Wallons s’inquiètent de la protection de leurs petites et moyennes entreprises face aux multinationales et aux arbitrages que celles-ci pourraient solliciter. L’Allemagne avait, en son temps, exprimé les mêmes craintes sur le TAFTA.

L’Union a décidé de répondre à cette demande.

La réponse nulle de l’Union Européenne

Assez curieusement, l’Union Européenne a semblé incapable de réagir intelligemment à cette demande. L’Union a envoyé, en trois jours, trois versions différentes du même texte. La dernière version du texte est, selon les Wallons, en retrait sur les attentes exprimées par leur Parlement la semaine dernière.

La méthode suivie ne devrait donc pas apaiser le climat de sédition qui règne aujourd’hui en Europe.

Le cataclysmique ultimatum de Donald Tusk

Parallèlement, les dirigeants européens se livrent, selon les responsables wallons, a des pressions extrêmement fortes pour que Paul Magnette, le président du gouvernement régional, change d’avis. Pire, le président du Conseil européen, Donald Tusk, a lancé un ultimatum au gouvernement belge.

Dans l’entourage de M. Michel [le Premier Ministre belge], on indiquait dimanche, évoquant l’appel de Donald Tusk, que «si la Wallonie persistait à refuser de signer, aucun report ne serait accordé et le Sommet prévu jeudi n’aurait pas lieu».

Dire ça à des Wallons, c’est vraiment très mal les connaître. Tusk a raté une belle occasion de se taire.

Pourquoi Tusk est-il si pressé?

Devant ce passage en force, on peut évidemment se demander pourquoi Tusk commet autant de maladresses. Il est difficile ici de ne pas se souvenir que le mécanisme prévu par le CETA permet à n’importe quelle filiale canadienne d’une multinationale non canadienne de revendiquer l’application du traité.

De là à dire que le CETA pourrait constituer un substitut rapide et durable au TAFTA qui a du plomb dans l’aile, il n’y a qu’un pas.

L’Allemagne à la manoeuvre derrière Tusk?

Selon toute vraisemblance, Donald Tusk, le Polonais proche de l’Allemagne, agit ici en service commandé par Angela Merkel. On se souvient que Merkel tenait particulièrement à signer rapidement le TAFTA. Le calendrier électoral américain a finalement rendu l’exercice compliqué.

En revanche, obtenir fin octobre la signature d’un traité de substitution au TAFTA conviendrait parfaitement aux objectifs allemands.

Et le tour est joué.

Reste à savoir si les Wallons résisteront à ce nouveau coup de force allemand. On prend les paris.

CETA: ce Wallon défie le monde entier

Paul Magnette, le ministre-président wallon (si, si, ça existe!), est en train de donner une drôle de leçon de démocratie aux Européens. Son parlement vient en effet de refuser, malgré les pressions internationales (et notamment européennes) qui s’exercent sur cette minuscule région (dont le PIB est équivalent à celui de l’ancienne région Aquitaine), son consentement à un texte négocié dans des conditions opaques. Et, contrairement à ce qui se passe en France (et ailleurs), chez les Wallons, le ministre-président obéit au Parlement.

L’affaire mérite d’être décryptée par le menu, car elle souligne une fois de plus l’absurdité de l’eurolatrie en vigueur en France, notamment à gauche, et plus précisément encore à l’Elysée. Elle nous rappelle aussi que la France retrouverait la voix de sa grandeur en s’élevant à un standard supérieur de démocratie.

Pourquoi un front wallon du refus?

On regardera utilement la vidéo où Paul Magnette, ministre-président wallon, explique pourquoi la Wallonie n’autorise pas le gouvernement fédéral belge à ratifier le CETA:

L’analyse, sur le fond, est simple: l’opacité dans lesquelles ce traité est négocié, jointe à des manoeuvres d’intimidation pour obtenir une ratification avec des débats au mieux purement formels, n’est pas compatible avec les valeurs qui inspirent prétendument ce texte. Paul Magnette s’est livré, au passage, à une tirade tout à fait intéressante sur l’échec du multilatéralisme et sur le retour du bilatéralisme qui vaut la peine d’être écoutée.

Les Wallons proposent aujourd’hui une négociation bilatérale sur une déclaration interprétative qui dissiperait leurs doutes.

Une vraie délibération démocratique

Au passage, le Parlement wallon a utilisé une méthode, pour préparer son avis sur ce traité, qui constitue une véritable délibération démocratique dont le parlement français ferait bien de s’inspirer. De nombreuses séances de discussions, de réflexions, d’auditions, ont eu lieu pendant deux ans avant de passer au vote. Au final, les débats ont opposé les partisans de la signature à ceux qui ont refusé le principe d’équivalence des normes.

Majoritairement, les députés wallons souhaitent que le libre-échange intègre des valeurs environnementales et sociétales fortes (notamment l’exception culturelle). On s’étonnera de ne pas voir les gauches européennes à l’unisson de ces revendications.

Nos ancêtres les Wallons

Les Wallons forment-ils aujourd’hui le dernier village gaulois en Europe? En les écoutant, on peut le croire, et soudain, les Wallons nous rappellent leur véritable identité. Autant dire que la Wallonie est une invention des anglo-prussiens de 1815 qui ne s’appuie sur aucune rationalité historique autre qu’un goût prononcé pour le communalisme dont les racines sont profondes.

Tous les petits Wallons apprenaient en effet à une époque cette phrase célèbre de la Guerre des Gaules de César:

« Toute la Gaule est divisée en trois parties, dont l’une est habitée par les Belges, l’autre par les Aquitains, la troisième par ceux qui, dans leur langue, se nomment Celtes, et dans la nôtre, Gaulois. Ces nations diffèrent entre elles par le langage, les institutions et les lois. Les Gaulois sont séparés des Aquitains par la Garonne, des Belges par la Marne et la Seine. Les Belges sont les plus braves de tous ces peuples, parce qu’ils restent tout à fait étrangers à la politesse et à la civilisation de la province romaine, et que les marchands, allant rarement chez eux, ne leur portent point ce qui contribue à énerver le courage : d’ailleurs, voisins des Germains qui habitent au-delà du Rhin, ils sont continuellement en guerre avec eux. »

Durant l’Antiquité, l’indépendantisme wallon constituait donc déjà une légende.

Les Wallons et leur projet impérial

Les Français oublient trop souvent, d’ailleurs, qu’à ce peuplement gaulois mais non celte selon César (ce qui se discute scientifiquement) s’est mélangé, à la fin de l’empire romain, un peuplement franc dont le plus illustre fut Charlemagne. Une petite carte pour se rafraîchir la mémoire de l’état de la France à la fin de l’époque gallo-romaine n’est pas inutile:

Wallon

Comme on le voit, les Francs, qui ont donné leur nom à la France, ont créé leur premier royaume occidental (très décentralisé) sur le territoire actuel de la Belgique et de l’Allemagne de l’Ouest. L’unification de la France s’est faite sous les auspices de ce peuple initialement originaire d’Allemagne de l’Ouest dont les descendants directs ont eu, au tournant de l’an 800, l’ambition de reconstruire un empire européen avec un empereur appelé Charlemagne.

Charlemagne était né à Herstal, commune de la banlieue de Liège, et son trône se trouvait à Aix-la-Chapelle, dont Martin Schulz, président du parlement européen, est aussi originaire. On ne peut rien comprendre à la construction européenne et à ses antagonismes internes, si ces petits accidents de l’histoire ne sont pas présents à l’esprit. Ils éclairent en profondeur la capacité de résistance aux pressions internationales que les « Wallons » sont capables d’endurer.

L’absurdité hollandienne démontrée

On entend régulièrement François Hollande et ses amis politiques vanter les bienfaits de l’Europe, de l’intégration européenne, du fédéralisme européen. En quelques jours, les Wallons ont démontré l’impasse politique de ce projet.

Si le parlement wallon (2,5 millions d’électeurs inscrits), institution improbable et burlesque au demeurant, détient le pouvoir de bloquer un traité qui concerne plus de 500 millions de personnes, il faut y voir l’une des conséquences des choix tant vantés par les eurolatres aujourd’hui. Le parlement wallon tient en effet son pouvoir de la constitution fédérale belge.

On se délectera donc de ce savoureux paradoxe dominant dans les milieux de gauche, où il n’est pas un jour sans l’éloge d’une Europe fédérale, d’une vision girondine et anti-jacobine de la société, où un maximum d’autonomie devrait être donné aux régions. Tous ces beaux discours ont une conséquence immédiate: la fin du multilatéralisme dont ils se prétendent les meilleurs amis, et le retour en force du bilatéralisme diplomatique tant méprisé depuis cinquante ans.

Vers un tour de force wallon?

Avec un peu de persévérance, le ministre-président Paul Magnette devrait parvenir à faire une superbe clé de bras à ses partenaires européens et rappeler le bon temps où le siège de l’empire se trouvait en Wallonie. Les Wallons imposeront probablement, en échange de leur ralliement au traité, une déclaration interprétative qui remettra en cause les principes mêmes du traité.

Cet arrangement bâtard, dont les Belges sont spécialistes, constituera la meilleure démonstration du naufrage européen. Même dans les pays membres historiques de l’Union, les particularismes locaux imposent leur loi. Et c’est sur le faux peuple wallon, imposture de 1815, que butera cet avatar débile et toxique de l’Europe de Vienne appelé Union Européenne.

Preuve est faite, une fois de plus, que si l’Europe veut se construire, ce n’est pas l’héritage de 1945 dont elle doit tourner la page, mais bien celui de 1815.

Mépriser la Hongrie, la nouvelle folie des eurolatres

Le referendum en Hongrie devrait donner une nouvelle démonstration de la surdité européenne face aux revendications populaires. Alors que le « non » à l’accueil de migrants ou de réfugiés l’aurait emporté à 95%, il est d’ores et déjà acquis qu’il ne sera tenu aucun compte de cette impressionnante majorité, pour la simple et bonne raison que la participation n’a pas atteint les 50%.

Les prochaines semaines devraient donc être chargées, puisque les électeurs autrichiens, appelés à choisir un Président de la République, qui pourrait être issu de l’extrême droite, se verront administrer une nouvelle preuve du caractère très variable de l’attachement démocratique dont l’Europe est capable.

40% des Hongrois ont dit non

Revenons un instant sur le nombre de Hongrois qui soutiennent la politique d’Orban: ils sont environ 4 millions sur moins de 8,5 millions d’électeurs à avoir approuvé la position de leur Premier Ministre. Beaucoup d’élus français adoreraient disposer de scores aussi impressionnants et aussi nets pour être élus.

Rappelons qu’une écrasante majorité de députés français sont élus avec 30% des voix à peine, une fois l’abstention comptabilisée. Ces scores faibles ne les empêchent pourtant pas de s’estimer totalement légitimes pour adopter des lois très contestables. Mais… comme d’habitude, ce qui est démocratique lorsqu’il s’agit d’obéir aux injonctions du gouvernement profond devient brutalement dictatorial et illégal lorsqu’il s’agit de le contredire.

Bref, même si les Hongrois ont exprimé une position forte, comme elle s’oppose à la ligne prusso-européenne, elle doit être ignorée.

L’information tronquée sur les migrants en Hongrie

Comme il faut tuer le chien hongrois, on dit qu’il a la rage contre les migrants, les réfugiés, les étrangers, et autres. La presse subventionnée française s’entend très bien pour procéder à ce genre de truandage où la réalité est présentée de façon totalement biaisée.

L’opinion française est ainsi conditionnée pour admettre une équation simple: soit on est contre la politique migratoire européenne fondée sur une relocalisation obligée des réfugiés appelés par l’Allemagne, et on est raciste, voire fasciste, soit on déteste le fascisme et on est forcément en faveur de la politique migratoire européenne. L’ombre souveraine ou la lumière eurolatre, comme disait BHL à propos du Brexit.

Les statistiques au secours de la Hongrie

Malheureusement, la réalité hongroise est légèrement différente de cette présentation simpliste et péremptoire: les statistiques de l’Union le prouvent.

Hongrie

Comme le tableau l’indique, la Hongrie a accueilli près de 175.000 demandeurs d’asile en 2015, soit 1/7 des réfugiés arrivés à l’invitation d’Angela Merkel. Rapportée au nombre d’habitants, cette masse est trois fois plus importante qu’en Allemagne, et accessoirement dix-sept fois plus importante qu’en France.

On notera au passage que l’Autriche compte deux fois plus de demandeurs d’asile par habitants que l’Allemagne. Le referendum hongrois pourrait donc servir de test pour l’élection présidentielle autrichienne…

Le déni européen face à la question hongroise

Contrairement aux mensonges colportés parmi les eurolatres, la Hongrie ne correspond donc pas exactement au portrait-robot d’un pays battu par les flots du racisme le plus éhonté. Avec 175.000 demandeurs d’asile en 2015, la Hongrie est loin d’avoir refusé de prendre sa part dans la politique migratoire européenne.

Au vu de ces chiffres, il est d’ailleurs assez compréhensible que les Hongrois refusent en bloc une nouvelle arrivée de migrants, dans la mesure où ils peuvent estimer que d’autres pays européens devraient fournir un plus grand effort à leur place. Il faut être assez « gonflé » pour voir dans cette revendication simple une manifestation de racisme ou une preuve d’appartenance à l’extrême droite.

Une fois de plus, l’incapacité de la technocratie européenne à prendre en compte des aspirations compréhensibles devrait jouer un vilain tour à l’Europe. Fouler aux pieds le referendum hongrois, après les propos haineux sur le Brexit et l’obstination sur les grands traités commerciaux, devrait achever de convaincre les plus europhiles que cette Europe-là ne mérite plus d’être défendue.

TAFTA: l’enfumage français contre la réalité européenne

Le TAFTA, le traité transatlantique, traverse-t-il une mauvaise passe comme le soutiennent nombre de médias français à l’issue du sommet ministériel européen sur la politique commerciale de vendredi dernier à Bratislava? Les lecteurs ou téléspectateurs français peu attentifs pourraient avoir l’illusion que l’Europe a décidé de surseoir à la négociation et de repousser sine die la conclusion du traité.

Un petit exercice de remise en ordre s’impose ici, car c’est exactement l’inverse qui se passe, quelle que soit la désinformation qui règne en France sur ce sujet.

Une commissaire européenne très attachée au Traité

Premier point: la commissaire européenne au commerce, Cecilia Malmström, est une farouche partisane du traité, et même des traités. Elle se targue de porter une politique multilatérale de traités commerciaux tous azimuts, dont le TAFTA. L’illusion dominante en France consiste à faire croire que la TAFTA constitue une sorte d’aboutissement. En réalité, il n’est qu’une étape dans un projet beaucoup plus vaste qui vise à installer l’Europe dans un système commercial mondial.

Imaginer que la Commissaire va abandonner son projet en cours de route est non seulement une illusion, mais est même contraire au discours qu’elle a prononcé jeudi dernier…

Une majorité d’Européens favorable au TAFTA…

Deuxième point: la position de la France est minoritaire en Europe. Au sommet de Bratislava, il s’est d’ailleurs trouvé une majorité claire pour réaffirmer son attachement à la conclusion du TAFTA, dont un cycle de négociations reprend le 3 octobre. En l’état de l’organisation européenne, en l’état de sa gouvernance, la France n’a donc aucune chance de bloquer le traité…

… dans l’attente des élections américaines

Troisième point: le traité n’est pas prêt à être signé et les élections américaines changent profondément la donne. L’hypothèse réaliste d’une victoire de Donald Trump, ennemi déclaré du traité, remet en cause le scénario bâti jusqu’ici. Le sommet de Bratislava de la fin de semaine n’a pas dit autre chose: il faut attendre de voir l’évolution de la situation pour prendre une posture définitive.

Cette position n’a rien d’un échec, ni d’un quelconque aveu de faiblesse, contrairement à ce que prétend la presse française. En réalité, les Européens veulent signer ce traité et relanceront les négociations si la partie américaine venait à douter après les élections. Cette attitude est d’ailleurs dangereuse, puisque, en faisant mine de vouloir abandonner une partie à laquelle les Européens tiennent, les Américains se mettent en position de force.

La France encore perdue dans ses illusions

Autrement dit, et une nouvelle fois, la France s’abuse donc sur ses chances de modifier le cours de l’histoire européenne en jouant le jeu de la coopération. L’idée européenne se traduira une fois de plus par un surcroît de libre-échange contre la volonté exprimée par les peuples. Chacun en pense ce qu’il en veut, mais les faits sont têtus: l’Europe ne change pas. Elle est programmée pour mener une politique inexorable.

Attention à la dangereuse situation allemande

La situation allemande mérite d’être suivie avec attention, parce qu’elle présente désormais de véritables risques politiques systémiques.

Relative contre-performance de l’AFD à Berlin

Il ne faut pas se laisser abuser par la relative contre-performance de l’AFD aux élections régionales de Berlin. Le parti arrive 5è, après le SPD (23% au lieu de 28 au précédent scrutin), la CDU de Merkel, les Verts et Die Linke. Il totalise néanmoins 12,2%, ce qui n’est pas rien dans une ville très hostile, en principe, à cette idéologie.

Surtout, l’AFD peut se targuer d’avoir siphonné les voix des autres partis alternatifs. Les Verts sont en déclin, les Pirates disparaissent de l’assemblée (confirmant leur statut de parti de transition en période instable) et les Libéraux passent tout juste le seuil des 5% nécessaire pour obtenir des sièges. S’il n’y a pas eu de raz-de-marée AFD à Berlin, le parti confirme néanmoins son ancrage national et bénéficie désormais d’une représentation dans 10 régions sur 16.

Premières allusions de l’AFD au nazisme

Ces résultats sont suffisamment prometteurs pour que l’AFD commence à abattre ses cartes. Sa leader, Frauke Petry, a donné une interview au journal Welt an Sonntag, où elle pose la question du « Völkisch ».

En allemand, ce terme est synonyme de « national » au sens nazi du terme. Le slogan du nazisme a longtemps fait allusion à: « ein Reich, ein Volk, ein Führer », c’est-à-dire « un empire, une nation, un chef ». La notion du « völkisch », si elle n’est pas en elle-même nazie, s’est toutefois, avec l’histoire, chargée d’une dimension d’allusion au nazisme.

Frauke Petry n’a pas hésité à déclarer à la presse qu’il fallait changer l’image du « völkisch » et qu’il ne fallait pas y voir la connotation raciste qui lui est d’ordinaire attribuée. On suivra donc avec attention le destin de l’AFD et ses probables prochaines tentatives pour récupérer à son profit une vision doctrinale encore taboue en Allemagne, mais dont seuls les grands naïfs ont pu croire qu’elle était éradiquée.

Le nazisme et l’euro

Pour l’ensemble de l’Europe, la tournure des événements en Allemagne va devenir un problème sensible. L’AFD est notamment très hostile à l’euro, que les institutions bruxelloises défendent mordicus. Or la survie de l’euro se fait au prix d’une politique de taux négatifs qui épuise les épargnants et les retraités allemands. En outre, le système financier allemand sort exsangue de cette politique.

Les ingrédients commencent donc à se réunir pour un profond retournement de l’Allemagne vis-à-vis de la construction communautaire.

UE: Merkel fait passer le TAFTA en force, Hollande opine

Au sommet de l’UE à Bratislava, les citoyens européens ont encore assisté à une belle pantalonnade, émaillée d’une fessée déculottée pour François Hollande, et d’une série de quiproquo qui risquent d’être lourds de sens pour l’Union.

TAFTA et la fessée déculottée de Hollande

Premier point: à Bratislava, Merkel a obtenu un maintien de la ligne européenne sur le TAFTA, malgré les annonces de Hollande sur l’arrêt des négociations. Voici ce qu’en dit le communiqué final:

lors du Conseil européen d’octobre, examiner les moyens de mettre en place une politique commerciale robuste qui tire parti de marchés ouverts tout en tenant compte des préoccupations des citoyens

Cette formule alambiquée annonce qu’en octobre, l’Union décidera officiellement de signer le TAFTA, que cela plaise ou non à la France. Il s’agit donc d’une superbe humiliation pour un Président qui annonçait, dans son discours de Wagram, qu’il ne laisserait pas la place de la France être contestée en Europe. Une fois de plus, les rodomontades parisiennes donnent lieu à un écrasement en bonne et due forme dès que les frontières sont franchies.

Mais jusqu’à quand allons-nous tolérer d’être le paillasson de la Prusse?

Les hallucinantes déclarations sur les réfugiés

La même Merkel a obtenu, du sommet de Bratislava, des mentions dont on se demande quel être humain normalement constitué a pu les écrire et les soutenir en conférence de presse. Par exemple:

Ne jamais permettre que se reproduisent les flux incontrôlés que nous avons connus l’année dernière et réduire encore le nombre de migrants en situation irrégulière

Oui, oui, c’est bien Angela Merkel qui a défendu cette déclaration en conférence de presse. Là même qui, il y a près de dix-huit mois, déclarait unilatéralement l’Allemagne prête à accueillir en 2016 un million de réfugiés. À cette pantalonnade, il faut ajouter cette impressionnante phrase d’introduction à la déclaration:

Nous devons mieux communiquer les uns avec les autres – entre États membres, avec les institutions de l’UE, mais aussi, et c’est le plus important, avec nos citoyens. Nous devrions apporter plus de clarté à nos décisions. Utiliser un langage clair et honnête. Nous concentrer sur les attentes des citoyens, en ayant réellement le courage de nous élever contre les solutions simplistes des forces politiques extrémistes ou populistes.

Peut-être que la première façon de lutter contre les « solutions simplistes » serait d’arrêter de prendre les Européens pour des simplets à qui on peut servir n’importe quelle soupe.

Aucune politique économique dans l’Union

Pour le reste, l’Allemagne a maintenu le cap d’une rigueur budgétaire mortifère pour l’Union. Alors que le pauvre Juncker, sans doute inspiré par des puissances gouvernant une autre planète, avait proposé une augmentation du Fonds d’investissement dont personne ne voit la couleur, Merkel a maintenu le lock-out complet sur le sujet:

en décembre, compte tenu de l’évaluation qui aura été faite, prendre une décision sur l’extension du Fonds européen pour les investissements stratégiques

Dans le meilleur des cas, les mesures nouvelles d’investissement interviendront en décembre. D’ici là, on continue comme avant, avec une Europe au service des grands groupes qui pratiquent l’évasion fiscale:

lors du Conseil européen du printemps 2017, faire le point sur les progrès réalisés en ce qui concerne les différentes stratégies pour le marché unique (y compris le marché unique numérique, l’union des marchés des capitaux et l’union de l’énergie)

On retrouve ici notamment le principe d’une adoption à marche forcée de la directive sur les droits d’auteur.

L’Italie quitte le bateau ivre franco-allemand

François Hollande a obtenu de s’afficher seul, lors de la conférence de presse, avec Angela Merkel (en échange d’un renoncement à toutes ses ambitions ou promesses, comme d’habitude). Matteo Renzi, l’Italien, n’a guère apprécié l’opération, d’autant qu’il repart la queue entre les pattes.

Renzi est arrivé, en effet, avec deux objectifs de guerre: une tolérance budgétaire de l’Union pour ses écarts, et un amendement l’accord avec la Turquie sur les migrants, qu’il trouve trop raide (et accessoirement défavorable à l’Italie, puisqu’il ne concerne que la Grèce).  Merkel, qui avait un temps joué Renzi contre Hollande, vient donc de perdre un allié.

De l’Europe, il ne restera donc bientôt plus que le couple croupion franco-allemand. La Grande-Bretagne s’en va, l’Italie boude, et plus personne ne croit en rien. Ou comment les bureaucraties finissent. Sur ce point, on reste confondu par la rigide cécité de l’Allemagne qui, une fois de plus, démontre son incapacité à dépasser sa vision prussienne de l’Europe.

Juncker sans réponse sur l’état de (dés)union

Juncker, le président de la Commission Européenne, a prononcé hier un désopilant discours sur l’état de l’Union, qu’il eût mieux valu appeler l’état de désunion. Constatant que le Brexit avait quand même un peu changé la donne, l’ancien Premier ministre luxembourgeois, grand expert de l’évasion fiscale, a maintenu la ligne officielle du parti, comme si, face à l’euroscepticisme, la réponse unique devait être « plus d’Europe » et non « l’Europe autrement ».

Juncker et les crises existentielles

Le président de la Commission a notamment déclaré:

Notre Union européenne traverse, du moins en partie, une crise existentielle.

L’expression est savoureuse, puisqu’elle renvoie à une sorte de psychologie du corps social européen qui fonctionnerait sur le même paradigme que la psychologie individuelle. Et dans l’esprit de Juncker, la crise de l’Europe est aussi fumeuse ou inconsistante que la crise de la quarantaine chez le mâle blanc hétérosexuel moyen. Le seul fait qu’il ait employé cette expression montre qu’il n’a pas compris ou pas voulu comprendre la nature de la crise qui affecte l’Europe aujourd’hui, puisqu’elle est de nature politique et non psychologique.

La langue de bois continue

Comme Juncker ne procède pas à une analyse politique de l’état de désunion, mais à une analyse psychologique, il en tire forcément de mauvaises conclusions, à savoir qu’il faut aller de l’avant et renforcer l’Union au lieu d’en changer le fonctionnement. À ce titre, il propose des mesures, passées inaperçues, mais totalement délirantes, qui renforcent le caractère autocratique et technocratique de l’Union. Par exemple:

Je veux que journalistes, éditeurs et auteurs soient rémunérés équitablement pour leur travail, peu importe que celui-ci soit réalisé dans un studio ou dans un salon, diffusé hors ligne ou en ligne, publié via un photocopieur ou relié à un hyperlien sur Internet.

Autrement dit, les liens hypertextes vont devenir payants… Manifestement, Juncker n’a pas compris ce qu’il soutient avoir entendu dans la bouche des Européens.

L’impasse sur les politiques économiques…

Le plus impressionnant, dans le discours de Juncker, tient à l’impasse totale qu’il a faite sur les conséquences de la politique économique de l’Union. En particulier, le président de la Commission n’a exprimé aucun avis sur cette étrange situation où la Banque Centrale Européenne porte à elle seule la politique économique de l’Union par des assouplissements monétaires sans aucun résultat (mais qui épuisent peu à peu l’économie du continent et fragilisent les capitaux). Peut-être la Commission pourrait-elle avoir l’ambition de lancer une politique budgétaire intelligente, ou pourrait-elle au moins exprimer une opinion sur un policy mix comme on disait à une époque.

En dehors d’une annonce sur des investissements publics, les Européens n’auront pas entendu le président de la Commission s’exprimer clairement sur le sujet.

…et sur les rapports de force internes à l’Union

Juncker ne s’est pas plus expliqué sur le vrai sujet de fond de l’Union: celui du rapport de force interne à la construction communautaire, et singulièrement sur le germano-centrisme mortifère de l’Europe, qui étouffe petit à petit toute stratégie durable de coopération. Quand l’Allemagne décide unilatéralement d’accueillir un million de « réfugiés » sur son sol, provoquant un immense mouvement de foule à travers le continent, Juncker n’analyse pas les conséquences politiques immédiates de ce choix: celui d’un rejet, par les Européens, de la méthode utilisée par Merkel pour agir.

Or, si l’Europe patine aujourd’hui, c’est essentiellement à cause de ce déséquilibre interne qui permet à l’Allemagne d’imposer ses choix sans concertation avec les autres Etats-membres.

L’Europe victime de son germanocentrisme

Sur le fond, le problème majeur de l’Union reste le déplacement de son centre de gravité depuis la réunification allemande. Jusqu’en 1991, la RFA, qui ressemblait furieusement à la Confédération du Rhin inventée par l’excellent Bonaparte, jouait le jeu d’une coopération européenne intelligente. La réunification, c’est-à-dire la reconstitution artificielle d’un Etat qui n’avait existé qu’entre 1870 et 1940 sous sa forme administrative, a modifié l’ordre interne européen et justifié une prise de contrôle de l’Europe par l’Allemagne.

Or, le Reich allemand n’est pas capable de composer un ordre européen équitable, durable et coopératif. L’Allemagne est porteuse d’un égoïsme structurel dont les effets toxiques n’auront pas mis 20 ans à se faire sentir, et pas mis 25 ans à préparer une sortie de la Grande-Bretagne.

C’est sur ces sujets-là que nous eussions voulu entendre Jean-Claude Juncker.

Vers une faillite systémique de la Deutsche Bank?

Si la Deutsche Bank entraînait l’économie mondiale dans un nouveau désastre, nous pourrions en rire (jaune), car il s’agirait bien d’une très ironique revanche de l’histoire. L’Allemagne si superbe et imbue de sa prétendue réussite (fondée, en réalité, sur une utilisation déraisonnable des règles communautaires à son seul profit) épuiserait de cette façon le filon qu’elle creuse depuis sa réunification: celui d’un appauvrissement artificiel de ses concurrents européens jusqu’à sa propre destruction.

La Deutsche Bank, joyau allemand…

La Deutsche Bank n’est pas seulement la première banque allemande. C’est aussi un établissement symbolique, créé en 1870 (année de l’invention de l’Allemagne) pour accompagner le développement industriel de ce tout nouveau pays. L’histoire de la banque épouse patiemment les contours de l’histoire allemande. Il n’est pas de prospérité dans l’Allemagne industrielle sans intervention de la Deutsche Bank.

…et pire bad bank du monde

Forte de cette arrogance tudesque, la banque s’est transformée en tour infernale. Dans les années 2000, notamment sous l’impulsion de Josef Ackermann, qui l’a dirigée de 2006 à 2012 (où il était payé 9 millions d’euros par an), la banque a multiplié les rendements hasardeux et méchamment bu le bouillon. Précisons qu’Ackermann fut membre du comité directeur du groupe de Bilderberg: démonstration est faite que l’on peut figurer dans la prétendue élite mondiale et être d’une incompétence crasse.

Depuis 2008, Deutsche Bank évite coûte-que-coûte une faillite qui mettrait par terre l’économie allemande et, dans son sillage, l’économie mondiale.

Le FMI s’inquiète

On passera ici sur les innombrables péripéties qui frappent la Deutsche Bank. Il suffit de citer le rapport du 30 juin 2016 du FMI sur les risques systémiques pour comprendre l’ampleur du désastre. Ce jour-là, l’institution internationale affirme que le principal risque systémique dans l’économie mondiale provient… de la Deutsche Bank.

Pour le FMI, l’Allemagne, mais aussi la France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis sont particulièrement exposés au risque de contagion en cas de faillite de la banque.

Le Qatar sauve Merkel et la Prusse

Le 15 juillet 2016, le Wall Street Journal révèle que le Qatar a augmenté sa participation dans le capital de la banque jusqu’à y prendre près de 10%. En échange de ce petit coup de pouce donné à Angela Merkel, si conciliante avec les réfugiés et autres fadaises, le Qatar exige la nomination d’un homme-lige au comité de direction de la banque. Il s’agit d’un certain Stefan Simon. Dans la pratique, pour 10% des parts, le Qatar a préempté l’économie allemande. Bien joué!

Mais la banque suit toujours sa mauvaise pente

L’intervention du Qatar va-t-elle sauver la Deutsche Bank? Rien n’est moins sûr, et la banque allemande continue à envoyer de mauvais signaux aux marchés. Par exemple, début septembre, elle a refusé de convertir de l’or papier en or physique, comme le réclamait un client. Les marchés ont volontiers interprété ce refus comme une incapacité à faire face à une échéance…

2,4 milliards d’amende aux USA

La banque a de bonnes raisons de refuser aux clients de récupérer leurs avoirs. Sa situation devient en effet très compliquée. Par exemple, la banque propose aux autorités américaines de régler une amende de 2,4 milliards de dollars pour couvrir les recours dans diverses affaires.

These comprise the mortgages case, alleged manipulation of foreign exchange rates, a probe into suspicious equities trades in Russia, and remaining investigations into alleged money laundering.

(Celles-ci comprennent les contentieux hypothécaires, les accusations de manipulation des taux de change, une enquête sur des achats douteux d’actifs en Russie, et les enquêtes encore en cours sur du blanchiment).

Encore un problème sur les collatéraux

Beaucoup d’analystes considèrent que la Deutsche Bank a recommencé le jeu qui avait abouti à la crise de 2008: celui d’une surestimation systématique des collatéraux qui garantissent les crédits qu’elle accorde. Autrement dit, la banque accorde des crédits risqués et douteux, et gonfle artificiellement son bilan en affichant des valeurs qui pourraient s’effondrer si une crise survenait.

Des pronostics inquiétants

On lira donc, sous la plume d’observateurs avertis, des pronostics inquiétants. Cet été, Olivier Demeulenaere citait le bilan du Centre for European Economic Research (ZEW) à Mannheim, qui dressait ses propres stress tests européens. Selon l’institut allemand, les trois banques les plus exposées au risque en Europe sont la Deutsche Bank, la Société Générale et la BNP. Pour Jean-Pierre Chevallier, la banque allemande est d’ores et déjà un Lehman Brothers européen.

Too big to fail

Reste que la Deutsche Bank est trop systémique pour que l’Allemagne, l’Europe, la Banque Centrale Européenne, la laissent faire faillite. Les conséquences d’un défaut aussi colossal ont trop marqué les esprits en 2008 pour que les politiques acceptent une telle solution. C’est ici que les ennuis commencent. Car, en dehors d’une prise en charge par les citoyens de l’Union, aussi discrète que possible, des coûts induits par cette faillite en attendant le tremblement de terre final, on voit mal ce qui pourrait se passer.

À moins, bien sûr, qu’une panique des marchés n’oblige l’Allemagne à privatiser la banque et à violer les traités pour éviter le naufrage complet. La décennie Merkel aura bien été fatale à l’Union.