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Catégorie : Une semaine en Europe

AFD: le coût de Merkel pour l’Europe

Angela Merkel est devenue chancelière allemande en 2005. Onze ans après, le visage de l’Europe et de l’Allemagne elle-même ont profondément changé. La demi-victoire du parti nationaliste Alternative für Deutschland (AFD) dans le Mecklembourg hier en constitue une nouvelle preuve.

La montée de l’Afd en Allemagne

Depuis plusieurs années, l’Afd propose un retour au mark et un arrêt de l’immigration. Voici l’historique des résultats obtenus par ce parti:

Merkel

De façon très révélatrice, les régions où l’Afd obtient ses meilleurs résultats sont situées en Allemagne de l’Est, le noyau dur de la Prusse à la plus forte intensité identitaire.  En 2016 toutefois, l’Afd a effectué une percée dans le Bade-Wurtemberg (face à la frontière française), balayée l’an dernier par la crise des réfugiés.

Merkel paie sa folie sur la question des réfugiés

Si 2016 a constitué un tournant dans la montée de l’Afd, c’est évidemment à cause de la stratégie unilatérale d’Angela Merkel sur le sujet des réfugiés. Rappelons que cette crise n’a rien à voir avec une quelconque philanthropie germanique. Simplement, face à la tension du marché de l’emploi en Allemagne, Merkel a substitué une immigration plus qualifiée et plus diplômée aux traditionnelles arrivées des Balkans, qu’elle a relocalisés.

Le caractère imprévisible de cette politique a balayé, en quelques mois, toutes les certitudes acquises en Europe depuis plusieurs décennies.

L’Afd après le Brexit

La montée de l’Afd souligne que même l’Allemagne a été déstabilisée par la crise des réfugiés. Mais l’ensemble de l’Europe est ébranlée par cette crise. Le Brexit l’a montré. Une majorité de Britanniques a choisi de quitter l’Union d’abord pour échapper au désordre migratoire du continent.

Le Brexit aurait-il eu lieu si la crise des réfugiés ne s’était pas produite? On peut en douter, dans la mesure où cette arrivée massive a donné le signal d’envoi d’une campagne en faveur d’une rupture avec l’Union.

L’émergence d’un nationalisme des Etats

Alors que l’après-guerre a donné lieu à un véritable nationalisme européen, qu’on pourrait appeler un unionisme, les pratiques unilatérales d’Angela Merkel en Europe, dont la crise des réfugiés est un exemple, ont réveillé les nationalismes étatiques. En Hongrie, en Pologne, en Ukraine, mais aussi en France, au Danemark, aux Pays-Bas, le nationalisme reprend le dessus et conteste l’ordre européen. Il n’y a plus guère que les aveugles eurolatres pour ne pas voir que le germanocentrisme outrancier d’Angela Merkel conduit l’Europe à sa perte, et que, sans une France forte et même dominante, le projet européen est structurellement barbare et dangereux pour les grands équilibres du continent.

Prochain rendez-vous en France en 2017?

Toute la question en suspens est évidemment de savoir si le prochain rendez-vous que le nationalisme étatique européen doit se donner se place aux élections présidentielles en France. Il est encore trop tôt pour pressentir le score du Front National. Néanmoins, les thèmes du FN, une chose est sûre, seront aussi les thèmes de la campagne électorale.

Faudra-t-il bientôt payer pour les liens hypertextes?

Les liens hypertextes vont-ils devenir payants? C’est ce qui pourrait ressortir du projet de directive européenne sur les droits d’auteur. Le sujet est technique, mais devrait avoir rapidement un impact puissant, s’il devait voir le jour, sur la façon de traiter l’information sur Internet.

Le droit d’auteur, ce serpent de mer

Depuis plusieurs années, la Commission Européenne tente de réglementer les questions de droit d’auteur, mises à mal par la révolution numérique. Les possibilités de duplication numérique sont en effet infinies et bouleversent le droit réservé aux auteurs dans le monde le production matérielle.

À titre d’exemple, Youtube permet de diffuser de façon simple n’importe quelle oeuvre musicale quand l’obligation de recourir à un support matériel limitait forcément cette duplication. Il en est de même pour la presse: l’invention du blog permet de produire de l’information sans limite, quand le support papier supposait des investissements considérables pour y parvenir.

En juillet 2012, le traité ACTA qui visait à réglementer les droits d’auteur au niveau mondial avait capoté, laissant le sujet vierge.

Le sophisme de la Commission Européenne

Obsédée par l’idée de transposer la logique des droits d’auteur (qui sont souvent des droits d’éditeur…) au monde numérique, la Commission Européenne utilise un sophisme discret. Elle part en effet du principe que les méthodes numériques de duplication coûtent moins cher que les méthodes traditionnelles et qu’elles doivent donc être sanctionnées. Mais elle oublie aussi dire que le droit d’auteur, et plus encore les droits de l’éditeur, se justifiaient par l’investissement nécessaire pour mettre l’oeuvre en production.

Avec le livre numérique, quelle est encore la légitimité de l’éditeur? du producteur de musique?

Comment Internet a changé la culture

En réalité, ce sont les conditions générales de production culturelle qui ont changé, et qui modifient en profondeur non seulement la façon dont les auteurs peuvent se rémunérer, mais la notion même d’auteur. Les technocrates de Bruxelles, au lieu de prendre le temps de tirer toutes les conséquences de ces mutations dont nous ne connaissons que le début, semblent très pressés de colmater les brèches pour sauver ce qui peut l’être encore de l’ancien monde.

Des dispositions inapplicables

Dans ces conditions, le projet de directive tel qu’il semble prendre forme, devrait s’attirer les foudres des internautes. Il prévoirait notamment de rendre payants les liens hypertextes:

La proposition la plus caricaturale est celle de créer un nouveau droit voisin au profit des éditeurs de presse, censé leur permettre d’obtenir une meilleure position face aux moteurs de recherche et autres agrégateurs de nouvelles. Cette approche a déjà été tentée en Allemagne et en Espagne, avec des résultats désastreux, mais la Commission persiste dans cette voie et va même encore plus loin avec un droit d’une durée de 20 ans, applicable au-delà des seuls moteurs de recherche, avec des interférences probables sur la liberté de faire des liens hypertexte.

Nous ne sommes pas prêts d’en voir le bout…

TAFTA: le rétropédalage d’Ayrault… un de plus

Article mis à jour à 22h

Les politiques de libre-échange ont-elles vécu? Le prétendu plaidoyer français en faveur de l’arrêt des négociations avec les Etats-Unis pour le traité transatlantique peut le laisser croire. Mais la réalité est un peu plus complexe… et opaque, de telle sorte que la fin des grands traités n’est pas encore pour demain. Jean-Marc Ayrault vient de la confirmer

Pourquoi la France s’attaque au TAFTA

On sait désormais pourquoi la France demande officiellement la fin des négociations sur le TAFTA: l’accord ne sera pas signé avant le départ d’Obama, et le ou la successeur(e) de celui-ci voudra probablement imprimer sa marque au texte. Les discussions auront lieu durant la campagne des présidentielles en France. Au cas où François Hollande parviendrait à être candidat, il n’a évidemment pas envie de devoir traiter ce sujet symbolique. De bonne guerre, il propose donc une interruption des négociations de façon pour ainsi dire préventive.

Le rétropédalage de Jean-Marc Ayrault

Toutefois, ce vendredi, en visite en Slovaquie, Jean-Marc Ayrault est revenu sur les annonces de François Hollande et les a démenties. Ayrault en a d’ailleurs profité pour dire du bien du traité avec le Canada, comme ses amis allemands. L’annonce de la fin du TAFTA ressemble donc à un enfumage suprême.

L’Allemagne n’a pas dit son dernier mot

Toujours officiellement, le vice-chancelier allemand Siegmar Gabriel, social-démocrate, soutient la demande française en expliquant urbi et orbi que le traité transatlantique est mort. Ce petit coup de pouce entre sociaux-démocrates est bien sympathique et fait chaud au coeur. Il n’ébranle néanmoins pas la détermination de la Chancelière Merkel, qui continue à dire plein de bien de ce texte:

«Il est dans notre intérêt de ne pas rétrograder derrière d’autres régions du monde, comme par exemple les régions asiatiques qui ont déjà conclu un tel accord avec les Etats-Unis», avant de poursuivre : «je pense qu’un tel accord offre des chances de créations d’emplois pour nous et nous avons besoin d’emplois de façon urgente en Europe».

L’ambiguïté de Sigmar Gabriel

Non seulement l’Allemagne n’a pas vraiment renoncé au TAFTA, mais le même Sigmar Gabriel qui a prêté un renfort à la France sur ce sujet, prend une position totalement inverse sur le traité UE-Canada qui lui vaut, en Allemagne, le surnom de « Zigzag-politicien ». Il ne faudrait pas imaginer que le ralliement de Gabriel à la position française s’inspire d’un renoncement au libre-échange (pas plus que la position socialiste en France d’ailleurs). Elle est juste un élément de circonstance qui ne touche pas « au coeur » des objectifs commerciaux européens.

La lutte contre le traité canadien commence

Précisément, sur ce petit frère du traité transatlantique qu’est le CETA (accord Europe-Canada), l’engouement du gouvernement profond européen reste le même. Et ce n’est pas l’action de groupe menée en Allemagne, devant la Cour de Karlsruhe, ni les revendications des agriculteurs, qui vont arrêter le mouvement. Artis Pabriks, député démocrate-chrétien letton en charge du dossier au Parlement européen, vient de l‘expliquer clairement:

L’accord économique et commercial global est un accord négocié entre le Canada et l’Union européenne très complet et extrêmement moderne. Il constitue un exemple pour de futurs accords commerciaux et repose sur une compréhension entre des partenaires qui partagent de nombreuses valeurs.

Le libre-échange, un credo inusable

Contrairement à une idée répandue, l’inspiration libre-échangiste n’a donc pas quitté l’Europe, et beaucoup de ses décideurs continuent à promouvoir de grands accords commerciaux inter-régionaux qui permettent d’intensifier les échanges entre sphères multilatérales. Croire à un reflux durable du libre-échange est donc un enfumage dans les grandes largeurs.

Mais de quel libre-échange parlons-nous?

En revanche, le problème est de savoir de quoi on parle au juste quand on évoque la notion de libre-échange aujourd’hui. Dans la pratique, les accords qui sont négociés visent à faciliter les échanges de biens et de marchandise, mais ils excluent systématiquement la libre circulation des personnes. Nous sommes donc loin de l’esprit des physiocrates, et en particulier de François Quesnay, qui posaient un principe général de libre circulation. Autrement dit, le libre échange n’est certainement pas une doctrine de la libre circulation.

La mort de Schengen et le libre-échange

On remarquera d’ailleurs que la première mort du TTIP vient d’u phénomène totalement extérieur: la montée du terrorisme international, favorisée par la « crise des réfugiés », a mis un terme à toute forme de candeur sur la question de la libre circulation des personnes. Sur ce point, le libre-échange tel qu’on a pu l’entendre avant les années 70, est bien mort. Mais on évitera de dire la même chose des autres aspects de cette doctrine économique, encore très structurante pour l’Europe.

Apple et le gouvernement profond en guerre contre les nations

L’affaire Apple – c’est-à-dire celle d’un modèle industriel transnational fondé sur l’évasion fiscale, en dit brutalement très long sur les véritables clivage structurants de l’Occident contemporain. Au-delà de l’anecdote, ce billet propose donc un décryptage du lien structurel entre la géopolitique de l’Occident et l’émergence de son nouveau modèle économique.

Apple et l’émergence des sociétés transnationales

D’Apple, on ne dira pas qu’il s’agit d’une société multinationale, mais bien d’une société transnationale. En effet, comme l’a montré l’enquête de l’ancien sénateur démocrate Carl Levin, Apple, comme bien d’autres, fonctionne à partir d’une cascade de sièges fantômes dont l’objectif est de permettre une optimisation fiscale, expression pudique qui cache l’évitement fiscal complet. Apple n’est donc pas une entreprise multinationale, mais une entreprise qui est sortie du cercle des nations et ne participe pas à l’effort de financement des dépenses publiques grâce auxquelles elle peut dégager des profits.

Apple et l’Europe

Grâce à l’enquête de Carl Levin, la Commission Européenne a pu mener sa propre enquête (ouverte en avril 2014) sur les pratiques fiscales d’Apple. La Commission sait désormais que le montage d’Apple en Irlande a permis au géant transnational de limiter son taux d’imposition à 0,005% en 2014, après avoir payé 1% seulement d’impôt sur ses bénéfices en 2013. Ces taux, qui laisseront rêveurs plus d’un entrepreneur, expliquent le « redressement » dont Apple fait l’objet aujourd’hui. Le montage est décrit ci-dessous par la Commission:

Apple

Apple et les tax rulings

Pour parvenir à échapper à peu près complètement à l’impôt sur les bénéfices, Apple bénéficie d’un système dit de tax ruling, c’est-à-dire de dérogations fiscales dont la validité juridique, notamment au vu du droit communautaire, est au coeur de l’enquête. En demandant le remboursement de 13 milliards d’euros (Apple détiendrait 181 milliards hors des USA), la Commission glisse donc l’idée que le processus fiscal mis en oeuvre en Irlande n’est pas conforme au droit de l’Union.

Le tax ruling en Europe

L’Irlande n’est évidemment pas le seul Etat à pratiquer ce système, qui consiste à baisser artificiellement ses taux d’imposition pour attirer les sièges sociaux des transnationales. Jean-Claude Juncker, qui porte le fer contre le dumping fiscal en Europe, a lui-même été l’artisan d’un système qui a permis au Luxembourg d’accueillir énormément de sièges fantômes, et qui avait fait l’objet d’une campagne de presse peu de temps après son accession à la présidence de la Commission. Les Pays-Bas et la Grande-Bretagne ont également mis en place, sur certains segments comme l’innovation ou la recherche et développement, une fiscalité concurrentielle.

Comprendre le tax ruling

Le tax ruling donne un bon exemple de la logique de passager clandestin dans un ensemble multilatéral qui devrait être porté par un esprit de coopération. En principe, tous les membres d’un ensemble multilatéral comme l’Union Européenne devraient coordonner leurs pratiques pour ne pas se livrer de concurrence déloyale et pour favoriser la réussite collective (ce qui n’exclut pas une division continentale du travail). L’exemple d’Apple et de l’Irlande montre que certains préfèrent tirer le meilleur profit du système collectif en minimisant leurs coûts de coordination et de participation. Le tax ruling constitue l’un des formes de cette logique de passager clandestin qui pousse certains à optimiser leur profit individuel au détriment du profit collectif.

Les enquêtes de la Commission en cours

Plusieurs enquêtes sont en cours pour « débusquer » les passagers clandestins. Si Apple est le cas le plus emblématique, on notera qu’au Luxembourg, la Commission demande un redressement de 20 à 30 millions d’euros contre Fiat. En Belgique, la Commission estime que 35 entreprises transnationales (dont BASF, Proximus, BP) doivent 700 millions d’euros. Aux Pays-Bas, Starbuck est également sous le coup d’une enquête.

Que cache l’idéologie européiste?

Rétrospectivement, et au vu des éléments ci-dessus, on comprend mieux pourquoi l’Union Européenne est devenue une sorte de croyance fétichiste pour le gouvernement profond. Au-delà du bla-bla sur l’Europe qui garantit la paix et la prospérité, il apparaît de plus en plus clairement que l’édifice communautaire a d’abord permis, par sa porosité et sa capacité à fabriquer des passagers clandestins, à exonérer des profits colossaux de tout impôt digne de ce nom. Derrière les hymnes à la joie candides, c’est donc à une entreprise de prédation et de fraude massive que les membres du gouvernement profond font allusion lorsqu’ils vantent les mérites de l’Europe.

1991, année de la mort de l’Europe

La construction communautaire a-t-elle toujours été le faux nez de cette entreprise de passagers clandestins? Probablement pas, et une étude précise permettrait sans doute de dater historiquement le moment où l’idéal du traité de Rome s’est transformé en grande blanchisserie pour fraudeur fiscal. Dans le cas de l’Irlande, le tax ruling date de 1991. Dans le cas du Luxembourg, la pratique daterait du début des années 2000. C’est donc dans la décennie 90, celle du traité de Maastricht et celle de l’affirmation prussienne, que l’Europe a fait sa mue officielle pour devenir un nid à passagers clandestins.

Entreprises transnationales et institutions multilatérales

On notera avec intérêt qu’Apple, comme d’autres, ont choisi l’Europe comme pivot de leurs forfaits. Pendant ce temps, le fisc américain a officiellement renoncé à récupérer les sommes que l’entreprise transnationale aurait pu payer sur son sol. Ce système en dit long sur la mécanique qui se met en oeuvre dans une sorte de division internationale, voire mondiale, de la fiscalité. Aux Etats-Unis la fonction de portage salarial, qui permet d’attirer sur le sol américain une masse d’ingénieurs capables de produire de l’innovation disruptive. A l’Europe la fonction d’intermédiaire fiscal vers les paradis des Caraïbes.

Structurellement, l’institution multilatérale est donc devenue la meilleure amie de la transnationalisation des entreprises.

Réinventer un projet européen

De cette première analyse succincte, nous pouvons mieux comprendre aujourd’hui l’engouement des élites européennes pour le projet communautaire, et leur obsession à l’imposer malgré les referendums populaires qui l’ont condamné. L’enjeu de l’Union européenne est d’organiser une grande plate-forme qui permet les échanges dans un marché de 500 millions de consommateurs dominée par l’Allemagne, pendant que les trous dans la raquette réglementaire permettent aux grandes entreprises transnationales d’assurer leur développement sans contribuer à la prospérité collective.

On comprend mieux l’angoisse du gouvernement profond après le Brexit.

Pour réparer l’image déchirée de l’Union, quel est le projet désormais en vigueur? parce qu’après tout la bonne vieille nation reste le meilleur rempart contre la paupérisation inéluctable dont la transnationalisation des entreprises est la cause structurelle.

Europe: toujours pas d’idées pour la relancer

L’Europe n’est pas morte après le Brexit, a déclaré Renzi, à la sortie du mini-sommet de Ventotene. Pourtant, après une longue séance de discussion sous le soleil méditerranéen, les ambitions européennes des trois historiques que sont l’Allemagne, la France et l’Italie, présentent un encéphalogramme absolument plat. On relèvera tout particulièrement les abandons en rase campagne par François Hollande de toutes les positions qu’il avait tenues jusqu’ici.

Les propositions de Hollande pour l’Europe

À la sortie du sommet, François Hollande a déclaré:

M. Hollande a de son côté énuméré trois « priorités » pour parvenir à cette relance d’une Union européenne en pleine crise existentielle. La première, selon lui, doit être la sécurité avec la protection des frontières extérieures de l’UE grâce à un corps de gardes-frontières et de gardes-côtes.

La seconde, a-t-il poursuivi, doit être la défense avec « davantage de coordination, de moyens supplémentaires et de forces de projection ». Et la troisième, la jeunesse avec un programme Erasmus d’échanges universitaires « amplifié ».

Oui, mais alors, le projet d’intégration économique renforcée, d’euro-gouvernement, toutes ces idées farfelues qui consistaient à répondre au Brexit par plus d’Europe encore, et plus de bureaucratie? C’est passé à la trappe? Visiblement oui. Le projet européen n’est désormais plus que sécuritaire, et va viser, comme suggéré sur ce blog à plusieurs reprises d’ailleurs, à faire financer la défense française par ses voisins.

Les eurolatres manquent d’imagination

Tous ceux qui (dont l’auteur de ces lignes) qui considèrent que le Brexit était une conséquence plausible de la folie eurolatre qui s’est emparée du gouvernement profond depuis plusieurs années, et une étape nécessaire pour la construction d’un vrai projet européen, boivent du petit lait. Quels sobriquets n’avons-nous entendu de la part des partisans du « Remain » à propos du « Leave »: démogogie, populisme, racisme larvé, repli sur soi, petitesse, tout y est passé pour nous minorer face à ces intelligences surpuissantes qui prônaient le statu quo.

Toutes ces intelligences surpuissantes qui sont convaincues que l’Europe, c’est l’intelligence, et que l’Etat-nation, c’est la bêtise, qu’ont-ils à proposer aujourd’hui? Quelle est leur vision d’avenir? Quelle solution leur brillante intelligence propose-t-elle?

La vérité est triste à dire, mais elle est têtue: l’europhilie aujourd’hui est la caractéristique première des crétins fats. Ils se pensent supérieurs à tout le monde, mais ils sont bien en peine d’expliquer pourquoi ils aiment l’Europe (à part répéter que c’est comme ça, que l’Europe c’est moderne, que l’Europe c’est la paix, que l’Europe c’est la lumière), et ils sont bien en peine d’avoir la moindre idée sur la façon de la remettre sur les rails.

Ah si! il y a bien une idée! élargir Erasmus. Bonjour la modernité! bonjour l’ambition!

Les eurolatres ont tué l’idée européenne

En réalité, s’il existe des coupables dans la mort d’une certaine idée de l’Europe, il ne faut pas les chercher ailleurs que chez les eurolatres. Ces gros bourgeois repus, hautains, conformistes, ont transformé l’ambition européenne en tumeur nécrosée que plus aucun chirurgien n’ose opérer.

Terrorisme: l’histoire de l’Europe s’accélère

Article écrit pour atlantico, mis à jour le 23 juillet à 8h20.

L’histoire de l’Europe connaît en ce moment même une accélération comme on en connaît rarement au cours d’une génération. Il est trop tôt, bien sûr, pour en comprendre le sens et la nature, et pour en anticiper l’orientation finale. Et il est malheureusement très probable que la tragédie ne fasse que commencer.

Pas de répit après le Brexit

Assez curieusement, c’est par la démocratie même que la démocratie européenne a connu l’un de ses premiers bouleversements historiques. Avec le Brexit, l’Europe s’est réveillée brutalement d’un rêve heureux. Et soudain, elle a compris qu’elle avait mangé son pain blanc.

Désormais, les peuples ne dissimulent plus leur sentiment d’un excès d’inconvénients de l’Union Européenne qui surpasse la masse de ses avantages. L’Europe, cette évidence d’hier, cette grande allée toute droite dans le destin des peuples et de la civilisation, est devenue un labyrinthe incertain.

Et puis le terrorisme revient.

Nice et l’agonie du multiculturalisme

Après l’attentat de Nice, la réaction des populations s’est faite incertaine. Le « pas d’amalgame » semble avoir vécu. Les langues se délient. La prise de conscience se fait. Les mots viennent pour dire les choses qui dérangent. Le projet politique de l’Islam est interrogé. La capacité de l’Etat à assurer la sécurité est passée au crible. L’idéologie de l’unité à tout prix ne prend plus.

Rapidement, chacun sent bien que nous sommes à un tournant de notre histoire. Peu à peu, le sanglot de l’homme blanc s’assèche et fait place à une réaction identitaire encore timide, mais prometteuse: la civilisation européenne doit résister à la barbarie. Elle doit affirmer ses valeurs, ne plus céder de terrain. Et ceux qui s’y installent doivent les accepter.

Munich et ses inconnues

La tuerie dans un centre commercial de Munich n’a pas fini de produire ses effets. Pendant un temps, l’Allemagne a cru que trois hommes au moins y avaient passé la nuit après avoir tiré sur la foule. Les Allemands s’éveillent dans un univers où la tragédie peut se reproduire partout.

Quel impact cet épisode de peur peut-il avoir sur la lecture que les Allemands feront de l’ensemble européen? de la coopération communautaire? Personne ne le sait encore, mais la réaction pourrait être terrible. Au-delà des antiennes répétées par les germanophiles en France sur le mode « les Allemands ont changé », personne en réalité ne peut savoir si ses démons se réveilleront ou non.

L’Europe va-t-elle se réveiller?

D’une certaine façon, cette tragédie est une forme contemporaine d’ordalie, cette administration de la preuve prévue par le droit franc et germanique qui consistait à mettre une barre de fer rougi dans les mains du suspect pour lui faire avouer ses vérités. La tragédie du terrorisme, c’est l’épreuve de la conscience européenne.

L’Europe est-elle un idéal d’intellectuels et de technocrates animés par des vues théoriques coupées des réalités? Ou bien est-elle un présent vivant, un enjeu pour ses peuples? Ceux-ci exigeront-ils que l’Europe réagisse de façon concertée à la menace qui pèse sur elle? Les peuples demanderont-ils une transformation en profondeur du projet européen: moins de bureaucratie, plus d’action et de sécurité?

Les semaines à venir le diront.

L’Europe, au bord du gouffre, doit se réveiller

Incidemment, l’Europe n’a plus guère le choix. La construction communautaire, avec son cortège de bureaucrates, a endormi l’esprit combatif des Européens. Ce sont pourtant eux, les Européens de la rue, qui seront les derniers remparts contre la menace qui pèse désormais.

Il existe, dans la conscience européenne, une couche basse de la mémoire, une sorte de souvenir des vingt-cinq siècles qui se sont écoulés avant le nôtre. Cette mémoire est celle d’un promontoire prospère niché aux confins du territoire asiatique, ouvert sur un océan tempéré, généreux, où les peuplements ont souvent dû se défendre pour survivre face à de nouveaux arrivants.

Les Européens d’aujourd’hui se souviendront-ils de cet héritage? Le perpétueront-ils? Il le faut et nous devons l’y aider.

L’Europe connaît l’Islam depuis longtemps

D’ailleurs, la relation douloureuse avec l’Islam n’est pas un fait nouveau pour la conscience européenne. L’invasion de l’Espagne, la bataille de Poitiers, puis la menace ottomane, ont rôdé pendant plusieurs siècles la riposte chrétienne au Jihad. Nous avons su nous forger des certitudes et une détermination à agir au cours des siècles.

Certes, cette détermination a parfois pris des chemins détournés ou inverses. Il n’en reste pas moins que l’émergence d’un projet politique islamique sur le territoire européen n’est pas inédit et nous savons que nous pouvons y résister.

Les Européens doivent agir

Cette résistance suppose que l’Europe passe un cap. Celui-ci repose sur l’affirmation d’une conscience européenne, d’une nature aussi ancestrale que nouvelle. Les Européens n’ont plus le choix. Ils doivent tourner le dos à leur idéal d’une construction politique désincarnée, abstraite, et pacifique. Ils doivent assumer la tragédie d’habiter un appendice prospères aux confins d’un monde misérable.

Les Européens doivent oublier la construction communautaire et retrouver la mémoire durable d’un vrai projet continental, fondé sur le respect des libertés individuelles et sur la préservation de leur modèle de développement. Nous savons aujourd’hui que nous préférons le défendre dans la paix, mais que les rumeurs de la guerre commencent à nous parvenir.

Pariez sur une crise systémique à la rentrée

Faut-il craindre une nouvelle crise systémique ? Depuis la Grande Crise de 2008, la question est devenue une sorte de marronnier de l’été, tant l’incertitude est structurelle dans l’ensemble de l’appareil économique. En outre, peu d’étés se sont déroulés depuis cette date sans que des incidents graves ne surviennent.

Après la crise de l’euro en 2011, le monde a ainsi connu l’effondrement boursier en Chine, les quasi-faillites de la Grèce, etc. Ces incidents n’ont toutefois pas débouché jusqu’ici sur des mises en danger mondiales, même si nombre d’observateurs sont convaincus qu’un nouveau krach est inévitable.

Peut-il arriver cet automne? Plusieurs éléments le laissent à penser et des paris raisonnables peuvent être pris sur un événement douloureux entre septembre et novembre.

L’Europe toujours malade de ses banques

À la différence des États-Unis où le complexe militaro-industriel est plus puissant que le lobby bancaire, l’Europe s’est totalement jetée dans les bras de la finance sans se préoccuper d’industrie de défense. Ce suicide programmé s’est opéré il y a une quarantaine d’années environ, lorsque les élites continentales (et françaises au premier chef) ont décrété la ringardise de l’industrie et la modernité de la banque.

Les banques sont devenues toutes puissantes en Europe, et notamment en France où la majorité des responsables politiques est fascinée par le pouvoir de l’argent, pendant que la technostructure rêve chaque matin en se rasant d’être recrutée à prix d’or par une grande banque ou par une banque d’affaires pour y monétiser son carnet d’adresses. Cette idolâtrie a ouvert des boulevards aux banquiers pour un grand n’importe quoi, et notamment des bilans gonflés à l’hélium avec des fondamentaux défaillants.

Le 29 juillet, l’autorité bancaire européenne doit publier le bilan des stress tests réalisés cette année. On sait que ces publications font d’ordinaire oeuvre de pudibonderie. Elles devraient néanmoins souligner l’insuffisance en fonds propres des banques italiennes. Beaucoup d’initiés pensent que le régulateur européen fera oeuvre utile en cachant pudiquement la situation dans un certain nombre d’autres pays européens.

Mais que se passe-t-il en Italie?

Certains avancent le chiffre de 340 milliards d’euros de créances douteuses pour les banques italiennes. Autrement dit, les banques italiennes ont accordé des crédits qui risquent de ne pas être remboursés pour un montant de cette taille, équivalent au budget de l’Etat en France.

Traduction: l’Italie pourrait avoir à faire face à un choc interne de même ampleur qu’une banqueroute de l’Etat en France.

Bien sûr, le financier sait que la peur fait venir le danger, et tout le monde s’emploie à conjurer l’un et l’autre en disant que tout cela n’est rien. L’Italien Angeloni, responsable de la supervision bancaire à la BCE, a cherché à minimiser le phénomène dans une interview à la presse italienne:

"Certaines banques sont handicapées par un niveau élevé de 
prêts non-performants. Le problème peut être géré mais ne doit 
pas être sous-estimé", a dit Angeloni à Il Sole 24 Ore dans un 
entretien publié vendredi.

« Le problème peut être géré »… Entendez: le contribuable doit mettre la main à la poche pour réparer les folies bancaires, comme d’habitude.

Ce faisant, la Commission Européenne a autorisé le gouvernement italien à actionner un fonds public de 150 milliards € pour garantir les liquidités bancaires. Les spécialistes savent que cette opération de passe-passe qui consiste à demander au contribuable de payer un impôt réinjecté sous forme d’argent au guichet fréquenté par le client des banques est une étape importante dans l’enfoncement au coeur des sables mouvants.

L’Allemagne n’est pas épargnée

En Allemagne, la situation n’est pas meilleure, contrairement aux délires prussophiles de l’élite française. Le FMI, il y a quelques jours, n’a pas hésité à mettre les pays dans le plat en publiant une étude sur les G-SIBs, c’est-à-dire les établissements bancaires de taille systémique, comportant ce texte:

« Au sein des G-SIBs, Deutsche Bank apparaît comme le plus plus important contributeur net en termes de risques systémiques suivi par HSBC et Credit Suisse », précise le FMI.

« Le poids relatif de Deutsche Bank souligne l’importance de la gestion des risques, de la supervision intensive des G-SIBs et du suivi rapproché de leurs expositions transfrontalières », poursuit le Fonds qui estime nécessaire de mettre en place rapidement des mesures pour assurer la liquidation des banques en difficulté.

S’agissant des « mesures à mettre en place », les banquiers de la Deutsche Bank ont leur idée. L’économiste en chef de la banque a donné une interview au Welt am Sonntag  où il demande un plan européen de sauvetage des banques de 150 milliards €.

« Europa ist schwer krank »: l’échec de la BCE

« L’Europe est très malade » dit ce chef économiste. Encore passe-t-il sous silence la dangereuse politique d’exposition au risque menée par la Banque Centrale Européenne depuis plus d’un an. Tout le monde se gausse de l’échec remarquable de cette politique qui a consisté à gonfler de 50% le bilan de la Banque sans aucun effet sur l’économie du continent.

On rappellera ici que la BCE a officiellement décidé de lâcher des liquidités (son fameux « Quantitative Easing ») pour réanimer une inflation mourante (le mandat de la BCE est de maintenir l’inflation autour de 2%). Voici l’histoire de l’inflation en Europe depuis 10 ans selon Eurostat:

crise systémique

Autrement dit, les interventions massives décidées en mars 2015 n’ont produit aucun effet notable, si ce n’est qu’elles évitent (peut-être) la déflation à prix d’or. La BCE chasse le moustique avec une enclume. Le résultat de cette politique est assez bien reflété dans le graphique produit par la banque Natixis:

crise systémique

La ligne mauve montre bien que, depuis mars 2015, les liquidités en Europe ont littéralement explosé sans que ce déluge d’euros n’ait le moindre impact manifeste sur l’activité.

En revanche, cette folie a un inconvénient: en cas de retournement sévère du marché, amplifié par l’expansion du shadow banking, la BCE sera incapable de réagir. Son bilan sera en effet alourdi par des créances douteuses et elle ne pourra jouer son rôle de créancier en dernier ressort.

Bref, les banques européennes sont au bord de l’effondrement, et la BCE n’a aucune marge de manoeuvre pour les soutenir.

En route vers la crise systémique

Ces éléments ne signifient pas qu’une crise systémique interviendra à coup sûr à la rentrée. Ils signifient en revanche que la probabilité que cette crise survienne est encore plus forte que les années passées, et que la crise sera d’autant plus violente qu’elle aura tardé à survenir.

Il ne faut pas ici sous-estimer l’impact politique de cette crise, qui pourrait intervenir au pire moment pour le continent.

Les difficultés internes de l’Europe connaissent en effet un tournant, ou une rencontre de séries différentes comme aurait dit le philosophe de l’Histoire Cournot. D’une manière globale, le gouvernement profond européen se raidit d’autant plus qu’il est fortement contesté par les peuples. D’autre part, une menace nouvelle liée aux mouvements démographiques apparaît. Enfin, les tensions militaires existent, notamment avec la Russie.

Qui paiera la crise systémique? Vous!

Je ne pouvais évidemment finir cet article sans glisser la petite remarque qui tue. En cas de crise bancaire majeure, l’Union n’a pas formalisé de règle pour les garanties de dépôt. Autrement dit, un scénario à la chypriote où les faillites bancaires seraient évitées par une mobilisation totale ou partielle des avoirs des clients n’est pas exclue. Un récent rapport du Sénat fait un point utile sur le sujet:

Dès l’origine, la proposition de garantie des dépôts a fait l’objet d’une forte contestation de la part de certains États membres, dont l’Allemagne et la Finlande, qui ont déploré l’absence d’analyse d’impact initiale de la part de la Commission et contesté la base juridique retenue (l’article 114 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne). Une contestation identique de la base juridique avait été formulée lors de la négociation du deuxième pilier sur la résolution et conduit à l’élaboration d’un accord intergouvernemental pour traiter du Fonds de résolution unique. À nouveau, les arguments avancés présentent la proposition non pas comme un rapprochement des législations mais comme un transfert de ressources et, partant, comme un sujet de nature fiscale nécessitant un vote à l’unanimité. Cette contestation est de nature à soutenir la demande de recours à un accord intergouvernemental au motif qu’un règlement sur la base de l’article 114 ne peut valablement autoriser un transfert budgétaire.

Bref, en attendant que l’Allemagne cède (son angoisse est de demander aux épargnants allemands de financer les faillites des autres, l’inverse ne la gênant bien entendu pas), chaque pays agira selon son bon vouloir. Et rien n’empêcherait une saisie directe des avoirs des particuliers par les Etats.

Bon été à tous!

Un eurolâtre, ça ose tout, c’est même à ça qu’on le reconnaît

L’eurolâtre, c’est celui qui répète sans se lasser la leçon qu’on lui a inoculée depuis tout petit: l’Europe, c’est la paix, l’Europe, c’est la prospérité, l’Europe, c’est la seule façon de peser dans le monde parce qu’on est devenu tout petit. Quoiqu’il arrive, il s’accroche à ces mots comme une bernique à un rocher.

L’eurolâtre, finalement, on l’aime bien pour le compromis qu’il a réussi entre le Homais de Flaubert qui enfile les platitudes avec un air pédantesque et le Simplet de Blanche-Neige, qui sourit à tout et ne se départit jamais de sa naïveté candide. Sur lui, tout glisse.

Par exemple, à son assertion dure comme fer selon laquelle « l’Europe, c’est la paix », il ne sert à rien de répondre que cette paix n’eut pas existé sans le rideau de fer, sans la dissuasion nucléaire, sans l’équilibre des forces, et, depuis l’effondrement du bloc soviétique, sans l’étroite surveillance américaine sur le continent. L’Europe, c’est la paix, sauf dans l’ex-Yougoslavie, sauf en Ukraine, et dans quelques territoires comme la Tchétchénie qui se trouvent à nos marches, mais qui n’en sont pas moins en guerre. Et on reprendra le dossier de la paix en Europe quand l’OTAN aura installé son bouclier anti-missiles sur les territoires de l’ex-Europe de l’Est. Mais, ne perdons pas de temps à énoncer ces banalités: l’eurolâtre leur tourne ostensiblement le dos.

Par exemple, à son assertion selon laquelle « l’Europe, c’est la prospérité », il ne sert à rien de répondre que le continent européen est la zone du monde où la croissance est la plus faible et la zone euro l’espace où le chômage est le plus élevé dans le monde industrialisé. L’eurolâtre a un dogme révélé par un dieu mystérieux qui lui commande de fermer les yeux sur toute réalité qui le dérange, et quand on lui met des chiffres sous les yeux, il répond, façon Moscovici: les bienfaits de l’Europe sont partout sauf dans les statistiques.

Disons même que les méfaits de l’Europe sont dans les statistiques, mais le dieu des eurolâtres interdit de les lire.

Eurolâtre jusqu’à la barrosophilie

Ne cachons pas notre admiration pour le courage, la patience, la résignation avec lesquels l’eurolâtre endure les cataractes qui lui obscurcissent les yeux.

L’eurolâtre adore dire que l’Europe est l’admirable produit d’un esprit démocratique. Cette pétition de principe ne souffre aucun démenti. La démocratie, c’est l’Europe, et l’euroscepticisme, c’est un premier pas sur la voie du fascisme, ou, comme disait je ne sais plus quel nain de jardin auto-proclamé intellectuel libéral, c’est le retour des barbelés sur le continent.

Ben voyons! Et paf! quelques jours à peine après le cinglant Brexit, l’ancien président de la Commission Européenne, l’ami des lobbies José Manuel Barroso, se fait embaucher au plus haut niveau par une banque américaine qui a truqué les comptes de la Grèce.

Superbe test pour l’eurolâtrie! J’oserais même dire que Barroso n’a pas réellement l’intention d’oeuvrer pour ces voyous de Goldman Sachs. Il veut juste vérifier la foi de nos eurolâtres en chef.

L’épreuve est redoutable, puisque, certains, de peu de foi, ont renié leur religion dès les premières heures de la trahison barrosienne en ne trouvant pas de mots assez durs pour la condamner. Il faut dire que même avec d’épaisses strates de purin au maïs transgénique sur les yeux, il devient difficile de ne pas voir que ce que l’on appelle « démocratie » est une immense, mais alors là! vraiment immense arnaque où l’Europe démocratique est un prétexte pour imposer des normes qui favorisent des distorsions de concurrence entre les entreprises et les Etats membres.

Mais beaucoup gardent la foi chevillée au corps et préfèrent se porter pâle au moment des rappels cruels si difficiles à affronter. Regarder le bout de ses chaussures en prononçant sans relâche ses poésies jaculatoires: « l’Europe est belle, l’Europe est grande, l’Europe est notre divinité », et surtout ne pas lever les yeux sur les truanderies, les indulgences, les compromissions et les mensonges proférés au nom de cette triste Europe. Continuons, à la manière des Raéliens, à soutenir des absurdités, à défendre des contre-vérités, ce n’est qu’un mauvais moment à passer. Notre rêve est si euphorisant! ne nous ramenez pas à cette vulgaire réalité!

Par exemple, pas un mot de l’affaire Barroso sur le remarquable organe de propagande Slate, dont le conseil de surveillance est présidé par Jacques Attali. Pas un mot non plus dans les colonnes de la Règle du Jeu de BHL. Le Monde est même parvenu à titre: Barroso, l’anti-européen. Pourquoi ne pas expliquer que Barroso a fait campagne pour le Brexit, tant qu’on y est? Un ange passe…

Les eurolâtres osent vraiment tout

Pendant que les pénitents défilent avec un grand capuchon sur la tête, les yeux baissés vers le sol et la Madonne Europe sur les épaules, les affaires continuent. L’Allemagne tient vraiment à signer le TAFTA, et elle aura gain de cause. L’Allemagne veut détourner l’attention des Européens vers la Russie, et elle y parviendra. La Commission veut protéger les industriels, et elle renouvelle l’autorisation de mise sur le marché du glyphosate.

Bref, rien ne change, et les eurolâtres s’en félicitent.

Brexit: une femme pour balayer le vote populaire

Les Anglais ne manquent vraiment pas d’humour. Après leur brillant Brexit, et une série de défections pour le mettre en pratique, ils ont finalement trouvé une femme, Theresa May, ministre de l’Intérieur, pour faire le ménage et balayer les prétentions populaires. Ceux qui imaginaient que le vote des paysans reculés auraient le même poids que celui des cosmopolites londoniens en sont pour leurs frais: l’élite britannique fera tout pour rester dans l’Union, quitte à se renier.

Theresa May, la femme chargée du ménage

Theresa May a émergé au fil des désistements, qui furent nombreux. On notera en particulier que son ultime compétitrice, Andrea Leadsom, a commis l’imprudence d’évoquer son statut de mère pour légitimer sa candidature. Les féministes ne le lui ont pas pardonné.

La particularité de Theresa May est d’avoir milité contre le Brexit et d’être aujourd’hui chargée de le réaliser. On s’en amuse par avance.

Theresa May, la preuve que le « Remain » et le nationalisme font bon ménage

Contrairement aux élucubrations qui ont tenté de faire croire que le « Remain » était le parti de l’ouverture d’esprit alors que le « Leave » était celui de l’obscurantisme, Theresa May a soutenu le « Remain » tout en menant des campagnes qui nous laisseraient pantois et lui vaudraient en France des campagnes haineuses.

Par exemple, Theresa May a lutté pour le renvoi au pays (appelé « deportation ») de tous les immigrés gagnant moins que le salaire moyen britannique. Elle a aussi financé un bus avec une pancarte: « Rentrez chez vous », à destination des immigrés clandestins.

Brexit

Comme disait je ne sais plus qui, les partisans du Brexit étaient ceux qui ne veulent pas parler à leurs voisins, quand les adversaires du Brexit étaient pour l’abolition des frontières.

Theresa May va balayer le Brexit

Si Theresa May s’est sentie obligée de préciser aujourd’hui qu’il ne pouvait y avoir de retour en arrière sur le referendum et qu’un « non » était un « non », tout le monde a bien compris le coup de Jarnac qui se prépare en Grande-Bretagne. La Chambre des Communes a en effet décidé d’organiser un débat, le 5 septembre, sur la tenue d’un nouveau referendum.

L’agitation va bon train, donc, pour neutraliser un vote populaire qui gêne le gouvernement profond britannique.

Le travail détaché: une autre histoire de l’Europe

Article écrit pour le Figarovox.

Le travail détaché, et sa fameuse directive Bolkenstein (qui prévoit que des travailleurs temporairement détaché dans un pays de l’Union restent soumis à la protection sociale de leur pays d’origine) fait partie de ces poutres dans l’oeil de l’Union Européenne que l’élite parisienne ne voit pas. Elle préfère s’occuper des pailles qui traîne dans tel ou tel discours eurosceptique. Et pendant ce temps, l’idéal européen subit une redoutable et probablement mortifère hémorragie dans les esprits de tous ceux qui, du jour au lendemain, comprennent que l’Europe telle qu’elle est construite aujourd’hui flatte les forts et punit les faibles.

Le travail détaché au jour le jour

À Paris, tout cela est évidemment invisible. Mais, dans nos provinces, l’effet est d’autant plus sanglant qu’il frappe dur et sec, mais en silence. Aucun média n’évoque jamais la réalité du terrain.

Par exemple, en Lorraine, les usines ferment. Mais ce sont des Bulgares qui sont appelés comme bûcherons saisonniers dans les forêts. Pendant ce temps, les villages locaux se meurent, perclus de chômage, de revenu de solidarité active et d’allocations sociales accordées à des traîne-misères qui se retrouvent au café pour écluser leur chagrin. De quoi parlent-ils, ces misérables qui n’ont pour avenir que les minima sociaux et la désespérance molle du pays? Des victoires nécessaires du Front National, de la nécessaire lutte contre l’immigration, contre l’Europe qui les assassine, contre les élites qui leur mentent.

Dans les villages où les Parisiens ne vont jamais, où les intellectuels n’imaginent pas perdre cinq minutes de leur précieux temps, c’est ainsi que se fabrique l’opinion publique: dans le ressentiment, dans la frustration, dans la haine pour ces décideurs qui les prennent de haut, qui leur donnent des leçons mais qui ne leur donnent pas de pain. En vérité, la France connaît le retour de la misère, mais elle est cachée dans des campagnes mouroirs dont personne ne se préoccupe.

Il faut comprendre, depuis nos quartiers rutilants, le tombereau de haine que suscite le bûcheron bulgare payé à quatre ou cinq euros de l’heure, dans le coeur des chômeurs français qui ont vu s’étioler leur tissu industriel local. Le mot « tombereau » est sans doute faible.

Le lourd silence officiel sur le travail détaché

La meilleure preuve du désintérêt officiel pour cette question qui obsède tant les Français est donnée par le silence statistique sur le sujet. Combien la France compte-t-elle de travailleurs détachés venus concurrencer sa main-d’oeuvre pour une bouchée de pain?

En 2015, certains soutiennent que leur nombre aurait augmenté de 25%. Ils seraient 286.000. Autrement dit, leur nombre aurait augmenté de 75.000 en un an, soit les trois quarts du surcroît de chômeurs enregistrés en France dans la même période. D’autres sources citent plutôt le chiffre de 400.000 ou 500.000 personnes. Ce qui est sûr, c’est que des contingents d’Espagnols, de Portugais, de Polonais, de Roumains, viennent concurrencer les Français avec des salaires faibles et des cotisations sociales réduites, dans des proportions limitées en apparence, mais qui suffisent à nourrir les rancoeurs.

Le plus dur, dans cette affaire, ne tient probablement pas à la concurrence proprement dite, mais plutôt à l’indifférence des autorités pour une question devenue subrepticement sensible.

Le populisme du gouvernement fait du mal à l’Europe

Manuel Valls a annoncé aujourd’hui son intention de ne plus appliquer la directive Bolkenstein sur le travail détaché si ses principes ne sont pas modifiés. Le Premier Ministre commence ainsi à tirer le fil d’une pelote dont personne ne sait où elle se terminera.

On ne peut évidemment passer sous silence le populisme sous-jacent de cette proposition. Celle-ci nourrit l’illusion, en creux, que la suppression du travail détaché permettra d’augmenter l’emploi des Français. Mais Manuel Valls aura-t-il le courage de dire les choses qui fâchent?

L’écrasante majorité des chômeurs français serait en effet bien en peine de remplacer les Bulgares, les Roumains, les Polonais, qui seront renvoyés dans leur pays. D’abord, dans tous ces travaux, il faut se lever tôt et travailleur dur tous les jours. Tous ceux qui tètent depuis des années le lait doux-amer du minima social ont souvent oublié ce que travailler voulait dire: se lever ponctuellement tous les matins, accepter le système hiérarchique, produire, rendre compte, se donner de la peine.

Surtout, Manuel Valls n’ose pas leur dire la cruelle vérité: à compétences égales, le travail à faible qualification en France coûte trop cher, notamment du fait d’une protection sociale étatisée peu performante. Les bénéficiaires des minima sociaux en France s’entendent sans doute pour condamner le travail détaché, mais ils seraient bien en peine d’accepter les sacrifices imposés par sa suppression.

Mais cette réalité-là est difficile à expliquer frontalement. Il vaut mieux jouer de façon totalement populiste sur la haine ou la peur de l’autre. Pour le reste, les employeurs n’auront qu’à faire le sale boulot de remise en ordre d’une main-d’oeuvre déstructurée par le chômage et bercée d’illusions par un code du travail trop généreux. Et si tout cela ne suffit pas, il n’y aura qu’à fermer les entreprises et aller ailleurs.

Triomphe du libéralisme ou de la réglementation?

Avec le travail détaché, l’Europe commence à entrer dans le dur de ce qui fait son identité en tant que structure multilatérale. La question qui s’ouvre pose la question même de son avenir.

Faut-il maintenir des réglementations et des normes qui sont autant de distorsions à la concurrence? En autorisant les pays d’Europe de l’Est ou du Sud à envoyer des salariés à bas prix dans les pays dotés d’une sécurité sociale coûteuse, la directive Bolkenstein a en effet fondé l’Europe sur un principe de normes différentielles. Les travailleurs oeuvrant dans un même pays ne sont pas soumis aux mêmes règles locales.

La directive Bolkenstein portait en elle la négation du marché, puisqu’elle fixait des règles différentes pour des acteurs en concurrence sur un même marché. Elle prouve que l’Union s’est, avec le temps, transformée en instrument aux mains des grands groupes capables de piloter des transferts de population pour assurer leur production. Tout, dans Bolkenstein, respire la connivence étatique mise au service des intérêts les plus fortunés.

N’oublions jamais que c’est cette Europe-là que les Britanniques ont rejeté: cette Europe d’arrangements interminables et cafouilleux qui, sous les apparences d’un libéralisme forcené, à transformer le continent en une jungle dangereuse dont personne ne parvient plus à sortir indemne.