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13 novembre: pourquoi l’association Life in Paris

Les attentats du 13 novembre laissent un goût amer aux victimes… Je poursuis ici la publication des extraits des auditions de la commission parlementaire. Aujourd’hui, je publie l’intervention de la présidente de la toute nouvelle association Life in Paris, qui veut de façon assez convaincante rassembler les bonnes volontés parmi les victimes, pour améliorer la gestion du risque terroriste en France. On saluera la dignité de Caroline Langlade, qui sait défendre ses positions avec fermeté et intelligence.

Les amateurs iront consulter les vidéos complètes de l’audition de lundi dernier. Ils compareront utilement les interventions de Caroline Langlade avec celles de Georges Salines, président de l’association « 13 novembre », qui est médecin et fonctionnaire de la Ville de Paris, doué d’un grand talent pour préférer la défense des intérêts de l’administration à ceux de ses adhérents.

Bien joué, le service public, de confier la représentation des victimes de l’attentat à l’un des siens! Au moins, on est sûr que ces mauvais citoyens qui demandent des comptes n’embêteront personne…

 

13 novembre: le traitement indigne des victimes

Comment les victimes du 13 novembre ont-elles été traitées par les pouvoirs publics? J’ai décidé de produire ici un premier montage de l’audition des victimes du 13 novembre. Ce qu’on y découvre est tout simplement hallucinant. Alors que Patrick Pelloux s’était félicité d’avoir organisé le matin même du 13 novembre une répétition de l’intervention des secours, les récits des victimes laissent apparaître une terrible impréparation de l’appareil hospitalier parisien à ce type de catastrophe: manque de coordination des hôpitaux, impossibilité d’accéder aux autopsies, victimes abandonnées à elles-mêmes lorsqu’elles ne sont pas blessées, etc.

Au-delà de ces terribles manquements, l’analyse des faits montrent toutes les failles de la machine administrative face au désastre. Le pire est le mutisme des autorités sur le déroulement de l’enquête où les circonstances des décès.

Enfin, on notera quelques éléments sordides, comme la pression exercée par les caisses de sécurité sociale pour que les victimes se constituent partie civile pour pouvoir solliciter la prise en charge à 100% de leurs soins.

Au total, les auditions montrent comment la machine étatique est incapable de délivrer un service correct aux citoyens victimes d’un attentat.

Je diffuserai demain les extraits relatifs au drame lui-même.

 

Attentats du 13 novembre: les étranges révélations du Monde

Le Monde a publié hier un intéressant récit des événements du 13 novembre. Il est le produit d’une lecture des 6.000 procès-verbaux de l’enquête. Les détails donnés sont vraiment curieux, et posent quand même quelques questions de vraisemblance.

6.000 documents pour le 13 novembre

On posera une question méthodologique de base: comment résumer, même en deux pleines pages, 6.000 documents établis en six semaines d’enquête? La question tient à la fois de la méthode journalistique et de la méthode historique. L’article est signé par trois journalistes, mais comportent peu de renseignements sur la façon dont il a été écrit. Au bas mot, chaque journaliste a eu vraisemblablement peu de temps pour digérer 2.000 documents et en apporter la synthèse à ses collègues avant publication.

Je n’ai aucun doute sur le professionnalisme des journalistes en question, mais enfin, matériellement il est évident qu’ils n’ont guère disposé du temps nécessaire pour faire une lecture raisonnée des documents auxquels ils ont eu accès.

Le 13 novembre et l’énigme du 12

Ces défauts apparaissent dès les premières lignes, lorsque les journalistes soutiennent que les frères Abdeslam se sont mis en route à Bruxelles le 12 novembre à 4h30 en compagnie de Mohamed Abrini pour faire une escale de 10 heures à Charleroi au volant de la Seat retrouvée le lendemain soir à Montreuil et de la Clio retrouvée porte de Clignancourt. La Polo du Bataclan les aurait rejoints, regroupant les trois terroristes du Bataclan et Bilal Hadfi qui s’est suicidé au stade de France.

Ils auraient repris la route vers 16 heures, et seraient arrivés à Paris vers 19h30: les uns à Bobigny, dans un pavillon, les autres à Alfortville, dans un Appart’City.

Cette version pose quand même quelques problèmes sérieux. On se souvient en effet qu’Abrini a été filmé au volant de la Clio le 11 novembre à 19h dans une aire d’autoroute en direction de Paris. La version officielle a toujours affirmé que les caméras de vidéosurveillance avaient permis d’identifier Salah Abdeslam à ses côtés. À en croire le Monde, les deux gaillards seraient donc allés à Paris une première fois dans la soirée du 11, seraient revenus dare-dare dans la nuit du 11 au 12 à Bruxelles, pour repartir le 12 dès 4h30 à Charleroi, y passer 10 heures, puis repartir à Paris où ils étaient la veille à la même heure.

Cette version peut-être vraie, mais elle demande quand même quelques éclaircissements: pourquoi autant d’agitation? Quel pouvait être le but du voyage du 11 novembre? S’il s’agissait de reconnaître les lieux, comme ce fut souvent dit, pourquoi arriver le 12 au soir à Paris alors?

Le 13 novembre et les frères Abdeslam

Autre problème dans la version du Monde: les frères Abdeslam sont réputés s’être trouvés à Paris le 12 novembre au soir. Mais un témoignage recueilli quelques heures après les attentats les situe à Molenbeek ce soir-là. Ils s’y seraient disputés dans la rue, autour d’une histoire d’argent.

Il est vrai que ce témoignage « belge » n’est pas très facile à manier pour la version officielle. Il laisse à penser que Brahim Abdeslam attendait une somme d’argent en échange de sa participation aux attentats. Cette vénalité correspond d’ailleurs assez bien au portrait de ces hommes décrits comme des petits voyous, jouisseurs et désargentés, mais elle percute la version officielle d’un kamikaze épris d’Islam.

Là encore, rien ne prouve que ce témoignage précoce soit vrai. En revanche, il n’est pas expliqué par la version « officielle », qui n’apporte pour le reste aucun élément flagrant de preuve pour le démonter.

La version du Monde attribue en outre à Salah Abdeslam le rôle de convoyeur des kamikazes de Saint-Denis à 21h. Salah aurait quitté Bobigny avec eux à « 20h29 » (c’est précis). On retrouve sa trace avérée vers 22h porte de Clignancourt, où il abandonne la Clio au milieu d’une passage piétons. Que s’est-il passé entre ces deux moments? Rappelons que des témoins oculaires soutiennent qu’il faisait partie de l’équipe qui a procédé à la fusillade de la Belle Equipe, rue de Charonne, à 21h36.

Le 13 novembre et le Bataclan

Autre point surprenant: la version officielle affirme que la Polo qui transporte les assaillants du Bataclan quitte Alfortville à 19h30 pour se rendre à la salle de concert. Là encore, les témoignages recueillis dans les jours qui ont suivi ont soutenu que la Polo s’était garée dès 19h30 rue de Crussol. Plusieurs témoins l’ont vue au même endroit. L’un d’eux a même tenté de la signaler à Police Secours, qui ne répondait pas…

En soi, ce détail n’est pas capital. Simplement, il montre que les 6.000 documents sont loin d’avoir épuisé le sujet de déroulement chronologique des opérations.

Le 13 novembre et ses révélations

On notera néanmoins avec intérêt que le Monde apporte d’importantes précisions sur des événements encore méconnus jusque-là.

Ainsi, la Clio retrouvée porte de Clignancourt est filmée au hall 2C de Roissy le 13 novembre entre 18h20 et 19h20. La vidéosurveillance n’en dit pas plus à ce stade. Mais cette révélation permet de penser que les deux terroristes qui explosent au Stade de France deux heures plus tard, et dont l’identité n’est toujours pas connue, sont « récupérés » par l’équipe qui loge à Bobigny à ce moment-là.

En outre, il est désormais établi qu’à chaque étape des opérations les différentes équipes ont communiqué avec au moins un numéro de téléphone, réservé la veille par Salah Abdeslam, borné en Belgique. Il s’agit probablement du « Souleymane » à qui les assaillants du Bataclan font allusion pendant leur prise d’otage. Ce correspondant mystérieux pourrait être Mohamed Abrini, mais là encore on a du mal à comprendre l’itinéraire de ce suspect (toujours en fuite) qui serait venu à Paris le 11 novembre au soir, en serait reparti de nuit pour rejoindre Bruxelles quelques dizaines de minutes, avant de repartir pour Charleroi et Paris le 12, et qui serait finalement revenu à Bruxelles par ses propres moyens le 13. Cette manie de faire des allers-retours s’agissant d’un homme identifié par la police comme dangereux constituait, pour le moins, une prise de risque importante, surtout s’il devait être le « cerveau » d’attentats aussi importants.

Le 13 novembre et ses silences

Ce qui est gênant dans la version du Monde tient évidemment à la précipitation dans laquelle elle nous est servie, et qui laisse entières des zones d’ombre dont l’importance paraît cruciale.

Premièrement, le rôle exact d’Abrini reste toujours compliqué à comprendre, nous l’avons dit.

Deuxièmement, le Monde explique clairement que deux voitures quittent Bruxelles avec trois passagers en tout: Abrini et les deux frères Abdeslam, dont l’un sort d’une nuit blanche au volant. Quatre autres terroristes les rejoignent à Charleroi dans la Polo, dont Bilal Hadfi, qui vit à Bruxelles (les deux autres sont Français). D’où viennent-ils? Pourquoi Hadfi ne quitte-t-il pas Bruxelles avec les frères Abdeslam?

Troisièmement, dans ce décompte, manquent encore Abaaoud et les deux terroristes non identifiés qui explosent à Saint-Denis. La police ne semble n’avoir aucune information sur l’arrivée de ces trois compères, dont les rôles sont très différents durant les attentats.

Quatrièmement, la police ne sait rien à ce stade sur le cerveau des opérations. Si elle ne conteste plus que ni Salah Abdeslam ni Abaaoud n’étaient pas les commanditaires, elle sèche cruellement sur l’identité de ceux qui étaient au bout du fil, en Belgique, quand les exécuteurs arrivés à Paris passaient leurs coups de téléphone. Ni l’identité de ce « cerveau » ni l’identité du « Juif » dont il est question dans un SMS reçu par un complice belge, Lazez, durant sa garde à vue, ne sont élucidées.

Cinquièmement, le déroulement lui-même des opérations à Paris, à partir de 21h20, comporte encore de nombreuses interrogations. En réalité, la police n’est pas sûre de ce qui s’est passé, et écarte aujourd’hui de nombreux témoignages contredisant sa version pour tenter de conserver des certitudes. Mais, à l’usage, on voit bien qu’on ne sait même pas combien de personnes sont effectivement impliquées dans l’attentat.

Les Belges ont-ils arrêté le cerveau du 13 novembre?

Les attentats du 13 novembre font toujours, en France, l’objet d’une version officielle dont toute la presse se moque. Même l’Express ne cache plus son ironie vis-à-vis des affirmations policières qui attribuent à Salah Abdeslam, le petit fumeur de joint de Molenbeek-Saint-Jean, dans la banlieue de Bruxelles, un rôle décisif dans toutes les opérations de notre vendredi noir. Pendant ce temps, la police belge pourrait avoir fait une prise majeure.

La police française s’obstine sur le 13 novembre

Contre toute attente, la police française s’obstine à défendre des thèses rocambolesques sur le déroulement du 13 novembre. En particulier, elle a pris l’habitude d’insérer Salah Abdeslam dans toutes les zones d’ombre que son insuffisante enquête révèle: convoyeurs des terroristes de Seine-Saint-Denis, il a laissé son ADN sur des armes retrouvées dans la Seat de Montreuil. IL est retrouvé moins de vingt minutes plus tard porte de Clignancourt, au volant d’une Clio noire qu’il gare sur un passage piétons. Il serait ensuite resté pendant une demie-heure sur place (il achète une puce de téléphone dans le quartier vers 22h30) avant de se rendre à Châtillon, où l’un de ses cousins aurait refusé de l’aider.

Cet emploi du temps bien chargé entre en contradiction avec l’ensemble des déclarations rapportées par ceux qui l’ont ramené en Belgique, et par des témoins oculaires qui l’auraient vu se livrer à la fusillade de la Belle Équipe. Mais qu’importe si des témoins infirment la version de la police:

« Ce témoignage est sujet à caution », tempère notre source policière. « Comme tout témoignage humain non corroboré par des éléments objectifs, comme la vidéosurveillance, il reste fragile. »

Et la police française, elle s’y connaît, en matière de preuves et de collectes de renseignements non sujets à caution.

La France aveugle à la radicalisation

Ces mêmes policiers qui contestent les témoignages oculaires devraient tout de même se poser quelques questions sur les méthodes d’investigation et de protection mises en oeuvre dans leurs propres rangs.

Rappelons ici que Samy Amimour, l’enfant de Drancy devenu chauffeur d’autobus à la RATP puis kamikaze au Bataclan, est allègrement passé dans les trous de la raquette policière sans que personne ne s’en inquiète (une affaire d’éléments objectifs probablement!). Entre sa démission de la RATP et son ultime visite au Bataclan, l’intéressé s’était tout de même offert un petit voyage en Syrie avec trois comparses: Samir Bouabout, Charaffe Mouadan et Omar Mostefaï (ce dernier étant l’un des trois assaillants du Bataclan).

En octobre 2014, Amimour aurait persuadé une lycéenne française de le rejoindre en Syrie pour l’épouser. Repéré sur place par les services turcs, il a manifestement pu rentrer en France et y perpétrer un attentat qui a (pour le seul Bataclan) coûté la vie à 90 personnes.

Le 13 novembre et le mystérieux Souleymane

Durant son séjour en Syrie, Amimour aurait fréquenté un certain « Abou Souleymane », qui serait un cadre belge de l’Etat Islamique. Est-ce lui qui, selon une information évoquée par la presse belge mais passée sous silence en France, aurait coordonné l’attentat et se serait trouvé à Paris le soir du 13 novembre, quelque part entre les équipes qui ont frappé à ce moment-là?

Nul ne le sait. En revanche, la police belge soutient avoir arrêté une personnalité-clé dans l’organisation des attentats, dont l’identité n’est pas encore communiquée. Il pourrait s’agir de ce Souleymane.

Pour l’instant, aucune arme, aucun explosif n’a été trouvé dans l’entourage de cette arrestation majeure. En revanche, la police belge aurait mis la main sur du matériel informatique, des tenues d’entraînement de type militaire et du matériel de propagande de l’Etat islamique. C’est déjà un bon début.

Si la personnalité de ce suspect devait se confirmer, elle établirait une fois de plus deux réalités désormais incontestables. Premièrement: l’Etat Islamique s’appuie sur un réseau bien organisé, fourni, agile dont la base arrière se trouve en Belgique. Deuxièmement: les frontières de l’Union sont devenues extrêmement poreuses, et la vague de migrants a largement permis de transformer nos territoires en passoires pour terroristes.

Mais tout cela, l’opinion française n’a pas encore le droit de le savoir clairement.

 

Journal de guerre: l’histoire secrète du 13 novembre

Mis à jour le 31 décembre à 9h.

 

Le lecteur trouvera ici une fiche que je tâcherai de mettre à jour régulièrement sur l’histoire secrète du 13 novembre.

 

2010, Belgique

Salah Abdeslam, l’ennemi public n°1 après les attentats de Paris, est incarcéré en Belgique pour des affaires de braquage. En prison, il rencontre Abdelhamid Abaaoud, considéré comme le cerveau de ces attentats.

2010, France

Début de la radicalisation d’Ismaël Omar Mostefaï, l’un des assaillants du Bataclan, qui rentre dans le club fermé des « fiches S ». L’intéressé totalise cette année-là 8 condamnations sans aucune incarcération pour des faits de délinquance. Il est né à Courcouronnes, mais vit dans une zone pavillonnaire de Chartres. Il est en contact avec Abdelilah Ziyad, l’un des cerveaux d’un attentat qui a ensanglanté Marrakech en 1994. Cet émir, qui vivait clandestinement en France, a dirigé à Chartres un groupe radical d’une dizaine de personnes (dont Mostefaï), adepte des entraînements façon commando.

2012, Turquie

Installation d’Ismaël Omar Mostefaï en Turquie avec sa femme et son enfant de 2 ans.

Mars 2012, Toulouse

Attentat de Mohammed Merah contre des militaires puis contre une école juive. 

Juin 2012, Drancy

Samy Amimour (l’autre assaillant du Bataclan), machiniste à la RATP, démissionne et présente tous les signes de la radicalisation. Il fréquente activement un certain Charaffe el-Mouadan, benjamin d’une famille de huit enfants, à Bondy. Ce dernier semble avoir un ascendant sur lui et un troisième comparse, Samir B. Le groupe est en contact avec Abdoul M’Bodji, lié à la cellule niçoise Forsane Alizza. 

Septembre 2012, Belgique

Début de la radicalisation d’Abaaoud, à sa sortie de la prison de Forest.

Septembre 2012, Tombouctou

Abdoul M’Bodji a rejoint la police religieuse d’Aqmi, au Mali. Il propose à Charaffe el-Mouadan de l’y rejoindre, accompagné de Samy Amimour. 

15 octobre 2012, Drancy

Arrestation et mise en examen de Samy Amimour pour « association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste », comme deux autres jeunes. Ils sont soupçonnés d’avoir voulu rejoindre le Yemen pour faire le djihad. La justice les place sous contrôle judiciaire. 

En compagnie de Charaffe el-Mouadan et de Samir B., Amimour a emprunté 20.000 euros pour acheter du matériel de camping et de voyage préparant au jihad. Ils sont simplement allés à Tataouine, en Tunisie, pendant quelques jours. 

Février 2013, Syrie

Abdelhamid Abaaoud part en Syrie avec six autres Belges. Il y reste plusieurs mois et s’y fait appeler Abou Omar al-Baljiki (le Belge). Il crée une page Facebook appelée « La katiba al-muhajireen » qui lui permet de correspondre avec ses connaissances belges.

Septembre 2013, Belgique

Abdelhamid Abaaoud revient en Belgique. Il est vu à Molenbeek avec un homme qui est ensuite parti en Syrie.

11 septembre 2013, France

Samy Amimour, Charaffe al-Mouadan et Samir B. s’affranchissent de leur contrôle judiciaire et rejoignent Raqqa, en passant par Marseille, puis l’Italie et la Turquie. Selon les services turcs, il franchissent la frontière en même temps qu’Ismaël Omar Mostefaï.

Décembre 2013, Creutzwald

Hasna Ait Boulahcen, cousine d’Abaaoud, abandonne son emploi de gérante d’une entreprise de construction à Creutzwald, et revient en banlieue parisienne. 

Décembre 2013, Strasbourg

Foued Mohamed Aggad part pour la Syrie. Il fait partie d’un groupe de dix Strasbourgeois, âgés de 23 à 26  ans, originaires du quartier de la Meinau, qui s’exilent tous en même temps. Ces dix copains de ce quartier populaire de Strasbourg avaient leurs habitudes dans un bar à chicha de Kehl, sur l’autre rive du Rhin, en Allemagne. Ils reçoivent l’aide de Mourad Farès, soupçonné d’être l’un des principaux recruteurs français — il a été mis en examen et placé en détention provisoire à son retour de Syrie.

Certains reviendront à partir de février 2014. 

Janvier 2014, Molenbeek

Un frère de Mohamed Abrini, probablement lié aux attentats de novembre 2015, Souleymane, part en Syrie faire le Djihad. Il est tué huit mois plus tard. Il appartient vraisemblablement à la cellule d’Abaaoud. 

20 janvier 2014, Cologne

Abdelhamid Abaaoud, qui est en contact avec Mehdi Nemmouche, auteur de l’attentat au musée juif de Bruxelles (24 mai 2014), est contrôlé à l’aéroport de Cologne, où il s’embarque pour Istanbul, avec son frère Younès (13 ans) qu’il vient « d’enlever » à la sortie de l’école, et un Malien (mort au combat depuis lors).

Mars 2014, Syrie

Abdelhamid Abaaoud apparaît dans une vidéo en Syrie, où il « tracte » des cadavres derrière une voiture. Il menace la France d’attentats massifs.

Avril 2014, France

Retour d’Ismaël Omar Mostefaï et de sa famille.

Printemps 2014

Les services de renseignement surveillent le groupe de Chartres auquel appartient Mostefaï. Mais cette surveillance s’arrête en janvier 2015. 

Août 2014, Belgique

Mandat d’arrêt belge et international contre Abaaoud.

Novembre 2014, Turquie

Les services de renseignement turcs informent les services secrets français de la présence concomitante de Mostefaï et d’Amimour en Syrie l’année précédente. Cette information ne déclenche aucun processus spécifique de surveillance de la part de la police française. 

Janvier 2015, Turquie

Brahim Abdeslam est arrêté à la frontière syrienne, en Turquie. Il est renvoyé en Belgique où il est arrêté par les services de renseignement belge, en compagnie de son frère Salah, aujourd’hui recherché activement. Le parquet les relâche finalement en arguant: « nous n’avions pas de preuve qu’ils participaient aux activités d’un groupe terroriste ». Ils ne font l’objet d’aucun signalement. Ils sont longuement interrogés sur leurs relations avec Abaaoud, à propos de qui Salah Abdeslam déclare: « En dehors du jihad, c’est quelqu’un de bien. « 

15 janvier 2015, Belgique

Abdelhamid Abaaoud est probablement en Belgique lorsque la police belge déjoue un attentat en préparation dans un groupe installé à Verviers. Il quitte la Belgique à ce moment-là. Un attentat était programmé pour le 16 janvier. Le jour même, son troisième frère, Yassine Abaaoud, est libéré de la prison d’Audenaerde où il était détenu pour des faits de délinquance.

Février 2015, Belgique

Bilal Hadfi, étudiant à l’Institut Anneessens de Bruxelles (et kamikaze du stade de Seine-Saint-Denis), quitte la banlieue de Bruxelles pour la Syrie. Il revient probablement en juillet. L’équipe pédagogique de son école rédige un rapport sur les signes inquiétants de radicalisation qu’il présente. Ce rapport est bloqué par l’administration et n’est pas transmis à la Justice. 

Février 2015, Pays-Bas

Salah Abdeslam est arrêté lors d’un contrôle routier. Il est en possession de cannabis. 

Avril 2015, Bruxelles

Mohammed Abrini (voisin d’Abdeslam à Bruxelles dont le frère est mort en Syrie en 2014) est finalement condamné par la Cour d’Appel de Bruxelles à une peine de travail pour des larcins commis entre 2007 et 2010, alors qu’en premier instance il avait été condamné à une peine de prison.

Mai 2015, USA

Un rapport de la CIA met la France et la Belgique en garde contre des attentats plus élaborés de Daesh. Le rapport attire l’attention sur la personnalité d’Abaaoud. 

Juin 2015, Belgique

Un rapport des services de renseignement contenant une liste de 85 habitants à surveiller, dont les frères Abdeslam et Mohamed Abrini (qui conduit le 11 novembre la Clio ayant servi aux attentats), est remis à la bourgmestre de Molenbeek, qui n’intente aucune action. 

Juin 2015, Turquie

Mohammed Abrini est conduit à l’aéroport de Bruxelles-Zaventem par Abdeilah Chouaa et Ahmed Dahmani. Il se rend en Turquie. Nul ne sait s’il est passé en Syrie, même si les services de renseignement le soupçonnent de s’y être rendu. Il est de retour en Belgique en juillet, ramené par Abdeilah Chouaa qui l’a retrouvé porte de Clignancourt, après l’atterrissage d’Abrini à Roissy. 

Juillet 2015, Syrie

Les services de renseignement pensent reconnaître Younès Abaaoud, le plus jeune frère du cerveau des attentats, sur une vidéo le montrant en train de décapiter un officier syrien.

29 juillet 2015, Bruxelles

Le tribunal correctionnel condamne Abdelhamid Abaaoud par contumace à 20 ans de prison.

1 août 2015, Italie

Salah Abdeslam embarque le 1er août avec Ahmad Dahmani, djihadiste belge de 26 ans, à bord d’un ferry à Bari, un port du sud de l’Italie, à destination de Patras, en Grèce.

3 août 2015, Aulnay

Hasna Aït Boulahcen, cousine d’Abaaoud, affiche sur sa page Facebook un portrait d’Hayat Boumedienne armée d’une arbalète, la compagne d’Amedy Coulibaly, auteur de la prise d’otage de l’Hyper Cacher en janvier. Hasna écrit vouloir partir comme elle. Cette publication ne semble toutefois pas avoir alerté la police française, qui découvre l’existence de cette cousine après le signalement par les services marocains, le 14 ou le 15 novembre. 

4 août 2015, Grèce

Salah Abdeslam et Dahmani sont contrôlés à Patras, en Grèce. Parallèlement, commence une intense relation téléphonique entre Salah Abdeslam et Ali Oulkadi, un habitant de Molenbeek qui exfiltrera Salah de France le 14 novembre au matin.

5 août 2015, Bari

Salah Abdeslam est contrôlé par la police italienne, de retour de Grèce. 

6 août 2015, Conegliano

Salah Abdeslam verbalisé par la police italienne à Conegliano, au nord de Venise.

11 août 2015, Paris

Reda Hame, djihadiste français, est interpellé à son retour de Syrie. Il reconnaît s’être entraîné pendant six jours à Raqqa.

Cette fois-ci, le nom d’Abdelhamid Abaaoud apparaît de façon explicite. Il est désigné comme le commanditaire qui aurait demandé à Reda Hame de passer par Prague, pour éviter d’être repéré, avant de frapper la France. Il aurait remis au jeune homme une clé USB contenant des logiciels de cryptage et 2 000 euros en lui demandant de viser une cible « facile », telle une « salle de concert », pour « faire un maximum de victimes ».

Interrogé durant sa garde à vue sur l’existence d’autres projets d’attaques, Reda Hame avait prévenu les enquêteurs : « Tout ce que je peux vous dire, c’est que cela va arriver très bientôt. Là-bas, c’était une vraie usine, et ils cherchent vraiment à frapper la France et l’Europe. »

Mi-août 2015, Molenbeek

La police fait une descente au bar tenu par Brahim Abdeslam à Molenbeek: les Béguines. Elle y découvre des preuves manifestes de consommation de drogue.

Septembre 2015, Autriche

Salah Abdeslam est contrôlé par la police autrichienne au volant d’une voiture de location après qu’il a passé la frontière allemande. Il est avéré qu’il s’est rendu au moins deux fois en Hongrie en septembre.

9 septembre 2015, Hongrie

Salah Abdeslam récupère deux individus portant une fausse carte d’identité belge aux noms de Samir Bouzid et Soufiane Kayal à la gare de Budapest et les ramène en Belgique. Il est contrôlé à la frontière austro-hongroise en leur compagnie le 9 septembre. Il conduit une Mercedes de location. 

Septembre 2015, Paris

Abaaoud arrive en France, probablement avec d’autres migrants syriens.

Septembre 2015, Val d’Oise

Salah Abdeslam achète une dizaine de détonateurs dans une société de pyrotechnie du Val-d’Oise, Les Magiciens du Feu, à Saint-Ouen l’Aumône. Il présente son permis de conduire pour authentifier son identité. Le responsable du magasin revient toutefois, peu de temps après, sur sa version des faits.

30 septembre 2015, Molenbeek

Salah et Brahim Abdeslam cèdent leurs parts dans le café des Béguines et cessent leur activité. 

3 octobre 2015, Grèce

Deux des trois kamikazes qui meurent au stade de France sont enregistrés comme migrants et réfugiés syriens en Grèce.

10 octobre 2015, Agadir

Yassine Abaaoud, le frère d’Abdelhamid, est extradé par la police turque à Agadir. Il est détenu à la prison de Salé (près de Rabat), réputée pour ses conditions difficiles.

12 octobre 2015, Paris

Renouvellement de la fiche S d’Ismaël Omar Mostefaï.

5 novembre 2015, Molenbeek

La police ordonne la fermeture administrative du bar de Brahim Abdeslam pour « consommation de substances hallucinogènes prohibées ».

6 novembre 2015, Molenbeek

Salah Abdeslam réserve, avec sa carte de crédit, pour une semaine, deux chambres dans un appart-hôtel d’Alfortville (Val-de-Marne), la Polo noire ayant conduit le commando du Bataclan ainsi que la Clio retrouvée place Albert-Kahn, dans le XVIIIe arrondissement de Paris. La somme totale dépasse 3.400 euros. Brahim loue la Seat.

11 novembre 2015, 19 heures, Ressons

Salah Abdeslam et Mohammed Abrini sont filmés à bord d’une Clio noire (finalement retrouvée dans le 18è arrondissement) en route pour Paris, dans la station essence de Ressons. Il pourrait s’agir d’un voyage de reconnaissance.

12 novembre 2015, 3 heures, Bruxelles

Salah Abdeslam et Mohammed Abrini sont de retour à Bruxelles.

12 novembre 2015, Paris

La DGSE signale à la DGSI un appel d’Hasna Ait Bouhlacen annonçant l’imminence d’un attentat à Paris. La DGSI effectue une vérification et prévoit de rencontrer la DGSE à ce sujet le 16 novembre.

12 novembre 2015, 20h, Bruxelles

Les frères Abdeslam sont à Molenbeek. Ils se disputent dans la rue.

« Moi j’irai pas si j’ai pas l’argent! » Et l’autre il lui dit: « Non, tu vas y aller! » Il lui dit: « Moi si j’ai pas le pognon, je bouge pas. Sans pognon, j’y vais pas! » Et ça, ça s’est passé jeudi soir. »

Ce témoignage laisse penser qu’au moins un des deux frères Abdeslam commet les attentats en échange d’une promesse financière. Une telle motivation paraît peu compatible avec une logique de kamikaze.

13 novembre 2015, matin, Paris

Le SAMU organise un exercice de préparation à une attaque terroriste multiple. « Le scénario d’une fusillade sur différents sites avait été testé par les équipes du Samu de Paris ».

13 novembre 2015, Istanbul

La police turque procède à cinq arrestations. Les suspects sont soupçonnés d’avoir prévu de commettre un attentat majeur ce jour-là dans la capitale turque. L’un d’eux serait « Jihadi John », le Britannique accusé d’être l’un des bourreaux de Daesh.

13 novembre, 18h, Bobigny

La Clio quitte Bobigny pour Roissy. Elle reste garée une heure au terminal 2C entre 18h20 et 19h20. 

13 novembre 2015, 19h30, Paris

Une Polo noire immatriculée en Belgique avec au moins deux hommes à son bord se gare rue de Crussol, près du Bataclan. Un témoin affirme qu’elle était occupée par les terroristes qui ont attaqué le Bataclan. Ils auraient attendu plus de deux heures dans leur voiture avant de passer à l’acte. « Je suis allé les voir pour leur dire qu’ils étaient mal garés. Ils n’ont pas ouvert la fenêtre et m’ont regardé méchamment. On aurait cru des morts-vivants, comme s’ils étaient drogués. »

13 novembre 2015, 20h, Paris

Le frère d’Ismaël Omar Mostefaï, probablement stationné à cette heure-là rue de Crussol en attendant l’assaut du Bataclan, se rend au spectacle de Dieudonné, au théâtre de la Main d’Or. Il ajoute: « Je ne suis pas du tout antisémite. Je prône l’amour de son prochain. C’est juste pour me divertir. »

13 novembre 2015, 21h20, stade de France

Une première explosion a lieu à Saint-Denis, à hauteur de la porte D. Un kamikaze vient de se suicider: Bilal Hadfi, un jeune (20 ans) de Molenbeek. Il a semble-t-il actionné sa ceinture d’explosif, composée de TATP (explosif artisanal) et de boulons. Il tue un passant: Manuel Colaco Dias, 63 ans, chauffeur d’autocar portugais, installé depuis quarante-cinq ans à Paris. Les circonstances de cette explosion sont encore mal connues.

13 novembre 2015, 21h25, Paris

Une Seat Leon noire s’arrête à l’angle des rues Bichat et Allibert, près de l’hôpital Saint-Louis. Des tireurs en sortent et mitraillent les clients attablés au bar Le Carillon et au restaurant le Petit Cambodge. Certains affirment que l’un des tireurs a commencé par crier « Allah Akbar ». Une centaine de douilles est retrouvée sur place.

Des témoins affirment avoir vu deux tireurs, d’autres trois.

Les témoins indiquent que la voiture est ensuite repartie. Ils donnent toutefois peu de précisions sur la direction prise par les terroristes. Cette fusillade a fait 15 morts.

13 novembre 2015, 21h30, stade de France

Un deuxième kamikaze se fait exploser à hauteur de la porte H du stade de France, avenue Rimet. Il ne fait pas de victime. Le terroriste n’est pas encore identifié.

13 novembre 2015, 21h32, Paris

Une fusillade éclate rue de la Fontaine-au-Roi, d’abord à la terrasse du café la Bonne Bière, puis à la terrasse de la pizzeria Casa Nostra, à quelques centaines de mètres, des rues Bichat et Allibert. Selon un témoignage, un homme armé est arrivé seul, à pied, et a fait feu pendant une minute sur la terrasse du restaurant Casa Nostra, au coin de la rue de la Folie-Méricourt. Un autre témoignage soutient que c’est une Ford Focus noire qui s’est arrêtée à proximité.

La vidéo diffusée par le Daily Mail  ne montre qu’un tireur à la Casa Nostra.

Un médecin arrivé sur place donne ce curieux témoignage:

J’habite à quelques dizaines de mètre de la rue de la Fontaine au Roy. J’ai tout de suite reconnu le staccato des fusils d’assaut et sans perdre une minute je me suis précipité pour porter secours. La Casa Nostra n’avait pas encore été attaquée et 4 corps gisaient à la terrasse de la « Bonne Bière ». (…)

Que le temps a semblé long d’attendre l’arrivée des camions de sapeur ! 20 minutes c’est une éternité ! J’ai demandé d’urgence le renfort du médecin. Il n’y en avait pas. Le brigadier m’a dit que le SAMU arrivait. Alors j’ai demandé du matériel pour commencer le déchocage de la petite : pour la perfuser et l’intuber afin de la mettre sous assistance cardio-respiratoire. Il n’y avait rien ! Seulement de l’oxygène, des couvertures de survie et des garrots pour les membres. Même pas de morphine pour les blessés qui hurlaient de douleurs ! La petite a alors lâché et est partie entre mes mains… La fusillade à la Casa Nostra a commencé et il a fallu en catastrophe se replier à quatre pattes dans la brasserie en tirant les corps des morts et des blessés graves dans les éclats de verre et le sang comme des sacs de pommes de terre.

Ce témoignage (qui infirme la théorie d’une excellente préparation du SAMU à la séquence terroriste) laisse donc penser que vingt minutes au moins auraient pu séparer la fusillade de la Bonne Bière et celle de Casa Nostra, distants d’une cinquantaine de mètres à peine…

Un témoignage alternatif, donné par Paris Match, raconte ces circonstances curieuses:

On est passé faire quelques courses à la supérette qui se trouve le long du canal Saint Martin…En remontant vers le Faubourg du Temple, au niveau du Mac Donald, on a senti qu’on nous tirait dans le dos. On ne sait pas d’où ça venait, s’il y avait un ou plusieurs tireurs, c’était surréaliste. Je dirais qu’ils étaient à cinq mètres. Une ou des armes automatiques. Trente à cinquante coups de feu. (…)

Ca s’est passé au même moment qu’ils tiraient sur le Carillon et le petit Cambodge, rue Bichat, de l’autre côté du pâté de maison. On entendait les tirs au loin.

Si ce témoignage devait se confirmer, cela signifierait que les fusillades ont éclaté en même temps et sont le fait de deux équipes différentes.

Officiellement, cette fusillade qui donne lieu à des témoignages discordants, est le fait du commando en Seat noire, qui aurait comporté les deux frères Abdeslam et peut-être un troisième tireur (peut-être Abaaoud). Elle a fait cinq morts.

13 novembre 2015, 21h36, Paris

La Seat noire met, selon le Procureur Molins, 4 minutes pour parcourir le chemin qui la sépare de la rue Fontaine-au-Roi et de la rue de Charonne, ce qui, un vendredi soir, paraît une véritable gageure difficile à concevoir (les habitués du quartier savent combien il est pénible d’assurer la traversée d’Oberkampf le vendredi soir…). Elle s’arrête devant la Belle Equipe, au 92. Assez curieusement, c’est la séquence qui a donné lieu au moins grand nombre de témoignages. Si les tirs se concentrent sur le bar La Belle Equipe (19 personnes y laissent la vie), il semble que toute la rue soit mitraillée, y compris le Palais de la Femme où des passants se sont réfugiés. Un témoin reconnaît formellement Salah Abdeslam comme l’un des tireurs de la Belle Equipe. 

La voiture repart ensuite vers le boulevard Voltaire. Les policiers mettront un quart d’heure pour arriver sur les lieux, alors que le commissariat se situe à un jet de pierres des événements.

Selon certains témoins, la voiture ayant servi à conduire les tireurs n’était pas une Seat, mais une Mercedes. Ces témoins donnent une description différente des terroristes. 

13 novembre 2015, 21h40, Paris

Manuel Valls, qui habite le 11è arrondissement, à proximité des faits, est exfiltré vers la place Beauvau par un convoi de six voitures.

Au même moment, Brahim Abdeslam se fait exploser au comptoir Voltaire, près de la place de la Nation. Il blesse une serveuse.

Au Bataclan, une prise d’otage commence. Elle est menée par Ismaël Omar Mostefaï, Samy Amimour, de Drancy, et Foued Mohamed Aggad, originaire de Strasbourg. L’un d’eux envoie un SMS à un numéro de téléphone identifié en Belgique: « On y va, on commence ». La tuerie fait l’objet de nombreux témoignages. Elle cause la mort immédiate de 89 personnes qui assistaient à un concert. L’assaut est donné à 0h20 par les forces de l’ordre.

13 novembre 2015, 21h53, stade de France

Un troisième kamikaze se fait exploser au stade de France. Il s’est curieusement isolé dans une impasse, rue de la Cokerie. A côté de lui est retrouvé un passeport syrien au nom de Ahmad al-Mohammad, du nom d’un soldat de l’armée officielle mort plusieurs mois auparavant. Son identité n’est donc toujours pas confirmée.

13 novembre 2015, 22h, Paris

Salah Abdeslam est probablement celui qui gare une Clio noire près de la porte de Clignancourt. Son frère est mort 20 minutes plus tôt boulevard Voltaire. Il appelle le fils d’un imam radical de Molenbeek, Abdeilah Chouaa, et des amis bruxellois, Mohammed Amri, 27 ans, et Hamza Attou, 20 ans pour leur demander de l’exfiltrer en Belgique. Ceux-ci viennent le chercher en Golf.

Un peu plus tard, Salah Abdeslam semble repéré à Montrouge où il se serait débarrassé, rue Chopin, d’une ceinture d’explosifs.

La Clio est retrouvée mercredi, avec un papier sur lequel il est écrit « Roissy-Saint-Martin-République ».

Ce point précis de la chronologie pose en réalité problème, dans la mesure où Salah Abdeslam ne peut à la fois avoir conduit le commando du stade de France sur place comme l’indique la presse, avoir participé aux fusillades du centre de Paris et avoir amené la Clio porte de Clignancourt à 22h.

13 novembre 2015, 22h14, Montreuil

Abaaoud est filmé au métro Croix-de-Chavaux. Selon toute vraisemblance, il vient de déposer dans une rue de Montreuil la Seat noire qui a servi aux attentats et dont il aurait été le conducteur. Les localisations de téléphone portable laissent à penser qu’il a tourné pendant 15 minutes dans le 11è arrondissement après les attentats avant d’abandonner la voiture. Il est attesté qu’il a manipulé une des Kalachnikov retrouvées dans la voiture. 

Il est probablement accompagné d’un homme qui serait le troisième tireur. 

La justice identifie son téléphone portable sur les lieux des fusillades, Bataclan compris, entre 22h30 et 0h30.

14 novembre 2015, 5h, Paris

Salah Abdeslam entame son voyage de retour vers Bruxelles. 

14 novembre 2015, 9h10, Cambrai

Salah Abdeslam et ses deux compagnons de route sont contrôlés trois fois par la police française, dont une fois à Cambrai. Abdeslam, qui porte un gilet d’explosifs, n’est pas encore signalé comme suspect dans les attentats. Il n’est pas arrêté. 

14 novembre 2015, matin, Maroc

Yassine Abaaoud est tiré de sa prison de Salé pour un interrogatoire qui dure cinq jours. Selon toute vraisemblance, cet interrogatoire permet aux services français de localiser Abaaoud à Saint-Denis. Ce sont probablement les services marocains qui signalent aux services français le cas d’Hasna Ait Boulahcen, cousine d’Abdelhamid déjà mise sur écoute pour des affaires de stupéfiants, et identifiée par la DGSE.

14 novembre 2015, 13h, Bruxelles

Ali Oulkadi, un habitant de Bruxelles, vient chercher Salah Abdeslam à la station de métro Bockstael, à Bruxelles, et le conduit à Schaerbeek, dans la banlieue nord de la ville. Il le dépose rue Royale Sainte-Marie, près d’un dépôt de bus. 

14 novembre 2015, Antalya

Arrestation du Belge Ahmad Dahmani à Antalya. L’homme vient d’arriver d’Amsterdam. Il est soupçonné d’avoir effectué des repérages à Paris, en préparation de l’attentat.

16 novembre, 6h, Molenbeek

La police belge a « logé » Abdeslam à Molenbeek, au 47 rue Delaunoy, mais elle s’interdit de perquisitionner avant 10 heures du matin. Abdeslam parvient à s’exfiltrer discrètement du logement, grâce à l’aide probable de Lazez Abraimi.

17 novembre 2015, 18h00, Saint-Denis

Hasna Aït Boulahcen reçoit un virement par Western Union de 750 euros, depuis un bureau situé dans la banlieue bruxelloise, de la part de Samir Bouzid. A 22h, derrière un entrepôt d’Aubervilliers, elle récupère son cousin Abaaoud en compagnie d’un deuxième homme. Elle l’installe dans le logement de Saint-Denis proposé par Jawad Bendaoud, avec qui elle est entrée en contact par l’intermédiaire de Mohamed S., habitant des Hauts-de-Seine. 

18 novembre 2015, 4h20, Saint-Denis

Début de l’assaut contre l’appartement occupé notamment par Hasna Aït Boulahcen et son cousin Abdelhamid Abaaoud. Les deux intéressés y laissent la vie, ainsi qu’un troisième homme, un kamikaze que la police n’a toujours pas identifié.

18 novembre 2015, soirée, Aulnay-sous-Bois

L’appartement de la mère d’Hasna est « visité » par une dizaine de personnes venues dans des voitures immatriculées en Belgique. S’agit-il du frère d’Hasna, qui vit à Maasmechelen, près de la frontière hollandaise, et qui est donné comme parti en France après la mort de sa soeur? Les individus auraient « nettoyé » l’appartement avant la perquisition de la police, le jeudi après-midi.

19 novembre 2015, soirée, Bruxelles

Abraimi Lazez, habitant de Jette (banlieue de Bruxelles) est arrêté à Laeken au volent de sa Citroën. Les policiers y retrouvent une arme chargée et du sang, dont l’origine est inconnue. Il est interrogé pendant deux jours avant d’être inculpé. Durant son interrogatoire, il reçoit un texto: « Le Juif n’est pas là ». Il nie avoir vu Salah Abdeslam depuis les attentats. Considéré comme un personnage-clé dans l’enquête, son frère vit en Syrie.