Accueil » Allemagne

Étiquette : Allemagne

Emmanuel Macron sur la route de la collaboration avec l’Allemagne

Macron en Allemagne. Même à froid, même avec le recul donné par deux jours de réflexion, le discours qu’il a prononcé à Berlin résonne encore dans nos esprits comme une faute politique qui a tout du franchissement spontané de la ligne rouge.

Les deux Europe que la France a face à elle

Il y a bien deux Europe face à nous.

L’une est celle dont nous rêvons, où la construction communautaire se confondrait avec l’esprit des peuples et la volonté des nations, où chaque Européen pèserait de son poids pour construire un continent harmonieux, un espace politique durable et démocratique. On oublie souvent le sens exact de ce mot. Dans la démocratie, le peuple décide, et le gouvernement se fait pour le peuple.

S’agissant de l’Europe, c’est une gageure, puisqu’il n’y a pas un peuple mais des peuples européens. Et le Brexit a montré comment certains d’entre eux pouvaient ne pas retrouver dans la construction communautaire l’esprit démocratique auquel ils aspirent.

L’autre Europe n’est pas celle de nos rêves, mais celle de la réalité. Elle est dominée par l’Allemagne qui n’hésite pas à y imposer des décisions unilatérales qui ne sont pas démocratiques et qui déstabilisent le fonctionnement de l’ensemble du continent. C’est le cas de l’ouverture unilatérale des frontières aux « réfugiés » par Angela Merkel, décision qui n’en finit pas de fragiliser l’Europe (comme tant d’autres dont les Grecs, par exemple, pourraient longtemps nous entretenir).

Le destin européen de la France

Contrairement aux idées propagées par certains milieux europhiles ou eurolatres en France, critiquer la construction communautaire ne signifie pas un repli sur soi, bien au contraire.

Personne ne conteste que la France ait un destin européen, quelle que soit sa volonté d’ailleurs, ou ses envies. Avant même que l’Europe ne soit l’Europe, c’est-à-dire à l’époque où l’Europe se croyait seule au monde, les peuplades qui habitaient l’espace actuel de la France entretenaient déjà des relations organisées avec le reste du continent. On a parfois l’illusion que l’histoire de l’Europe a commencé en 1945, ou en 1957 avec le traité de Rome. En réalité, l’histoire politique qui a commencé cette année-là n’est qu’une virgule, ou une apostrophe, dans un chapitre beaucoup plus long où la France a toujours tenu une place éminente.

Reste à savoir si le destin européen de la France trouve son content dans l’adhésion à un ordre continental où elle ne décide pas, mais où elle obéit, où elle ne domine pas mais où elle est soumise. La grande force des eurolatres est d’avoir retourné le sens des mots en imposant une synonymie entre amour de l’Europe et soumission à l’Allemagne.

C’est évidemment une imposture que les vrais esprits démocratiques ne peuvent accepter durablement.

Macron a prêté allégeance à l’Allemagne

Dans ce grand retournement des mots qui est au coeur du programme politique d’Emmanuel Macron, le discours de Berlin demeurera comme un moment de vérité, une sorte de parole malheureuse qui échappe à son auteur.

Depuis plusieurs mois, Emmanuel Macron, pourtant très entouré de 400 experts, pourtant inspecteur général des Finances, pourtant ancien ministre de l’Economie, tardait à dévoiler son programme économique. En particulier, depuis plusieurs mois, il se dérobait à la question de sa stratégie en matière de finances publiques. C’est pourtant le marqueur essentiel d’un programme présidentiel: plus ou moins de dépenses publiques, plus ou moins de dettes, d’impôts, de déficit. Ce silence ne l’a pas empêché de multiplier les promesses coûteuses.

Sans doute, nous les Français ne sommes nous pas capables de comprendre la stratégie du candidat, puisque l’intéressé a choisi Berlin pour dévoiler son approche du sujet. Et c’est en anglais qu’il y a expliqué le cap qu’il entend faire suivre à la France s’il était élu.

« Nous, Français, devons restaurer la confiance avec les Allemands en faisant des réformes sérieuses », a-t-il déclaré. Ce n’est pas l’entrevue de Montoire, où Pétain avait assumé son allégeance à l’Allemagne de 1940, mais nous n’en sommes quand même pas très loin.

En tout cas, nous savons maintenant l’essentiel: Macron veut plaire à l’Allemagne, Macron veut pédaler sur le tandem franco-allemand à la même vitesse qu’Angela Merkel, et Macron opposera à toute réforme française l’horizon bouché des aspirations allemandes.

De la vraie nature du couple franco-allemand

Car il ne faut pas se tromper sur la véritable nature de cette fameuse relation franco-allemande présentée comme un objectif en soi de politique étrangère, et même de politique intérieure.

Imagine-t-on un esprit raisonnable expliquer à Pepsi-Cola que son avenir passe par une relation amicale avec Coca-Cola? Imagine-t-on un esprit raisonnable expliquer à Samsung qu’il doit travailler en bonne intelligence avec Apple? Qui demanderait à Carlos Ghosn de restructurer Renault en demandant l’avis de Volkswagen? Nous avons fait le choix du capitalisme en Europe, et dans le monde capitaliste, le principe général qui domine est celui de la concurrence.

Lorsqu’un responsable politique français, envers et contre toute logique, « oublie » ce détail et préconise d’accorder un droit de regard à l’Allemagne sur nos réformes intérieures, comme le propose Emmanuel Macron, c’est bien à notre principal concurrent que nous proposons de donner les clés de la maison France.

Il s’agit, bien entendu, d’une faute politique et historique majeure.

Renverser les termes de l’échange

Emmanuel Macron appartient à cette élite française convaincue que la France ne peut plus peser seule, et qu’elle doit accepter une subordination à l’Allemagne pour assurer son avenir. Il ne s’en est d’ailleurs pas caché, puisqu’il a déclaré à Berlin: « On peut faire un Google européen, un Google français n’existera jamais. »

Conformément au mode de pensée de l’élite française, les évidences les plus simples sont systématiquement écartées au profit de l’idéologie. Alors qu’il n’existe aucun champion européen du Net, mais qu’il existe des champions nationaux, notamment français (comme Blablacar), il est de bon ton de continuer fidèlement le grand retournement du sens. Au nom du sérieux et de la vérité scientifique proclamée la main sur le coeur, l’élite nous enjoint de soutenir des contre-vérités flagrantes comme celle d’une minoration définitive de la France dans la croissance économique mondiale.

Il existe pourtant une autre possibilité. Il nous est toujours loisible de nous affranchir de l’étiquette aristocratique qui nous interdit de dire les choses et nous ordonne de les regarder à l’envers. Nous sommes toujours libres d’ouvrir les yeux et de comprendre que si la France est minorée, ce n’est pas parce qu’elle est faible, mais parce qu’elle (et singulièrement sa classe dirigeante) ne croit plus en elle.

Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage. Quand on veut tuer la France, on la soumet sans coup férir à sa principale concurrente: l’Allemagne. Merci, M. Macron, de nous l’avoir rappelé.

L’Allemagne, grande perdante de l’élection de Trump

C’est l’Allemagne qui a effectivement perdu les élections américaines. Pendant que les aristocrates français en restent à leurs mimiques déconfites de mondains sidérés, les Allemands ont un peu de souci à se faire: ils sont les grands perdants de l’élection de Trump aux Etats-Unis.

La question de l’alliance avec la Russie

Sans que nous n’en soyons forcément très conscients, l’Allemagne entraîne l’Europe depuis plusieurs années dans une politique hostile à la Russie, qui contrarie d’ailleurs la tradition française. Historiquement, en effet, la France s’allie à la Russie pour contre-balancer le poids de l’Autriche et de la Prusse. La construction communautaire a obligé la France à rompre avec cette stratégie séculaire.

L’Allemagne utilise volontiers le bouclier militaire américain pour provoquer la Russie ou se livrer à une guerre d’influence dans l’ancienne sphère prussienne. C’est notamment le cas en Ukraine. Le renversement d’alliance promis par Trump, et qui pourrait signifier un retour partiel à la logique de partage avec l’Union Soviétique, devrait refroidir les ardeurs allemandes à l’Est.

La question de l’OTAN

Parallèlement, Donald Trump a beaucoup dénoncé le coût de l’OTAN pour les Etats-Unis. Contrairement à ce qu’a affirmé Hillary Clinton, il n’a pas proposé la « fin » de l’OTAN, mais seulement la modification des termes économiques de l’échange actuel. Pour Trump, l’OTAN coûte cher et ne rapporte pas assez.

NATO is unfair, economically, to us, to the United States. Because it really helps them more so than the United States, and we pay a disproportionate share.

(L’OTAN n’est pas juste, économiquement, pour nous les Américains. Parce qu’en réalité elle les aide plus qu’elle n’aide les USA, et nous payons une part trop élevée).

Tout le monde a compris que Trump allait entreprendre ce que la France aurait dû exiger depuis longtemps de ses voisins: ils vont payer pour leur sécurité. Au premier chef, Trump devrait présenter l’addition à l’Allemagne, qui se vante tant d’avoir retrouvé son équilibre budgétaire…

Flop définitif du TAFTA?

Du côté du libre échange, Trump a dit tout le mal qu’il pensait des accords commerciaux multilatéraux. Son élection constitue donc un sacré boulet pour le TAFTA, auquel Angela Merkel tenait tant. Rappelons là encore que l’Allemagne est le seul grand pays européen exportateur net, donc bénéficiaire du libre échange. La signature du traité constituait donc un enjeu important pour Merkel.

Avec l’arrivée de Trump, les termes même du commerce international pourraient connaître une profonde mutation. Dans la durée, la situation pourrait donc devenir très compliquée pour l’Allemagne.

Vers un réveil du nationalisme allemand?

Assez rapidement, des questions nouvelles pourraient être posées à l’Allemagne, questions taboues depuis 1945.

Si l’Allemagne est sommée de payer pour sa propre défense, il est peu probable qu’elle se contente de déléguer la gestion de ses opérations militaires. Selon toute vraisemblance, se posera donc rapidement la question du réarmement allemand. Ainsi, vingt ans après la réunification de la Prusse, le sujet tabou d’un renouveau militaire prussien sera remis sur la table européenne.

On mesure implicitement les tentations auxquelles l’Allemagne sera exposée dans les années à venir si Trump modifie effectivement la politique américaine en Europe. Réarmement, besoin de cultiver une sphère de coprospérité en Europe et dans le monde pour écouler ses produits, tensions grandissantes avec l’Allemagne autour du Lebensraum… Les démons du vingtième siècle devraient revenir rapidement.

L’Allemagne mécontente de son Lebensraum européen

L’Europe ne rapporte pas assez à l’Allemagne, et même lui coûte trop cher – ses ministres ne se privent pas de le dire en plaidant pour une reprise en main des institutions communautaires par des nationaux allemands. On sera une nouvelle fois stupéfait de voir des banquiers français abonder en ce sens.

L’euro, une saignée dans l’épargne allemande

La principale source de coût pour l’Allemagne s’appelle l’euro, et sa politique monétaire fondée sur des taux d’intérêt désormais nuls. Elle cause une apparente saignée dans l’abondante épargne allemande, où les volumes nominaux n’augmentent plus. Le fait que l’Europe soit en situation de quasi-déflation (ce qui préserve le pouvoir d’achat de l’épargne) importe visiblement assez peu à l’épargnant prussien, dominé par le sentiment de pédaler dans la semoule.

C’est au ministre prussien des Finances, Wolfgang Schäuble, qu’est revenu l’honneur de déclencher les hostilités:

« On ne peut contester que la politique de taux d’intérêt bas est source de problèmes exceptionnels pour les banques et l’ensemble du secteur financier en Allemagne », a dit le ministre. « Et cela est vrai aussi pour les plans de retraite ».

« C’est pourquoi j’insiste toujours sur le fait que cela ne pousse pas forcément les citoyens à avoir foi dans l’intégration européenne ».

Schäuble a même prétendu que la politique monétaire européenne contribuait à la montée de l’AFD, le parti anti-européen qui bouscule la vie politique allemande. C’est évidemment une explication plus simple que l’examen de la stratégie migratoire d’Angela Merkel.

Le retraité allemand victime de l’euro?

La politique de taux nuls ne frappe pas seulement l’épargne liquide placée à la banque. Elle paralyse aussi les rendements de l’assurance-vie et de l’épargne retraite en capitalisation favorisée par les réformes de 2001. Ces rendements ont baissé de moitié du fait de la politique monétaire européenne.

Pour l’Allemagne, cette situation pose un véritable problème de confiance politique. Les réformes introduites dans les années 2000 ont reposé sur un mécanisme simple: une baisse du rendement apporté par la répartition, compensée par une incitation fiscale à la capitalisation. Si les rendements de celle-ci baissent, le contrat social allemand est rompu. L’Allemagne doit alors faire face à une situation « en ciseau » où la prospérité du pays s’accompagne d’une baisse sensible des prestations sociales dont la politique monétaire européenne en est la cause apparente.

Le système financier allemand à l’épreuve

Si Schäuble met en avant l’intérêt du retraité allemand et les risques d’une radicalisation politique induite par les choix de la BCE, il a aussi à l’esprit l’épreuve que constitue cette politique monétaire pour les banques et les compagnies d’assurance. Celles-ci doivent continuer à servir des intérêts à leurs clients dans un contexte où l’argent de la banque centrale ne rapporte plus rien.

Personne n’a une vision claire de l’impact que cette situation produit sur les marges de liquidité et de solvabilité des entreprises financières. Mais les coups de semonce de Schäuble laissent aussi filtrer l’idée que les banques allemandes souffrent beaucoup et exercent une pression grandissante pour une remontée des taux directeurs.

Une fuite en avant de la BCE?

Face à cette charge, Mario Draghi paraît relativement acculé. Les mesures qu’il a prises pour relancer l’inflation (conformément au mandat confié à la BCE par les traités… à la demande de l’Allemagne en son temps) paraissent inopérantes. Cette inefficacité pose un vrai problème: celui de l’insuffisance des moyens d’action d’une banque centrale lorsqu’elle n’est pas couplée à une politique budgétaire coordonnée.

Comme le dit le vice-chancelier allemand Sigmar Gabriel, l’influence de la BCE a atteint ses limites:

« Imprimer de l’argent n’est une politique économique soutenable » déclare le ministre.

Pour Mario Draghi, la solution semble pourtant bien consister à faire tourner la planche à billets, notamment en recourant à la « monnaie hélicoptère », qui consisterait à verser 1.000 ou 2.000 euros à chaque citoyen pour relancer la consommation.

«J’ai dit le mois dernier que nous n’y avions pas vraiment pensé et que nous n’en avions pas débattu. […] C’est un concept très intéressant. […] Mais nous ne l’avons pas étudié.»

En attendant, Mario Draghi a annoncé un programme de rachat massif d’obligations d’entreprise.

Des banquiers français soutiennent l’Allemagne

Les Allemands ne sont toutefois pas seuls à critiquer la position de la BCE. Alors que, grâce à cette politique, la France peut continuer à emprunter à tire-larigots grâce à des taux très bas (et à éviter les réformes structurelles douloureuses grâce à ce subterfuge), Patrick Artus, de Natixis, a pour sa part rejoint l’argumentation tudesque.

Dans une étude publiée cette semaine, il soutient que l’objectif véritable de la politique de la BCE consiste précisément à alléger la charge de l’endettement pour certains pays de l’Union, et assureur la compétitivité prix face au dollar de certains autres.

Il ne reste alors que deux possibilités (que la BCE ne peut pas afficher officiellement) : soit la BCE désire une dépréciation beaucoup plus forte de l’euro pour soutenir la croissance de la zone euro ; soit la BCE veut simplement assurer la solvabilité budgétaire des pays périphériques de la zone euro

L’argument tape un peu sous la ceinture: Draghi l’Italien soutiendrait son pays en lui apportant de l’argent pas cher et une dévaluation qui ne dit pas son nom pour faciliter ses exportations.

Dilemme français

Pour la France, la situation dans laquelle Mario Draghi met l’Europe se révèle particulièrement délicate et complexe à gérer.

Politiquement, la baisse des taux est une aubaine puisqu’elle permet de ne pas réformer, et même d’afficher une amélioration du déficit public. Cette amélioration est due à l’effet mécanique des taux et s’arrêtera dès que ceux-ci remonteront (ce qui est à peu près inévitable). Pour François Hollande, qui explique que « ça va mieux » parce qu’il y a moins de déficit, il ne faut surtout pas que cette hausse intervienne avant 2017.

Économiquement, le problème se pose de façon plus « tordue ». Si les banques et les compagnies d’assurance souffrent pour assurer un rendement à l’épargne, une remontée brutale constituerait pour elles un choc majeur insurmontable. Leurs clients demanderaient en effet la résiliation de contrats peu rémunérateurs pour se précipiter vers des contrats plus juteux. Cette phase de résiliation contraindrait à réaliser des moins-values sous-jacentes sur des contrats en cours. La réalité des chiffres de la crise apparaîtrait alors très méchamment!

Aucun acteur financier n’est pressé de voir ce moment arriver. L’empressement est d’autant moindre que les banques peuvent aujourd’hui récupérer des euros à vil prix auprès de la BCE, et les prêter à des taux d’intérêts juteux à leurs clients.

La guerre monétaire couve en Europe

Peu à peu se rassemblent donc en Europe des éléments pour une nouvelle crise de l’euro et une mise sur la sellette de la politique monétaire. Aux insatisfactions allemandes face à une stratégie dont l’Italie est dépendante et la France incertaine, la Grèce concentre à nouveau d’importants risques.

Les partenaires européens de la Grèce exige d’elle, en effet, de nouvelles mesures d’austérité permettant de consolider un excédent primaire de 3,5% de PIB. Sans cet effort, l’Eurogroupe annonce qu’il interrompra le plan d’aide au pays. Personne ne sait si Tsipras tentera, comme l’an dernier, une épreuve de force en espérant réduire le fardeau qui pèse sur lui. L’expérience de 2015 fut plutôt douloureuse mais rien n’exclut qu’il ne tente un nouveau passage en force cette année.

Une chose est sûre avec la Grèce: elle a effectivement besoin d’une politique de taux nuls pour souffrir un peu moins qu’annoncé.

Quelle riposte allemande?

Reste à savoir quelle sera la riposte allemande d’ici la fin de l’année 2016. Le maintien de taux très bas voire nuls épuise à long terme l’industrie financière. Tôt ou tard, celle-ci exercera une pression majeure pour rémunérer les liquidités. L’Allemagne, qui a besoin de payer ses rentiers, l’exigera.

La question est de savoir quand.

Merkel: celle qui a trollé 2015

Un jour, l’Histoire jugera Angela Merkel à l’aune du tribut qu’elle a prélevé sur la planète pour assurer le bonheur des Allemands. Une rétrospective de 2015 permet de donner une première mesure du désastre que la Première allemande constitue pour la collectivité humaine.

Merkel, paneuropéenne et panne européenne

Le premier désastre qu’Angela Merkel représente pour l’Europe est celui de son « paneuropéisme », c’est-à-dire de sa conviction qu’elle peut tout en Europe, et que l’Europe lui doit tout. Sur ce point, les conséquences les plus douloureuses sont probablement les moins connues des citoyens.

Par exemple, Angela Merkel a pensé que ses éleveurs de vaches tireraient profit d’une suppression des quotas laitiers. Sans que personne n’y prenne garde, l’Allemagne a donc imposé à l’Europe une dérégulation du marché laitier au 30 mars 2015. Dans le même temps, l’Allemagne a attisé une politique de sanctions contre la Russie, dont les mesures de rétorsions ont consisté à bloquer les importations agricoles venues d’Europe (10% des débouchés européens).

Grâce à cette brillante politique, les filières bovine et laitière ont connu une crise de surproduction en Europe, qui a frappé de plein fouet les éleveurs français… et n’a finalement pas épargné les éleveurs allemands.

La stratégie allemande, qui est en fait une non-stratégie et une série de choix à courte vue, explique largement la faillite communautaire à laquelle 2015 a donné lieu. Merkel, ce n’est pas la PanEurope, mais la panne de l’Europe.

Merkel exige tout de la Grèce

Au chapitre des méfaits les plus connus de Merkel dans la gestion interne de l’Europe, on citera évidemment sa désastreuse gestion de la crise grecque, qui a transformé le continent en un champ de foires aux caprices teutons. Alors que l’Allemagne s’est montrée très tolérante dans l’application des règles à ses provinces ethniquement proches (les Etats baltes, la Slovénie, qui ont tous bénéficié de régimes de faveur pour entrer dans la zone euro), Merkel affublée de son sinistre Dr Schaüble ont pris plaisir à infliger diverses humiliations aux Grecs.

Certes, le duo Tsipras-Varoufakis n’avait pas forcément besoin d’aide pour mener les Grecs dans le mur (cette capacité d’auto-destruction ayant suscité une grande admiration de la part des thuriféraires français du Front de Gauche). Il n’en reste pas moins que Merkel a mené une sorte de croisade extrême contre les Grecs qui avait tout du deux poids deux mesures.

Durablement, le spectacle de cette mise au pilori a convaincu de nombreuses opinions publiques en Europe que l’édifice communautaire agissait à sens unique: au bénéfice ultime de l’Allemagne, sans considération des souffrances infligées aux peuples des marches.

Merkel impose une suicide migratoire

Cet acharnement contre la Grèce a trouvé une issue particulièrement grotesque lorsque, mimant une fausse générosité, Merkel a annoncé son désir d’accueillir 800.000 migrants en Allemagne durant l’année, bousculant au passage la règle de la demande d’asile dans le premier pays d’accueil. Ce signal a fait l’effet d’un cataclysme: dans une parfaite complicité avec l’islamiste turc Erdogan, Merkel a donné le coup d’envoi d’une interminable épopée de réfugiés Syriens vers Munich.

Les raisons de cette folie n’ont échappé à personne: l’Allemagne est épuisée par le plein emploi et a besoin de main-d’oeuvre qualifiée pour assurer sa croissance. Les Syriens constituaient les acteurs idéaux de cette farce qui se joue au détriment des autres nationalités, pour lesquelles le nombre d’expulsions a doublé. La terrible ironie veut d’ailleurs que les Bavarois parquent leurs migrants dans le camp de Dachau.

German chancellor Angela Merkel drinks beer during a political Ash Wednesday meeting of her Christian Democratic Party, CDU, in Mecklenburg-Western Pomerania , in Demmin, eastern Germany Wednesday Feb. 13, 2013. The so-called 'Political Ash Wednesday' is a day when the German political parties traditionally rally their supporters and deliver fiery speeches (AP Photo/dpa, Stefan Sauer)
German chancellor Angela Merkel drinks beer during a political Ash Wednesday meeting of her Christian Democratic Party, CDU, in Mecklenburg-Western Pomerania , in Demmin, eastern Germany Wednesday Feb. 13, 2013. The so-called ‘Political Ash Wednesday’ is a day when the German political parties traditionally rally their supporters and deliver fiery speeches (AP Photo/dpa, Stefan Sauer)

Face aux colonnes des ces hères dépenaillés qui se sont formées d’Istanbul à la frontière autrichienne, Merkel n’a pas hésité à imposer à la Grèce la création en urgence de camps de réfugiés, après avoir saigné le pays aux quatre veines.

Dans la foulée, elle a imposé de nouveaux transferts de souveraineté, conduisant à la création d’un corps de garde-frontières européens, menaçant de sanctions économiques les membres de l’Union qui refusent d’accueillir les migrants appelés par l’Allemagne, et obligeant à négocier l’adhésion de la Turquie à l’Union.

Merkel est-elle responsable de la vague terroriste?

Si l’on admet que le terrorisme de Daesh a bouleversé l’équilibre mondial cette année, alors il faut s’interroger sur la responsabilité d’Angela Merkel dans la précipitation des événements.

Premier point: il est quand même étonnant que l’Allemagne ne soit pas la cible du terrorisme islamiste… Peut-être la bonne entente historique entre l’Allemagne et la Turquie, et plus encore peut-être la bonne entente entre Angela Merkel et Erdogan expliquent-elles beaucoup de choses.

En attendant, je ne puis m’empêcher de me souvenir des propos tenus par le ministre souverainiste grec Kammenos en mars 2015:

« Si l’Europe nous lâche en pleine crise, on l’inondera de migrants, on leur distribuera des papiers valides qui leur permettront de circuler dans l’espace Schengen. Ainsi, la marée humaine pourra se rendre sans problèmes à Berlin. Et tant mieux si, parmi ces migrants, se trouvent des djihadistes de l’État islamique »

On ne pouvait pas mieux résumer les événements qui ont suivi: l’Allemagne n’a pas lâché les Grecs, et les Grecs ont laissé des terroristes en grand nombre.

Il suffit de suivre l’enquête sur les attentats du 13 novembre pour comprendre notre douleur…

Merkel, la dominatrice de Hollande

Le drame de l’Europe dans cette affaire est au fond le produit du hasard. Lorsque Merkel avait un Sarkozy face à elle, elle avait un contrepoids. L’arrivée de Hollande a renforcé l’Allemagne par l’affaiblissement de la France. Notre Président velléitaire et en adoration permanente face à la domination féminine a livré le continent tout entier à la folle rigidité germanique.

German Chancellor Angela Merkel (R) and her husband Joachim Sauer arrive to take a bath in the swimming pool of the Aphrodite Terme in the coastal town of Sant'Angelo d'Ischia on the southern Italy's Island of Ischia during their Easter holiday on March 31, 2013. AFP PHOTO/MARIO LAPORTA

Paradoxalement, Hollande en redemande: le projet de gouvernement budgétaire européen nous achèvera et subordonnera définitivement les souverainetés (ou ce qu’il en reste) nationales aux diktats tudesques.

Merkel, ou l’Europe de la Stasi

Pour comprendre le problème qui se pose à une Europe dominée par Angela Merkel, il faut accepter de sortir des visions historiques à trois balles que nous impose notre élite décadente, selon laquelle l’histoire de l’Humanité raconterait l’émergence linéaire et simpliste d’une technocratie sage et bisounoursienne, et dont l’édifice communautaire serait une manifestation institutionnelle. En creusant un peu, on se rappelle forcément qu’Angela Merkel est la fille d’un pasteur hambourgeois qui a choisi, en 1954, de s’installer en Allemagne de l’Est. Eh oui! en pleine guerre froide, en pleine tension entre les deux Europe, la famille Merkel est passée de l’autre côté du mur. Angela elle-même y a mené une très belle carrière universitaire avant la chute du Mur.

Merkel

Autant dire que, depuis son arrivée au pouvoir, Merkel a fondamentalement changé la nature du projet européen. L’esprit libre et libéral qui y prédominait auparavant a soudain beaucoup mieux assumé ses relents d’ordre international de type soviétique: un centre, un « Grand Frère » dirige, commande, et les satellites obéissent.

Ajoutons que, dans cette affaire, 2015 a permis de savoir que les services secrets allemands espionnaient tous leurs voisins européens pour le compte de la CIA… et pour leur propre compte, bien entendu.

Mais voulons-nous de cette Europe-là?

Ce que l’Allemagne a gagné avec Juncker

Article publié sur Décider & Entreprendre.

Jean-Claude Juncker fête sa première année à la tête de la Commission Européenne. Rétrospectivement, son mandat semblé déjà très chahuté, mais il a tenu une promesse: la défense des intérêts allemands dans une période complexe où l’appétence pour l’Europe se tarit à vue d’oeil.

Juncker et Merkel

Rappelons, s’il le fallait, que Jean-Claude Juncker était le candidat d’Angela Merkel, mais certainement pas celui de la Grande-Bretagne. Son élection s’est d’ailleurs faite, le 27 juin 2014, à la majorité qualifiée. David Cameron ne trouvait alors pas de mot assez dur pour dire tout le mal qu’il pensait du personnage:

« Cela risque d’affaiblir les gouvernements nationaux. Je pense que les intérêts nationaux britanniques sont de réformer l’UE, d’organiser un référendum sur cette réforme de l’UE et de recommander notre maintien au sein d’une Union réformée. Est-ce que c’est devenu plus difficile à obtenir ? Oui. »

SI l’élection de Juncker a donné le signal du referendum britannique, il a aussi constitué un atout important pour Angela Merkel. Celle-ci avait un temps caressé le projet d’installer Martin Schulz dans la fonction. Mais un président allemand de la Commission aurait pu dévoiler de façon excessive la prépondérance germanique en Europe. Accessoirement, la chancelière aurait nourri la légitimité d’un rival politique de taille sur la scène intérieure.

Le choix de Jean-Claude Juncker avait une autre utilité: le personnage était en difficulté dans l’échiquier politique luxembourgeois après sa démission de son poste de Premier Ministre, imposée par son implication dans une large affaire d’espionnage. A l’époque, la subordination du grand-duc aux services britanniques avait fait sensation.

En assurant l’outplacement de Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission, Angela Merkel s’attachait donc les services d’un obligé…

Juncker et la France

Dès sa prise de fonction, Jean-Claude Juncker a eu la bonne idée de contrer toutes les mauvaises idées (selon l’Allemagne) de François Hollande en matière de relance européenne. Alors que l’Italie prenait la présidence de l’Union, on se souvient qu’avait rôdé l’idée d’un plan de relance européen à hauteur de 1.000 milliards d’euros.

Ce plan était largement porté par François Hollande qui avait, avec les autres chefs d’Etat sociaux-démocrates en Europe, préparé un « agenda pour la croissance » fin juin 2014. Bien entendu, Angela Merkel était farouchement opposée à cette perspective qui consistait à miser sur l’investissement public pour relancer l’activité économique.

Finalement, Juncker parviendra à enterrer tous les espoirs de la gauche européenne en concoctant un plan à 300 milliards, dont seulement 21 d’argent public frais (mais issus de fonds non mobilisés). Le reste repose sur des appels à fonds privés ou des emprunts en partenariat avec le privé.

La solution de « synthèse » de Juncker a donné une représentation assez fidèle de la suite de son mandat: ménager la chèvre et le chou français en apparence, donner satisfaction à l’Allemagne sur le fond.

Juncker, supplétif de Merkel en Grèce

Le service le plus important rendu par Jean-Claude Juncker à l’Allemagne a eu lieu à l’occasion de la crise grecque. L’arrivée de Syriza au pouvoir en janvier 2015 a en effet mis l’ensemble de la zone euro en difficulté. Juncker, affaibli par le scandale Luxleaks, a entamé un cycle complexe pour préserver la cohésion d’une zone monétaire frappée par la crise et contestée de l’intérieur.

Sur ce plan, Juncker n’a ménagé ni son temps ni sa peine pour diffuser le point de vue allemand, relativement éloigné de l’approche française. Alors que François Hollande a plaidé pendant plusieurs mois pour un accord à tout prix, Juncker n’a pas hésité à peser pour orienter les choix grecs. Après avoir suggéré aux Grecs de ne pas voter Syriza en janvier, il a organisé un numéro de duettiste assez habile avec Jeroen Dijsselbloem, président de l’Eurogroupe. Au Néerlandais, le rôle du méchant qui disait non à tout, au président de la Commission le rôle du gentil qui cherche à arrondir les angles.

Mais en juin 2014, Juncker a durci le ton pour forcer Tsipras à se rendre sans condition aux demandes de ses partenaires européens, et singulièrement aux demandes allemandes. Cette pression de dernière minute a probablement contribué au revirement final de Tsipras.

Juncker et la crise des migrants

Autre manifestation de soutien à l’Allemagne donnée par un Juncker reconnaissant: la crise des migrants. Le président de la Commission n’a jamais manqué de zèle pour accompagner les idées saugrenues d’Angela Merkel. Lorsque celle-ci a proposé d’accueillir 700.000 migrants en quelques mois, Juncker a défendu becs et ongles des mesures de facilitation. Il a notamment proposé de répartir (contre l’avis français) les migrants entre tous les Etats membres, selon une politique de quota décidée à Bruxelles.

Pour éviter la crise humanitaire, il a par ailleurs payé de sa personne pour la création de camps de réfugiés tout au long du parcours des migrants. Là encore, il a pesé de tout son poids pour que la Grèce agisse en ce sens, alors que le gouvernement grec adopte, semaine après semaine, des plans d’austérité pour satisfaire aux exigences de ses partenaires.

Dans le domaine des migrations, l’appui de Juncker à l’Allemagne est total.

Juncker et TAFTA

Sur le sujet du traité transatlantique, Juncker fait également le job. Face aux refus allemands d’intégrer au traité un mécanisme d’arbitrage privé, la Commission a finalement livré une proposition de cour d’arbitrage composée de juges professionnels. Sur ce point, il est probable que Juncker ait dû faire violence à sa commissaire en charge de la négociation, plutôt favorable à la formule imaginée Outre-Atlantique.

Il s’était notamment fendu d’une déclaration explicite en octobre 2014, tout à fait Merkel compatible:

« Je pensais que mon engagement sur ce point était très clair, mais je me réjouis de pouvoir le clarifier et le réitérer ici, aujourd’hui, à la demande d’un certain nombre d’entre vous : l’accord que ma Commission soumettra en dernière instance à l’approbation de cette chambre ne prévoira rien qui limiterait l’accès des parties aux juridictions nationales ou qui permettrait à des juridictions secrètes d’avoir le dernier mot dans des différends opposant investisseurs et États. »

Juncker et l’Europe financière

Enfin, Juncker colle fidèlement à la conception allemande de l’Europe budgétaire. Les dernières propositions de la Commission pour l’Union financière l’ont montré. La mise en place prochaine d’un comité budgétaire consultatif constituera probablement la principale révolution initiée par le président de la Commission. Celle qui devrait permettre une union budgétaire, complément inévitable à l’union monétaire.

Reste à savoir comment Juncker gèrera les réticences populaires face à ces transferts de souveraineté.

L’Allemagne a-t-elle mangé son pain blanc?

Après plusieurs années de triomphe économique, l’Allemagne envoie plusieurs signaux négatifs qui marquent peut-être une transition vers des années un peu moins rutilantes.

L’Allemagne et le traumatisme VW

Chronologiquement, c’est probablement le scandale Volkswagen qui manifeste le mieux la transition qui commence. Les Allemands imaginaient disposer de l’industrie automobile la plus performante du monde: ils découvrent aujourd’hui que, pour respecter les normes environnementales, leur champion a triché dans les grandes largeurs et qu’il pourrait entamer de lourdes déconvenues.

Cette découverte est brutale, non seulement pour des raisons psychologiques, mais aussi pour des raisons financières: la capitalisation de Volkswagen en bourse s’est évaporée et le constructeur devra affronter des amendes importantes qui lui coûteront cher. Certains estiment que l’opération pourrait se solder par une perte de 80 milliards d’euros!

Pour l’ensemble de l’industrie allemande, le scandale Volkswagen est un choc à absorber.

A peine 600.000 migrants, et c’est la crise

Parallèlement, l’Allemagne aurait déjà accueilli plus de 570.000 migrants depuis le début de l’année, un chiffre encore loin des 800.000 voulus par Angela Merkel. La chancelière n’en est probablement qu’au début des problèmes sur ce dossier: absorbé un tel choc démographique devrait demander au pays d’importants efforts dans un temps très court et dans un climat qui n’est pas le plus favorable. On parle pourtant de 1,5 million de migrants à accueillir cette année, deux fois plus qu’attendu…

En cas de retournement économique pour l’Allemagne, cette vague migratoire risque quand même de susciter un regain de tensions sur un sujet volontiers occulté par les médias allemands: la persistance de mouvements très hostiles aux immigrés. Cet environnement pourrait être dégradé par la tension existant entre les migrants eux-mêmes:

Allemagne : les bagarres se multiplient dans les camps de migrants

L’excédent commercial s’érode

Sous l’effet de la crise chinoise, l’excédent commercial allemand manifeste des signes de fatigue. Il a reculé de 3 milliards € en septembre.

« C’est une forte baisse, de celles qu’on ne voit pas tous les jours », a commenté Holger Sandte, économiste en chef de Nordea. « La faiblesse de la Chine, du Brésil, de la Russie et d’autres marchés se fait ressentir. »

Pour l’instant, les perspectives de croissance ne sont pas remises en cause, mais l’Allemagne pourrait être rapidement contaminée par une inflexion qui touche les grandes économies mondiales.

Un plan social de 5.000 emplois dans le rail allemand

Dans cette ambiance déjà très noire, une première mauvaise nouvelle est intervenue hors de l’automobile. La Deutsche Bahn (les chemins de fer allemands) devrait supprimer 5.000 emplois, notamment dans le fret. Cette information, qui n’est pas encore confirmée, montre tout l’effort que les grands réseaux allemands doivent fournir pour affronter la concurrence internationale.

23.000 suppressions de postes à la Deutsche Bank

Parallèlement, la Deutsche Bank, plus importante banque allemande, est en train de boire le bouillon:

Deutsche Bank s’attend à une perte avant impôt de six milliards d’euros pour le troisième trimestre en raison de dépréciations massives dans ses activités de banque d’investissement et au sein de sa filiale Postbank, dont le groupe entend se séparer.

Les comptes trimestriels incluront aussi une dépréciation de la participation du groupe dans la banque chinoise Hua Xia Bank et des provisions liées aux litiges auxquels il est exposé, a précisé le numéro un allemand du secteur bancaire dans un communiqué publié mercredi soir.

Officiellement, l’avenir de la banque n’est pas menacé et ses rations de solvabilité restent bons (bien sûr, bien sûr…). Il n’empêche: la banque devrait liquider un quart de son effectif, soit 23.000 postes, pour limiter les dégâts.

Il faudra attendre la fin octobre pour connaître le détail de la situation. On peut toutefois imaginer que si la principale banque allemande a essuyé des pertes massives dans ses activités d’investissement, elle n’est pas la seule concernée dans le monde… et cela reste quand même le genre d’information qui peut toujours avoir un impact systémique.

Une inflexion de la puissance allemande

Ces différents indicateurs convergents sont peut-être épisodiques. A moins qu’ils ne marquent une véritable inflexion, le début d’un cycle négatif pour l’Allemagne. La tendance sera à suivre dans les prochains mois.

 

La Commission Européenne a-t-elle protégé Volkswagen?

Le scandale Volkswagen soulève de sérieuses questions sur les protections dont l’industrie allemande bénéficie au sein de la Commission Européenne. Une fois de plus, c’est l’ensemble de l’économie européenne qui risque de payer le prix de l’excès de germanocentrisme en Europe, à quelques semaines de la conférence COP 21.

Comment Volkswagen a triché sur les normes européennes

On ne l’a peut-être pas assez dit: l’affaire Volkswagen, c’est l’histoire d’un industriel qui triche pour gagner de l’argent sans respecter les normes environnementales sur lesquelles son pays d’origine (l’Allemagne) aime jouer aux donneurs de leçon. On se souvient ici qu’Angela Merkel avait par exemple renoncé au nucléaire dans la foulée de l’accident de Fukushima.

Dans la pratique, Volkswagen est accusé de dissimuler l’émission excessive de particules de CO2 par ses automobiles diesel grâce à un logiciel qui permet de fausser les tests. Ces émissions sont encadrées par des normes communautaires.

En 2009, l’Union Européenne a instauré des normes contraignantes pour les émissions des voitures neuves à hauteur de 130g de CO2 (5,2l/100km) par km en 2015 et 95g de CO2/km (3,7l/100km) en 2020 (régulation No 443/ 2009.) Il était également prévu dans ce règlement que la Commission procède à la révision « des modalités de mise en œuvre de l’objectif de long terme de 95g CO2/km d’ici à 2020 pour que celle-ci soit intéressante en termes de coûts-bénéfices». Le 11 juillet 2012, la Commission a rendu publique sa proposition confirmant l’objectif de 95g CO2/km en 2020 et établissant les modalités selon lesquelles l’objectif devait être atteint.

On le voit, la réglementation automobile en matière de CO2 est un sujet communautaire. Autrement dit, il est directement piloté par la Commission Européenne.

Volkswagen et l’étrange retard à l’allumage de la Commission

Lorsque les Etats-Unis ont dévoilé le scandale de la tricherie Volkswagen, on aurait pu imaginer que la Commission Européenne, qui exerce une souveraineté de fait sur le pays d’origine de l’industriel concerné, se précipite pour faire la lumière sur une violation caractérisée de ses propres normes. Il ne s’agit pas ici seulement d’un principe moral, mais d’abord d’un réflexe économique. D’une façon ou d’une autre, la Commission est la garante du marché unique, avec sa réglementation homogène qui assure une concurrence libre et parfaite.

Assez curieusement, la Commission a pourtant eu le comportement inverse. Lorsque le scandale a éclaté, contre tout bon sens, la Commission européenne a expliqué qu’elle n’était pas concernée et que le problème relevait de la souveraineté des Etats membres…

Dès le 22 septembre, pourtant, le ministre britannique des Transports (pays, qui plus est, sur la voie du « Brexit ») demandait à la Commission Européenne de s’emparer du sujet.

« Il est vital que le public puisse avoir confiance dans ses tests anti-pollution et je demande à la Commission européenne de se pencher d’urgence sur cette situation », a-t-il déclaré dans un communiqué.

Il a fallu attendre le 24 septembre pour que la Commission se décide… à demander aux Etats membres d’ouvrir des enquêtes nationales. Voilà qui s’appelle le service minimum!

Volkswagen et le lobbying européen

Que la Commission se comporte en Ponce-Pilate vis-à-vis de l’industrie allemande ne fait que confirmer l’étrange bienveillance de l’arbitre européen à l’égard d’une des équipes du championnat. En 2013, déjà, Volkswagen avait fait feu de tout bois pour bloquer le projet de directive déposé en 2012 réduisant les émissions à 95g de CO2 en 2020. Dans cette stratégie, Angela Merkel avait joué un rôle de premier plan en se transformant sans ambage en VRP de son industrie automobile.

Le combat avait partiellement porté ses fruits, puisque l’Allemagne avait alors obtenu un délai de deux ans avant l’entrée en vigueur des nouvelles normes.

Pour Volkswagen, le combat ne s’est pas arrêté là. La présence au Parlement européen a par exemple été de tous les instants pour éviter des contrôles trop drastiques sur la mise en oeuvre des normes.

En amont du scandale Volkswagen, les députés européens avaient prévu de demander la mise en place de tests en situation réelle. Un projet qui faisait consensus, sauf chez les élus allemands.
« Certains députés allemands se sont fortement opposé à cette nouvelle mesure. On avait vraiment l’impression d’avoir des relais de Volkswagen avec nous» estime Christine Revault d’Allones Bonnefoy, eurodéputée socialiste et membre de la commission Transport au Parlement européen.

Le Parti de l’Alliance des Libéraux et des Démocrates pour l’Europe (ALDE) s’est ainsi, étrangement, prononcée contre l’idée d’inclure les émissions de méthane dans la nouvelle règlementation. Le groupe est d’ordinaire plutôt en pointe sur les questions climatiques.

La Commission connaissait la faiblesse des tests

Durant toute cette période, la Commission européenne ne pouvait ignorer les trucages dont les tests de pollution étaient l’objet. L’ONG européenne Transport and Environment les avait en effet révélés dès 2013.

A growing body of evidence shows the current test is outdated, unrepresentative of real-world driving and lax enough to allow carmakers to systematically manipulate official test results at the expense of consumers’ trust.

(Un faisceau d’indices croissants montre que le test actuel est obsolète, non-représentatif de la conduite automobile réelle et suffisamment imprécis pour permettre aux constructeurs de manipuler systématiquement les résultats aux dépens de la confiance du consommateur).

C’est donc en toute connaissance de cause que la Commission avait prévu d’édicter de nouvelles normes environnementales sans qu’elles ne soient appliquées par au moins un industriel européen, en l’occurrence allemand.

Le marché unique, un jeu truqué pour favoriser l’industrie allemande

L’affaire Volkswagen nous rappelle une fois de plus que la signification de l’Europe n’est pas la même de chaque côté du Rhin.

Sur la rive occidentale du Rhin, une sorte d’universalisme béat et aveugle fait la promotion du couple franco-allemand au nom de l’amitié bêlante entre les peuples. En vertu de ce principe, la France accepte une politique monétaire mortifère qui plombe notre compétitivité prix et des normes communautaires qui nous interdisent de faire des feux de bois, de vendre du fromage frais dans les marchés de plein air, qui tuent notre filière viande et que les Allemands foulent allègrement aux pieds dès qu’elles ne les arrangent plus.

Sur la rive orientale du Rhin, l’Europe est un projet assumé de domination et de division continentale du travail, où les règles sont à géométrie variable et doivent servir un seul but: la prospérité du centre germanique.

Mais cette réalité-là, la pensée unique interdit de l’invoquer sous peine d’être taxé de germanophobie.

 

L’ALLEMAGNE RECADRÉE PAR LA RUSSIE, LA GRÈCE EN FAILLITE

Est-il possible d’endiguer les ambitions impérialistes de l’Allemagne? Poutine, à l’occasion du sommet de Riga, vient de le prouver grâce au seul langage que la Prusse comprend: la menace du recours à la force…

L’Allemagne et le sommet de Riga

Jeudi et vendredi se tenait à Riga un sommet européen consacré au « Partenariat Oriental », c’est-à-dire à une coopération renforcée avec la Moldavie, la Biélorussie, l’Azerbaïdjan, la Géorgie, l’Arménie et l’Ukraine, tous anciens pays membres de l’URSS. Le fait que ce sommet se tienne à Riga ne doit rien au hasard. Il aurait en principe dû se tenir en novembre prochain à Luxembourg, puisque le calendrier normal de sa tenue coïncidait avec la future présidence luxembourgeoise. Mais le pays qui préside actuellement l’Union, la Lettonie, tenait absolument à l’organiser sur son sol.

Cette décision ne manquait pas d’ironie. La Lettonie est aussi un ancien pays membre de l’URSS, conquis par Staline, en son temps, ce qui explique largement l’intérêt de cet Etat membre pour un partenariat avec des satellites de la Russie. Mais les Français ignorent trop souvent que la langue administrative de la Lettonie jusqu’en 1940 était l’allemand, même si, au 18è siècle, la Lettonie fut rattachée formellement à l’empire russe.

Ces petits détails sont importants là-bas, et expliquent pourquoi Angela Merkel a forcé la main de ses alliés pour admettre la Lettonie dans la zone euro au 1er janvier, alors que la crise économique y est cataclysmique. Simplement… l’Allemagne est toujours plus tendre avec ses anciennes possessions qu’avec ces incapables du sud de l’Europe.

Bref, le Partenariat Oriental fut conçu en 2009 comme une manoeuvre d’encerclement de la Russie qui n’est pas sans rappeler la logique militaire allemande de 1942, dont l’un des objectifs fut la conquête des champs de pétrole du sud Caucase. La finalité du processus (de 2009, pas de 1942…) consistait à préparer l’entrée de ces pays dans l’Union: d’ailleurs il était convenu que la Moldavie demande jeudi son adhésion à l’Union européenne.

La Russie prévient l’Allemagne

Poutine n’est pas allé par quatre chemins sur le sujet: il a fait miroiter un scénario à l’ukrainienne à tous ceux qui n’auraient pas encore compris la leçon. Il a donc confié la mission d’explication à son ministre des affaires étrangères Sergueï Lavrov, qui a pris la peine d’exposer clairement la doctrine russe sur le sujet:

Nous reconnaissons le droit de nos voisins, autrefois républiques soviétiques, mais aujourd’hui Etats souverains, à pratiquer une politique extérieure plurivectorielle », a déclaré le ministre intervenant au Conseil de la Fédération (chambre haute du parlement russe). (…)

« Aussi comprenons-nous bien qu’ils (nos voisins, ndlr) peuvent entretenir des liens avec d’autres acteurs en Europe, en Amérique ou ailleurs. La seule chose que nous réclamons, c’est la transparence de ces processus, qu’ils n’aient aucun dessein caché ni schémas dissimulés, qu’ils tiennent pleinement compte des intérêts nationaux légitimes de la Russie que nous avons exposés ouvertement et honnêtement. Autrement dit, nous sommes prêts à harmoniser tous ces processus et à rechercher un équilibre des intérêts (…).

Du coup, les Moldaves ont prudemment battu en retraite et renoncé à leur demande d’adhésion.

L’Allemagne multiplie les gestes apaisants

Angela Merkel s’est sentie obligée d’arrondir les angles et de rétropédaler discrètement. Si elle a expliqué qu’elle ne voulait pas de Poutine sur le sol bavarois lors du prochain G7, en revanche… elle s’est employée à rassurer le nouveau tsar russe.

Tant que la Russie ne se conforme pas au droit international et n’agit pas selon ces principes, un retour au format du G8 n’est pas imaginable, a souligné Mme Merkel, dont le pays accueille début juin le G7 en Bavière (sud), sans la Russie exclue l’an dernier après l’annexion de la Crimée.

Par ailleurs, le Partenariat oriental n’est pas un instrument de la politique d’élargissement de l’Union européenne, a-t-elle affirmé, avant le début à Riga dans la soirée d’un sommet entre 28 pays de l’UE et six pays d’ex-URSS visant à leur rapprochement.

Nous ne devons pas éveiller de fausses attentes que plus tard nous ne serons pas en mesure d’honorer, a-t-elle déclaré. Nous devons le dire de façon claire à nos partenaires de l’Est, et je le fais d’ailleurs, a-t-elle ajouté, évoquant des partenariats sur mesure avec différents pays de l’ancien bloc communiste, en fonction de leurs particularités et de leurs souhaits.

Le partenariat oriental n’est dirigé contre personne, notamment pas contre la Russie. Je vais le dire et le répéter encore et encore : +il ne s’agit pas de choisir entre d’un côté un rapprochement avec l’UE et de l’autre le souhait de la Russie d’un partenariat plus étroit avec ces pays+.

Du coup, le sommet de Riga, plié en quelques heures, n’a débouché que sur un rappel des actions déjà engagées. Un sommet pour rien, au fond.

L’Ukraine fera faillite avant la Grèce, et l’Europe paie sans rien dire

Pendant ce temps, le deux poids deux mesures continue sous l’impulsion d’une Allemagne tout à fait d’accord pour plumer les pigeons européens lorsqu’il s’agit de protéger son Lebensraum. L’Union Européenne continue à faire pleuvoir les milliards sur un pays dont l’insolvabilité ne fait aucun doute pour personne, et qui ne pratique pas la moindre réforme structurelle: l’Ukraine.

«Ce système d’Etat, opaque et corrompu, est friand de fonds internationaux qui se noient dans le budget», explique Oleksandr Borovik, un ancien de Microsoft qui a travaillé comme vice-ministre de l’Economie pendant quelques mois, avant d’être remercié. «Les aides internationales servent à colmater les brèches, sans réformes structurelles. En alimentant le budget, le système des subventions publiques perdure aussi – celles-ci vont à des entreprises archaïques, non rentables, qui ne survivent que pour enrichir certains oligarques.»

On lira sur tous ces sujets l’excellent article du New York Times, qui permet de mesurer l’ampleur du mirage ukrainien.

L’Allemagne se venge sur la Grèce

Face à tous ces déboires, l’Allemagne a retrouvé tous les réflexes prussiens qui ont fait la gloire de l’armée allemande en 1943 et 1944: elle se venge sur les civils. Comme il fallait plier devant les Russes et avaler les mensonges ukrainiens, une victime était toute désignée pour payer: Alexis Tsipras, qui avait imprudemment sollicité un rendez-vous avec Angela Merkel et l’inutile François Hollande.

Jeudi soir, François Hollande et Angela Merkel se sont entretenus avec le premier ministre grec Alexis Tsipras. Plein d’espoir sur l’obtention d’une « solution politique », ce dernier s’est vu renvoyé dans ses buts, les deux dirigeants lui demandant de négocier un accord avec le FMI, la BCE et la Commission européenne. « Il reste beaucoup à faire », a prévenu la chancelière, « plus le programme de réformes serait complet et solide, plus la Grèce aura des chances de soutien à long terme », a fait écho François Hollande.

La stratégie de l’Allemagne consiste bien entendu à humilier la Grèce en la forçant à renoncer à toutes ses prétentions, sinon… on la sort de la zone euro. Il est assez curieux de voir François Hollande se prêter à ce petit jeu.

Tsipras n’aura bientôt plus que ses larmes pour pleurer:

Le gouvernement grec ne « répondra pas à des demandes irrationnelles », « n’acceptera pas de directives humiliantes » et insistera sur « les lignes à ne pas franchir », a promis le Premier ministre.

« Nous ne discuterons pas d’une dérégulation majeure du système salarial. Nous n’accepterons pas une nouvelle réduction des retraites », a-t-il détaillé, notamment à destination des membres de Syriza qui réclament une application stricte des promesses électorales du parti.

Le scénario alternatif à la faillite grecque

La presse européenne se fait l’écho de façon insistante d’un autre plan possible pour la Grèce, consistant à ne pas trancher, et à maintenir les mesures d’urgence jusqu’à l’automne (au moins). Ce plan, rapporté par Romaric Godin, prolongerait le plan d’aide d’urgence à la Grèce, permettant ainsi le versement de 4 milliards d’euros (somme insuffisante pour rembourser les créanciers d’ici à septembre, toutefois…). En contrepartie, la Grèce mènerait un plan de 5 milliards d’économie, avec une réforme de la TVA et un maintien de l’impôt foncier (l’Enfia, sur les résidences principales) que Syriza avait promis de supprimer.

En contrepartie, la Grèce ne pratiquerait pas de réforme des pensions ni du marché du travail. Ce scénario ne semble toutefois pas émaner du camp prussien. Et c’est bien ce dernier qui pèse.

L’Allemagne et la France préparent le « Brexit »

Puisqu’on en est au grand nettoyage, l’Allemagne et la France ont décidé (il serait plus exact de dire que l’Allemagne a décidé et que la France suit) de renvoyer David Cameron dans ses buts. Cameron est arrivé à Riga avec des revendications sur le fonctionnement de l’Union qui n’étaient pas inscrites à l’ordre du jour… et qui n’ont donc pas été traitées.

Entre autres, David Cameron veut revenir sur la libre circulation des personnes au sein de l’Union et obtenir le droit de limiter l’accès au système de protection sociale britannique pour les ressortissants de l’UE qui s’installent au Royaume-Uni. Le marché est clair: soit il obtient ce qu’il veut, soit il organise un referendum sur la sortie de l’Union.

Ce chantage a évidemment perdu de sa force à la simple lecture de la presse où les investisseurs britanniques, clés de la prospérité du pays, se mettent publiquement debout sur le frein en comptant leurs pertes dans l’hypothèse où ce scénario se réaliserait. Merkel n’a pas manqué de le laisser entendre, et a laissé François Hollande se montrer loquace sur ce sujet où il s’agit de jouer aux autoritaires:

De tels entretiens [sur une réforme de l’Union], « il n’y en a pas eu, c’est une évidence, en réunion plénière, mais même dans des apartés, il n’y a eu aucune discussion », a déclaré M. Hollande aux journalistes, « et d’ailleurs, ce n’était pas le lieu et ce n’était pas le moment ».

« S’il y a des discussions, elles auront lieu d’abord à un niveau bilatéral puisque je recevrai David Cameron le 28, la chancelière le recevra le 29 », a-t-il poursuivi, prédisant que d’autres discussions auront sûrement lieu avec la Commission européenne « dans les prochaines semaines ».

Quant au référendum sur une éventuelle sortie du Royaume-Uni de l’UE, « l’Europe n’est pas intéressée par un vote. S’il a lieu, il faudra y répondre mais là, pour l’instant, je ne suis pas saisi d’une proposition particulière de la Grande-Bretagne », a déclaré le président français.

« Ça viendra. J’imagine que David Cameron va venir avec un certain nombre de propositions », a-t-il ajouté.

La BCE inquiète les marchés

Ultime mauvais signe pour l’Europe: la Banque Centrale Européenne a des relations tendues avec les Etats membres et les marchés financiers. La politique d’assouplissement quantitatif et de rachat d’obligations souveraines sur les marchés fabrique en effet très consciencieusement et très rapidement une bulle spéculative dont le premier effet est de favoriser la volatilité des marchés.

Pour Mario Draghi, ce n’est manifestement pas le problème majeur. Selon lui, l’amélioration économique rapide due à sa politique monétaire pose un problème plus grave: les Etats membres les plus endettés ou les plus déficitaires repoussent les réformes structurelles indispensables grâce à l’argent facile qui circule. Les Français ne pourront guère le nier.

Pour les marchés, l’extrême volatilité met en danger l’ensemble du système. La polémique qui a suivi les propos tenus par Benoît Coeuré, membre du directoire de la BCE, devant quelques happy few, sur la politique à venir de la BCE l’a montré: les « initiés » procèdent à des ventes ou des achats massifs à la moindre modification qui intervient sur le marché.

Et c’est probablement la principale leçon à retenir de cette semaine: l’Europe est entrée dans un cycle d’hyper-sensibilité où tout est prétexte à l’excès…

 

L’Europe bientôt reconnue en état de mort clinique

L’Europe, pour ceux qui ne s’en sont pas aperçus, est désormais en état de mort clinique. Entre la plausible faillite grecque et le triomphe de Cameron en Grande-Bretagne, sans compter les prochaines disputes sur l’immigration ou la guerre civile en Macédoine, le fantasme d’une Union politique prospère et pacifique a définitivement sombré.

L’Europe achevée par l’électeur britannique

Comme on s’ennuyait un peu en Europe, entre crise grecque et prochain krach obligataire, nos amis électeurs de la perfide Albion ont décidé de mettre un peu de piquant dans la vie politique continentale, grâce à une astuce simple: accorder un jovial triomphe à celui qui leur a annoncé un referendum sur leur maintien dans le navire communautaire. David Cameron a donc décroché la timbale en obtenant la majorité absolue aux élections législatives. Well done! D’ici à fin 2017, la Grande-Bretagne pourra définitivement torpiller un édifice qu’elle déteste depuis si longtemps…

Seule consolation pour ceux qui trouveraient ce destin vraiment trop injuste: la victoire écrasante des nationalistes écossais (56 des 59 sièges remportés d’un coup… jolie performance) devrait fortement écorner l’autorité des Anglais dans un Royaume-Uni entré lui-même (malgré les apparences) en décadence.

La meilleure preuve de cette décadence est venue des instituts de sondage britanniques, qui avaient prévu un score médiocre pour le Premier Ministre sortant. Avoir des sondagistes pires que ceux qui sévissent en France! c’est vraiment inquiétant pour l’état de la Grande-Bretagne.

L’Europe déjà terrorisée par le « Brexit »

Pour les Européistes de tous poils, la sanction des urnes britanniques est une cause de terreur. Leurs idéologues en chef n’ont pas tardé à expliquer combien toutes ces idées contraires aux leurs étaient ineptes. On retrouvera notamment les propos de notre inénarrable Pierre Moscovici:

« Pour moi, la place de la Grande-Bretagne — c’est l’intérêt de la Grande-Bretagne, c’est l’intérêt de l’Union européenne — est dans l’Union européenne », a dit Pierre Moscovici sur Europe1.

« M. Cameron fera ce qu’il estime devoir faire, se déroulera ou ne se déroulera pas un référendum mais, franchement, (…) toutes les études économiques le montrent, le coût politique et économique de ce qu’on appelle un ‘Brexit’ serait tout à fait considérable, et d’abord pour le Royaume-Uni », a-t-il ajouté.

Evidemment, si « toutes les études économiques » montrent que le « Brexit » est une aberration… Moscovici oublie que ces mêmes études économiques montraient aussi que l’euro apporterait la prospérité. Comme la suite de l’histoire l’a confirmé…

François Hollande s’est, pour sa part, offert une nouvelle tranche de ridicule, en rappelant à David Cameron:

«Il est légitime de tenir compte des aspirations des Britanniques mais il y a des règles en Europe et parmi ces règles il y a la concertation»

La France de Hollande qui appelle au respect des règles communautaires. Quelle blague! surtout au moment où le déficit dérape

Juncker accélère l’agonie de l’Europe

Comme un malheur n’arrive jamais seul, celui qui devrait redonner espoir, Jean-Claude Juncker, président de la Commission, a décidé d’administrer l’injection létale finale au continent. Non seulement il va proposer des actions militaires en Libye pour juguler l’émigration clandestine, mais il a mis à l’ordre du jour des travaux communautaires la mise en place de quotas chiffrés d’émigrés pour chaque pays de l’Union.

Si l’on songe que Cameron a notamment fait campagne pour une limitation de la liberté de circulation des personnes au sein de l’Union, le projet de Juncker devrait garantir un « Brexit » sans aucun problème. L’idée, au passage, semble soutenue par l’Allemagne.

Attaque en règle des marchés financiers contre la BCE

Quand les Britanniques reconduisaient Cameron au 10, Downing Street, les marchés financiers se livraient de leur côté à une attaque en règle contre la politique de taux bas de la banque centrale européenne. Le quantitative easing de la BCE s’accompagne en effet de taux directeurs très bas qui étranglent les gestionnaires de portefeuilles. Il leur est de plus en plus difficile de servir de la rentabilité à leurs clients!

Du coup, le financier Bill Gross, fondateur de Janus Capital après avoir été viré de Pimco, a lancé un avertissement à la BCE, dans le sillage duquel les marchés se sont volontiers placés: il a massivement vendu de la dette souveraine allemande, dont le taux a brutalement flambé de 60 points de base en quelques dizaines de minutes. Les taux français, pour leur part, doublaient.

L’extrême sensibilité des marchés à la question de taux montre bien que la politique de la BCE ne pourra durer sans dégât considérable pour les places financières. L’avertissement mérite d’être médité à l’approche d’un automne qui devrait être chaud.

Nouvel épisode dans la version grecque de « Plus belle l’Europe »

Ce 11 mai se tient une nouvelle réunion de l’Eurogroupe, présentée il y a quelques semaines comme décisive et ultime, mais à la dernière minute annoncée comme non-conclusive.

Dans la pratique, la Grèce refuse de céder sur une réforme des retraites ou sur un assouplissement du marché du travail. En outre le Premier Ministre Tsipras continue à jouer aux Machiavel en quémandant des projets communs avec la Russie, qui est décidée à dire oui si la Grèce s’engage à payer. Tout ceci exaspère les partenaires européens de la Grèce, à commencer par le terrible docteur Schaüble, qui a brisé le tabou de la faillite:

«Les expériences ailleurs dans le monde nous ont montré qu’un pays peut soudainement être précipité vers la faillite», a déclaré le ministre dans un entretien au journal Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung (FAS).

A la question de savoir si le gouvernement allemand se prépare à un tel scénario pour la Grèce, Wolfgang Schäuble se contente de dire qu’«il y a des questions auxquelles un politicien raisonnable ne doit pas répondre».

Avancée dans les prochains jours ou pas? Personne ne cherche plus à le savoir.

La Grèce a déjà faillite, mais on ne nous le dit pas

En réalité, la situation grecque est déjà celle d’une faillite. Sans le constant relèvement des plafonds d’aide d’urgence aux banques grecques (encore 2 milliards cette semaine), manoeuvre totalement artificielle décidée par la BCE, l’Etat grec aurait reconnu depuis longtemps sa faillite. Grâce au coup de pouce de la BCE, la Grèce a pu emprunter 1,1 milliard d’euros cette semaine, après avoir remboursé 200 millions au FMI.

Il est toutefois vraisemblable que, à l’issue d’un Eurogroupe infructueux, la BCE décide d’arrêter les perfusions. L’heure viendra alors des mesures drastiques en Grèce, contre le contrôle des changes destiné à limiter les effets d’un bank run en cas de défaut… dont le gouvernement grec ne cache pas qu’il est proche.

La Commission très optimiste pour le continent

Alors que les nuages s’amoncellent au-dessus du continent, la Commission a jugé bon de relever ses prévisions de croissance. La France fait notamment partie des bons élèves qui devraient aller mieux que prévu. Voilà une belle manifestation d’enthousiasme à l’approche du cap Horn.

 

L’Allemagne, cet hyper-porte-avion américain

La révélation, cette semaine, des pratiques d’espionnage de l’Allemagne au profit de la NSA a levé un nouveau voile sur la véritable nature de la politique prussienne en Europe: celle d’une soumission aux Etats-Unis et d’une mise en coupe réglée de l’Union Européenne.

L’Allemagne paie sa dette aux Etats-Unis

Les Etats-Unis ont-ils accepté une réunification allemande dans des temps record en échange d’un maintien sous contrôle de la Bundeswehr et de ses services de renseignement? La réponse est dans la question, mais, bien entendu, les europhiles béats et les adeptes zélés et aveugles du couple franco-allemand ne le reconnaîtront jamais.

Pourtant, les faits sont limpides: le renseignement allemand a espionné des milliers de responsables français et des entreprises susceptibles de concurrencer les Etats-Unis. Au premier rang de celles-ci, on trouve Airbus, qui est pourtant un consortium franco-allemand. De façon totalement lamentable, l’Allemagne n’a pas hésité à jouer contre son camp en communiquant aux Américains (et à Boeing) les secrets industriels du fabricant européen. Airbus a d’ailleurs annoncé le dépôt d’une plainte.

Les services allemands se sont dépêchés d’effacer le maximum de traces de ces écoutes menées à partir d’une station bavaroise. Il est néanmoins invraisemblable que l’espionnage allemande n’ait pas obtenu une autorisation officielle au plus haut niveau pour transmettre aux alliés américains des informations aussi sensibles.

Ceux qui défendaient becs et ongles les bienfaits du couple franco-allemand en seront pour leur grade: l’Allemagne a des amis encore plus puissants et encore plus chéris que la France… Même si elle a lamentablement cherché à le cacher.

L’Allemagne et sa mauvaise conscience protestante

Comme un fait exprès, ces révélations interviennent quelques jours avant les célébrations du 70è anniversaire de l’armistice. Eh oui! il y a 70 ans, la CIA commençait à organiser le pont aérien qui a permis d’exfiltrer tant de dignitaires, d’officiers, d’espions nazis… Ce petit service valait bien une repentance éternelle qui explique largement pour quoi le renseignement allemand est devenu l’un des bras armés de la NSA en Europe.

Le président autant que la chancelière allemands se sont d’ailleurs livrés à leur couplet obligatoire sur la responsabilité collective de leur pays. Angela Merkel a rappelé que l’Allemagne était encore tributaire de son passé.

« Il n’est pas question de tirer un trait sur l’histoire », a déclaré Angela Merkel, dont l’intervention coïncidait avec l’anniversaire de la fin de la bataille de Berlin.

« On le voit avec le débat sur la Grèce et dans d’autres pays européens. Nous, Allemands, avons le devoir de rester en état d’alerte, sensibles et conscients de ce que nous avons fait sous le régime nazi et des dommages durables causés dans d’autres pays. J’ai une grande sympathie pour cela », a-t-elle ajouté.

Et une grande sympathie pour l’espionnage américain?

La Grèce, bénéficiaire collatérale de l’affaire NSA?

Si les liens privilégiés entre l’espionnage allemand et les Etats-Unis tiennent au souvenir de 1945, le petit accès de culpabilité que leur dévoilement suscite en Allemagne devrait profiter aux victimes du nazisme jusqu’ici mal reconnues. La Grèce figure désormais en tête de cette liste.

Le président allemand, l’inconnu Joachim Gauck, s’est d’ailleurs fendu d’une déclaration:

« Nous ne sommes pas seulement des gens qui vivent aujourd’hui, à cette époque, nous sommes aussi les descendants de ceux qui ont laissé derrière eux un sillage de destruction en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale, en Grèce entre autres », a-t-il dit.

« Pour un pays conscient de son histoire comme le nôtre, il est juste d’envisager la possibilité qu’il puisse y avoir des réparations. »

Traduction: l’Allemagne se dit qu’elle ne peut pas être complètement égoïste face à ses voisins et que, compte tenu de la façon plutôt honorable dont elle s’est sortie de la guerre, elle peut bien faire ce qu’il faut pour garder la Grèce dans la zone euro.

Voilà qui sent la discussion sur la restructuration de la dette grecque en échange d’un effort de Tsipras pour réformer ses retraites.

L’Europe y met du sien pour sauver la Grèce… et l’euro

Comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, la Banque Centrale Européenne (BCE) a annoncé de son côté non seulement qu’elle relevait le plafond du financement d’urgence d’un petit 1,4 milliard €, mais même qu’elle autoriserait l’Etat à se financer par des bons du Trésor en attendant qu’un accord soit conclu sur un nouveau plan d’aide à la Grèce.

Ce petit geste rejoint les déclarations très volontaristes de Pierre Moscovici sur le sujet en début de semaine:

« Il ne peut pas ne pas y avoir d’accord. Nous allons tous faire ce qu’il faut pour qu’il y ait un accord », a déclaré M. Moscovici lors de l’émission Le Grand Jury RTL-LeFigaro-LCI.

Tsipras reprend la situation en main

Il faut dire que les Européens ont reçu de Grèce quelques signaux qui les ont poussés à faire bouger les lignes. Après le calamiteux sommet de Riga, du vendredi précédent, où le ministre grec Varoufakis a exaspéré ses partenaires, Tsipras a décidé de remanier son équipe de négociation.

Selon le chef du gouvernement hellénique, son turbulent ministre des Finances a braqué ses interlocuteurs parce qu’il maîtrise leur langue – l’économie – bien mieux qu’eux. Or, la Grèce est au bord du défaut de paiements. Un accord doit être trouvé. Et vite!

Cette pirouette a permis à Varoufakis de rester en poste tout en passant la main à des seconds couteaux, notamment Euclide Tsakalatos, ministre des affaires économiques internationales. Cette équipe plus consensuelle s’est immédiatement mise au travail.

L’Europe brandit la menace d’une mise sous tutelle

Les Européens ont su trouver les mots pour convaincre les Grecs de se bouger. Après le sommet de Riga, Jeroen Dijsselbloem, le Néerlandais président de l’Eurogroupe (en campagne pour sa réélection), a sorti la grosse artillerie en annonçant qu’il préparait un plan B :

Prié précisément de dire s’il existait un « plan B » au cas où la Grèce serait contrainte de quitter la zone euro ou de faire défaut sur sa dette, Jeroen Dijsselbloem, président du groupe des ministres des Finances de la zone euro, a répondu devant les parlementaires néerlandais: « La zone euro est(-elle) prête pour diverses éventualités? La réponse est oui. »

Si ce plan avait consisté en un simple « Grexit », il est probable qu’il aurait peu ému Tsipras. Les Européens ont trouvé une autre parade: ils semblent avoir préparé une destitution de facto du Premier Ministre grec:

Une des hypothèses de travail est un défaut grec sans sortie de l’euro, avec introduction d’une sorte de mini-monnaie à usage intérieur, combinée à un « plan humanitaire », un programme d’urgence de l’Union, qui éviterait un probable effondrement bancaire et garantirait une aide à la population. Mais cela supposerait un changement de gouvernement ou encore un exécutif technocratique.

(Una delle ipotesi cui si sta lavorando è un default senza uscita dall’euro, con l’introduzione di una sorta di mini assegni ad uso interno, combinato con «piano umanitario», un programma di emergenza della Ue, che scongiurerebbe un prevedibile collasso delle banche e garantirebbe aiuti per la popolazione. Ma che presupporrebbe un cambio di governo o, addirittura, un esecutivo tecnocratico.)

Tsipras présente une liste de mesures

La menace semble avoir porté auprès de Tsipras, qui a rapidement sorti une liste de réformes possibles, faisant taire les commentateurs français qui soutenaient qu’il ne lâchait rien sur le fond après avoir écarté Varoufakis.

Parmi les réformes que le gouvernement compte finaliser pour augmenter les recettes publiques, figurent une taxe de nuitée entre un et cinq euros dans les hôtels des îles touristiques, une taxe de 3% sur les restaurants et bars de luxe des îles pendant la saison touristique du 1er avril au 31 octobre, a révélé jeudi le quotidien Ta Nea. Ces mesures pourraient rapporter 1,3 milliard d’euros, a indiqué mercredi le quotidien libéral Kathimerini.

L’essentiel des discussions continue de porter, comme je l’écrivais les semaines précédentes, sur la réforme des retraites, dont le gouvernement grec ne veut pas entendre parler, mais qui paraît à peu près incontournable.

Tsipras en difficulté en Grèce

Pour Tsipras, ce virage à 180° a aussi des explications « intérieures ». Après plus de cent jours au pouvoir, le nouveau gouvernement n’a fait adopter qu’une seule loi, dont les décrets d’application ne sont pas encore sortis. Certains commencent à pointer du doigter l’amateurisme de l’équipe élu en janvier.

Le ministre Varoufakis constitue désormais l’une des principales cibles de ce mécontentement qui monte. Il faut dire que l’opinion publique grecque, très majoritairement dans l’attente d’un accord avec les Européens, peut assez légitimement lui reprocher le retard pris dans la conduite des opérations.

Dans le même temps, la situation grecque générale se détériore à vue d’oeil.

D’autres mauvais jours en perspective pour l’Union

Pour le reste, la situation européenne n’est pas de nature à réconcilier les Européens avec leur construction communautaire. Le chômage demeure à des niveaux trop élevés, l’immigration illégale met l’Europe en difficulté, et la réforme de la politique agricole commune devrait causer des dégâts dans les agricultures allemande et française.

A coup de milliards (encore 12 milliards sur les marchés la semaine dernière), la BCE parvient péniblement à extraire la zone euro de la déflation.

En réalité, le coeur n’y est plus. La Commission donne des avis que plus personne ne suit, et peine de son côté à imaginer une nouvelle ambition politique pour faire face aux défis auxquels l’Europe est confrontée.

L’Europe apparaît bel et bien à la dérive.