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Attentats de Paris et de Bruxelles: les infos qui vous manquent

Peu à peu, les petits secrets des attentats de Paris et de Bruxelles se dévoilent, autant en France qu’en Belgique et ailleurs. La masse des informations est trop importante pour être traitée en détails. Mais je souhaitais quand même apporter une sorte de recueil des nouveautés pour mieux comprendre le phénomène qui nous frappe et nous menace.

Les ratés français en matière de renseignement

La commission Fenech a eu le mérite de récapituler les grands loupés de la police française qui posent problème dans le déroulement des attentats. J’en livre ici un résumé avec les meilleurs moments du rapport.

Le cas des frères Kouachi

Les frères Kouachi avaient fait l’objet de surveillances assez poussées de la part des services de renseignement. Saïd Kouachi avait ainsi été placé, au même titre que Salim Benghalem, sous surveillance par la direction du renseignement de la préfecture de police de Paris (DRPP) en 2011. Son directeur, M. René Bailly, a expliqué à la commission d’enquête que ces individus semblaient « intéressants » parce qu’ils fréquentaient des « mosquées ainsi que des noyaux d’individus pouvant présenter un jour une certaine dangerosité ».

L’un des frères Kouachi et Salim Benghalem se sont rendus en 2011 au sultanat d’Oman, ce qui leur a certainement permis de rejoindre le Yémen limitrophe par la suite. Si Salim Benghalem est resté dans la région, son compagnon est, pour sa part, revenu en France quelques semaines plus tard, où sa surveillance par la DRPP a repris, par le biais de nouvelles interceptions de sécurité, puis abandonnée une première fois, les écoutes n’étant pas concluantes.

La DRPP a de nouveau mis sur écoute Saïd Kouachi en 2014 avant d’abandonner encore sa surveillance lorsque ce dernier a quitté la région parisienne pour s’installer à Reims en juin 2014. La compétence territoriale de la DRPP se limitant à Paris et la petite couronne, elle transmet alors l’intégralité du dossier à la DGSI, au cours d’une réunion de travail qui se tient au début du mois de juillet, et celle-ci s’engage alors à prendre le relais.

Interrogé sur ce point par la commission d’enquête, son directeur général, M. Patrick Calvar a répondu que la surveillance fut finalement définitivement interrompue car « aucun élément ne permettait d’établir de la part des frères Kouachi une activité terroriste ». (…)

Le cas Coulibaly

Le cas d’Amedy Coulibaly est sensiblement différent puisqu’il n’avait jamais fait l’objet d’une surveillance particulière de la part des services de renseignement. M. René Bailly a ainsi expliqué à la commission d’enquête que son nom était parfois apparu dans le cadre de la surveillance d’autres individus, notamment en raison de sa fréquentation de mosquées sensibles. Mais il n’a pas attiré outre mesure l’attention des services car rien ne laissait soupçonner « qu’il était impliqué dans des projets d’attentats terroristes » selon le DGSI, M. Patrick Calvar.

Pour autant, entre 1999 et 2009, Amedy Coulibaly a été condamné six fois et a fréquenté plusieurs établissements différents : Melun, Fleury-Mérogis, Villejuif, Orléans-Saran. À Fleury-Mérogis, il fut le voisin de cellule de Djamel Beghal, et des écoutes téléphoniques réalisées en 2010 ont montré qu’il existait un lien fort entre les deux hommes. En outre, Coulibaly a été condamné pour avoir projeté l’évasion de Smaïn Aït Ali Belkacem, l’un des auteurs des attentats de 1995, projet pour lequel Cherif Kouachi a également été mis en examen avant de bénéficier d’un non-lieu. Dès lors, son adhésion aux thèses de l’islam radical et violent ne faisait guère de doutes, après une telle condamnation.

Pourtant, à sa sortie de prison, Amedy Coulibaly est remis en liberté sans aucun suivi, sans aucune information des services de renseignement par l’administration pénitentiaire ou judiciaire, sans aucune alerte. Le ministre de la justice, lors de son audition par la commission, reconnaissait à ce sujet, avec courage et lucidité : « Le bureau du renseignement pénitentiaire ne dispose ni de document ni de retour d’expérience sur le parcours de Coulibaly. (…) Le parcours de Coulibaly ne démontre que des carences de notre part ; il nous faudra y remédier. »

Le cas Samy Amimour

Samy Amimour, membre d’un club de tir de la police nationale, a tout d’abord fait l’objet d’une surveillance de la part de la DRPP, ainsi que l’a confié son directeur, M. René Bailly, lors de son audition. Il a été auditionné par la DCRI en octobre 2012, dans le cadre d’un projet de départ en Syrie. Cette année-là, il est déféré, mis en examen et placé sous contrôle judiciaire.

Dans le cadre de ce contrôle, il est donc interdit de sortir du territoire et privé de papiers d’identité, mais il parvient néanmoins en septembre 2013, à se rendre en Syrie avec Ismaël Omar Mostefaï. Selon toute vraisemblance, il se serait fait refaire ses papiers d’identité par la préfecture, en arguant une prétendue perte. Alors que toute demande de nouveaux papiers d’identité déclenche normalement la consultation par la préfecture du fichier national des personnes recherchées (FPR), dans lequel sont portées les interdictions de sortie du territoire, il semblerait que cette consultation ne soit pas systématique, a regretté M. Marc Trévidic lors de son audition par la commission d’enquête. Alors juge d’instruction au pôle antiterroriste, celui-ci a expliqué à la commission d’enquête qu’il avait souhaité, à la lumière d’éléments nouveaux, entendre trois individus placés sous contrôle judiciaire, dont Samy Amimour. Il apprit à cette occasion « qu’aucun des trois ne pointait plus au commissariat depuis au moins quatre semaines sinon davantage, alors même qu’ils étaient tenus à un contrôle hebdomadaire. »

Cet épisode plus que malheureux met en relief deux problèmes majeurs et distincts. Premièrement, le contrôle judiciaire de Samy Amimour a manifestement échoué et n’a pas été suffisamment rigoureux. Deuxièmement, si la surveillance administrative dont il avait été l’objet a été abandonnée simultanément avec sa mise en examen, conformément aux principes du procès équitable et des droits de la défense, elle n’a manifestement été remplacée par aucune mise en œuvre par la justice des techniques de renseignement qui eussent permis de détecter les intentions de Samy Amimour. À cet égard, le directeur général de la sécurité intérieure, M. Patrick Calvar, a indiqué à la commission que cette mauvaise articulation entre la surveillance administrative et la surveillance judiciaire constituerait « un angle mort ». Votre rapporteur observe néanmoins que – contrairement à nombre de ses homologues étrangers – la DGSI dispose d’une compétence judiciaire mise en œuvre très régulièrement dans le cadre des cosaisines avec la SDAT dont elle fait l’objet de la part du parquet dans le cadre des enquêtes antiterroristes. C’est d’ailleurs en vertu de cette compétence que la DCRI auditionnait Samy Amimour en octobre 2012. Votre rapporteur estime donc que, autant qu’un problème de droit ou de moyens, c’est aussi une insuffisante prise en considération de la dangerosité et des projets de Samy Amimour qui a conduit à ne pas poursuivre sa surveillance après sa mise en examen et entraîné un contrôle judiciaire peu rigoureux.

Le cas Mostefaï

Son compagnon, du voyage en Syrie jusqu’au Bataclan, Ismaël Omar Mostefaï faisait quant à lui l’objet d’une fiche S pour radicalisation islamiste violente lorsqu’il parvient à rejoindre les rangs de Daech. Selon les témoignages recueillis par la commission lors de son déplacement à Ankara, le départ des deux hommes aurait d’ailleurs été signalé à la DGSI par les services de renseignement et de sécurité turcs. Il apparaîtrait comme logique que les Français signalés de la sorte soient ciblés prioritairement par les services français, de sécurité tant extérieure qu’intérieure. Lors des auditions, il a été confirmé à la commission, qu’Ismaël Omar Mostefaï n’avait fait l’objet d’aucune surveillance avant le 13 novembre 2015, bien qu’il faille garder à l’esprit que la surveillance des français en zone syro-irakienne est une manœuvre particulièrement complexe.

Le cas Abaaoud

Bien que n’ayant jamais résidé en France, celui qui semble être un acteur clé des attentats du 13 novembre, Abdelhamid Abaaoud, était néanmoins connu des services de renseignement et de sécurité français, mais également au moins par leurs homologues belges, grecs et turcs.

Né en avril 1987, titulaire de la double nationalité belge et marocaine, Abdelhamid Abaaoud a été condamné et incarcéré à de multiples reprises en Belgique entre 2002 et 2012. En février 2013, il se rend en Syrie et fait l’objet d’une note de la sûreté belge. Un an plus tard, il acquiert une certaine notoriété par des vidéos diffusées sur internet et le montrant se livrant à des exactions en Syrie. En août 2014, il est frappé par un mandat d’arrêt belge et international.

Pour autant, Abdelhamid Abaaoud revient au sein de l’espace Schengen. Il est associé à, voire coordonne, une cellule djihadiste dormante en Belgique, dite cellule de Verviers, qui est démantelée par la Belgique avec le concours du GIGN en janvier 2015, peu après les attentats de Paris. Selon les informations recueillies auprès des services de renseignement et de sécurité grecs lors du déplacement de la commission à Athènes, le lien téléphonique entre la cellule de Verviers et Abdelhamid Abaaoud était établi avant le démantèlement de la première. Il était alors prévu une action concertée des services belges et grecs afin d’interpeller le djihadiste se trouvant à Athènes. Cependant la précipitation de l’intervention à Verviers n’a pas permis une telle arrestation.

Votre rapporteur a pu mesurer, à Athènes, toute la frustration encore vivace des services grecs, apparemment mal tenus informés de l’organisation du démantèlement en Belgique. Ces services ont dû organiser en urgence, dans le centre-ville de la capitale, une opération d’interpellation en masse, dans la rue, de très nombreux suspects potentiels dans la zone de bornage du téléphone, qui communiquait avec la cellule de Verviers. Abdelhamid Abaaoud échappe alors au coup de filet et se débarrasse dudit téléphone qui sera retrouvé quelques jours plus tard, mais l’enquête grecque met à jour deux appartements conspiratifs dont la fouille confirmera, d’une part, sa présence à Athènes et sa fuite très brusque, et, d’autre part, sa connexion avec les réseaux criminels de fabrication et de diffusion de faux-papiers.

Nonobstant ses antécédents, cette opération semble constituer le point de départ de l’intérêt des services français pour Abdelhamid Abaaoud. Le DGSE, M. Bernard Bajolet a ainsi expliqué : « Nous suivions en particulier, depuis le mois de janvier 2015, le réseau Abaaoud, en liaison avec un projet d’attentat du « groupe de Verviers ». Nous avons aidé nos homologues belges à déjouer cet attentat. »

Du côté de la sécurité intérieure, le sujet Abaaoud ne sera réellement pris en pleine considération qu’à partir de l’été suivant après l’enchaînement de l’attaque du Thalys et de l’arrestation de Reda Hame, lequel confiera en garde à vue avoir reçu des consignes d’attentat en France de la part du belgo-marocain. En effet, selon M. Patrick Calvar, la DGSI a établi « la dangerosité d’Abaaoud dès l’été 2015, en indiquant que cet individu était impliqué dans de nombreux projets avortés. C’était après l’attaque du Thalys. Nous savions pertinemment qu’Abaaoud avait joué un rôle dans plusieurs affaires, dont l’affaire Ghlam, et nous l’avons donc signalé. » Jusqu’à l’été 2015, a également précisé le DGSI, Abdelhamid Abaaoud était connu de ses services mais la connaissance qu’ils avaient de ses projets terroristes visant la France n’en faisaient pas une priorité. M. Patrick Calvar a justifié un tel ordre des priorités par le fait que l’intéressé n’était ni résident ni de nationalité française : « Nous avons suffisamment de ressortissants français qui, depuis la Syrie, veulent nous frapper, soit en projetant sur notre territoire des gens, soit en faisant appel à des amis qui vivent ici, pour ne pas nous être préoccupés directement des cellules en Belgique ou dans d’autres pays, dès lors que nous ne pouvions établir de connexions. (…) Qu’on m’explique comment bloquer Abaaoud quand il se trouve en Grèce, visé par une enquête – celle concernant les attentats déjoués de Verviers ? »

Tout au long de l’année 2015, malgré les moyens mis en œuvre, Abdelhamid Abaaoud ne sera donc jamais localisé par les services de renseignement français, ni par leurs homologues européens. S’ils ont su qu’il était rentré en Syrie, ils ne l’ont en revanche pas vu ressortir et n’ont découvert sa présence sur le sol français qu’après les attentats du 13 novembre.

Comment Abdeslam a pu quitter la France le 14 novembre

Cependant, compte tenu de la chronologie des attentats du 13 novembre (cf. supra), votre rapporteur est contraint de relativiser cette situation présentée comme idéale. En effet, tandis que le Président de la République lui-même décrète l’état d’urgence à minuit le 14 novembre et demande formellement la restauration des contrôles aux frontières, Salah Abdeslam sera contrôlé à 9h10 et s’exfiltrera vers la Belgique en dépit d’un hit positif de son passeport sur le SIS 2.

M.Jean-Jacques Colombi a fourni à la commission des précisions éclairantes sur les conditions de ce contrôle ainsi que sur les lourdeurs intrinsèque du fonctionnement actuel du SIS 2 : « La consultation du fichier des personnes recherchées en France par le peloton autoroutier fait apparaître que Salah Abdeslam fait l’objet d’un signalement dans le SIS et que la conduite à tenir est de « recueillir discrètement toutes informations utiles et contacter le bureau SIRENE « . L’un des gendarmes contacte donc le bureau pour obtenir davantage de précisions. Nous lui confirmons l’existence d’un signalement valide dans le SIS émis par la Belgique le 9 février 2015 au titre de l’article 36-2 de la décision 2007/533 du Conseil, lequel autorise le signalement «pour la répression d’infractions pénales et pour la prévention de menaces pour la sécurité publique », donc pour des infractions de droit commun, l’article 36-3 autorisant, lui, les signalements quand la sûreté de l’État est menacée.

Nous précisons au gendarme que les Belges demandant un contrôle discret, le peloton doit poursuivre le contrôle, rappeler pour nous donner une description du véhicule, sa plaque d’immatriculation, l’identité des occupants – si possible, une copie des documents d’identité –, la provenance et la destination des passagers et le motif de leur déplacement.

À 9 heures 40, l’un des gendarmes rappelle le bureau SIRENE et communique les informations demandées, à l’exception des copies des pièces d’identité qui ne nous parviendront que plus tard dans la matinée en raison de difficultés liées à la transmission des images par voie électronique.

À 9heures44, l’opérateur du bureau SIRENE de Paris transmet au bureau SIRENE de Belgique le formulaire habituel de découverte, dit  » formule G « , accompagné d’une demande de précision quant au motif du signalement, en précisant que les copies des documents d’identité seraient transmises dès réception.

Vers 10 heures 45, le bureau SIRENE de Belgique rappelle le bureau SIRENE de France et l’informe que Salah Abdeslam était d’après leurs services un individu radicalisé, candidat au djihad en Syrie ».

M.Alexandre Pichon, adjoint au chef de la division des relations internationales a également les raisons pour lesquelles le SIS 2 ne pouvait fournir d’information sur le risque terroriste, qui eût permis aux gendarmes de mieux cerner Salah Abdeslam lors de son contrôle : « L’article 36-2 ne couvre pas spécifiquement les infractions de droit commun. Les articles 36-2 et 36-3 peuvent concerner des faits relevant du terrorisme comme des faits n’en relevant pas. Ce qui distingue les deux articles, c’est la nature de l’autorité qui procède au signalement. Les signalements effectués dans le cadre de l’article 36-2 étant liés à la répression des infractions pénales, ils sont généralement issus des services d’enquête criminelle, donc de la police judiciaire. Ceux qui sont effectués dans le cadre de l’article 36-3, en cas de menace de la sûreté de l’État sont généralement issus des services de renseignement, de la DGSI par exemple ».

In fine, il est apparu que les Belges ont renseigné le SIS 2 dans le cadre de l’article 36-2 et non pas de l’article 36-3 alors même que les services de ce pays étaient informés de la radicalisation de M. Salah Abdeslam. Les Français n’ont su que quelques heures après le contrôle que ce dernier était surveillé au titre de sa radicalisation violente. Votre rapporteur en conclut que le SIS 2, au lendemain du pire attentat terroriste connu par la France au cours de son histoire et en dépit des ordres présidentiels, était impuissant à bien renseigner la gendarmerie française, contrainte dès lors de laisser libre le djihadiste.

La Commission parlementaire belge sous pression de la police

Depuis l’affaire Dutroux, les Belges ont mis en place un organe parlementaire de contrôle de la police: le comité P. Cet organe prépare un rapport particulièrement sanglant sur les dysfonctionnements du renseignement belge. On trouvera ci-dessous un résumé, emprunté à la Dernière Heure, des batailles qui se livrent en ce moment en Belgique sur la transparence en matière de lutte anti-terroriste:

1. Dénonciation. Début mars. Avant même que se produisent les attaques de Zaventem et de Maelbeek, le Comité P (la police des polices en Belgique) enquête sur une information de juillet 2014 concernant une possible radicalisation des frères Salah et Brahim Abdeslam, deux des auteurs des attentats de Paris, information qui aurait été négligée par la police antiterroriste.

Il le fait à la suite de la dénonciation d’une “agente” de la police judiciaire qui aurait reçu un appel d’un informateur proche de la famille Abdeslam lui parlant de la préparation d’une attaque par les frères Abdeslam, sous la coupe d’Abdelhamid Abaaoud, tué le 18 novembre 2015, à Saint-Denis. La policière, en délicatesse avec sa hiérarchie et en “congé maladie”, dit avoir transmis le soir même l’information à ses collègues de la section antiterroriste de la police judiciaire (DR3) qui n’auraient donné aucune suite.

2.Répliques du parquet fédéral et de la police judiciaire. A cette époque, le parquet fédéral minimise l’importance de ces informations, qui ne faisaient, dit-il, aucune référence à un quelconque projet d’attentat et ne mentionnait pas le nom des Abdeslam. Le parquet souligne que la première mention d’un départ possible des frères en Syrie date de janvier 2015 et qu’elle a fait l’objet de vérifications à l’issue desquelles aucune infraction liée au terrorisme n’avait pu être mise en évidence.

Le directeur général de la police judiciaire fédérale, Claude Fontaine, en rajoute une couche: “Il est de mon devoir de défendre mon équipe contre certains éléments mensongers qui se basent sur des informations de source douteuse ayant parfois uniquement pour but de discréditer notre organisation” écrit-il. Une enquête pour violation du secret professionnel sera ensuite ouverte par le parquet de Bruxelles.

3. Première salve du Comité P. Mais le 7 mi-mars, devant la commission parlementaire spéciale “terrorisme”, le Comité P dresse un tableau très sombre de la façon de fonctionner des services de renseignement. Il pointe du doigt les faiblesses structurelles dans l’échange d’informations entre les unités chargées de surveiller les djihadistes présumés; il révèle qu’un scanner censé lire les documents concernant les suspects est…en panne depuis 2014 et que 20.000 documents potentiellement intéressants n’ont pu être traités; il indique aussi que les restrictions budgétaires ont privé les services policiers de personnes qualifiées pour gérer et analyser les informations recueillies.

4.Deuxième mise en cause du même Comité P. L’épisode suivant intervient fin avril. Dans un rapport intermédiaire relatif à l’enquête sur les attentats de Paris, le Comité P affirme que le dossier de surveillance des frères Abdeslam a été classé sans suite, en avril 2015, en raison d’un manque d’effectifs. Il relève plusieurs manquements ayant permis au duo d’échapper à la surveillance dont ils aurait dû faire l’objet.

5.Des parlementaires fâchés. Ce rapport est toutefois mal accueilli par les membres de la commission parlementaire de suivi des organes de contrôle des services de police et du renseignement. Ils le jugent “trop à charge” et dépourvu de contexte et décident de permettre aux services incriminés de répondre point par point. Ce n’est qu’en possession de leurs répliques que les députés analyseront le rapport sur le fond.

6.Le Comité P se justifie. Dans la foulée, Yves Keppens, le président du Comité P, défend le rapport contesté, concédant sa sévérité mais justifiant son contenu.

7.Police et parquet contre-attaquent. Le feuilleton n’est toutefois pas terminé. Le 2 mai, la commissaire générale de la police fédérale, le directeur de la police judiciaire, le procureur fédéral et le procureur général de Bruxelles écrivent à la commission parlementaire de suivi du comité P pour dénoncer la surcharge de travail qu’ils doivent supporter depuis le début de l’enquête de ce dernier. Dans leur courrier, Mme De Bolle et MM. Fontaine, De Leeuw et Delmulle rappellent la charge de travail considérable que leurs services supportent pour lutter contre la menace terroriste. L’enquête du comité P n’arrange pas les choses, scandent-ils.

8.Le malaise est profond. Depuis, d’autres intervenants sont sortis du bois. Le SLFP Police a dénoncé une pénurie de personnel au sein de la cellule anti-terroriste. Surtout, De Morgen a révélé qu’au moins 20 spécialistes souhaitent quitter au plus vite la DR3. Ils en auraient assez des critiques incessantes dont ils font l’objet. Avec ses 142 employés, le service est pourtant déjà en sous-effectifs. Malaise, vous avez dit malaise.

La police belge a-t-elle protégé les frères Abdeslam?

Je reviens sur l’information du point n°1 ci-dessus: la police belge avait-elle eu vent des projets d’Abdeslam en France? Il est évidemment toujours tendancieux de réécrire l’histoire après coup. Il n’en reste pas moins que…

Selon la RTBF, on découvre cette information hallucinante:

C’est l’un des points cruciaux que devra trancher la commission d’enquête parlementaire : les policiers ont-ils fait preuve de négligence dans l’enquête sur les frères Abdeslam ? Jusqu’à présent la version présentée par la DR3, unité chargée de l’anti-terrorisme était la suivante : oui, elle avait bien reçu via un informateur des éléments faisant état de la radicalisation des frères Abdeslam. Mais, non, ces informations ne permettaient pas d’établir que les deux frères appartenaient à une mouvance terroriste et encore moins qu’ils étaient susceptibles de passer à l’acte.

L’enquête du Comité P (police des polices) contredit désormais ouvertement cette version. Selon ce document classé confidentiel mais auquel la rédaction de la RTBF a pu avoir accès, les informations étaient en réalité beaucoup plus précises que ce qui a été dit jusqu’à présent, et elles laissaient peu de doutes sur la dangerosité des deux frères.

Tout commence le 15 janvier, jour de l’assaut contre la planque de Verviers. Ce jour là les policiers tuent deux terroristes dans la fusillade, capturent le troisième et lancent une vaste enquête pour mettre la main sur leurs complices à travers le pays. En Grèce, l’organisateur présumé de la cellule, Abdelhamid Abaaoud parvient à échapper aux policiers.

Un informateur, quatre éléments

Dans les jours qui suivent, un informateur livre à la police locale de Molenbeek les noms des deux frères Salah et Brahim Abdeslam.

Quatre éléments d’information (qui finiront par remonter vers les fédéraux) apparaissent :

  • Il est question de départ en Syrie pour « aider les frères »
  • Des sacs seraient prêts pour le départ
  • Brahim a téléphoné à son frère de la frontière turco-syrienne au moment où il s’apprêtait à franchir la frontière vers la Syrie (le 28/01)
  • Et, surtout, l’informateur fait état de plusieurs échanges directs entre Abdelhamid Abaaoud et Salah Abdeslam dans les jours qui ont précédé l’opération de Verviers

L’informateur donne même le numéro de GSM qu’utilise Salah Abdeslam dans ce contexte.

Abaaoud ? Une vague connaissance du passé

Immédiatement, la police locale lance un avis de recherche des deux hommes. Des convocations leur sont adressées, sans résultat immédiat.

Le 16 février, un motard de la police de Molenbeek interpelle Brahim Abdeslam au volant d’une voiture pétaradante. Il est en possession de stupéfiants.

Les policiers découvrent qu’il est aussi recherché pour « radicalisme ». Ils se rendent chez lui et emportent des ordinateurs et des clés USB.

Salah Abdeslam se rend, sur conseil d’un proche, au commissariat le 28 février, mais affirme qu’Abaaoud n’est qu’une vague connaissance du passé, dont il n’a plus de nouvelles depuis trois ans. C’est faux, mais ça passe.

La DR3 saturée de travail

Entretemps, le parquet fédéral compétent en matière de « terrorisme » reprend la main et la police locale de Molenbeek n’est officiellement plus en charge du suivi. Mais la police fédérale anti-terroriste bruxelloise, la DR3, qui reçoit les devoirs d’enquête est saturée de travail. Plus de 110 dossiers à gérer, 420 suspects à suivre pour 85 hommes, cadres compris…

La DR3 réalise alors partiellement un premier devoir, le réquisitoire téléphonique (relevé des communications) sur le numéro de Salah Abdeslam entre le 1 mars 2014 et le 19 février 2015, puis décide de « geler » les informations, car elle ne dispose pas des forces nécessaires pour réaliser l’enquête de téléphonie.

Le parquet fédéral est dès lors informé que le groupe de la DR3 compétente en matière « d’islamisme » n’est plus en mesure d’effectuer les devoirs d’enquête demandés par le magistrat titulaire, notamment l’examen des pièces saisies chez les Abdeslam.

Des pistes de réorientation des deux dossiers sont alors recherchées au sein de la police judiciaire puis suggérées au magistrat titulaire du dossier.

Quatre mois « en attente » d’une réaffectation, puis classés « sans suite »

Un rapport de « contextualisation » indispensable pour pouvoir transférer le dossier vers une autre unité de la PJF est rédigé et transféré vers le magistrat du parquet fédéral.

Il ne s’agit pas d’une synthèse de l’enquête, mais des seules observations effectuées au départ de la documentation de la DR3.

Rien ne figure donc dans ce rapport sur les premiers éléments rapportés par l’informateur à la police locale qui faisait état de connexions récentes avec Abaaoud qui est pourtant activement recherché par les services.

Durant quatre mois, les deux dossiers resteront « en attente » d’une réaffectation, mais, en juin 2015, le magistrat titulaire décidera sans attendre les résultats des devoirs qu’il a prescrit de classer les deux dossiers « sans suite ». Il demandera de poursuivre « une surveillance discrète » des frères, mais plus aucun service de police ou de renseignements ne considérera cette mission comme « prioritaire »… jusqu’aux attentats du 13 novembre.

Voilà comment Salah Abdeslam, l’homme dont on aurait du savoir qu’il était en contact direct avec Abaaoud, a disparu des radars.

Les armes du Bataclan proviennent-elles d’un camp de DAESH à la frontière mexicaine

Enfin, pour couronner ce tour d’horizon impressionnant, je rappelle cette information issue du site américain Judicial Watchl’une des armes du Bataclan proviendrait de Phoenix, aux Etats-Unis, où elle aurait été achetée avec le consentement tacite des autorités dans le cadre de l’opération Fast and Furious.

On notera par ailleurs les liens étranges entre Abrini, réputé être le cerveau des attentats, et la Grande-Bretagne. Abrini avait fait un voyage à Birmingham l’an dernier. Il est aujourd’hui un informateur des services secrets britanniques.

Attentats de Paris: les grands délires des « révélations »

La presse subventionnée n’en finit pas de changer de « version définitive » sur les attentats du 13 novembre, pendant que la police s’efforce d’étouffer les polémiques sur l’attentat de Charlie Hebdo. Voici un petit condensé des grands délires auxquels nous assistons.

Les attentats du 13 novembre et les ceintures d’explosifs

Je lis dans le Figaro un article divertissant sur l’origine bruxelloise des ceintures d’explosifs qui ont servi au stade de France. En voici le best of:

Composés d’un bouton pressoir servant de détonateur, de TATP (peroxyde d’acétone) utilisé lors des attentats de Londres en 2005 ainsi que d’une charge primaire pyrotechnique de quelques grammes placée dans un détonateur, ces engins très instables, susceptibles de détoner au contact de la chaleur humaine, ont été confectionnés dans un appartement de Schaerbeek, quartier populaire du nord de Bruxelles. Là, dans un bâtiment situé rue Henri-Bergé, les policiers ont retrouvé le 10 décembre dernier du matériel destiné à la préparation d’explosifs, des traces de poudre suspectes ainsi que trois ceintures «qui pourraient avoir été destinées à transporter des explosifs».

Lors de la perquisition de ce laboratoire clandestin, les policiers ont aussi découvert une empreinte digitale de Salah Abdeslam, unique rescapé des commandos du vendredi sanglant et plus que jamais désigné comme «objectif prioritaire» de toutes les polices.

Nous sommes très contents d’apprendre cette information de premier ordre, manifestement donnée par la police. Son seul problème est de contredire une autre version policière donnée il y a quelques jours par le Monde.

On y lisait en particulier que les ceintures d’explosifs ayant servi à Saint-Denis avaient été confectionnées la veille de l’attentat dans la maison que les terroristes avaient louée à Bobigny. On aurait même retrouvé des rouleaux de scotch dans la maison, pour preuve de cette intense préparation.

Allez comprendre!

Les attentats du 13 novembre et l’incompréhensible agenda des terroristes

Dans sa grande enquête tirée des procès-verbaux de l’enquête, Le Monde avait par ailleurs affirmé que les terroristes avaient quitté Bruxelles le 12 novembre au matin, pour Charleroi, puis pour Paris. Ils auraient dormi à Bobigny et à Maisons-Alfort, la nuit précédant leur forfait. J’avais souligné l’invraisemblance de cette relation des faits, dans la mesure où Abrini et Salah Abdeslam avaient été filmés en route pour Paris au volant de la Clio de location le 11 novembre à 19h, et que des témoins très précis affirmaient avoir vu les frères Abdeslam à Molenbeek le 12 novembre au soir.

Résultat: une autre version est désormais donnée sur l’emploi du temps de Salah Abdeslam et de Mohamed Abrini, qui ont été filmés partout entre la France et la Belgique avant le 14 novembre à 10 heures (moment où Abdeslam franchit trois barrages de police destinés à arrêter les coupables du 13 novembre), et qui sont introuvables depuis ce jour.

Le 13 novembre, retour en Belgique. A 3h01, la Seat quitte la ville de Molenbeek. Elle arrive à Bruxelles quelques minutes plus tard. Derrière elle, un autre véhicule, qui semble être la Clio noire louée par Salah Abdeslam. Les deux voitures s’arrêtent. Trois hommes en descendent. A 4h20, la Seat quitte Bruxelles à destination de Charleroi (Belgique).

Le véhicule se gare vers 5h25 à Charleroi, rue de la Garenne, d’où il ne repartira pas avant plusieurs heures. Que font les trois hommes durant ces 10 heures ? C’est une zone d’ombre pour les enquêteurs.

Les terroristes ne sont donc pas partis pour Paris le 12 novembre (avec nuit dans la maison de Bobigny qu’ils ont louée sur Airbnb semble-t-il), mais le lendemain, 13 novembre, au matin. Le véhicule aurait quitté Charleroi vers 15h50 pour rejoindre Bobigny où la Seat est repérée à 19h37. Dans cette version, il n’est pas fait mention de la Clio, qui aurait passé une heure à Roissy entre 18h20 et 19h20.

Si l’on en croit les derniers éléments qui sont fournis par ces versions manifestement non contenues dans les 6.000 procès-verbaux compilés par la police durant les six premières semaines de l’enquête, les terroristes ont donc préparé leur ceinture d’explosifs à Bruxelles, ont reçu des armes à Charleroi le 13 novembre, pour commettre des attentats le soir même. Comme ce sont des kamikazes, ils n’avaient pas l’ambition de survivre au 13 novembre, mais ils ont quand même loué une maison à Bobigny, qu’ils n’ont pas occupée, mais où ils se sont rendus entre 19h et 21h.

On le voit, on est encore loin d’avoir un récit cohérent de ce qui s’est passé… et on n’en a pas fini avec les « révélations » tonitruantes de la presse subventionnée.

Les attentats et les cerveaux belges

Entretemps, il semblerait que les condés belges aient identifié les cerveaux des attentats, ceux qui suivaient par SMS depuis Bruxelles le déroulement des opérations à Paris. Ils s’appelleraient Samir Bouzid et Soufiane Kayal.

Les deux suspects ont aussi transféré le 17 novembre, dans une agence de la Western Union en région bruxelloise, la somme de 750 euros à Hasna Ait Boulahcen, la cousine d’Abdelhamid Abaaoud, tous les deux tués lors de l’assaut de Saint-Denis. De là sont tirées les images de surveillance.

Enfin, le rôle central des deux hommes apparaît encore dans le fait qu’ils ont été contrôlés à la frontière austro-hongroise bien avant les attentats, le 9 septembre, dans une Mercedes où avait pris place également Salah Abdeslam, en provenance de Budapest.

Ces deux mystérieux cerveaux sont en fuite.

Là encore, on est loin de tout savoir sur ces gens dangereux et fichés qui ont traversé les frontières de l’Union au vu et au su de la police à plusieurs reprises depuis plusieurs mois sans que personne ne semble s’en inquiéter particulièrement.

La police cherche à tuer dans l’oeuf la plainte Brinsolaro

Dans l’affaire Charlie Hebdo, on se souvient que l’épouse du garde du corps de Charb reproche au ministère de l’Intérieur un homicide involontaire aggravé. Elle considère en effet que les services de renseignement n’ont pas traité avec diligence le signalement d’un homme qui ressemble à l’un des Kouachi, surpris en train de faire une planque devant le siège de Charlier Hebdo fin octobre 2014.

Avec une rapidité déconcertante, l’inspection générale de la police nationale (dont l’indépendance et l’impartialité sont forcément au-dessus de tout soupçon) vient de rassurer le Ministre en lui expliquant que tout va bien, et que cette affaire ne tient pas debout.

Une première accusation, concernant l’éventuelle défaillance de Patrick Hacgeman, le deuxième policier en charge de la protection de Charb, a été levée. Sylvain Louvet, un journaliste de Premières lignes, l’agence de presse située sur le même palier que Charlie Hebdo, avait appelé l’autre officier de sécurité de Charb, qui était de repos, lorsqu’a débuté la tuerie. Selon le journaliste, le policier lui aurait répondu qu’il était en congés, mais que la police n’allait pas tarder à intervenir. Mais d’après le rapport de l’IGPN, il s’avère qu’il ne serait pas resté inactif, mais aurait passé plusieurs appels, à Franck Brinsolaro et à sa hiérarchie. (…)

Le rapport de la DGPN répond à une deuxième accusation, concernant une voiture suspecte aperçue au mois de septembre 2014 à proximité de Charlie Hebdo. Le même journaliste dePremières lignes avait alerté les policiers du Service de la Protection de la présence d’un individu suspect proférant des menaces contre Charlie Hebdo qui aurait «insulté le prophète». Il avait transmis les coordonnées du véhicule aux policiers, qui avaient fait un rapport à leur hiérarchie. Il s’était avéré que le propriétaire du véhicule n’était connu des services que pour une affaire de droit commun. Pourtant, Sylvain Louvet, lorsqu’il aperçoit la photo des deux terroristes au lendemain des attentats, croit reconnaître dans Chérif Kouachi l’homme vu dans la voiture en septembre, ce qui pourrait faire croire à un éventuel repérage des Kouachi sur les lieux du drame, et surtout à une défaillance des services de protection. Mais devant les enquêteurs de l’IGPN, le journaliste était moins sûr de lui, et semble avoir reconnu le propriétaire de la voiture sur une photographie. Ce dernier serait un déséquilibré, ayant passé plusieurs mois en hôpital psychiatrique. «On est sûr à 99 % que l’homme dans la voiture n’était pas Chérif Kouachi», résume une source proche de l’enquête.

Ce n’était pas un Kouachi, qui était en planque, mais un déséquilibré, et le témoin oculaire n’est pas sûr de reconnaître le gaillard. Ah! tous ces témoins oculaires à qui on ne peut décidément pas se fier… Surtout que la présence du Kouachi est visée, dans la plainte de l’épouse Brinsolaro, fin octobre 2014, et que l’incident évoqué par la police a lieu en septembre.

La conclusion de cette enquête est évidemment ailleurs:

«Ces conclusions de l’IGPN, indique-t-on de source policière, ainsi que les investigations, ne permettent pas de démontrer les éléments constitutifs de l’infraction de non-assistance à personne en danger».

L’objectif était bien là: non pas comprendre la vérité, mais s’assurer que la plainte Brinsolaro serait classée sans suite. Le rapport de l’IGPN doit déjà être entre les mains du zélé procureur Molins, qui pourra classer en toute bonne conscience.

Attentats: la version officielle vacille

Même la presse subventionnée bat de plus en plus en brèche la version officielle sur les attentats du 13 novembre. Une fois de plus, le ministère de l’Intérieur fait pourtant régner le black-out sur les informations qui entourent ces événements tragiques. On voit mal l’enjeu de ces silences… sauf à dissimuler les failles béantes des services de renseignement.

Les attentats et les mystères de l’assaut du RAID à Saint-Denis

C’est le Monde qui choisit de consacrer un article particulièrement limpide à l’assaut donné par le RAID à Saint-Denis. Les journalistes du quotidien ont en particulier pu consulter les rapports internes du RAID sur l’assaut. Manifestement, la police ne se fatigue pas pour expliquer vraiment ce qui s’est passé ce jour-là, ni les raisons exactes pour lesquelles l’opération a duré si longtemps.

Selon les informations recueillies, les policiers français ont tiré 1.500 cartouches et 4 grenades. Les lieux qu’ils ont laissés derrière eux ressemblaient à un champ de ruines:

La chaussée est jonchée de débris. Du verre et du bois provenant des fenêtres de l’immeuble de Saint-Denis où a eu lieu l’assaut. De nombreux écrous, probablement contenus dans une ceinture d’explosifs actionnée par l’un des hommes retranchés. Mais aussi plusieurs bouts de corps. Ici, « une tête humaine à laquelle demeure attaché un morceau de colonne vertébrale ». Là, « une partie de visage » sur la peau duquel apparaît une barbe naissante. Plus loin, une dent humaine, un trousseau de clés, un livre en langue arabe et un clavier d’ordinateur brisé.

On évitera donc de lire ce rapport au petit-déjeuner. En revanche, comme le souligne le quotidien, aucune lumière n’est faite dans ce rapport sur les difficultés que les policiers ont eues à faire exploser la porte. On se souvient ici des explications gênées des responsables policiers qui avaient commencé par soutenir que la porte avait résisté parce qu’elle était blindée, avant d’affirmer le contraire et de reconnaître que les charges utilisées étaient défaillantes.

Surtout, le point d’ombre majeur reste entier: le déferlement de feu qui s’est abattu sur les occupants de l’appartement ce jour-là est difficile à comprendre dans la mesure où seul un revolver a été retrouvé du côté des défenseurs. Manifestement, ceux-ci ne disposaient certainement pas d’armes de guerre et n’étaient donc pas armés pour riposter à l’arrivée des policiers.

Salah Abdeslam reconnu par des victimes des attentats

Selon la version officielle, Salah Abdeslam était chargé de convoyer les trois kamikazes de Saint-Denis. Il n’aurait donc pas participé aux fusillades de Paris.

Même FranceTV émet des doutes extrêmement sérieux sur cette version. Rappelons que la presse belge a pu consulter les procès-verbaux d’audition des deux « amis » d’Abdeslam qui sont venus le chercher un urgence à Paris pour l’exfiltrer vers la Belgique. Selon eux, Abdeslam a fait clairement état de sa participation aux fusillades tragiques et a affirmé qu’il était le « 10è terroriste » (quand la version officielle n’en compte que neuf).

Selon Le Point, des témoins visuels ont certifié reconnaître Salah Abdeslam comme l’un des auteurs de la fusillade de la Belle Equipe.

Certes, les témoignages humains sont fragiles, mais après le carnage commis par le commando mené par Abdelhamid Abaaoud contre les clients de plusieurs bars des 10e et 11e arrondissements, Salah Abdeslam est formellement reconnu sur des planches photographiques présentées par les enquêteurs aux rescapés comme étant un des membres du commando des terrasses.

On notera avec amusement la phrase: « Certes, les témoignages humains sont fragiles », qui en dit long sur la peur que la presse subventionnée peut avoir lorsqu’elle fait son travail d’investigation. On voit en effet mal pourquoi les témoignages des victimes seraient plus fragiles que ceux des policiers… Sachant que le travail de la police consiste précisément à recueillir aujourd’hui ces témoignages pour faire progresser l’enquête!

Après son forfait rue de Charonne, où est allé Salah Abdeslam? La fusillade s’est terminée vers 21h40. A 22h, Abdeslam est retrouvé dans le dix-huitième arrondissement, près de la porte de Clignancourt, où il gare la Clio Noire véhiculée la veille par Mohamed Abrini, toujours en fuite. On rappellera en outre que la police a identifié Abaaoud au volant de la Seat noire qui a sévi au Petit Cambodge dans les rues du XIè arrondissement jusqu’à 22 heures.

Les lecteurs de ce blog le savent: je trouve douteuse la version selon laquelle l’équipe du Petit Cambodge ait été la même que celle de la Belle Equipe. Tout concorde en tout cas à dire que la version officielle sur les fusillades est encore pleine de mystères. Une hypothèse vraisemblable consiste à penser qu’il y avait, ce soir-là, dix terroristes, dont deux équipes chargées des fusillades sur les terrasses.

Un important réseau logistique en Belgique

Plus le temps passe, mieux on comprend que les terroristes du 13 novembre ont reçu un appui extrêmement important des réseaux islamistes installés en Belgique, et spécialement à Molenbeek. Il ne se passe désormais plus un jour sans que l’épaisseur et l’intensité du réseau ne prenne forme.

En début de semaine, le Parisien et la presse belge annonçaient que la police fédérale cherchait activement le probable coordonnateur des attentats, qui ne serait donc ni Abaaoud ni Abdeslam, et qui serait en fuite.

Les deux commandos de terroristes ayant attaqué le Bataclan et les terrasses des restaurants parisiens étaient en relation avec un ou plusieurs interlocuteurs restés en Belgique juste au moment de préparer leurs attaques. (…)

« Le Parisien » cite le SMS connu qui a été découvert sur le GSM jeté dans une poubelle à proximité du Bataclan. Ce SMS « On est partis, on commence » a été envoyé à 21 h un premier numéro de téléphone en Belgique.

Le même soir, un deuxième téléphone en Belgique a reçu un appel d’un des terroristes qui a fait feu à la Kalachnikov sur les clients des cafés des Xe et XIe arrondissements à Paris. Les deux numéros, précise « Le Parisien », ont été utilisés par une ou deux personnes qui se trouvaient dans le même périmètre géographique en Belgique.

De plus, l’homme non identifié qui a été filmé avec Abdelhamid Abaaoud à Paris a également été en relation le soir des attentats avec un autre numéro en Belgique.

Jawad Bendaoud, le logeur de Saint-Denis qui a hébergé Abaaoud, a également été en contact, dix jours avant les attentats, avec un autre numéro en Belgique. Et l’utilisateur de ce téléphone a été en relation avec un GSM belge à Charleroi dont le propriétaire a quitté Bruxelles, le jour des attentats vers 18 h 15 pour se rendre en France. A 21 h 10, il était à Saint-Denis et à 21 h 30, entre les lieux de deux des attaques des terrasses.

On y vient, donc! il y avait bien un terroriste en plus, sur place, dans Paris, ce soir-là.

En outre, les enquêteurs savent désormais qu’Ali Oulkadi, qui a retrouvé Abdeslam le 14 novembre à Bruxelles, avait eu des relations intensives avec lui avant les attentats: plus de cents conversations téléphoniques en deux mois…

Le dossier est loin d’être clos…

Attentats du 13 novembre: les infos qui vous manquent

L’enquête sur les attentats du 13 novembre continue. Voici quelques informations peu ou mal relayées en France. Un petit rappel n’est donc pas inutile.

Les Belges ont-ils raté Salah Abdeslam?

La polémique n’en finit pas après les propos maladroits du ministre de la Justice belge, le flamand Koen Geens, qui a glissé que la police fédérale avait raté Salah Abdeslam le lundi suivant les attentats. Selon toute vraisemblance, l’affaire tient de l’ubuesque typique de la Belgique.

Il est très probable ou plausible que Salah Abdeslam se soit réfugié, après les attentats, dans une maison laissée vide par une famille partie faire le Jihad en Syrie. Cette maison se trouvait au 47, rue Delaunoy à Molenbeek (commune de la proche banlieue bruxelloise désormais mondialement connue comme zone de non-droit occidental). Les enquêteurs auraient « logé » le suspect la veille au soir, mais ont respecté la législation belge en matière de perquisition: rien avant 5 heures du matin.

La police belge s’est ensuite livrée à un calcul d’une complexité impressionnante: sachant que les terroristes ont coutume de se réveiller à 4h50 pour pouvoir riposter en cas de perquisition, qu’à 5 heures la mosquée située dans la même rue accueillerait des fidèles qui risquaient de prendre des balles perdues, qu’aux alentours de 8 heures, les enfants se rendraient à l’école… la police n’a perquisitionné qu’à 10 heures du matin.

Entretemps, Salah Abdeslam se serait fait la malle (dans tous les sens du terme!), probablement dans une simulation de déménagement et dans une camionnette conduite par Lazez Abraimi, toujours en détention en Belgique. Selon des médias belges, toutefois, la camionnette a été fouillée ce jour-là, et la police n’y a rien trouvé!

Bien joué, les Belges!

Combien de migrants Abdeslam a-t-il convoyé?

La police autrichienne a procédé à deux arrestations la semaine dernière. Manifestement, ces deux suspects, l’un pakistanais, l’autre algérien, disposant de faux passeports syriens, avaient pénétré l’Union Européenne le 3 octobre par l’île grecque de Léros en même temps que les deux kamikazes du stade de France dont l’identité est toujours inconnue.

On apprend à cette occasion que Salah Abdeslam a effectué une véritable noria entre les Balkans et la Belgique pour convoyer des migrants. Il est sûr qu’il a effectué un voyage entre la frontière serbo-hongroise et la Belgique le 9 septembre. Durant le même mois de septembre, il aurait effectué une autre rotation entre la gare de Budapest et la Belgique.

Combien de voyages a-t-il exactement effectué? Combien de migrants a-t-il ramené avec lui?

L’attaque du Bataclan enregistrée

La police française dispose désormais d’un enregistrement sonore complet de l’attaque du Bataclan par les trois terroristes se revendiquant de l’Etat islamique. Cette pépite « glaçante » montre que les tirs sur le public se sont arrêtés à l’arrivée de la BRI. Voilà qui nuance donc fortement les reproches adressés à la police sur ses retards dans l’intervention et dans l’assaut.

Les terroristes semblent d’être appelés par leurs prénoms durant l’assaut.

L’impunité d’Abdelilah Ziyad

Le mentor de l’un des kamikazes du Bataclan, un imam de 57 ans appelé Abdelilah Ziyad, continue à prêcher dans les mosquées, sous des identités différentes. Selon France 2, l’intéressé prêchait à Troyes sous le nom d’Abdelkrim. Mis en examen par le juge Trévidic pour sa participation à un attentat au Maroc, l’intéressé semble bénéficier d’une véritable impunité en France.

On se souvient qu’il entraînait militairement un groupe de jeunes du côté de Chartres, tous mis sous surveillance… sauf celui qui est devenu terroriste.

 

Attentats: quelle est la marque de la voiture de Charonne?

Le mode opératoire des attentats du 13 novembre soulève encore beaucoup de questions, comme la difficulté à retrouver les armes automatiques avec lesquelles les terroristes barricadés à Saint-Denis ont tenu tête aux forces de l’ordre pendant six heures le mercredi suivant.

Les lecteurs assidus de ce blog le savent, une question particulière attire l’attention: la vraisemblance du parcours en 15 minutes seulement depuis le Petit Cambodge, face à l’hôpital Saint-Louis, dans le 10è arrondissement, jusqu’au Comptoir Voltaire, proche du 12è arrondissement, par une seule équipe qui aurait eu le temps, un vendredi soir, de s’arrêter 4 fois pour mitrailler méticuleusement pas moins de 5 terrasses.

En particulier, selon la version officielle, les mêmes terroristes auraient mitraillé la terrasse de la Bonne Bière et du Casa Nostra à 21h32, se seraient enfui (selon les fameuses images vidéo vendues au Daily Mail à prix d’or) par la rue de la Fontaine-au-Roi, ce qui constitue le trajet le plus long, qui les condamnait à traverser l’interminable carrefour Oberkampf – République, et auraient pu arriver à 21h36 par le sud de la rue de Charonne pour mitrailler la terrasse de la Belle Equipe. Ce trajet, là encore, suppose d’arriver par l’avenue Ledru-Rollin, et donc de franchir le carrefour de la place Léon Blum en arrivant par l’avenue Parmentier. Pour des gens pressés, redisons-le, ce parcours n’est absolument pas rationnel.

Pour en avoir le coeur net, voici les indications données par Google Map sur un trajet plus court que celui choisi par les terroristes:

Le trajet présenté en couleur par Google Map est plus court que celui utilisé par les terroristes
Le trajet présenté en couleur par Google Map est plus court que celui utilisé par les terroristes

Google Map indique que, sans circulation, il faut 7 minutes au minimum pour effectuer un trajet plus court que celui que les terroristes auraient mis 4 minutes (et même moins si l’on regarde le minutage de la caméra du Casa Nostra) à parcourir un soir de circulation… Rappelons que les quartiers dont on parle sont les plus animés de Paris le vendredi. En l’occurrence, les terroristes se sont offerts le luxe de faire un détour par l’avenue Ledru-Rollin pour arriver par le sud-ouest de la rue de Charonne, ce qui est encore plus compliqué…

Il se trouve qu’un véhicule de transport avec chauffeur (VTC) disposait ce soir-là, rue de Charonne, d’une caméra qui a filmé la scène. France 2 lui a consacré un reportage reprenant les images tournées à cette occasion.

Ahmed chauffeur de VTC témoin de l’horreur

Je lance ici un appel à tous les pros de l’amélioration des images vidéos pour vérifier que le véhicule qui apparaît sur le film est bien une Seat Leon noire, celle qui aurait être retrouvée le lendemain de l’attentat à 23h30 à Montreuil par exemple.

Voici les photos individualisées que j’ai pu succinctement retirer de l’enregistrement:

AttentatsAttentatsAttentats

La voiture de la rue de Charonne
La voiture de la rue de Charonne

Je suis sûr qu’on peut obtenir une meilleure définition et vérifier que cette calandre est bien celle d’une Seat Leon…

Une Seat Leon en plein jour
Une Seat Leon en plein jour

Ajoutons que, selon la version officielle, les terroristes ont mis environ 3 minutes pour se rendre ensuite au Comptoir Voltaire où, à 21h40, Brahim Abdeslam activait sa ceinture d’explosifs. Là encore, le trajet Google Map montre que, sans circulation, il faut au minutes 5 minutes pour parcourir ce trajet:

Attentats

Dans l’hypothèse où la version officielle se vérifierait, l’équipe de la Seat Léon aurait accumulé ce soir-là plusieurs improbabilités statistiques… surtout si l’on admet que la voiture aperçue sur la vidéo ne semble pas se presser pour arriver à destination…

 

Attentats: la piste de la 4è équipe se confirme

Les derniers rebondissements dans l’enquête sur les attentats de Paris accréditent de plus en plus la thèse (soutenue sur ce blog) d’une 4è équipe de tueur le soir de l’horreur. Dans tous les cas, les interpellations qui se suivent montrent que les attentats sont le fait d’une véritable organisation qui a patiemment tissé sa toile.

Abaaoud en France dès septembre

Selon Valeurs Actuelles, repris par le Figaro, Abaaoud, tué à Saint-Denis et probable coordonnateur des attentats du 13 novembre, serait arrivé en France deux mois avant les attentats, c’est-à-dire en septembre, dans le flot des réfugiés venus de Syrie. Les services de renseignement le pensaient encore en Syrie à ce moment-là.

Toujours selon Valeurs Actuelles, son frère Younès, âgé de 15 ans, serait venu en France pour venger son frère.

Qui a trouvé le logement de Saint-Denis?

La police française a arrêté un suspect dans les Hauts-de-Seine, Mohamed S., qui aurait servi d’intermédiaire entre Hasna Aït Boulahcen et Jawad Bendaoud. Cet intermédiaire aurait donc permis aux terroristes de se replier à Saint-Denis le mardi soir suivant l’attentat.

Qui a payé le logement de Saint-Denis?

Grâce aux services hongrois, la police française a pu identifier le probable financeur de la location de Saint-Denis. Il s’agirait d’un homme détenteur d’une carte d’identité au nom de Samir Bouzid, contrôlé à la frontière entre l’Autriche et la Hongrie en compagnie de Salah Abdeslam, qui conduisait une voiture de location, le 9 septembre.

Ce prétendu Samir Bouzid aurait versé 750 euros depuis un bureau de Western Union, dans la région bruxellois, le mardi 17 novembre à 18h, à Hasna Aït Bouhlacen. Il a été filmé par les caméras de surveillance à cette occasion.

Le troisième homme…

Lorsque Salah Abdeslam est contrôlé à la frontière austro-hongroise, en septembre 2015, il voyage en compagnie de Samir Bouzid et d’un certain Soufiane Kayal, qui a loué une maison à Auvelais, en Belgique (près de Namur). La police belge l’a perquisitionnée le 26 novembre.

Le quatrième homme…

En outre, la police belge est toujours à la recherche de Mohamed Abrini, filmé le 11 novembre au volant de la Clio noire qui a servi à une partie des terroristes, conduite le soir des attentats par Salah Abdeslam. Les informations sur ce quatrième homme semblent extrêmement parcimonieuses…

La quatrième équipe?

Soufiane Kayal, Samir Bouzid, Mohamed Abrini formaient-ils, en tout ou partie, la quatrième équipe dont il est matériellement plus que plausible qu’elle ait été nécessaire à la bonne exécution des fusillades? Rappelons ici que plusieurs témoignages accréditent l’hypothèse d’une Mercedes noire utilisée par les terroristes de la Belle Equipe, rue de Charonne, différente de la Seat utilisée pour perpétrer les fusillades proches de la place de la République.

On notera que les services de renseignement hongrois prétendent qu’Abdeslam aurait recruté, cet été, des migrants arrivés à la gare de Budapest pour monter les attentats…

Amimour s’entraînait avec la police

L’un des assaillants du Bataclan, qui s’est fait exploser au cours de l’assaut par les forces de l’ordre, et qui fut en son temps chauffeur d’autobus à la RATP, présente une autre particularité. Il a eu le bon goût d’apprendre le maniement des armes en 2012 dans un stand du 18è arrondissement, près de la porte de la Chapelle, exploité par l’Association Nationale de Tir de la Police (ANTP). Son passage dans ce club semble avoir été de courte durée…

D’où viennent les armes des attentats?

Les armes utilisées pour les attentats seraient des Kalachnikov améliorées: des fusils d’assaut M70, fabriqués en Serbie au cours des années 80 ou 90. Une fois de plus, les Balkans semblent donc au coeur de la logistique terroriste.

Le détail de ces livraisons d’armes ne manquera pas d’intéresser… La police allemande soupçonne un trafiquant du Bade-Wurtemberg de 24 ans d’avoir effectué l’opération.