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2015: le moral de l’Europe au plus balte…

Dans la déconfiture ambiante, deux nouvelles sont passées inaperçues en Europe: un Etat balte est entré dans la zone euro, un autre a pris la présidence de l’Union. Les anciennes terres prussiennes dominent le continent pour six mois critiques.

La Lituanie dans la zone euro

Alors que la zone euro détient tous les records mondiaux de sous-performance économique, il se trouve encore des gens pour vouloir y entrer. Bon, s’agissant de la Lituanie (3 millions d’habitants…), on ne sait comment on doit le prendre. Moscovici en a d’ailleurs dit grand bien, ce qui ne manque pas d’inquiéter les gens raisonnables:

La Lituanie jouit d’un «bilan solide des politiques budgétaires saines et des réformes structurelles qui ont débouché sur un des taux de croissance les plus élevés en Europe, conjugué avec une baisse constante du chômage», a souligné dans un communiqué le commissaire européen aux Affaires économiques, Pierre Moscovici.

Il suffit de s’intéresser d’un peu près à ce pays pour savoir que sa population est en baisse constante depuis 1990 (une diminution du nombre d’habitants de 20% en 25 ans…), la dette publique y a presque triplé depuis 2008, et le PIB n’y a toujours pas retrouvé son niveau de 2009. Le taux de chômage y est de 11,5%. « Un bilan solide », comme dit Moscovici.

La Lettonie prend la présidence de l’Union

Autre plaisir du début d’année: la Lettonie prend la présidence de l’Union à la place de l’Italie. Là encore, cette ancienne possession prussienne a tout pour plaire. Comme la Lituanie, la Lettonie vit une véritable hécatombe depuis vingt ans, et la crise de 2008 y a pris un cataclysme économique.

Pour sa première présidence, la Lettonie devra traiter quelques sujets locaux. En lien avec Donald Tusk, le Polonais qui préside le Conseil Européen depuis cette année, le gouvernement letton devra traiter la question de la crise ukrainienne. Voilà qui tombe à point nommé! Lettons et Polonais se sont en effet empressés de rejoindre l’OTAN il y a dix ans pour échapper à l’ogre russe. Ils semblent tout indiquer pour défendre une stratégie raisonnable et équilibrée face à la Russie.

On se donne rendez-vous fin juin pour tirer le bilan de cette excellente opération…

La Grèce s’enfonce dans l’hystérie

Ces petits changements mineurs interviennent au moment où la Grèce met à nouveau le continent à côté du vide sidéral que les technocrates ont creusé. Au troisième tour de l’élection présidentielle au Parlement grec, le candidat officiel, Stavros Dimas, n’a pu être élu. Il n’est pas parvenu à dépasser les 168 voix du deuxième tour. Il lui en fallait, rappelons-le, 12 de plus pour être élu.

Du coup, le Premier Ministre a annoncé que, dans la foulée de la dissolution de la Vouli, des élections législatives auraient lieu le 25 janvier, dans un climat de tension. La bourse d’Athènes a perdu jusqu’à 11% dans la journée. Alexis Tsipras, donné gagnant, enflamme l’opinion par des discours nationalistes fiévreux dont on trouvera quelques traductions françaises, dont celle-ci:

Nous n’avons qu’un seul engagement : il sera mis définitivement fin à l’humiliation nationale et à la crise humanitaire. Nous pouvons reprendre les clés de notre pays et mettre en œuvre un plan de reconstruction de l’économie et de la société. En plaçant l’humain d’abord. En ayant comme premier soin l’accès à la santé et à l’éducation. En plaçant l’environnement d’abord et un barrage aux grands intérêts lucratifs dont l’intention est de le spolier. En protégeant le patrimoine public et privé. Le labeur, le toit, les dépôts des citoyens grecs. En défendant l’histoire et la culture de notre patrie.

Les financiers retiennent leur souffle

Ces discours à la Démosthène ne suscitent guère un enthousiasme délirant dans la sphère financière qui se penche sur le malade grec depuis 2009. Le Fonds Monétaire International a d’emblée annoncé qu’il attendait désormais les élections pour décider de la marche à suivre. Cette décision sans surprise (puisque Tsipras a déclaré qu’il ne voulait plus d’intervention du FMI) a nourri l’idée d’une pression de la finance sur les élections.

La BCE a de son côté déclaré qu’elle attendait l’avis des autorités grecques sur son plan d’aide avant de passer à l’action.

« C’est maintenant à l’électorat grec de décider de la composition future du parlement et du gouvernement. Nous n’interférerons pas dans ce processus démocratique ni ne le commenterons », a affirmé la BCE, dans une courte déclaration écrite.
« Nous allons attendre les avis et les suggestions des autorités grecques sur la meilleure manière de procéder au passage en revue (du plan d’aide) et nous en discuterons avec la Commission européenne et le FMI », a ajouté l’institution monétaire de Francfort (ouest), insistant sur « les progrès impressionnants » faits par la Grèce ces dernières années pour stabiliser ses finances et réformer son économie.

Des progrès impressionnants… qui ne justifiaient toutefois pas que la BCE desserre son étau sur le pays, jusqu’à le précipiter dans l’abîme.

Maman Merkel prête au Grexit

Après avoir laissé le subtil Schäuble, son ministre des Finances, déclarer que, quelle que soit l’issue de l’élection, la Grèce devrait payer, maman Angela a compris qu’elle devait entrer dans la danse. Elle a définitivement sifflé la fin de la récréation en expliquant que la Grèce devrait sortir de l’euro si Tsipras arrivait au pouvoir et appliquait son programme (ce qui, on en convient, constitue deux données incertaines à ce stade).

La chancelière allemande Angela Merkel est prête à laisser la Grèce sortir de la zone euro, au cas où la Gauche radicale remettrait en cause la politique de rigueur budgétaire dans ce pays, affirme samedi l’édition en ligne du magazine Spiegel.
« Le gouvernement allemand juge quasiment inévitable une sortie (de la Grèce) de la zone euro, si le chef de l’opposition Alexis Tsipras (Gauche radicale Syriza) dirige le gouvernement après les élections (législatives), abandonne la ligne de rigueur budgétaire et ne rembourse plus les dettes du pays », affirme le site web de l’hebdomadaire, en s’appuyant sur « des sources proches du gouvernement allemand ».
Angela Merkel et son ministre des Finances Wolfgang Schäuble ont changé d’avis et désormais ils « jugent supportable une sortie du pays de la monnaie unique en raison des progrès accomplis par la zone euro depuis le sommet de la crise en 2012 », assure le Spiegel Online, toujours sur la base de ces sources.
« Le risque de contagion pour d’autres pays est limité car le Portugal et l’Irlande sont considérés comme assainis. Par ailleurs, le MES (mécanisme européen de stabilité) fournit un mécanisme de sauvetage puissant et l’Union bancaire assure la sécurité des instituts de crédit », auraient encore confié ces sources.

Plutôt clair, non?

Et pendant ce temps, l’économie européenne s’effondre

Tous ces petits événements ne pouvaient pas mieux tomber, puisque des statistiques officielles ont apporté un éclairage encore plus cru sur la brillante passe que l’Europe traverse: le crédit au secteur privé dans la zone euro a encore baissé de 0,9% en novembre, après une baisse de 1,1% en octobre.

Ce chiffre est évidemment effrayant, puisqu’il rappelle que la reprise n’est vraiment pas pour demain et que, plus que jamais, les banquiers parient sur un ralentissement de l’activité.

Les prêts aux entreprises ont chuté de 11,4% en Irlande, de 8,5% en Espagne, de 6,5% au Portugal et de 3,2% en Grèce.

Décidément, l’atmosphère est de plus en plus pestilentielle dans la zone euro.

La BCE titube toujours sur la voie de la décision

Ces très mauvais chiffres agitent un nouveau chiffon rouge face à la prétendue reprise européenne qui devrait arriver naturellement. Les voix des colombes roucoulent donc à la BCE pour expliquer que le moment vient de racheter des dettes souveraines pour sauver l’Europe du pire.

Cette fois, c’est le chef économiste de la BCE, le belge Pierre Praet, qui s’est exprimé dans la presse pour dire:

« Si mon analyse est qu’il y a besoin d’une nouveau soutien monétaire, et si je suis disposé à réduire les taux mais que cela n’est plus possible, alors je ne dois pas être paralysé à l’idée que la seule option qui reste est l’achat d’obligations souveraines », a expliqué Peter Praet, avant d’ajouter que « les emprunts d’Etat sont les seuls actifs bénéficiant d’un volume de marché significatif »

Au passage, le même chef économiste a eu cette étonnante sortie qui vise autant la Grèce que la France:

« Les partis populistes dans certains pays promettent des solutions rapides, mais ils n’offrent que des recettes désastreuses », en rappelant que « tous les pays ont eu leur raison pour entrer dans la zone euro: le vieux système de dévaluation permanente ne fonctionnait pas. Ce qui est désormais requis, c’est de mener les ajustements structurels nécessaires. Une politique de dévaluation ne résout aucun problème structurel ».

Les faucons de la BCE n’ont pas dit leur dernier mot

Malgré ces déclarations qui se revendiquent de la logique, les faucons de la BCE sont loin d’avoir épuisé leurs arguments.

Le Néerlandais Klaas Knot, membre du conseil des gouverneurs, a pris une position assez logique, consistant à dire qu’une intervention de la BCE qui ne serait pas relayée par une politique budgétaire adaptée serait inutile (position que l’on est bien obligé de partager):

« Aussi longtemps que l’Europe n’affiche pas la volonté politique de mieux partager les risques au sein de la Zone euro, il n’est pas de notre ressort de prendre de telles décisions nous mêmes par une porte dérobée ».

Mais la palme de l’aveuglement est encore une fois cette semaine attribuée au gouverneur de la Bundesbank, Jens Weidmann, qui considère que la baisse du prix du pétrole suffira à relancer l’activité dans la zone euro:

«Nous venons de recevoir un instrument de stimulation gratuit, pourquoi y ajouter avec la politique monétaire?», a-t-il déclaré.

«Cela m’énerve d’entendre tout le monde débattre d’une seule chose : quand allez-vous finalement procéder au rachat?», a-t-il expliqué, ajoutant que la BCE ne devait pas céder aux pression des marchés financiers. «Ces rachats vont se traduire par des dettes qui seront celles des banques centrales de la zone euro, et donc au final des contribuables».

On prend les paris: le Quantitative Easing n’est pas pour demain.

Bref, il y a le feu à la maison, et les pompiers se demandent toujours s’ils doivent intervenir.

Comme nous sommes en période de voeu, on limitera le pessimisme à ces simples constats, et on évitera de dire à haute voix qu’il est déjà trop tard.