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BCE, VW, Syrie: la triple impuissance européenne

Dans l’action de la BCE sur l’inflation, comme sur le scandale Volkswagen ou sur la crise en Syrie, l’Europe montre son incapacité à régler les problèmes ou à les éviter. Contrairement aux propos idéologiques des « eurosceptiques » traditionnels, le problème de l’Union ne tient pas à son inspiration politique, mais aux conséquences techniques de son rapport de force interne.

La BCE en plein naufrage

Dans le malström d’une actualité débordante (notamment de polémiques partisanes en tous sens), l’information est passée relativement inaperçue, alors qu’elle est d’une importance majeure: l’inflation ne repart pas en Europe, bien au contraire. Après 6 mois d’assouplissement quantitatif à coups de 60 milliards d’euros mensuels d’intervention sur les marchés, la BCE n’est pas parvenue à ranimer la flamme des prix.

La pire nouvelle vient d’Allemagne, où la hausse des prix en septembre a progressé de 0%! alors qu’elle était encore de 0,3% en juin. Pour l’ensemble de la zone euro, il s’agit d’une vraie nouvelle inquiétante, qui prouve que les « fondamentaux », même en Allemagne, sont très loin de la reprise durable sur laquelle des pays comme la France comptent pour équilibrer leurs comptes publics. En réalité, la zone euro vit une phase de déflation rampante que les autorités monétaires dissimulent depuis plusieurs mois à coup de dénis officiels.

A l’issue de son compte-rendu de politique monétaire de jeudi, la BCE a maintenu cette stratégie d’occultation en laissant entendre qu’à partir de novembre, elle pourrait amplifier son assouplissement quantitatif pour éviter le naufrage économique définitif de la zone. Il faut croiser les doigts pour qu’un accident boursier majeur ne contraigne pas Mario Draghi à agir avant cette date.

Volkswagen et la soumission aux industriels

Alors que la déflation rôde, le scandale Volkswagen a continué à faire vivre aux marchés financiers des heures difficiles cette semaine. Cette affaire met évidemment en question les normes communautaires, leur justification et la volonté réelle de la Commission de les appliquer, surtout qu’elles nuisent à l’industrie allemande. Brutalement, les Européens se sont rendus compte que la masse infinie de normes qui leur est imposée par « Bruxelles », c’est-à-dire par la Commission Européenne, était une machinerie à géométrie variable.

D’un côté, il y a les bons élèves naïfs, comme les Français, qui, au nom de la solidarité européenne, de l’esprit de coopération, du couple franco-allemand et tout ce blabla qui n’abuse que les gogos et les hauts fonctionnaires, obéissent aux règles. Ainsi, les Français s’interdisent de faire des feux de cheminée, de vendre de la volaille vivante sur les marchés et bientôt ne pourront plus vendre de la nourriture fraîche dans les marchés de plein air.

D’un autre côté, il y a les élèves malins qui imposent des règles contraignantes à leurs concurrents pour les affaiblir, et oublient malencontreusement de respecter les règles qui les embarrassent.

Au total, c’est bien la norme européenne qui est en jeu: non, elle ne sert pas à établir une concurrence libre et parfaite. Elle est plutôt un instrument entre les mains de l’Allemagne pour faciliter ses exportations intra-communautaires et tuer tous ses concurrents sur le continent.

Même les eurolâtres ne croient plus au marché unique

Le désarroi de la norme communautaire est tel que même les plus grands eurolâtres laissent percer leur trouble dans leurs interventions publiques. Le congrès de la Confédération Européenne des Syndicats en a donné une nouvelle preuve. Il se tenait mardi à Paris, et a permis à Jean-Claude Juncker (soupçonné d’avoir menti au Parlement dans l’affaire Luxleaks) de faire quelques confidences révélatrices:

«L’état de notre union européenne n’est pas bon, les fissures de solidarité se multiplient», a estimé le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, s’inquiétant d’une «dangereuse renaissance de sentiments nationaux». (…)

M. Juncker a réitéré sa promesse d’instaurer, au printemps 2016, «un socle de droits sociaux minimum» qui ferait «cordon sanitaire» pour protéger les travailleurs: «à même travail, les mêmes salaires et les mêmes droits», a résumé le numéro un de la Commission.

Plus d’Europe sur un sujet chimérique pour lutter contre la perte d’Europe: une stratégie du « je continue à forer droit dans la veine de granit jusqu’à épuisement des forces ».

François Hollande a préféré enterrer le sujet selon ses bons vieux réflexes d’énarque en proposant la création d’une commission:

Dans une proposition inédite, Hollande a plaidé pour la création «dans un délai proche» d’un «Eurogroupe social» réunissant les ministres des Affaires sociales de la zone euro, à l’instar de l’Eurogroupe économique et monétaire. Il a également jugé nécessaire «une convergence» des politiques sociales au sein de l’UE en matière de droits sociaux, de salaires et de protection sociale.

Les USA tentent de sauver le TTIP

L’affaire Volkswagen a une autre conséquence: elle refroidit les ardeurs des libre-échangistes dans la négociation du TTIP. Si faire affaire avec les Américains signifient instaurer des normes qui devront être respectées, alors là, non! on préfère rester dans le bordel européen où la loi est écrite mais d’application aléatoire.

Tout soudain, la France a découvert que les USA lâchaient peu de concessions (et ce au bout de plusieurs années de négociations) et propose désormais de quitter la table des discussions. Tel est le propos tenu par Matthias Fekl, le ministre franco-allemand du Commerce Extérieur (puisque Hollande a choisi un Allemand pour tenir ce poste discret, mais sensible, où l’Allemagne nous mange tout cru).

« Ces négociations se déroulent dans un manque total de transparence et dans une grande opacité », dénonce Matthias Fekl, qui assure que la France n’a reçu « aucune offre sérieuse des Américains » depuis 2013.

Du coup, la commissaire suédoise au Commerce, Cécilia Malmström, en charge des négociations et atlantiste convaincue, n’a ménagé ni son temps ni sa peine pour convaincre du contraire. Non seulement elle a expliqué à Matthias Fekl qu’il se trompait:

« J’en ai parlé avec lui, pour lui expliquer que ça avance, dans tous les domaines », déclare Cecilia Malmström dans un entretien à paraître vendredi dans Le Figaro.

« Nous ne pouvons pas encore avancer des éléments concrets, mais il ne faut pas non plus tirer le bilan d’une négociation à mi-parcours », ajoute-t-elle, précisant qu’aucun Etat membre ne lui a demandé d’arrêter les négociations.

 

En outre, la même Cécilia a écrit aux éditeurs allemands une promesse qu’elle n’a jamais voulu écrire aux éditeurs français:

Cécilia Malmström a donc tenu à clarifier plus encore, si c’était possible, la situation. On apprend donc que la CE ne discutera absolument pas le prix unique du livre, dans les négociations relatives au traité transatlantique (Transatlantic Trade and Investment Partnership, ou TTIP). Et ce, « même si les négociateurs américains prennent l’initiative de ce sujet eux-mêmes ».

Malmström a donc confirmé que le système de fixation des prix par les éditeurs, comme c’est le cas en France ou en Allemagne pour les livres imprimés et numériques, « ne sera en aucun cas affecté par l’accord commercial prévu par le TTIP ».

L’Europe et la Syrie: une affaire d’impuissance

Mais c’est évidemment dans la question syrienne que l’incapacité de l’Europe à mener une politique, même subordonnée à celle des Etats-Unis, apparaît le plus clairement. Rappelons que, en rupture totale avec notre politique traditionnelle au Moyen-Orient, la France, sous Sarkozy déjà, a tout fait pour déstabiliser le régime de Bachar Al-Assad. Si personne n’a jamais eu de doutes sur l’immense cruauté de ce dictateur, peut-être pire que son père d’ailleurs, l’individu a au moins le mérite de n’être ni sunnite ni chiite de stricte observance, et de se tenir à l’écart des mouvements islamistes qui nous empoisonnent.

Pour quelle raison la France, sous Sarkozy d’abord, sous Hollande ensuite, a-t-elle « collé » à la stratégie américaine de lutte contre les Rogue States, dont l’Afghanistan, l’Irak et la Libye constituaient des exemples dont le destin a montré tout le tragique? Après s’être trompés en Irak et Afghanistan, les Etats-Unis ont décidé de répéter, avec le soutien absurde de la France, les mêmes erreurs en Libye et en Syrie, dont la principale conséquence pour l’Europe s’appelle « crise des migrants ».

Jusqu’au bout, sur ce dossier, l’Europe montre son incapacité à prendre la bonne décision. D’une part, sa stratégie est inaudible faute de moyens militaires, d’autre part, les pays qui interviennent, comme la France, le font en proclamant leur adhésion pleine à la conception américaine de la lutte contre Bachar el-Assad. Du même coup, l’Europe laisse la Russie mener la danse et lui imposer une stratégie qu’elle dénonce officiellement.

Dans la pratique, donc, faute de vouloir intervenir au sol, l’Europe et les Etats-Unis ouvrent la voie à une reprise en main de la Syrie par l’Iran et la Russie, qui rétabliront très vraisemblablement la position de leur dictateur préféré.

La Turquie se rebiffe contre les hotspots

Autre impuissance de l’Europe: la crise migratoire. La Turquie vient en effet d’annoncer qu’elle ne mettrait pas en place, pour des raisons humanitaires, de « hotspots », c’est-à-dire de camps de réfugiés, pour les Syriens sur son territoire.

L’installation de tels centres est «inacceptable» et «inhumaine», juge le premier ministre, Ahmet Davutoglu.

«Nous avons dit aux Européens qu’il n’y aura aucun centre d’accueil en Turquie», a-t-il déclaré dans un entretien accordé au quotidien «Hürriyet», en marge de l’assemblée générale de l’ONU à New York.

Pendant ce temps, les réfugiés syriens bloqués en Turquie sont livrés à eux-mêmes: 400.000 enfants n’y seraient pas scolarisés. L’Europe accumule donc les ferments d’un nouveau pic dans la crise des réfugiés.

L’Europe toujours sous dépendance américaine

Enfin, je ne pouvais achever cette chronique hebdomadaire sans signaler un intéressant article sur les écoutes américaines en Grèce, qui vaut son pesant de cacahuètes.

L’indépendance de l’Europe est encore loin.

Briefing de la semaine: BCE, Catalogne, Villeroy

La semaine s’ouvre sous des auspices moroses. Les statistiques publiées la semaine dernière montrent en effet que la masse monétaire ralentit sa progression déjà faible en Europe. L’assouplissement quantitatif pratiqué par la BCE ne produit que peu d’effets sur l’économie réelle. Le crédit parvient toutefois à se développer légèrement. Cette situation ne manque pas d’inquiéter, puisque la BCE ne ménage ni son temps ni sa peine pour encourager les banques à prêter. Elle a notamment accordé un prêt de 15 milliards d’euros à 88 banques à des taux très avantageux pour appuyer cette politique.

La Catalogne va-t-elle agiter les marchés?

Cette situation morose, aggravée la semaine dernière par le scandale Volkswagen, ne devrait guère s’arranger cette semaine sur les marchés financiers. La victoire des indépendantistes en Catalogne, et les prochaines élections législatives en Espagne, ouvrent une nouvelle zone d’inquiétude en Europe. Alors que les relations entre les membres de l’Union sont crispées sous l’effet de la crise des migrants, la déstabilisation partielle de l’Espagne n’est pas de nature à apaiser les esprits. On peut même penser que l’Union Européenne entre dans une nouvelle phase de dégradation.

On suivra de près l’impact financier des élections en Catalogne.

La BCE fait son compte-rendu de politique monétaire jeudi

Dans ce contexte, le compte-rendu de la politique monétaire prévu jeudi par la BCE sera l’occasion d’une mise au point importante pour les marchés. Après l’attentisme de la FED, la position de la BCE sur l’efficacité de son assouplissement quantitatif permettra de faire le point des perspectives continentales. L’ambiance délétère risque de réserver quelques mauvaises surprises aux analystes…

Congrès de la confédération européenne des syndicats

Mardi a lieu à Paris le congrès de la confédération européenne des syndicats. Pour la France, il sera toutefois l’occasion d’un nouveau recul: le secrétariat général était jusqu’ici occupé par la très confidentielle mais française Bernadette Ségol. Elle sera remplacée par l’Italien Visentini. Un poste de moins pour la France!

Le congrès devrait donner l’occasion d’une charge contre les politiques d’austérité.

Villeroy de Galhau auditionné mardi à l’Assemblée

L’audition de François Villeroy de Galhau à l’Assemblée Nationale sera suivie d’un vote sur sa nomination comme gouverneur de la Banque de France. Cette proposition, soutenue par Jean-Pierre Jouyet, a soulevé de nombreuses et virulentes objections, notamment de la part d’économistes. Beaucoup considèrent en effet que cette nomination serait constitutive d’un conflit d’intérêts manifeste.

Vote sur la loi santé au Sénat

Jeudi ou vendredi, le Sénat devrait achever sa première lecture du projet de loi santé de Marisol Touraine. La fin de cette première lecture permettra à la ministre de préparer la commission mixte paritaire.

L’emploi aux Etats-Unis

Vendredi seront publiés les chiffres très attendus de l’emploi aux Etats-Unis. Les analystes s’attendent à 203.000 créations pour septembre. En cas de résultat inférieur, les marchés pourront ajouter une nouvelle déception à une période plutôt déprimante. Les perspectives d’octobre risqueraient d’être fortement assombries.

MAIS POURQUOI LA BCE EST-ELLE SI INQUIÈTE?

La BCE multiplie les signes (discrets) d’inquiétude et de désarroi face au grand patinage économique européen, et au pire moment: celui d’un plausible défaut grec officiel (mes lecteurs ont l’habitude de lire sous ma plume l’affirmation d’un défaut grec déjà consommé mais pas encore officialisé) à l’horizon de la fin de semaine. Cette fébrilité des banquiers centraux n’est, à vrai dire, pas bon signe du tout…

La BCE constate que le crédit ne repart toujours pas

Le problème majeur de la BCE tient évidemment au fait que, malgré des taux négatifs (qui obligent les banques à payer pour déposer leurs liquidités à la banque centrale), en dépit d’un rachat massif des obligations les plus sûres par la même BCE, les investisseurs privés, et singulièrement les banques, continuent de ne pas prêter de l’argent aux acteurs économiques. A moins que ces acteurs économiques n’aient plus envie de s’adresser à leur banquier pour financer des projets et des investissements.

Dans tous les cas, les indicateurs sont mauvais, voire cataclysmiques:

Les prêts accordés aux particuliers sont restés stables sur un an, comme en mars. Dans le détail, les crédits à la consommation ont diminué de 0,1% et les crédits immobiliers ont progressé de 0,1%, après +0,2% le mois précédent, selon un communiqué.

Les prêts aux entreprises non-financières ont réduit leur repli, à -0,4% après -0,6% en mars.

Corrigés de certaines opérations strictement financières et non destinées aux ménages et entreprises, les crédits au secteur privé sont ressortis en progression de 0,8% en avril, comme en mars, indique l’institution monétaire, selon qui ce chiffre donne une meilleure représentation des prêts servant effectivement à alimenter la machine économique. (…)

La croissance de la masse monétaire M3, indicateur avancé de l’inflation, a de son côté continué d’accélérer en avril, à +5,3% contre +4,6% en mars, soit plus qu’escompté. Les analystes interrogés par le fournisseur de services financiers Factset tablaient sur une hausse moins marquée, de 4,9%.

Ces données « sont assez mitigées », réagissait dans une note Howard Archer, chef économiste chez IHS Global Insight, soulignant qu' »en avril, les crédits au secteur privé n’ont pas réussir à capitaliser sur leur relative embellie récente », malgré la nette accélération de la croissance de la masse monétaire.

Pour les profanes en économie, la traduction de ce charabia est simple: malgré l’intervention massive de la BCE (encore 12 milliards€ sur les marchés cette semaine), l’investissement privé ne repart pas plus que la consommation. En revanche, la masse monétaire augmente plus que prévu: une bulle spéculative est en train de se former, qui fera très mal quand elle explosera.

La BCE craint pour la stabilité financière

Ces mauvais indicateurs alertent fortement la BCE, au point que Mario Draghi s’est fendu d’une communication sur le sujet, passée au demeurant à peu près inaperçue, alors qu’elle est tout à fait explosive. Dans la pratique, Draghi identifie quatre risques majeurs, noyés, bien entendu, dans un torrent de phrases lénifiantes qui nous disent que c’est quand même mieux que si c’était pire:

Un brusque renversement de la prime de risque globale amplifiée par la faible liquidité du marché secondaire. Les faibles perspectives de rentabilité pour les banques et les assureurs dans un environnement de basse croissance nominale. L’augmentation des interrogations liées à la soutenabilité de la dette de certains pays et entreprises dans ce contexte de faible croissance. Et la prospective des effets de stress et de contagion dans un secteur bancaire de l’ombre en pleine croissance.

Là encore, traduction (presque) simple: beaucoup d’acteurs, comme les assureurs, tirent aujourd’hui la langue pour servir des intérêts corrects à leurs clients alors que les taux sont bas. Cette torsion ne pourra durer longtemps. Pour éviter de mettre la clé sous la porte, certains vont devoir liquider en urgence des portefeuilles en moins-values d’autant plus importantes qu’on trouve peu d’acheteurs. Cet effet de ciseau risque de produire un méchant retournement systémique où tout le monde va parier sur un effondrement global du système. Et ces « effets de stress et de contagion dans un secteur bancaire de l’ombre » vont être très douloureux.

Il est assez curieux que si peu de médias subventionnés par l’Etat aient relevé ces alertes majeures.

La BCE hésite à couler le bateau ivre grec

Dans cette ambiance digne d’une chanson présentée par la France à l’Eurovision, vient se glisser une cerise sur le gâteau appelée désormais « feuilleton grec » ou « tyropita » en langue vernaculaire. Pour une raison qui restera un jour à décoder, l’Allemagne a décidé d’exclure les Grecs de la zone euro, en leur faisant porter le chapeau. Tout le monde a beau répéter aux Allemands qu’ils jouent dangereusement avec leur bocal de Zyklon B, ils n’en ont cure.

Pour la BCE, la situation est donc compliquée. D’un côté, la BCE accorde une discrète perfusion à Tsipras en acceptant de financer la banque nationale grecque qui collectionne les obligations souveraines grecques (aussi crédibles qu’un assignat sous la Terreur) apportées en garantie par les banques grecques qui se refinancent auprès d’elle (mécanisme dit ELA ou emergency liquidity assistance). D’un autre côté, les banquiers centraux savent que ce subterfuge agit comme la morphine: il produit une accoutumance qui, à haute dose, ne règle plus aucun problème.

La BCE a donc cette semaine ouvert le débat sur: jusqu’à quand acceptons-nous de sauver discrètement les Grecs? L’Autrichien Nowotny, le plus méridional des banquiers centraux Germaniques, a sonné la fin de la récréation cette semaine en déclarant:

« Soyons bien clairs: nous n’avons pas la possibilité de faire, disons, un financement en dehors de nos règles. Je sais qu’on a évoqué ici et là une sorte de financement provisoire de notre part mais je ne vois pas comment nous pourrions le faire légalement », a ajouté le gouverneur de la banque centrale autrichienne.

Dans le même temps, des dirigeants de la BCE ont multiplié les déclarations accommodantes sur la Grèce.

Bref, c’est panique à bord ou, comme disaient ces maudits grecs: il faut désormais choisir entre Charybde en Scylla, un exercice auquel les Européens sont d’ordinaire très mauvais. Je prends les paris sur la fin de l’euro et l’effondrement systémique avant la fin 2015, plus par incapacité à décider que par mauvais choix, d’ailleurs.

La Grèce s’approche du carton rouge

La BCE aurait pourtant intérêt à prendre une décision claire et intelligente vis-à-vis de la Grèce, parce que, plus que jamais, tout porte à croire que l’Allemagne ira jusqu’au bout de sa logique d’exclusion.

Cette semaine en a donné un nouvel exemple. Alors que Tsipras faisait savoir mercredi qu’il avait rédigé une proposition d’accord, l’Allemagne et le FMI douchaient ses espoirs (et ceux des marchés financiers) en expliquant que pas du tout: le plan grec ne laisse pas entrevoir d’excédent budgétaire suffisant, et a donc toute chance de ne pas passer.

Ce genre de problème, à ce stade de la discussion, ne manque pas de faire froid dans le dos. Les négociations entre Grecs et Européens ont débuté en février. Trois mois et demi plus tard, le manque de crédibilité du plan grec sur un retour solide à l’excédent budgétaire est un blocage sérieux dont on voit mal comment il pourrait désormais se résoudre en quelques jours. Surtout que la Grèce est officiellement retournée à la récession, que le bank run commence à prendre forme et que le pays emprunte désormais à 25%: bravo Syriza!

Bref, l’Europe entre dans la dernière ligne droite de l’appartenance de la Grèce à la zone euro, et cette fin de course se déroule dans une sorte d’insouciance générale digne de l’été 1939. Il semblerait qu’en dehors des Etats-Unis, personne ne prenne vraiment la mesure du problème.

L’Espagne s’attaque à la BCE

Au lendemain de la percée de Podemos, le Syriza espagnol, aux élections locales, le Premier Ministre conservateur Mariano Rajoy a rapidement compris le message. Il s’est empressé d’écrire, selon El Pais, aux institutions européennes pour demander une évolution du mandat de la Banque Centrale Européenne. Celle-ci, rappelons-le, doit se contenter de tenir un objectif d’inflation à 2% et n’a aucune obligation en matière d’emploi.

« Dans certains pays, la politique monétaire fut trop expansive et a créé les conditions financières qui ont conduit à un endettement excessif et à l’accumulation de déséquilibres »

Dans « certains pays », mais pas en Espagne où l’austérité provoque une poussée de l’extrême gauche.

Et un problème de plus à gérer pour la BCE, un!

La Grande-Bretagne prend l’Union Européenne d’assaut

Dans le même temps, David Cameron lançait sa tournée européenne pour exposer ses propositions (ses exigences serait un mot mieux adapté) de réforme de l’Union. Le Premier des Anglais devrait monnayer son maintien dans le bidule européen au prix de sérieux coups de poignard dans les principes communautaires. Les ressortissants de l’Union installés en Grande-Bretagne n’y auraient plus droit aux prestations sociales durant leurs premières années de présence, la Chambre des Communes pourrait bloquer certaines directives européennes, les règles de la zone euro en matière financière seraient contrôlées par la City.

Bref… le Royaume-Uni serait encore moins dans l’Union qu’aujourd’hui. Décidément, les éléments se liguent contre l’Europe.

Et pendant ce temps, Bruxelles continue à forer droit

Alors que le Titanic européen prend manifestement l’eau, les institutions bruxelloises continuent leur bonhomme de chemin comme si les réticences nationales, ou les avertissements locaux, n’existaient pas.

Ainsi, le Parlement européen a voté une première motion de soutien au traité transatlantique, mécanisme d’arbitrages internationaux compris.

Ainsi, la Commission Européenne a-t-elle mise en oeuvre sa politique de réinstallation des réfugiés qui oblige la France à accueillir 9.000 migrants.

Ainsi, le Conseil européen a-t-il discrètement vidé le fantasmatique plan Juncker de relance de tout contenu (déjà qu’il en avait à peine…).

Bref, tout ce qui pouvait apaiser le rejet de l’Europe par les peuples vole en éclats, et bientôt l’édifice européen vivra seul au milieu de l’hostilité des citoyens du continent.

Les Européens en pleine crise d’isolationnisme

Les Européens sont-ils atteints du mal qui a longtemps frappé les Etats-Unis: l’isolationnisme? Les débats sur le « Migration Agenda » lancé par Jean-Claude Juncker et sa fine équipe le laissent à penser.

Juncker veut que les Européens accueillent 1,5 million de migrants par an

Certains Européens n’ont évidemment pas manqué d’être stupéfaits en découvrant le « Migration Agenda » concocté par la Commission Européenne et rendu public mercredi. La presse l’a volontiers réduit à un simple plan d’accueil de 20.000 réfugiés à répartir équitablement entre tous les pays de l’Union.

En réalité, le programme migratoire de la Commission Européenne est de nature très différente. Dans un rapport sur le vieillissement d’ici à 2060, la Commission anticipe des flux migratoires situés entre 1 million et 1,5 million de migrants chaque année dans l’Union:

Européens et migration

Précisons qu’il s’agit bien ici d’un flux migratoire net, c’est-à-dire de la différence entre la masse des gens qui arrivent dans l’Union et la masse des gens qui la quittent. Pour Jean-Claude Juncker, ce mouvement est nécessaire pour compenser la dénatalité observée dans certains pays européens, notamment en Allemagne.

Selon les services de la Commission, l’Allemagne tomberait en effet en 2060 à une population de 70 millions contre 90 aujourd’hui, pendant que la Grande-Bretagne deviendrait le pays le plus peuplé de l’Union avec 80 millions d’habitants. La France gagnerait 10 millions d’habitants (75 millions d’habitants en 2060).

Ces plans sur la comète justifient la politique très technocratique de Juncker consistant à « sauver » l’Europe par l’importation d’une main-d’oeuvre non européenne. C’est dans cette perspective que Juncker a pris l’initiative d’une politique migratoire plutôt volontariste.

On comprendra toutefois qu’accueillir 20.000 réfugiés qui traversent la Méditerranée en bateau ne suffit pas à remplir l’objectif de 1,5 million d’immigrés par an. Mais l’intention y est et certains, à gauche, ont salué un geste fondateur de la part de Juncker. L’Europe ne tient décidément plus à grand chose.

Les Européens dans le réflexe isolationniste

Immédiatement, la proposition Juncker a fait bondir les principaux contributeurs à l’effort migratoire. Les Européens vivent dans l’illusion qu’ils pourront contenir les migrants avec un coup de baguette magique, exactement comme l’empire romain eut l’illusion de pouvoir contenir les invasions germaniques.

La Grande-Bretagne, qui est déjà proche du « Brexit », a annoncé qu’elle ferait jouer son droit de retrait (comme l’Irlande et le Danemark) et s’exonérerait des décisions de la Commission, prônant le renvoi des migrants dans leur pays d’origine. Il devrait rapidement rassemblée d’autres pays de l’Union, comme la Finlande, sur cette ligne. C’est un peu fâcheux, puisque le mécanisme de répartition concocté par Juncker prévoyait que la Grande-Bretagne prendrait à sa charge 12% des réfugiés, soit 2.300 personnes. Si le plan Juncker passe de l’utopie à la réalité, il obligera donc l’Allemagne, la France et l’Italie à fournir un effort supplémentaire pour réparer le lâchage britannique.

Cette perspective n’a guère enchanté Manuel Valls qui s’est précipité à Menton pour déclarer qu’une politique de quotas n’était pas une bonne idée. La posture est un peu hypocrite, puisque la France propose un mécanisme proche, mais la France a apporté sa voix à la doctrine isolationniste de ses partenaires.

La France s’affaiblit par son isolationnisme

La frilosité française à accueillir des réfugiés venus de Méditerranée constitue une nouvelle rupture avec notre doctrine traditionnelle et marque un nouveau recul dans notre rayonnement international. Les réfugiés que la France refuse d’accueillir proviennent pour l’essentiel de Syrie et d’Irak. Tous fuient la poussée de l’Etat islamique qui les promet aux pires cruautés et à la barbarie.

Depuis l’an mil, la France a toujours été au coeur de l’intervention militaire dans cette région du monde pour protéger les populations chrétiennes. Cet interventionnisme a connu une nouvelle vigueur au dix-neuvième siècle, époque où Napoléon III a renoué avec une présence forte au Liban et en Syrie. Sous l’effet d’une droite bornée qui fait des calculs d’épiciers (à la Eric Ciotti), la France est aujourd’hui en train de réduire son intérêt pour cette région à une simple posture de Marseillais (« il faut dire beaucoup de mal des Musulmans qui persécutent les Chrétiens d’Orient ») accompagnée d’un immobilisme absolu (« surtout, ne levons pas le petit doigt pour leur donner asile »).

Or, s’il existe bien un pays qui, en Europe, se suicide en pratiquant l’isolationnisme, c’est la France. Plusieurs siècles de présence dans le monde sont en train d’être ruinés par une génération de politiciens médiocres incapables de voir plus loin que leur prochaine réélection.

Sic transit gloria mundi.

L’Allemagne veut un « Grexit », cet hyper-isolationnisme

Si l’Allemagne s’est pour l’instant montrée discrète sur la question des migrants, elle se consacre avec beaucoup plus d’énergie à son isolationnisme à elle: protéger l’euro contre les indésirables laxistes budgétaires, à commencer par les Grecs.

Grâce à la Banque Centrale Européenne (et au FMI), la Grèce est parvenue à masquer sa faillite cette semaine. Facialement, elle a honoré une traite de 700 millions€ auprès du FMI et elle a payé les 500 millions€ de salaires dus à ses fonctionnaires. En réalité, elle a acquitté ses obligations avec de la monnaie de singe: 100 millions viennent du droit de tirage dont elle dispose auprès du FMI, et le reste est venu d’un emprunt à court terme souscrit par les banques grecques avec la bénédiction (et l’argent) de la BCE.

Il n’en fallait pas plus pour faire hurler le camp prussien (auquel la France adhère béatement). Le gouverneur de la Buba, le hurlant Weidmann, a critiqué cette aide (de moins en moins) discrète de la BCE.

«Vu l’interdiction (qu’a la BCE, selon son mandat) de financer directement les Etats, je ne trouve pas normal que l’on consente à des banques, qui n’ont pas accès aux marchés, des crédits, par lesquels se finance leur pays, qui lui-même n’a plus accès aux marchés», a résumé le président de la Bundesbank, dans un entretien au quotidien économique allemand Handelsblatt.

Il a reçu le soutien du gouverneur de la banque autrichienne, pendant que le rutilant Varoufakis saluait le combat acharné de Mario Draghi contre les Allemands.

Sur le fond, le camp prussien exige toujours de la part des Grecs une réforme des retraites et de la TVA, jugées comme une « ligne rouge » par Tsipras.

Tsipras et la tentation du plébiscite

Pour Tsipras, la situation est de plus en plus compliquée à gérer. Soit il veut rester dans la zone euro, et il devra bien plier aux exigences de l’Allemagne, soit il reste fidèle à ses engagements électoraux et c’est la crise ouverte avec les partenaires européens. Ses petits camarades le lui ont rappelé jeudi soir lors d’une réunion houleuse au Parlement grec. Les députés de Syriza auraient pris leur Premier Ministre à partie en lui reprochant de trahir le programme sur lequel il a été élu. « Les lignes rouges du gouvernement sont aussi les lignes rouges du peuple grec », lit-on dans un communiqué publié à la sortie de cette réunion…

Du coup, Tsipras a entrouvert une porte sur la TVA, mais a annoncé qu’il ne cèderait pas sur les retraites.

Ces dissensions internes n’en sont qu’une parmi d’autres pour un gouvernement confronté à une nouvelle récession. La construction d’une mosquée à Athènes a donné l’occasion, à la coalition gouvernementale, de se déchirer publiquement lors d’un vote au Parlement: les députés du parti de l’indépendance grecque ont voté contre le projet d’un gouvernement auquel ils appartiennent.

Une solution, pour Tsipras, consisterait à soumettre à un referendum les concessions qu’il pourrait lâcher aux Européens. Cette voie lui permettrait de valider directement auprès des citoyens le prix à payer pour rester dans la zone euro. Une stratégie du quitte ou double pour l’ensemble de l’Union…

Et pendant ce temps on cause partenariat oriental

La semaine prochaine doit se tenir à Riga un sommet européen au cours duquel le « partenariat oriental » doit être évoqué. Ce partenariat vise à rapprocher certains anciens territoires soviétiques (Moldavie, Arménie, Ukraine…) de l’Union. Quelle est l’opportunité de provoquer la Russie alors que l’Europe est incapable de gérer ses relations avec le Moyen-Orient?

Certains mauvais esprits y verraient sans doute l’intention plus ou moins assumée de détourner l’attention des citoyens européens vers un conflit plus ou moins armé avec la Russie, prétexte pour agrandir notre sphère d’influence.

Cette Europe centrée sur la Prusse est décidément vouée au pire. En attendant que des propres démons financiers ne la foudroient de l’intérieur.

 

L’Allemagne, cet hyper-porte-avion américain

La révélation, cette semaine, des pratiques d’espionnage de l’Allemagne au profit de la NSA a levé un nouveau voile sur la véritable nature de la politique prussienne en Europe: celle d’une soumission aux Etats-Unis et d’une mise en coupe réglée de l’Union Européenne.

L’Allemagne paie sa dette aux Etats-Unis

Les Etats-Unis ont-ils accepté une réunification allemande dans des temps record en échange d’un maintien sous contrôle de la Bundeswehr et de ses services de renseignement? La réponse est dans la question, mais, bien entendu, les europhiles béats et les adeptes zélés et aveugles du couple franco-allemand ne le reconnaîtront jamais.

Pourtant, les faits sont limpides: le renseignement allemand a espionné des milliers de responsables français et des entreprises susceptibles de concurrencer les Etats-Unis. Au premier rang de celles-ci, on trouve Airbus, qui est pourtant un consortium franco-allemand. De façon totalement lamentable, l’Allemagne n’a pas hésité à jouer contre son camp en communiquant aux Américains (et à Boeing) les secrets industriels du fabricant européen. Airbus a d’ailleurs annoncé le dépôt d’une plainte.

Les services allemands se sont dépêchés d’effacer le maximum de traces de ces écoutes menées à partir d’une station bavaroise. Il est néanmoins invraisemblable que l’espionnage allemande n’ait pas obtenu une autorisation officielle au plus haut niveau pour transmettre aux alliés américains des informations aussi sensibles.

Ceux qui défendaient becs et ongles les bienfaits du couple franco-allemand en seront pour leur grade: l’Allemagne a des amis encore plus puissants et encore plus chéris que la France… Même si elle a lamentablement cherché à le cacher.

L’Allemagne et sa mauvaise conscience protestante

Comme un fait exprès, ces révélations interviennent quelques jours avant les célébrations du 70è anniversaire de l’armistice. Eh oui! il y a 70 ans, la CIA commençait à organiser le pont aérien qui a permis d’exfiltrer tant de dignitaires, d’officiers, d’espions nazis… Ce petit service valait bien une repentance éternelle qui explique largement pour quoi le renseignement allemand est devenu l’un des bras armés de la NSA en Europe.

Le président autant que la chancelière allemands se sont d’ailleurs livrés à leur couplet obligatoire sur la responsabilité collective de leur pays. Angela Merkel a rappelé que l’Allemagne était encore tributaire de son passé.

« Il n’est pas question de tirer un trait sur l’histoire », a déclaré Angela Merkel, dont l’intervention coïncidait avec l’anniversaire de la fin de la bataille de Berlin.

« On le voit avec le débat sur la Grèce et dans d’autres pays européens. Nous, Allemands, avons le devoir de rester en état d’alerte, sensibles et conscients de ce que nous avons fait sous le régime nazi et des dommages durables causés dans d’autres pays. J’ai une grande sympathie pour cela », a-t-elle ajouté.

Et une grande sympathie pour l’espionnage américain?

La Grèce, bénéficiaire collatérale de l’affaire NSA?

Si les liens privilégiés entre l’espionnage allemand et les Etats-Unis tiennent au souvenir de 1945, le petit accès de culpabilité que leur dévoilement suscite en Allemagne devrait profiter aux victimes du nazisme jusqu’ici mal reconnues. La Grèce figure désormais en tête de cette liste.

Le président allemand, l’inconnu Joachim Gauck, s’est d’ailleurs fendu d’une déclaration:

« Nous ne sommes pas seulement des gens qui vivent aujourd’hui, à cette époque, nous sommes aussi les descendants de ceux qui ont laissé derrière eux un sillage de destruction en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale, en Grèce entre autres », a-t-il dit.

« Pour un pays conscient de son histoire comme le nôtre, il est juste d’envisager la possibilité qu’il puisse y avoir des réparations. »

Traduction: l’Allemagne se dit qu’elle ne peut pas être complètement égoïste face à ses voisins et que, compte tenu de la façon plutôt honorable dont elle s’est sortie de la guerre, elle peut bien faire ce qu’il faut pour garder la Grèce dans la zone euro.

Voilà qui sent la discussion sur la restructuration de la dette grecque en échange d’un effort de Tsipras pour réformer ses retraites.

L’Europe y met du sien pour sauver la Grèce… et l’euro

Comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, la Banque Centrale Européenne (BCE) a annoncé de son côté non seulement qu’elle relevait le plafond du financement d’urgence d’un petit 1,4 milliard €, mais même qu’elle autoriserait l’Etat à se financer par des bons du Trésor en attendant qu’un accord soit conclu sur un nouveau plan d’aide à la Grèce.

Ce petit geste rejoint les déclarations très volontaristes de Pierre Moscovici sur le sujet en début de semaine:

« Il ne peut pas ne pas y avoir d’accord. Nous allons tous faire ce qu’il faut pour qu’il y ait un accord », a déclaré M. Moscovici lors de l’émission Le Grand Jury RTL-LeFigaro-LCI.

Tsipras reprend la situation en main

Il faut dire que les Européens ont reçu de Grèce quelques signaux qui les ont poussés à faire bouger les lignes. Après le calamiteux sommet de Riga, du vendredi précédent, où le ministre grec Varoufakis a exaspéré ses partenaires, Tsipras a décidé de remanier son équipe de négociation.

Selon le chef du gouvernement hellénique, son turbulent ministre des Finances a braqué ses interlocuteurs parce qu’il maîtrise leur langue – l’économie – bien mieux qu’eux. Or, la Grèce est au bord du défaut de paiements. Un accord doit être trouvé. Et vite!

Cette pirouette a permis à Varoufakis de rester en poste tout en passant la main à des seconds couteaux, notamment Euclide Tsakalatos, ministre des affaires économiques internationales. Cette équipe plus consensuelle s’est immédiatement mise au travail.

L’Europe brandit la menace d’une mise sous tutelle

Les Européens ont su trouver les mots pour convaincre les Grecs de se bouger. Après le sommet de Riga, Jeroen Dijsselbloem, le Néerlandais président de l’Eurogroupe (en campagne pour sa réélection), a sorti la grosse artillerie en annonçant qu’il préparait un plan B :

Prié précisément de dire s’il existait un « plan B » au cas où la Grèce serait contrainte de quitter la zone euro ou de faire défaut sur sa dette, Jeroen Dijsselbloem, président du groupe des ministres des Finances de la zone euro, a répondu devant les parlementaires néerlandais: « La zone euro est(-elle) prête pour diverses éventualités? La réponse est oui. »

Si ce plan avait consisté en un simple « Grexit », il est probable qu’il aurait peu ému Tsipras. Les Européens ont trouvé une autre parade: ils semblent avoir préparé une destitution de facto du Premier Ministre grec:

Une des hypothèses de travail est un défaut grec sans sortie de l’euro, avec introduction d’une sorte de mini-monnaie à usage intérieur, combinée à un « plan humanitaire », un programme d’urgence de l’Union, qui éviterait un probable effondrement bancaire et garantirait une aide à la population. Mais cela supposerait un changement de gouvernement ou encore un exécutif technocratique.

(Una delle ipotesi cui si sta lavorando è un default senza uscita dall’euro, con l’introduzione di una sorta di mini assegni ad uso interno, combinato con «piano umanitario», un programma di emergenza della Ue, che scongiurerebbe un prevedibile collasso delle banche e garantirebbe aiuti per la popolazione. Ma che presupporrebbe un cambio di governo o, addirittura, un esecutivo tecnocratico.)

Tsipras présente une liste de mesures

La menace semble avoir porté auprès de Tsipras, qui a rapidement sorti une liste de réformes possibles, faisant taire les commentateurs français qui soutenaient qu’il ne lâchait rien sur le fond après avoir écarté Varoufakis.

Parmi les réformes que le gouvernement compte finaliser pour augmenter les recettes publiques, figurent une taxe de nuitée entre un et cinq euros dans les hôtels des îles touristiques, une taxe de 3% sur les restaurants et bars de luxe des îles pendant la saison touristique du 1er avril au 31 octobre, a révélé jeudi le quotidien Ta Nea. Ces mesures pourraient rapporter 1,3 milliard d’euros, a indiqué mercredi le quotidien libéral Kathimerini.

L’essentiel des discussions continue de porter, comme je l’écrivais les semaines précédentes, sur la réforme des retraites, dont le gouvernement grec ne veut pas entendre parler, mais qui paraît à peu près incontournable.

Tsipras en difficulté en Grèce

Pour Tsipras, ce virage à 180° a aussi des explications « intérieures ». Après plus de cent jours au pouvoir, le nouveau gouvernement n’a fait adopter qu’une seule loi, dont les décrets d’application ne sont pas encore sortis. Certains commencent à pointer du doigter l’amateurisme de l’équipe élu en janvier.

Le ministre Varoufakis constitue désormais l’une des principales cibles de ce mécontentement qui monte. Il faut dire que l’opinion publique grecque, très majoritairement dans l’attente d’un accord avec les Européens, peut assez légitimement lui reprocher le retard pris dans la conduite des opérations.

Dans le même temps, la situation grecque générale se détériore à vue d’oeil.

D’autres mauvais jours en perspective pour l’Union

Pour le reste, la situation européenne n’est pas de nature à réconcilier les Européens avec leur construction communautaire. Le chômage demeure à des niveaux trop élevés, l’immigration illégale met l’Europe en difficulté, et la réforme de la politique agricole commune devrait causer des dégâts dans les agricultures allemande et française.

A coup de milliards (encore 12 milliards sur les marchés la semaine dernière), la BCE parvient péniblement à extraire la zone euro de la déflation.

En réalité, le coeur n’y est plus. La Commission donne des avis que plus personne ne suit, et peine de son côté à imaginer une nouvelle ambition politique pour faire face aux défis auxquels l’Europe est confrontée.

L’Europe apparaît bel et bien à la dérive.

Y a-t-il ou non une imposture nommée Tsipras?

Tsipras suscite une vague sincère de sympathie en France où, de droite comme de gauche, il apparaît comme un libérateur. Pourtant, à y regarder de près, un esprit critique ne peut qu’exprimer des doutes.

Tsipras est-il Machiavel incarné?

Les admirateurs de Tsipras lui prêtent volontiers une sorte de génie machiavélique grâce auquel il naviguerait comme un poisson dans l’eau au coeur de la diplomatie internationale. Cette idée est notamment accréditée par l’excellent Romaric Godin de la Tribune, qui écrit:

En agissant avec prudence et détermination, Alexis Tsipras a su contourner la stratégie du « noeud coulant » des Européens. Désormais, la pression est de nouveau sur Angela Merkel. (…) Reste qu’Alexis Tsipras, longtemps sous-estimé par la presse étrangère, a fait preuve d’une intelligence stratégique de premier plan dans cette affaire et qui n’est pas sans rappeler celle de Fabius Cunctator, le général romain qui usa les Carthaginois victorieux d’Hannibal durant la deuxième guerre punique. Le premier ministre grec n’est certes pas assuré de remporter la victoire, mais il a prouvé qu’il était un des rares dirigeants européens à pouvoir tenir tête, sur le plan tactique, à Angela Merkel.

On comprend bien que, face au dogmatisme prussien qui domine, chacun ait besoin de se chercher un héros capable de terrasser le monstre et d’apporter, enfin, la bouffée d’oxygène dont nous avons besoin pour reprendre notre souffle, et pour sortir de ce cauchemar technocratique qu’est l’Europe. Simplement, Tsipras ne paraît pas le bon cheval sur qui miser, pour plusieurs petites raisons que l’actualité de la semaine a encore montrées.

Tsipras, fort en propagande, faible en résultat

Tsipras a un mérite: il a compris qu’il fallait donner le change et toujours inspirer le sentiment de réussir, même (voire surtout?) quand on se prend une méchante gamelle. C’est devenu la marque de fabrique du personnage: il annonce urbi et orbi des victoires qu’il ne remporte jamais. Et quand il ne les annonce pas lui-même, il fait porter les fausses nouvelles par ses messagers.

Dimanche dernier, par exemple, son ministre Varoufakis est sorti de sa visite à Christine Lagarde, directrice générale du FMI, en déclarant:

« Mme Lagarde (…) a souligné que, dans le cas de la Grèce, le Fonds est disposé à faire montre de la plus grande souplesse dans la manière dont les réformes et propositions budgétaires du gouvernement seront évaluées », précise le ministère.

Le problème est que la vraie version est un peu différente: non seulement Christine Lagarde n’a rien lâché sur les 460 millions d’euros que la Grèce devait lui rembourser, mais elle a confirmé qu’elle exigeait de la Grèce une réforme des retraites.

Dans la foulée, le ministre grec a rencontré le sous-secrétaire d’Etat américain au Trésor, Nathan Sheets, et une conseillère de Barack Obama. On n’épiloguera pas ici sur le côté très « second rang » des interlocuteurs américains de la Grèce. Officiellement, il s’agissait de présenter les réformes que la Grèce entendait mener.

Cette visite a donné lieu à un désaveu cinglant de la politique grecque par les Américains:

Le responsable américain a appelé la Grèce « à s’engager pleinement dans un processus de négociations techniques avec ses partenaires internationaux afin de finaliser un programme de réformes qui mérite un soutien financier en temps opportun de la part des créanciers de la Grèce », a indiqué un porte-parole du Trésor.

En fouillant un peu, on comprend rapidement que la remontée de bretelles ne s’est pas arrêtée là. Caroline Atkinson, conseillère d’Obama, a probablement profité de cette visite pour dire à Varoufakis tout le mal qu’elle pensait des cajoleries que Tsipras ne cesse de faire à la Russie.

La visite de diversion aux Etats-Unis n’a donc rien d’un succès diplomatique, ni d’une initiative géniale. Elle est, pour Tsipras, une occasion de plus de se prendre une veste.

L’imposture de la visite en Russie

Mais le plus caricatural de l’imposture est apparu avec la visite rendue par Tsipras à Moscou, présentée de-ci de-là comme une opération maîtresse de renversement des alliances, de nature à faire trembler l’Europe. Là encore, la visite du 8 avril, quand on y regarde de près, manifeste une impréparation consternante à l’exercice diplomatique.

Tsipras n’a en effet rien gagné ou presque. Il a soutenu ne pas avoir demandé d’argent à la Russie: heureusement, car il n’en aurait pas obtenu, pour deux raisons clairement exprimées dans les médias russes. D’abord, les Russes, qui ne sont pas fous, considèrent comme inévitable un défaut grec:

« De toute façon, la Grèce est au bord du défaut de paiement. Elle peut repousser le désastre pendant encore un moment, mais il est inévitable », affirme Oleg Barabanov [directeur scientifique de l’Institut de l’Europe de l’Institut des relatons internationales de Moscou]

Pourquoi, dans ces conditions, mettre son argent dans un puits sans fonds? Les Russes seraient au mieux prêts à investir en Grèce, mais ils savent qu’il s’agirait d’un casus belli qui précipiterait la disparition de l’Union Européenne. Et c’est la deuxième raison pour laquelle ils n’ont pas envie de rentrer dans le jeu de Tsipras:

« Dans cette situation, la scission deviendra évidente au sein de l’UE et cette dernière sera grandement affaiblie, explique Vladimir Brouter, expert de l’Institut international des sciences politiques et humaines. Ce qui ne recèle rien de positif pour Moscou. »

Car finalement, ce vide se remplira de forces antirusses, notamment celles de la Grande-Bretagne. Moscou doit plutôt déployer des efforts pour modifier la vision européenne générale.

Pire, Tsipras s’est même fait alpaguer par le patriarche de Moscou, qui lui a reproché son athéisme.

Tsipras lâche la proie européenne pour l’ombre russe

Au sortir de sa visite chez Poutine, Tsipras a donc une nouvelle fois dû se contenter de ses seuls yeux pour pleurer: en dehors d’une promesse de sociétés agricoles gréco-russes permettant de contourner l’embargo sur les fruits décrété par Moscou, il est revenu bredouille, mais avec de vraies commandes à remplir.

Ainsi, à peine sorti du bureau de Poutine, Tsipras dénonçait-il les sanctions prises contre la Russie:

«Pour résoudre cette crise profonde (en Ukraine), il faut abandonner le cercle vicieux des sanctions, qui ne contribuent pas à la défense du droit international«, a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse commune retransmise à la télévision russe.

Plus fort même: Poutine est parvenu à vendre à la Grèce une participation au projet de gazoduc Turkish Stream.

M. Poutine a notamment évoqué une participation de la Grèce au projet de gazoduc Turkish Stream entre la Russie et le Turquie, qui pourrait servir de base à des livraisons de gaz russe vers le sud de l’Europe. Mais il a reconnu qu’aucun accord ferme n’avait été conclu. «La Grèce souhaite étudier des initiatives en vue d’investissements pour la construction d’un gazoduc grec de la frontière gréco-turque au territoire grec», a indiqué pour sa part M. Tsipras.

Trop fort ce Poutine! Il reçoit un mec ruiné qui vient lui taxer du pognon en lousdé, et il parvient à lui faire une vente…

Bref, Poutine n’est pas né de la dernière pluie, et Tsipras s’est fait plumer comme un perdreau de l’année, en décrédibilisant à l’avance toute parole grecque sur les sanctions contre la Russie au sein de l’Union. Mais jusqu’où le Machiavel de Plaka fera-t-il tomber son pays?

La farce des réparations allemandes à la Grèce

Heureusement, Tsipras peut compter sur une frange de l’opinion européenne pour applaudir à chacune de ses forfanteries en anesthésiant totalement son esprit critique. La farce des réparations de guerre allemandes en a constitué une superbe exemple.

Alors que la dette grecque s’élève à environ 320 milliards d’euros, le gouvernement grec chiffre le montant des réparations allemandes pour fait de guerre à… 280 milliards d’euros.

Lors d’un débat au Parlement grec entamé samedi, le secrétaire d’Etat au Budget, Dimitris Mardas, a indiqué que ses services avaient évalué à 278,7 milliards d’euros le montant des réparations de guerre dues par l’Allemagne à la Grèce à la suite de l’occupation du pays entre 1941 et 1944.(…)

Selon M. Mardas, la somme de 278 milliards comprend un prêt forcé de 10,3 milliards d’euros exigé de la Banque de Grèce par les occupants ainsi que les dommages subis par les « particuliers et les infrastructures » du pays.

Un rapport de la Comptabilité nationale grecque avait dans le passé évalué le montant des réparations à 162 milliards d’euros.

Comment passe-t-on de 162 milliards à 280 milliards en l’espace de quelques années? Ce n’est probablement pas le débat: l’enjeu est bien de détourner l’attention et de tenter une manoeuvre à trois francs six sous pour retourner la situation et affaiblir l’Allemagne. On voit mal comment la position grecque pourrait ne pas exaspérer ses partenaires, qui doivent avaler dans le même mouvement une évidente mauvaise volonté sur les réformes à préparer, un coup de poignard dans le dos de la discipline communautaire sur les sanctions contre la Russie, et une revendication fantaisiste sur des dettes de guerre réelles, mais qui mériteraient autre chose qu’un traitement à l’emporte-pièce.

La Grèce a remboursé le FMI avec l’argent de la BCE

Une autre farce tout à fait effrayante est celle de la levée de bons du Trésor grecs, qui a permis de rembourser le FMI et de payer les fonctionnaires ce mois-ci. Le gouvernement grec adore en effet annoncer qu’il lève tout à fait normalement des bons du Trésor. Mercredi dernier, il a ainsi levé 1,14 milliards d’euros. On oublie juste de dire que les souscripteurs de cet emprunt ne sont autres que les banques grecques, refinancées par le fonds de secours de la BCE.

D’ailleurs, la BCE a encore relevé le plafond d’aide d’urgence aux banques grecques cette semaine. Cette fois, le coup de pouce est de… 1,2 milliard d’euros précisément le montant de l’émission grecque de mercredi. Amusant non?

Autrement dit, sans la garantie (discrète) de la BCE, la Grèce serait aujourd’hui incapable de se refinancer et ferait faillite. Malgré cette aide importante, Tsipras continue de façon ahurissante à jouer aux victimes de l’Union.

Au passage, ces mêmes banques grecques sont désormais visées par une enquête de la Commission pour des aides de l’Etat illégales. La BCE a d’ailleurs révélé que le renflouement du secteur bancaire grec avait coûté près de 25% du PIB, dont la moitié perdue en recapitalisation pure.

On voit bien comment la survie de la Grèce est d’ores et déjà totalement artificielle.

Tsipras fait un cadeau inattendu à la Chine

Les défenseurs des libertés, qui voient en Tsipras l’un de leurs héros, noteront avec intérêt la grande première à laquelle la Grèce s’est livrée dans le domaine de la coopération avec la Chine: l’extradition d’un Chinois accusé de crime économique. Jusqu’ici, l’Europe a toujours pris soin de ne pas extrader les Chinois, au regard du caractère infiniment démocratique de la justice chinoise…

Comme Tsipras a besoin de s’attirer les bonnes grâces de l’empire du Milieu, cette précaution n’a manifestement plus cours. Et qu’il n’existe aucun accord d’extradition entre la Chine et la Grèce ne semble pas poser problème.

Le gouvernement Tsipras totalement incompétent?

Les relations avec la Chine sont un élément de la stratégie machiavélique grecque, mais elles ne semblent pas produire de résultats beaucoup plus brillants que les autres gesticulations internationales de Tsipras. Les Chinois semblent se faire peu d’illusions sur l’équipe au pouvoir à Athènes. La vente du port du Pirée en a donné un indice:

Des annonces contradictoires sur des dossiers tels que le projet de privatisation du port du Pirée, successivement annoncé, annulé, relancé et transformé en projet de coentreprise, ont sapé la confiance des prêteurs étrangers et nourri les doutes sur la compétence et la cohésion du nouveau gouvernement, ont dit des sources proches des discussions.

Une source a rapporté que des négociateurs étrangers s’étaient retrouvés dans un premier temps face à des fonctionnaires expliquant qu’ils n’avaient pas l’autorité nécessaire puis face à des responsables qui s’en tenaient à des propos très généraux et incapables de chiffrer leurs arguments. « Au final, on ne sait pas qui est responsable », a-t-elle ajouté.

La présence de deux négociateurs différents dans les discussions, Giorgos Chouliarakis et Nikos Theoharakis, a nourri les soupçons de division au sein même du gouvernement grec. Le premier passe pour être proche du vice-Premier ministre Yannis Dragasakis, le second pour être lié à Yanis Varoufakis.

Le gouvernement dément toute divergence entre ses représentants aux discussions.

 

On commence à mieux comprendre… Après tout, ce qu’on nous présente comme de la haute stratégie dans certains milieux français n’est peut-être pas autre chose qu’une immense improvisation de quelques amateurs dépassés par le job qu’ils doivent faire.

Un arbitrage fixé au 20 avril

Après d’innombrables réunions de la dernière chance, et après de très nombreux ultimatums, l’accord de février devrait être appliqué: sans un plan de réforme détaillé fin avril, l’Eurogroupe devrait, le 24 avril, trancher dans le vif et décider de ne pas renouveler l’aide à la Grèce. Cette décision cataclysmique risque de changer la vie à quelques millions d’Européens.

Selon le Times, l’Union s’apprêterait à sortir la Grèce de la zone euro. Cette solution d’ores et déjà évoquée dans ces colonnes la semaine dernière apparaît comme à peu près inévitable. Le paradoxe est que le divorce entre la Grèce et l’euro sera une initiative européenne, alors que les fans de Tsipras en France rêvent d’en faire une initiative grecque.

La bulle créée par la BCE explosera-t-elle?

Pour les marchés financiers, la sortie de la Grèce hors de la zone euro pourrait provoquer quelques catastrophes en série. Le Quantitative Easing de la BCE, avec 60 milliards déversés dès le premier mois dont 11 milliards pour l’Allemagne et près de 9 milliards pour la France, produit en effet des distorsions importantes.

Outre qu’à ce rythme la BCE aura en décembre financé tout le déficit public français de 2015, le marché des obligations et des actions connaît déjà des anomalies inquiétantes. Dans la pratique, les investisseurs sont évincés du marché des obligations et se reportent massivement sur le marché des actions où les prix s’envolent. Le très respecté gestionnaire Carmignac s’en inquiète:

Le gestionnaire d’actifs donne comme exemple la zone euro où les multiples de résultats atteignent aujourd’hui 16 fois les résultats attendus cette année. Ce niveau représente non seulement un doublement par rapport aux multiples qui prévalaient il y a trois ans, mais il se situe aussi 4 écarts-types au-dessus de la moyenne des dix dernières années. Autrement dit, les multiples de résultats se situent près de 40% au-dessus de cette moyenne.

La bulle spéculative s’est gonflée à une vitesse spectaculaire. On s’en mordra les doigts.

 

La BCE face à une faillite de la Grèce le 9 avril

La Banque Centrale Européenne (BCE) s’est imposée comme le principal levier de pouvoir en Europe avec son « assouplissement monétaire », dont l’objectif est de relancer l’inflation et la croissance. Mais celui-ci n’est-il pas en train d’échapper à ses inventeurs, à la manière de la créature de Viktor Frankenstein? Et que fera la BCE si la Grèce fait faillite le 9 avril?

Des résultats fulgurants

En quinze jours, la Banque Centrale a déjà injecté plus de 26 milliards d’euros dans l’économie européenne par un rachat massif de dettes souveraines, sur un objectif de 1.000 milliards. Le bilan de la banque a augmenté de près de 16 milliards. Cette potion magique a déjà produit une chute de l’euro vertigineuse (une trentaine de points presque immédiatement) qui réjouit les exportateurs. Dans le même temps, la BCE poursuit son soutien au crédit bancaire par son programme dit LTRO et par des taux de détention négatifs, qui encouragent les banques à ne pas immobiliser leurs liquidités auprès d’elle. Cette mesure se justifie d’autant plus que le crédit bancaire au secteur privé a encore baissé de 0,1% en février.

Pour Mario Draghi, l’ampleur du mouvement et la montée des cours de bourse constituent des éléments de satisfaction à tel point que les banquiers centraux américains ont commencé à s’en inquiéter.

Le programme de la BCE « a un impact plus important sur les marchés de capitaux et a un impact plus important sur les anticipations d’activité économique en Europe que ce que beaucoup attendaient », a déclaré Stanley Fischer en réponse à une question après un discours à New York.

L’inflation va-t-elle revenir en force?

L’intervention massive de la BCE risque-t-elle de produire plus de déséquilibres qu’elle n’en supprimera? Certains commencent à le craindre ouvertement, et pronostiquent une inflation supérieure à 2% en 2017. L’euro de situe en tout cas d’ores et déjà très au-dessous du cours plancher anticipé par la BCE, et pourrait continuer sa dégringolade en passant sous la barre de la parité avec le dollar.

Si cette tendance se confirmait à long terme, les importations se renchériraient et l’inflation risquerait de dépasser rapidement le taux plafond prévu par les traités. A moins, bien entendu, que les pays émergents qui fabriquent l’essentiel de nos importations ne soient touchés par une crise majeure, liée, par exemple, à la remontée des taux américains: il est à peu près que la Réserve Fédérale américaine renforcera l’attractivité du dollar en relevant ses taux directeurs en juin. Ce mouvement de balancier devrait affaiblir durablement les monnaies des pays émergents et limiter la casse en matière de balance des paiements.

Des déséquilibres financiers systémiques à prévoir

En achetant massivement des dettes souveraines, la BCE prive les investisseurs privés, y compris les institutionnels (les fameux zin-zin) de leurs gourmandises habituelles. Ceux-ci partent donc à la chasse de tout ce qui peut apporter du rendement. Les sociétés foncières sont les premières bénéficiaires de ce mouvement.

«Elles ont gagné 26 % en 2014, et encore 20 % depuis le début de l’année, parce qu’elles offrent, grâce aux loyers, plus de 3 % de dividendes et peuvent, grâce à des bilans assainis, profiter des taux bas pour emprunter à bon compte et acheter des actifs», relève Laurent Denize, codirecteur des investissements chez Oddo AM.

Tous ceux qui se serrent la ceinture pour payer leur loyer à prix d’or apprécieront le petit geste…

Pour les « institutionnels » français et notamment les gestionnaires d’assurance-vie, la pilule se révèle amère. Les rendements sur les fonds en euros s’effondrent, grignotant d’autant les bénéfices qui permettent de reconvertir les placements.

Donc, paradoxalement, plus les taux sont bas, plus les assureurs sont contraints d’investir sur les taux. Cela risque de peser sur leur solvabilité et même de créer à terme un risque commercial où les compagnies d’assurances ne seront plus en mesure d’honorer leur passif. C’est évidemment le scénario du pire.

Tiens, tiens! le scénario du pire… En tout cas, la relance de l’inflation est forcé antagoniste de l’intérêt des rentiers et des épargnants.

La BCE exposée à hauteur de 104 milliards en Grèce

Même la BCE semble exprimer quelques soucis quant au risque qu’elle prend en quittant sa tranchée et en partant à l’assaut des collines adverses. Sa principale préoccupation s’appelle « Grèce », où la situation financière ne s’améliore pas.

La première banque du pays, la Banque Nationale de Grèce, a annoncé une perte d’un milliard d’euros au quatrième trimestre 2014. Cette mauvaise nouvelle illustre la fragilité des banques grecques à un moment où l’Etat grec lui-même commence à voir à l’oeil nu la banquise de la faillite s’approcher.

Le danger qui grandit a le don d’angoisser Mario Draghi, qui a proposé aux Grecs de se bouger un peu le train.

« L’exposition de la BCE à la Grèce s’élève à 104 milliards d’euros, soit 65% de son PIB. Il s’agit de la plus grande exposition dans l’ensemble de la zone euro. La BCE ne crée par de règles pour la Grèce, nous les appliquons. Nous avons levé la dérogation après que ses obligations soient passées en-dessous du seuil que nous acceptons comme garantie. Nous avions conclu la dérogation l’an dernier lorsque nous nous attendions à une révision complète du programme de réformes économiques et au décaissement des prêts.

En conséquence, Draghi a expressément demandé aux banques grecques d’arrêter d’acheter de la dette grecque en même temps que l’Eurogroupe bloquait la restitution de 1,2 milliards d’euros à la Grèce. Dans le même temps, la BCE relevait son plafond d’aide d’urgence aux banques grecques pour éviter la faillite immédiate du pays. Celui-ci atteint désormais 71 milliards.

Il faut dire que la BCE joue gros en cas de défaut de paiement de la Grèce. On voit mal comment un accident de ce genre ne balaierait pas l’ensemble des économies mondiales, à commencer par l’économie européenne.

Inquiétante hémorragie financière en Grèce

Il faut dire que la situation grecque a de quoi donner des sueurs froides, puisque l’hémorragie financière continue dans une apparente passivité du gouvernement grec et de ses partenaires européens.

La visite d’Alexis Tsipras à Angela Merkel en début de semaine l’a confirmé: ni Tsipras ni Merkel ne semblent désireux de faire le premier pas en faveur d’une résolution de la crise. Si la chancelière allemande a cherché à donner une image plus positive de son approche du dossier, elle n’a rien lâché sur le fond et, selon les observateurs, la conversation n’a porté sur aucun dossier concret.

Alors que Martin Schulz et Jean-Claude Juncker multipliaient les déclarations optimistes, rejoints, une fois n’est pas coutume par Jeroen Dijsselbloem, président de l’Eurogroupe, les retraits de capitaux continuaient dans le pays à une vitesse hallucinante.

L’étude de Deutsche Bank indique que depuis le début de l’année, les recettes fiscales grecques seraient inférieures de 1 milliard d’euros aux prévisions, et que les banques grecques manquent de liquidités, malgré l’aide d’urgence de la BCE. Les retraits de dépôts bancaires ont repris de plus belle en Grèce, et ont atteint 400 ME pour la seule journée du 18 mars, au plus haut depuis le 20 février, ce qui pourrait obliger le gouvernement à instaurer un contrôle des mouvements de capitaux en Grèce, selon cette étude.

A ce rythme, les marchés murmurent que la Grèce devrait faire faillite le 9 avril…

Le gouvernement Tsipras dans une logique hors sol

Pendant ce temps, le gouvernement Tsipras apparaît toujours dans une logique hors sol, comme si la menace d’une faillite de la Grèce concernait plus ses partenaires européens que lui-même.

Tsipras, qui répète à l’envi que le scénario du Grexit ne lui convient pas, a finalement consenti à présenter à ses partenaires européens la liste des réformes qu’il entend mener pour assainir la situation du pays. A ce stade, cette liste paraît encore très évasive, et elle permet d’atteindre un excédent budgétaire de 1,5% du PIB qui paraît bien illusoire. Tsipras affirme en tout cas pouvoir dégager 3 milliards d’euros de recettes nouvelles sans prendre de mesures récessives, et notamment sans couper dans les dépenses publiques.

A n’en pas douter, cette liste devrait à nouveau susciter la méfiance des partenaires européens de la Grèce, qui y verront rapidement une façon nouvelle de gagner du temps.

Dans le même temps, en effet, Tsipras semble vouloir réformer unilatéralement, mais à une vitesse de sénateur. Une réforme fiscale est par exemple en préparation pour le deuxième semestre de 2015, soit plus de six mois après l’arrivée du nouveau gouvernement! Celle-ci devrait instituer un impôt sur la fortune immobilière, mais ne comporterait pas un relèvement du seuil d’imposition (fixé aujourd’hui à 9.500 euros, Tsipras avait promis son relèvement à 12.000 euros). Parallèlement, le remboursement des dettes fiscales, qui s’élèvent à 74 milliards d’euros (40% du PIB), patine…

La Grèce se tourne-t-elle vers Poutine?

Tsipras ne se contente pas d’emmener l’Europe sur une piste savonneuse économiquement. Il commencer aussi à jouer avec un feu très dangereux en termes géopolitiques.

La Grèce est par exemple le seul pays européen, avec la Hongrie, à s’opposer frontalement au projet d’Union de l’énergie présenté la semaine dernière au sommet européen.

« Nous ne remettons pas en question les objectifs déclarés de l’Union de l’énergie, mais nous doutons que les moyens proposés suffisent. Ils pourraient aussi finir par renforcer les inégalités et la situation sociale et économique douloureuse qui domine la zone euro et l’Europe en ce moment », a estimé le ministre de l’Énergie, de l’Environnement et de la Reconstruction productive, lors du forum sur l’énergie d’Athènes.

Un des éléments clés de l’Union de l’énergie est que tout accord énergétique conclu entre un pays membre et un pays hors UE doit être préalablement examiné par la Commission européenne. La Russie a toujours insisté pour que ces accords restent confidentiels.

L’UE pourrait également diversifier ses sources d’énergie grâce au corridor Sud pour le gaz, afin de limiter sa dépendance énergétique vis-à-vis de Moscou.

Tout comme Viktor Orbán, le Premier ministre hongrois, le ministre grec a clairement annoncé qu’une telle mesure serait contraire à la souveraineté nationale du pays et excluait de fait toute forme de « flexibilité » quant à la mise en place de politiques énergétiques respectant les intérêts nationaux.

« La Grèce ne deviendra pas un pion de l’UE et ne servira pas ses choix ou des coupes énergétiques unilatéraux, au nom de la soi-disant diversification des sources d’énergies européennes », a souligné Panagotis Lafazanis.

Plusieurs signaux de ce type sont envoyés par la Grèce: la relation stratégique avec la Russie devient un enjeu complexe à concilier avec l’appartenance à l’Union. Certains ont notamment commencer à mettre en question le rôle de la Grèce en cas de conflit entre la Russie et l’Europe.

On notera d’ailleurs avec amusement que Tsipras rencontre Poutine le 8 avril, veille du jour où la Grèce doit faire faillite…

Ajoutons à cela que la Grèce commence à construire une relation durable avec la Chine

Tout cela sent décidément très mauvais!

L’Europe bouffée par les intérêts particuliers

Dans cette débandade hellénique, l’Europe peine de plus en plus à endiguer les intérêts particuliers. Partout, les lobbies et les intérêts nationaux triomphent des logiques communautaires qui pourraient restaurer la crédibilité de l’Union.

On notera avec amusement, par exemple, que le rapport d’experts sur les radiofréquences et leurs effets néfastes sur la santé est attaqué pour les conflits d’intérêt qui entachent les membres du comité de rédaction.

Sur la question du TTIP, c’est le FMI qui est venu au secours de l’ouverture et de la transparence:

Si ce futur traité suscite en Europe des craintes de déréglementation généralisée, le Fonds s’inquiète, lui, que ce texte, comme celui négocié entre les États-Unis et la région Asie-Pacifique (le TPP), n’aboutisse « à une fragmentation » du commerce mondial.

Afin d’éviter une telle issue, le FMI assure que ces deux accords doivent « minimiser la discrimination » vis-à-vis des pays qui n’en sont pas signataires et éviter ainsi« l’impression que le commerce ne progresse que pour un ‘club’ privilégié de pays ».

Au passage, certains think tanks français s’agitent pour promouvoir les bienfaits de ce traité décrié.

Du côté du numérique, le commissaire européen a finalement renoncé à un marché unique et s’est rendu à l’influence de l’industrie cinématographique, qui veut préserver la territorialisation des droits d’auteur.

L’annonce d’un protectionnisme européen sur l’acier a sans doute couronné le renoncement de plus en plus évident aux idéaux libre-échangistes et transparents de l’Acte Unique de 1986.

 

 

Transparence sur TAFTA, angoisse sur l’euro

La publication en fin de semaine du mandat de négociation du traité TAFTA a permis à la Commission Européenne de faire oeuvre de transparence. Pendant ce temps, un débat fait rage pour savoir quelle doit être l’intervention de la BCE pour aider à la reprise économique.

Le mandat de négociation TAFTA publié

Les lecteurs un peu attentifs noteront que le mandat a repris de façon assez scrupuleuse les attentes spécifiques à l’Europe. Non seulement, il prévoit explicitement la préservation de l’exception culturelle française, mais il stipule de façon explicite que l’Europe doit pouvoir maintenir des politiques publiques dans des secteurs visés par le traité.
En revanche, sur la question désormais fameuse de l’ISDS, c’est-à-dire du recours à un arbitrage privé obligeant un Etat sur la question des investissements, le mandat en prévoyait ouvertement la possibilité. Chacun se souvient que ce sujet suscite beaucoup d’opposition en Allemagne.

L’intervention de la BCE au centre des débats

Le rôle de la Banque Centrale Européenne (BCE) dans la reprise économique a fait l’objet de débats extrêmement animés tout au long de la semaine. Pour sortir la zone euro de la stagnation, qui s’annonce longue, la BCE doit-elle ou non intervenir sur les marchés, racheter des dettes souveraines et des actifs de mauvaise qualité? Cette politique dite de « Quantative Easing », ou « assouplissement quantitatif », empruntée à la Réserve Fédérale américaine, permet de maintenir des taux d’intérêt peu élevés pour les emprunts souverains, et évite des faillites en cascade dans les pays qui en bénéficient.

En évitant le pire et en faisant tourner de fait la planche à billets, la BCE favorise une dépréciation de l’euro par rapport au dollar. Ce mouvement est favorable à la compétitivité des entreprises européennes (spécialement pour les entreprises qui ont besoin de baisser leurs prix pour vendre sur les marchés internationaux) et à la reprise de l’inflation (puisque les produits importés coûtent plus cher). Il est donc vertueux pour la conjoncture générale.

En même temps, comme il diminue l’acuité de la crise et permet aux Etats d’emprunter à taux bas, il désincite au rééquilibrage des dépenses publiques. C’est par exemple le cas en France où la faiblesse des taux d’intérêt auxquels la France emprunte rend l’endettement plus supportable. Pour le gouvernement français, le retour à l’équilibre des comptes publics est donc moins urgent.

L’Allemagne met en garde la BCE contre des prises de risque excessifs

Le programme de rachat d’Asset Back Securities (ABS) par la BCE participe de cette politique de soutien aux marchés. Elle consiste, pour la BCE, à racheter des « véhicules de titrisation » comme au bon temps des années 2000, qui ont conduit à la grande crise de 2008. Cette politique, qui donne de l’oxygène à court terme aux économies de la zone euro, agace beaucoup l’Allemagne. Le gouverneur de la Banque Centrale allemande, la Bundesbank, Jens Weidmann, ne se cache pas pour la dénoncer:

« Les risques de crédit pris par les banques privées vont être transférés à la banque centrale et donc au contribuable sans qu’ils n’aient rien en retour », déplore le banquier central allemand (membre du conseil des gouverneurs de la BCE) dans les colonnes du magazine Focus.

« Cela va à l’encontre du principe de responsabilité qui est fondamental dans l’économie de marché : celui qui tire un bénéfice de quelque chose doit en assumer la perte s’il y a un développement négatif. »

La crise financière mondiale a montré combien il était dangereux d’abandonner de principe, ajoute Jens Weidmann.

Il a d’ailleurs réitéré ces accusations en fin de semaine, à un moment où divers indicateurs annonçaient un ralentissement de l’économie allemande.

L’Allemagne veut que l’euro reste sa monnaie impériale

Beaucoup de décideurs allemands considèrent (à juste titre…) que cette politique, qui transforme peu à peu la Banque Centrale Européenne en « bad bank », est une façon détournée de redistribuer les richesses allemandes aux autres pays européens, puisque le contribuable allemand sera tôt ou tard appelé à payer pour les pertes des autres. Ce lent glissement vers une solidarité européenne qui ne dit pas son nom a le don d’exacerber les passions germaniques.

Ainsi, Jürgen Starck, ancien chef économiste de la BCE, a déclaré:

Le fait que la BCE cède à Paris et Rome sur l’affaiblissement de l’euro « montre à quel point elle se fourvoie », dit Jürgen Stark en ajoutant : « Il n’y a plus de tabous maintenant. »

La BCE, accuse-t-il encore, prendrait d’« incalculables risques » pour son bilan avec le plan de rachat d’ABS et les contribuables de la zone euro seraient redevables en cas de pertes.

« Cela pourrait avoir des effets redistributifs considérables entre États membres. La BCE n’a aucune légitimité démocratique pour cela », affirme-t-il.

Le ministre bavarois des Finances, Markus Söder, a pour sa part déclaré:

« nous craignons de plus en plus que la BCE devienne ainsi une ‘bad bank' ». Pour ce responsable conservateur, qui s’exprime dans le quotidien régional ‘Münchner Merkur’ paru ce matin, l’automne « sera chaud ». Il demande au gouvernement d’Angela Merkel de s’opposer aux projets de la BCE…

La BCE évite le krach à l’Espagne et à l’Italie

Malgré ces oppositions allemandes qui accusent la BCE de retarder les ajustements structurels, un tir nourri a eu lieu cette semaine pour justifier la politique monétaire.

Plusieurs banquiers centraux sont par exemple intervenus publiquement pour dire tout le bien qu’ils pensaient d’une intervention de la BCE. Il s’est même trouvé un banquier central slovène pour encourager la BCE à dépasser son mandat afin de compenser l’inactivité des gouvernements nationaux.

Ces analyses sont à l’unisson des attentes exprimées par un marché aux abois, qui parie sur la BCE comme ultime roue de secours, pendant que l’économie allemande est supposée obliger Angela Merkel à changer son fusil d’épaule.

Dans cette espèce de fièvre, il est à peu près convenu que la BCE doit mener à bien son programme de rachat d’actifs, sans, à ce stade, déployer d’outils nouveaux. L’Allemagne semblerait prête à se rallier à ce scénario.

Dans la pratique, les économies italiennes et espagnoles ont déjà un besoin vital des interventions de la BCE pour échapper au krach massif.

Tout ceci devrait déboucher sur une phase d’intervention longue, comme l’a affirmé le vice-président de la BCE Vitor Constancio. Les esprits malins noteront que le ministre britannique des Finances encourage cette politique, ce qui en dit long sur les risques qu’à terme l’euro encourt avec elle.

Juncker n’a toujours pas achevé sa Commission

Pendant que le feu s’empare de la zone euro, dans l’inconscience globale des médias et des opinions publiques, Jean-Claude Juncker peine à faire avaliser sa commission par le parlement européen. Juncker a donc entamé un cycle de réunions secrètes avec le président du Parlement pour arrondir les angles et faire passer des commissaires controversés.

La France s’est une nouvelle fois illustrée avec un Pierre Moscovici pour qui le groupe socialiste au Parlement a dû jouer son va-tout, en menaçant de faire tomber toute la commission s’il ne passait pas. Mais d’autres commissaires n’ont pas obtenu le même traitement de faveur. En particulier, la commissaire slovène a dû abandonner son poste avant même d’être nommée, provoquant une crise politique interne.

Le commissaire hongrois soulève également de nombreuses critiques. Jugé ambigu sur les Droits de l’Homme, le futur commissaire à l’Education a dû faire publiquement contrition en prenant ses distances écrites avec le Premier Ministre Orban. Valdis Dombrovskis, commissaire à l’euro, a dû, pour sa part, soutenir qu’il se préoccuperait de l’emploi durant son mandat, contrairement à la politique qu’il a menée dans son pays lorsqu’il en était le Premier Ministre.

« Je souscris totalement à l’engagement du président Juncker pour qu’à l’avenir, tout programme » d’aide en faveur d’un pays en difficulté « ne passe pas seulement par une évaluation de la solidité budgétaire, mais aussi de l’impact social et en termes d’emplois », a-t-il déclaré lors de son audition par le Parlement européen. « Il faut veiller à ce que les deux volets aillent de pair », a-t-il assuré face aux questions insistantes des eurodéputés de gauche. Mais il a éludé les questions plus précises sur la façon d’utiliser la « flexibilité » autorisée par le pacte de stabilité, carcan budgétaire européen.

La France dans le déni de réalité

Ce petit intermède politique permet à la France de continuer à planer. Alors que le projet de loi de finances pour 2015 prévoit un déficit budgétaire de 4,4%, très supérieur aux engagements pris l’an dernier, Michel Sapin continue à soutenir que tout cela ne pose pas problème et que la Commission Barroso sortante acceptera ce projet sans barguigner. Pour ce faire, Sapin a d’ailleurs déployé un savoir-faire de Jésuite, en expliquant que la France ne demandait pas une dérogation aux règles, mais une adaptation des règles.

On prend les paris pour les jours à venir.

L’Europe, incarnation du nazisme?

Enfin, je clos ce billet hebdomadaire en signalant l’étrange article publié sur JSS News, accusant l’Europe de détester les Juifs.

Les pays européens, au cours des dernières années, font plus en plus entendre leur opposition au fait que les juifs peuvent vivrent où ils veulent sur la planète. A l’image des nazis qui voulaient une Allemagne purifiée de ses juifs, ils veulent que les régions historiques liées au Judaïsme, la Judée-Samarie, berçeau de cette religion, soient Judenrein. Pour l’UE, seuls des arabes devraient avoir le droit d’y vivre. On appelle cela de l’apartheid…

L’Europe de Juncker et Draghi à la veille d’un cataclysme?

L’Europe de Juncker et Draghi vient de recevoir plusieurs signaux extrêmement inquiétants, qui laissent craindre le pire sur les perspectives systémiques de l’Union à court terme. Ces signaux proviennent à la fois de la BCE et de la Commission elle-même.

La BCE à la veille d’un séisme majeur venu d’Allemagne

Le 14 octobre, Mario Draghi comparaîtra devant la Cour de Justice de l’Union Européenne (CJUE) à Luxembourg, dans le cadre d’une question préjudicielle transmise le 4 février par la cour constitutionnelle de Karlsruhe. L’objet de cette question est simple: le programme dit OMT (Outright Monetary Transactions), qui doit permettre le rachat illimité de titres souverains en cas de défaillance d’un Etat membre, est-il conforme aux traités? Cette question en apparence technique est évidemment centrale pour l’avenir de l’euro et de l’Union elle-même. Par l’OMT, la Banque Centrale Européenne apporte sa garantie de fait aux Etats membres de l’Union, et permet donc de stabiliser leur taux d’emprunt, même lorsqu’ils apparaissent comme des pays à risque. Ce programme a cependant l’inconvénient de transformer la BCE en prêteur en dernier ressort, et donc d’entraîner tous les Etats membres dans son sillage en cas de tourmente.

Pour la Cour constitutionnelle allemande, l’OMT est une sorte d’incarnation du mal. L’OMT permet en effet aux Grecs et aux Portugais de bénéficier indirectement de la garantie allemande: une façon de se comporter en passager clandestin qui aurait le beurre grec et l’argent germanique du beurre grec. Même si la Cour de Luxembourg déclare ce programme conforme aux traités, il est acquis que la Cour Constitutionnelle allemande décidera ensuite que ce programme n’est pas conforme à la Constitution allemande. Et là, la BCE aura un sérieux problème… et l’Europe aussi.

Une question qui tombe à pic…

Ironie de l’histoire, cette question tombe au pire moment. L’OMT n’a en effet jamais servi à ce jour, mais la situation le rend à peu près incontournable. En effet, malgré le bouche-à-bouche auquel la BCE s’est livrée pour sortir l’Union de la déflation et de la panne économique en baissant fortement son taux directeur jusqu’à l’étiage historique de 0,05%, le coeur économique du continent non seulement ne repart pas, mais continue dangereusement sa chute. Mario Draghi a donc sorti le défibrillateur avec un programme dit TLTRO (prêts très bon marché et de long terme), consistant, pour la BCE, à proposer des créances peu chères aux banques de la place. Petit problème: la première offre de 400 milliards n’a trouvé preneurs qu’à hauteur de 82 milliards. Un flop majeur qui a fortement entamé la crédibilité de la BCE.

Toujours est-il que la BCE tenait jeudi un conseil des gouverneurs des banques centrales à Naples, qui a dû tirer les conclusions de cette situation compliquée. Les marchés en attendaient beaucoup, notamment sur le lancement d’un programme nouveau dit rachat d’ABS (Asset Backed Securities) consistant à racheter des créances détenues par des banques de l’Union. Cette technique est très favorable aux banques prises à la gorge par les normes prudentielles de Bâle III. En refourgant  leurs créances les plus pourries à la BCE, elles évitent de devoir augmenter leurs fonds propres dans de trop grandes proportions. Bien entendu, cette technique revient à transférer le risque à la BCE, exactement de la même façon que dans le rachat de dettes souveraines. Une solution détestée par l’Allemagne.

Dans l’esprit de Mario Draghi, les deux démarches vont d’ailleurs de pair:

Les rendements des emprunts d’Etat grecs ont nettement reculé mercredi sur le marché secondaire après un article de presse selon lequel Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne, souhaite que cette dernière achète des titres souverains grecs et chypriotes notés en catégorie spéculative (« junk »).

Selon le Financial Times, qui cite des sources proches du dossier, le directoire de la BCE va proposer que les règles en vigueur sur la qualité des actifs soient assouplies afin que l’institution puisse acheter certaines tranches de titres adossés à des actifs (ABS) grecs et chypriotes.

Draghi cornaqué par l’Allemagne, lâché par la France

Le problème pour Draghi est évidemment que ce programme de rachat d’ABS préfigure tant le programme OMT qu’il apparaît presque comme une provocation avant l’audience à la Cour de Luxembourg. Le petit père Draghi a donc dû se faufiler comme une anguille pour échapper au pire. Il a notamment décidé de sanctuariser son opération en la centralisant à la BCE. Cette façon de court-circuiter les banques nationales, traditionnellement chargées de mettre les opérations financières européennes en oeuvre, permettait de contourner l’obstacle allemand. Du coup, Draghi s’est heurté à la mauvaise humeur de Christian Noyer, gouverneur de notre bonne vieille banque de France, qui a refusé le programme de Draghi, et l’a donc tué. Si d’aventure le soutien de la BCE venait à manquer à la France prise dans une éventuelle tourmente, on saura se souvenir de cet absurde coup de poignard dans le dos donné par Christian Noyer.

Face à ces difficultés, Draghi a dû faire machine arrière en annonçant qu’il y aurait bien un rachat d’actifs, mais dans des volumes incertains, et selon des modalités floues:

« Nous n’achèterons pas d’actifs structurés, même si nous les acceptons comme garanties », a voulu rassurer Mario Draghi. « Les ABS sur lesquels nous nous concentrons doivent être des ABS qui sont simples et transparents », a-t-il précisé.

Il n’en fallait pas plus pour plomber les marchés, qui ont trouvé Mario Draghi beaucoup moins triomphant qu’à l’accoutumée, et n’ont pas entendu les réponses qu’ils attendaient à leurs questions. Le cours de la Société Générale a immédiatement perdu 5%. Pour l’Europe, il s’agit d’un premier coup de semonce que l’impuissance désormais ouverte de la BCE devrait confirmer dangereusement dans les semaines à venir.

La France mise en danger par ces atermoiements

L’affaiblissement de la BCE intervient à un moment délicat pour la France, qui risque d’avoir prochainement besoin d’un petit coup de main pour se sortir de la mouise où deux ans et demi d’amateurisme gouvernemental l’ont plongée. Le projet de loi de finances pour 2015, présenté mercredi en Conseil des Ministres, prévoit en effet une réduction du déficit public de 0,1 point, là où Moscovici avait promis l’an dernier 1,5 point. Cette brillante performance suscite un enthousiasme mesuré auprès de la Commission sortante.

En fait, tout le monde spécule aujourd’hui sur une procédure d’infraction à l’encontre de la France, qui pourrait déboucher sur une amende de 4 milliards d’euros et une injonction à se plier aux engagements communautaires. Dans ce cas, le gouvernement Valls devrait officiellement manger son chapeau et revoir sa copie. Cette décision poserait un problème politique majeur non seulement à la France, mais à l’Europe elle-même: la deuxième économie de l’Union perdrait officiellement sa souveraineté et entrerait dans un processus d’austérité ressemblant à celui de la Grèce. Chacun mesure l’ampleur de l’aventure qui commencerait.

Les mauvaises langues soupçonnent José Manuel Barroso de préparer ce petit cadeau de bienvenue pur la fin octobre. Une façon sympathique d’organiser son pot de départ, en quelque sorte, qui ne manquera pas de faire plaisir à son successeur Jean-Claude Juncker.

Juncker déjà plombé par le traité transatlantique

Le pauvre Juncker se serait bien passé de cette attention touchante, lui qui a tant de mal à mettre sur pied sa commission. Les auditions des commissaires devant le Parlement européen ont en effet commencé cette semaine, et le moins qu’on puisse dire est que l’opération, annoncée comme difficile, n’est pas de tout repos.

Elle a commencé avec l’audition de la commissaire suédoise Cécilia Malmström, pressentie pour le très sensible portefeuille du Commerce dans lequel se niche le traité transatlantique. Les amateurs de corrida n’ont pas été déçus par l’exercice, puisque celui-ci a donné lieu à un superbe pataquès! Dans ses réponses écrites aux eurodéputés, la future commissaire avait en effet pris une position carrée sur la question de l’ISDS, évoquée la semaine dernière sur ce blog, en annonçant que la procédure du tribunal arbitral ne ferait pas partie du traité transatlantique. Lundi, elle a tenu un discours très différent:

En audition, Mme Malmström a déclaré que la phrase avait été rajoutée « par erreur ». « Je suis d’accord avec M. Juncker quand il dit qu’il ne supporterait le principe des tribunaux d’arbitrage qu’à condition d’éviter les abus », s’est-elle toutefois prudemment défendue.

« Oui, il y a eu des abus avec ce genre d’instances, je suis d’accord, il faut être très prudent », a-t-elle ajouté.

« Mais il est trop prématuré de dire qu’on ne va pas prévoir ces tribunaux dans le traité transatlantique. Pour prendre cette décision, il faut qu’on discute. Et même si un jour, on prenait la décision de ne pas les inclure dans le TTIP, on ne les ferait pas disparaître pour autant. Il en existe des milliers dans le monde », a ajouté la future commissaire.

Evidemment, ce n’est plus exactement la même chanson… Selon Jean Quatremer, c’est le chef de cabinet (allemand) de Jean-Claude Juncker, Martin Selmayr, qui avait rajouté la petite phrase sur l’ISDS, sans prévenir la signataire de la lettre. Et Quatremer d’ajouter:

Reste à savoir pourquoi Selmayr a pris un tel risque politique ? Sans doute pour faire plaisir à Berlin : de nationalité allemande, il sait qu’il a beaucoup déplu à la Chancelière Angela Merkel en faisant campagne pour la nomination de Juncker, alors que celle-ci souhaitait avoir les mains libres pour nommer le candidat de son choix. Depuis, il tente désespérément de se racheter, notamment en plaçant des Allemands, de préférence CDU, dans les cabinets des commissaires (déjà 4 ou 5 chefs de cabinet contre 1 seul Français et un nombre non encore déterminé de chefs adjoints et de conseillers) ou en exigeant de tous les futurs porte-parole (plutôt CDU aussi) qu’ils parlent allemand.

Le commissaire anglais Jonathan Hill retoqué

Au registre des auditions des futurs commissaires, on notera avec amusement le luxe que David Cameron s’est offert: proposer un tocard absolu au titre de la Grande-Bretagne – tocard que Juncker avait placé sur le portefeuille emblématique des services financiers. Son audition a ressemblé à un jeu de massacre tellement délectable que les eurodéputés ont décidé de l’auditionner une nouvelle fois cette semaine.

Au cours de son audition de trois heures mercredi, M. Hill a assuré qu’il ne serait « pas le représentant de la City de Londres » au sein de la future Commission européenne.

Mais il est resté vague sur plusieurs sujets, avouant n’avoir pas eu le temps de se plonger dans des dossiers très techniques, notamment sur les contours d’un futur « marché européen des capitaux ». Interrogé sur l’introduction d’eurobonds, un mécanisme de mutualisation des dettes au sein de la zone euro sous forme d’emprunts communs, il a avoué « ne pas avoir d’avis informé » sur la question.

C’est vrai que la question des eurobonds est tout à fait mineure… en tant que commissaire sur un secteur financier, on voit mal pourquoi il aurait eu un avis informé sur le sujet.

Moscovici mange le sable de l’arène, la France humiliée

Qualifié de « roi du déficit » par le Spiegel, Moscovici a cherché à répondre de façon convaincante à la question: « Comment être certains que vous serez le braconnier devenu garde-chasse ? » posée par l’eurodéputée néerlandaise Sophie In’t Veld. Formellement, Moscovici s’est livré à un exercice sur le mode énarchique qui plaît tant aux Français, même les plus eurosceptiques. Il a servi au jury la soupe que celui-ci attendait, soutenant même que la zone euro n’était pas en récession, et que la France devait donc tenir ses engagements communautaires.

Il faut aller dans la presse étrangère pour trouver des détails un peu croustillants comme celui-ci:

Decorum broke down after one centre-right MEP asked Mr Moscovici to name three reforms recommended by the European Commission during its annual budget review that he had implemented while finance minister. When Mr Moscovici replied that his budgets had never violated EU rules, restless MEPs shouted: “Answer the question!”

“What do you want me to do?” Mr Moscovici responded over the heckling, again arguing he was not responsible for the current French government. “What do you want me to do?”

(Les faux semblants ont volé en éclat après qu’un euro-député de centre-droit a demandé à M. Moscovici de citer trois réformes recommandées par la Commission Européenne durant sa revue budgétaire annuelle qu’il aurait mise en oeuvre comme ministre des Finances. Dès que M. Moscovici eut répondu que ses budgets n’avaient jamais violé les règles communautaires, le député impatient décocha: « Répondez à ma question! » « Mais que voulez-vous que je vous dise? » répondit M. Moscovici dans le brouhaha, répétant à l’envi qu’il n’était pas responsable du gouvernement français actuel. « Que voulez-vous que je vous dise? »)

Cette anecdote permet de mieux comprendre pourquoi les eurodéputés, très sceptiques devant l’épaisseur ectoplasmique du bonhomme, lui ont demandé de répondre à de nouvelles questions écrites. Le pire pour la France est peut-être à venir: un retocage en bonne et due forme comme le commissaire anglais.

Juncker devra prendre en main le dossier du traité transatlantique

Les auditions au parlement européen annoncent tout doucement la sortie de la commission Barroso, et les affaires s’étiolent peu à peu. Le traité transatlantique connaissait donc cette semaine une phase entre deux eaux, où plus d’une centaine d’experts se rencontrait pour comparer les procédures en vigueur sur chaque continent, chapitre du traité par chapitre du traité. Ce travail technique permet de meubler le vide politique ouvert par le changement de commission en Europe, et par les élections de mi-mandat aux Etats-Unis.

Toutefois, face aux réactions suscitées par le traité entre l’Europe et le Canada, notamment sur la suppression des freins non tarifaires aux échanges (en particulier sur les réglementations protectrices), les différentes parties prenantes ont décidé de montrer patte blanche et de commencer à répondre aux opinions publiques.

En particulier, le négociateur américain Dan Mullaney a déclaré:

Nous avons entendu les craintes sur le fait que les négociations ne doivent pas passer par une privatisation des services publics tels que l’eau, l’éducation, l’assurance-maladie et ne doivent pas limiter la capacité des gouvernements de réguler ces services comme bon leur semble.

Il reviendra à la commission Juncker d’aborder toutes ces questions extrêmement sensibles.

A quand la prochaine crise ukrainienne?

Avec la signature d’un accord intérimaire sur les livraisons de gaz à l’Ukraine entre l’Union et la Russie, le conflit ukrainien a provisoirement perdu de son acuité. Même si l’Union européenne maintient ses sanctions contre la Russie, il est très vraisemblable que l’hiver donne lui à une accalmie. Toutefois, l’accord signé prévoit que l’Ukraine achète son gaz russe 50% plus cher qu’avant la crise. Moyennant cet arrangement, l’Europe a préservé ses propres livraisons. Cette solution paraît difficile à tenir au-delà de l’hiver pour les Ukrainiens.

Les ingrédients sont donc réunis pour qu’une nouvelle crise éclate prochainement.

Manifestement, les foyers d’extrême tension se multiplient en Europe, préludes à un embrasement généralisé?

Europe: un discret effondrement économique

Les annonces de la BCE hier, notamment l’abaissement historique des taux d’intérêt, sont un signal de désarroi envoyé aux acteurs économiques. Alors que le conflit avec l’Ukraine menace l’Europe d’une crise énergétique, la situation du continent ressemble de plus en plus à un gouffre…

La BCE tente un sauvetage d’urgence

La BCE a baissé ses prévisions de croissance et a décidé de prendre des mesures immédiates pour éviter l’effondrement du continent. Personne ne s’y attendait, et en soi cette surprise est un mauvais signal pour le continent tout entier: les médecins ont diagnostiqué un mal qui exige un remède de cheval immédiat. La BCE a donc baissé ses taux directeurs comme jamais, avec un taux de 0,05%, qui succède à une nouvelle baisse à 0,15% en juin.

La BCE a par ailleurs annoncé qu’elle allait racheter des dettes privées pour soutenir le marché. Cette mesure en apparence technique ajoute à la perception du désarroi de la BCE. Le marché du crédit est malade et plus personne n’ose prendre des risques. Le financement de l’économie est nécrosé. Tout cela commence à sentir très mauvais.

Dernière étape avant le respirateur artificiel

Toutes ces mesures risquent de ne pas suffire pour sortir l’Europe de la déflation et pour relancer le moteur de la production. La rumeur court, confirmée par la BCE, d’une prochaine mise en route du respirateur artificiel: le rachat de titres souverains par la BCE. Cette expression pudique veut tout simplement dire que beaucoup s’attendent à une reprise de la crise des dettes publiques en Europe.

Dans cette hypothèse, la BCE adopterait donc un scénario de « continentalisation » des dettes des Etats-membres. Cette solution permettrait de contaminer l’ensemble du continent avec la maladie de quelques-uns de ses membres. Histoire d’être bien sûr que personne ne s’en relèvera.

Les analystes commencent déjà à décortiquer les probabilités de voir ce scénario se réaliser. Beaucoup parlent d’un « scénario à la japonaise« .

La France première victime collatérale?

La question est évidemment dans tous les esprits: la France sera-t-elle la première à tomber dans cette nouvelle épidémie de choléra? Elle en présente beaucoup de signes avant-coureurs! Avec une crise politique sans précédent, une incapacité manifeste à se réformer, et une administration qui n’est plus sous contrôle. Tout cela laisse à penser que dès le mois d’octobre, la dégradation de la note devrait frapper durement.