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Bombonnes de Notre-Dame: encore des trous dans la raquette policière

Dans l’affaire des bombonnes placées dans une voiture devant Notre-Dame, François Hollande s’est livré à un exercice d’auto-satisfaction dont il a le secret:

« La justice est saisie, le procureur de la République fera des déclarations cet après-midi, mais en tant que président de la République, je veux saluer, féliciter, les services de renseignement », a dit le chef de l’Etat. « Bien sûr qu’il y a des attentats qui ont eu lieu dans notre pays, et qui ont frappé, durement, mais il y a aussi toute une action silencieuse, efficace, par tous les services de renseignement, par nos policiers, par nos gendarmes, par nos militaires », a-t-il souligné.

Quand on étudie les faits, on se pose pourtant quelques questions cruciales sur les graves défaillances policières qui entourent cet attentat raté.

Attentat déjoué ou attentat raté?

Dissipons d’abord un malentendu que les services de police au sens large sont parvenus à instiller dans les esprits: l’attentat devant Notre-Dame aurait très bien pu avoir lieu et la police a été, dans cette affaire, tout à fait lamentable.

Rappelons les faits: dans la nuit de samedi à dimanche (à 3h33 exactement), le « commando » place une Peugeot 607 sans plaque d’immatriculation (et les clignotants d’urgence allumés) à cent mètres de la cathédrale Notre-Dame. La voiture contient plusieurs bonbonnes de gaz prêtes à exploser. La police intervient à 7h15 du matin, c’est-à-dire plusieurs heures après l’installation du véhicule, pour le fouiller. La maire du Vè arrondissement se fend d’ailleurs d’un courrier pour se plaindre des délais d’intervention.


Paris : une voiture contenant des bonbonnes de… par Europe1fr

Plusieurs heures pour s’occuper d’une voiture piégée installée dans l’un des plus hauts lieux touristiques de la capitale, en plein état d’urgence et après des annonces sur un attentat imminent: bravo la police!

Pour les non-Parisiens, on rappellera l’emplacement du site:

bonbonnes

La 607 se trouve donc sous les fenêtres de la Préfecture de Police, à cinq minutes à pied du commissariat du Vè arrondissement…

Selon les informations officielles, les filles du commando tentent à plusieurs reprises de mettre le véhicule à feu et n’y parviennent pas. Face à leur échec, elles s’enfuient. La police n’est donc pour rien dans l’échec de l’attentat: ce sont les apprenties terroristes qui ont raté leur coup.

Le commando était bien connu des services de renseignement

Regardons maintenant la conférence de presse du Procureur Molins sur le sujet, en relevant (une fois de plus) le nombre d’avertissements que les services de renseignement avaient reçus sur les membres du commando:


L’intégralité de la conférence de presse de François Molins

Remontons maintenant le fil des informations diffusées par le Procureur.

Sur le propriétaire de la 607

Grâce à la vignette d’assurance (du travail de pro!), la police retrouve la trace du propriétaire de la voiture. Il s’agit d’un certain Madani, relâché le 6 septembre au soir après une garde à vue de quelques heures. Ce n’est pas un inconnu des services de police: il a été repéré pour des faits de prosélytisme islamiste il y a plusieurs années. Il habite un quartier résidentiel de Tremblay-en-France, au nord de la Seine-Saint-Denis.

Il n’a pas jugé utile de signaler la disparition de sa fille plusieurs jours avant l’attentat, pas plus que sa femme qui aurait pourtant reçu une lettre de la fille annonçant son intention de mener une opération-suicide…

Quelques informations sur Inès Madani

Le propriétaire de la voiture désigne néanmoins sa fille comme principale suspecte. Il affirme qu’elle a voulu plusieurs fois partir en Syrie. Elle est d’ailleurs connue des services de renseignement pour cette raison (et est fichée S…). Elle a 19 ans. Quand son nom sort, les fichiers se délient. On apprend qu’elle est aussi fichée en Belgique pour des faits de terrorisme. Elle serait en contact avec des islamistes de Charleroi. Elle aurait également facilité plusieurs départs vers la Syrie. Elle semble connaître Hayat Boummediene, la veuve d’Amedy Coulibaly (auteur de la prise d’otage de l’Hyper Casher).

Depuis plusieurs mois, elle s’était voilée. Elle a été arrêtée en possession d’une lettre déclarant son allégeance à l’Etat Islamique et affirmant sa volonté de venger la mort de l’un des dignitaires du caliphat.

Inès Madani et Rachid Kassim

Selon la RTBF, Inès Madani est en relation avec Rachid Kassim, un Roannais engagé au service de l’Etat Islamique, dont l’activité Internet a beaucoup augmenté… au mois d’août 2016. Rachid Kassim administre deux chaînes sur Telegram, dont une qu’il a héritée d’Adel Kermiche, l’auteur de l’assassinat du prêtre de 85 ans Jacques Hamel en Normandie, au nom de l’EI!

Voici le type de message que Kassim diffuse (18 août 2016):

« Message au peuple de Babylone, au peuple de Charlie [Hebdo], message au peuple injuste et criminel. Vous aurez bientôt plus le temps d’aller sur Internet, je vous le dis tout de suite. […] Je vous conseille plutôt de surveiller vos arrières parce que vous avez été localisés depuis un moment, mais les choses se sont mises en marche depuis maintenant huit jours, donc patientez et nous on patiente avec vous. »

Le cas Ornella G.

Cette femme de 29 ans est fichée S en raison de ses velléités de départ vers la Syrie. Elle a été arrêtée mardi soir sur l’autoroute du Sud, à Orange, en compagnie de son conjoint. Elle est déférée aujourd’hui. Pour l’instant, on sait peu de choses d’elle, sinon qu’elle est née à Montargis, qui semble être une pépinière salafiste.

L’affaire de Boussy-Saint-Antoine

Si les services de renseignement n’ont pas empêché Ornella et Inès de déposer la 607 devant Notre-Dame, ils ont en revanche « logé » dans les temps l’équipe qui a hébergé Inès dans sa fuite. Cette équipe (féminine) semble avoir préparé de façon « imminente » des actions dans Paris, notamment à la gare de Lyon.

Le cas Amel S.

Cette femme de 39 ans, mère de 4 enfants, a recueilli la fine équipe dans son appartement de Boussy-Saint-Antoine. À son domicile, les enquêteurs retrouvent de quoi fabriquer des explosifs artisanaux. Voici la curieuse réaction du maire socialiste de la ville à l’annonce de son arrestation:

« La ville n’avait jamais reçu la moindre alerte ou signalement particulier à son sujet, affirme de son côté Romain Colas, le député-maire (PS) de Boussy-Saint-Antoine. Ses enfants ont été pris en charge par la police et les services sociaux. Leur sécurité reste ma principale préoccupation. »

S’agissant de ces enfants, l’une de ses filles âgée de 15 ans a été arrêtée à Clichy-Sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, parce qu’elle s’apprêtait à participer à une action terroriste… Dormez tranquilles, bonnes gens, la mairie assure la sécurité des familles terroristes.

Le cas Sarah H.

Le jour du coup de filet à Boussy-Saint-Antoine, Amel S., Inès Madani et une certaine Sarah H. sortent de leur immeuble. Elles ont repéré les policiers qui « planquent » au pied de chez elle, et Sarah H. se jette sur l’un d’eux pour le poignarder. Les policiers décident alors d’intervenir.

Qui est cette Sarah H., complètement voilée au moment des faits? Cette femme de 23 ans originaire de Lisieux est surnommé, semble-t-il, la « passionaria du jihad » par les services de renseignement. Elle est donc elle aussi très bien connue des services.

Cette familiarité s’explique pour plusieurs raisons. Elle a cherché à rejoindre la Syrie l’an dernier, mais a été arrêtée à l’aéroport d’Istanbul. Elle s’est ensuite fiancée à deux terroristes patentés: l’un, auteur des assassinats de Magnanville, l’autre, auteur de l’attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray.

Sarah H. et Mohamed Lamine A.

Cette sorte de veuve noire est actuellement fiancée à un certain Mohamed Lamine A., 39 ans, qui vient d’être arrêté. Cet homme, fiché S, a un frère dont le prénom est Charaf Eddine, actuellement en prison et proche des terroristes de Magnanville.

C’est donc une véritable toile d’araignée regroupant une escouade de fichés S à laquelle la police a désormais affaire. D’où la question qui se pose à nouveau: pourquoi tant de fichés S qui ont tenté de partir en Syrie et qui se connaissent manifestement très bien entre eux (au point de prévoir des épousailles) ne sont-ils pas neutralisés d’emblée?