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Brexit: une femme pour balayer le vote populaire

Les Anglais ne manquent vraiment pas d’humour. Après leur brillant Brexit, et une série de défections pour le mettre en pratique, ils ont finalement trouvé une femme, Theresa May, ministre de l’Intérieur, pour faire le ménage et balayer les prétentions populaires. Ceux qui imaginaient que le vote des paysans reculés auraient le même poids que celui des cosmopolites londoniens en sont pour leurs frais: l’élite britannique fera tout pour rester dans l’Union, quitte à se renier.

Theresa May, la femme chargée du ménage

Theresa May a émergé au fil des désistements, qui furent nombreux. On notera en particulier que son ultime compétitrice, Andrea Leadsom, a commis l’imprudence d’évoquer son statut de mère pour légitimer sa candidature. Les féministes ne le lui ont pas pardonné.

La particularité de Theresa May est d’avoir milité contre le Brexit et d’être aujourd’hui chargée de le réaliser. On s’en amuse par avance.

Theresa May, la preuve que le « Remain » et le nationalisme font bon ménage

Contrairement aux élucubrations qui ont tenté de faire croire que le « Remain » était le parti de l’ouverture d’esprit alors que le « Leave » était celui de l’obscurantisme, Theresa May a soutenu le « Remain » tout en menant des campagnes qui nous laisseraient pantois et lui vaudraient en France des campagnes haineuses.

Par exemple, Theresa May a lutté pour le renvoi au pays (appelé « deportation ») de tous les immigrés gagnant moins que le salaire moyen britannique. Elle a aussi financé un bus avec une pancarte: « Rentrez chez vous », à destination des immigrés clandestins.

Brexit

Comme disait je ne sais plus qui, les partisans du Brexit étaient ceux qui ne veulent pas parler à leurs voisins, quand les adversaires du Brexit étaient pour l’abolition des frontières.

Theresa May va balayer le Brexit

Si Theresa May s’est sentie obligée de préciser aujourd’hui qu’il ne pouvait y avoir de retour en arrière sur le referendum et qu’un « non » était un « non », tout le monde a bien compris le coup de Jarnac qui se prépare en Grande-Bretagne. La Chambre des Communes a en effet décidé d’organiser un débat, le 5 septembre, sur la tenue d’un nouveau referendum.

L’agitation va bon train, donc, pour neutraliser un vote populaire qui gêne le gouvernement profond britannique.

Brexit: mon interview à la radio russe

Je republie ici l’interview que j’ai donnée à la radio russe sur le Brexit.

RT France : La Première ministre écossaise Nicola Sturgeon s’est entretenue avec Jean-Claude Juncker. Que cela signifie-t-il ?

Eric Verhaeghe (E. V.) : On a franchi une étape très claire dans la dislocation européenne, dans son intrusion puisque des régions qui réfléchissent depuis longtemps à leur indépendance, sont en train de profiter du Brexit pour réclamer cette indépendance. On sait que l’Ecosse a finalement tranché en faveur d’un maintien dans le Royaume-Uni, mais à l’époque on pensait que le Royaume-Uni ne sortirait pas de l’Union européenne. Maintenant que l’Angleterre a décidé d’en sortir, les revendications nationalistes en Ecosse se ravivent, sont beaucoup plus marquées et l’Ecosse profite de cette occasion pour revendiquer son indépendance. Ce qui est important c’est que l’Ecosse n’est qu’un premier maillon du filet qui va suivre puisque d’autres régions ont la tentation de faire sécession de l’Etat membre auquel ils appartiennent pour demander leur indépendance et appartenir à l’Union européenne. C’est le cas notamment de la Catalogne, où une majorité d’indépendantistes et d’autonomistes qui s’est dégagée aux dernières élections et les Catalans vont regarder ce que fait l’Ecosse avec beaucoup d’attention puisque la Catalogne espère faire la même chose. C’est aussi le cas de la Flandre en Belgique où un mouvement nationaliste, la Nieuw-Vlaamse Alliantie est en train de dire que l’Ecosse pourrait faire un précédent et que la Flandre pourrait faire sécession de la Belgique et demander son adhésion directe à l’Union européenne. Le Brexit a donc permis de mettre le doigt dans un engrenage qui est celui de l’implosion de l’Union et de la revendication régionale de l’adhésion directe à l’Union par-dessus les Etats-nations.

RT France : A l’issue de la rencontre avec la Première ministre écossaise, Jean-Claude Juncker a déclaré que l’Ecosse avait gagné le droit de se faire entendre à Bruxelles mais que l’Union européenne n’avait pas l’intention d’intervenir dans le processus britannique. Cette réunion est-elle une tentative d’intimidation pour que la Grande-Bretagne ne quitte pas l’Union européenne ?

E. V. : Le but est très clairement punitif. L’objectif de  l’Union européenne aujourd’hui est de punir la Grande-Bretagne et surtout de déstabiliser sa classe dirigeante. Aujourd’hui, il y a une stratégie de l’Union européenne qui consiste à dire qu’il faut punir et chasser les dirigeants anglais qui ont mis le Royaume-Uni hors de l’Union européenne et il faut mettre en place une espèce de confusion politique en Grande-Bretagne qui va finalement pousser le pays à préférer rester dans l’Union européenne. Il y a aujourd’hui une stratégie de prise de contrôle, de reprise en main du processus par les décideurs européens. Jean-Claude Juncker le fait en parfait accord avec Angela Merkel et François Hollande et leur objectif aujourd’hui est de mettre les dirigeants britanniques qui ont d’une façon ou d’une autre piloté le Brexit dans la situation la plus difficile possible et de rendre le plus coûteux possible le départ de l’Angleterre hors de l’Union européenne.

RT France : La Première ministre écossaise a déclaré qu’elle était «déterminée à préserver la relation et la place de l’Ecosse dans l’Union européenne». Cela va-t-il provoquer un second référendum pour la sortie de l’Ecosse de la Grande-Bretagne ?

E. V. : Il y a une période de trois mois extrêmement compliquée qui s’ouvre, pour les Anglais, pour les Ecossais, pour les Irlandais, pour les Européens eux-mêmes. Pendant cette période de trois mois, l’Union européenne dans son ensemble va tout faire pour que le Royaume-Uni sorte de l’Union dans les conditions les moins favorables possibles pour rendre le jeu encore plus compliqué. Les Ecossais ont très clairement intérêt à profiter de la situation pour annoncer très vite s’ils veulent un référendum sur l’indépendance de l’Ecosse dès le mois de septembre. En revanche, ils n’auront droit qu’à un référendum, il ne faut pas qu’ils échouent. Si leur objectif est l’indépendance, il faut qu’ils programment dès maintenant un référendum et qu’ils mettent en chantier le départ de l’Ecosse du Royaume-Uni et son adhésion directe à l’Union européenne.

RT France : John Kerry a déclaré aujourd’hui que «la Grande-Bretagne pourrait rester dans l’Union européenne puisque Londres n’a aucune idée du processus de sortie de l’Union européenne». Est-ce envisageable ?

E. V. : Aujourd’hui il y a une guerre psychologique, un matraquage psychologique qui est très fort dans ce que j’appelle le gouvernement profond, c’est-à-dire cette espèce de nomenklatura, cette classe dirigeante qui n’est pas forcément aux manettes directement mais qui agit dans l’ombre pour prendre les décisions. Le gouvernement profond ne veut pas que la City quitte l’Union européenne. Il ne veut pas non plus que l’Union européenne se disloque et donc il est en train de faire tout ce qui est en son pouvoir pour dissuader les Anglais d’aller jusqu’au bout du Brexit. Dans cette stratégie il y a très clairement une intoxication et une manipulation des esprits sur le thème «ils ne savent pas où ils vont et il est impossible de sortir», c’est-à-dire qu’ils ont fait un coup de colère, un coup de gueule mais une fois ce coup de gueule passé ils n’ont pas vraiment envie de sortir, ils le regrettent déjà. D’ailleurs il y a une pétition pour rester dans l’Union européenne et ils n’ont pas vraiment de plan de sortie. Sortir de l’Union européenne c’est reconstruire 40 années de droit, 40 années de réglementation, 40 années de vie d’un certain nombre de fonctions notamment dans le domaine du droit de la concurrence. Cela ne peut donc pas s’improviser. En réalité les Anglais font face à une situation aussi inédite que les autres Européens. Personne n’a de mode d’emploi pour expliquer comment on fait pour sortir de l’Union européenne. Cette espèce de flou, de période d’attente ou de latence, est interprétée avec de malice, avec de mauvaises intentions par le gouvernement profond pour dire «vous voyez ils ne savent pas où ils vont et donc il ne faut pas qu’ils partent». Ceux qui doivent partir ce sont les classes dirigeantes, ce ne sont pas les Anglais. C’est un jeu extrêmement dangereux parce qu’on est en train de continuer le dénie. Le gouvernement profond ne veut pas admettre que les citoyens de l’Union européenne ne veulent plus de la construction communautaire, de la construction de l’union européenne telle qu’elle est conçue depuis 20 ans. On invente donc des stratégies pour expliquer qu’en réalité ils ne veulent pas vraiment partir et que si rien ne changeait ce serait beaucoup mieux. Mais c’est un jeu extrêmement dangereux parce qu’à force de ne pas tenir compte de l’avis des citoyens, on va d’abord acter que nous ne sommes plus en démocratie ou que la démocratie n’existe plus et deuxièmement on va se trouver face à des situations socialement extrêmement compliquées.

Brexit: nos vieilles nations sont plus belles que votre bureaucratie

Dans les tombereaux de haine contre le vote britannique que le Brexit a soulevés, il est une critique particulièrement révélatrice du substrat idéologique qui fonde le gouvernement profond: le rejet de l’Etat-nation. Pour beaucoup de zélateurs des puissances à la manoeuvre dans l’Union Européenne, l’Etat-nation est l’incarnation du mal, d’un cancer qui a terrassé le Royaume-Uni, et qui doit être traité chimiquement avec que les métastases n’aient raison de l’Union tout entière.

L’exemple de Gaspar Koenig

De cette haine, on trouvera une expression assez pure chez l’auto-proclamé libéral Gaspar Koenig, ancienne plume de Christine Lagarde, et président d’un think tank financé par de grandes entreprises (dont on connaît l’absence de connivence avec le capitalisme d’Etat).

Dans un coup de gueule publié par le Figaro, il écrivait par exemple:

Je hais les nations, épiphénomène sanglant de l’histoire humaine, et méprise les nationalistes. La «souveraineté nationale», c’est un os à ronger lorsqu’on a perdu la seule souveraineté qui compte: celle de soi-même. (…)

On va recommencer à trier les humains en fonction de leurs livrets de famille et à les parquer derrière les barbelés des frontières. Le nativisme bat son plein. Et il ne rate pas sa cible: l’Europe avec tous ses défauts reste un projet libéral, kantien, visant à construire l’état de droit et le marché par-delà les différences culturelles. Oui à la démocratie, non au «peuple», fiction de romancier.

On retrouve ici, de façon à peine voilée, l’idée que voter en faveur du Brexit est une preuve d’une bêtise ou le signe d’un dérangement de l’esprit. Ce texte en dit long sur le mépris sectaire des intellectuels européens pour le suffrage universel. Ici, on s’amusera de voir le projet communautaire imaginé à la sauce kantienne, avec ce fantasme étrange selon lequel l’Union Européenne aurait « construit le marché par-delà les différences culturelles ».

Il ne serait pas ininteréssant que Gaspar Koenig nous explique comment il peut d’un côté assimiler les différences culturelles à des barbelés et prétendre d’un autre côté tenir un discours libéral, c’est-à-dire respectueux de la liberté de chacun à adhérer aux choix qui lui conviennent. Ce rejet larvé de la culture laisse songeur. Elle montre bien la subversion totale de la notion de démocratie dans la doxa du gouvernement profond, construite de façon kantienne contre le « peuple », présenté comme fictif.

Dans une tribune publiée dans les Echos, Koenig en rajoute une couche tout aussi toxique en soutenant:

Brexit

Ceux qui ont voté contre le Brexit, ce sont des gens ouverts, qui invitent leurs voisins chez eux le soir, qui sont pour la diversité et la complexité. Ceux qui ont voté pour le Brexit sont au contraire des gens fermés, passéistes, simplistes, antipathiques, pétris de mythes nationalistes et autoritaires.

On retrouve ici l’argument manichéen utilisé par Bernard-Henri Lévy pour disqualifier ceux qui ne pensent pas comme lui. Cet arsenal sophistique est bien connu: il n’y a pas de divergence d’opinion, il n’y a que des gens qui sont dans l’erreur et la bêtise s’ils ne pensent pas comme moi. Ce type d’argumentation, qui n’est qu’une façon à peine voilée d’interdire le débat et d’instituer une pensée unique, est une pratique désormais obligatoire dans les milieux europhiles.

Sa terminaison logique consiste à supprimer le droit de vote et à interdire le suffrage universel: il ne sert de toute façon à rien de demander l’avis des « gens », puisque le choix individuel est déterminé par l’adhésion à la vérité ou à l’erreur, l’intelligence ou la bêtise. La démocratie se porterait mieux si elle cédait la place à un règne d’experts qui décident au nom de leur savoir supérieur.

Le plus amusant, bien entendu, est de voir que ces vieilles lunes sophistiques connues depuis Platon nous soient ressorties par des gens qui se prétendent intelligents, supérieurement intelligents au point de nous interdire de choisir librement notre destin.

Gaspar Koenig et la bureaucratie bruxelloise

Sans étonnement, ces europhiles autoritaires ne voient pas ce qui cloche dans le projet européen tel qu’il est incarné par l’Union Européenne. D’une certaine façon, ce projet constitue la réalisation la plus parfaite de leur idéal politique. Il repose en effet sur une série de choix justifiés par des arguments techniques, opérés par des experts, sans tenir compte de la volonté populaire.

Le libéralisme dont Gaspar Koenig se revendique n’est rien d’autre qu’une fascination pour la bureaucratie instituée en régime politique. De même que Koenig s’auto-proclame libéral, son Union Européenne s’auto-proclame démocratique, alors qu’elle fondée sur l’horreur que lui inspire le suffrage universel.

La référence koenigienne au libéralisme ne manque pas de faire sourire d’ailleurs. Personne n’a manifestement rappelé qu’il existe un régime politique qui a utilisé les mêmes arguments que lui. Un régime qui haïssait le nationalisme, assimilé à une arme qui place les gens derrière les barbelés. Un régime qui appelait aux dépassements des Etats-nations. Ce régime s’appelait le socialisme démocratique et, partout où il est passé, il a fait pousser les barbelés, l’oppression, le totalitarisme.

Gaspar Koenig devrait se souvenir que son discours, il y a soixante-dix ans, était précisément celui de l’Internationale Socialiste.

Eloge de nos vieilles nations

Face à cet amour immodéré pour la bureaucratie et ses prouesses intellectuelles, je me sens obligé de faire l’éloge de nos vieux Etats nation.

Oui, je suis heureux d’avoir grandi à Liège, ville où, dès le plus jeune âge, on m’a appris qu’en 1468 les habitants avaient résisté au duc de Bourgogne et avaient combattu pour préserver leurs libertés. Je suis heureux d’avoir grandi dans un quartier où l’on se sentait liégeois bien avant d’être belge, et où, au nom des libertés locales, les habitants ont caché des Juifs pendant la guerre, souvent au péril de leur vie. Je suis heureux d’avoir chaque année visité l’enclos des fusillés où des résistants sont morts pour défendre leur clocher.

Oui, je suis heureux et fier d’être France, d’avoir un passeport de cette vieille France bleu, blanc, rouge, qui a toujours aimé la liberté, qui produit de si bons vins et une si bonne nourriture.

Oui, j’aime inviter mes voisins (et même Gaspar Koenig) à partager une bonne table ou une bonne bouteille. Cela ne m’empêche pas d’aimer les frontières.

Non, je n’aime pas ses décisions prises dans l’ombre des bureaux de la Commission Européenne où personne ne sait qui est responsable de quoi, et où personne n’endosse jamais les erreurs qu’il commet.

Bref, j’aime l’Europe, mais j’aime la France, j’aime mon pays, j’aime ma vieille et belle nation, j’aime ce que je suis. Et mon identité, loin de m’enfermer dans une prison, m’a appris à respecter les autres.

Brexit: le gouvernement profond tente de reprendre le contrôle de la situation

Après avoir fulminé de rage, le gouvernement profond et ses zélateurs cherchent par tous les moyens à reprendre le contrôle de la situation en Europe. Enterrer le Brexit et déstabiliser ses partisans partout où ils se trouvent sont les mots d’ordre du jour. Une sorte de grande machine médiatique s’ébranle qui procède à un divertissant bourrage de crâne tout droit sorti des écoles de communication.

Comment enterrer le Brexit en cinq leçons

L’urgence du gouvernement profond est de tuer dans l’oeuf le « story-telling » qui s’est déroulé en direct devant les écrans du monde entier: le vote à 52% en faveur de la rupture avec l’Union Européenne. Pour y parvenir, il faut inventer un « story-telling » alternatif, qui prend forme tous les jours dans la presse subventionnée. En fait, les Britanniques étaient sous l’emprise de l’alcool ou de l’ignorance lorsqu’ils sont allés voter. C’est seulement maintenant qu’ils se réveillent et qu’il faut les écouter. Or, c’est le moment où ils disent qu’ils veulent rester.

Pour faire admettre cette rodomontade, les spécialistes de la communication mobilisent tous les trucs appris dans les écoles qui vont bien.

Leçon n°1: mettre en scène le remords avec une pétition de masse qui demande un nouveau vote. L’opération totalement téléphonée a nourri le fantasme des regrets britanniques pendant quelques jours, le temps d’amorcer la pompe et de recueillir 3 millions de signatures. Qui plus est, l’homme qui a lancé la pétition était partisan du Brexit: le schéma était idéal pour « vendre » le scénario.

L’inconvénient de cette grosse ficelle est qu’elle a fini par se voir. Même Marion Maréchal-Le Pen a pu voter sous un faux nom en faveur d’un nouveau vote. Du coup, une nouvelle pétition apparaît, demandant l’indépendance de Londres: elle aurait recueilli 175.000 signatures et même 3.000 livres sterling en quelques heures. On tremble!

Leçon n°2: fabriquer du visuel pour illustrer le propos. On a donc inventé de toutes pièces une farce rocambolesque: une manifestation massive sur Trafalgar Square pour dénoncer le Brexit. Voici comment (assorti de mes commentaires, en rouge) est présenté le récit de cette opération sur les sites officiels:

Mardi, un grand rassemblement anti-Brexit devait aussi se tenir sur Trafalgar Square. La page Facebook de l’événement rassemblait plusieurs dizaines de milliers d’inscrits, mais la révolution n’aura pas lieu. La page a été supprimée, selon The Independent (en anglais). <C’est bien connu, quand une page Facebook marche trop bien, on la supprime, surtout quand il s’agit de lancer une manifestation contre un vote referendaire> L’organisatrice, Jessica Rodgers, explique qu’elle pensait seulement réunir une vingtaine de copains <moi aussi, quand je veux réunir une vingtaine de copains, je lance une page Facebook au lieu d’envoyer des mails, de passer des coups de téléphone ou de tout simplement les inviter sur Facebook même> et n’était pas préparée à voir « plus de 50 000 personnes se lever pour Londres », sur une place qui peut en accueillir 10 000. <On connaît ça en France, la comptabilité selon la police et celle selon les manifestants> « Nous avons fait notre possible, mais il nous était impossible d’assurer la sécurité dans ces conditions », explique-t-elle. <Si la manifestation n’a pas eu lieu pour éviter la révolution, alors… Londres doit être proche de l’explosion>.

La propagande a donc pu inventer un bobard taillé sur mesure: la manifestation menaçait d’être si nombreuse qu’elle a été interdite. Malgré tout, une foule en colère s’est rassemblée sur Trafalgar Square, dont voici une capture d’image:

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Cette photo, dont le cadrage donne l’illusion d’une foule rassemblée, appartient à Getty Images, une agence de presse détenue par Carlysle, un fonds d’investissement notoirement proche de la CIA (et dont le frère de Nicolas Sarkozy est l’un des responsables).

En réalité, les images non cadrées de la manifestation permettent de voir qu’elle n’a réuni presque personne…

Leçon n°3: minorer les vainqueurs en les attaquant sur le terrain des valeurs. En l’espèce, l’attaque en règle se situe sur le terrain de la jeunesse. Il paraît que les jeunes britanniques sont furieux de voir leurs aînés choisir le « Leave » au lieu du « Remain ».

Sur ce terrain, les médias subventionnés n’y vont pas avec le dos de la cuillère. Une dépêche de l’AFP a d’ailleurs largement nourri les imaginaires sur ce point. On notera la première phrase du texte, ciselée pour faire mouche:

Les «vieux» ont pris la décision qui engage leur avenir: les jeunes Britanniques, très majoritairement favorables au maintien dans l’UE, sont particulièrement frustrés par les résultats du référendum et furieux envers leurs aînés.

Le story-telling est, là encore, bien écrit. Le Brexit, ce sont les vieux contre les jeunes. Les journaux britanniques s’en sont donnés à coeur joie sur le sujet. Le Guardian a par exemple soutenu que 75% des jeunes avaient voté contre le Brexit.

En fait, ils sont seulement 64% à avoir voté contre. Et seuls 36% des jeunes se sont déplacés pour aller voter… Mais qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse. Sur le plan des valeurs, il est illégitime et immoral d’écouter les vieux sur un sujet qui touche à l’avenir de a Grande-Bretagne. Seuls les jeunes doivent avoir le droit de voter.

Leçon n°4: le catastrophisme. Il faut jouer sur les peurs et convaincre tous les candidats potentiels à une sortie de l’Union qu’une nuée de sauterelles s’abattra sur leur pays, avant une épidémie de peste suivi d’une sécheresse historique s’ils s’avisent de vouloir imiter leurs petits copains anglais.

Sur ce point, les paniques boursières ont bien joué leur rôle. Mais elles sont entourées de toutes les précautions d’usage: des milliers d’emplois vont disparaître, des milliers d’Anglais veulent partir et demandent un passeport irlandais, la City va se vider, la Grande-Bretagne va perdre des dizaines de points de PIB, l’Irlande et l’Ecosse vont la quitter, etc.

Le catastrophisme joue ici un rôle essentiel: il paralyse les esprits et les pousse à agir vite. Or l’urgence est précisément la stratégie que les Européens utilisent pour déstabiliser le gouvernement anglais.

L’objectif de ce plan de communication consiste, bien entendu, à neutraliser les effets du Brexit en démontrant à tout le monde qu’il ne peut pas prendre réellement forme et que les Anglais eux-mêmes n’en veulent plus.

Leçon n°5: contenir l’ennemi et l’isoler.

Dans cet ordre d’idée, on a vu fleurir aujourd’hui le premier sondage en France sur un referendum et sur une sortie de l’Union. De façon hallucinante, les grands titres subventionnés ont affirmé que les « Français ne veulent pas sortir de l’Union ». Renseignement pris, ils sont seulement 45% à vouloir rester, et 55% sont favorables à plus d’autonomie des Etats-membres. Seule une minorité soutient une intégration accrue.

Mais comme ces chiffres ne correspondent pas aux souhaits du gouvernement profond, on les passe sous silence…

Déstabiliser le gouvernement britannique

Pour « cornériser » les Britanniques, les Européens utilisent une technique vieille comme le divorce: tu pars tout de suite en prenant tes affaires et tu me laisses les enfants. Aucune discussion n’est possible.

On comprend bien les motivations de cette urgence: acculer les Britanniques à une sortie non négociée, totalement impossible, qui les oblige à avouer leur impréparation devant leurs concitoyens. « Tu as voulu partir? Tu en assumes le prix! »

Là encore, l’arsenal de la culpabilité et de la morale est mobilisé pour justifier une rigidité extravagante. L’Europe, qui a mis des mois à se mettre d’accord sur l’accueil des réfugiés, qui a mis des mois à traiter la crise grecque, et avant elle la crise de l’euro, l’Europe qui ne parvient pas à se mettre d’accord sur des politiques structurelles, exige soudain une décision immédiate sur un sujet complexe et sensible de la part de l’un de ses membres.

Dans cette opération, la visée politique du gouvernement profond est claire: il faut savonner au maximum la planche des décideurs anglais, pour les empêcher de négocier un bon traité de sortie et pour rendre la sortie intenable. En bout de course, le calcul qui est fait est bien celui d’une reddition avec très peu de conditions, voire pas du tout.

Les mois à venir montreront si cette stratégie est gagnante pour l’un ou l’autre camp. Mais, une fois de plus, il est bien probable que les Bruxellois et leurs adorateurs n’aient pas mesuré la puissance du patriotisme dans les grandes et vieilles nations de l’Union. Ceci vaut pour la Grande-Bretagne, comme pour la France.

Post-Brexit: le suicide européen continue

Trois jours après le fatal Brexit, la clique qui a mené l’Europe à cet état de délabrement semble plus que jamais décidée à achever son travail toxique. Le trio qui se réunit à Berlin devrait préparer les ingrédients de la potion létale ultime.

Mais pourquoi un sommet à Berlin?

On notera d’abord la folie qui consiste à accourir à Berlin pour sauver l’Europe. La capitale de la Prusse ne figure pas parmi les villes fondatrices de l’Union. Le fait que Renzi et Hollande y obéissent à la convocation d’Angela Merkel ne peut pas mieux illustrer le problème de l’Europe aujourd’hui, son vice systémique: le continent est conduit par une puissance qui n’appartenait pas au projet initial et qui ne prend aucun gant pour le redéfinir.

Par principe, on sait donc déjà, rien qu’à examiner la configuration de la réunion, que rien de bon ne peut en sortir. En particulier, la responsabilité de l’Allemagne dans le Brexit sera évacuée. C’est pourtant bien l’ouverture unilatérale des vannes migratoires qui explique pourquoi Cameron a dû proposer un referendum interne, et pourquoi ce referendum a consacré la rupture avec l’Angleterre.

Le fait que Merkel reste une puissance invitante montre bien l’incompréhension des dirigeants européens vis-à-vis de ce qui est en train de se produire…

Les idées saugrenues de François Hollande

De son côté, François Hollande arrive à Berlin avec quelques idées affolantes, mais jugées très intelligentes par ceux qui sont branchés en courant continu sur l’éloge sans nuance de l’Union Européenne. Il devrait plaider pour un surcroît d’intégration européenne pour ceux qui restent. Manifestement, depuis sa sortie de l’ENA, notre Président n’a pas fait évoluer son logiciel de compréhension de l’Europe. Comme beaucoup de décideurs politiques français, il est nourri à cette idée que l’Europe, c’est comme le crème fraîche: plus on en met dans les plats, meilleur c’est.

Pourtant, il suffit d’entrouvrir un oeil pour comprendre que ce n’est pas le moment. Non seulement les peuples n’aiment pas ça, mais économiquement, la mutualisation des dettes et des déficits dont rêve François Hollande pourrait se terminer par une très méchante déculottée économique.

Bref, François Hollande part à Berlin avec des solutions qui devraient achever le malade encore plus vite que prévu. Celui-là, on l’aura vraiment bien choisi!

Ce raidissement européen qui vient

Comme un malheur ne vient jamais seul, l’Europe manifeste déjà les signes d’une impatience qui a du tout d’un raidissement dangereux.

D’une part, et selon toute vraisemblance, les Européens demanderont au sommet de mardi et mercredi, présidé par Donald Tusk, un engagement de la procédure de sortie au titre de l’article 50. Les Européens devraient donc presser les Britanniques de sortir de l’Union, ce qui ne fera que jeter de l’huile sur le feu.

D’autre part, la Prusse commence à se cabrer et poussera sans doute l’Europe, comme elle l’a fait depuis plus de cent ans, aux pires extrémités. Sa ministre de la Défense, Ursula von der Leyen, vient par exemple d’apostropher la Russie en exigeant d’elle une information complète sur ses mouvements de troupe.

Nous n’en sommes qu’au début, et la température est déjà très élevée.

Comment le Brexit va tuer l’Europe

Vous avez aimé la crise des réfugiés l’an dernier? Vous aimerez le Brexit cette année, avec son torrent d’angoisses, de larmes, de haine, de mépris et de détestation. Pour comprendre la suite des événements, il faut se poser un peu et regarder attentivement la situation des Européens.

Le premier effet Brexit

Dès potron-minet après l’annonce des résultats, ce vendredi, les bourses ont donné un premier aperçu du souffle causé par la déflagration. En pleine torpeur estivale (soulignons cet événement exceptionnelle: il faisait chaud dans nos rues ce jour-là), le CAC40 s’est offert une petite chute de 10% au pire moment de la journée, et a tout de même clôturé à -8%. Face à la panique ambiante, les dirigeants européens ont donc prié nos anciens amis britanniques de prendre rapidement leurs clics et leurs clacs et d’aller dormir chez leur mère, en attendant que les formalités du divorce soient fixées.

L’incertitude sur les modalités de sortie de la Grande-Bretagne constitue un véritable poison lent mais violent pour l’économie européenne. Il faut dire, et tout le monde le sait, que Londres est la première place financière dans le monde, l’un des tout premiers paradis fiscaux, et il y a gros à perdre si chacun ne met pas d’eau dans son vin sur la garde des enfants.

Le deuxième effet Brexit est encore à venir

Les 4 Grands de l’Union Européenne poussent les Anglais à lancer des négociations dans le cadre de l’article 50 du traité de l’Union. Cette information seule explique largement le Brexit: ces 4 Grands ne sont autres que Jean-Claude Juncker, qu’on connaît un peu, Martin Schulz, qu’on connaît beaucoup moins, Donald Tusk, qui est totalement inconnu, et Mark Rutte, dont on n’avait jamais entendu le nom. C’est pourtant lui qui préside le Conseil.

Ces quidam quasi-totaux viennent d’ordonner à Cameron de lancer la procédure de divorce, au nom de la démocratie, bien entendu.

Le problème est que ladite procédure est tout sauf simple et rapide. Voici ce que dit l’article 50:

1.   Tout État membre peut décider, conformément à ses règles constitutionnelles, de se retirer de l’Union.

2.   L’État membre qui décide de se retirer notifie son intention au Conseil européen. À la lumière des orientations du Conseil européen, l’Union négocie et conclut avec cet État un accord fixant les modalités de son retrait, en tenant compte du cadre de ses relations futures avec l’Union. Cet accord est négocié conformément à l’article 218, paragraphe 3, du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne. Il est conclu au nom de l’Union par le Conseil, statuant à la majorité qualifiée, après approbation du Parlement européen.

3.   Les traités cessent d’être applicables à l’État concerné à partir de la date d’entrée en vigueur de l’accord de retrait ou, à défaut, deux ans après la notification visée au paragraphe 2, sauf si le Conseil européen, en accord avec l’État membre concerné, décide à l’unanimité de proroger ce délai.

Contrairement à ce que j’ai lu ici ou là, l’article 50 ne fixe pas un délai maximal de deux ans pour conclure les négociations de sortie. Celles-ci peuvent très bien s’éterniser. Le délai de deux ans n’est applicable que si les parties ne trouvent pas un meilleur accord.

Le divorce peut donc être long, et alterner les périodes de réconciliation et de déchirement. Tout cela pour le plus grand bonheur du reste de la planète.

Les partisans du Brexit n’ont pas de plan A

Si le Brexit était un événement habituel et parfaitement anticipable, il ne poserait pas de problème. Mais il se trouve qu’aucun pays n’a jusqu’ici voulu sortir officiellement de l’Union, et les Britanniques eux-mêmes, jusqu’à la dernière minute, l’étaient manifestement pas sûrs de le vouloir.

On découvre donc, le lendemain de la cuite, que les partisans du « Leave » avaient probablement un plan B, mais absolument pas de plan A. Sur ce point, il ne faut absolument pas manquer l’article édifiant de Business Insider, assorti d’une vidéo croustillante de Nigel Farage qui reconnaît avoir menti durant la campagne sur l’utilisation qu’il ferait de l’actuelle contribution britannique à l’Union Européenne.

En réalité, les partisans du Brexit ne savent pas trop quoi faire de leur victoire, et s’empressent de ne pas se presser pour réagir au cataclysme. D’un revers de la manche, ils ont balayé quarante ans de construction communautaire et doivent désormais repenser le pays dans un tout autre monde.

Tout laisse à penser que les Britanniques vont jouer la montre et faire durer le plaisir, au risque de menacer les équilibres qui peuvent encore être trouvés. On sait en tout cas que Cameron ne démissionnera pas avant octobre, et que son probable successeur, l’ancien maire de Londres Boris Johnson, ne se précipite pas sur la patate chaude.

Les Anglais voudront le beurre et l’argent du beurre

Tout le monde n’a pas compris, en Grande-Bretagne, que le Brexit permettait de supprimer les inconvénients de l’Union, mais supposait de renoncer à ses avantages. Or des voix se font déjà entendre pour préserver les circuits de financement qui faisaient plaisir à recevoir.

Le Premier Ministre gallois a par exemple demandé à conserver les financements agricoles et les fonds régionaux qui permettent à sa région de se reconvertir économiquement. On a du mal à croire qu’une telle demande soit encore possible, et pourtant, elle existe!

Elle illustre à merveille l’importance du deuil que les Britanniques doivent commencer désormais: celui du renoncement au confort de l’Union, dont, quoi qu’ils en disent, ils profitaient bien.

Le Brexit va causer des turbulences durables en Europe

Pour les dirigeants européens, la période qui s’ouvre sera d’autant plus délicate qu’ils devront expliquer à ceux qui restent la règle du jeu qui s’impose quand on part. Soit ils veulent limiter les dégâts et ils risquent d’apporter la démonstration qu’une sortie de l’Union n’est pas aussi dramatique qu’ils ne voulaient bien le dire pendant la campagne. Soit ils veulent dissuader les autres pays de suivre le même chemin, et les secousses économiques et financières consécutives risquent d’être suffisamment douloureuses pour que tout le monde veuille quitter l’Union.

Les mois qui s’annoncent seront particulièrement divertissants, puisque les intégristes de l’Union sont désormais pris à leur propre piège. Je renvoie ici à l’impressionnante interview de Moscovici il y a un an, qui expliquait qu’un referendum est toujours un risque après avoir prononcé ces mots d’un autisme total:

Les dernières élections européennes constituent un signal. Les députés anti-européens sont nombreux au Parlement européen. Je pense aussi aux jugements parfois sévères exprimés par les opinions publiques sur la construction européenne. L’euro est un des seuls éléments de satisfaction dans les baromètres européens, mais c’est bien maigre pour se contenter du statu quo. Si dans cinq ans la Commission et plus généralement les institutions européennes n’obtiennent pas de résultats, il faudra s’attendre à une montée encore plus forte des nationalistes et craindre un désenchantement fatal à l’endroit du projet européen.

Un Commissaire français qui se donne cinq ans pour obtenir des résultats… et qui trouve que l’euro est une grande réussite. Une fois de plus, cette caste de visionnaires et de décideurs de haute volée mène l’Europe vers des succès fulgurants.

Le Brexit ouvre-t-il la voie à un Empire français en Europe?

Le Brexit constitue-t-il une opportunité pour un retour de la France sur la scène européenne et même mondiale? La question est provocatrice, mais mérite d’être posée en ses termes, car il nous reste peu de temps pour faire le « rebond » dont nous avons besoin.

Le Brexit et ses conséquences économiques

Selon toute vraisemblance, le Brexit donnera le signal d’une nouvelle crise financière et économique, au moins en Europe mais aussi, très probablement, de taille mondiale. Compte tenu de l’importance financière de la place de Londres, une déstabilisation massive des marchés est à prévoir.

D’ailleurs, la BCE annonce d’ores et déjà être en état d’alerte pour faire face aux turbulences des marchés.

En cas de Brexit, «les marchés seraient à nouveau fragilisés, on pourrait assister à une chute du cours des actions et de l’euro, une fuite des investisseurs vers les placements sûrs et éventuellement à un durcissement des conditions de financement pour certains Etats de la zone euro», estime M. Brzeski <économiste d’une banque>, selon qui un Brexit «a incontestablement le potentiel pour déstabiliser l’économie européenne».

Que signifierait une crise financière due au Brexit?

Pour l’Europe, un pareil retournement de conjoncture constituerait un dommage profond, et peut-être même létal. Depuis plusieurs années, l’Union Européenne justifie son existence et sa lourdeur bureaucratique par les avantages économiques qu’elle offre. Grâce à elle, les Européens vivraient heureux, riches et prospères, alors que sans elle, ils seraient promis à la pire des misères.

Qu’à l’issue d’un processus de quarante ans, la Grande-Bretagne quitte l’Union et provoque sa dislocation prouverait la fragilité de cet édifice et soulignerait notre dangereuse exposition au risque géopolitique. Sans la Grande-Bretagne, l’Union ferait la démonstration de son incapacité à préserver les peuples européens du malheur des temps.

Après la crise des réfugiés, après la crise en Grèce, une nouvelle preuve serait ainsi produite de l’obsolescence de l’Union.

Le huis clos avec l’Allemagne pourra-t-il durer?

Sans la Grande-Bretagne, l’Europe sera divisée en deux blocs simples à comprendre.

D’un côté, l’Allemagne et sa sphère d’influence déraisonnablement renforcée et élargie après la chute du Mur de Berlin, connaîtra quelques problèmes internes. D’ores et déjà, les tensions régulières entre l’Allemagne et ses voisins sur la question des réfugiés, par exemple, rappellent que la tradition du Lebensraum si prisée par la Prusse n’est pas productrice que de bonheur pour les peuples soumis. On peut même se demander comment cet édifice tiendra pacifiquement: parions sur le contraire! dans les dix années à venir, l’hégémonie allemande provoquera une dislocation des marches orientales du l’Union.

De l’autre côté, la France deviendra la puissance dominante de l’Occident européen, même si la caste qui y exerce le pouvoir est notoirement sous-équipée pour la tâche qui lui incombe. Très rapidement, la divergence de nos intérêts avec l’Allemagne apparaîtra. En particulier, les sujets d’équilibre budgétaire et de politique monétaire vont constituer d’évidents casus belli: les épargnants allemands (et leurs banques) sont épuisés par les taux bas grâce auxquels la France finance sa dette et son absence de politique réformiste.

Le départ de la Grande-Bretagne agrandira donc les béances européennes au lieu de les rétrécir. Il renverra la France à son quasi-huis clos avec l’Allemagne et obligera les dirigeants français à mettre sur la table la question du couple franco-allemand telle qu’elle se pose aujourd’hui.

Quelle Europe pour la France de demain?

Contrairement aux idées reçues, la France s’affaiblit en Europe au lieu de se renforcer. Les chiffres du PIB le montrent. La construction communautaire telle qu’elle est conçue aujourd’hui répond bien à cette conception d’une Europe avec une France affaiblie, caractéristique du Congrès de Vienne. La dislocation de l’Union constitue donc une première étape pour remettre la France sur la voie de la puissance.

Reste à savoir quelle alternative à l’Europe actuelle est souhaitable pour la France.

Un vide politique poserait d’importants problèmes, dans la mesure où l’intensification des échanges commerciaux sur le continent à favoriser une division européenne du travail qui rend chaque pays relativement dépendant d’un ou plusieurs autres. Par exemple, on imagine mal que Renault reste profitable sans l’accès à la main-d’oeuvre roumaine.

La France doit donc dès aujourd’hui se demander quelle construction elle veut imaginer pour demain, afin que l’ordre politique européen lui restitue une part de la prospérité qu’il lui a ôtée depuis des décennies.

Vers un nouvel Empire français en Europe

Structurellement, il est cohérent que la France pose un principe simple: elle a besoin d’agrandir son marché intérieur sans être entravée par la contrainte monétaire de l’euro que l’Allemagne exerce sur elle. Compte tenu de la tradition française d’une faible compétitivité hors prix, il nous faut une politique monétaire souple, avec un plus grand resserrement de la politique budgétaire, mais un marché intérieur large correspondant à une zone monétaire optimale mais plus étroite que la zone euro.

Pour se doter de cet espace, la France doit franchir deux étapes.

Premièrement, elle doit retrouver les frontières naturelles du royaume, incluant l’ancienne duché de Bourgogne. Cet espace va d’Anvers jusqu’à Barcelone, et peut éventuellement s’élargir du côté de l’Italie. Ce scénario peut être obtenu rapidement, par un peu de persuasion politique et des formes administratives souples, reposant notamment sur des accords d’association. En termes de sécurité publique, ce retour à nos frontières historiques permettra de régler les problèmes de terrorisme en Belgique, par l’intégration de l’ensemble dans un espace politique unique.

Deuxièmement, la France doit imaginer la reconstruction d’un ordre politique correspondant aux frontières naturelles des projets impériaux qui ont assuré, pendant plusieurs siècles au total, la prospérité du continent.

Ces projets sont ceux de 1804, bien sûr, mais aussi ceux de Charlemagne et de l’Empire romain, qui incluaient tous dans le même espace politique un territoire courant du Rhin au détroit de Gibraltar et à la Sicile. La difficulté ne sera pas ici de reconstituer ces espaces, mais d’obtenir l’intégration du Rhin dans une construction politique nouvelle, sans intégrer la Prusse.

Je reviens prochainement sur ce sujet, car il mérite quelques remarques spécifiques. D’ici là, il est essentiel de renverser la logique selon laquelle la France se renforcera grâce à une Europe dominée par la Prusse. La France ne se renforce que grâce à une Europe qu’elle domine elle-même.

Brexit: quels Européens instrumentalisent Cameron?

Éviter le Brexit! Ils étaient beaux et émouvants, nos dirigeants européens, en négociant des heures entières pour tenter d’échapper au pire: le départ de la Grande-Bretagne hors de l’Union. Mais derrière ces apparences qui ont permis aux Européens (Cameron compris) de clamer vendredi soir qu’un accord avait été trouvé, les calculs sont probablement un tout petit peu plus compliqués qu’on ne croit.

Le Brexit et la Grèce: la désunion d’un bout à l’autre de l’Europe

Selon la bonne habitude des Grecs, le sommet européen de jeudi et vendredi a tourné à une prise d’otage en bonne et due forme des intérêts communautaires. Tsipras, en mauvaise posture économique, craint de se retrouver dans un trou à migrants: ses voisins, épuisés dès février par la vague migratoire qui s’annonce terrible cette année, ont commencé à fermer leurs frontières. Ce bel élan de solidarité et d’altruisme risque de transformer la Grèce en piège pour tous ces pauvres hères venus de Turquie par on ne sait quel moyen.

Tsipras a donc utilisé Cameron en otage: si les frontières ferment, la Grèce ne signent pas l’accord.

Et voilà comment le continent devrait être bel et bien submergé de migrants en 2016, avec un constat: entre le Brexit et l’épuisement grec, il y a aujourd’hui une seule crise de migration.

Le Brexit instrumentalisé par Merkel

Mais à côté d’Angela Merkel, les Grecs sont vraiment petits joueurs. Il faut en effet lire la première partie de l’annexe 1, consacrée à la gouvernance économique de la zone euro, pour voir comment les Allemands ont utilisé la négociation pour faire quelques méchants croche-pattes aux Etats-membres de la zone. On y lit évidemment que les Britanniques ont tout à fait le droit de ne pas adopter l’euro et de ne pas faire partie de l’Union bancaire. Mais on y lit surtout ce passage hilarant:

Le droit matériel de l’Union destiné à être appliqué par la Banque centrale européenne dans l’exercice de ses fonctions d’autorité de surveillance unique, ou par le Conseil de résolution unique ou des organes de l’Union exerçant des fonctions similaires, y compris le règlement uniforme en ce qui concerne les exigences prudentielles applicables aux établissements de crédit ou d’autres mesures législatives devant être adoptées afin de préserver la stabilité financière, pourrait devoir être conçu de manière plus uniforme que les règles correspondantes destinées à être appliquées par les autorités nationales des États membres qui ne participent pas à l’union bancaire. À cette fin, des dispositions particulières pourraient se révéler nécessaires dans le cadre du règlement uniforme et d’autres instruments pertinents, tout en préservant des conditions égales de concurrence et en contribuant à la stabilité financière.

Ce charabia mystérieux est un gentil message à l’Italie, dont le Premier Ministre a décidé de ne pas appliquer les règles prudentielles applicables à la détention de titres souverains par les banques. L’Allemagne a tranché le débat en expliquant que seule la Grande-Bretagne pourrait faire chambre à part. Dans le dortoir de la zone euro, en revanche, les règles d’uniformisation vont se durcir.

Ou comment Angela Merkel a utilisé la crise du Brexit pour siffler la fin de la récréation dans les rangs de la zone euro.

Le Brexit et la sécurité sociale

Mais les lecteurs liront avec un étonnement encore plus grand les dispositions de l’accord sur la sécurité sociale. L’annexe aux conclusions du sommet n’est en effet pas avare de considérations en tous genres sur le sujet, qui ne se limitent manifestement pas à une simple prise en compte des demandes britanniques.

Bien entendu, celles-ci s’y retrouvent, avec cette mention:

Sur la base de considérations objectives indépendantes de la nationalité des personnes concernées et proportionnées à l’objectif légitimement poursuivi, des conditions peuvent être imposées en ce qui concerne certaines prestations afin de veiller à ce qu’il y ait un degré réel et effectif de rattachement entre la personne concernée et le marché du travail de l’État membre d’accueil.

Les revendications de Cameron sont ici bien adressées, mais on notera d’emblée la formulation beaucoup plus générale que dans le reste de l’accord. Nous ne sommes plus dans la simple prise en compte du cas britannique, mais dans l’édiction de normes générales applicables à l’ensemble des pays de l’Union.

Cette nuance est intéressante pour la suite:

Les États membres ont la possibilité de refuser l’octroi de prestations sociales à des personnes qui exercent leur droit à la libre circulation dans le seul but d’obtenir de l’aide sociale des États membres alors même qu’elles ne disposent pas de ressources suffisantes pour prétendre au bénéfice d’un droit de séjour.

Les États membres peuvent rejeter les demandes d’aide sociale qui émanent de citoyens de l’Union originaires d’autres États membres qui ne bénéficient pas d’un droit de séjour ou qui sont autorisés à séjourner sur leur territoire uniquement à des fins de recherche d’emploi. Cela comprend les demandes émanant de citoyens de l’Union originaires d’autres États membres qui portent sur des prestations dont la fonction prépondérante est de garantir le minimum des moyens d’existence, même si ces prestations sont également destinées à faciliter l’accès au marché du travail des États membres d’accueil.

Nous sommes donc passés de dispositions spéciales « Grande-Bretagne » à des dispositions valables pour l’ensemble des Etats-membres… On notera que le sommet européen a posé un principe simple: les pays de l’Union peuvent désormais, et de façon « proportionnée », limiter la perception des prestations de solidarité à leurs nationaux. C’est quand même très différent de ce qui était dit auparavant. Faut-il en déduire que certains participants au sommet ont trouvé l’occasion trop belle pour ne pas tirer quelques marrons sociaux du feu à leur propre profit?

Le Brexit et la lutte contre le terrorisme

Les mêmes considérations sur la sécurité sociale comportent une autre mention qui a tout du cavalier totalement opportuniste, par exemple pour un pays qui, sous le coup d’un quelconque état d’urgence, aurait besoin de se livrer à quelques violations du droit communautaire en matière de libre circulation des personnes.

Les États membres d’accueil peuvent également prendre les mesures de restriction nécessaires pour se protéger contre des individus dont le comportement personnel est susceptible de représenter une menace réelle et grave pour l’ordre public ou la sécurité publique. Pour déterminer si le comportement d’un individu représente une menace actuelle pour l’ordre public ou la sécurité publique, les États membres peuvent tenir compte du comportement que la personne concernée a eu par le passé et la menace ne doit pas toujours être imminente. Même en l’absence de condamnation pénale antérieure, les États membres peuvent agir pour des raisons de prévention, aussi longtemps qu’elles sont liées spécifiquement à la personne concernée.

Quel lien avec la sécurité sociale? Aucun, mais on sent que chacun y est allé, durant le sommet, de sa discrète revendication pour faire entorse au droit existant.

Le Brexit et les prestations familiales

Alors que la Grande-Bretagne demandait à pouvoir (ce qu’elle a obtenu) limiter l’accès aux prestations sociales pour les nouveaux arrivants, le Conseil européen a permis de délibérer sur un autre sujet qui méritait là aussi d’être noté: l’indexation des prestations familiales pour les enfants restés dans leur pays d’origine. La mesure qui vient de passer enfonce un sacré clou dans le dispositif actuel où les allocations dépendent du pays de résidence du parent qui ouvre le droit à versement, et non du pays de résidence de l’enfant.

une proposition visant à modifier le règlement (CE) n° 883/2004 du Parlement européen et du Conseil portant sur la coordination des systèmes de sécurité sociale, afin de donner aux États membres, en ce qui concerne l’exportation des allocations familiales vers un État membre autre que celui où le travailleur réside, la possibilité d’indexer ces prestations sur les conditions qui prévalent dans l’État membre où l’enfant réside.

Là encore, on le voit, l’instrumentalisation du Brexit est allée bon train pour amener discrètement des mesures que la Grande-Bretagne ne demandait pas. Il n’y aurait pas le Brexit, il faudrait l’inventer…