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Calais et la burkini, ou le foutage de gueule anglo-saxon

Hier, Bernard Cazeneuve a annoncé le démantèlement de la « jungle de Calais ». Aujourd’hui, le New York Times se livre à une impressionnante entreprise de désinformation et de « French bashing » en donnant une vision mensongère de la question du voile et de la burkini en France. Et soudain, on a envie de rappeler quelques vérités basiques à nos amis anglo-saxons, qui semblent pris d’une très arrogante fièvre bo-bo, à nous donner des leçons d’humanité alors qu’ils sont aujourd’hui les premiers producteurs de racisme anti-musulman dans le monde.

Quand le New York Times désinforme

Je relèverai quand même quelques points dans l’article du New York Times qui laissent totalement rêveurs sur la visée politique d’un article publié en une. Je prends quelques citations du texte:

On m’insulte, me crache dessus (littéralement) tous les jours dans le métro, le bus, mon école. (…) J’ai peur un jour de porter une lune jaune sur mes habits, comme l’étoile de David pour les Juifs il n’y a pas si longtemps.

Charlotte Monnier, 23 ans, Toulouse. Étudiante en architecture.

Voilà le genre de considération extravagante qui laisse perplexe. La lecture de ce témoignage totalement bidonné laisse évidemment croire qu’une femme qui porte le voile dans la rue subit quotidiennement des crachats et de mauvais traitements… Quand à la question de l’étoile jaune, on s’amusera de la lire présentée de la sorte, puisque l’étoile jaune visait à donner une preuve vestimentaire de l’appartenance à une religion, ce qui est exactement le cas du voile.

Personnellement, je suis scandalisée que les chiens aient plus de droits que des femmes voilées.

Samia Fekih, 36 ans, Paris. Chef de projet numérique.

Là encore, la mise en exergue de cette considération est hallucinante et n’a qu’un objectif: jeter de l’huile sur le feu.

Être musulmane en France, c’est vivre dans un régime d’apartheid dont l’interdiction de plage n’est que le dernier avatar. … Je crois que les femmes françaises musulmanes seraient fondées à demander l’asile aux USA, par exemple, tant les persécutions que nous subissons sont nombreuses.

Karima Mondon, 37 ans, professeur de français.

Euh, comment dire? L’apartheid et les USA… Le New York Times se moque de nous ou quoi?

Je laisse mes lecteurs se forger leur propre idée sur le grotesque article du New York Times, dont l’objectif n’est évidemment pas d’informer mais de promouvoir la conception communautariste des relations humaines (au nom, bien sûr, de la lutte contre l’apartheid).

Quelques rappels sur les Etats-Unis et l’Islam

Faut-il rappeler ici la relation binaire que les Etats-Unis ont construite avec l’Islam depuis les attentats du 11 septembre? Entre l’invasion de l’Afghanistan, puis celle de l’Irak, qui ont produit des chaos successifs dont l’Etat islamique est l’une des conséquences durables, on s’esclaffe en lisant, sous la plume de journalistes anglo-saxons, des attaques directes sur l’islamophobie régnant en France.

Mais, s’agissant de « l’Islam intérieur », l’attitude des Américains mérite aussi quelques mentions dont le New York Times pourrait faire un utile rappel.

Par exemple, les services de sécurité américains se sont livrés à des arrestations arbitraires bien plus liberticides qu’en France, et la justice américaine a tout fait pour les ignorer. Abdullah al-Kidd a par exemple mis douze ans pour obtenir une indemnisation réparant son arrestation arbitraire en 2003, soit deux ans après les attentats.

Par exemple, Donald Trump a pu être investi candidat républicain en ayant tenu des propos extrêmement durs sur les Musulmans. Les Musulmans américains considèrent d’ailleurs que la discrimination qu’ils subissent du fait de leur appartenance religieuse s’est aggravée depuis 10 ans.

On restera donc tout à fait perplexe, redisons-le, sur les visées politiques de l’opération menée par le NYT quand la situation des Musulmans aux Etats-Unis semble infiniment plus critique.

L’affaire de Calais

Mais le plus grotesque, dans les prises de position anglo-saxonnes, vient probablement de Grande-Bretagne. Que n’avons-nous lu, dans la presse britannique, complaisamment relayé par les bobos français, sur l’interdiction de la burkini? Les mêmes qui trouvent d’opportuns amis de l’autre côté de la Manche pour dire du bien de la burkini et de toutes les formes contemporaines d’oppression de la femme, sont aussi les premiers à s’indigner du démantèlement du camp de Calais (oubliant de dire que Calais, ville économiquement sinistrée, est la première victime de ce campement illégal).

Pourtant, faut-il rappeler (là encore, une énième évidence sur la générosité de la France passée à la trappe par les anglo-saxons et leurs relais français) que si le camp de Calais existe, c’est d’abord parce que la Grande-Bretagne a une politique d’immigration beaucoup plus restrictive que la nôtre vis-à-vis des migrants musulmans. On trouve, à Calais, beaucoup d’Afghans, de Syriens, de Somaliens (tous en position de demander l’asile en Angleterre), dont les anglo-saxons donneurs de leçons ne veulent surtout pas.

Faut-il aussi rappeler qu’il y a deux mois les Anglais ont majoritairement opté pour la sortie de l’Union Européenne, notamment du fait de la politique migratoire de celle-ci?

Et ces gens qui veulent rester sur leur île et exportent sur le continent la tâche ingrate de les protéger contre des vagues musulmanes indésirables viennent nous expliquer aujourd’hui comment nous devons régir nos relations avec le monde musulman?

Mais de qui se moquent-ils?

Une offensive politique qui ne dit pas son nom

Les Anglo-Saxons seraient mieux inspirés d’expliquer leur visée politique profonde. La France se nourrit en effet d’une conception de la nation fondée sur la théorie du creuset. Les gens vivent ensemble et s’intègrent à une identité commune qui n’a rien à voir avec le melting pot anglo-saxon. Cette vision-là de la nation exaspère les Anglo-Saxons parce qu’elle est productrice d’effets en série, comme une résistance profonde de la France au marché anglo-saxon mondialisé.

C’est pour diluer la résistance française à ce grand marché intégré que les Etats-Unis, comme la Grande-Bretagne, instrumentalisent la question de l’Islam. Tout ce qui peut affaiblir la nation française est bon pour le monde anglo-saxon. Il est navrant de voir dans quelle proportion ce sont les prétendus amis du prolétariat en France qui se font les plus grands complices de cette lutte contre le capitalisme anglo-saxon.