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J’avais relayé hier la « quenelle » adressée par un spectateur sur le plateau du Petit Journal, une émission bien connue de Canal +. Opération de communication réussie pour les « quenellards » Dieudonné et Soral, puisque le même Petit Journal a adressé le lendemain ses excuses au public, en expliquant en long et en large ce qu’était une quenelle. Une exposition médiatique inespérée pour ses inventeurs… de la part d’une chaîne si protégée par le pouvoir en place.
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Quand Canal + fait la promo de Dieudonné et de Soral

C’est l’excellent blogueur Seb Musset qui l’a vu le premier, et l’exercice est saisissant. Regardez bien, derrière cet enseignant tout droit sorti du musée de la IIIè République (Canal + n’a trouvé personne d’autre pour défendre François Hollande, les temps sont durs…), un spectateur fait une superbe « quenelle » façon Dieudonné et Soral:

Quand on pense à tous les cadeaux que Canal + a reçu de la majorité en place…

#Budget2014 et #Culture: Canal + refait son cinéma à l’Assemblée Nationale

Le lobbying de Canal + ne réussit pas toujours: malgré le soutien du député Bloche, la TVA du groupe n’a pas baissé. 

Les lecteurs de ce blog ont eu l’occasion, en juillet, de lire les propos tenus par Benoît Hamon en faveur de Canal +. Alors que le sémillant ministre de la Consommation proposait d’instaurer un droit permanent à la résiliation des contrats d’assurance, il s’opposait à ce même droit pour les abonnés de Canal +. Un « deux poids deux mesures » qui illustre bien l’influence de Canal + sur les décisions publiques.

Les débats sur le budget 2014 ont donné une belle occasion de remettre sur le tapis les avantages exorbitants dont la chaîne cryptée bénéficie, et l’amitié bienveillante que la majorité socialiste lui porte.

Ainsi, le président de la commission des affaires culturelles, et ci-devant député de Paris, Patrick Bloche, après avoir obtenu la baisse de la TVA pour les salles de cinéma (autrement dit, le cinéma en France est devenu un bien de première nécessité), ce qui fera sans doute plaisir aux industriels du secteur, a proposé une mesure du même ordre pour Canal +. On notera son habile argumentation:

Je défendrai donc, si vous me le permettez, madame la présidente, notre amendement commun. Cet amendement vise à ce que le taux de TVA applicable aux abonnements à la télévision payante soit ramené de 10 %, tel qu’il est prévu au 1er janvier 2014, à 5,5 %. Pour faire simple et vite, parce que ce sujet a été souvent évoqué depuis l’année dernière, je préciserai que ce taux de TVA concerne principalement Canal Plus.

Si cet amendement a été déposé, c’est non seulement pour prendre en compte la situation actuelle de Canal Plus, objet d’une concurrence sauvage de la part d’une autre chaîne payante – BeIN TV – qui, vous le savez, bénéficie de fonds qataris sans limite, mais aussi parce que vient d’être signée, ce qui est une bonne nouvelle, à l’issue de négociations extrêmement longues, une convention collective pour le cinéma qui aura des conséquences sur les films à petit ou à moyen budget.

De ce fait, le maintien d’un taux de TVA à 10 % aurait pour conséquence de faire logiquement baisser le chiffre d’affaires de Canal Plus, donc de réduire ses obligations d’investissements. Je pense qu’il pourrait donc être intelligent, et j’appelle d’ailleurs le Gouvernement à le faire, de revenir au taux réduit à 5,5 % pour Canal Plus comme c’était le cas avant que ce taux ne soit porté à 7 %, quitte, et c’est un engagement que Canal Plus a déjà pris par la voix de ses dirigeants, à ce que ses obligations d’investissements dans la création cinématographique et audiovisuelle augmentent en conséquence.

Je n’irai pas ce soir jusqu’à présenter un sous-amendement qui pourrait revoir à la hausse, via un décret, les obligations d’investissements de Canal Plus, mais, je le répète, il ne faut pas considérer cet amendement comme une dépense culturelle aux yeux de certains inutile, à plus forte raison en temps de crise. Au-delà de l’exception culturelle et au-delà du cinéma français dont nous sommes si fiers, il y va d’une industrie, des investissements, de la compétitivité, des emplois et d’une part de PIB.

Voilà un discours qui utilise tous les ressorts d’une communication réussie: la lutte contre les Qataris, la défense du petit cinéma d’auteur, et même la compétitivité de l’économie française, la croissance du PIB et la défense de l’emploi! On avait presque envie de sortir les mouchoirs en entendant la description de cette lutte tragique de la misère contre ses oppresseurs.

Manifestement, le lobbying de Canal n’avait pas été assez préparé cette fois. L’intraitable Christian Eckert, rapporteur du Budget, a en effet adressé une bien sèche réponse à son collègue parisien:

Je vais détailler les raisons pour lesquelles je suis opposé à l’amendement présenté par vous-même, madame la présidente, et par notre collègue Patrick Bloche. Premièrement, le résultat opérationnel de Canal Plus, s’il a, certes, baissé de 5 % en 2012, demeure encore significativement positif puisqu’il s’élève à 663 millions d’euros. Deuxièmement, lorsque la TVA est passée de 5,5 % à 7 %, les abonnés ont été informés par lettre – je suis moi-même abonné historique à Canal Plus – que l’augmentation de la TVA conduisait Canal à augmenter ses tarifs de 1 euro. Cela n’a pas totalement déstabilisé ma vie personnelle ; cela dit, comme j’aime les chiffres, j’ai calculé qu’une augmentation d’un point et demi pour un abonnement de 38 ou 39 euros à l’époque représentait environ une hausse de 50 centimes, alors que j’étais royalement augmenté de 1 euro. (…)

J’ai donc trouvé la méthode relativement cavalière… Je l’ai d’ailleurs dit au président Méheut qui a dû rencontrer ces derniers jours 80 % des députés ici présents.

Mais le plus croustillant tient probablement à la remarque, et peut-être à l’explication? donnée par le député Le Fur à la porosité de Patrick Bloche au lobbying canalien:

je ne m’associe pas du tout à la bonne manière que voulait faire notre président de commission à Canal Plus, entreprise prospère comme l’a parfaitement souligné le rapporteur général. Je crains également que cette bonne manière ne procède d’une sorte d’échange quelque peu complexe. On se rappelle, en effet, la mauvaise manière faite par notre président des affaires culturelles à une filiale de Canal Plus, en l’espèce à i>Télé, puisqu’il a donné à LCI la possibilité de devenir une télévision gratuite. Je crains que tout cela ne soit un jeu quelque peu compliqué dans lequel je ne souhaite pas que nous entrions

Ben voilà, quand on veut une info sur les raisons d’un député, on demande à ses collègues.

Lobbying: lavette d’or pour Canal +

Dans le cadre du projet de loi « consommation », Benoît Hamon a fidèlement défendu les intérêts de Canal +. Au détriment du consommateur.

Dans le cadre de son projet de loi « consommation » discuté actuellement au Parlement, Benoît Hamon a proposé d’agir, au grand dam de la profession, sur les délais de résiliation des contrats d’assurance. Son principe économique était simple: en laissant à chaque assuré la possibilité de résilier son contrat d’assurance à tout moment (avec un an d’ancienneté minimal), la loi contraint les assureurs à baisser leurs prix pour garder leurs clients.

Cette fluidité dans le marché est supposée servir le consommateur.

De façon assez curieuse, il a inversé le raisonnement pour les contrats Canal +. En réponse à un amendement d’un député socialiste, il a en effet soutenu que l’assouplissement des délais de résiliation était contraire à l’intérêt économique de l’audiovisuel français.

Voici ce qu’il a dit à l’Assemblée:

 

Cette attitude lui vaut depuis plusieurs semaines maintenant une volée de bois vert, par exemple sur Mediapart ou sur Agoravox.

Il faut dire que Benoît Hamon aime bien s’ériger en chevalier blanc de la défense des petits contre les gros, donc… quand on le voit soutenir, au mépris de ses principes affichés et avec le nez qui s’allonge, les forts contre les faibles, ça fait tache dans le paysage.

Cette défense tombe à point nommé pour Canal +, confronté à la concurrence des chaînes qataries BeinSport. Au passage, est-ce une clé d’explication pour un reportage acrimonieux diffusé en mai par la chaîne cryptée sur l’émirat?

Bref, ne nous égarons pas! Et revenons à l’influence de Canal+ sur les décisions publiques.

Les observateurs ont évidemment noté qu’à peine élu François Hollande a choisi l’ancien directeur général de la chaîne, Pierre Lescure, pour diriger une commission chargée de réfléchir à l’avenir d’Hadopi, et plus généralement à l’impact du numérique sur les droits d’auteur. Ce choix permettait à la chaîne d’occuper une position stratégique dans une évolution juridique essentielle pour les majors de la culture.

En revanche, les observateurs semblent avoir moins noté qu’à peine élu François Hollande a choisi une conseillère communication, Claudine Ripert-Landler, qui fut longtemps une cadre dirigeante de Canal +. Claudine Ripert-Landler connaît François Hollande depuis 1980. Elle était alors l’épouse de l’excellent Jean-Maurice Ripert, camarade de la promotion Voltaire et brillant diplomate.

Choisir l’ancienne directrice du développement de Canal +, ça ne fait pas forcément une bonne communication présidentielle, mais ça fait une bonne préservation des intérêts de Canal+ au gouvernement.

On ne jettera donc pas la pierre à Benoît Hamon, lorsqu’il lit laborieusement, à l’Assemblée Nationale, la fiche de réponse préparée par Canal+ à l’amendement du député Barbier. Il est en service commandé: il a fait gagner à Canal+ une lavette d’or du lobbying.