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Quand la CFDT s’amuse du cléricalisme enseignant

Comme certains lecteurs de ce blog le savent, j’ai une conviction: le corps enseignant a repris à son compte les fonctions sociales du clergé sous l’Ancien Régime (qui lui-même avait repris les fonctions sociales des bardes?). Cette permanence dans l’histoire explique largement les travers qui nous agacent tant chez les enseignants, notamment leur côté je sais tout et leur attachement à des formes désuètes de l’autorité. On remerciera le SGEN-CFDT (la CFDT des enseignants) d’avoir réalisé une excellente vidéo qui « met en boîte » l’un des aspects de la culture enseignante: la dévalorisation organisée des élèves et de leurs désirs.

CFDT: dindon de la farce plutôt que cocu

A midi, je déjeunais avec des responsables de la CFDT qui m’ont vertement tancé pour mon article soutenant que Laurent Berger était le « cocu de service » de la démocratie sociale version Hollande. Ces responsables, qui adorent leur chef, m’ont demandé de faire un rectificatif indiquant que Laurent Berger était éventuellement le dindon de la farce, mais certainement pas le cocu de service.
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Comment Hollande a mis la CFDT à poil

La Grande Conférence Sociale de 2014 se transforme en superbe moment de théâtre de boulevard dans le plus pur style du vaudeville tel qu’on l’adore depuis Courteline. Dans le rôle des trompeurs, on trouve une distribution très efficace: François Hollande joue le rôle de la bourgeoise qu’on croit manipuler mais qui manipule tout le monde, Pierre Gattaz qui menace sans cesse de quitter la pièce s’il n’obtient pas ses faveurs, Mailly et Le Paon qui quittent la pièce sous le prétexte totalement emprunté qu’ils n’ont pas obtenu les faveurs de la bourgeoise, qu’ils ne convoitaient d’ailleurs pas vraiment. Laurent Berger est le mari cocu Lire la suite

La CFDT et l’immigration: vérité en-deçà du périphérique, erreur au-delà

Les lecteurs attentifs de la presse syndicale n’auront pas manqué de relever les voix dissonantes qui s’expriment à la CFDT sur la question de l’immigration, et qui expliquent sans doute que plusieurs militants locaux de la confédération se soient retrouvés sur des listes du Front National aux municipales.

Ainsi, en début de semaine, Laurent Berger, le secrétaire général de l’organisation, appelait à faire barrage contre le Front National, en rappelant que « les solutions prônées par le Front national sont aux antipodes de ce qui peut ramener la confiance et la sérénité pour construire l’avenir ». Ces propos rappellent les diverses manifestations décidées au plan national contre l’émergence de l’extrême droite.

Dans le même temps, la CFDT du Finistère adoptait un tout autre langage. Constatant que « entre 600 et 800 travailleurs d’origine étrangère, essentiellement roumains et bulgares, travaillent actuellement dans des champs d’échalotes du Nord Finistère », elle appelait à recruter de la main-d’oeuvre bretonne.

 

Le gouvernement, Pôle Emploi des leaders syndicaux?

Avec l’annonce de l’entrée en campagne de Laurence Parisot, sans véritable surprise, une nouvelle question est posée: le gouvernement doit-il jouer le rôle de Pôle Emploi des leaders syndicaux, monde patronal compris?

Car chacun aura bien noté que l’initiative de Laurence Parisot sonne comme un cruel appel au secours.

Après huit années passées sous le feu des projecteurs, vient pour elle le moment de ranger les gants de boxe au vestiaire et de s’éteindre comme la flamme d’une bougie dont on ne voit plus que la mèche. Si la présidente du MEDEF avait été autre chose qu’une créature de Michel Pébereau et ce Claude Bébéar, si, au-delà des intérêts qu’elle a servis fidèlement et peut-être même loyalement, elle avait eu une pensée, une vision, elle craindrait probablement un peu moins de n’avoir plus collée au front la marque MEDEF pour continuer à exister. Mais, vanité des vanités, nous ne sommes que ce que nous sommes: invention d’une industrie financière qui voulait tordre le cou au poids de l’industrie dans le patronat français, Laurence Parisot sent bien que, une fois désinvestie, elle n’aura guère plus que ses yeux pour pleurer, et l’héritage familial pour se nourrir.

Au fond, l’entrée en campagne de Laurence Parisot, c’est la face émergée de l’iceberg syndical qui doit tout au papa Etat, que chacun, pour sa partie, traite avec les moyens du bords et sa structure psychique propre.

Prenons la CFDT. Voilà un superbe exemple de structure organisée selon les pulsions, décrites par Lacan, de la névrose obsessionnelle. Jamais la CFDT ne transgresse les lois, et même jamais elle ne s’approche de la transgression. Elle signe fidèlement les accords, même les plus scélérats, que les gouvernements, de droite comme de gauche, lui commandent de signer. Elle ne fait pas de politique, officiellement. Ses adhérents aiment bien le parti socialiste. Ils se fendent souvent d’une cotisation, mais aux congrès de ce parti de plus en plus troisième république, ils votent pour les motions les plus conservatrices et ont le bon goût de ne jamais mélanger les torchons et les serviettes.

En échange, qu’obtiennent ses cadres? L’une est recrutée au cabinet de Najat Vallaud-Belkacem (bon, je  reconnais qu’on peut imaginer fin plus heureuse et plus utile à la collectivité, mais cette sinécure permet de gagner sa croûte et d’atterrir en douceur dans d’autres mondes), l’autre est adoubé inspecteur général des affaires sociales, chargé du suivi d’un plan à trois balles auquel personne ne croit, mais qui permet de doper la carte de visite. Voilà des bons points et des images qui réconfortent les bons élèves, les premiers de classe, raie des cheveux bien à droite et reins bien bombés dans le cour de récré.

Côté CGC, on a un doute que les semaines à venir vont lever. La CGC a signé l’accord du 11 janvier 2013 sans barguigner. Et dans la foulée, son président, l’excellent Bernard Van Craeynest dont j’aime l’intelligence et la finesse, a annoncé qu’il renonçait à concourir à sa propre succession. Faut-il voir dans cet abandon inopiné, une manoeuvre remarquablement orchestrée, avec, d’un côté, une promesse gouvernementale sur le point de chute de l’après congrès, et de l’autre côté une vengeance perfide d’un homme clairvoyant qui remet le problème Carole Couvert entre les mains du gouvernement et de ses partenaires?

Face à ce petit monde qui s’agite, il y a deux poids lourds à la dérive dans un univers en expansion continue, et nulle ne sait où leur orbite les mènera, à quelle collision intergalactique leur folie les conduit, et nous conduit conséquemment.

Bernard Thibault d’abord. Un jour peut-être nous saurons quel pied s’est pris dans le tapis du grand amour discret entre Thibault et Sarkozy. Car on peut bien le révéler aujourd’hui, si les deux lascars ont fait mine de s’affronter pendant cinq ans, le camarade Sarkozy doit une fière chandelle au commissaire politique Thibault. Sans lui, combien de grèves auraient dégénéré, combien de manifestations auraient mis en péril la République financière dans laquelle nous vivons? Heureusement, Thibault a cassé chacun des mouvements qui naissaient et les réformes sont passées.

Pour des raisons mystérieuses, les deux hommes se sont fâchés. Juste avant les présidentielles, Thibault a fait mine de laisser son poste à une femme docile et obéissante, mais l’ambiance s’est envenimée avec Sarkozy. Thibault a appelé à voter Hollande et s’est donné quelques mois pour organiser sa succession. Assez curieusement, son appel au vote ne lui a pas servi: il ne semble pas voir à quoi ressembleront ses lendemains loin de la porte de Montreuil. Des indices de cette obscurité? Non seulement Thibault a collé au MEDEF une négociatrice dont l’effacement n’avait d’égal que l’ignorance des dossiers (ce qui revenait à condamner toute signature de la CGT), mais après un temps d’hésitation il a décidé de lever le ban et l’arrière-ban contre l’accord du 11 janvier – avec un rabibochage historique avec FO.

Si cela ne s’appelle pas du dépit…

Reste le deuxième poids lourd du syndicalisme français: Laurence Parisot. Chacun sait que dans ses relations chaotiques avec Sarkozy, la présidente a vu passer sous son nez un superbe poste de commissaire européenne qui l’aurait sortie de l’ennui profond que lui inspirait les dossiers du MEDEF. Assez curieusement, ses prises de position anti-Hollande durant la campagne, qui relevaient du pari audacieux d’une réélection de Sarkozy, l’ont mises dans un corner. A la façon de Thibault, elle a brandi un gourdin menaçant pour défendre sa cause, en expliquant qu’elle seule était capable de le contrôler. Elle a fait de l’excès de zèle sur l’accord du 11 janvier.

Et puis? patatras, telle soeur Anne, elle ne voit toujours rien venir, et là encore à la manière de Thibault, elle pollue le débat sur sa succession. Pire: elle le transgresse en s’y invitant en guest star, avec une évidente logique de terre brûlée. Car, au train où vont les choses, il ne restera pas grand chose du MEDEF après les guerres picrocolines qui se préparent entre candidats.

Ceux qui ont de la mémoire se souviendront que Laurence Parisot avait prévenu: sa succession serait un facteur de division, et seul son maintien en poste garantit l’harmonie. Bien joué! le parti communiste soviétique ne faisait pas mieux.

Au fond, on parle beaucoup de l’axe MEDEF-CFDT. J’ai même entendu Carole Couvert dénoncer l’axe MEDEFDT. Mais, question méthodes et structure psychique, c’est plutôt la référence à la CGT qui s’impose.

 

L’Etat et les syndicats: la fin de l’anarcho-syndicalisme?

Selon La Croix, François Chérèque, ancien secrétaire général de la CFDT, devrait être chargé du suivi du plan gouvernemental de lutte contre la pauvreté, auprès du Premier Ministre. Après avoir été nommé Inspecteur Général des Affaires Sociales (IGAS) et président du think tank Terra Nova. Cette nomination montre que les relations entre l’Etat et les syndicats sont en pleine évolution, à rebours de la tradition française de l’anarcho-syndicalisme.

Rappelons d’abord quelques événements majeurs liés à la vie de la CFDT. Les tribulations de François Chérèque viennent d’être exposées. En soi, elles pourraient appeler certaines critiques, car il est étonnant de nommer dans un corps d’inspection une personnalité qui prend en même des responsabilités officielles dans un think tank, quelqu’il soit. Le métier d’inspecteur général est un plein temps, en théorie, et le mélange des genres amuse. Mais supposons… Le fait que ces nominations soient intervenues en plein cours de la négociation sur la sécurisation de l’emploi, jugée historique par le gouvernement, pourrait également être interprété comme une façon d’influencer les discussions par des offrandes peu discrètes. Dans ces conditions, en tout cas, il était difficile d’imaginer que la CFDT ne signât pas un accord voulu par le gouvernement.

La CFDT, ces dernières années, a comptabilisé quelques nominations du même acabit. Petit rappel: dernier événement en date, le recrutement au cabinet de Najat Vallaud-Belkacem de Laurence Laigo, secrétaire nationale de la CFDT depuis 2006. L’intéressée, qui s’occupait des femmes et de la fonction publique, quitte donc sa direction au moment où Laurent Berger prend les rennes du syndicat.

Avant Laurence Laigo, Anousheh Karvar, elle aussi secrétaire nationale de la CFDT, avait été nommée IGAS (où elle accueillera son ex-patron François Chérèque). Elle y a rédigé un rapport sur le chômage partiel. Et s’est illustrée en juin, en participant aux rencontres de Bilderberg, objet de nombreux fantasmes de la part des mouvements complotistes. Joli parcours donc. Mais cette promotion bien sympathique date de janvier 2012. La chronologie n’est pas neutre: les amitiés entre la CFDT et le pouvoir ne datent pas de l’arrivée de François Hollande à l’Elysée.

Avant Anousheh, les gouvernements de droite n’avaient d’ailleurs pas hésité à transformer des dirigeants cédétistes en hauts fonctionnaires. En 2010, Nicolas Sarkozy avait ainsi nommé la présidente de l’UNEDIC, Annie Thomas, conseillère sociale à l’ambassade de France à Madrid.

On le voit, les amitiés particulières entre la CFDT et le pouvoir ne sont ni de droite ni de gauche. Simplement jusqu’ici, les gouvernements en place n’avaient jamais eu l’audace de « récupérer » un dirigeant syndical pour l’incorporer aussi rapidement dans des fonctions relevant directement du pouvoir. Avec la nomination de François Chérèque, ces amitiés prennent un tour nouveau, une dimension pour ainsi dire industrielle.

Il est très probable que, au-delà des péripéties circonstancielles liées à ces nominations, nous assistions à une évolution en profondeur de la tradition syndicale française. Celle-ci, marquée par l’anarcho-syndicalisme, a majoritairement refusé de se considérer comme un élément de la lutte politique, et a toujours tenu à marquer ses distances avec les partis. Dans l’esprit syndical français, l’action ouvrière est autonome et ne peut faire l’objet d’aucune récupération.

Le texte fondateur, pour les amateurs d’histoire, de cette tradition, n’est autre que la Charte d’Amiens, de 1906, adoptée au sein de la CGT sous l’impulsion de Griffuelhes et Pouget. Cette Charte prévoyait notamment ceci:

« La CGT groupe, en dehors de toute école politique, tous les travailleurs conscients de la lutte à mener pour la disparition du salariat et du patronat. »

Dans la tradition syndicale française, l’action collective est donc à la fois apolitique et tournée vers la disparition de la société de classes.

En acceptant des fonctions gouvernementales, les responsables de la CFDT modifient en profondeur cette tradition qui a toujours traversé l’ensemble du syndicalisme français. Faut-il y voir un signe encourageant de mutation progressive vers un syndicalisme de négociation? Ou le passage à une vision nouvelle de l’engagement syndical où les délégués syndicaux épaulent de façon de plus en plus complémentaire l’action des élus?

Ce mouvement est à surveiller de près.