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CGT: le dur choix entre les humains et les robots

Dès qu’on parle CGT, c’est le nom des « huiles » qui vient à l’esprit. Il y a pourtant un grand intérêt à suivre l’activité de « terrain » de la confédération, dont les prises de position, notamment en entreprise, révèlent des difficultés souvent inattendues.

La CGT à Sévelnord

C’est par exemple le cas à Sévelnord, près de Valenciennes, où Peugeot a annoncé son intention d’investir massivement pour rendre son usine compacte, après y avoir injecté 150 millions pour y produire de nouveaux modèles. En apparence, l’annonce qu’un constructeur place plusieurs dizaines de millions d’euros dans une usine en France, spécialement dans une zone sinistrée par le chômage, devrait constituer une bonne nouvelle.

La CGT y a pourtant vu un danger pour l’emploi, et a doc exprimé son inquiétude face aux intentions du constructeur automobile.

Les syndicats et les gains de productivité

Ce point n’est en fait jamais à oublier: les organisations syndicales ont peur des gains de productivité, tels que ceux que Peugeot s’apprête à réaliser sur son site de Sévelnord. Ils sont en effet synonymes de réduction d’emplois à production constante. Pour les organisations syndicales, il existe donc un postulat syndical caché: une production peu productive est préférable, dans la mesure où elle est plus créatrice d’emplois à court-terme qu’une production optimisée.

Bien entendu, ce calcul n’intègre pas l’effet de destruction d’emplois à long terme, si l’on admet que le gain de productivité confère un avantage concurrentiel qui peut entraîner la disparition à terme des acteurs les moins productifs. Sur ce point, les organisations syndicales ont un arbitrage à rendre: soit défendre un outil peu productif qui produit de l’emploi à court-terme et en détruit à long terme, soit l’inverse.

La CGT chez Peugeot a manifestement rendu cet arbitrage en faveur de l’emploi à court-terme, sans prendre en compte la pérennité de l’outil industriel peu productif à long terme.

Les syndicats et la robotisation

Structurellement, le fait syndical est donc « travaillé » par la question de la robotisation. Celle-ci substitue par définition des machines aux hommes et permet donc d’améliorer la production en supprimant des emplois. Pour le syndicalisme, la robotisation est un phénomène dangereux dès lors que l’arbitrage social est pris en faveur de l’emploi à court terme sans considération des risques durables de suppression d’emplois.

On ne peut évidemment s’empêcher de rapprocher cette logique avec la faiblesse du parc de robots en France (32.000 exemplaires).

La baisse de productivité en France

Assez logiquement, on rappellera ce graphique, tiré d’une note de France Stratégie, sur l’évolution de la productivité en France et aux Etats-Unis depuis 30 ans:

productivité

Les mauvaises langues souligneront que le développement de la « démocratie sociale » en France s’est accompagné d’une forte décrue de la productivité, pendant que nos concurrents, comme les Etats-Unis, profitaient à plein de la révolution technologique et numérique pour gonfler la leur…

Le syndicalisme produit-il de la désindustrialisation?

Dans la mesure où le syndicalisme français exprime son aversion pour la robotisation et pour les gains de productivité, faut-il en déduire qu’il existe un lien intrinsèque entre le fait syndical et la désindustrialisation française? De fait, la rigidité du travail, dont l’action syndicale hostile aux gains de productivité est l’un des éléments, a contribué à la délocalisation des activités industrielles françaises.

Comme toujours, les victoires à court terme dans les dossiers de restructuration, se paient à long terme par des effets d’éviction dont l’effondrement de notre appareil industriel constitue une conséquence directe et immédiate.

Exclusif: pourquoi Martinez doit bloquer l’Euro 2016!

Depuis plusieurs jours, tout le monde se demande si Philippe Martinez, le patron de la CGT, domine ses troupes, ou si c’est l’inverse qui est à l’oeuvre. Après sa phrase sibylline sur: « la meilleure image de la CGT » liée ou non au blocage de l’Euro 2016, beaucoup se sont demandés si ses paroles étaient du lard ou du cochon, et s’il ne fallait pas le soumettre d’urgence à une expertise psychiatrique.

La réaction interne à la CGT ne s’est pas faite attendre. En découvrant ces propos dans la presse, certains ont pressenti que le camarade Martinez entreprenait une nouvelle arabesque de danseuse et s’apprêtait à lâcher le mouvement. Le pressentiment était d’autant plus juste que, dans la foulée, le gouvernement annonçait qu’une rencontre entre la ministre et Martinez était prévue le 17 juin, et même avancée à la date choisie par le secrétaire général.

Il n’en fallait pas plus pour susciter ce courrier aux militants de sa part:

CGT

CGT

Voilà qui s’appelle un beau grand écart. Oui, je suis pour les grèves, mais je suis aussi pour l’euro, pour le blocage de l’euro, mais pour que l’euro soit une fête, et que tout se passe bien pour tout le monde. Et embrassons-nous Folleville!

Une certitude est désormais acquise: Martinez ne contrôle plus rien à la CGT et c’est désormais une partie de la base qui a pris le pouvoir. Le gouvernement perd globalement son temps en discussions oiseuses avec le secrétaire général de la Confédération. Le problème ne se pose plus porte de Montreuil, mais dans les syndicats d’entreprise ou locaux qui font la pluie et le beau temps.

Une seule conclusion s’impose aujourd’hui: la CGT en tant que structure organisée n’existe plus vraiment, et le gouvernement doit composer avec une bande de francs-tireurs plus ou moins encadrés par une organisation approximative. Cette évolution, déjà forte sous Thierry Lepaon, est une donnée brute à intégrer dans l’algorithme des anticipations rationnelles.

Exclusif: la CGT négocie-t-elle des contreparties financières?

Sans la Nuit Debout, sans intersyndicale, la CGT aura finalement plutôt réussi son coup: celui d’imposer à Manuel Valls un arrangement de sortie de crise dont personne ne sait encore ce qu’il contiendra. Selon nos informations, il pourrait être assorti de « clauses secrètes » dont une partie devrait desserrer l’étau qui pèse sur le financement du syndicat.

La question de l’article 2 de la loi

Forcément, Manuel Valls devra lâcher du lest sur l’article 2 de la loi: c’est la condition pour que les esprits reprennent leur calme. Il est même vraisemblable que le gouvernement invente l’encadrement des accords d’entreprise par des commissions paritaires de branche qui n’avaient jusqu’ici que très peu de pouvoirs.

Au passage, la décision du 13 juin 2013 du Conseil Constitutionnel avait déclaré inconstitutionnels, car contraire à la liberté d’entreprendre, des mécanismes de branche (en protection sociale complémentaire) contraignants pour les entreprises (les fameuses clauses de désignation). Les Sages accepteront-ils cette fois ce qu’ils ont interdit il y a trois ans?

Incontestablement, l’affaire sera à suivre de près.

Des contreparties à la SNCF et dans la culture

Parallèlement, on sait que la CGT a obtenu un autre cadeau, mais par la CFDT interposée: la modification du projet de convention collective pour le rail, dont le maintien d’un système de repos très favorable. Cette décision imposée « d’en haut » par le gouvernement à la direction de la SNCF, a permis de briser l’intersyndicale de la SNCF et de dissuader les conducteurs de train CFDT de rejoindre le mouvement.

Bien évidemment, les cheminots CGT sont aussi bénéficiaires de l’opération, qui ont montré que la négociation se déroulait désormais au niveau politique.

De leur côté, les intermittents du spectacle ont obtenu la garantie de l’Etat sur le financement de leur système d’indemnisation.

Quelles autres contreparties?

Toute l’inconnue consiste à savoir quelles sont les autres contreparties négociées par la CGT en échange d’un renoncement au mouvement. Les spéculations vont bon train et beaucoup commencent à soupçonner que la CGT a glissé un « cheval de Troie » inattendu dans ses revendications: un assouplissement des règles applicables aux appels d’offres pour la protection sociale complémentaire dans les branches.

La Direction de la Sécurité Sociale a en effet concocté, en décembre 2015, un projet de décret durcissant les règles de transparence dans les branches. Voici ce projet de décret:

Ces dispositions modifieraient… un décret de janvier 2015 sur le même sujet! Entretemps, la Cour de Justice de l’Union Européenne a rendu un arrêt de principe qui oblige, dès lors qu’un accord de branche est étendu, de respecter des règles de publicité minimale dans les appels d’offre.
Pour les organisations syndicales, cette pression sur la transparence n’est pas sans inconvénient. Elle complique singulièrement des pratiques que la Cour de Cassation vient de confirmer du bout des lèvres, mais dont tout le monde sait qu’elles sont dangereuses et risquées. Les accords de branche en protection sociale complémentaire sont une importante source de financement plus ou moins légal, plus ou moins occulte, pour les organisations syndicales. Une trop grande transparence risque de finir de mettre ce système en danger.
Plusieurs fédérations CGT seraient probablement désireuses d’éviter un séisme financier à un moment où le nombre d’adhérents diminue.
Dans certaines branches, la proximité des fédérations avec les organismes paritaires de prévoyance est forte et bien ancrée. C’est le cas dans le transport, dont la fédération dirigée par le très contesté Jérôme Vérité a obtenu des mesures favorables du gouvernement pour arrêter son mouvement, il y a quinze jours. La fédération CGT des Transports pourrait faire partie de celles qui ont intérêt à bloquer le projet de décret de la direction de la sécurité sociale.

Un retour à la normale bien orchestré

Pour Philippe Martinez, la séquence à venir devrait donc être assez simple à jouer. Comme il est très compliqué pour son syndicat de bloquer l’Euro 2016 de football, il prépare, magnanime, son virage à 360°, en appelant à la reprise du travail compte tenu des concessions obtenues du gouvernement. L’opération sera un point important marqué par la CGT, et pleine de petits trésors cachés.

Loi Travail: qui sont ceux de la CGT à la manoeuvre?

Article écrit pour Atlantico.

La CGT mène une campagne active contre la loi Travail. Si les mouvements de blocage se développent sous la bénédiction de Philippe Martinez, la confédération apparaît relativement en retrait par rapport à certains syndicats locaux très actifs. En voici un rapide passage en revue.

Les transports, mi-figue mi-raisin

Après les appels de Philippe Martinez à la grève reconductible, la CGT Transports s’est assez rapidement sentie pousser des ailes. Certains syndicats locaux ont fait preuve d’un véritable activisme, comme le syndicat de Geodis, filiale de la SNCF. La fédération des Transports est toutefois très divisée et son secrétaire, Jérôme Vérité, qui a annoncé qu’il n’y aurait aucun blocage de routes, n’appartient pas à l’aile la plus dure de la confédération.

Proche de Thierry Lepaon, Jérôme Vérité s’est d’ailleurs empressé de « dealer » un arrangement avec le gouvernement, dont la valeur est très relative, mais qui justifie une sorte de crise. Sur ce point, Manuel Valls peut donc être rassuré.

La chimie, une fédération plus explosive

La fédération de la chimie apparaît comme beaucoup plus soudée et organisée pour faire face à la grève. C’est d’ailleurs elle qui a efficacement pris le relais pour bloquer les raffineries et les dépôts d’essence. Conduite par Carlos Moreira, la fédération compte quelques ténors comme le délégué central de Michelin, Hervé Bancel, qui déclarait au dernier congrès de la confédération:

Pour nous, le retrait du projet de loi El Khomri est le meilleur moyen de renouer avec la victoire et que tous ceux qui luttent pour ce retrait sans compromission soient les bienvenus. Arrêtons de tergiverser, mettons-nous en ordre de bataille, retrouvons nos fondamentaux de lutte de classes et de masse et faisons reculer ce gouvernement et le patronat par la même occasion, en bloquant les profits. Dans chaque entreprise, ainsi que dans la fonction publique, et partout en France, le seul mot d’ordre doit être LA GRÈVE.

Il existe donc un vrai risque pour que cette fédération participe à un durcissement effectif du mouvement.

L’Union de Seine-Maritime

Les militants de la chimie peuvent trouver, en Seine-Maritime, où la raffinerie du Havre est bloquée depuis le début, d’importants soutiens. L’Union Départementale 76 est en effet tenue par les activistes lambertistes et par la gauche prolétarienne. C’est largement sur eux que Philippe Martinez s’est appuyé au congrès d’avril pour lancer un appel à la grève générale reconductible.

RATP et SNCF en embuscade

Dans la foulée des mouvements organisés dans le secteur pétrolier, les fédérations historiques de transports de voyageurs (RATP et SNCF) devraient retrouver une certaine ardeur. L’ambiance n’y est pourtant pas à la fête. Ces fédérations sont en effet en perte de vitesse dans chacune des entreprises où elles occupent une place historique. Elles paient très largement une usure et des pratiques très critiquables.

La relance des grèves leur donne l’occasion de mettre en avant des revendications statutaires et salariales. Toutefois, il s’agit d’une sorte d’infanterie de ligne sans véritable capacité d’innovation dans les luttes.

La tentation PSA pour la CGT

Il faudra suivre avec intérêt les actions qui seront menées chez Peugeot jeudi, à l’initiative de Lutte Ouvrière et de la Gauche Prolétarienne, très implantées dans l’entreprise. Souvenons-nous de ce qui était dit en 2013 sur la grève « historique » qui avait paralysé l’entreprise:

Dès 2007, les ouvriers avaient testé leurs forces (« Grève de classe à PSA Aulnay« ), ils savaient qu’ils pouvaient compter sur 300-350 grévistes solides, des jeunes qui se connaissent, déterminés.
Et puis une équipe de militants radicaux de terrain, dans l’usine, ça donne une capacité d’organisation et de mobilisation, c’est évident, ça donne des actions quotidiennes, ça donne des assemblées, ça donne une grève organisée méthodiquement et rigoureusement (et donc la confiance aux grévistes).

Les fédérations incertaines

Certaines fédérations de la CGT pourraient par ailleurs basculer dans la grève du fait de leur affaiblissement ou de leurs tensions internes. C’est par exemple le cas du syndicat de la santé, où une majorité de militants a fait barrage à la réélection de l’ancienne secrétaire, accessoirement Mme Martinez à la ville. Et c’est peut-être le principal problème du gouvernement aujourd’hui. Il ne tient pas à un poids excessif de Philippe Martinez au sein de son organisation, mais plutôt à ses difficultés internes.

Rappelons que le rapport moral de Martinez a rassemblé moins de 60% des militants au dernier Congrès. Ce score extraordinairement bas traduit une crise forte de l’organisation dont la conséquence est assez rapide: le syndicat est désormais « tenu » par ses fractions les plus dures.

Nuit Debout, CGT: vivons-nous une époque contestataire?

Le Congrès de la CGT ne manque pas de soulever une question majeure: où en est la contestation sociale en France? En apparence, elle bouillonne à l’occasion du combat contre la loi Travail, qui a débouché sur la Nuit Debout. Mais, à y regarder de plus près, la réalité semble beaucoup plus nuancée, voire même totalement contraire.

La CGT et le naufrage de la contestation

Tout le monde l’a compris, pour faire oublier la crise interne dont le départ de Thierry Lepaon fut l’un des symptômes, la CGT de Philippe Martinez développe un discours contestataire de plus en plus radical. La technique est bien connue: elle consiste à souder dans une opposition massive à un ennemi commun.

Le problème est que cette technique ne marche pas vraiment au sein même de la CGT. Le premier vote intervenu au Congrès qui se déroule à Marseille l’a montré. Le bilan moral de la direction confédérale a fait l’objet d’un quasi-rejet, avec plus de 14% d’abstention et 31% de voix contre. Mathématiquement, le bilan de Martinez a donc péniblement dépassé les 50%, ce qui constitue un sérieux revers.

Ce score proche du rejet à la majorité montre bien que la ligne radicale que Martinez veut incarner ne suffit pas à rassembler les troupes. Manifestement, les militants de la CGT ne s’en contentent pas…

La ligne réformiste de la CFDT triomphe

Quelques jours avant le Congrès, Martinez ne s’en est pas caché: il s’attend à voir la CGT perdre son statut de première organisation syndicale du pays au profit de la CFDT. L’inversion pourrait se produire dès 2017. Si cette crainte devait se réaliser (ce qui est probable), elle poserait quand même un problème majeur pour la ligne adoptée par le dirigeant confédéral.

Démonstration serait en effet apportée du bien-fondé de la ligne réformiste de Laurent Berger, qui construit une relation patiente de collaboration avec les pouvoirs publics. Dans le secteur privé, celle ligne réformiste est payante et permet à la CFDT de gagner des voix.

Ce succès infirme tous ceux qui ont craint ou reproché la ligne « collaborationniste » du secrétaire confédéral à l’égard du gouvernement.

Une vraie question sur la contestation dans les entreprises

Au-delà de ce jeu d’appareil, la montée en puissance de la CFDT dans le secteur privé interroge fortement la culture anarcho-syndicaliste de contestation. Tout montre aujourd’hui qu’une stratégie conflictuelle ou de rupture ne correspond plus à la sociologie des salariés. Ceux-ci sont plutôt demandeurs d’une logique de construction par la négociation et par le dialogue avec les employeurs.

La gauche l’a insuffisamment noté. L’époque où les salariés espéraient un grand soir fondé sur l’expropriation des patrons se termine. Les « travailleurs », en France, privilégient le partage du travail et du capital dans le respect de l’un et de l’autre. Cette réalité se vérifie sans doute moins dans le secteur public, mais elle domine le secteur privé.

L’essoufflement de la contestation contre la loi Travail le confirme d’ailleurs. Nous assistons au crépuscule de l’anarcho-syndicalisme. Rien n’exclut qu’il revienne un jour, mais il revêtira sans doute une forme nouvelle.

La Nuit Debout, contestation sociétale plus que sociale

Certains argueront que la relative vivacité de la Nuit Debout (qui demeure néanmoins aux marges de la société française) prouve que la culture contestataire se porte bien.

Justement, une caractéristique étonne dans ce mouvement: le désintérêt qu’il a rapidement affiché pour la loi Travail, et l’empressement qu’il met à déborder du champ social pour aborder les questions sociétales. La Nuit Debout se préoccupe beaucoup plus de lutter contre le spécisme (la domination de l’espèce humaine sur les autres espèces) ou pour la démocratie liquide que contre un ordre social illégitime.

Là encore, on y verra l’effet des bases sociologiques du mouvement. Il est essentiellement constitué d’étudiants et de fonctionnaires, et assez peu prisé par les salariés du secteur privé. Le droit du travail y est donc assez abstrait et absent. Ses enjeux portent plus sur une réforme globale de la société (avec une refonte constitutionnelle notamment) que sur une modification du rapport de force dans les entreprises.

Globalement, donc, les événements de ces derniers jours plaident plutôt pour l’idée d’un affaiblissement des luttes sociales… au bénéfice des contestations sociétales. Celles-ci ne sont pas moins radicales ou structurantes, mais elles montrent que les salariés ne refusent pas, contrairement à l’impression faussement nourrie ces dernières semaines, une certaine réforme du contrat de travail.

La CGT peut-elle éviter un nettoyage interne?

Certains avaient un peu trop rapidement cru que la CGT serait sauvée de sa crise rampante par l’arrivée de Philippe Martinez. Placé au secrétariat général par Thierry Le Paon, l’ancien délégué central de Renault ne donne pourtant aucun signe de véritable reprise en main. Sa ligne radicale dissimule de moins en moins bien son absence de vision et de hauteur face aux enjeux que la confédération doit affronter. En s’appuyant sur une forme de syndicalisme obsolète, il se coupe du nécessaire mouvement de modernisation dont son mouvement a besoin.

La CGT est-elle encore dirigée?

En lisant le blog de Michel Noblecourt, on mesure l’étendue des dégâts. Philippe Martinez est jugé en interne à la fois autoritaire et léger dans la prise de décision. Ainsi, l’absence à la conférence sociale d’octobre n’a été décidée que par une courte majorité d’une voix. Le journaliste du Monde aurait pu noter les noms de ceux qui se sont abstenus ce jour-là: sans ce retrait prudent, le secrétaire général aurait été mis en minorité. Ce genre de fragilité sur des décisions aussi importantes laisse augurer quelques problèmes futurs dans le déroulement de son mandat, au cas où il serait réélu au prochain congrès.

Noblecourt révèle en outre le bras de fer entre le gouvernement et la CGT sur la composition de la délégation syndicale au Conseil Economique, Social et Environnemental. Selon toute vraisemblance, la CGT renoncera à un poste qui lui revient, parce que Philippe Martinez ne veut pas désigner un homme pour respecter les critères de parité. Tous les regards se tournent vers Eric Aubin, qui fait ici l’objet d’une vendetta depuis la fin de règne de Bernard Thibault. On peut se demander jusqu’où les règlements de compte porteront la confédération.

La CGT entre les mains des lambertistes

La faiblesse de Martinez, toujours selon Noblecourt, donne des ailes aux contestataires de toutes sortes, et notamment aux lambertistes. Ceux-ci ont pris le contrôle de la fédération de Seine-Maritime. Des craintes apparaissent sur les unions départementales: dans les Bouches-du-Rhône comme dans le Nord, deux unions « faiseuses de secrétaire général », des collectifs transitoires ont pris le pouvoir contre des secrétaires jugés trop « loyalistes » vis-à-vis du secrétaire général.

Nul ne sait jusqu’où cette radicalisation peut aller, ni les intérêts de qui elle servira, mais il est à peu près acquis qu’elle ne fait pas le jeu de l’actuel secrétaire général.

Des affaires comme s’il en pleuvait

Dans le même temps, l’image extérieure de la CGT ne s’améliore pas. Au-delà des incidents d’Air France, l’actualité fourmille de révélations qui obligeront tôt ou tard la direction confédérale à donner un coup de balais dans des formes révolues de syndicalisme.

En Champagne par exemple, deux délégués syndicaux CGT de la maison Krug sont convoqués en correctionnelle en janvier pour harcèlement moral et harcèlement sexuel vis-à-vis des salariés de l’entreprise. Une enquête interne avait montré que ces délégués se livraient à des insultes, des menaces, des humiliations diverses… La confédération ne semble pas s’en être inquiétés.

Cette semaine, le Parisien pointait du doigt le salaire annuel de 40.000 euros versés à un délégué « fantôme » par l’Opéra de Paris. Le bénéficiaire de ce salaire est totalement inconnu dans l’entreprise.

Ces pratiques anciennes sont de moins en moins acceptées… tôt ou tard, la CGT aura besoin d’un secrétaire général fort pour faire évoluer les habitudes.

 

Lepaon: ambiance fébrile à la CGT

Selon mes informations, l’ambiance à la CGT est de plus en plus tendue dans la foulée des révélations faites par le Canard Enchaîné.

Il faut dire que la posture de Thierry Lepaon lors de la réunion de crise organisée mardi soir tenue au siège, porte de Montreuil, n’a rien arrangé. Thierry Lepaon a en  effet mobilisé tout le savoir du guide de la communication politique en usage en Corée du Nord pour répondre aux questions des militants. Entre le déni systématique de toute erreur personnelle d’appréciation et l’invocation d’un complot destiné à affaiblir une CGT trop gênante pour le pouvoir, ceux qui voulaient y voir clair sont restés sur leur faim et ont quitté la salle avant de donner le moindre quitus à leur secrétaire général.

Le lendemain matin, Thierry Lepaon enfonçait son trésorier, Eric Laffont, sur le dossier, et n’hésitait pas à l’accabler publiquement et sans nuance, tout en se dédouanant lui-même de toute faute.

Les murmures vont bon train. Certains commencent à s’étonner que plus de 100.000 euros aient quitté les caisses pour rénover un appartement déjà remis à neuf. Cet argent a-t-il vraiment servi à financer des travaux, demandent-ils.

Ceux-là n’hésitent pas à penser que le Canard Enchaîné leur apportera prochainement d’autres explications.

Quand la CGT prend l’eau, le gouvernement se raidit

Les révélations sur la rénovation, aux frais de la CGT, de l’appartement loué pour Thierry Lepaon à Vincennes ont fait les choux gras de la presse. Affaiblie, la CGT laisse un vide dans l’espace social qui déstabilise un gouvernement de plus en plus raide face à l’adversité.

Après l’affaire Lepaon, les 12 millions du CCAS d’EDF

Nous ne reviendrons pas ici sur « l’affaire Lepaon » évoquée cette semaine sur ce blog. On retiendra juste qu’à cette occasion Thierry Lepaon a pu compter ses amis au sein de son organisation. Un satisfecit tout particulier peut être accordé à l’une des créatures du secrétaire général, Agnès Le Bot, salariée de Radio France et sortie du placard embaumant encore la naphtaline par Thierry Lepaon lui-même pour conduire de façon cataclysmique les délégations de la CGT dans les négociations interprofessionnelles. Celle-ci a juré qu’il n’y avait pas de psychodrame à la CGT après la parution des informations embarrassantes sur le logement de Vincennes.

« Il faut créer les conditions, en termes de sécurité et de responsabilité, pour l’hébergement du secrétaire général » a-t-elle déclaré.

Agnès Le Bot aurait prospéré dans l’Union Soviétique sous Staline.

Pendant ce temps, quelques affaires fâcheuses sont étrangement sorties du placard. C’est par exemple le cas à l’ex-Sonacotra (devenue Adoma), filiale de la Caisse des Dépôts et Consignations (sous l’oeil complaisant de Jean-Pierre Jouyet, rappelons-le). Il est dit de longue date que la section CGT d’Adoma a volontiers mis les doigts dans les pots de confiture que le logement d’immigrés africains permet d’ouvrir. Un responsable CGT d’Adoma en Corse a d’ailleurs pu respirer le bon air des barreaux très récemment:

Un fait est avéré, particulièrement grave : en décembre, un responsable syndical régional suppléant CGT d’Adoma en Corse a été incarcéré pendant quatre mois dans le cadre d’une enquête judiciaire. Une longue série de méfaits lui sont reprochés, à commencer par l’abus de confiance et l’escroquerie de résidents de foyers de l’île. Il leur aurait soutiré des sommes importantes pour, promettait-il, mener des démarches administratives qui n’aboutissaient jamais. Il aurait aussi embauché au noir certains d’entre eux pour sa propre entreprise de BTP.

Les sommes en jeu toucheraient des centaines de milliers d’euros : l’homme paradait en Porsche Cayenne devant les foyers de travailleurs… Aucun jugement n’a encore été prononcé. Mais après avoir essuyé un refus de l’inspection du travail, Adoma a obtenu récemment, à titre exceptionnelle, une autorisation du ministère du travail pour licencier l’individu, jusqu’alors protégé par son mandat syndical.

Chez EDF, le problème est d’une autre nature. Après la condamnation de la CGT pour la gestion du Comité d’entreprise, les chiffres de l’exercice 2014 viennent de tomber: le comité dispose d’un « reliquat » de 12 millions d’euros dont il ne sait que faire. Il serait intéressant que les responsables du CCAS s’expriment clairement sur le sujet, puisque la richesse de ce comité d’entreprise géré par la CGT depuis 1945 n’en finit pas de faire jaser. Le comté d’entreprise est-il trop doté?

Les cheminots CGT remettent la grève sur le tapis

Dans ce contexte dégradé, les cheminots CGT ont décidé d’en remettre une couche sur la réforme de la vieille dame, en lançant une grève le 4 novembre. Les revendications de novembre ne sont pas différentes de celles du printemps: un refus de la réforme globale de l’entreprise, cette fois mâtiné d’une protestation contre la libéralisation du transport par autocar, que la CGT perçoit (à juste titre) comme une menace pour l’entreprise ferroviaire.

L’annonce de cette grève ne devrait pas réjouir le gouvernement, confronté de toutes parts, et spécialement dans la fonction publique, à une montée de la grogne.

Les fonctionnaires de la Défense commencent par exemple à manifester leur exaspération de porter l’essentiel des efforts fournis par le service public. Chez GDF, la CGT et la CGC se sont unis pour contester devant le Conseil d’Etat le désengagement capitalistique de l’Etat. A la SNCM, le risque grandissant d’une faillite en bonne et due forme devrait susciter un nouveau conflit.

Ces quelques frémissements s’ajoutent aux tensions sur le marché du travail du secteur privé, où le chômage est un spectre qui hante tous les esprits. La situation dans l’automobile pourrait notamment nourrir de nombreuses inquiétudes.

FO prépare les élections dans la fonction publique

Ce climat de tensions s’explique en partie par les élections professionnelles qui doivent se tenir début décembre dans la fonction publique et qui poussent notamment FO, très implantée dans le secteur public, à rameuter les troupes. Le secrétaire général du syndicat, Jean-Claude Mailly, n’en finit pas de faire la tournée des popotes pour mobiliser. Il faut dire qu’il compte bien renouveler son mandat au congrès de février, et que l’enjeu est donc double pour lui.

Mailly a donc annoncé un rassemblement le 16 décembre conçu comme un avertissement au gouvernement.

Dans un communiqué, la Commission exécutive de FO a précisé que cette mobilisation est décidée « face à la dégradation de la situation en termes de salaires, d’emploi, de protection sociale et de services publics« . Elle intervient aussi « face à la rigueur budgétaire et aux attaques du gouvernement en matière de droits des chômeurs, de seuils sociaux, de travail le dimanche, de contrat de travail unique ou d’allocations familiales« .

Le melting-pot est large, mais il cite en bonne place les intérêts des fonctionnaires, pour lequel le syndicat se mobilise fortement, notamment dans la fonction publique hospitalière. Les représentants de FO Santé ont même été reçus cette semaine pour dénoncer les conditions de travail dans les CHU déficitaires.

Dans le registre de la défense corporatiste, Mailly en a rajouté une louche discrète en considérant qu’Emmanuel Macron avait trop de pouvoir et en reprenant les antiennes qui plaisent tant aux fonctionnaires:

Pour retrouver des marges de croissance, il faut un soutien par la consommation et par l’investissement public. La solution qui consiste à dire : « On ne peut rien faire car on est coincé avec le pacte de stabilité. Il faut alléger les coûts et remettre en cause les droits », ce n’est pas notre solution.

Pour le reste, Jean-Claude Mailly est resté étonnamment discret, notamment sur toutes les propositions du MEDEF.

Le MEDEF à l’offensive

Comme de mauvaises nouvelles n’arrivent jamais seules, le gouvernement a dû faire face à une offensive patronale en bonne et due forme sur tous les sujets.

En début de semaine, les présidents des trois fédérations patronales représentatives, MEDEF, CGPME et UPA, ont signé une tribune commune dans l’Opinion où ils se livrent à un véritable tir de barrage contre les nouvelles mesures législatives qui entrent en vigueur. Dans leur collimateur, on trouve bien sûr le compte pénibilité et l’information des salariés en cas de cession – disposition prévue par la loi Hamon sur l’économie sociale et solidaire. Mais les dirigeants patronaux ajoutent d’autres sujets d’inquiétude:

D’autres sujets sont malheureusement toujours en discussion, qui peuvent être autant de signaux négatifs envoyés aux entrepreneurs de notre pays en contradiction flagrante avec les beaux discours : réforme de l’inspection du travail, réforme des prud’hommes, augmentation de taxes diverses pesant sur les entreprises, notamment locales, prélèvements multiples sur des dispositifs professionnels au détriment d’une véritable exigence de réforme des structures publiques, multiplication de contrôles tatillons et remise en cause de pratiques juridiques et fiscales jusqu’à présent admises…

Ces signaux négatifs sont dramatiques car ils occultent les vrais problèmes urgents sur lesquels il faut désormais avancer rapidement : la relance du monde du bâtiment et la lutte contre la fraude aux travailleurs détachés, la relance de l’investissement dans les infrastructures en associant monde public et monde privé, la levée des verrous innombrables qui empêchent la dynamique de création d’emplois, la réforme en profondeur de la sphère publique et de la protection sociale… Sur tous ces sujets positifs, nos organisations sont prêtes à se mobiliser à tout moment, à proposer, à travailler concrètement et opérationnellement.

Voilà qui ne manque pas d’ambition.

En fin de semaine, Pierre Gattaz, qui fait la tournée des rédactions pour présenter son livre, proposait une nouvelle idée de derrière les fagots: la fin de la justification du licenciement!

« Il faut sortir de la convention 158 de l’organisation internationale du travail qui nous oblige à justifier les motifs de licenciements », argue-t-il, « tant qu’on aura cette contrainte supranationale, peu importe le contrat, le fond du problème ne sera pas traité ».

Ah! le patron de droit divin, c’était tellement mieux. Gattaz ne précise pas s’il souhaite aussi la fin de la motivation des actes administratifs, histoire que plus personne n’ait quoi que ce soit à justifier en France.

Gestion délicate pour le gouvernement

Face à cette montée des tensions à la base, et à cette surenchère patronale, le gouvernement se trouve en situation plutôt compliquée. Si tout le monde s’accorde pour reconnaître que le compte pénibilité est une usine à gaz absolument impraticable pour les entreprises, en même temps il s’agit d’une mesure obtenue par la CFDT qu’il est bien difficile de remettre en cause aujourd’hui sans fâcher le dernier partenaire fidèle du gouvernement.

Toute la semaine, Laurent Berger est monté au créneau pour défendre sa mesure.

« Il faut l’application de la loi sur la pénibilité, les décrets sont en vigueur, maintenant il faut faire en sorte que ce soit effectivement (le moins) compliqué possible », a-t-il déclaré sur RTL, réagissant à l’appel lancé par le Medef, la CGPME et l’UPA dans L’Opinion.

« Une mission a été confiée à M. de Virville (Michel de Virville, conseiller à la Cour des comptes, NDLR) pour faire en sorte que ce soit le plus simple possible », a-t-il souligné. « Il n’y a pas de remise en cause de ces décrets possibles pour la CFDT sinon il y aura un affrontement total ».

Il a également défendu mordicus les positions de la CFDT face au concours Lépine des idées pour réformer le marché du travail:

Laurent Berger a rejeté une nouvelle fois l’idée, jugée « intéressante » par Manuel Valls, d’un contrat de travail unique, soulignant que « beaucoup a été fait » déjà pour réformer le marché du travail, notamment la réforme de 2013 qui « met du temps à entrer en vigueur ». « La recette miracle ou l’homme providentiel n’existe pas dans notre pays », a-t-il martelé.

Manuel Valls se trouve dans un beau merdier, qui l’oblige à border. C’est la sous-ministre Carole Delga qui s’y est collée, en annonçant que l’information aux salariés en cas de cession ne serait pas modifiée (en cas de changement d’avis, il sera plus facile de déjuger un secrétaire d’Etat). Sur le compte pénibilité, on attend les réactions, si possibles autres que celle de Marylise Lebranchu qui a simplement prévenu:

« Le président du Medef, à force de vouloir en rajouter à chaque interview, est en train de retourner dans un passé très, très lointain », a commenté la ministre. (…)

« Le fait que l’on rembourse, que l’on donne 4 % du salaire brut à une entreprise, que l’on passe à 6 % tout de suite, cela interroge beaucoup de Français, qui se demandent pourquoi il n’y a pas de créations d’emplois [en contrepartie]. Les Français se demandent ce que font les patrons. Si j’étais lui, je me méfierais »

Taxation des dividendes des start-up: saison 2

Pour le gouvernement, l’opération de gestion des tensions s’est encore compliquée cette semaine par le rebondissement du dossier « taxation des dividendes des start-up ». Gérard Bapt, député médecin, s’est en effet fendu d’un amendement remettant en vigueur la disposition qui avait donné naissance au flamboyant mouvement des pigeons. Très vite, la toile s’est enflammée, jusqu’à ce que Michel Sapin annonce le retrait de la mesure.

Pas facile de gérer la contestation interne, quand on est aussi contesté à l’extérieur. Dans la pratique, le mouvement patronal peut encore dire merci au gouvernement.

Le MEDEF instrument du gouvernement?

De fait, on peut se demander pour quelle raison le gouvernement, qui multiplie les cadeaux au patronat, ne tape pas du poing sur la table face aux divers délires de Pierre Gattaz.

Certaines mauvaises langues soutiennent que c’est aussi parce que le gouvernement se servirait du MEDEF comme un messager de ses idées impopulaires. Dans la négociation interprofessionnelle sur le dialogue social, le MEDEF a ainsi proposé cette semaine plusieurs mesures choc: l’un consistant à fusionner les CE et les CHSCT, qui devrait se trouver finalement dans l’accord. L’autre consistant à supprimer la délégation du personnel sous 50 salariés… une idée effectivement provocatrice.

Est-ce une idée patronale ou une idée du gouvernement? Difficile à savoir à ce stade, mais elle a en tout cas remporté un très joli succès d’estime:

«C’est de la provocation, il n’y a rien avec lequel on puisse être d’accord», a ainsi réagi Véronique Descaq (CFDT). Aux antipodes des propositions patronales, son syndicat, comme la CGT, réclame une représentation «dès le premier salarié», alors qu’elle n’est pas prévue actuellement dans les TPE (jusqu’à 10 salariés).

«Il n’y a plus rien pour les entreprises de moins de 50 salariés et pour les plus de 50, on ratiboise tout le code du travail et on renvoie tout à la négociation», a-t-elle déploré. La syndicaliste a précisé que la CFDT viendrait avec ses propres propositions jeudi, ajoutant qu’il y avait «des chances» que la réunion soit houleuse.

De fait, la réunion de négociation, jeudi, s’est tenue dans des conditions houleuses. Le patronat doit amener un nouveau texte pour la prochaine séance de négociation, mais nul ne sait ce qu’il contiendra.

A suivre: les retraites complémentaires

Une autre négociation interprofessionnelle devrait prochainement s’ouvrir, consacrée cette fois aux retraites complémentaires. Son sujet est tout aussi polémique: il s’agit de sauver un système en pleine décrépitude financière sans augmenter les charges des entreprises. Une fois le divertissement du dialogue social achevé, une autre troupe d’acteurs devrait prendre possession de la scène sociale.

 

Mais qui veut la peau de Thierry Lepaon?

Le Canard Enchaîné publiait ce matin le devis des travaux, financés par la CGT, prévus pour l’appartement du secrétaire général Thierry Lepaon. Ces révélations sont un épisode probablement décisif dans la courte histoire d’un mandat déjà très contesté.

Des sommes importantes pour la CGT

Revenons d’abord sur l’affaire. Thierry Lepaon demande à sa centrale syndicale d’endosser un loyer mensuel de 2.000 euros et des travaux à hauteur de 130.000 euros pour rénover un appartement qu’elle n’achète pas. Outre que c’est bien la première fois qu’un locataire engage autant de travaux pour le compte de son propriétaire, les montants en jeu ne peuvent que choquer les adhérents du syndicat.

En effet, il existe une règle à la CGT: les responsables ne peuvent gagner plus de 2.300 euros mensuels. Au-delà, ils doivent reverser les sommes perçues à leur organisation. On pourrait d’ailleurs épiloguer sur les conséquences parfois négatives de cette règle, qui pousse, comme dans le cas de Thierry Lepaon, à trouver des arrangements avec le siècle pour améliorer son train de vie. Toujours est-il que 120m2 à Vincennes à ce prix ne peut que « défriser » non seulement la base, mais l’appareil lui-même.

Une machination politique?

Selon mes informations, l’affaire des travaux ne tombe pas complètement du ciel. Certains soutiennent que le devis publié par le Canard a été envoyé à plusieurs responsables la semaine dernière par courrier anonyme. Les mauvaises langues ajoutent même que Thierry Lepaon aurait reçu une mise en garde discrète il y a plus d’un mois sur son train de vie, jugé trop confortable. Ces mises en garde venaient-elles vraiment, comme cela est suggéré, de quelque exécuteur des basses oeuvres de la place Beauvau?

Il est en tout cas certains que le gouvernement n’entretient pas les meilleures relations du monde avec le secrétaire général de la CGT. Dans la pratique, Thierry Lepaon est aussi fiable avec ses partenaires publics que Pierre Gattaz ne peut l’être. Fantasque, ludion, imprévisible, Lepaon ne tient pas sa place institutionnelle de courroie de transmission entre la base et le pouvoir. Ses nombreuses sorties injurieuses pour le président de la République n’ont pas arrangé la situation.

De là à penser que le pouvoir ait orchestré la déstabilisation en règle du secrétaire général de la CGT, il n’y a qu’un pas que les esprits pernicieux n’hésiteront pas à franchir. Pour le gouvernement, une CGT incontrôlable avec un leader contesté en interne constitue un facteur de risque évident en période économiquement sensible. Son prédécesseur, Bernard Thibault, avait le bon goût d’arrêter les grèves quand on le lui demandait.

L’annonce d’une grève nationale dans les transports à l’initiative de la CGT le 4 novembre montre que Thierry Lepaon n’a pas mis la fédération des cheminots sous contrôle, après un épisode douloureux pour le gouvernement sur le statut de la SNCF au début du printemps.

Un secrétaire général affaibli

Cette campagne de déstabilisation intervient à l’issue d’un long cycle d’affaiblissement interne. Thierry Lepaon est en effet très contesté.

La contestation tient d’abord aux conditions même de son arrivée à son poste. Choisi par Bernard Thibault dans une logique du « tout sauf » Eric Aubin qui était préféré par la base, Thierry Lepaon a multiplié les maladresses dès son élection. Il n’a pas cherché à fédérer les oppositions autour de lui et s’est contenté d’afficher une ligne contestataire sans être jamais force de proposition.

De fait, la CGT est devenue une grande absente des négociations interprofessionnelles, où Thierry Lepaon aime nommer des chefs de file totalement ignorants des dossiers et incapables de formuler une proposition articulée face à la CFDT et au MEDEF.

En outre, Thierry Lepaon a commis des erreurs symboliques majeures au sein de sa propre maison. Le 28 janvier 2014, il se rendait par exemple sans mandat de son organisation à une invitation du CRIF, où il a pris des positions favorables à Israël. Il n’en fallait pas plus pour lui attirer les foudres d’une grande partie de sa base, sensible à la cause palestinienne, et ennemie jurée de l' »ethnicisme » du CRIF.

Ce genre d’épisode a fini par contaminer les relations avec les medias. Lors d’une conférence de presse du 5 septembre, Thierry Lepaon faisait par exemple interdire l’entrée des locaux à une journaliste des Echos. Ce genre de bavures n’était évidemment pas fait pour le rendre sympathique à ses interlocuteurs.

Des doutes sur son passé à la CGT

Ces polémiques n’ont fait que conforter les doutes exprimés par plusieurs responsables du syndicat.

Lors de son « choix » par son prédécesseur, certains n’avaient pas hésité à ressortir des archives où le rôle exact de Thierry Lepaon était mis en cause. Délégué CGT de l’entreprise Moulinex, Thierry Lepaon était accusé d’avoir peu soutenu le mouvement social qui y avait éclaté. Certains considéraient même qu’il avait tout fait pour le « casser ».

Du coup, les uns et les autres ont fouillé et commencé à interroger ses relations avec Alfred Sirven, avec les dirigeants de Moulinex, et même ses liens avec la franc-maçonnerie. Thierry Lepaon est en effet initié dans une loge normande, et ses parrains ne semblent pas avoir appartenu à la famille marxiste.

Tous ces épisodes ont été gérés de façon désastreuse en interne, où Thierry Lepaon, comme sur son appartement, n’a jamais semblé prendre la mesure des risques auxquels ils s’exposaient et a toujours préféré une stratégie de déni plutôt qu’une logique de transparence.

Bref… qui veut sa peau?

Il faut probablement se demander à qui le crime profite. Le déliquescence dans laquelle Thierry Lepaon a fini de plonger la CGT constitue une menace pour l’ensemble des partenaires sociaux, Etat compris, puisque, en France, l’Etat fait partie du jeu de la négociation. Plus qu’un complot, il existe sans doute une volonté tacite de changer les têtes à la CGT, pour mieux garantir la paix sociale à l’horizon d’une phase compliquée de réformes.

La CGT de plus en plus isolée dans le paysage syndical

Au cours d’une semaine socialement intense, la CGT a multiplié les signaux d’isolement dans le paysage syndical français. Cette stratégie ne semble pas répondre à des choix clairs, mais elle peut être gagnante à long terme.

La CGT seule à soutenir les pilotes d’Air France

La grève des pilotes d’Air France a dominé l’actualité sociale de la semaine. Les deux syndicats de pilote et Alter, syndicat des personnels navigants, ont uni leur force pour bloquer le trafic de la compagnie jusqu’à une date qui ne paraît pas fixée. Leur stratégie est de peser sur les négociations internes à Air France, au cours desquelles la direction veut modifier le cadre social des contrats de travail dans sa filiale low cost Transavia, appelée à un développement important dans les années à venir (voir mon billet sur ce sujet).

Les syndicats se sont divisés sur cette question. La section CGC d’Air France a critiqué le mouvement, mais c’est surtout la CFDT qui s’est fait entendre, avec des déclarations violentes de Laurent Berger sur ce sujet. Globalement, ces syndicats appellent les pilotes à participer à l’effort de redressement de la compagnie.

Seule la CGT a manifesté son soutien aux pilotes, même si ce soutien contient de nombreuses réserves:

La CGT Air France, interrogée de toutes parts sur sa position quant au conflit initié par les pilotes d’Air France, tient à faire savoir qu’elle ne condamne pas ce mouvement de grève sans pour autant soutenir le contenu ultra‐corporatiste de ses revendications. Les emplois de l’ensemble du personnel sont aujourd’hui en attrition. Développer une stratégie de « low‐costisation » met clairement en danger les emplois Air France.

Pour la CGT, il est inconcevable que la direction organise un dumping social au sein du Groupe Air France. Elle ne peut engager des discussions avec les seuls pilotes sur la pérennisation des emplois sous statut Air France. Cette problématique concerne l’ENSEMBLE des salariés Air France.

La CGT s’isole sur le discours de Manuel Valls

Le discours de politique générale de Manuel Valls a confirmé ce sentiment de solitude dont la CGT est désormais parée. Les réactions syndicales ont en effet été plutôt favorables au gouvernement. La CFTC et la CGC l’ont qualifié de « positif ». La CFDT était également sur cette ligne, malgré quelques réserves de forme sur la question des revalorisations des « petites retraites ». Ce soutien relatif mais réel ne surprend guère.

La surprise est plutôt venue de FO, qui avait annoncé qu’en cas de déception le syndicat n’hésiterait pas à faire connaître son opposition, notamment en rejoignant le mouvement du 16 octobre lancé par Thierry Le Paon. Jean-Claude Mailly a notamment parlé de « rééquilibrage » dans l’attitude du gouvernement jugé un temps trop proche du MEDEF. Ce message semble condamner une participation de FO à un mouvement de protestation contre la politique de Manuel Valls.

Seule la CGT s’est opposé au discours du Premier Ministre:

La France a besoin d’une autre politique économique et sociale que celle mise en œuvre aujourd’hui. C’est pourquoi la CGT propose, notamment, des mesures urgentes sur la protection sociale, les salaires, les minimas sociaux, les pensions de retraite et le traitement des fonctionnaires, avec l’augmentation immédiate du SMIC à 1700 euros, une véritable politique de formation et d’apprentissage pour l’emploi dans les services publics et l’industrie, et le retour de la retraite à 60 ans.

Résister aux projets du MEDEF et du gouvernement, proposer des alternatives efficaces pour sortir de la crise, c’est l’ambition et l’objectif que souhaitent construire la CGT avec l’ensemble des salariés.

Peu de temps après, la CGT dénonçait l’enfumage du gouvernement sur l’affaire des petites retraites. Cette véhémence montre qu’une fois de plus la CGT entend croiser le fer avec le pouvoir. Pour le coup, cette stratégie est un pari audacieux. En se comptant le 16 octobre, la CGT prend en effet le risque de démontrer sa faible capacité de mobilisation, et le peu d’intérêt pour sa posture parmi les salariés.

La CGT fer-de-lance de nombreux conflits locaux

Cette solitude traduit toutefois une réalité dans l’action syndicale de terrain. Dans de nombreux dossiers, la CGT paraît en effet seule à porter les dossiers et les combats, parfois en payant le prix fort pour cet engagement. Un syndicaliste de Maubeuge en a fait les frais: les forces de l’ordre l’ont menotté pour le conduire au tribunal d’instance pour une affaire de diffamation.

Le dossier Petroplus est un bon exemple des combats isolés que la CGT peut mener sur le terrain. En décidant de saisir la Cour de Cassation sur l’offre de reprise du site, la CGT utilise en effet des voies juridiques sérieuses pour défendre ses revendications.

La CGT conteste la vente de gré à gré à Valgo-Bolloré, considérant que le site a été «bradé» pour 3,6 millions d’euros alors qu’une société suisse, Terrae International, dont l’offre n’a pas été examinée, proposait beaucoup plus en vue d’une activité de raffinage à façon (tolling) pour le compte de sociétés pétrolières africaines du Nigeria, d’Angola, et du Ghana.

Le recours à la justice dans des dossiers de reprise constitue un pari intéressant, déjà mis en oeuvre avec succès dans le secteur du commerce. Reste à savoir quelle réception cette stratégie peut espérer.

La CGT relance le dossier des intermittents

Autre dossier sur lequel la CGT ne relâche pas la pression et donne le sentiment de mener seule (dans le paysage des syndicats représentatifs nationalement) le combat social: les intermittents du spectacle. Alors que la coordination des précaires occupe l’hôtel Lutetia en chantier, la CGT-spectacle annonce une action pour le 1er octobre. L’objectif est de peser sur la concertation décidée par Manuel Valls avant l’été sur la nouvelle convention assurance-chômage dont les effets furent suspendus juste avant la saison des festivals.

Selon toute vraisemblance, la concertation, qui a permis de déminer le mouvement et de gagner du temps, ne devrait pas fondamentalement modifier la donne pour les intermittents du spectacle. Le dossier sera donc un bon test pour voir si la CGT a une faculté de mobilisation dans le temps et parvient à peser sur les discussions.

La CGT et la SNCF: le prochain dossier chaud?

Un prochain dossier devrait une nouvelle fois isoler la SNCF dans le paysage syndical: la sécurité du transport ferroviaire. La mise en examen de la SNCF dans l’affaire de Brétigny devrait en effet donner lieu à quelques intéressants déballages sur l’organisation interne du travail dans ce fief de la CGT. Les sections concernées l’ont très vite compris et ont d’ores et déjà fourbi leurs armes. La Fédération CGT des cheminots a produit un document utile à lire qui met en cause la réactivité de l’encadrement et souligne l’engagement de la CGT dans la sécurité des voyageurs.

La même semaine, la CGT dénonçait à la presse la passivité de la maîtrise sur un signalement de rail fissuré dans le Drôme.

Photos à l’appui, la CGT a expliqué mardi dans un communiqué qu’après avoir été «immédiatement alertée» en février dernier d’une «avarie sur la voie», la SNCF a été «relancée par les élus du personnel CGT en CHSCT et en Comité d’entreprise jusqu’au mois de juillet 2014», sans «réagir», selon le syndicat. Et la CGT de souligner que «les trains roulent pourtant à 200 km/h sur cette voie», à l’image de certains TGV.

Cette agitation ne manque pas d’étonner. On peut s’attendre, à mesure que l’enquête avancera, à quelques révélations intéressantes sur le fonctionnement de la vieille dame. Les cheminots CGT ne manqueront pas de pointer du doigts les insuffisances d’une hiérarchie qui fait par ailleurs l’objet d’une campagne favorable de la fédération des cadres au sein de la centrale.

Le MEDEF continue le jeu du million

Si la CGT a face à elle un front uni de quatre confédérations hétéroclites, elle le doit en partie à la stupéfiante stratégie de communication de Pierre Gattaz. Celui-ci a dans un premier temps annoncé (comme évoqué dans cette rubrique la semaine dernière) la sortie d’un document de 50 pages contenant des propositions présentées comme « choc » pour créer un million d’emplois (le nombre manifestement fétiche de Pierre Gattaz). La presse en a surtout retenu la suppression de deux jours fériés et la négociation de la durée du travail par accord d’entreprise.

Alors qu’une négociation sensible sur la modernisation du dialogue social s’ouvre avec des syndicats d’ores et déjà ouverts à des demandes patronales (voir également les billets de cette rubrique), cette bordée tirée au milieu de nulle part a évidemment fédéré l’opposition collective. Le rejet unanime a d’ailleurs été renforcé par les étonnantes approximations dans la communication patronale. Alors que le MEDEF annonçait à la dernière minute un report de la publication de son document, Pierre Gattaz descendait quand même dans l’arène pour déclarer au Parisien: « Notre modèle social a vécu ».

Cette sortie téméraire a permis à Manuel Valls de se rétablir lors de son discours de politique générale. En répondant directement depuis la tribune de l’Assemblée Nationale aux affirmations de Pierre Gattaz, Manuel Valls a pu ramener à lui une partie de son aile gauche:

« Personne (…) ne doit prendre le risque d’affaiblir par je ne sais quelle provocation, par je ne sais quelle surenchère, l’indispensable dialogue social », a dit le Premier ministre lors de sa déclaration de politique générale à l’Assemblée nationale.

« Dans ce domaine comme dans bien d’autres, il faut faire preuve de constance et respecter les règles du jeu. C’est ce que je rappellerai encore une fois au Medef, qui doit pleinement s’engager », a-t-il ajouté.

Dans le même temps, Pierre Gattaz cimentait l’unité syndicale. Carole Couvert, de la CGC, trouvait un bon motif pour apporter son soutien au gouvernement, pendant que la CFTC renonçait à une réunion bilatérale avec le patronat.

De façon encore plus stupéfiante, Pierre Gattaz semblait entamer un rétropédalage en fin de semaine. Comprenne qui pourra!

Macron aussi gaffeur que Gattaz?

La première interview radio du ministre Macron aura donné lieu à une gaffe digne de Pierre Gattaz dans son contenu comme dans ses conséquences. Non seulement Macron s’est offert le luxe de démonter l’argumentation de Montebourg, son prédécesseur, sur les professions réglementées:

Dire qu’on rendra six milliards de pouvoir d’achat aux Français (pour réformer les professions réglementées, ndlr), ce n’est pas vrai, c’est une illusion. On ne va pas résoudre les problèmes des Français en sacrifiant les notaires ou les pharmaciens.

… mais il a commis une superbe bourde sur les « illettrées de Gad », ces ouvrières bretonnes promises au licenciement:

On ne peut pas entendre de tels propos, c’est tout simplement scandaleux et infondé. Je suis atterrée. La formation est au cœur des débats dans l’entreprise, a déclaré la déléguée CFDT de l’entreprise.

Tout ceci avait un parfum de grand bourgeois parlant du petit peuple, une image qui devrait définitivement coller au personnage, déjà suspect dans ce domaine. Ses propos ont en tout cas permis de rassembler une nouvelle fois les organisations syndicales.

La CGPME perd son parrain, la Poste au bord du gouffre

Impossible de terminer cette chronique hebdomadaire sans évoquer deux informations importantes mais passées inaperçues.

A la CGPME, Jean-François Roubaud, 70 ans, annonce qu’il ne se présentera pas à sa propre réélection en janvier 2015.

« Ce sont des décisions pas faciles à prendre. Je m’en expliquerai mercredi », confirme à La Croix Jean-François Roubaud, qui invoque « des raisons personnelles ».

C’est vrai qu’après 12 ans de mandat et à l’horizon de ses 70 ans, rien ne justifie qu’on passe la main! Il faudra suivre avec intérêt le combat qui devrait commencer entre Geneviève Roy, vice-président et hôtelière parisienne, et François Asselin, menuisier des Deux-Sèvres (donné gagnant) pour la succession du parrain, et son implication pour la ligne générale du syndicat.

Les observateurs suivront également l’évolution du climat interne à la Poste, où l’accord social n’a recueilli que 28% des signatures et ne peut donc être appliqué. La direction devrait agir par décision unilatérale pour accompagner la transition de l’entreprise: un échec qui est annonciateur de conflit!