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Europe: sous la plage des migrants, les pavés économiques

Pendant que des vagues de migrants arrivent en Europe par tous les moyens et cristallisent les passions, un autre scénario se joue, qui devrait beaucoup plus inquiéter les esprits: malgré les interventions massives de la BCE, l’inflation ne repart toujours pas. Le pire est-il à venir, pour l’Europe, dans le domaine économique?

L’Europe submergée par l’émotion face aux migrants

Les partisans d’une ligne dure sur la question des migrants (notamment les partisans d’une fermeture des frontières) ont dû se rendre à l’évidence: l’émotion suscitée par la photo du petit Aylan, enfant syrien de trois ans retrouvé mort sur une plage turque face à l’île grecque de Kos, prouve que le continent n’est pas prêt à payer le prix humain d’une politique répressive. En dehors d’Arno Klarsfeld, on trouve d’ailleurs très peu de réactions hostiles aux décisions prises en urgence par l’Allemagne et la France au nom de l’Union sur une répartition « mathématique » des réfugiés.

Jour après jour, les images de ces colonnes où se pressent des milliers de réfugiés envahissent les écrans. 350.000 migrants ont traversé la Méditerranée en 2015, dont 230.000 migrants pour la seule Grèce. Pour ce seul jeudi, 5.600 migrants seraient arrivés en Macédoine. En Allemagne, ce sont 10.000 migrants qui sont attendus en une journée en provenance de Hongrie. Tous ces cortèges de misère donnent lieu à de spectaculaires représentations où les Européens ont le sentiment d’un continent submergé par des flux migratoires.

L’Europe et l’échec de la politique répressive

Ces images stupéfiantes infirment en tout cas l’idée selon laquelle un « mauvais traitement » des réfugiés permettrait de juguler les flux d’arrivée. La façon dont les 230.000 migrants arrivés en Grèce sont accueillis est par exemple ahurissante. Voici quelques extraits d’un rapport d’Amnesty International sur le sujet:

L’organisation a été témoin d’une attaque violente contre des réfugiés dans la nuit du 3 au 4 septembre et elle a recensé les conditions extrêmement difficiles auxquelles sont confrontés les réfugiés sur l’île. Elle a trouvé des enfants n’ayant parfois pas plus d’une semaine parmi les foules forcées à attendre dans une chaleur étouffante, parfois pendant des jours, pour se faire enregistrer par les autorités locales. Les chercheurs ont par ailleurs recueilli les propos de mineurs non accompagnés détenus dans des conditions déplorables auprès d’adultes. (…)

Dans la nuit du 3 au 4 septembre du personnel d’Amnesty a vu un groupe de 15 à 25 personnes brandissant des battes se ruer sur des réfugiés sur l’île de Kos en scandant « rentrez dans votre pays » et des insultes. Le groupe a également menacé des militants, dont des membres du personnel d’Amnesty International. Une militante qui prenait des photos s’est fait arracher son appareil et a été légèrement blessée. La police n’a pas empêché le groupe de s’approcher, et les forces anti-émeutes ne sont intervenues qu’une fois que l’assaut avait commencé ; elles ont alors utilisé du gaz lacrymogène pour disperser la foule.

L’ironie de l’histoire veut que le commissaire européen aux migrations soit grec. Face à la situation à Kos, il a déclaré, à propos d’une amélioration des conditions d’accueil:

La Grèce pourra bénéficier de 474 millions d’euros d’ici 2020 pour mettre en place infrastructures et mécanismes requis, a souligné le commissaire européen aux questions migratoires, le Grec Dimitris Avramopoulos.

Une première enveloppe de 33 millions d’euros peut être débloquée dès la semaine prochaine si le pays se dote comme prévu d’une autorité de gestion de ses fonds, a-t-il précisé.

On a curieusement entendu peu de voix, à gauche, pour dénoncer l’incurie de Tsipras sur ce sujet depuis son arrivée au pouvoir en janvier.

L’Europe joue aux marchands de tapis

Toute la semaine, les Européens ont réagi à la situation en jouant aux marchands de tapis.

Jeudi, Donald Tusk, le président du Conseil, affirmait qu’il fallait répartir au moins 100.000 réfugiés en Europe (contre 40.000 évoqués au sommet de juin 2015). Vendredi, Jean-Claude Juncker surenchérissait à 160.000 réfugiés. De son côté, l’ONU estime que l’Union devrait répartir 200.000 réfugiés sur son territoire. Qui dit mieux? Angela Merkel se montrait plus prudente en insistant sur l’enjeu principal: faire admettre une politique communautaire d’asile.

«Mais, face aux flux constants de migrants, il est impossible de fixer un chiffre précis, a prévenu Angela Merkel. Il s’agit d’abord d’en faire accepter le principe par tous.»

Un sommet européen devrait se tenir le 14 septembre et trancher la question.

Que cache le projet d’Angela Merkel?

Sous le coup de l’émotion, personne ne semble mesurer clairement le transfert de souveraineté que rend effective la politique commune d’asile voulue par Angela Merkel, sous peine de faire éclater l’espace Schengen.

Une habile propagande a permis de présenter l’Allemagne comme la bienfaitrice des migrants face à des voisins européens égoïstes. En réalité, l’affichage généreux de Mutti Merkel est une posture tactique transitoire. L’Allemagne, qui est le pays le plus prospère de l’Union et le plus éloigné des frontières par où passent les migrants, mais aussi le principal pays de destination de ses migrants, a besoin d’un peu de vaseline pour nous faire avaler la pilule: la maîtrise des flux migratoires par la Commission européenne (qui ne fait jamais rien contre l’avis allemand) permettra d’imposer aux pays de l’Est et à la Grande-Bretagne les migrants dont l’Allemagne ne voudra plus dans quelques mois.

Sur ce point, Angela Merkel pose le marché en main: c’est ça ou l’Allemagne ferme ses frontières et remet en cause l’ouverture des frontières voulue par Schengen. La Bavière a déjà commencé à faire pression pour que le sujet soit mis sur la table.

L’Europe prépare une nouvelle vague de transfert de souveraineté

Si l’Allemagne rêve de « quotas contraignants » qui lui permettront de soulager son fardeau, la France en profite pour avancer ses pions sur un nouveau transfert de souveraineté, dans le domaine économique cette fois.

Emmanuel Macron est le principal missi dominici de cette opération imaginée par François Hollande, sur une logique europhile dont les tenants et aboutissants semblent encore plus fous que les critères de Maastricht. Lors d’un sommet économique en Italie, notre ministre de l’Economie a brillamment déclaré:

«La question est de savoir si nous voulons aller plus loin, et dans ce cas cela veut dire plus d’intégration, faire des réformes au niveau national et des transferts au niveau européen», a-t-il déclaré.

Pêle-mêle, il s’est prononcé en faveur d’un budget de la zone euro, d’un commissaire en charge de ce budget, et même d’un parlement de la zone euro.

Pierre Moscovici, dont la clairvoyance économique est bien connue, lui a emboîté le pas:

«Je défends depuis des années une meilleure gouvernance de la zone euro, avec un gouvernement spécifique doté d’un budget propre pour plus de convergence, sous l’autorité d’une sorte de ministre des Finances de la zone euro qui, pour moi, pourrait être membre de la Commission européenne», a indiqué le commissaire européen lors d’une conférence de presse à Paris.

Priver les gouvernements nationaux de leur politique migratoire et de leur politique économique, voilà une vision forte au moment où le nationalisme s’exacerbe en Europe. Cela s’appelle avoir du flair.

Les financiers inquiets pour l’Europe

Cette offensive en bonne et due forme ne tombe pas à n’importe quel moment économique. Tout montre en effet que la politique monétaire de la BCE ne suffira pas à relancer la croissance, et qu’il faut la compléter par une politique budgétaire commune. La BCE vient d’ailleurs d’abaisser ses prévisions économiques, malgré une injection massive d’argents frais dans les circuits financiers de l’Union.

l’institut monétaire table désormais sur une croissance en zone euro de 1,4 % cette année (contre 1,5 % précédemment), de 1,7 % en 2016 (contre 1,9 %) et de 1,8 % en 2017 (contre 2 %). Quant à l’inflation, elle devrait atteindre 0,1 % en 2015, 1,1 % en 2016 et 1,7 % en 2017, contre + 0,3 %, + 1,5 % et + 1,8 % respectivement jusqu’à présent, a précisé M. Draghi. La BCE envisage même un recul passager des prix « dans les prochains mois ». En cause cette fois, la faiblesse des cours du pétrole, qui tire la moyenne des prix vers le bas.

Autrement dit, la déflation menace malgré l’utilisation d’armement lourd pour la combattre. Le cours du pétrole évidemment bon dos: la crise en Chine et le patinage américain dans la semoule sont les vraies causes de l’apathie des marchés européens. Cette semaine encore, l’emploi aux Etats-Unis a plombé les marchés.

Vers un nouveau big one financier?

Le sujet européen du moment se trouve là, en réalité: alors que la BCE a épuisé toutes ses armes, le danger d’un effondrement des marchés est toujours présent. Il est d’abord dû à la panne mondiale de croissance, à laquelle l’Europe prend généreusement sa part.

L’idée d’un gouvernement économique européen est l’ultime farce inventée pour sauver un monde finissant dont personne ne connaît aujourd’hui le destin futur. On peut prendre les paris d’une remise en cause, dans les douze mois qui viennent, des fondements sur lesquels le modèle européen est bâti depuis 30 ans.

 

Euro: et le canard grec était toujours vivant!

Les amateurs d’humour gaulois retrouveront avec plaisir dans Alexis Tsipras une sorte d’incarnation contemporaine et politique du canard de Robert Lamoureux, toujours vivant après plusieurs jours de combat et de poursuite dans la maison. Pour ceux qui auraient la mémoire un peu courte, j’ajoute d’ailleurs une version live de ce moment d’anthologie comique:

 

L’euro, terrain idéal pour la chasse au Tsipras

L’arrivée de Tsipras au pouvoir en Grèce date d’il y a quatre mois et demi. Dès son investiture, Tsipras (et c’était assez logique) avait placé la question de la renégociation de la dette grecque et celle de la remise en cause de l’austérité au coeur de son programme. Depuis cette date, l’une et l’autre parties ont réussi l’exploit de ne pas avancer d’un pouce: les Européens, qui considèrent que la dette grecque est le fruit (pourri) de leur solidarité avec la Grèce, exigent que celle-ci continue les remèdes de cheval qu’elle lui impose (avec plus ou moins de sincérité locale) depuis cinq ans sans aucun résultat, pendant que les Grecs n’ont mis en place que très peu de propositions sociales sur le plan intérieur (ni réforme fiscale, ni remise en vigueur des conventions collectives) sans obtenir la moindre compassion de la part de leurs partenaires.

Cette stagnation est-elle le fruit d’un désintérêt collectif? Pas du tout, pour parvenir à ce brillant résultat, les Européens ont multiplié les sommets, les réunions, les rencontres bilatérales, les missions d’expert, les coups de téléphone de nuit.

L’Allemagne ne veut plus de la Grèce dans la zone euro

La principale raison pour laquelle les négociations patinent tient évidemment à la volonté discrète mais tenace du cruel Dr Schaüble, ministre allemand des Finances, de voir la Grèce sortir de la zone euro. Depuis l’arrivée de Syriza, il exige une capitulation des « rebelles » sans condition: ou bien ils acceptent sans barguigner les réformes décidées par l’Union, ou bien ils sortent de la zone euro. À mesure que le défaut grec se rapproche, et qu’un accord devient possible, son intransigeance est de plus en plus visible.

Ainsi, mardi soir, alors qu’Athènes envoyait une proposition d’accord, Schaüble déclarait:

Wolfgang Schäuble, le ministre des finances, a pris « en partie connaissance » de la liste de réformes proposée par le gouvernement grec. Cela « ne change rien à l’opinion que j’avais exprimée » la semaine dernière – sur le fait que l’optimisme sur une issue rapide des négociations n’était pas justifié –, « ça la conforte plutôt » a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse à Berlin.

La veille, selon le journal Bildune réunion s’était tenue à Berlin entre Merkel, Draghi, Juncker et Lagarde sur le sujet grec, sans qu’il fût informé.

Le titre de l’article du Bild était : « La chancelière va-t-elle perdre son ministre le plus important? ».

« Pour Schäuble, c’est très clair », écrit le quotidien à grand tirage. « L’euro n’échouera pas à cause d’un ‘Grexit’ (une sortie de la Grèce-NDLR) mais plutôt à cause d’un relâchement de ses règles. Schäuble n’a plus rien à perdre. »

On notera que la France n’est pas invitée à ces réunions où les vraies décisions se prennent…

La course pathétique de Tsipras derrière l’euro

Alors que la zone euro a pratiquement pris acte de la sortie de la Grèce, Alexis Tsipras continue à courir après son maintien en ligue 1. Cette obstination devient pathétique, surtout lorsque le Premier Ministre grec ressort sa panoplie de danseur de syrtaki pour tenter de faire plier ses partenaires. Non seulement il annonce tous les jours ou presque être « très proche » d’un accord, mais il ne cesse de trouver des subterfuges pour continuer une négociation où chaque jour qui passe durcit les prétentions de ses créanciers. Ceux-ci exigent désormais clairement une forte augmentation de la TVA sur les produits de première nécessité, des coupes sombres dans les pensions, et des privatisations en veux-tu en voilà. Tsipras réussit l’exploit de dire non à tout, de n’avoir plus d’argent (il a obtenu un report de dernière minute pour ses obligations de remboursement au FMI vendredi) et de revendiquer un maintien dans la zone euro avec versement de 7 milliards d’aide à la clé.

L’imposture Tsipras ne fait plus rire en Grèce

Confirmant un papier sur ce blog qui m’avait valu des reproches, le leader du parti politique grec centriste Potami, Stavros Theodorakis, a donné une interview où il éclaire sur les causes du désastre grec en cours:

Je ne crois pas que le gouvernement grec soit prêt à faire des réformes. Ils sont proeuropéens en Europe, mais populistes en Grèce. Syriza appartient à cet ancien système politique où les partis croient qu’ils peuvent s’en sortir avec des promesses. Alexis Tsipras s’inscrit dans cette tradition qui est un drame pour notre pays. (…)

Le premier ministre dit des choses avec lesquelles nous sommes d’accord. Ce n’est pas un extrémiste, mais il ne fait rien pour changer la situation. Nous lui avons demandé, en vain, de donner la priorité à un projet de loi pour mettre fin aux rapports triangulaires entre les partis, les banques et les chaînes de télévision. Cela n’avance pas car les politiques gardent un moyen de pression sur les médias en les menaçant d’une intervention des banques pour qu’elles cessent de leur prêter de l’argent. (…)

La plupart des ministres sont des cadres de Syriza qui ne font rien et qui passent leur temps à la télévision à expliquer ce que devraient faire les ministres français ou allemands.

Pérorer sans travailler? Un point commun entre Syriza et la Front de Gauche, qui explique pourquoi Mélenchon prend tant à coeur la situation grecque.

La zone euro a pourtant bien du souci à se faire

Même s’il est évident que Tsipras ne sera jamais l’homme de la réforme en Grèce, et même s’il est évident qu’aucun de ses projets ne ramènera la moindre prospérité réelle en Grèce, la zone euro gagnerait pourtant à s’interroger sérieusement (c’est-à-dire loin des réflexes schaubeliens au doux parfum de Stuka fendant l’air) sur les risques d’un Grexit. La situation globale de la zone n’est guère brillante et cette semaine a donné une nouvelle preuve de l’affrontement sourd entre la BCE et les marchés qui tentent de l’intimider en vendant massivement les Bunds allemands.

Pour l’instant, Draghi fait la sourde oreille et ne modifie rien à sa politique: il maintient des taux bas, achète massivement les meilleures obligations, et tient la barre quoiqu’il arrive. Jusqu’à quand? Les marchés demandent un relèvement des taux, car ils sont exsangues: leurs titres ne sont plus rentables, et ils doivent délivrer une promesse de rentabilité aux épargnants…

Soyons clairs: la BCE joue avec le feu dans un marché plus grisouteux que jamais.

L’ALLEMAGNE RECADRÉE PAR LA RUSSIE, LA GRÈCE EN FAILLITE

Est-il possible d’endiguer les ambitions impérialistes de l’Allemagne? Poutine, à l’occasion du sommet de Riga, vient de le prouver grâce au seul langage que la Prusse comprend: la menace du recours à la force…

L’Allemagne et le sommet de Riga

Jeudi et vendredi se tenait à Riga un sommet européen consacré au « Partenariat Oriental », c’est-à-dire à une coopération renforcée avec la Moldavie, la Biélorussie, l’Azerbaïdjan, la Géorgie, l’Arménie et l’Ukraine, tous anciens pays membres de l’URSS. Le fait que ce sommet se tienne à Riga ne doit rien au hasard. Il aurait en principe dû se tenir en novembre prochain à Luxembourg, puisque le calendrier normal de sa tenue coïncidait avec la future présidence luxembourgeoise. Mais le pays qui préside actuellement l’Union, la Lettonie, tenait absolument à l’organiser sur son sol.

Cette décision ne manquait pas d’ironie. La Lettonie est aussi un ancien pays membre de l’URSS, conquis par Staline, en son temps, ce qui explique largement l’intérêt de cet Etat membre pour un partenariat avec des satellites de la Russie. Mais les Français ignorent trop souvent que la langue administrative de la Lettonie jusqu’en 1940 était l’allemand, même si, au 18è siècle, la Lettonie fut rattachée formellement à l’empire russe.

Ces petits détails sont importants là-bas, et expliquent pourquoi Angela Merkel a forcé la main de ses alliés pour admettre la Lettonie dans la zone euro au 1er janvier, alors que la crise économique y est cataclysmique. Simplement… l’Allemagne est toujours plus tendre avec ses anciennes possessions qu’avec ces incapables du sud de l’Europe.

Bref, le Partenariat Oriental fut conçu en 2009 comme une manoeuvre d’encerclement de la Russie qui n’est pas sans rappeler la logique militaire allemande de 1942, dont l’un des objectifs fut la conquête des champs de pétrole du sud Caucase. La finalité du processus (de 2009, pas de 1942…) consistait à préparer l’entrée de ces pays dans l’Union: d’ailleurs il était convenu que la Moldavie demande jeudi son adhésion à l’Union européenne.

La Russie prévient l’Allemagne

Poutine n’est pas allé par quatre chemins sur le sujet: il a fait miroiter un scénario à l’ukrainienne à tous ceux qui n’auraient pas encore compris la leçon. Il a donc confié la mission d’explication à son ministre des affaires étrangères Sergueï Lavrov, qui a pris la peine d’exposer clairement la doctrine russe sur le sujet:

Nous reconnaissons le droit de nos voisins, autrefois républiques soviétiques, mais aujourd’hui Etats souverains, à pratiquer une politique extérieure plurivectorielle », a déclaré le ministre intervenant au Conseil de la Fédération (chambre haute du parlement russe). (…)

« Aussi comprenons-nous bien qu’ils (nos voisins, ndlr) peuvent entretenir des liens avec d’autres acteurs en Europe, en Amérique ou ailleurs. La seule chose que nous réclamons, c’est la transparence de ces processus, qu’ils n’aient aucun dessein caché ni schémas dissimulés, qu’ils tiennent pleinement compte des intérêts nationaux légitimes de la Russie que nous avons exposés ouvertement et honnêtement. Autrement dit, nous sommes prêts à harmoniser tous ces processus et à rechercher un équilibre des intérêts (…).

Du coup, les Moldaves ont prudemment battu en retraite et renoncé à leur demande d’adhésion.

L’Allemagne multiplie les gestes apaisants

Angela Merkel s’est sentie obligée d’arrondir les angles et de rétropédaler discrètement. Si elle a expliqué qu’elle ne voulait pas de Poutine sur le sol bavarois lors du prochain G7, en revanche… elle s’est employée à rassurer le nouveau tsar russe.

Tant que la Russie ne se conforme pas au droit international et n’agit pas selon ces principes, un retour au format du G8 n’est pas imaginable, a souligné Mme Merkel, dont le pays accueille début juin le G7 en Bavière (sud), sans la Russie exclue l’an dernier après l’annexion de la Crimée.

Par ailleurs, le Partenariat oriental n’est pas un instrument de la politique d’élargissement de l’Union européenne, a-t-elle affirmé, avant le début à Riga dans la soirée d’un sommet entre 28 pays de l’UE et six pays d’ex-URSS visant à leur rapprochement.

Nous ne devons pas éveiller de fausses attentes que plus tard nous ne serons pas en mesure d’honorer, a-t-elle déclaré. Nous devons le dire de façon claire à nos partenaires de l’Est, et je le fais d’ailleurs, a-t-elle ajouté, évoquant des partenariats sur mesure avec différents pays de l’ancien bloc communiste, en fonction de leurs particularités et de leurs souhaits.

Le partenariat oriental n’est dirigé contre personne, notamment pas contre la Russie. Je vais le dire et le répéter encore et encore : +il ne s’agit pas de choisir entre d’un côté un rapprochement avec l’UE et de l’autre le souhait de la Russie d’un partenariat plus étroit avec ces pays+.

Du coup, le sommet de Riga, plié en quelques heures, n’a débouché que sur un rappel des actions déjà engagées. Un sommet pour rien, au fond.

L’Ukraine fera faillite avant la Grèce, et l’Europe paie sans rien dire

Pendant ce temps, le deux poids deux mesures continue sous l’impulsion d’une Allemagne tout à fait d’accord pour plumer les pigeons européens lorsqu’il s’agit de protéger son Lebensraum. L’Union Européenne continue à faire pleuvoir les milliards sur un pays dont l’insolvabilité ne fait aucun doute pour personne, et qui ne pratique pas la moindre réforme structurelle: l’Ukraine.

«Ce système d’Etat, opaque et corrompu, est friand de fonds internationaux qui se noient dans le budget», explique Oleksandr Borovik, un ancien de Microsoft qui a travaillé comme vice-ministre de l’Economie pendant quelques mois, avant d’être remercié. «Les aides internationales servent à colmater les brèches, sans réformes structurelles. En alimentant le budget, le système des subventions publiques perdure aussi – celles-ci vont à des entreprises archaïques, non rentables, qui ne survivent que pour enrichir certains oligarques.»

On lira sur tous ces sujets l’excellent article du New York Times, qui permet de mesurer l’ampleur du mirage ukrainien.

L’Allemagne se venge sur la Grèce

Face à tous ces déboires, l’Allemagne a retrouvé tous les réflexes prussiens qui ont fait la gloire de l’armée allemande en 1943 et 1944: elle se venge sur les civils. Comme il fallait plier devant les Russes et avaler les mensonges ukrainiens, une victime était toute désignée pour payer: Alexis Tsipras, qui avait imprudemment sollicité un rendez-vous avec Angela Merkel et l’inutile François Hollande.

Jeudi soir, François Hollande et Angela Merkel se sont entretenus avec le premier ministre grec Alexis Tsipras. Plein d’espoir sur l’obtention d’une « solution politique », ce dernier s’est vu renvoyé dans ses buts, les deux dirigeants lui demandant de négocier un accord avec le FMI, la BCE et la Commission européenne. « Il reste beaucoup à faire », a prévenu la chancelière, « plus le programme de réformes serait complet et solide, plus la Grèce aura des chances de soutien à long terme », a fait écho François Hollande.

La stratégie de l’Allemagne consiste bien entendu à humilier la Grèce en la forçant à renoncer à toutes ses prétentions, sinon… on la sort de la zone euro. Il est assez curieux de voir François Hollande se prêter à ce petit jeu.

Tsipras n’aura bientôt plus que ses larmes pour pleurer:

Le gouvernement grec ne « répondra pas à des demandes irrationnelles », « n’acceptera pas de directives humiliantes » et insistera sur « les lignes à ne pas franchir », a promis le Premier ministre.

« Nous ne discuterons pas d’une dérégulation majeure du système salarial. Nous n’accepterons pas une nouvelle réduction des retraites », a-t-il détaillé, notamment à destination des membres de Syriza qui réclament une application stricte des promesses électorales du parti.

Le scénario alternatif à la faillite grecque

La presse européenne se fait l’écho de façon insistante d’un autre plan possible pour la Grèce, consistant à ne pas trancher, et à maintenir les mesures d’urgence jusqu’à l’automne (au moins). Ce plan, rapporté par Romaric Godin, prolongerait le plan d’aide d’urgence à la Grèce, permettant ainsi le versement de 4 milliards d’euros (somme insuffisante pour rembourser les créanciers d’ici à septembre, toutefois…). En contrepartie, la Grèce mènerait un plan de 5 milliards d’économie, avec une réforme de la TVA et un maintien de l’impôt foncier (l’Enfia, sur les résidences principales) que Syriza avait promis de supprimer.

En contrepartie, la Grèce ne pratiquerait pas de réforme des pensions ni du marché du travail. Ce scénario ne semble toutefois pas émaner du camp prussien. Et c’est bien ce dernier qui pèse.

L’Allemagne et la France préparent le « Brexit »

Puisqu’on en est au grand nettoyage, l’Allemagne et la France ont décidé (il serait plus exact de dire que l’Allemagne a décidé et que la France suit) de renvoyer David Cameron dans ses buts. Cameron est arrivé à Riga avec des revendications sur le fonctionnement de l’Union qui n’étaient pas inscrites à l’ordre du jour… et qui n’ont donc pas été traitées.

Entre autres, David Cameron veut revenir sur la libre circulation des personnes au sein de l’Union et obtenir le droit de limiter l’accès au système de protection sociale britannique pour les ressortissants de l’UE qui s’installent au Royaume-Uni. Le marché est clair: soit il obtient ce qu’il veut, soit il organise un referendum sur la sortie de l’Union.

Ce chantage a évidemment perdu de sa force à la simple lecture de la presse où les investisseurs britanniques, clés de la prospérité du pays, se mettent publiquement debout sur le frein en comptant leurs pertes dans l’hypothèse où ce scénario se réaliserait. Merkel n’a pas manqué de le laisser entendre, et a laissé François Hollande se montrer loquace sur ce sujet où il s’agit de jouer aux autoritaires:

De tels entretiens [sur une réforme de l’Union], « il n’y en a pas eu, c’est une évidence, en réunion plénière, mais même dans des apartés, il n’y a eu aucune discussion », a déclaré M. Hollande aux journalistes, « et d’ailleurs, ce n’était pas le lieu et ce n’était pas le moment ».

« S’il y a des discussions, elles auront lieu d’abord à un niveau bilatéral puisque je recevrai David Cameron le 28, la chancelière le recevra le 29 », a-t-il poursuivi, prédisant que d’autres discussions auront sûrement lieu avec la Commission européenne « dans les prochaines semaines ».

Quant au référendum sur une éventuelle sortie du Royaume-Uni de l’UE, « l’Europe n’est pas intéressée par un vote. S’il a lieu, il faudra y répondre mais là, pour l’instant, je ne suis pas saisi d’une proposition particulière de la Grande-Bretagne », a déclaré le président français.

« Ça viendra. J’imagine que David Cameron va venir avec un certain nombre de propositions », a-t-il ajouté.

La BCE inquiète les marchés

Ultime mauvais signe pour l’Europe: la Banque Centrale Européenne a des relations tendues avec les Etats membres et les marchés financiers. La politique d’assouplissement quantitatif et de rachat d’obligations souveraines sur les marchés fabrique en effet très consciencieusement et très rapidement une bulle spéculative dont le premier effet est de favoriser la volatilité des marchés.

Pour Mario Draghi, ce n’est manifestement pas le problème majeur. Selon lui, l’amélioration économique rapide due à sa politique monétaire pose un problème plus grave: les Etats membres les plus endettés ou les plus déficitaires repoussent les réformes structurelles indispensables grâce à l’argent facile qui circule. Les Français ne pourront guère le nier.

Pour les marchés, l’extrême volatilité met en danger l’ensemble du système. La polémique qui a suivi les propos tenus par Benoît Coeuré, membre du directoire de la BCE, devant quelques happy few, sur la politique à venir de la BCE l’a montré: les « initiés » procèdent à des ventes ou des achats massifs à la moindre modification qui intervient sur le marché.

Et c’est probablement la principale leçon à retenir de cette semaine: l’Europe est entrée dans un cycle d’hyper-sensibilité où tout est prétexte à l’excès…

 

Les Européens en pleine crise d’isolationnisme

Les Européens sont-ils atteints du mal qui a longtemps frappé les Etats-Unis: l’isolationnisme? Les débats sur le « Migration Agenda » lancé par Jean-Claude Juncker et sa fine équipe le laissent à penser.

Juncker veut que les Européens accueillent 1,5 million de migrants par an

Certains Européens n’ont évidemment pas manqué d’être stupéfaits en découvrant le « Migration Agenda » concocté par la Commission Européenne et rendu public mercredi. La presse l’a volontiers réduit à un simple plan d’accueil de 20.000 réfugiés à répartir équitablement entre tous les pays de l’Union.

En réalité, le programme migratoire de la Commission Européenne est de nature très différente. Dans un rapport sur le vieillissement d’ici à 2060, la Commission anticipe des flux migratoires situés entre 1 million et 1,5 million de migrants chaque année dans l’Union:

Européens et migration

Précisons qu’il s’agit bien ici d’un flux migratoire net, c’est-à-dire de la différence entre la masse des gens qui arrivent dans l’Union et la masse des gens qui la quittent. Pour Jean-Claude Juncker, ce mouvement est nécessaire pour compenser la dénatalité observée dans certains pays européens, notamment en Allemagne.

Selon les services de la Commission, l’Allemagne tomberait en effet en 2060 à une population de 70 millions contre 90 aujourd’hui, pendant que la Grande-Bretagne deviendrait le pays le plus peuplé de l’Union avec 80 millions d’habitants. La France gagnerait 10 millions d’habitants (75 millions d’habitants en 2060).

Ces plans sur la comète justifient la politique très technocratique de Juncker consistant à « sauver » l’Europe par l’importation d’une main-d’oeuvre non européenne. C’est dans cette perspective que Juncker a pris l’initiative d’une politique migratoire plutôt volontariste.

On comprendra toutefois qu’accueillir 20.000 réfugiés qui traversent la Méditerranée en bateau ne suffit pas à remplir l’objectif de 1,5 million d’immigrés par an. Mais l’intention y est et certains, à gauche, ont salué un geste fondateur de la part de Juncker. L’Europe ne tient décidément plus à grand chose.

Les Européens dans le réflexe isolationniste

Immédiatement, la proposition Juncker a fait bondir les principaux contributeurs à l’effort migratoire. Les Européens vivent dans l’illusion qu’ils pourront contenir les migrants avec un coup de baguette magique, exactement comme l’empire romain eut l’illusion de pouvoir contenir les invasions germaniques.

La Grande-Bretagne, qui est déjà proche du « Brexit », a annoncé qu’elle ferait jouer son droit de retrait (comme l’Irlande et le Danemark) et s’exonérerait des décisions de la Commission, prônant le renvoi des migrants dans leur pays d’origine. Il devrait rapidement rassemblée d’autres pays de l’Union, comme la Finlande, sur cette ligne. C’est un peu fâcheux, puisque le mécanisme de répartition concocté par Juncker prévoyait que la Grande-Bretagne prendrait à sa charge 12% des réfugiés, soit 2.300 personnes. Si le plan Juncker passe de l’utopie à la réalité, il obligera donc l’Allemagne, la France et l’Italie à fournir un effort supplémentaire pour réparer le lâchage britannique.

Cette perspective n’a guère enchanté Manuel Valls qui s’est précipité à Menton pour déclarer qu’une politique de quotas n’était pas une bonne idée. La posture est un peu hypocrite, puisque la France propose un mécanisme proche, mais la France a apporté sa voix à la doctrine isolationniste de ses partenaires.

La France s’affaiblit par son isolationnisme

La frilosité française à accueillir des réfugiés venus de Méditerranée constitue une nouvelle rupture avec notre doctrine traditionnelle et marque un nouveau recul dans notre rayonnement international. Les réfugiés que la France refuse d’accueillir proviennent pour l’essentiel de Syrie et d’Irak. Tous fuient la poussée de l’Etat islamique qui les promet aux pires cruautés et à la barbarie.

Depuis l’an mil, la France a toujours été au coeur de l’intervention militaire dans cette région du monde pour protéger les populations chrétiennes. Cet interventionnisme a connu une nouvelle vigueur au dix-neuvième siècle, époque où Napoléon III a renoué avec une présence forte au Liban et en Syrie. Sous l’effet d’une droite bornée qui fait des calculs d’épiciers (à la Eric Ciotti), la France est aujourd’hui en train de réduire son intérêt pour cette région à une simple posture de Marseillais (« il faut dire beaucoup de mal des Musulmans qui persécutent les Chrétiens d’Orient ») accompagnée d’un immobilisme absolu (« surtout, ne levons pas le petit doigt pour leur donner asile »).

Or, s’il existe bien un pays qui, en Europe, se suicide en pratiquant l’isolationnisme, c’est la France. Plusieurs siècles de présence dans le monde sont en train d’être ruinés par une génération de politiciens médiocres incapables de voir plus loin que leur prochaine réélection.

Sic transit gloria mundi.

L’Allemagne veut un « Grexit », cet hyper-isolationnisme

Si l’Allemagne s’est pour l’instant montrée discrète sur la question des migrants, elle se consacre avec beaucoup plus d’énergie à son isolationnisme à elle: protéger l’euro contre les indésirables laxistes budgétaires, à commencer par les Grecs.

Grâce à la Banque Centrale Européenne (et au FMI), la Grèce est parvenue à masquer sa faillite cette semaine. Facialement, elle a honoré une traite de 700 millions€ auprès du FMI et elle a payé les 500 millions€ de salaires dus à ses fonctionnaires. En réalité, elle a acquitté ses obligations avec de la monnaie de singe: 100 millions viennent du droit de tirage dont elle dispose auprès du FMI, et le reste est venu d’un emprunt à court terme souscrit par les banques grecques avec la bénédiction (et l’argent) de la BCE.

Il n’en fallait pas plus pour faire hurler le camp prussien (auquel la France adhère béatement). Le gouverneur de la Buba, le hurlant Weidmann, a critiqué cette aide (de moins en moins) discrète de la BCE.

«Vu l’interdiction (qu’a la BCE, selon son mandat) de financer directement les Etats, je ne trouve pas normal que l’on consente à des banques, qui n’ont pas accès aux marchés, des crédits, par lesquels se finance leur pays, qui lui-même n’a plus accès aux marchés», a résumé le président de la Bundesbank, dans un entretien au quotidien économique allemand Handelsblatt.

Il a reçu le soutien du gouverneur de la banque autrichienne, pendant que le rutilant Varoufakis saluait le combat acharné de Mario Draghi contre les Allemands.

Sur le fond, le camp prussien exige toujours de la part des Grecs une réforme des retraites et de la TVA, jugées comme une « ligne rouge » par Tsipras.

Tsipras et la tentation du plébiscite

Pour Tsipras, la situation est de plus en plus compliquée à gérer. Soit il veut rester dans la zone euro, et il devra bien plier aux exigences de l’Allemagne, soit il reste fidèle à ses engagements électoraux et c’est la crise ouverte avec les partenaires européens. Ses petits camarades le lui ont rappelé jeudi soir lors d’une réunion houleuse au Parlement grec. Les députés de Syriza auraient pris leur Premier Ministre à partie en lui reprochant de trahir le programme sur lequel il a été élu. « Les lignes rouges du gouvernement sont aussi les lignes rouges du peuple grec », lit-on dans un communiqué publié à la sortie de cette réunion…

Du coup, Tsipras a entrouvert une porte sur la TVA, mais a annoncé qu’il ne cèderait pas sur les retraites.

Ces dissensions internes n’en sont qu’une parmi d’autres pour un gouvernement confronté à une nouvelle récession. La construction d’une mosquée à Athènes a donné l’occasion, à la coalition gouvernementale, de se déchirer publiquement lors d’un vote au Parlement: les députés du parti de l’indépendance grecque ont voté contre le projet d’un gouvernement auquel ils appartiennent.

Une solution, pour Tsipras, consisterait à soumettre à un referendum les concessions qu’il pourrait lâcher aux Européens. Cette voie lui permettrait de valider directement auprès des citoyens le prix à payer pour rester dans la zone euro. Une stratégie du quitte ou double pour l’ensemble de l’Union…

Et pendant ce temps on cause partenariat oriental

La semaine prochaine doit se tenir à Riga un sommet européen au cours duquel le « partenariat oriental » doit être évoqué. Ce partenariat vise à rapprocher certains anciens territoires soviétiques (Moldavie, Arménie, Ukraine…) de l’Union. Quelle est l’opportunité de provoquer la Russie alors que l’Europe est incapable de gérer ses relations avec le Moyen-Orient?

Certains mauvais esprits y verraient sans doute l’intention plus ou moins assumée de détourner l’attention des citoyens européens vers un conflit plus ou moins armé avec la Russie, prétexte pour agrandir notre sphère d’influence.

Cette Europe centrée sur la Prusse est décidément vouée au pire. En attendant que des propres démons financiers ne la foudroient de l’intérieur.

 

L’Europe bientôt reconnue en état de mort clinique

L’Europe, pour ceux qui ne s’en sont pas aperçus, est désormais en état de mort clinique. Entre la plausible faillite grecque et le triomphe de Cameron en Grande-Bretagne, sans compter les prochaines disputes sur l’immigration ou la guerre civile en Macédoine, le fantasme d’une Union politique prospère et pacifique a définitivement sombré.

L’Europe achevée par l’électeur britannique

Comme on s’ennuyait un peu en Europe, entre crise grecque et prochain krach obligataire, nos amis électeurs de la perfide Albion ont décidé de mettre un peu de piquant dans la vie politique continentale, grâce à une astuce simple: accorder un jovial triomphe à celui qui leur a annoncé un referendum sur leur maintien dans le navire communautaire. David Cameron a donc décroché la timbale en obtenant la majorité absolue aux élections législatives. Well done! D’ici à fin 2017, la Grande-Bretagne pourra définitivement torpiller un édifice qu’elle déteste depuis si longtemps…

Seule consolation pour ceux qui trouveraient ce destin vraiment trop injuste: la victoire écrasante des nationalistes écossais (56 des 59 sièges remportés d’un coup… jolie performance) devrait fortement écorner l’autorité des Anglais dans un Royaume-Uni entré lui-même (malgré les apparences) en décadence.

La meilleure preuve de cette décadence est venue des instituts de sondage britanniques, qui avaient prévu un score médiocre pour le Premier Ministre sortant. Avoir des sondagistes pires que ceux qui sévissent en France! c’est vraiment inquiétant pour l’état de la Grande-Bretagne.

L’Europe déjà terrorisée par le « Brexit »

Pour les Européistes de tous poils, la sanction des urnes britanniques est une cause de terreur. Leurs idéologues en chef n’ont pas tardé à expliquer combien toutes ces idées contraires aux leurs étaient ineptes. On retrouvera notamment les propos de notre inénarrable Pierre Moscovici:

« Pour moi, la place de la Grande-Bretagne — c’est l’intérêt de la Grande-Bretagne, c’est l’intérêt de l’Union européenne — est dans l’Union européenne », a dit Pierre Moscovici sur Europe1.

« M. Cameron fera ce qu’il estime devoir faire, se déroulera ou ne se déroulera pas un référendum mais, franchement, (…) toutes les études économiques le montrent, le coût politique et économique de ce qu’on appelle un ‘Brexit’ serait tout à fait considérable, et d’abord pour le Royaume-Uni », a-t-il ajouté.

Evidemment, si « toutes les études économiques » montrent que le « Brexit » est une aberration… Moscovici oublie que ces mêmes études économiques montraient aussi que l’euro apporterait la prospérité. Comme la suite de l’histoire l’a confirmé…

François Hollande s’est, pour sa part, offert une nouvelle tranche de ridicule, en rappelant à David Cameron:

«Il est légitime de tenir compte des aspirations des Britanniques mais il y a des règles en Europe et parmi ces règles il y a la concertation»

La France de Hollande qui appelle au respect des règles communautaires. Quelle blague! surtout au moment où le déficit dérape

Juncker accélère l’agonie de l’Europe

Comme un malheur n’arrive jamais seul, celui qui devrait redonner espoir, Jean-Claude Juncker, président de la Commission, a décidé d’administrer l’injection létale finale au continent. Non seulement il va proposer des actions militaires en Libye pour juguler l’émigration clandestine, mais il a mis à l’ordre du jour des travaux communautaires la mise en place de quotas chiffrés d’émigrés pour chaque pays de l’Union.

Si l’on songe que Cameron a notamment fait campagne pour une limitation de la liberté de circulation des personnes au sein de l’Union, le projet de Juncker devrait garantir un « Brexit » sans aucun problème. L’idée, au passage, semble soutenue par l’Allemagne.

Attaque en règle des marchés financiers contre la BCE

Quand les Britanniques reconduisaient Cameron au 10, Downing Street, les marchés financiers se livraient de leur côté à une attaque en règle contre la politique de taux bas de la banque centrale européenne. Le quantitative easing de la BCE s’accompagne en effet de taux directeurs très bas qui étranglent les gestionnaires de portefeuilles. Il leur est de plus en plus difficile de servir de la rentabilité à leurs clients!

Du coup, le financier Bill Gross, fondateur de Janus Capital après avoir été viré de Pimco, a lancé un avertissement à la BCE, dans le sillage duquel les marchés se sont volontiers placés: il a massivement vendu de la dette souveraine allemande, dont le taux a brutalement flambé de 60 points de base en quelques dizaines de minutes. Les taux français, pour leur part, doublaient.

L’extrême sensibilité des marchés à la question de taux montre bien que la politique de la BCE ne pourra durer sans dégât considérable pour les places financières. L’avertissement mérite d’être médité à l’approche d’un automne qui devrait être chaud.

Nouvel épisode dans la version grecque de « Plus belle l’Europe »

Ce 11 mai se tient une nouvelle réunion de l’Eurogroupe, présentée il y a quelques semaines comme décisive et ultime, mais à la dernière minute annoncée comme non-conclusive.

Dans la pratique, la Grèce refuse de céder sur une réforme des retraites ou sur un assouplissement du marché du travail. En outre le Premier Ministre Tsipras continue à jouer aux Machiavel en quémandant des projets communs avec la Russie, qui est décidée à dire oui si la Grèce s’engage à payer. Tout ceci exaspère les partenaires européens de la Grèce, à commencer par le terrible docteur Schaüble, qui a brisé le tabou de la faillite:

«Les expériences ailleurs dans le monde nous ont montré qu’un pays peut soudainement être précipité vers la faillite», a déclaré le ministre dans un entretien au journal Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung (FAS).

A la question de savoir si le gouvernement allemand se prépare à un tel scénario pour la Grèce, Wolfgang Schäuble se contente de dire qu’«il y a des questions auxquelles un politicien raisonnable ne doit pas répondre».

Avancée dans les prochains jours ou pas? Personne ne cherche plus à le savoir.

La Grèce a déjà faillite, mais on ne nous le dit pas

En réalité, la situation grecque est déjà celle d’une faillite. Sans le constant relèvement des plafonds d’aide d’urgence aux banques grecques (encore 2 milliards cette semaine), manoeuvre totalement artificielle décidée par la BCE, l’Etat grec aurait reconnu depuis longtemps sa faillite. Grâce au coup de pouce de la BCE, la Grèce a pu emprunter 1,1 milliard d’euros cette semaine, après avoir remboursé 200 millions au FMI.

Il est toutefois vraisemblable que, à l’issue d’un Eurogroupe infructueux, la BCE décide d’arrêter les perfusions. L’heure viendra alors des mesures drastiques en Grèce, contre le contrôle des changes destiné à limiter les effets d’un bank run en cas de défaut… dont le gouvernement grec ne cache pas qu’il est proche.

La Commission très optimiste pour le continent

Alors que les nuages s’amoncellent au-dessus du continent, la Commission a jugé bon de relever ses prévisions de croissance. La France fait notamment partie des bons élèves qui devraient aller mieux que prévu. Voilà une belle manifestation d’enthousiasme à l’approche du cap Horn.

 

Pourquoi il faut démembrer l’Allemagne

L’Allemagne conçue comme un espace politique unique de la Prusse au Rhin est une source de déséquilibre systémique pour le continent européen. Il est urgent de procéder à son démembrement, sans quoi l’Europe court à sa perte, comme ce fut le cas en 1914 ou en 1933.

L’Allemagne sans vision politique pour l’Europe

Réunifiée en 1991 par un coup de force, l’Allemagne prussienne aura mis vingt-cinq ans à tuer la construction européenne de 1956. Depuis que l’Allemagne a retrouvé en Berlin, capitale de la Prusse, son centre névralgique, elle se replie sur elle-même et utilise l’Union Européenne comme une arme pour s’enrichir au détriment de ses voisins, la vidant jour après jour de tout esprit de coopération. Seul le bénéfice à court terme et l’esprit de domination guident la Prusse dans sa conception des relations avec l’Europe.

C’est le péché capital de la Prusse depuis qu’elle a annexé le Rheinland, c’est-à-dire depuis les années 1840. Contrairement à ce que beaucoup de Français peuvent croire, l’Allemagne n’est pas un Etat-nation homogène comme la France. Elle n’existe qu’à travers une construction économique et monétaire (le Zollverein, l’Union douanière) dont la seule identité est le profit immédiat.

L’erreur européenne fut d’accepter sans coup férir une « réunification » allemande et une réinstallation de la capitale à Berlin: nous en payons aujourd’hui le prix fort.

L’Allemagne a féodalisé la Commission Européenne

Le premier signal du dysfonctionnement européen est envoyé par la Commission Européenne. Présidée par un Luxembourgeois sauvé des eaux grâce à Angela Merkel, la Commission a perdu toute existence politique et n’a plus qu’une utilité: endosser les décisions prises à Berlin. Pour le reste, les affaires sont directement négociées par maman Angela ou par ses sbires.

La crise grecque en donne un formidable exemple: la Commission n’y joue que les roues de secours. Les décisions se prennent (ou pas…) au sein de l’Eurogroupe, l’instance des ministres des Finances, présidée par le néerlandais Jeroen Dijsselbloem, choisi en son temps par Angela Merkel.

L’affaire des OGM, preuve de féodalisation

Que la Commission Européenne soit un instrument parmi d’autres de l’hégémonie prussienne en Europe est rappelé par l’étonnante affaire des OGM intervenue vendredi. De façon inattendue, en effet, la Commission a autorisé 10 nouveaux OGM (colza, maïs, soja, coton) pour une durée de 10 ans. Il n’est pas inutile de savoir que ces types d’organismes sont produits par Monsanto, BASF et Bayer Crop.

Comme c’est bizarre! deux des trois entreprises qui profitent de cette décisions sont allemandes. BASF avait déjà obtenu une autorisation pour un OGM en 2010, et Bayer Crop est née en 2002 du rachat de la filiale agro-alimentaire d’Aventis. La troisième entreprise, Monsanto, est américaine: voici un beau geste de Juncker dans le cadre de la négociation du TTIP.

L’Allemagne ne s’intéresse qu’à ses propres frontières

L’affaire des migrants qui se noient par centaines dans la Méditerranée en tentant d’atteindre les côtes italiennes a permis à Angela Merkel de mener une nouvelle opération à courte vue au nom, bien entendu, de l’amitié entre les peuples.

Très longtemps, l’Union a laissé l’Italie (considérée comme mal gérée par les Allemands) se débrouiller seule avec la question des migrants. L’opération « Mare Nostrum« , lancée en 2013, avait permis de juguler ces morts massives. Le Premier Ministre italien avait finalement considéré que rien ne justifiait que l’Italie finance seule une opération qui profitait à l’ensemble de l’Union.

Celle-ci a finalement pris le relais en novembre 2014 avec l’opération Triton, dotée d’un budget 3 fois moindre. Les conséquences ne se sont pas faites atteindre: les naufrages se sont multipliés.

On oublie trop souvent que « l’avarice » de Triton est directement due à l’Allemagne. Le ministre de l’Intérieur allemand avait, en octobre 2014, reproché à « Mare Nostrum » d’avoir servi de « pont » vers l’Europe et de contribuer ainsi à une augmentation de 60% des demandes d’asile en Allemagne. La volonté allemande a bien consisté, à cette époque, à réduire l’aide apportée aux migrants…

L’Allemagne a unilatéralement décidé du Grexit

La gestion de la crise grecque constitue une remarquable illustration du risque auquel l’Europe s’expose en laissant à l’Allemagne prussienne la conduite des opérations. Depuis l’élection de Syriza, Angela Merkel a décidé de sortir la Grèce de la zone euro. Pour y parvenir, l’Allemagne organise un jeu de dupes dont les principaux acteurs sont ses pions: Jeroen Dijsselbloem, chargé de s’assurer qu’aucun compromis n’est passé en dehors des points décidés à Berlin, les nouveaux entrants dans l’Union (choisis par l’Allemagne), comme les Slovaques, les gouvernements « centristes » mais eurosceptiques du Nord de l’Europe (comme en Finlande…) et bien entendu Jean-Claude Juncker lui-même.

Tous ces acteurs organisent le jeu de façon très répétitive. Des sommets sont organisés pour évaluer des propositions grecques qui n’interviennent jamais. Indéfiniment, les alliés européens de l’Allemagne déplorent donc l’absence de progrès grecs, et laissent au cruel docteur Schaüble, ministre allemand des Finances, le rôle du méchant génie qui ponctue les réunions par une remarque très attendue: la Grèce s’approche du Grexit.

Le sommet de Riga de vendredi n’a pas dérogé à la règle. Il était d’ailleurs annoncé comme ne devant déboucher sur aucune solution. Il a toutefois donné lieu à une innovation: pour la première fois, un ministre des Finances a osé demander tout haut ce qui se passerait si aucun accord avec la Grèce n’était trouvé. C’est évidemment un pion de l’Allemagne qui a levé le lièvre, en l’espèce le ministre slovène des Finances (rappelons que l’Allemagne a imposé la Slovénie dans la zone euro).

Cette question opportunément posée a permis à Wolfgang Schaüble de répondre à la presse:

« si un politique responsable répond oui à cette question, vous savez ce qui va se passer, s’il répond non, vous ne me croirez pas. »

L’Allemagne a-t-elle bien mesuré les risques qu’elle fait courir à l’Europe en organisant la première sortie non volontaire de la zone euro? L’avenir nous le dira…

Le Grexit préparé pour le 11 mai

C’est l’Eurogroupe du 11 mai qui tranchera sur la question grecque. Auparavant, la BCE aura statué sur la « fermeture » du robinet aujourd’hui ouvert en faveur de la Grèce. Une réunion se tiendra le 6 mai à Francfort pour évoquer le maintien ou non du financement d’urgence des banques grecques par la BCE (encore relevé d’1,5 milliard€ cette semaine), bouée de sauvetage sans laquelle l’Etat grec ne peut plus se financer.

Ce calendrier a sa cohérence: le 12 mai, la Grèce doit rembourser 948 millions d’euros au FMI, et devrait théoriquement officialisé son défaut ce jour-là. Tsipras a eu l’illusion de pouvoir y échapper en mobilisant toute la trésorerie publique existante, mais il n’aurait récupéré que 500 millions d’euros de cette façon, au lieu des 2 milliards attendus.

La Grèce en plein coup d’Etat qui ne dit pas son nom

Face à l’urgence, Tsipras multiplie les décisions d’exception qui laissent perplexe sur l’état de la démocratie grecque. En particulier, Tsipras a promulgué un décret contraignant toutes les collectivités publiques à confier leurs liquidités à la banque nationale grecque. Cette décision ahurissante prouve, s’il le fallait, que la Grèce est d’ores et déjà en situation de faillite. Elle revient à confisquer autoritairement l’ensemble du pouvoir en Grèce au profit du gouvernement.

Pour la Grèce, cette décision est très mauvais signe: elle organise la chute systémique de l’ensemble de la structure publique grecque. Elle préfigure une crise politique de grande ampleur, déjà évoquée par le gouvernement Tsipras lorsqu’il évoque un retour aux urnes pour susciter un plébiscite sur sa politique.

Tsipras voit-il le coup venir?

L’urgence financière qui touche la Grèce produit déjà un effet de contamination. Les taux d’intérêt se tendent et la Grèce emprunte désormais à 10 ans à près de 13%. La hausse des taux a également touché l’Italie, l’Espagne et le Portugal. Le risque de contamination systémique est évidemment le scénario sur lequel Tsipras parie dans sa partie de poker: l’homme qui avait roulé des mécaniques en arrivant au pouvoir et qui, à ce stade, n’a entamé aucune vraie réforme, joue la montre en étant convaincu que l’Allemagne cèdera par peur d’un effondrement généralisé en cas de défaut grec.

D’ores et déjà, la Grèce a donc bâti son plan « B », c’est-à-dire son sauvetage par le Mécanisme Européen de Stabilité (MES). En attendant, il multiplie les vexations vis-à-vis de l’Allemagne (et les cadeaux à l’administration américaine) en écartant par exemple un consortium allemand des privatisations qu’il décide.

Tsipras, redisons-le, est bien téméraire d’accorder à l’Allemagne une intelligence suffisante pour éviter le scénario du pire. On penche plutôt pour l’inverse: l’Allemagne ne se fera pas prier face au défaut grec, et sortira les impétrants sans ménagement de la zone euro.

Les frises du Parthénon, dernière farce européenne

En attendant, la Grèce livre l’un de ses derniers combats, très symbolique des relations entre les Européens. Les soutiens se sont en effet multipliés pour plaider en faveur d’un retour de la frise du Parthénon, actuellement au British Museum, vers le musée de l’Acropole. Même la femme de George Clooney s’y est mise. Au fond, le gouvernement Tsipras parviendra à pipoliser comme jamais la cause du nationalisme grec.

Ce sera peut-être sa principale victoire.

 

 

La Grèce mettra-t-elle ses bases militaires à disposition des Russes?

La Grèce a encore constitué le clou du spectacle mondial cette semaine, et on commence à comprendre (enfin!) le principal obstacle au règlement de la situation: Tsipras ne veut pas réformer les retraites, comme ses créanciers le lui demandent. Du coup, Tsipras confirme son virage vers Moscou, avec des annonces inquiétantes.

Pressions internationales grandissantes sur la Grèce

L’air de rien, les différents sommets internationaux qui se sont tenus cette semaine ont donné l’occasion, aux créanciers de la Grèce, de déclencher un véritable orage d’acier politique sur le ciel athénien.

Mardi:

La BCE relève de 800 millions le plafond d’intervention d’urgence en faveur des banques grecques. Cette technique permet aux banques grecques de financer discrètement l’Etat. Le lendemain, Mario Draghi, à l’issue de la réunion de la BCE, explique:

Cette aide aux établissements grecs pourrait-elle s’interrompre? «La réponse est entièrement entre les mains des Grecs», a déclaré le patron de la BCE. Une manière de dire à demi-mot qu’il est temps pour le gouvernement d’Alexis Tsipras de présenter enfin la liste de réformes que lui réclament pour la semaine prochaine ses créanciers, la BCE, l’Union européenne et ses États membres ainsi que le FMI. «Nous continuerons de rallonger les liquidités aux banques grecques tant qu’elles sont solvables et présentent des collatéraux (garanties, ndlr) suffisants», a cependant ajouté Mario Draghi, se retranchant derrière les règles en vigueur.

De son côté, Olivier Blanchard, chef économiste du FMI, déclare lors d’une conférence de presse:

« Une crise grecque ne peut être exclue, et cela serait un évènement qui déstabiliserait les marchés financiers », a estimé M. Blanchard en présentant les prévisions économiques révisées du Fonds monétaire international pour 2015 et 2016.
« Nous sommes au milieu de négociations avec les Grecs et nous voulons vraiment qu’elles aboutissent », a-t-il affirmé. Mais une sortie de la Grèce de l’euro « serait très coûteuse et très douloureuse pour la Grèce », a-t-il averti.
« Le reste de la zone euro est en meilleure position pour faire face à une sortie de la Grèce. Certains des pare-feux qui n’étaient pas là avant, le sont maintenant et même si cela ne serait pas facile, cela pourrait être fait », a-t-il estimé.
« Si cela devait arriver, la façon de rassurer les marchés serait d’utiliser cette opportunité pour réaliser des progrès sur la voie d’une union budgétaire et politique et cela serait clairement le bon moment pour le faire »

Mercredi:

L’agence de notation Standard’s and Poor baisse la note de la Grèce à CCC+ « en raison de l’incertitude entourant les négociations prolongées entre le gouvernement grec depuis bientôt trois mois à la tête du pays et ses créanciers officiels ».

Le même jour, l’office public grec de statistiques révisait à la hausse le déficit 2014 et à la baisse l’excédent budgétaire laissé par le précédent gouvernement. Preuve est donc faite que Samaras avait tripatouillé les chiffres pour faire croire à une embellie économique destinée à faciliter sa réélection.

Les Echos publient une tribune de Joseph Stiglitz accusant les Européens de laisser la Grèce faire faillite sans réagir.

De son côté, Wolfgang Schaüble, le ministre allemand des Finances, annonçait:

« Personne ne dispose du moindre indice laissant espérer que nous parviendrons à un accord sur un programme ambitieux », a-t-il dit, ajoutant que le gouvernement Tsipras, en fonctions depuis fin janvier, avait « détruit » tous les progrès économiques réalisées par la Grèce depuis 2011.

La BCE rend un avis juridique jugeant le projet de loi sur les saisies immobilières présenté par Athènes beaucoup trop permissif.

Jeudi:

Le FMI et la Banque Mondiale tenaient leurs réunions de printemps à Washington, en marge du G20. La Grèce et son défaut imminent ont occupé l’essentiel des discussions, pendant que les taux grecs dépassaient les 10%, voire les 30% pour les taux à 3 ans.

A cette occasion, Pierre Moscovici a soutenu qu’un « Grexit » n’était ni envisagé ni préparé (en patois moscovicien, il faut entendre le contraire…), mais il a ajouté cette phrase inhabituelle dans le philhéllenisme bisounoursien du commissaire:

« On travaille et on fait des progrès mais ces progrès sont trop lents et à ce stade trop faibles. Le temps commence à presser ». Il juge également qu’il « manque beaucoup de choses » dans la liste de réformes que la Grèce doit présenter à ses partenaires pour toucher le dernier versement du plan d’aide international actuellement en cours. Selon lui, il est « absolument indispensable que des progrès solides soient enregistrés » lors d’une réunion des ministres des Finances de la zone euro le 24 avril à Riga.

On notera donc avec intérêt que la réunion du 24 avril, présentée comme une séance de validation finale dans l’accord du 24 février, ne sera plus finalement qu’un point d’étape dans le parcours grec vers la rédemption.

Le ministre Varoufakis répondait:

« Nous ferons des compromis pour arriver à un accord rapide. Mais nous ne nous compromettrons pas ». Sans donner de détails concrets sur ces « compromis » qu’Athènes pourrait faire, il a estimé que « jouer avec l’idée d’un ‘Grexit’ (était) profondément anti-européen », et prévenu que prétendre en estimer les conséquences était « prendre ses rêves pour des réalités ».

Au cours d’une conférence de presse, Christine Lagarde déclarait pour sa part, en réponse à des assertions du Financial Times selon lesquelles la Grèce aurait demandé un report de paiement de son échéance du 6 mai:

« Nous n’avons jamais vu une économie développée demander des reports de paiements », a-t-elle souligné, rappelant que de tels reports entraineraient obligatoirement de nouveaux financements et que ceux-ci « signifieraient des contributions additionnelles par la communauté internationale », dont certains membres « sont dans une situation beaucoup plus difficile que celui qui demande ces reports ».

Vendredi:

Si la Grèce n’était pas à l’ordre du jour du G20, elle a néanmoins occupé tous les esprits, confortés par l’inquiétude des marchés qui ont commencé à dévisser. Comme d’habitude, les dirigeants mondiaux ne se préoccupent guère des faits (si têtus…) qu’une fois le mur face à eux…

Le secrétaire américain au Trésor, Jack Lew, a déclaré vendredi: « ne pas parvenir à un accord créerait d’immédiates difficultés pour la Grèce et des incertitudes pour l’Europe et l’économie mondiale dans son ensemble« .

Selon un communiqué du Trésor, le responsable américain a encouragé les ministres des finances de la zone euro à « chercher une issue constructive« .

Le président américain, Barack Obama, lui-même a exhorté vendredi la Grèce à « engager des réformes« .

« Vous devez montrer à vos créanciers et à ceux qui soutiennent votre système financier que vous essayez de vous aider vous-mêmes« , a-t-il lancé à l’intention des Grecs.

Obama ajoutait même:

«La Grèce doit engager des réformes», a t-il dit. Les Grecs «doivent prélever les impôts. Ils doivent réduire leur bureaucratie, flexibiliser leur marché du travail».

Le ministre britannique Osborne déclarait de son côté:

« La situation en Grèce est l’une des plus inquiétantes à ce jour pour l’économie mondiale. Il me semble évident qu’une initiative ou un calcul malheureux de la part de quelque partie que ce soit pourrait aisément replonger les économies européennes dans le genre de situation périlleuse que nous observions voici trois à quatre ans »

Le G20 a par ailleurs donné l’occasion de tirer la sonnette d’alarme sur la guerre des monnaies et sur les bulles spéculatives…

Last but not least, Varoufakis rencontrait à Washington Lee Buchheit, avocat spécialiste des défauts souverains. De quoi alimenter les fantasmes sur une prochaine banqueroute grecque.

Samedi:

La Grèce devait rencontrer ses créanciers internationaux à Bruxelles. Si les Grecs ont une fois de plus manifesté leur optimisme à l’approche de cette rencontre, la réaction de la BCE n’a laissé planer aucune forme d’équivoque sur la conclusion. Mario Draghi a en effet déclaré:

M. Draghi a estimé qu’il fallait «rétablir le dialogue», alors que les créanciers internationaux attendent de la Grèce une liste de réformes, avant de délivrer au pays une aide de 7,2 milliards d’euros dont il a cruellement besoin.

Le chef de la BCE a également demandé des réformes «chiffrées» et a exigé que le gouvernement de la gauche radicale Syriza soit attentif à «l’impact budgétaire» de ses propositions.

Refusant de spéculer sur un défaut de paiement de la Grèce, synonyme presque certain de sortie de l’euro, M. Draghi a toutefois estimé que la zone euro s’était dotée d’instruments face au risque de contagion, qui «seraient utilisés en cas d’escalade de la crise».

Un désaccord sur la réforme des retraites

Au fil des semaines où se déroule ce formidable sur-place digne des championnats du monde de poursuite cycliste, il apparaît que le principal point d’achoppement entre les parties porte sur la réforme des retraites. C’est Christine Lagarde qui a fini par cracher sa pastille:

La directrice générale du FMI, Christine Lagarde, a répété jeudi pendant un séminaire à Washington qu’Athènes n’avait pas d’autre choix que de réformer son système de retraites, « qui n’est pas viable en l’état », et son système fiscal, « avec la nécessité d’avoir des autorités fiscales indépendantes et des collectes d’impôts efficaces ».

Elle a aussi plaidé pour une libéralisation du secteur des biens et services en raison du poids « des intérêts particuliers » qui entravent la compétition.

 

C’est précisément sur ce point que Tsipras livre bataille:

Dans une déclaration à Reuters, le chef du gouvernement de la gauche radicale a fait état de « progrès notables » sur les questions de la collecte de l’impôt et de la lutte contre la corruption.

Il a en revanche évoqué quatre points de désaccord avec l’UE et le FMI : l’emploi, la réforme des retraites, la hausse de la TVA et enfin les privatisations, qu’il préfère qualifier de « développement des actifs de l’Etat ».

En réalité, seule la réforme des retraites et marginalement la flexibilité du marché du travail posent un vrai problème. Le gouvernement Tsipras a en effet procédé à ses premières privatisations cette semaine. En outre, il mène d’ores et déjà une politique de hausse fiscale, en luttant contre la fraude à la TVA et en mobilisant les biens de l’église, exonérée d’impôts.

En attendant que les belligérants se mettent d’accord, Tsipras vide les caisses partout où il trouve encore un peu de gras, pour tenir le plus longtemps possible. Plus personne ne sait si la date limite pour le défaut grec se situe au 24 avril ou au 12 mai… Il est plus probable que la Grèce soit d’ores et déjà en faillite, mais que les places financières fassent semblant de l’ignorer.

Tsipras vend l’âme de la Grèce à la Russie

Face à ce déluge de pressions, Tsipras a pris le taureau par les cornes. Dans la foulée de sa visite à Poutine le 8 avril, il multiplie les signes d’allégeance au président russe, non sans une certaine malice qui agace déjà ses nouveaux amis.

Ainsi, le gouvernement grec a fait courir la rumeur qu’il allait obtenir une avance sur recettes d’exploitation de 5 milliards d’euros en échange de sa participation au projet encore évanescent Turkish Stream. Moscou s’est empressé de démentir l’information:

Non, il n’y a pas eu d’accord, a réagi le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, sur les ondes de la radio Business FM. Vladimir Poutine a lui-même déclaré que personne n’avait demandé de l’aide (à la Russie).

Naturellement, la question de la coopération énergétique a été soulevée (…) et va être étudiée par les experts, mais la Russie n’a pas promis d’aide financière, tout simplement parce que personne ne l’a demandé, a-t-il ajouté.

La Russie négocie-t-elle de plus en plus chèrement une aide financière à la Grèce? Certains signaux faibles l’indiquent.

La rumeur commence par exemple à courir selon laquelle la Grèce mettrait ses bases militaires à disposition de l’armée russe. En outre, la Grèce, qui est pourtant ruinée, a entamé des négociations pour acheter de l’armement russe.

On voit bien la stratégie de Poutine, excellent commercial décidément, évoquée la semaine dernière dans ces colonnes: exiger des concessions immédiates et des engagements commerciaux grecs en échange d’une hypothétique aide future.

Malgré la Grèce, Draghi fore droit

Alors que la situation grecque commence (trop tardivement, puisqu’il s’agit d’une chronique d’un écroulement annoncé) à stresser pas mal de monde sur notre petite planète, et que l’instabilité financière devient un sujet de préoccupation majeure pour le G20, Mario Draghi a annoncé qu’il continuait à faire tourner la planche à billets:

« Nous mettrons l’accent sur la pleine exécution de nos mesures de politique monétaire », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse à l’issue de la réunion du Conseil des gouverneurs, avant d’ajouter que ce programme était « suffisamment flexible » pour être ajusté en cas de besoin.

Le patron de la BCE a également commenté les craintes de certains observateurs de voir l’institution européenne confrontée à une pénurie d’obligations disponibles sur le marché, les trouvant « un peu exagérées ». Il a également minimisé les spéculations selon lesquelles les récents signes de reprise de l’économie dans la zone euro pourraient inciter la banque à revoir en baisse son plan de rachats.

Pourtant, certains signes avant-coureurs devraient éveiller l’attention. L’intervention massive de la BCE place en effet les assureurs-vie en situation de risque systémique:

les tests de résistance réalisés par l’Autorité européenne des assurances et des pensions professionnelles (EIOPA) « font apparaître que 24 % des assureurs risquent de ne pas pouvoir tenir leurs exigences de solvabilité » si les taux restent durablement faibles.

Les assureurs vie doivent en effet rémunérer les porte-feuilles de leurs clients avec des taux positifs, alors que la politique de la BCE effondre les taux des actifs les plus sûrs.

Par ailleurs, la BCE a demandé aux banques européennes de déprécier leurs actifs liés à la banque autrichienne Heta, au bord de la faillite.

Voilà qui s’appelle jouer avec le feu.

Pendant ce temps, la Commission déclare la guerre à Google

Pendant que le monde entier retient son souffle sur la crise grecque, la Commission européenne a décidé d’ouvrir un autre front: l’accusation d’abus de position dominante lancée contre Google. Une amende de 6 milliards d’euros pourrait être prononcée. Il est vrai que l’enquête contre Google ne dure que depuis 5 ans, et que l’approche d’un défaut grec ne justifiait pas que la Commission mobilise ses services sur le sujet Google à un autre moment.

Au passage, les déclarations tonitruantes du patron d’Orange, Stéphane Richard, ont permis de comprendre l’envers du décor sur ce dossier. Manifestement, l’industrie européenne des télécommunications est bien décidée à remporter plusieurs victoires, dont une condamnation de Google, pour récupérer les bénéfices que le géant américain engrange sans rémunérer les opérateurs.

Voilà un dossier qui méritera un prochain billet un peu plus étoffé…

L’Europe plus faible que jamais

Je conclus ce billet en signalant l’excellent papier du site Contexte sur l’un des principaux acteurs de la politique européenne: Donald Tusk. Cet ancien Premier Ministre polonais va devoir gérer les situations les plus épineuses de l’Union… Et il ne semble pas du tout équipé pour y parvenir. Voilà une occurrence bien fâcheuse pour le continent…

La nouvelle Commission européenne déjà cahuzaquisée

Les révélations sur les mauvaises habitudes fiscales des petits luxembourgeois donnent un air de Cahuzac à Jean-Claude Juncker et affaiblissent la Commission européenne tout entière.

Juncker et le Luxleaks: tel est pris qui croyait prendre

Jean-Claude J. avait pourtant démarré la semaine en fanfare, avec force bandaison de muscles et roulement de mécaniques. Après l’annonce de son voyage officiel en Ukraine, il n’avait pas hésité à lancer un défi public aux Britanniques et aux Italiens.

« Je ne suis pas un type qui tremble devant les Premiers ministres, fait valoir le président de la Commission. Ceci dit, il ne faut pas dramatiser, il n’y a pas un conflit, là, entre Renzi et Juncker. Nous ne sommes pas des petits enfants. Je n’ai pas de problème particulier avec Renzi, que j’apprécie pour le reste hautement. Je n’ai pas de problème avec Cameron ; M. Cameron a un problème avec les autres Premiers ministres. »

Chic! ça allait être la bagarre!

Pour mener à bien son entreprise de reconquête politique de l’opinion européenne, Juncker avait d’ailleurs décidé de sabrer dans les effectifs du porte-parolat de la Commission, pour obliger les Commissaires à faire eux-mêmes le job et descendre dans l’arène.

Voilà qui partait donc sur les chapeaux de roue…

Patatras! la presse américaine torpille la Commission européenne

Puis… le consortium américain de journalistes d’investigation (ICIJ), relayé en France par Le Monde, lâche sa bombe: par l’entremise du cabinet Pricewaterhouse Coopers (qui se fait ici une publicité en or auprès de tous les candidats à l’optimisation fiscale), 340 grandes entreprises multinationales auraient négocié depuis de nombreuses années des accords fiscaux secrets (système dit de tax ruling) avec le Luxembourg pour bénéficier d’une optimisation fiscale.  Cette information, qui ne pose pas de problème juridique mais qui révèle une conception très… luxembourgeoise de la coopération économique et politique dans l’Union, percute de plein fouet Jean-Claude Juncker, ancien Premier Ministre luxembourgeois pendant plus de quinze ans.

Luxleaks : « Ces montages sont légaux mais… par lemondefr

Voilà une révélation qui en dit long sur les fondamentaux européens du président de la Commission. Les lecteurs de ce blog n’en seront toutefois pas surpris.

On s’étonnera quand même un peu de deux points. Premier point: la dépendance de l’Union vis-à-vis du cabinet américain PWC. C’est un peu comme si Barack Obama demandait à la BNP de gérer les comptes de la Maison Blanche. Deuxième point: l’opportunité du moment où ces révélations tombent. Les Etats-Unis voudraient affaiblir (encore un peu plus) l’Europe à un moment critique, ils ne s’y prendraient pas autrement.

Juncker déjà dans les cordes

Assez curieusement, le petit père Juncker ne s’attendait pas à un hypercut aussi violent, et il s’est aussitôt retrouvé dans les cordes, annulant précipitamment une apparition publique dans une conférence à Bruxelles. C’est pas bien ça, Jean-Claude! Du coup, son service de sécurité politique est monté au front pour le protéger, le temps qu’il se remette du choc.

Ainsi, Michel Sapin s’est empressé de déclarer:

Cette affaire « est le reflet du passé (…) je souhaite qu’on regarde l’avenir, on est en train de travailler à grande vitesse » sur la lutte contre l’optimisation fiscale, qui « n’est plus acceptable pour personne« , a déclaré à Bruxelles le ministre français des Finances, Michel Sapin. Mais elle doit être « mondiale« , a-t-il ajouté soulignant que le Luxembourg n’était pas le seul paradis fiscal.

Le chevalier teutonique Wolfgang Schaüble s’est dressé sur son meilleur destrier:

ce n’est « pas du tout » dommageable à M. Juncker. « Ce n’est pas lié à un gouvernement en particulier« , selon lui, « c’est dans le cadre légal, mais nous travaillons à changer la législation« .

Au moins, on sait maintenant qui soutient Juncker en Europe. Peut-être Michel Sapin peut-il donner à Juncker les coordonnées de Cahuzac pour avoir quelques conseils en matière de communication de crise.

La Commission européenne se ridiculise sur ses prévisions économiques

Le Luxleaks a constitué l’acmé, comme disaient les Grecs avant la Troïka, d’une semaine éprouvante où la Commission a manifesté sans attendre tout son ridicule et toute sa large incompétence. En effet, une semaine après avoir écrit à dix-huit gouvernements nationaux de l’Union que tout allait bien, le commissaire finlandais Katainen a, flanqué de l’élève Moscovici, donné une conférence de presse pour dire à la France exactement le contraire!

Si la réalité n’était pas aussi sombre, on en rirait presque. Katainen et Moscovici ont en effet annoncé que, selon eux, la croissance dans l’Union serait encore plus faible que prévu. Alors que, pour 2015, l’Union anticipait un taux de 1,7%, il ne devrait être que de 1,1%. Bref, un tiers de moins qu’espéré. Ce mauvais chiffre est évidemment le signal d’un naufrage progressif de l’Union, et singulièrement de la zone euro, présentée en son temps comme un laboratoire de prospérité pour le futur de la planète entière. Belle réussite!

Annoncer avec un sourire fat de premier de classe qu’on s’est trompé dans les prévisions, et que la performance prévue est en fait un échec cuisant? On comprend pourquoi Moscovici est allé à Bruxelles: son expérience à Bercy le légitimait totalement dans le rôle. Katainen, qui manifestement ne comprend rien aux notes que les services de la Commission lui distribuent, a même ajouté:

« La situation de l’économie et de l’emploi ne s’améliore pas assez vite »

On ne trahira pas de secret en affirmant que Katainen ne recevra jamais le prix Nobel d’économie, en revanche, pour le prix de l’humour… il pourrait détrôner Mister Bean.

Déflation ou pas déflation?

Dans sa conférence sur les prévisions économiques de l’Union, le touchant duo Mosco-Katainen a écarté le scénario d’une déflation en Europe. Vu la teneur générale de la conférence, on peut commencer à avoir froid dans le dos. On n’est pas les seuls! Même les économistes du Crédit Agricole la craignent, c’est tout dire.

En réalité, la question de la déflation a occupé l’essentiel des discussions de la BCE. Alors que la presse s’attendait à un calme plat sur le sujet, la semaine a été beaucoup plus agitée que prévu. Des rumeurs de dissensions sur la politique monétaire au sein même de la BCE (là encore annoncées il y a plusieurs semaines sur ce blog) à l’approche de la réunion des gouverneurs de jeudi ont souligné l’extrême sensibilité des marchés à la situation.

Finalement, Mario Draghi a surpris les marchés en affirmant que non seulement les taux ne bougeraient pas, mais que, à l’unanimité des gouverneurs, le recours à de nouvelles armes monétaires comme le rachat massif de dettes souveraines était en préparation.

« Le Conseil des gouverneurs a chargé les équipes de la BCE et les comités appropriés de l’Eurosystème d’assurer la préparation en temps voulu de nouvelles mesures à mettre en oeuvre si nécessaire », a-t-il ajouté. (…)

« Quand nous avons des divergences sur nos points de vue, sur nos politiques (…) il n’y a pas de séparation entre le Nord et Sud. Il n’y a pas de coalition, pas du tout », a dit Mario Draghi en référence aux pays du Sud de la zone euro réputés plus favorables à de nouveaux assouplissements de la politique monétaire et les pays du Nord dont l’Allemagne, plus orthodoxes.

« Le diner (à la veille de la réunion du conseil des gouverneurs) s’est déroulé mieux que prévu », a-t-il dit.

Traduction: face aux risques ambiants de déflation, même l’Allemagne s’est laissé convaincre de faire un geste.

Le monde entier au chevet d’une zone euro à l’agonie

Il faut dire que la situation en Europe est si inquiétante que les sommités mondiales interviennent pour donner leur diagnostic à la Diafoirus sur l’état du malade.

Ben Bernanke, ancien gouverneur de la Réserve Fédérale américaine, a par exemple plaidé pour un quantitative easing européen (consistant très concrètement à porter le bilan de la BCE de 2.000 à 3.000 milliards). Mais il a aussi dit toute son inquiétude quant à l’attitude de l’Allemagne qui ne veut surtout pas voir la BCE se transformer en prêteur en dernier ressort.

Même Christine Lagarde est venue dire à Paris, dans une conférence organisée par la Banque de France, toute son inquiétude pour l’état de santé du Vieux Continent, qui risque bien d’être infiniment plus contagieux, pour le monde entier, que le virus Ebola.

« Dans cette partie du monde, il faut répéter encore et encore que la politique monétaire, ce n’est pas tout et qu’il faut une combinaison de politiques budgétaires saines et d’utilisation d’un espace budgétaire pour les pays qui en disposent afin de soutenir la croissance », a-t-elle dit.

« Clairement, ce qui a été fait hier est très loin de ce qui est nécessaire ».

Comble du désaveu pour l’euro, vendu, répétons-le, en son temps comme l’arme absolue pour assurer le bonheur des peuples, l’OCDE elle-même a dit combien la monnaie unique mettait aujourd’hui en danger l’économie mondiale.

Sapin voudrait bien, mais ne peut point

Cette idée de coordonner politique monétaire et politique budgétaire pour enrayer la déflation et relancer l’activité fait partie de la panoplie keynésienne de base qui était enseignée à l’ENA à l’époque où Michel Sapin la fréquentait. Aussi ne ménage-t-il pas sa peine, comme au bon vieux temps du concours de sortie, pour que les gouvernements européens mettent en pratique les bonnes recettes de l’école.

« Le but est d’augmenter le potentiel de croissance de la zone euro. Pour cela, il faut faire les réformes, et adapter le rythme de réduction des déficits par ailleurs. Je ne parle pas de délai, le rythme est le mot que j’utilise depuis le début. La France ne dit pas : encore une minute Monsieur le bourreau !, assure M. Sapin. Je ne dis pas cela parce que nous avons un problème en particulier, mais parce que cela nous paraît être le bon raisonnement pour l’Union européenne. »

Tout le problème de Sapin, c’est la crédibilité! la France, en 2016, devrait en effet être le cancre définitif de l’Europe en matière budgétaire. Pour un gouvernement qui annonçait monts et merveilles après la calamiteuse ère Sarkozy, ça promet! En attendant, la France a un peu de mal à convaincre ses voisins de la suivre sur son chemin aussi exemplaire.

L’Allemagne donne l’aumône à la France et prie pour son sauvetage

Face à ces pressions internationales, Maman Angela a décidé d’ouvrir son porte-monnaie et de faire un geste à destination des pauvres. Elle consent glorieusement un investissement public de … 10 milliards d’euros en 3 ans, là où la Commission Européenne fera un effort de 300 milliards, et là où la France, en octobre, demandait 50 milliards. On reste confondu devant un tel accès de générosité.

Comble d’ironie, Martin Schulz, le président allemand du Parlement européen, confirmait la venue du pape François à Strasbourg. Le message est clair: il n’y a plus à l’Europe qu’à prier pour éviter la grande catastrophe.

Avec le pape François, nous recevons l’un des grands dirigeants de notre temps, qui est en ce moment un point de référence non seulement pour les catholiques, mais aussi pour de nombreuses personnes. Il est un élément d’orientation à une époque où nombreux sont ceux qui, à l’inverse, sont désorientés parce que le monde avance à une vitesse dramatique, bien souvent dans des directions très risquées.

Nous avons besoin de ce dialogue. Sans être catholique pratiquant, j’ai pu mesurer, lorsque j’étais maire, qu’en l’absence de l’engagement des Églises, des communautés religieuses, des laïcs, la société ne fonctionne pas.

Sortie annoncée de la Grande-Bretagne

Face à ce désastre que plus rien n’arrête, les esprits continentaux s’accoutument à l’idée du départ des premiers rats: les Britanniques. Angela Merkel, en particulier, s’est faite à cette migration imminente. Il semblerait que l’élément déclencheur de la résignation allemande tiennent aux quotas d’immigrants que la Grande-Bretagne voudrait instaurer: si l’Allemagne ne peut plus déverser son trop-plein d’arrivants de l’autre côté de la Manche, la présence de la Grande-Bretagne dans l’Union ne se justifie plus.

Selon Der Spiegel, si le locataire du 10 Downing Street persistait dans cette idée, ce serait pour Angela Merkel, un « point de non retour » et Berlin ne s’efforcerait plus alors, comme aujourd’hui, de maintenir le Royaume-Uni dans l’Union européenne. La chancelière aurait, selon les sources gouvernementales citées par Der Spiegel, informé David Cameron de cette décision dans un entretien en marge du dernier sommet européen de la fin octobre.

Du coup, une paix blanche et froide s’installe, et l’Union consent à un délai de paiement pour le chèque de sortie de 2 milliards que la Grande-Bretagne doit régler.

L’Europe au bord de l’abîme

Dans ce contexte ragaillardi, l’annonce par le doux président ukrainien Porochenko de l’entrée de dizaine de chars russes sur le territoire a joué le rôle de la goutte d’eau qui mettait le feu aux poudres. Il n’en fallait pas plus pour que les marchés, déjà alarmés par la situation économique angoissante de l’Union, ne se remettent à vaciller.

Mais, cette fois-ci, faut-il vraiment se dire: « Chic! ça va être la bagarre! »

La Commission Européenne s’amuse de la croissance

La Commission Européenne s’est livrée hier à un divertissant exercice de prévision économique. Une bonne façon de montrer que l’équipe nouvelle devrait continuer dans une voie suivie par celle de la précédente: l’inconséquence.

Moscovici sous contrôle

Pour la première sortie officielle du flamboyant commissaire français, notre Pierre Moscovici national, chargé des affaires économiques, le public n’aura pas été déçu. Comme prévu, il s’est exprimé en second, après Jyrki Katainen, vice-président de la Commission et chargé de la croissance. Ceux qui avaient soutenu que Mosco serait un commissaire de plein exercice et totalement émancipé par rapport à Katainen ont eu un premier indice de réponse à leur question.

Vérité un jour, erreur le lendemain

Les mauvaises langues se sont évidemment immédiatement souvenu que, pas plus tard que la semaine dernière, Jyrki avait écrit à Michel Sapin pour lui valider son budget, en n’y voyant pas de dérapage sérieux. Il avait au demeurant validé tous les budgets des Etats-membres de l’Union.

Assez curieusement, la petite musique qu’il a entonnée aujourd’hui était assez différente. Dans son document relatif à la France, la Commission Européenne a en effet relevé que le déficit français devrait être plus important que prévu. Elle l’estime même à 4,7% du PIB en 2016, si le gouvernement français ne change pas son fusil d’épaule.

Mais comment, en une semaine d’intervalle, la Commission peut-elle tenir des discours aussi différents sur un seul et même budget?

Michel Sapin a son idée sur le sujet: la Commission a présenté hier des documents élaborés avant les « corrections » présentées par la France la semaine dernière à son budget 2015. Alors… si c’est une erreur de document, tout s’explique.

La zone euro, zone sinistrée

Au passage, l’exercice de prévision économique pour l’ensemble de l’Union auquel le duo de commissaire s’est livré a encore une fois montré l’aveuglement des décideurs européens.

Selon la Commission, la zone euro ne devrait en effet connaître qu’une croissance de 0,5% cette année et de 0,8% l’an prochain contre les 0,8 et 1,2 annoncés au printemps. L’Italie devrait entrer en récession. Un constat accablant pour la monnaie unique qui devait nous apporter la prospérité.

« La situation de l’économie et de l’emploi ne s’améliore pas assez vite », a commenté Jyrki Katainen, vice-président de la Commission européenne chargé de la croissance. « La Commission européenne utilisera tous les outils et ressources à sa disposition pour créer plus d’emplois et de croissance en Europe », a-t-il insisté, notamment sous la forme du plan d’investissement de 300 milliards d’euros sur trois ans promis par son président, Jean-Claude Juncker.

La fiction du plan d’investissement à 300 milliards€

Bien entendu, le grand fantasme du plan à 300 milliards€ a bon dos, mais chacun sait que cette somme dérisoire n’apportera pas un fifrelin de croissance supplémentaire. La BCE, de son côté, tente d’augmenter son bilan de 2.000 à 3.000 milliards€ mais n’y parvient pas, malgré les risques inconsidérés qu’elle prend pour y arriver. Et, comme par hasard, l’idée de coordonner politique budgétaire et politique monétaire n’a pas encore effleuré le nouveau commissaire aux Affaires économiques Pierre Moscovici:

« Il n’y a pas de solution unique et simple pour résoudre les difficultés de l’économie européenne. Il nous faut ordonner notre action autour de trois axes: des politiques budgétaires crédibles, des réformes structurelles ambitieuses et l’investissement indispensable des secteurs public et privé », a renchéri le nouveau commissaire aux Affaires économiques, Pierre Moscovici.

On vous le garantit, le retour de la croissance dans l’Union n’est pas pour demain, et encore moins dans la zone euro.

Un nouveau Guignol’s Band à la tête du Titanic européen

On n’en finit pas d’alarmer sur l’approche des icebergs autour du Titanic européen, mais le nouveau Guignol’s Band qui prend la tête de la Commission continue la route ouverte par l’équipe précedente toutes voiles dehors.

Du Guignol’s Band Barroso au Guignol’s Band Juncker

Et voilà! mercredi 22 octobre, la commission Juncker a réussi son investiture au terme d’un parcours du combattant, et José Manuel Barroso faisait ses adieux au Parlement, après 10 ans d’échecs inlassables et devant un hémicycle quasi-vide: 170 députés sur 751 étaient venus assister à cette oraison funèbre digne du parti communiste de l’Union Soviétique. Barroso est notamment parvenu à ne pas prononcer une seule fois le mot « citoyen » dans son discours, qui a par ailleurs fait l’impasse sur les dégâts sociaux des politiques qu’il a méticuleusement menées. Pour celui qui fut le candidat des Britanniques, la boucle est donc bouclée, résumée de façon amusante par les députés écologistes:

Bref, Barroso, bon débarras par EurodeputesEE

Face à cette bonne tranche de rire, Juncker a tenté de faire bonne figure :

Le Luxembourgeois a pourtant tout fait pour susciter une adhésion. Humour pince-sans-rire, élan lyrique quand il a invoqué « une Commission de la dernière chance» et position assumée d’un exécutif européen qui sera « plus politique » et veillera à ce que l’Europe obtienne un « AAA social » : Jean-Claude Juncker s’est nettement démarqué dans son discours de politique générale de son prédécesseur, José Manuel Barroso.

L’exercice semble avoir laissé sceptique, puisque 67 députés de sa prétendue majorité se sont abstenus lors du vote. Il n’aura finalement récolté que 60% de votes favorables, alors que Barroso en son temps avait atteint 66%… Les défections sont venues du camp social-démocrate. Un excellent début, donc.

La farce commence très fort

Dès son discours d’investiture, Jean-Claude Juncker a renvoyé l’ascenseur à celle qui l’a assis sur son siège: Maman Merkel. Evoquant le traité transatlantique, il a annoncé qu’il ferait ce que l’Allemagne demande:

« L’accord que ma Commission soumettra en dernière instance à l’approbation de cette chambre ne prévoira rien qui limiterait l’accès des parties aux juridictions nationales ou qui permettrait à des juridictions secrètes d’avoir le dernier mot dans des différends opposant investisseurs et États ».

Il semblerait que le vice-président de la Commission, l’atlantiste (et social-démocrate) néerlandais Frans Timmermans, soit chargé de mettre en place cette décision tout à fait conforme aux revendications allemandes. On ne se plaindra pas forcément de cette hâte sur un sujet sensible, mais Juncker donne déjà la pleine mesure de sa subordination à sa bienfaitrice teutonne.

L’Italie montre les dents à la commission Juncker

Avant même d’avoir reçu son investiture, la Commission avait (illégalement) commencé à travailler, alors que son mandat n’entre en vigueur que le 1er novembre. C’est donc le nouveau commissaire à la rigueur budgétaire Jyrki Katainen, dont j’ai déjà rappelé quelques faits d’armes, qui a signé les courriers comminatoires aux mauvais élèves de l’Union sur leur déficit budgétaire (l’Italie et la France, mais aussi l’Autriche, la Slovénie et Malte, sans compter la Grèce qui est sous quasi-tutelle de la troïka et n’a donc plus besoin de courrier).

L’affaire de ces lettres a occupé la fin de semaine, puisque le Premier Ministre italien l’a immédiatement publiée, en montrant les dents, alors que François Hollande la jugeait tellement banale qu’il ne voyait pas l’intérêt de la rendre publique. Il faut dire que les deux pays ne sont pas exactement dans la même situation. L’Italie est bel et bien parvenue à mettre son déficit public sous la barre des 3% pour 2015, alors que la France, qui avait pris le même engagement, s’offre le luxe de rester à 4,4% (0,1 point de moins que l’année précédente), tout en ayant placé son ex-ministre des Finances au poste de commissaire aux Affaires économiques.

Cette petite différence rend évidemment beaucoup plus difficile pour la France la réponse tonitruante de l’Italie (qui exerce la présidence de l’Union en ce moment, rappelons-le…):

Le chef du gouvernement italien Matteo Renzi a annoncé jeudi son intention de mettre sur la place publique le coût des institutions européennes, après avoir été sommé par la Commission européenne de revoir son projet de budget pour 2015.

« Nous allons publier les données sur tout ce qui est dépensé par ces palais. On va bien s’amuser, a-t-il lancé en marge du sommet des dirigeants de l’UE à Bruxelles. »

La communication cataclysmique de Hollande

Le dossier du déficit budgétaire aura donné une nouvelle preuve de l’incompétence profonde de François Hollande (et de son gouvernement) en matière de communication politique. Rappelons en effet que, la semaine dernière, Emmanuel Macron avait assuré que la France ne recevrait aucune remontrance de Bruxelles:

« Je suis totalement sûr à ce stade qu’il n’y aura pas d’avis négatif de la Commission parce que nous ne nous mettons pas dans cette situation », a déclaré le ministre de l’EconomieEmmanuel Macron, invité du « Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro ».

Bon, ben maintenant, quand Macron dira: « Je suis totalement sûr de… », on saura à quoi s’en tenir! Une fois la lettre envoyée, alors que Renzi la publiait, Hollande s’ingéniait à la banaliser et à vouloir la dissimuler. Mais comment cet animal politique peut-il encore imaginer qu’un argument du type: « c’est tellement anodin que je ne veux pas vous le montrer » ait une quelconque chance de convaincre?

Immédiatement, des députés de la majorité demandaient à voir le document en affirmant, une larme de crocodile à l’oeil:

« Le budget de la France relève de sa pleine souveraineté et aucune mesure visant à réduire notre déficit structurel [corrigé de l’impact de la conjoncture] et qui aurait comme conséquence d’empêcher la nécessaire lutte contre la déflation ne peut nous être imposée », ont jugé dans un communiqué Karine Berger, secrétaire nationale du PS à l’Économie, Yann Galut, Valérie Rabault, Alexis Bachelay et Colette Capdevielle.

Tôt ou tard, on reprendra les propos sur l’Europe tenus en leur temps par quelques-uns de ces députés, et on rappellera comment, il y a quelques années, ils appelaient à « plus d’Europe budgétaire ». Quels farceurs, ces frondeurs!

Résultat des courses, c’est Mediapart qui a publié le texte, évitant à François Hollande une peine inutile, et lui signifiant du même coup qu’il était bien naïf de croire qu’il pourrait esquiver cette demande.

La France entre dans un long cycle d’humiliations

Jyrki Katainen qui, rappelons-le, entre en fonction le 1er novembre, a demandé à la France d’indiquer quelles mesures elle comptait prendre pour respecter ses engagements avant le 24 octobre:

J’attends donc de connaître votre position dès que vous le pourrez, et si possible d’ici le 24 octobre. Cela permettrait à la commission de prendre en compte les positions françaises, dans la suite de la procédure.

Cet amical ultimatum conclut avec le sourire une semaine commencée triomphalement par Macron et Sapin à Berlin, où les deux Dupont de l’économie française sont allés faire une indigestion de Merkelwürst. Ce que la France présentait comme la préparation d’un pacte secret destiné à lui éviter une sanction bruxelloise a très vite tourné au fiasco. A Berlin, Macron a officiellement plaidé pour un échange « gagnant-gagnant » de 50 milliards d’économies en France et 50 milliards d’investissements publics en Allemagne, qui s’est heurté à une fin de non-recevoir au nom du « Schwarze Null« .

En revanche, il est à peu près clair que l’Allemagne profite de cette situation pour dicter à la France les mesures que le Gauleiter Valls doit exécuter sans barguigner, et si possible avec moins de scrupules que von Choltitz en 1944.

Cette mise en orbite de la France dans le Lebensraum de la collaboration avec l’Allemagne garantit-il nos intérêts nationaux? François Hollande le croit peut-être, mais peu d’analystes partagent son avis, en tout cas à Wall Street où un contrat a été placé sur la tête de la République:

« La Grèce a bu la potion amère, elle a restructuré ses obligations et son économie. Elle a cessé de vivre au-dessus de ses moyens. La France, elle, semble trop fière pour se réformer »

Cette déclaration de David Einhorn, PDG du hedge fund Greenlight Capital, en dit long sur les turbulences auxquelles la France s’expose.

François Hollande et le sado-masochisme

En attendant, François Hollande continue à se ridiculiser en organisant des sommets de chefs d’Etat sociaux-démocrates pour préparer les sommets européens, où n’ont plus le temps de venir ceux qui comptent (l’Allemagne et l’Italie). Cette pratique probablement héritée de ses années passées au Parti Socialiste (à moins qu’il n’ait mis en place cette réunionnite au Conseil Général de Corrèze), lui permet de s’agiter avec des revendications à trois balles d’ordinaire balayées par Maman Angela.

Par exemple, il a cette fois-ci demandé:

le président a indiqué que les dirigeants réunis jeudi à l’Elysée et lui-même souhaitaient l’application « avec le plus de flexibilité possible » du pacte de stabilité, selon la « règle » qu’ils se sont eux-mêmes fixée.
La France, pour sa part, a déjà repoussé à 2017 le retour de son déficit public sous la barre de 3% du produit intérieur brut prévue par le pacte.
François Hollande a également appelé à une « coordination des politiques économiques » accrue. « Il y a des pays qui doivent accélérer, amplifier leurs réformes structurelles parce qu’elles n’ont pas été menées en temps utile », a-t-il relevé, prenant l’exemple de son propre pays.
« Mais il y a d’autres pays qui, ayant fait ces réformes il y a plusieurs années doivent dès lors qu’ils ont des situations meilleures, encourager la reprise de l’investissement », a-t-il enchaîné, citant cette fois l’Allemagne.

Mais pourquoi François Hollande aime-t-il tant lancé des idées qui n’ont aucune chance d’aboutir? Un plaisir sado-masochiste sans doute… A moins qu’il ne soit déjà parti dans ses rêves et ne parvienne plus à voir la réalité.

La Grèce et la Grande-Bretagne font leur crise d’adolescence

Si on souhaite bon courage à Jean-Claude Juncker pour gérer le cas François Hollande, d’autres petits soucis avec des Etats membres s’annoncent.

Au premier rang, on mettra quand même David Cameron qui a décidé d’organiser un referendum sur la sortie de la Grande-Bretagne hors de l’Union, et qui, dans la perspective de ce « Brexit » veut renégocier les termes de la relation britannique avec l’Europe. Dans l’immédiat, Cameron fait de la résistance… à la petite note de 2 milliards et quelques que la Commission Européenne lui présente pour boucler son budget 2015. Cette demande inattendue a donné lieu à quelques jolies passes d’armes:

«Je ne paierai pas cette addition le 1er décembre. Et si certains pensent que cela va arriver, ils vont voir», a lancé Cameron lors d’une conférence de presse, après la demande de Bruxelles d’une rallonge de dernière minute au budget 2014 de l’UE. «Nous n’allons pas sortir notre chéquier», a fulminé le Britannique.

Ce serait dommage puisque, miraculeusement, la France devrait pour sa part épargner 1 milliard€, et l’Allemagne 780 millions€.

Du côté grec, la demande est un peu différente: le gouvernement Samaras continue à penser que si la Troïka le maintient sous tutelle, il perdra les élections. Samaras voudrait donc retrouver sa liberté et mettre un terme au « plan d’aide » de l’Union. Quelle bonne idée pour les marchés, qui craignent tous cette issue où la Grèce reprendra ses vieilles habitudes de déficit…

Panique boursière et sueurs froides à la BCE

Ces fameux marchés sortent d’une quinzaine éreintante où le gouffre s’est ouvert sous leurs pieds, calmé par les sirènes de la BCE qui ont annoncé une intervention d’urgence. Le problème est que la BCE, qui a réduit son bilan depuis 2012 et souhaite le regonfler à hauteur de 3.000 milliards€ contre 2.000 milliards€ actuellement ne trouve guère d’actifs à acquérir à cette hauteur.

Les marchés sont pourtant à l’affût de cette intervention miraculeuse qui reviendrait à injecter 1.000 milliards€ d’argent frais dans l’économie (quand Juncker déploie un plan de relance de 300 milliards…). La politique initiée cette semaine de rachat d’actifs sécurisés n’a eu que peu d’effets sur les marchés, et il est maintenant question que la BCE fasse directement ses emplettes sur le marché obligataire des entreprises pour soutenir le crédit.

Petit problème, cette intervention directe va définitivement transformer la BCE en bad bank, en incluant dans son bilan des actifs de plus en plus risqués. Pour Mario Draghi, la situation est donc de plus en plus complexe à gérer, avec des outils trop légers pour relancer l’économie, et des risques trop grands à prendre pour améliorer son arsenal. Le banquier central européen en est donc réduit à lancer d’innombrables appels à l’aide à l’Allemagne:

« En 2011-12, nous avons évité l’effondrement de la zone euro grâce à un effort commun. Nous devrions à nouveau nous atteler à agir en commun pour éviter une rechute en récession », a observé le président de la BCE.

Pour ce faire, il faudrait évidemment que l’Allemagne investisse, etc. Bref, l’Union tourne en rond et se heurte à la résistance farouche des Walkyrie.

Les banques ont encore fait plier le pouvoir politique

Dans cet état d’extrême tension, la publication des « stress tests » bancaires tombe au plus mal et devient un exercice hautement politique, là où le nouveau régulateur bancaire européen avait annoncé que jamais cela ne se produirait. De fait, si des résultats trop négatifs devaient être publiés, il est évident que l’angoisse s’emparerait des marchés et que, dans la minute, la crise systémique tant redoutée éclaterait. La BCE est condamnée à limiter les dégâts et à intervenir de façon indirecte sur les marchés en rassurant de façon fallacieuse sur l’état de santé de notre système bancaire.

La rumeur a donc circulé cette semaine, selon laquelle 25 des 130 banques européennes testées auraient échoué au test, dont aucune en Allemagne et en France! 10 d’entre elles seulement devraient procéder à une augmentation de capital. Pour les marchés, cette nouvelle est rassurante, mais il n’est absolument pas sûr qu’elle convainque du sérieux de ces tests eux-mêmes.

En attendant, Christian Noyer a pu jubiler en se déclarant très serein pour les banques françaises.

L’Union va payer pour l’Ukraine

Toute cette agitation politico-financière dissimule à l’opinion publique la défaite diplomatique subie par l’Europe sur le front ukrainien. La Russie a en effet formulé une dernière offre sur la dette gazière de l’Ukraine, avec un rabais de 100 dollars pour 1.000 mètres cubes. Après un dernier roulement des mécaniques, Barroso a donc dû ravaler son chapeau et sortir son chéquier pour aider l’Ukraine à payer sa dette (et 800 millions€ partis en fumée). Jusqu’au bout le Guignol’s Band sortant aura fait sonner les cuivres.