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Masse salariale: la Cour des Comptes sait-elle encore compter?

En lisant le rapport de la Cour des Comptes sur l’application de la loi de financement de la sécurité sociale, un petit doute m’est venu quant aux calculs utilisés dans le chapitre sur la part des cotisations sociales dans le financement de la sécurité sociale. Je sais que c’est un point tout à fait mineur, mais j’aime bien de temps en temps faire part de mes étonnements microscopiques quand je lis des textes officiels.

La Cour des Comptes et ses pourcentages

Dans l’introduction de son chapitre, la Cour des Comptes écrit ceci (c’est moi qui surligne les passages sensibles):

Les cotisations sociales finançant les régimes obligatoires de base de sécurité sociale et les régimes complémentaires à ces derniers ont atteint 322 Md€ en 2013, soit 60 % de leurs recettes totales. Elles restent la première source de financement de ces régimes devant la contribution sociale généralisée – CSG – (13,5 %) et les impôts et taxes affectés (8,5 %), malgré la croissance de la part de ces dernières ressources depuis les années 1990.

Assises à 99 % sur les revenus d’activité salariés et non-salariés, elles sont majoritairement supportées par les employeurs en sus des salaires bruts, à hauteur de près de 220 Md€ en 2013, soit 68,3 % du total. Pour les entreprises, cette part patronale des cotisations sociales représentait en 2013 plus de 13 % de leur valeur ajoutée. Les cotisations sociales supportées par les ménages constituaient quant à elles un prélèvement de près de 11 % sur leurs revenus professionnels.

Mon trouble vient des proportions affichées par la Cour et je voudrais expliquer pourquoi.

La Cour des Comptes et la valeur ajoutée

Premier point qui m’intrigue: les 220 milliards d’euros égaux à 13% de la valeur ajoutée en France. Une simple règle de trois amène à considérer que la valeur ajoutée équivaudrait donc, selon la Cour, à environ 1.700 milliards annuels. Ce chiffre me laisse un peu perplexe, parce que je ne vois pas trop d’où il sort. Je ne prétends absolument pas avoir raison, mais enfin je souhaiterais comprendre ce que désigne cette notion de valeur ajoutée.

Quand j’étais petit, on m’expliquait volontiers que la somme des valeurs ajoutées par les entreprises s’appelait le Produit Intérieur Brut. Il s’élève, en France, à plus de 2.000 milliards d’euros: 2.134 milliards, selon les estimations, fin 2014. Dans ce cas, les cotisations supportées par les employeurs équivalent à 10% environ de la valeur ajoutée. C’est en soi un volume important, mais on est au-dessous des chiffres de la Cour des Comptes.

En consultant le tableau des agrégats économiques de l’INSEE, je tombe bien sur une somme avoisinant les 1.700 milliards€ qui pourrait justifier le chiffre de la Cour: les dépenses de consommation finale en 2014 ont flirté avec ce montant. Voici comment l’INSEE définit ce poste de dépense:

Les dépenses de consommation finale des ménages comprennent les dépenses effectivement réalisées par les ménages résidents pour acquérir des biens et des services destinés à la satisfaction de leurs besoins.

La notion ne correspond donc pas exactement à la valeur ajoutée créée…

Bref, je ne dis pas que le chiffre de la Cour des Comptes est faux, je dis juste que je comprends mal à quoi il correspond… et, sauf à le comprendre, je le crois légèrement surestimé.

La Cour des Comptes et la masse salariale

La même interrogation surgit quand on lit le même paragraphe et que la Cour étale une série de chiffres que je recolle ici: les employeurs supportent 220 milliards de cotisations, soit 68,3% du total. Le total des cotisations fait bien, comme annoncé, 322 milliards d’euros. Assez logiquement, les « ménages » prennent à leur charge ce que les employeurs ne financent pas, soit la différence entre 322 milliards et 220 milliards. Pour la commodité de l’exercice, j’arrondis à 100 milliards d’euros les cotisations sociales payées par les « ménages » (soit, en passant, environ deux fois l’impôt sur le revenu…).

La Cour indique que ce montant est égal à 11% des « revenus professionnels des ménages ». Là encore, une règle de trois amène à considérer que les revenus professionnels des ménages valent donc environ 900 milliards €. Nouvel étonnement! D’abord, je ne comprends pas ce concept de « revenus professionnels des ménages »: s’agit-il de la masse salariale? de la masse salariale et des revenus des indépendants assujettis au RSI? Cette dernière idée aurait du sens, et je soupçonne la Cour d’avoir cherché à agréger ces données.

Le problème est évidemment de les recoller, car, on a beau tourner les pages, on voit mal d’où elles viennent.

En lisant les chiffres de l’ACOSS, je tombe sur des estimations beaucoup moins heureuses: la masse salariale trimestrielle plafonné à 133 milliards, soit un petit 550 milliards annuels. Et oui, messieurs et mesdames, la somme des salaires versés chaque année en France représente un quart du PIB seulement! à comparer avec le budget de l’Etat (377 milliards de dépenses en 2014) ou avec les recettes de sécurité sociale (aux alentours de 550 milliards également). Il est intéressant de voir que la sécurité sociale brasse 100% des salaires du secteur privé!

Une autre notion qui pourrait servir de référence à la Cour est celle de compte de revenu des ménages calculé par l’INSEE. Celui-ci indique un revenu disponible brut de 330 milliards par trimestre, soit 1300 milliards annuels environ. Là encore, on est loin des chiffres de la Cour.

Clarifier les comptes

Bref, tout ceci plaide pour une clarification de la méthode de calcul utilisée par la Cour. Il n’est en effet pas neutre de savoir que, pour un euro perçu par le salarié, un autre euro est donné à la sécurité sociale. Ces ordres de grandeur, masqués d’ordinaire par des références au PIB, donneraient aux Français une toute autre conscience sur la réalité des chiffres et des dépenses de protection sociale.

L’administration française est-elle pré-révolutionnaire?

La Cour des Comptes publie un rapport sur l’émiettement administratif français. Une situation qui ressemble à celle de 1788.

La Cour des Comptes s’est livrée à un travail salutaire: l’analyse et le passage en revue de l’organisation territoriale de l’Etat, version 2013. Après différents actes de décentralisation (transfert du pouvoir de l’Etat vers les collectivités locales), de déconcentration (transfert du pouvoir des administrations centrales vers les services locaux), de modernisation et de réduction des effectifs, cette petite étude n’était vraiment pas du luxe.

Voici le rapport de la Cour:

En substance, la cour constate que, malgré les multiples projets de rénovation et de réorganisation, l’organisation territoriale de l’Etat s’est figée dans un morcellement et un désordre difficile à comprendre pour les fonctionnaires de l’Etat eux-mêmes.

Elle relève notamment:

« Les analyses présentées dans ce chapitre montrent, cependant, que les adaptations de l’État n’ont pas pleinement suivi les mutations accélérées de l’économie et de la société. Le maillage territorial de l’État reste principalement hérité du passé. L’organisation locale demeure largement indifférenciée, malgré la diversité accrue des territoires. La structuration des réseaux de contrôle n’est pas adaptée à l’ouverture de l’économie française. Les conséquences des lois de décentralisation n’ont pas été pleinement tirées. Les possibilités offertes par les technologies numériques demeurent à explorer. « 

Que l’organisation administrative de l’Etat ne soit pas adaptée à la réalité économique du pays, voilà un constat qui pourrait être dressé dans les mêmes termes à propos de l’administration territoriale de 1788.

Deux constats au moins sont communs avec cette période:

  1. L’incapacité de l’Etat à suivre le mouvement d’urbanisation, qui le conduit à déployer plus de moyens dans les campagnes que dans les zones urbaines nouvelles (la sous-administration des banlieues en est l’exemple le plus criant)
  2. L’imbrication complexe et déresponsabilisante entre administration locale de l’Etat et collectivités territoriales, qui rend certaines actions totalement illisibles.

En matière d’excessive imbrication, le croquis suivant est assez parlant:

Source: Cour des Comptes
Source: Cour des Comptes

Que, localement, l’Etat soit devenu une hydre protéiforme qui broie la bonne volonté de ses fonctionnaires et qui n’accorde aucune importance à la qualité de service rendue aux usagers, c’est une certitude analysable et démontrable.

La cour s’est employée utilement à cette démonstration. Elle a le mérite de proposer des solutions qui passent non plus par une augmentation des dépenses ou par une logique comptable, mais par un réinvention managériale du service public, avec un véritable effort de réorganisation.

Enfin, une idée: que la haute fonction publique arrête de compter, mais qu’elle prenne ses responsabilités en manageant…

 

Déficits publics: les pépites de la Cour des Comptes

La Cour des Comptes a confirmé les pressentiments des observateurs attentifs: la France ne tiendra pas son objectif de réduction du déficit public à 3,5% cette année. La cible sera plutôt à 4%.

Personne n’est surpris, bien évidemment, d’entendre la Cour des Comptes annoncer un déficit public calamiteux en fin d’année. Il suffit d’entendre les palinodies gouvernementales sur les réformes et les objectifs de la politique économique pour comprendre que, dans les allées du pouvoir, personne ne se préoccupe vraiment de la situation des finances publiques, et personne n’a la moindre intention de mouiller la chemise pour rétablir l’équilibre budgétaire. L’époque où les élites se considéraient comme liée par un pacte avec l’intérêt général est bel et bien finie: l’époque est au laxisme, au contentement béat, et aux réjouissances courtisanes en attendant que le monde s’effondre.

Comme d’habitude, je publie le document officiel:

Bonne lecture à tous. Mais pour ceux qui n’auraient pas le temps de s’y coller, voici quelques pépites tirées du rapport:

« Les résultats de 2012 illustrent à nouveau le fait qu’une incertitude non négligeable existe encore en janvier sur le niveau de déficit public de l’année précédente. » (page 18) Traduction: le désordre règne dans les comptes publics, qui ne sont agrégés (comptes sociaux + comptes de l’Etat + comptes des collectivités) que tardivement dans l’année qui suit. Voilà qui n’aide pas à bien gérer le système.

« Les dépenses ont augmenté de 2,9 % en valeur et, les prix à la consommation hors tabac ayant crû de 1,9 %, leur progression s’est établie à 1,0 % en volume. Corrigée de l’impact des éléments exceptionnels, leur croissance en volume est de 0,9 %, ce qui est inférieur à la moyenne des années 2008 – 2011 (1,4 %) et supérieur au résultat obtenu en 2011 (0,5 %). Si la croissance des dépenses publiques est inférieure à sa tendance des dernières années, elle reste supérieure à l’objectif de la loi de programmation des finances publiques de décembre 2012 qui tablait sur une progression de seulement 0,4 % en volume (sans correction de l’effet des éléments exceptionnels). Cet écart de 0,6 point entre la croissance prévue (0,4 %) et la croissance constatée (1,0 %) des dépenses s’explique pour un peu moins de 0,3 point par les versements à Dexia et à l’Union européenne, pour 0,15 point par les dépenses des administrations locales (croissance de 1,2 % en volume constatée contre 0,4 % en prévision) et pour 0,2 point par les dépenses des administrations sociales (croissance constatée de 1,3 % contre 0,8 % en prévision). » (page 21) Traduction: depuis 2008, aucune des grandes branches des comptes publics n’a vraiment tenu ses engagements de maîtrise des dépenses.

« Malgré une réduction par rapport à 2011 où il égalait 2,7 % du PIB, le déficit primaire français en 2012 est resté à un niveau égal à 2,3 % du PIB, plus élevé que les moyennes communautaires (0,6 % du PIB pour la zone euro et 1,0 % pour l’UE à 27). Il est plus important que ces moyennes depuis 1995, année d’origine de ces statistiques pour la zone euro à 17 et l’Union européenne à 27. » (page 27) Traduction: si la France décidait de ne pas rembourser sa dette, les comptes publics seraient quand même en déficit, à hauteur de 2,3% du PIB. Autrement dit, hors dette publique, l’Etat doit emprunter pour financer ses dépenses, là où les pays de la zone euro s’approchent du retour à l’équilibre.

« Les dépenses publiques, rapportées au PIB, ont longtemps été plus importantes dans les pays scandinaves qu’en France, mais elles ont fortement diminué dans ces pays. Si elles sont encore plus élevées en 2012 au Danemark, la France pourrait se retrouver en 2014 au 1er rang de l’OCDE pour ses dépenses publiques, devant ce pays, selon les prévisions, à politique inchangée, de la Commission européenne. » (page 33) Traduction: tous les pays industrialisés ont compris l’intérêt de diminuer la part des dépenses publiques dans le PIB, sauf la France.

« La prévision de recettes fiscales nettes de l’État pour 2013, sous-jacente au programme de stabilité, est de 290,4 Md€. Cette prévision est en retrait de 8,2 Md€ par rapport à la prévision de la loi de finances initiale (LFI). » (page 54) Traduction: il faudra bien trouver ces 8 milliards quelque part, et peut-être même plus si la situation continue à se dégrader. Ce qui fera très mal.

« La principale incertitude concerne le rendement de la TVA en 2013. Son évolution spontanée a été négative en 2012, ce qui ne peut pas s’expliquer uniquement par la faiblesse de la croissance économique. » (page 55) Traduction: Zut! on a un problème, la TVA a commencé à baisser en 2012, et on ne sait pas vraiment pourquoi. Il doit bien y a voir une explication… mais on la cherche. Rendez-vous quand on aura trouvé.

« Les dépenses nettes du budget général de l’État s’élevaient au 31 mai à 2013 à 135,0 Md€, contre 126,7 Md€ à la même période de
l’année en 2012, soit un rythme de consommation particulièrement soutenu (+ 8,2 Md€). » (page 68) Traduction: aïe! les fonctionnaires font chauffer la carte bleue. Ils ont dépensé 9 milliards de plus que l’année précédente, à la même période de l’année.

« Cette hausse semble cependant résulter de mouvements calendaires et non de véritables dépassements : en effet, une première tranche de la dotation au MES (3,3 Md€) a été payée en avril 2013, alors que le versement n’avait eu lieu en 2012 qu’en octobre. Par ailleurs, la quote-part française (1,6 Md€) au capital de la banque européenne d’investissement (BEI) – dépense qui n’avait pas d’équivalent en 2012 – a été versée au premier trimestre. Ces deux dépenses expliquent à elles seules plus des deux-tiers
du ressaut constaté sur les premiers mois de l’année. » (page 68) Traduction: les 8 milliards s’expliquent aux 2/3 par des effets de calendrier. Mais on n’y voit pas clair quand même, et on met sous surveillance, d’autant qu’il reste un dérapage inexpliqué de près de 3 milliards.

« Par rapport au solde budgétaire de – 68,3 Md€ sous-jacent au programme de stabilité, une dégradation de 0 à 4 Md€ est donc
envisageable du seul fait des prévisions de recettes et sans remettre en cause la prévision de croissance de 0,1 % du PIB. » (page 91) Traduction: même avec une hypothèse optimiste de croissance, le déficit du seul budget de l’Etat se dégradera de plusieurs milliards.

« En effet, la moitié du coût du CICE (20 Md€ environ) doit être financée par des économies sur les dépenses dont la répartition entre les sous-secteurs des administrations publiques n’était pas précisée lorsque la loi de programmation a été votée. En conséquence, les dépenses et les soldes par sous-secteur qui figurent dans le rapport annexé à la loi ne tiennent pas compte du CICE et de son financement et sont donc insuffisamment précis. » (page 103) Traduction: le déficit s’aggrave hors dépenses nouvelles. Alors, le CICE… c’est la cerise sur la gâteau. La moitié du CICE doit être financée par des économies sur les dépenses de l’Etat dont personne ne s’est inquiété jusqu’ici.

« La Cour a souvent recommandé de faire porter prioritairement l’effort structurel de réduction du déficit sur les dépenses. En effet, les dépenses publiques représentent presque 57 % du PIB en France, ce qui la place au 2ème rang de l’OCDE, derrière le Danemark mais devant la Suède. Or, dans beaucoup de domaines, les résultats obtenus grâce à ces dépenses, autrement dit leur efficience, la placent très loin de ce deuxième rang. D’importantes sources d’économies peuvent être mobilisées sans dégrader la qualité des services publics et diminuer l’ampleur de la redistribution. » (pages 113-114) Traduction: la théorie selon laquelle l’Etat serait au bout des économies qu’il peut faire sans mettre en cause la qualité du service public ne tient pas. Il faut vous y mettre les gars!

« Les économies annoncées pour 2014 et 2015 sont au total encore peu documentées, alors que les dépenses nouvelles paraissent parfois plus sûres. » (page 122) Traduction: tout le monde voit bien les dépenses qui arrivent, mais personne ne s’occupe vraiment de trouver les économies qui permettent d’y faire face.

« Sous ces mêmes hypothèses économiques, pour ne pas avoir à prolonger la durée de vie de la CADES et donc résorber la totalité de la dette sociale au plus tard en 2025, la Cour évalue l’effort de rééquilibrage nécessaire à plus de 17 Md€ sur le solde du régime général à l’horizon 2017, soit des « marches » de près de 4,5 Md€ de recettes ou d’économies supplémentaires à trouver chaque année de 2014 à 2017. » (page 145) Traduction: il faut entamer un cost-killing à hauteur de 2% dès maintenant sur la protection sociale.

« À court terme, le seul instrument de freinage de la masse salariale des administrations publiques, techniquement aisé à mettre en œuvre, est la poursuite du gel du point de la fonction publique sur les deux années 2014 et 2015. » (page 164) Traduction: tout geste à destination des fonctionnaires, par exemple pour les calmer en cas de débat un peu vif sur la réforme des retraites, serait suicidaire.

« À titre d’exemple, une sous-indexation à hauteur de 1 point des prestations familiales et des pensions de retraite de l’ensemble des régimes de base, y compris des régimes spéciaux de retraite, mais à l’exclusion du minimum vieillesse et des minima contributifs, réduirait les dépenses d’environ 1,5 Md€ dès 2014. Si cette mesure était maintenue durant 2 ans, l’économie attendue serait de 3,8 Md€. » (pages 164-165) Traduction: la sous-indexation, c’est quand même à peu près inévitable pour les retraites et les prestations familiales.

« la stabilité des effectifs obligerait à mener une politique salariale très rigoureuse, combinant à des degrés divers, le gel ou la faible revalorisation de la valeur du point, la forte réduction des mesures catégorielles, le ralentissement significatif des déroulements de carrière (GVT positif). L’alternative à un tel effort dans la durée sur les rémunérations consisterait à coupler une diminution d’effectifs allant au-delà des réductions déjà prévues dans les ministères non prioritaires, à une augmentation de la durée du travail qui permettrait de préserver la qualité des services publics ou de contribuer à réduire le quantum des
suppression d’emplois. » (pages 169-170) Traduction: si l’Etat ne se décide pas à supprimer des emplois… le climat social va se dégrader dangereusement. Il faut donc faire acte de management: rationaliser l’organisation des services, améliorer la performance et la durée du travail, et supprimer des emplois.

« Sur le plan de l’équité, la Cour avait recommandé, dès le rapport annuel de 2007, la suppression progressive des droits ouverts pour les aides au logement aux étudiants non boursiers par un relèvement du plancher de revenus qui leur est applicable. Considérant que 60 % des allocataires des aides personnelles au logement sont non boursiers, soit près de 500 000, l’économie
maximale attendue pourrait être de 800 M€. » (pages 180-181) Traduction: suppression en vue de l’allocation logement pour les étudiants des classes moyennes.

« Dans le domaine social, les pensions de retraites bénéficient d’un abattement de 10 %, plafonné à 3.600 €, à l’identique de ce dont bénéficient les salariés sans qu’aucune justification ne puisse être invoquée au titre des frais professionnels. Le coût de cette dépense fiscale est particulièrement élevé puisqu’il est estimé à 3 Md€. Une remise en cause progressive de cet abattement de 10 % paraît justifiée. » (pages 195-196) Traduction: l’abattement sur les retraites devrait disparaître dans les 5 ans.

« L’organisation administrative de la France se caractérise encore par l’enchevêtrement des compétences et la multiplicité des structures qui induisent des surcoûts pour l’action publique locale. La clarification des compétences et une meilleure coordination des acteurs publics locaux, dont la Cour a souvent rappelé la nécessité, pourraient constituer une source d’économies. » (page 212)

Si, avec toutes ces idées, le gouvernement sèche sur sa copie, où allons-nous?

Education nationale: le débat manqué sur le management

La Cour des Comptes a fait le buzz en rendant un rapport extrêmement précis, argumenté, rigoureux, sur la gestion des ressources enseignantes à l’Education Nationale. Ce rapport pointe du doigt des anomalies que j’avais modestement évoquées dans « Jusqu’ici tout va bien » en 2011: gestion industrielle et purement administrative des moyens, déconnectée de tout objectif de réussite et de performance, qui broie les bonnes volontés et détourne les meilleurs de la carrière enseignante. Au final, la technostructure de l’Education Nationale produit un système inégalitaire, où les établissements les plus difficiles reçoivent le moins de moyens, notamment en terme d’enseignants expérimentés, pendant que les établissements les plus privilégiés vivent dans l’abondance.

Pour que chacun en ait le coeur net, je publie ici l’excellent rapport de la Cour:

L’intérêt majeur de ce rapport réside dans le rôle qu’il reconnaît – enfin! – au management des ressources dans l’atteinte de la performance. Pour la Cour, l’Education Nationale ne manque pas de moyens pour améliorer la performance éducative (qui est en grand danger, comme l’enquête PISA le prouve), en revanche elle ne gère pas ces moyens de façon optimale, de telle sorte que l’efficacité du système est compromise. En changeant les méthodes d’organisation et de gestion des personnels enseignants, les résultats des élèves s’amélioreraient.

Ce discours tranche avec la doctrine en vigueur depuis de nombreuses années, et d’ailleurs répétée par le ministre lui-même: pour mieux enseigner, il faut plus d’enseignants.

De ce point de vue, je trouve que le référé de la Cour envoyé au ministre en juillet 2012, posait utilement le cadre global du rapport thématique qui vient de paraître. En voici le contenu:

La Cour met de façon limpide le doigt sur le problème majeur de l’Education Nationale aujourd’hui: les 7% du PIB que nous consacrons chaque année à l’éducation sont alloués et dépensés sans considération des objectifs pédagogiques collectifs. Dans la pratique, cette déconnexion entre moyens et performance conduit à favoriser les zones rurales, au détriment des zones socialement les plus difficiles. Comme le souligne la Cour, les académies de Versailles et de Créteil sont systématiquement défavorisées dans le fonctionnement de la machine éducative, alors que ce sont ces académies qui débordent de difficultés scolaires, économiques et sociales.

Pour la Cour, cette question de l’allocation des moyens se joue d’abord dans la gestion des enseignants, qui représentent tout de même 97% du budget éducatif… (les autre dépenses ayant fait l’objet de décentralisations successives). Ceux qui ont côtoyé de près ou de loin la machine éducative le savent: la gestion des enseignants en France est une énorme opération bureaucratique où l’apport individuel de l’enseignant aux élèves est totalement occulté, au profit de critères mystérieux, défendus becs et ongles par les organisations syndicales, où la motivation personnelle n’a aucun poids.

En réalité, la gestion des enseignants est un fait administratif et financier, qui ne fait place à aucun projet collectif de développement et d’épanouissement des personnels dans leur métier.

Cette école de la frustration passe d’ailleurs par quelques étapes-clés: une gestion des mutations barémisée, qui évacue totalement le projet d’établissement dont le chef n’a d’ailleurs aucun avis à donner sur les personnels qui lui sont affectés. Cette situation aberrante ne se vérifie d’ailleurs pas dans l’enseignement privé sous contrat, où le chef d’établissement a la faculté de choisir les enseignants qui composeront son équipe, sous l’autorité finale du Recteur. Une recette qui explique la meilleure performance des établissements privés?

Deuxième étape: le labyrinthe administratif de l’Education Nationale. Entre les services centraux du ministère, les académies, les inspections départementales, des procédures opaques conduisent à déterminer les moyens du chef d’établissement… qui n’a évidemment pas son mot à dire sur la décision. Ce système ubuesque, qui conduit des chefs d’établissement impliqués dans la réussite de leurs élèves à dépendre, pour l’attribution de leurs moyens, de la bonne volonté de quelques bureaucrates qui n’ont jamais vu un élève dans un établissement, pèse lourd dans la faillite de notre système éducatif.

On l’a compris, ce qui se joue, dans la mise en exergue du management et de son importance, c’est l’autonomie de l’établissement scolaire.

La Cour ne s’est guère prononcée frontalement sur le sujet, mais a tendu la perche au ministre. Qui, évidemment, ne l’a pas saisie: je conseille à chacun de lire ses réponses sur le sujet. Il y est question d’améliorer le fonctionnement interne du mammouth, voeu dont tout le monde sait, depuis les 30 ans où il a été prononcé, qu’il est à peine pieux. Mais, sur le fond, c’est-à-dire la capacité des établissements à mener des projets, c’est le statu quo.

Dommage pour nos enfants.