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Radio France: l’Etat, pire employeur de France

Certains le regrettent pendant que d’autres, qui subissaient chaque matin Patrick Cohen pour faire plaisir à leur conjoint et préserver la paix du ménage, s’en félicitent: Radio France et ses différentes chaînes sont sans voix depuis une semaine. La grève fait rage contre les économies demandées par le ministère de la Culture, soit 50 millions d’euros. Ce plan devrait déboucher sur plusieurs centaines de départs.

On passera ici sur les désagréables attaques portées contre le directeur général du groupe, Matthieu Gallet, qui avait dépoussiéré l’INA avant de se casser les dents sur Radio France. Les révélations dans le Canard Enchaîné sur la rénovation de son bureau et le recrutement d’un conseiller en communication ont suffisamment fuité pour ne pas être redites ici.

C’est surtout la méthode utilisée pour réduire les coûts et associer les salariés à la réorganisation de la structure qui pose question. L’Etat adore en effet donner de grandes leçons aux entreprises privées sur la gestion de leurs rapports sociaux. Il n’y a encore que quelques jours, le ministre de l’Agriculture avait par exemple déclaré, à propos de l’affaire Sanofi: « Il faut qu’il y ait des règles qui soient réaffirmées, un peu de morale. » Et Ségolène Royal, experte en bravitude sociale, avait ajouté: « En apprenant cette nouvelle, je venais juste de recevoir les ouvriers de l’abattoir près du Mont Saint Michel, d’AIM, qui étaient vraiment désespérés, humiliés, méprisés et qui n’avaient aucune information sur ce qu’ils allaient devenir (…). Il n’y avait même pas eu le respect de les réunir pour leur expliquer ce qui allait se passer. (…) C’est inadmissible de traiter les ouvriers de cette façon-là ! »

Il est toujours très facile de dénoncer la façon « inadmissible de traiter les ouvriers » dans les entreprises. Mais il n’en demeure pas moins que l’attitude de l’Etat vis-à-vis de ses collaborateurs, au sens large, reste toujours un motif de stupéfaction.

Dans le cas de Radio France, le plan de réduction d’environ 8% du budget, suscite un double étonnement.

Premier étonnement: la méthode employée pour associer le personnel à l’effort de réduction des dépenses n’a manifestement rien à envier aux techniques patronales les plus dures. Alors que la réfection des locaux ne cesse de voir ses coûts déraper, l’annonce d’un plan de départs volontaires portant sur 300 salariés seniors, lachée à l’occasion d’un comité d’entreprise extraordinaire, a faigt l’objet d’une gestion minimaliste et pour le moins autoritaire, dans une maison où les syndicats sont prompts à débrayer. Ajoutons ici que de nombreux animateurs sont des intermittents du spectacle: là encore, le recours massif à la précarité (qui explique largement l’audience dont les intermittents bénéficient dans les medias) ne semble jamais avoir gêné l’Etat, pourtant très friand de normes protectrices applicables par les entreprises.

Deuxième étonnement: la gestion du dossier par la ministre de la Culture, Fleur Pellerin. Cette ancienne présidente du Club du XXIè siècle, qui appartient à un gouvernement très soucieux d’imposer des règles dans la protection des sous-traitants contre les entreprises donneuses d’ordre, mène un dialogue sans concession avec Radio France. Cette entreprise publique sous tutelle de l’Etat délivre pourtant un service quotidien (et financé par la redevance et l’impôt) à plusieurs millions de Français. Dans la pratique, on aimerait entendre la ministre exprimer quelques-unes de ses idées sur la satisfaction des contribuables, qui sont tous obligés de payer aujourd’hui pour un groupe de presse qui ne délivre aucun service. La ministre se sent-elle concernée par le conflit? souhaite-t-elle le régler? considère-t-elle que le donneur d’ordre appelé Etat peut agir de cette façon avec ses sous-traitants?

Bref, après avoir abondamment accablé les entreprises de leçons de morale tous azimuts sur la bonne façon de gérer les rapports sociaux, l’Etat démontre une fois de plus qu’il appartient à la catégorie des employeurs les moins doués de sa génération.

Article publié initialement sur Tripalio.

 

La démocratie sociale ou le triomphe des patrons gâtés

Quand la loi du 5 mars 2014 sur la formation professionnelle et la démocratie sociale a été promulguée, personne n’a clairement mesuré les changements qu’elle allait apporter à la fiche de paie des salariés. Elle prévoyait en effet, à compter du 1er janvier 2015, la mise en place d’un fonds paritaire pour financer le syndicalisme salarial et patronal en substitution des mécanismes opaques existants.

Peu de salariés avaient jusqu’ici conscience qu’ils finançaient obligatoirement cinq syndicats de salariés (CFDT, CGT, CGC, FO et CFTC) et trois syndicats au moins de patrons (MEDEF, CGPME et UPA, sans compter les fédérations professionnelles). Le mécanisme de financement passait en effet (et entre autres !) par la formation professionnelle dont une partie de la collecte obligatoire servait à faire vivre tout ce beau monde.

A compter du 1er janvier, ces financements seront centralisés et remplacés par une cotisation unique de 0,014% prise sur le salaire. Elle sera pour moitié utilisée par les syndicats de salariés, et pour une autre moitié par les syndicats d’employeurs. Au total, ce seront à peu près 100 millions d’euros qui seront ainsi consacrés à la vie syndicale.

Au moment (curieusement opportun) où éclate l’affaire des travaux de Thierry Lepaon, j’entends d’ici les récriminations un peu faciles sur la gabegie syndicale, alors que l’austérité s’installe et qu’il faudrait baisser le coût du travail. Et tous ces syndicats qui ne représentent que 8% des salariés, etc.

J’ai toujours pensé qu’un syndicat, de patrons comme de salariés, ne devait vivre que de ses cotisations, à condition qu’il soit libre de son action.

En France, le visage du syndicalisme est tout de même un peu différent. Depuis 1945, les syndicats français sont absorbés dans des centaines de milliers de mandats paritaires qui n’ont rien à voir avec l’action syndicale en entreprise. Ce sont des sujétions imposées par l’Etat pour gérer la sécurité sociale, les retraites complémentaires, l’assurance chômage, et des tas de bidules comme des commissions de diplômes d’ingénieurs et autres aberrations dans lesquelles il faudrait donner un bon coup de balai. Tant que ces sujétions existent, il paraît difficile de ne pas financer les organisations syndicales.

Si, vraiment, le financement des syndicats par une cotisation sur les salaires choque les esprits, ce que je peux comprendre, il faut immédiatement en tirer toutes les conséquences : on supprime le paritarisme, et on renvoie les syndicats à l’action en entreprise.

Il se trouve que les principaux ennemis de ce choix réformateur radical ne sont pas les syndicats de salariés, mais sont les syndicats de patrons, à commencer par la CGPME. La CGPME a une angoisse : voir les syndicats s’occuper de la représentation des salariés dans les petites et moyennes entreprises. De façon très révélatrice, la CGPME qui trouve toujours que trop de charges pèsent sur les entreprises, a becs et ongles défendu l’existence de ce fonds paritaire.

Cet attachement de la CGPME a une explication simple : ce syndicat patronal singulièrement dépourvu d’adhérents a un besoin vital des millions de ce fonds paritaire pour continuer à exister.

Tout le paradoxe est là : la CGPME organise une mobilisation patronale début décembre pour dénoncer les charges qui pèsent sur les entreprises, mais ses dirigeants oublient régulièrement de rappeler qu’ils sont les bénéficiaires directs de ces charges et que, sous aucun prétexte, ils ne voudraient s’en passer.

Et que dire des interviews où Pierre Gattaz soutient que les syndicats de salariés ne devraient être financés que par leurs adhésions, quand le MEDEF n’est financé qu’aux 2/3 par celles-ci. Le tiers restant, c’est-à-dire 10 millions d’euros, provient du fonds paritaire.

La démocratie sociale, on ne le dit pas assez, est un royaume d’enfants gâtés. Ceux qui se plaignent le plus sont ceux qui ont le moins intérêt à le changer…

(TEXTE PUBLIE SUR ATLANTICO)

La démocratie sociale contaminée par la désillusion populaire

Les affaires en cours à la CGT finissent de contaminer la démocratie sociale: le virus de la désillusion populaire aura-t-il raison d’elle?

La démocratie sociale, une imposture qui dure depuis 1945

Lorsque le Conseil National de la Résistance a fondé, en 1945, notre merveilleuse sécurité sociale, une imposture s’est mise en place: ce bidule initialement gouverné par les syndicats de salariés, puis patronaux, à parité, s’est indûment fait passer pour un outil de démocratie sociale. En réalité, la Sécurité Sociale fut à la fois un trompe-l’oeil commode et un prétexte pour éviter aux entreprises françaises d’entamer le grand virage du dialogue social interne, et pour cantonner l’action syndicale à des sujets nationaux stratosphériques. La galaxie paritaire française venait de naître qui, depuis cette date, a connu une expansion constante, de plus en plus coûteuse, et de plus en plus déconnectée de la réalité économique du pays.

Depuis 1945, la France vit dans la fiction d’une démocratie sociale vertueuse qui animerait notre « modèle social » et garantirait le bonheur collectif. Peu à peu, cette illusion se fissure, et le voile se lève sur un spectacle différent: prévarications, arrangements et combinazioni, collusions avec le pouvoir et recherches de petits ou grands avantages maquillés sous une épaisse couche de crème pharisienne aux huiles d’égalitarisme et de protection des avantages acquis.

Pendant ce temps, de grandes entreprises françaises continuent à mener une répression syndicale indigne d’un pays avancé comme le nôtre. C’est notamment le cas au sein du groupe Elis, qui a licencié deux salariés pour avoir distribué des tracts de la CFDT. Rappelons que le seul syndicat autorisé au sein du groupe Elis est la CFTC, qui reste « représentative » en France grâce à ce type de collusion lamentable.

L’appartement de Thierry Lepaon et la démocratie sociale

L’affaire de l’appartement, en elle-même, ne suffirait pas à écorner la démocratie sociale. C’est plutôt l’attitude de Thierry Lepaon, et ce qu’elle révèle, qui agit comme un puissant agent destructeur pour le principe du dialogue avec les syndicats de salariés.

Cette semaine, Thierry Lepaon s’est en effet consacré à une explication simple, relevant de la stratégie dite des « 3 petits singes »: rien vu, rien entendu, rien dit. Il soutient avoir découvert l’ensemble du dossier dans la presse, et en reporte l’ensemble de la responsabilité sur l’administrateur de la CGT, Eric Lafont. Cette stratégie de déni illustre bien la « logique à l’ancienne » (celle d’avant Internet, où seule la parole des médias officiels était audible et la transparence impossible): face à une évidence, on assène un gros mensonge en se disant que ça va passer. Le problème de Lepaon est que le monde contemporain est devenu allergique au déni, et que la déconnexion entre les états-majors syndicaux et la réalité des Français apparaît flagrante dans ce genre d’occasions.

D’ailleurs, l’affaire Lepaon produit déjà des ravages au sein même de la CGT. On lira avec intérêt les publications des militants sur le sujet. Il a même fallu sortir le prédécesseur de Lepaon, Bernard Thibault, de son mausolée, pour tenter d’endiguer le tsunami. Il est désormais la seule voix de la CGT audible et crédible sur les grands sujets sociaux, alors que l’appel à la grève des cheminots est un flop et que la moindre phrase de Lepaon est passée au crible, y compris par la presse la plus complaisante.

Si le maintien en fonction du secrétaire général de la CGT paraît de plus en plus compliqué (mais néanmoins possible), c’est la démocratie sociale dans sa globalité qui est atteinte.

La CFDT s’arc-boute sur de mauvais combats

L’ensemble des organisations syndicales se trouve menacé par l’affaire Lepaon, tant celle-ci ouvre un gouffre de déceptions et de suspicions sous leur pied. Du coup, le gouvernement et la CFDT, grand syndicat réformiste et attaché au paritarisme, bordent pour sauver la maison. Cela tombait bien: la CFDT fêtait ses cinquante ans cette semaine. C’était l’occasion de faire une belle démonstration de force.

50 ans de la CFDT : Discours de Laurent Berger par CFDT_TV

Cet événement ne manquait pas d’intérêt puisque la CFDT est le partenaire principal du MEDEF et de l’Etat dans ce grand système de pilotage national qui caractérise la démocratie sociale à la française. Pour la CFDT, la préservation des apparences dans ce système en crise est de plus en plus compliquée, et Laurent Berger, dans son discours d’anniversaire, ne l’a pas caché: tout accord signé est désormais suivi d’une contestation dans les rangs mêmes des signataires (l’assurance chômage en constituant un parfait exemple).

Du coup, pour donner le change, la CFDT défend becs et ongles les quelques résultats qu’elle a obtenus sous l’ère Hollande, comme le compte pénibilité. Chacun sait pourtant que le compte pénibilité est une aberration, puisque la France est le seul pays industrialisé à s’être inscrite dans cette voie, parmi une myriade de pays qui sont confrontés au même problème. En même temps, alors que le gouvernement tarde à mettre en place la réforme de la généralisation de la complémentaire santé (peu de décrets sont parus) obtenue en 2013 par la même CFDT, celle-ci se cramponne à son maigre butin de guerre pour justifier sa politique de collaboration avec les autres bords de la démocratie sociale.

De fait, et plus encore qu’à l’époque de Nicole Notat, dont la réélection à la tête de la CFDT en 1995 a encore fait gloser, le syndicalisme réformiste peut difficilement cacher la fragilité de ses paris.

La pénibilité tourne au vinaigre

Face à l’incommensurable complexité qu’imposera le compte pénibilité, le mouvement patronal est contraint par sa base à une action de revendication forte. Non seulement la nouvelle majorité au Sénat permet un lobbying intense qui a débouché sur le détricotage de la mesure à l’occasion du débat sur la loi de financement de la sécurité sociale pour 2015, mais MEDEF et CGPME ont décidé de battre le pavé début décembre pour faire valoir leurs arguments.

Le gouvernement se trouve donc dans une situation compliquée: soit il fait preuve de bon sens en supprimant le compte pénibilité, mais il fragilise la démarche réformiste de la CFDT à un moment où la CGT boit le bouillon, soit il fait le jeu de ses soutiens et de sa majorité en maintenant sa réforme, et il nourrit une nouvelle polémique avec les entreprises, tout en prenant une décision économiquement dangereuse.

A ce stade, seule Marisol Touraine s’est vraiment exprimée sur le sujet. On attend la position définitive de Manuel Valls.

Le gouvernement ne cache plus son hostilité à Pierre Gattaz

Pour le Premier Ministre, la question de la pénibilité est rendue singulièrement complexe par l’intégrisme de Pierre Gattaz, qui multiplie les petites phrases sur le mode « anarchisme de droite » où toutes les règles sont conspuées sauf, bien entendu, celles qui le servent. Ainsi, le combat patronal contre la pénibilité se trouve-t-il embarquée dans d’autres combats beaucoup plus difficiles à soutenir, comme la dénonciation de la convention de l’OIT imposant la motivation du licenciement.

Pour l’ensemble du champ social, cette posture gattazienne devient un inconvénient majeur. Le ministre du Travail a d’ailleurs commencé à la pointer du doigt. De son côté, Michel Sapin a rappelé à Pierre Gattaz ses engagements de créer un million d’emplois, avec le pin’s qui les accompagnaient.

Dans la pratique, Pierre Gattaz a reçu en une quinzaine de jours plusieurs avertissements très directs du gouvernement, qui laissent à penser qu’une crise majeure devrait intervenir, et que Manuel Valls devrait agir en sous-main pour fragiliser le président du mouvement patronal.

Le pacte de responsabilité affaiblit la démocratie sociale

Dans ce contexte tendu, la lenteur des fédérations patronales à mettre en place les contreparties au pacte de responsabilité cristallise un agacement manifeste de Manuel Valls. Celui-ci n’a pas hésité à le dire très clairement aux représentants patronaux lors d’une réunion du comité de suivi du pacte.

« Il reste trop de branches qui n’ont pas encore fait ce mouvement » d’engager des négociations, a déploré le Premier ministre à l’issue de l’installation du comité de suivi des aides publiques aux entreprises, à Paris, au siège de France Stratégie, organisme d’expertise placé auprès du Premier ministre.

« D’ici la fin de l’année, ce mouvement devra être engagé à tous les niveaux », a-t-il martelé, évoquant « l’impatience perceptible dans le pays »: « Les Français, les salariés, les parlementaires (…) attendent des engagements pour créer et sauvegarder de l’emploi ».

« Il n’est plus temps d’attendre et rien ne peut justifier l’attentisme », avait déclaré Manuel Valls lors de la rencontre, devant des responsables patronaux et syndicaux, des ministres et des parlementaires.

Le chef du gouvernement a appelé le patronat à « s’engager », estimant qu’il y avait pour l’instant « bien trop peu » d’accords dans les branches.

Dans son discours au 50è anniversaire de la CFDT, Manuel Valls en a rajouté une couche:

Les revendications « ne doivent jamais être le prétexte à l’inaction et au blocage », a-t-il dit. « Il n’est pas possible de soumettre sans cesse la volonté de s’engager à je ne sais quel préalable, à je ne sais quel ultimatum. Pour avancer, chacun doit prendre ses responsabilités. »

La CFDT emboîte le pas du gouvernement

Consciente du danger que l’immobilisme patronal fait peser sur le principe même de la démocratie sociale, la CFDT, par la voix de son secrétaire général Laurent Berger, s’est évidemment engouffrée dans le sillage de Manuel Valls. Lors d’une intervention devant les journalistes sociaux, il n’a pas hésité à taper dur…

« Dans certaines branches, notamment les banques, le patronat ne joue pas le jeu. Va-t-il continuer la politique de l’esquive, ne pas s’engager, notamment dans les secteurs qui bénéficient de beaucoup d’aides ? Le patronat doit faire attention de ne pas jouer contre son camp. Le montant des aides pour 2016 et 2017 n’est pas voté… J’attends du gouvernement qu’il soit ferme. Il mène une politique, il doit veiller à ce qu’elle soit respectée. »

Pour le dirigeant de la CFDT, le contrôle des aides passe par le dialogue social, dans les branches, mais aussi dans les entreprises : « Il y a des endroits, très peu, dans lesquels on a eu un dialogue social sur le Cice, les employeurs étant tenus d’informer les comités d’entreprise de son usage. Mais c’est la première année, et les patrons n’ont pas l’habitude… Il y a une part de cynisme venant d’eux, certains n’ont pas la pratique du dialogue social et refusent d’informer leurs salariés. Le gouvernement doit faire respecter la loi. »

Laurent Berger regrette que le patronat « passe plus de temps à contester les décisions inscrites dans la loi qu’à tenir ses engagements ». Selon lui, plusieurs visions cohabitent au sein du patronat : « pour certains, cela se résume à être un lobby, sans s’enquiquiner du dialogue social et quitte à alimenter des positions politiques ; d’autres vantent les effets du dialogue social, y compris pour les bienfaits qu’il apporte à l’économie allemande, mais ils ne sont pas majoritaires ; et il y a ceux qui hésitent, et qu’il faut convaincre que le dialogue social est certes compliqué, mais nécessaire pour faire avancer notre économie ».

Difficile synthèse patronale sur la démocratie sociale

Pour le mouvement patronal dans son ensemble, la situation est loin d’être simple. Derrière les revendications faciles et tonitruantes exprimées par Pierre Gattaz comme une fuite en avant, se cache une vraie difficulté à réaliser des synthèses opératoires sur les grands dossiers du moment. Dans le cas de la modernisation du dialogue social, par exemple, le MEDEF a été contraint à reporter la séance de négociation prévue avec les organisations syndicales.

Officiellement, il s’agit de permettre la rédaction d’un texte de qualité. Dans la pratique, personne n’est dupe: la CGPME se livre à un tir de barrage pour empêcher toute extension du dialogue social dans les entreprises relevant de son champ, et aucun autorité ne trouve l’issue de ce dilemme. Ces événements seront intéressants à suivre, puisqu’ils devraient montrer le degré de désagrégation du camp patronal face à la question de la démocratie sociale. Le patronat français souhaite-t-il (et c’est la ligne de la CGPME) préserver le modèle issu de 1945, qui lui garantit un vide syndical dans les entreprises, ou veut-il moderniser son modèle en se rapprochant des pratiques en vigueur en Allemagne?

La question est au coeur des discussions.

Comment Valls s’apprête à tuer la démocratie sociale version CNR 1945

Si le bonapartiste libéral Valls doit faire bonne figure face à ces tergiversations qui retardent sa politique, et s’il doit continuer à naviguer en eaux troubles pour ne pas fragiliser ses relations avec la CFDT, en sous-main il a néanmoins décidé d’agir pour tuer ces corps intermédiaires qui retardent la marche des armées par leurs incessants synodes.

Ainsi, dans le domaine des retraites complémentaires a-t-il annoncé que les URSSAF seraient désormais chargées de collecter les cotisations. Cette mesure d’apparence technique est en réalité un séisme politique qui constitue un pas nouveau vers la mise à mort de l’héritage paritaire de 1945 (et on s’en félicitera!). Rappelons en effet que le système des retraites complémentaires est un avatar du paritarisme de 1945. Mis en place à partir de 1947, il a permis aux « partenaires sociaux » de gérer des mânes colossales grâce auxquelles les mouvements syndicaux (salariaux comme patronaux) pouvaient vire sans adhésion.

En étatisant le système, Manuel Valls prépare fort heureusement son intégration à la sécurité sociale et annonce probablement une grande réforme systémique de notre protection sociale. Enfin!

La négociation sur les seuils sociaux déjà bouclée

Depuis plusieurs mois, le gouvernement évoque, à l’unisson avec le MEDEF, l’idée d’assouplir les seuils sociaux. Un faux suspens s’est d’ailleurs installé pour savoir si ce thème avait une chance de prospérer. Dans la pratique, il apparaît que l’affaire est déjà bouclée: on sait d’ores et déjà que la CFDT, la CFTC et la CGC signeront en fin d’année en accord en ce sens avec le MEDEF.

Le CGC ne s’en est guère cachée. Dès le mois de juin, elle publiait une newsletter qui posait les bases de la négociation annoncée sur la modernisation du dialogue social:

La CFE-CGC est plutôt favorable à l’expérimentation, encore faut-il bien savoir pourquoi nous la
menons et pour atteindre quel résultat.

La CFTC avait fait mieux. Dès le mois de février, son président s’était prononcé en faveur de cette réflexion.

« Nous sommes prêts à regarder, a assuré mardi le président de la CFTC, Philippe Louis. A condition d’avoir un cap, une stratégie de la part des représentants des entreprises, qui aboutisse effectivement à des créations d’emplois »

S’agissant de la CFDT, le discours est le même. Laurent Berger vient de rencontrer Emmanuel Macron pour lui dire que l’assouplissement des seuils sociaux était à son goût:

« Il n’y a pas de sujet tabou, on va en discuter avec le patronat, c’est un sujet parmi d’autres »

La CFDT a d’ailleurs publié un document sur le « cadrage » de la négociation.

La CGT et FO ne signeront probablement pas, en revanche, cet accord. Thierry Le Paon a en tout cas pris des positions carrées sur le sujet.

L’affaire est donc dans le sac. Selon mes informations, les partenaires sociaux devraient « échanger » un assouplissement de ces seuils « contre » une représentation accrue des salariées dans les PME et les TPE, par exemple par une généralisation du mandatement.

35 heures: Valls a-t-il déjà fermé la porte qu’il avait ouverte au MEDEF ?

Les esprits libéraux qui vivent, depuis 2 ans, un enfer de désolation et de consternation en lisant la prose gouvernementale ont eu un moment de doute ce jeudi matin, en découvrant les propos tenus par Emmanuel Macron, pas encore ministre, il est vrai. Enfin, un décideur tenait des propos adaptés aux besoins du pays et de ses entreprises. L’idée de venir à bout des 35 heures par un système de négociation d’entreprises (ou de branches) constitue en effet l’une des rares mesures favorables à la compétitivité qui ne ruine pas le contribuable et qui évite de noyer les entreprises sous une nouvelle réglementation fleuve mais taillée à la serpe dans des bureaux ministériels ignorants de la réalité concrète. Lire la suite

Encore un soupçon d’arnaque chez les partenaires sociaux

Il y a décidément quelque chose de pourri au royaume du syndicalisme à l’ancienne. Cette fois, c’est la caisse paritaire des avocats, la CREPA (Caisse de Retraite et de Prévoyance des Avocats) qui fait parler d’elle. Et pas par n’importe qui, puisque c’est le syndicat Avenir des Barreaux de France qui a mis le sujet sur le tapis. Lire la suite

Mais qui a tué l’apprentissage?

Une fois n’est pas coutume, je vais plutôt dire du bien d’un projet gouvernemental: le plan de relance de l’apprentissage présenté par Manuel Valls lors de la Grande Conférence Sociale de 2014. Même si son analyse dans la presse a fait l’objet d’une large caricature (les journalistes ont retenu les misérables 200 millions accordés au plan, sur lequel je reviendrai), je trouve que le Premier Ministre a eu le mérite de mettre le doigt sur l’un des obstacles à l’apprentissage, dispositif qui permet à l’Allemagne de ne pratiquement pas connaître le chômage des jeunes, qui fait des ravages chez nous. Lire la suite

Comment Hollande a mis la CFDT à poil

La Grande Conférence Sociale de 2014 se transforme en superbe moment de théâtre de boulevard dans le plus pur style du vaudeville tel qu’on l’adore depuis Courteline. Dans le rôle des trompeurs, on trouve une distribution très efficace: François Hollande joue le rôle de la bourgeoise qu’on croit manipuler mais qui manipule tout le monde, Pierre Gattaz qui menace sans cesse de quitter la pièce s’il n’obtient pas ses faveurs, Mailly et Le Paon qui quittent la pièce sous le prétexte totalement emprunté qu’ils n’ont pas obtenu les faveurs de la bourgeoise, qu’ils ne convoitaient d’ailleurs pas vraiment. Laurent Berger est le mari cocu Lire la suite

Social-démocratie ou démocratie sociale, il faut choisir

Au début de son mandat, François Hollande s’était fait l’apôtre de la démocratie sociale.  Après des mois compliqués de sarkozysme, le candidat socialiste écrivait par exemple le 29 avril 2012 aux syndicats : « j’ai fait du dialogue social une priorité majeure de mon projet présidentiel et un pilier de la méthode de gouvernement qui sera la mienne (…) ». Lire la suite