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Orange, SNCF, ERDF: ces ex-nationalisées qui tuent les entreprises

Au lieu d’aller faire les guignols dans les rues pour protester contre tout et rien, les organisations patronales feraient mieux d’exiger une reprise en main de ces ex-nationalisées (Orange, SNCF, ERDF) qui tuent les entreprises françaises à force de laxisme et d’incompétence.

Chez ERDF, il n’y a pas la lumière à tous les étages

Quand, mon associé Kevin Le Jeune et moi, avons décidé de nous installer à Lyon, nous avions sous-estimé un problème d’ampleur: l’installation électrique! Sur ce point, je porte une lourde culpabilité: je vivais encore dans mon monde du vingtième siècle où il suffisait d’appeler EDF pour avoir, dans les 48 heures au plus, la visite d’un technicien qui venait relever le compteur, actionner un levier, et prodiguer les miracles de la fée électricité partout dans les locaux concernés en moins de temps qu’il ne fallait pour le dire.

Dans la France de 2014, cette légèreté digne d’un pays sous-développé n’est évidemment plus concevable. Désormais – en tout cas c’est comme ça à Lyon – l’ouverture d’un compteur électrique est bien plus compliquée: il faut prendre rendez-vous avec EDF, qui appelle ERDF, seule structure habilitée à ouvrir un compteur, qui doit ensuite se coordonner avec EDF. Résultat: 10 jours d’attente minimum (en tout cas à Villeurbanne…) pour que les ampoules s’éclairent. C’est ça, la modernité, la France 3.0, etc.

J’ai bien essayé d’expliquer au préposé: « nous installons à Lyon une entreprise qui recrute des jeunes doctorants, en CDI, avec des bons salaires ». Non, vraiment, lutter contre le chômage des jeunes, se mobiliser pour l’emploi, n’est pas le sujet des salariés d’ERDF: « Monsieur, les procédures, c’est les procédures! » Il est vrai que les salariés d’EDF sont quasiment sous statut, ils ont un salaire, eux! et des vacances payées par les clients, puisque, chacun s’en souvient, le comité d’entreprise est, depuis 1947, financé dans l’industrie électrique et gazière par 1% du chiffre d’affaires, et non de la masse salariale comme dans toutes les entreprises de France.

Alors, vous comprenez, mon bon Monsieur, on est de gauche, mais on ne va quand même pas se mettre la rate au court bouillon pour aider ces jeunes morveux qu’on sort du chômage!

A la SNCF, on en a marre des clients…

Le calvaire de Tripalio ne faisait que commencer… Kevin a décidé de s’installer à Lyon pour diriger l’entreprise au jour le jour. Je reste à Paris pour maintenir la relation client. Mais je fais un aller-retour hebdomadaire pour travailler avec l’équipe sur place. Ce schéma reposait sur l’efficacité de cette vieille dame que le monde entier nous envie: la SNCF, et sur cette superbe réalisation française qu’est le TGV.

Oui mais voilà… nous installons les salariés le 1er novembre, et dès le 4 novembre un préavis de grève complique l’exercice. Je dois précisément faire ma première réunion sur place le 4… C’est déjà le bordel: mon train est annulé, et je dois jongler pour partir.

Le 20 novembre, re-belote: une grève spécifique au sud-est complique le trafic, des trains sont supprimés, c’est le bazar. Je dois finalement passer par Lyon Saint-Exupéry, puis prendre le tram pour arriver à la Part-Dieu (nos bureaux sont à 15 minutes de la gare).

Le 4 décembre, re-re-belote: les contrôleurs sont en grève, et Lyon est la ville la plus touchée par le mouvement. Six semaines d’ouverture, et déjà trois grèves.

Je passe ici sous silence un des voyages où le train a pris près d’une demie-heure de retard pour un « problème d’acheminement du personnel ». Evidemment, si les cheminots prennent le train pour aller bosser, on n’est pas rendu.

Le pompon de la SNCF, je le décerne quand même à Sandrine, contrôleuse sur la ligne Lyon-Paris, qui me voit arriver dans le 16h34 tout essoufflé: j’ai tassé la journée de boulot autant que je pouvais, et je monte dans le train sans avoir pu imprimer mon billet. Je lui montre les preuves de paiement, et elle m’explique qu’elle me colle un forfait parce que j’aurais dû malgré tout imprimer le billet que j’avais acheté. Je lui explique que je suis désolé, que j’ai couru après une journée de travail bien remplie, que j’ai un rendez-vous à Paris à 19h, etc. « Je plains vos salariés, vous devez les exploiter! ».

Eh bien non Sandrine! un patron n’est pas forcément un exploiteur… et l’amende que tu m’as collée ce jour-là, c’est du disponible en moins pour des salariés dont tu n’as manifestement rien à cirer! En revanche, j’imagine que tu as bien joui de traiter un client comme un administré, un subordonné à tes ordres, à qui tu infliges des sanctions.

Ouvrons vite le rail à la concurrence, qu’on puisse enfin échapper aux fourches caudines de ces petits caporaux qui n’ont pas vu la SNCF évoluer depuis 1944.

Comment Orange rackette les entreprises façon Corleone

Mais tout cela n’est rien comparé à l’hallucinant rackett organisé par Orange.

Assez curieusement en effet, Tripalio étant une start-up… a besoin d’Internet. Je sais, je pousse bobonne dans les orties, là! je me la joue et la demande est vraiment hors norme. Surtout à Lyon! ce n’est quand même pas comme si je tombais dans la deuxième métropole française… Cinquième économie mondiale, etc.

Par chance, la fibre arrive dans l’immeuble, donc on se dit qu’on a une chance objective d’avoir Internet dans des délais rapides.

« Bien sûr, Monsieur, ça ne prendra que trois semaines… »

Bon, on se débrouille… La fibre est enfin branchée fin novembre.

Avant-hier, mardi! panne d’Internet dans le quartier. Orange est manifestement incapable de réparer avant la fin de la journée, et ne peut rien garantir. Faut dire qu’on est à Villeurbanne, banlieue pauvre. Y a pas de raison de se presser.

Mardi 18 heures: bonne nouvelle pour le quartier, Internet est réparé… sauf pour la SAS Tripalio, qui doit toujours utiliser le pigeon voyageur et le tam-tam pour communiquer avec le reste du monde. Au bout de dix interlocuteurs différents, qui ne se passent jamais l’information et changent au gré de la journée, on nous indique qu’un technicien passera le mercredi soir. Pas avant. Après tout, 48 heures sans Internet à Lyon… là encore, c’est pas comme si on était une start-up qui débute et qui veut mettre toutes les chances de son côté…

Mercredi matin: un technicien passe, plus tôt que prévu, donc, mais pour expliquer qu’il n’a pas de solution. En fait, il faut renoncer à la fibre et revenir à l’ADSL…

Jeudi: trois jours sans Internet. Et toujours rien. Finalement, quelqu’un se dévoue chez Orange pour cracher la pastille: votre dossier ne sera pas traité rapidement si vous ne souscrivez pas l’offre de téléphonie fixe en plus de l’Internet. Si vous vous avisez d’aller à la concurrence, vous allez ramer.

RACKETT! RACKETT! RACKETT!

L’ahurissant laxisme d’Orange

Mon sang ne fait qu’un tour: j’essaie d’appeler le directeur régional d’Orange, car je suis sûr qu’il ignore ces petits trafics auxquels ses services se livrent. En tout cas je l’espère, sinon…

Curiosité chez Orange à Lyon, je veux dire dans les services administratifs: personne ne répond jamais. On peut appeler à n’importe quelle heure du jour et de la nuit… ils doivent être en réunion, j’imagine, pour discuter des plaintes des clients. En tout cas, il n’y a pas plus mal chaussé qu’un cordonnier: chez Orange, les employés n’aiment pas le téléphone.

Epuisé, je choisis d’appeler Jean-Marie Girier, chef de cabinet du maire de Lyon, Gérard Collomb, pour lui expliquer mon désespoir. Lyon m’a vendu son dynamisme. J’ai signé un bail le 1er octobre. Nous sommes le 11 décembre, et je n’ai toujours pas Internet. C’est comme si quelque chose ne tournait pas rond dans notre petit monde. Pourtant, il y a vingt-cinq ans, ça marchait! comment en sommes-nous arrivés là?

La société déceptive de mon ami Eric Verrax

Dans la foulée, mon propriétaire et néanmoins ami, l’excellent Eric Verrax, vice-président de la Fédération des Promoteurs Immobiliers, me passe un coup de téléphone et me raconte l’enfer administratif, hydraulique, électrique, qu’il vit avec une boutique qu’il veut ouvrir à la montagne. Il me parle de la société déceptive qu’est devenue la France: on nous promet des merveilles technologiques, des objets connectés qui nous permettent pratiquement de parler aux Martiens ou de voir des Vénusiens danser en direct sous des éruptions solaires, mais ouvrir un compteur électrique, mettre une ligne Internet fiable à disposition est devenu un problème insurmontable pour la technostructure française.

Nous avons décroché le Prix Nobel d’Economie, le Prix Nobel de Littérature, nos nageurs battent les nageurs russes ou américains, mais organiser une coordination simple entre EDF et ERDF, proposer à une start-up une liaison Internet moins de six semaines après son installation est une ambition hors de portée…

Il est décidément temps que ce pays soit repris en main.