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Mais qui a tué l’esprit du 11 janvier?

La faible affluence aux cérémonies de commémoration du 11 janvier a créé un malaise diffus. Certains ont jugé indispensable de nous rassurer sur l’absence de signification politique de cet événement. Mais il est manifeste que la désertion de la place de République le 10 janvier 2016 dissimule mal la mort de ce que l’on avait pu appeler « l’esprit du 11 janvier« . Reste à savoir comment la France a pu passer, en douze mois, d’une mobilisation spontanée de plusieurs millions de Français à ce silence glacial qui entoure désormais le souvenir de ce 11 septembre français. Mais qui peut bien être coupable de ce gâchis?

L’esprit du 11 janvier et Charlie Hebdo

Dans les grandes désillusions qui ont tué l’esprit du 11 janvier, les polémiques internes à Charlie Hebdo ont rapidement fait planer un soupçon sur le désintéressement du journal.

On se souvenait déjà de la polémique Siné qui, en 2008, avait montré que Charlie Hebdo se sentait plus libre dans le blasphème anti-chrétien ou anti-musulman que vis-à-vis d’autres religions. Avec les déchirements entre la rédaction et les actionnaires, l’opinion publique découvre soudain que la mobilisation financière en faveur de l’hebdomadaire satirique, l’aide de l’Etat et les ventes massives des numéros qui ont suivi l’attentat suscitent les appétits et les convoitises. Ou comment une émotion se transforme en attrape-couillon.

L’esprit du 11 janvier et Jeannette Bougrab

Dans la même veine, l’omniprésence médiatique de Jeannette Bougrab qui dévoile sa vie privée avec Charb, romancée ou non, sur le mode larmoyant du grand amour perdu sème très vite le doute. La famille de Charb s’insurge contre cette impudeur et la vraie compagne de Charb finit par donner une autre version des jours avant l’Etat qui interrogent sur le rôle exact de Jeannette Bougrab dans cette affaire

Au passage, la même Jeannette Bougrab disparaît rapidement des écrans radar et part vivre en Finlande, aux frais du contribuable. Parallèlement, les pires rumeurs circulent sur le « suicide », le 7 janvier 2015, soir de l’attentat de Charlie Hebdo, du commissaire Heldou, chargé, à Limoges, d’enquêter sur Jeannette Bougrab.

Pour une partie de l’opinion publique, cette accumulation d’affaires dans l’affaire nourrit le sentiment que l’attentat de Charlie Hebdo prête le flanc à des manipulations.

L’esprit du 11 janvier et la police nationale

Assez rapidement, les questions enflent sur les défaillances policières dans la lutte contre le terrorisme. Pourquoi la surveillance des Kouachi s’est-elle arrêtée cinq mois avant les attentats? Pourquoi la protection de Charlie Hebdo a-t-elle été allégée quatre mois avant l’attentat? Pourquoi le trafiquant qui a fourni les armes de Coulibaly dans l’attentat de l’Hyper-Casher est-il un « indic » de la gendarmerie mis au secret par la justice depuis les attentats, ou presque? Pourquoi Bernard Cazeneuve oppose-t-il le secret défense aux juges anti-terroristes sur tous les documents qu’il possède sur cette question?

La survenue de nouveaux attentats le 13 novembre n’en finit pas de soulever les mêmes questions: la police française cache-t-elle obstinément ses défaillances? au lieu de procéder à un indispensable retour d’expériences sur ses échecs qui lui permettrait d’améliorer sa prévention contre de futures attentats, protège-t-elle des incompétents et des commissaires qui ont failli?

L’esprit du 11 janvier et François Hollande

Autre point, le plus fondamental sans doute, qui met le public mal à l’aise: la classe politique, François Hollande en tête, a-t-elle pris la mesure du mandat qui lui était donné le 11 janvier, lorsque 7 millions de Français sont descendus dans la rue pour dire leur attachement à la République et à la liberté d’expression? Là où les Français disaient au pouvoir politique: nous vous faisons confiance pour défendre l’intérêt général, la classe politique a pensé intérêts immédiats et réélection. François Hollande a naïvement cru qu’il disposait désormais d’un blanc-seing pour continuer sa politique à la petite semaine. Incontestablement, le bonhomme n’est pas parvenu à se hisser à la dignité du peuple français. Ses calculs minables à l’occasion des régionales et de la déchéance de nationalité l’ont prouvé à ceux qui avaient encore des doutes.

L’esprit du 11 janvier et les musulmans

Dès le 11 janvier, beaucoup de Français ont vécu un trouble. Avenue de la République, les pavés des rues étaient battus par des autochtones. Les allochtones préféraient majoritairement rester sagement sur le pas des magasins du quartier, où l’on vend des voiles islamiques et des djellabahs. Combien de jeunes Musulmans ont refusé la minute de silence qui a suivi l’attentat? Combien ont manifesté une préférence collective pour la France et la démocratie? Combien, au contraire, ont décidé de porter le voile ou de manifester leur satisfaction de voir des blasphémateurs massacrés à l’arme de guerre?

Les attentats du 13 novembre ont accru le sentiment d’un divorce entre les minorités musulmanes et la majorité autochtones. L’incapacité des musulmans de France à structurer une réponse identitaire forte, affirmant clairement qu’une pratique religieuse islamique peut être respectueuse de la République, de la France, de la démocratie et de la laïcité, nourrit incontestablement le doute, pour une majorité de Français, sur ce sujet.

Pour toutes ces raisons, l’esprit du 11 janvier est derrière nous. Nul ne sait l’esprit qui le remplacera.