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L’euro et sa très impressionnante marche triomphale

On s’amusera à suivre les dernières évolutions de la zone euro et de la politique monétaire qu’y mène sa banque centrale, sous la conduite de Mario Draghi. Les décisions prises jeudi à Francfort le confirment: tout va bien! et les promesses de lendemain meilleur, de prospérité continentale et d’avenir radieux se réalisent toutes les unes après les autres.

La zone euro dans une mer d’huile

Le moins que l’on puisse dire est que la zone euro est en pleine mer d’huile: plus rien ne s’y passe, ni croissance, ni inflation. L’économie du continent connaît une stagnation quasi-parfaite. C’est la Banque Centrale Européenne elle-même qui le dit:

L’institution basée à Francfort ne prévoit plus désormais qu’une inflation de 0,1% cette année, alors qu’elle tablait en décembre sur une hausse de 1,0% des prix. (…)

La révision à la baisse des prévisions de croissance est plus modeste, à 1,4% pour cette année contre 1,7% prévu en décembre. Le produit intérieur brut (PIB) de la zone euro devrait ensuite croître de 1,7% en 2017 (1,9% prévu en décembre) et de 1,8% en 2018.

Rappelons quand même que, depuis un an, la BCE injecte chaque mois au moins 60 milliards d’euros pour « relancer » l’inflation et l’investissement. Voilà une politique qui fonctionne excellemment. Au vu de ces résultats, on comprend pourquoi François Hollande pousse pour une plus grande intégration des économies européennes: encore une intuition fulgurante qui ajoutera au marasme qu’il installe consciencieusement depuis 2012.

Il faut payer pour épargner dans la zone euro

Au vu de ces très impressionnants résultats, Mario Draghi a considéré qu’il ne fallait surtout pas changer une tactique qui gagne. Il a donc annoncé qu’il persévérait dans l’erreur et même qu’il la renforçait pour précipiter son échec total.

La BCE a abaissé, comme attendu, le taux de sa facilité de dépôt à -0,4% contre -0,3%, mais elle a aussi ramené son taux de refinancement à zéro, une première, et réduit le taux de sa facilité de prêt marginal (celui auquel les banques peuvent lui emprunter des liquidités au jour le jour) à 0,25%.

Elle a parallèlement porté de 60 à 80 milliards d’euros le montant de ses achats mensuels sur les marchés financiers, un programme qui sera en outre étendu au marché des obligations d’entreprises.

Autrement dit, tout dépôt bancaire à la BCE donnera lieu à une érosion des liquidités déposées et le crédit sera quasiment gratuit. Les banques se frottent les mains puisqu’elles peuvent récupérer gratuitement de l’argent tout chaud à la sortie de la planche à billet et le facturer à des taux importants à leurs clients.

Mario Draghi a beau faire effort pour soutenir que cette politique vise à soutenir le crédit, les financiers savent tous qu’elle sert d’abord à accompagner les banques confrontées au redoutable paquet Bâle III, qui renforce leurs normes prudentielles.

L’Italie, prochain stress test de la zone euro?

Mario Draghi l’Italien se montre évidemment attentif aux nouvelles venues… d’Italie, où les actifs bancaires pourris fleurissent comme des champignons. La Banque d’Italie les évalue désormais à plus de 200 milliards d’euros, ce qui constitue une véritable petite bombe à retardement.

En effet: dans un contexte où la reprise n’a pas lieu, où l’inflation glisse doucement vers la déflation, où un atterrissage économique brutal est en vue, les défaillances d’entreprise en Italie pourraient entraîner tout le système euro. On comprend que le gouverneur de la BCE prête une oreille toute particulière à ce sujet.

La Grèce toujours élève en danger de la zone euro

On notera en même temps que la crise des réfugiés commence à faire sentir ses effets économiques sur la situation grecque.

« La crise des réfugiés crée des problèmes significatifs pour l’économie et la croissance de la Grèce », a déclaré le secrétaire général de l’OCDE, Angel Gurria, à l’issue d’une rencontre à Athènes avec le Premier ministre Alexis Tsipras.

« La Grèce a besoin de recevoir un soutien substantiel pour faire face à ce nouveau défi. Aucun pays ne peut relever seul un tel défi », a-t-il poursuivi.

L’automne devrait donc être chaud, économiquement comme politiquement, en Grèce, au moment où l’Etat n’aura plus les moyens de finir l’année.

2016 devrait être une grande année pour l’Europe!

Euro: et le canard grec était toujours vivant!

Les amateurs d’humour gaulois retrouveront avec plaisir dans Alexis Tsipras une sorte d’incarnation contemporaine et politique du canard de Robert Lamoureux, toujours vivant après plusieurs jours de combat et de poursuite dans la maison. Pour ceux qui auraient la mémoire un peu courte, j’ajoute d’ailleurs une version live de ce moment d’anthologie comique:

 

L’euro, terrain idéal pour la chasse au Tsipras

L’arrivée de Tsipras au pouvoir en Grèce date d’il y a quatre mois et demi. Dès son investiture, Tsipras (et c’était assez logique) avait placé la question de la renégociation de la dette grecque et celle de la remise en cause de l’austérité au coeur de son programme. Depuis cette date, l’une et l’autre parties ont réussi l’exploit de ne pas avancer d’un pouce: les Européens, qui considèrent que la dette grecque est le fruit (pourri) de leur solidarité avec la Grèce, exigent que celle-ci continue les remèdes de cheval qu’elle lui impose (avec plus ou moins de sincérité locale) depuis cinq ans sans aucun résultat, pendant que les Grecs n’ont mis en place que très peu de propositions sociales sur le plan intérieur (ni réforme fiscale, ni remise en vigueur des conventions collectives) sans obtenir la moindre compassion de la part de leurs partenaires.

Cette stagnation est-elle le fruit d’un désintérêt collectif? Pas du tout, pour parvenir à ce brillant résultat, les Européens ont multiplié les sommets, les réunions, les rencontres bilatérales, les missions d’expert, les coups de téléphone de nuit.

L’Allemagne ne veut plus de la Grèce dans la zone euro

La principale raison pour laquelle les négociations patinent tient évidemment à la volonté discrète mais tenace du cruel Dr Schaüble, ministre allemand des Finances, de voir la Grèce sortir de la zone euro. Depuis l’arrivée de Syriza, il exige une capitulation des « rebelles » sans condition: ou bien ils acceptent sans barguigner les réformes décidées par l’Union, ou bien ils sortent de la zone euro. À mesure que le défaut grec se rapproche, et qu’un accord devient possible, son intransigeance est de plus en plus visible.

Ainsi, mardi soir, alors qu’Athènes envoyait une proposition d’accord, Schaüble déclarait:

Wolfgang Schäuble, le ministre des finances, a pris « en partie connaissance » de la liste de réformes proposée par le gouvernement grec. Cela « ne change rien à l’opinion que j’avais exprimée » la semaine dernière – sur le fait que l’optimisme sur une issue rapide des négociations n’était pas justifié –, « ça la conforte plutôt » a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse à Berlin.

La veille, selon le journal Bildune réunion s’était tenue à Berlin entre Merkel, Draghi, Juncker et Lagarde sur le sujet grec, sans qu’il fût informé.

Le titre de l’article du Bild était : « La chancelière va-t-elle perdre son ministre le plus important? ».

« Pour Schäuble, c’est très clair », écrit le quotidien à grand tirage. « L’euro n’échouera pas à cause d’un ‘Grexit’ (une sortie de la Grèce-NDLR) mais plutôt à cause d’un relâchement de ses règles. Schäuble n’a plus rien à perdre. »

On notera que la France n’est pas invitée à ces réunions où les vraies décisions se prennent…

La course pathétique de Tsipras derrière l’euro

Alors que la zone euro a pratiquement pris acte de la sortie de la Grèce, Alexis Tsipras continue à courir après son maintien en ligue 1. Cette obstination devient pathétique, surtout lorsque le Premier Ministre grec ressort sa panoplie de danseur de syrtaki pour tenter de faire plier ses partenaires. Non seulement il annonce tous les jours ou presque être « très proche » d’un accord, mais il ne cesse de trouver des subterfuges pour continuer une négociation où chaque jour qui passe durcit les prétentions de ses créanciers. Ceux-ci exigent désormais clairement une forte augmentation de la TVA sur les produits de première nécessité, des coupes sombres dans les pensions, et des privatisations en veux-tu en voilà. Tsipras réussit l’exploit de dire non à tout, de n’avoir plus d’argent (il a obtenu un report de dernière minute pour ses obligations de remboursement au FMI vendredi) et de revendiquer un maintien dans la zone euro avec versement de 7 milliards d’aide à la clé.

L’imposture Tsipras ne fait plus rire en Grèce

Confirmant un papier sur ce blog qui m’avait valu des reproches, le leader du parti politique grec centriste Potami, Stavros Theodorakis, a donné une interview où il éclaire sur les causes du désastre grec en cours:

Je ne crois pas que le gouvernement grec soit prêt à faire des réformes. Ils sont proeuropéens en Europe, mais populistes en Grèce. Syriza appartient à cet ancien système politique où les partis croient qu’ils peuvent s’en sortir avec des promesses. Alexis Tsipras s’inscrit dans cette tradition qui est un drame pour notre pays. (…)

Le premier ministre dit des choses avec lesquelles nous sommes d’accord. Ce n’est pas un extrémiste, mais il ne fait rien pour changer la situation. Nous lui avons demandé, en vain, de donner la priorité à un projet de loi pour mettre fin aux rapports triangulaires entre les partis, les banques et les chaînes de télévision. Cela n’avance pas car les politiques gardent un moyen de pression sur les médias en les menaçant d’une intervention des banques pour qu’elles cessent de leur prêter de l’argent. (…)

La plupart des ministres sont des cadres de Syriza qui ne font rien et qui passent leur temps à la télévision à expliquer ce que devraient faire les ministres français ou allemands.

Pérorer sans travailler? Un point commun entre Syriza et la Front de Gauche, qui explique pourquoi Mélenchon prend tant à coeur la situation grecque.

La zone euro a pourtant bien du souci à se faire

Même s’il est évident que Tsipras ne sera jamais l’homme de la réforme en Grèce, et même s’il est évident qu’aucun de ses projets ne ramènera la moindre prospérité réelle en Grèce, la zone euro gagnerait pourtant à s’interroger sérieusement (c’est-à-dire loin des réflexes schaubeliens au doux parfum de Stuka fendant l’air) sur les risques d’un Grexit. La situation globale de la zone n’est guère brillante et cette semaine a donné une nouvelle preuve de l’affrontement sourd entre la BCE et les marchés qui tentent de l’intimider en vendant massivement les Bunds allemands.

Pour l’instant, Draghi fait la sourde oreille et ne modifie rien à sa politique: il maintient des taux bas, achète massivement les meilleures obligations, et tient la barre quoiqu’il arrive. Jusqu’à quand? Les marchés demandent un relèvement des taux, car ils sont exsangues: leurs titres ne sont plus rentables, et ils doivent délivrer une promesse de rentabilité aux épargnants…

Soyons clairs: la BCE joue avec le feu dans un marché plus grisouteux que jamais.

La Grèce mettra-t-elle ses bases militaires à disposition des Russes?

La Grèce a encore constitué le clou du spectacle mondial cette semaine, et on commence à comprendre (enfin!) le principal obstacle au règlement de la situation: Tsipras ne veut pas réformer les retraites, comme ses créanciers le lui demandent. Du coup, Tsipras confirme son virage vers Moscou, avec des annonces inquiétantes.

Pressions internationales grandissantes sur la Grèce

L’air de rien, les différents sommets internationaux qui se sont tenus cette semaine ont donné l’occasion, aux créanciers de la Grèce, de déclencher un véritable orage d’acier politique sur le ciel athénien.

Mardi:

La BCE relève de 800 millions le plafond d’intervention d’urgence en faveur des banques grecques. Cette technique permet aux banques grecques de financer discrètement l’Etat. Le lendemain, Mario Draghi, à l’issue de la réunion de la BCE, explique:

Cette aide aux établissements grecs pourrait-elle s’interrompre? «La réponse est entièrement entre les mains des Grecs», a déclaré le patron de la BCE. Une manière de dire à demi-mot qu’il est temps pour le gouvernement d’Alexis Tsipras de présenter enfin la liste de réformes que lui réclament pour la semaine prochaine ses créanciers, la BCE, l’Union européenne et ses États membres ainsi que le FMI. «Nous continuerons de rallonger les liquidités aux banques grecques tant qu’elles sont solvables et présentent des collatéraux (garanties, ndlr) suffisants», a cependant ajouté Mario Draghi, se retranchant derrière les règles en vigueur.

De son côté, Olivier Blanchard, chef économiste du FMI, déclare lors d’une conférence de presse:

« Une crise grecque ne peut être exclue, et cela serait un évènement qui déstabiliserait les marchés financiers », a estimé M. Blanchard en présentant les prévisions économiques révisées du Fonds monétaire international pour 2015 et 2016.
« Nous sommes au milieu de négociations avec les Grecs et nous voulons vraiment qu’elles aboutissent », a-t-il affirmé. Mais une sortie de la Grèce de l’euro « serait très coûteuse et très douloureuse pour la Grèce », a-t-il averti.
« Le reste de la zone euro est en meilleure position pour faire face à une sortie de la Grèce. Certains des pare-feux qui n’étaient pas là avant, le sont maintenant et même si cela ne serait pas facile, cela pourrait être fait », a-t-il estimé.
« Si cela devait arriver, la façon de rassurer les marchés serait d’utiliser cette opportunité pour réaliser des progrès sur la voie d’une union budgétaire et politique et cela serait clairement le bon moment pour le faire »

Mercredi:

L’agence de notation Standard’s and Poor baisse la note de la Grèce à CCC+ « en raison de l’incertitude entourant les négociations prolongées entre le gouvernement grec depuis bientôt trois mois à la tête du pays et ses créanciers officiels ».

Le même jour, l’office public grec de statistiques révisait à la hausse le déficit 2014 et à la baisse l’excédent budgétaire laissé par le précédent gouvernement. Preuve est donc faite que Samaras avait tripatouillé les chiffres pour faire croire à une embellie économique destinée à faciliter sa réélection.

Les Echos publient une tribune de Joseph Stiglitz accusant les Européens de laisser la Grèce faire faillite sans réagir.

De son côté, Wolfgang Schaüble, le ministre allemand des Finances, annonçait:

« Personne ne dispose du moindre indice laissant espérer que nous parviendrons à un accord sur un programme ambitieux », a-t-il dit, ajoutant que le gouvernement Tsipras, en fonctions depuis fin janvier, avait « détruit » tous les progrès économiques réalisées par la Grèce depuis 2011.

La BCE rend un avis juridique jugeant le projet de loi sur les saisies immobilières présenté par Athènes beaucoup trop permissif.

Jeudi:

Le FMI et la Banque Mondiale tenaient leurs réunions de printemps à Washington, en marge du G20. La Grèce et son défaut imminent ont occupé l’essentiel des discussions, pendant que les taux grecs dépassaient les 10%, voire les 30% pour les taux à 3 ans.

A cette occasion, Pierre Moscovici a soutenu qu’un « Grexit » n’était ni envisagé ni préparé (en patois moscovicien, il faut entendre le contraire…), mais il a ajouté cette phrase inhabituelle dans le philhéllenisme bisounoursien du commissaire:

« On travaille et on fait des progrès mais ces progrès sont trop lents et à ce stade trop faibles. Le temps commence à presser ». Il juge également qu’il « manque beaucoup de choses » dans la liste de réformes que la Grèce doit présenter à ses partenaires pour toucher le dernier versement du plan d’aide international actuellement en cours. Selon lui, il est « absolument indispensable que des progrès solides soient enregistrés » lors d’une réunion des ministres des Finances de la zone euro le 24 avril à Riga.

On notera donc avec intérêt que la réunion du 24 avril, présentée comme une séance de validation finale dans l’accord du 24 février, ne sera plus finalement qu’un point d’étape dans le parcours grec vers la rédemption.

Le ministre Varoufakis répondait:

« Nous ferons des compromis pour arriver à un accord rapide. Mais nous ne nous compromettrons pas ». Sans donner de détails concrets sur ces « compromis » qu’Athènes pourrait faire, il a estimé que « jouer avec l’idée d’un ‘Grexit’ (était) profondément anti-européen », et prévenu que prétendre en estimer les conséquences était « prendre ses rêves pour des réalités ».

Au cours d’une conférence de presse, Christine Lagarde déclarait pour sa part, en réponse à des assertions du Financial Times selon lesquelles la Grèce aurait demandé un report de paiement de son échéance du 6 mai:

« Nous n’avons jamais vu une économie développée demander des reports de paiements », a-t-elle souligné, rappelant que de tels reports entraineraient obligatoirement de nouveaux financements et que ceux-ci « signifieraient des contributions additionnelles par la communauté internationale », dont certains membres « sont dans une situation beaucoup plus difficile que celui qui demande ces reports ».

Vendredi:

Si la Grèce n’était pas à l’ordre du jour du G20, elle a néanmoins occupé tous les esprits, confortés par l’inquiétude des marchés qui ont commencé à dévisser. Comme d’habitude, les dirigeants mondiaux ne se préoccupent guère des faits (si têtus…) qu’une fois le mur face à eux…

Le secrétaire américain au Trésor, Jack Lew, a déclaré vendredi: « ne pas parvenir à un accord créerait d’immédiates difficultés pour la Grèce et des incertitudes pour l’Europe et l’économie mondiale dans son ensemble« .

Selon un communiqué du Trésor, le responsable américain a encouragé les ministres des finances de la zone euro à « chercher une issue constructive« .

Le président américain, Barack Obama, lui-même a exhorté vendredi la Grèce à « engager des réformes« .

« Vous devez montrer à vos créanciers et à ceux qui soutiennent votre système financier que vous essayez de vous aider vous-mêmes« , a-t-il lancé à l’intention des Grecs.

Obama ajoutait même:

«La Grèce doit engager des réformes», a t-il dit. Les Grecs «doivent prélever les impôts. Ils doivent réduire leur bureaucratie, flexibiliser leur marché du travail».

Le ministre britannique Osborne déclarait de son côté:

« La situation en Grèce est l’une des plus inquiétantes à ce jour pour l’économie mondiale. Il me semble évident qu’une initiative ou un calcul malheureux de la part de quelque partie que ce soit pourrait aisément replonger les économies européennes dans le genre de situation périlleuse que nous observions voici trois à quatre ans »

Le G20 a par ailleurs donné l’occasion de tirer la sonnette d’alarme sur la guerre des monnaies et sur les bulles spéculatives…

Last but not least, Varoufakis rencontrait à Washington Lee Buchheit, avocat spécialiste des défauts souverains. De quoi alimenter les fantasmes sur une prochaine banqueroute grecque.

Samedi:

La Grèce devait rencontrer ses créanciers internationaux à Bruxelles. Si les Grecs ont une fois de plus manifesté leur optimisme à l’approche de cette rencontre, la réaction de la BCE n’a laissé planer aucune forme d’équivoque sur la conclusion. Mario Draghi a en effet déclaré:

M. Draghi a estimé qu’il fallait «rétablir le dialogue», alors que les créanciers internationaux attendent de la Grèce une liste de réformes, avant de délivrer au pays une aide de 7,2 milliards d’euros dont il a cruellement besoin.

Le chef de la BCE a également demandé des réformes «chiffrées» et a exigé que le gouvernement de la gauche radicale Syriza soit attentif à «l’impact budgétaire» de ses propositions.

Refusant de spéculer sur un défaut de paiement de la Grèce, synonyme presque certain de sortie de l’euro, M. Draghi a toutefois estimé que la zone euro s’était dotée d’instruments face au risque de contagion, qui «seraient utilisés en cas d’escalade de la crise».

Un désaccord sur la réforme des retraites

Au fil des semaines où se déroule ce formidable sur-place digne des championnats du monde de poursuite cycliste, il apparaît que le principal point d’achoppement entre les parties porte sur la réforme des retraites. C’est Christine Lagarde qui a fini par cracher sa pastille:

La directrice générale du FMI, Christine Lagarde, a répété jeudi pendant un séminaire à Washington qu’Athènes n’avait pas d’autre choix que de réformer son système de retraites, « qui n’est pas viable en l’état », et son système fiscal, « avec la nécessité d’avoir des autorités fiscales indépendantes et des collectes d’impôts efficaces ».

Elle a aussi plaidé pour une libéralisation du secteur des biens et services en raison du poids « des intérêts particuliers » qui entravent la compétition.

 

C’est précisément sur ce point que Tsipras livre bataille:

Dans une déclaration à Reuters, le chef du gouvernement de la gauche radicale a fait état de « progrès notables » sur les questions de la collecte de l’impôt et de la lutte contre la corruption.

Il a en revanche évoqué quatre points de désaccord avec l’UE et le FMI : l’emploi, la réforme des retraites, la hausse de la TVA et enfin les privatisations, qu’il préfère qualifier de « développement des actifs de l’Etat ».

En réalité, seule la réforme des retraites et marginalement la flexibilité du marché du travail posent un vrai problème. Le gouvernement Tsipras a en effet procédé à ses premières privatisations cette semaine. En outre, il mène d’ores et déjà une politique de hausse fiscale, en luttant contre la fraude à la TVA et en mobilisant les biens de l’église, exonérée d’impôts.

En attendant que les belligérants se mettent d’accord, Tsipras vide les caisses partout où il trouve encore un peu de gras, pour tenir le plus longtemps possible. Plus personne ne sait si la date limite pour le défaut grec se situe au 24 avril ou au 12 mai… Il est plus probable que la Grèce soit d’ores et déjà en faillite, mais que les places financières fassent semblant de l’ignorer.

Tsipras vend l’âme de la Grèce à la Russie

Face à ce déluge de pressions, Tsipras a pris le taureau par les cornes. Dans la foulée de sa visite à Poutine le 8 avril, il multiplie les signes d’allégeance au président russe, non sans une certaine malice qui agace déjà ses nouveaux amis.

Ainsi, le gouvernement grec a fait courir la rumeur qu’il allait obtenir une avance sur recettes d’exploitation de 5 milliards d’euros en échange de sa participation au projet encore évanescent Turkish Stream. Moscou s’est empressé de démentir l’information:

Non, il n’y a pas eu d’accord, a réagi le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, sur les ondes de la radio Business FM. Vladimir Poutine a lui-même déclaré que personne n’avait demandé de l’aide (à la Russie).

Naturellement, la question de la coopération énergétique a été soulevée (…) et va être étudiée par les experts, mais la Russie n’a pas promis d’aide financière, tout simplement parce que personne ne l’a demandé, a-t-il ajouté.

La Russie négocie-t-elle de plus en plus chèrement une aide financière à la Grèce? Certains signaux faibles l’indiquent.

La rumeur commence par exemple à courir selon laquelle la Grèce mettrait ses bases militaires à disposition de l’armée russe. En outre, la Grèce, qui est pourtant ruinée, a entamé des négociations pour acheter de l’armement russe.

On voit bien la stratégie de Poutine, excellent commercial décidément, évoquée la semaine dernière dans ces colonnes: exiger des concessions immédiates et des engagements commerciaux grecs en échange d’une hypothétique aide future.

Malgré la Grèce, Draghi fore droit

Alors que la situation grecque commence (trop tardivement, puisqu’il s’agit d’une chronique d’un écroulement annoncé) à stresser pas mal de monde sur notre petite planète, et que l’instabilité financière devient un sujet de préoccupation majeure pour le G20, Mario Draghi a annoncé qu’il continuait à faire tourner la planche à billets:

« Nous mettrons l’accent sur la pleine exécution de nos mesures de politique monétaire », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse à l’issue de la réunion du Conseil des gouverneurs, avant d’ajouter que ce programme était « suffisamment flexible » pour être ajusté en cas de besoin.

Le patron de la BCE a également commenté les craintes de certains observateurs de voir l’institution européenne confrontée à une pénurie d’obligations disponibles sur le marché, les trouvant « un peu exagérées ». Il a également minimisé les spéculations selon lesquelles les récents signes de reprise de l’économie dans la zone euro pourraient inciter la banque à revoir en baisse son plan de rachats.

Pourtant, certains signes avant-coureurs devraient éveiller l’attention. L’intervention massive de la BCE place en effet les assureurs-vie en situation de risque systémique:

les tests de résistance réalisés par l’Autorité européenne des assurances et des pensions professionnelles (EIOPA) « font apparaître que 24 % des assureurs risquent de ne pas pouvoir tenir leurs exigences de solvabilité » si les taux restent durablement faibles.

Les assureurs vie doivent en effet rémunérer les porte-feuilles de leurs clients avec des taux positifs, alors que la politique de la BCE effondre les taux des actifs les plus sûrs.

Par ailleurs, la BCE a demandé aux banques européennes de déprécier leurs actifs liés à la banque autrichienne Heta, au bord de la faillite.

Voilà qui s’appelle jouer avec le feu.

Pendant ce temps, la Commission déclare la guerre à Google

Pendant que le monde entier retient son souffle sur la crise grecque, la Commission européenne a décidé d’ouvrir un autre front: l’accusation d’abus de position dominante lancée contre Google. Une amende de 6 milliards d’euros pourrait être prononcée. Il est vrai que l’enquête contre Google ne dure que depuis 5 ans, et que l’approche d’un défaut grec ne justifiait pas que la Commission mobilise ses services sur le sujet Google à un autre moment.

Au passage, les déclarations tonitruantes du patron d’Orange, Stéphane Richard, ont permis de comprendre l’envers du décor sur ce dossier. Manifestement, l’industrie européenne des télécommunications est bien décidée à remporter plusieurs victoires, dont une condamnation de Google, pour récupérer les bénéfices que le géant américain engrange sans rémunérer les opérateurs.

Voilà un dossier qui méritera un prochain billet un peu plus étoffé…

L’Europe plus faible que jamais

Je conclus ce billet en signalant l’excellent papier du site Contexte sur l’un des principaux acteurs de la politique européenne: Donald Tusk. Cet ancien Premier Ministre polonais va devoir gérer les situations les plus épineuses de l’Union… Et il ne semble pas du tout équipé pour y parvenir. Voilà une occurrence bien fâcheuse pour le continent…

Y a-t-il ou non une imposture nommée Tsipras?

Tsipras suscite une vague sincère de sympathie en France où, de droite comme de gauche, il apparaît comme un libérateur. Pourtant, à y regarder de près, un esprit critique ne peut qu’exprimer des doutes.

Tsipras est-il Machiavel incarné?

Les admirateurs de Tsipras lui prêtent volontiers une sorte de génie machiavélique grâce auquel il naviguerait comme un poisson dans l’eau au coeur de la diplomatie internationale. Cette idée est notamment accréditée par l’excellent Romaric Godin de la Tribune, qui écrit:

En agissant avec prudence et détermination, Alexis Tsipras a su contourner la stratégie du « noeud coulant » des Européens. Désormais, la pression est de nouveau sur Angela Merkel. (…) Reste qu’Alexis Tsipras, longtemps sous-estimé par la presse étrangère, a fait preuve d’une intelligence stratégique de premier plan dans cette affaire et qui n’est pas sans rappeler celle de Fabius Cunctator, le général romain qui usa les Carthaginois victorieux d’Hannibal durant la deuxième guerre punique. Le premier ministre grec n’est certes pas assuré de remporter la victoire, mais il a prouvé qu’il était un des rares dirigeants européens à pouvoir tenir tête, sur le plan tactique, à Angela Merkel.

On comprend bien que, face au dogmatisme prussien qui domine, chacun ait besoin de se chercher un héros capable de terrasser le monstre et d’apporter, enfin, la bouffée d’oxygène dont nous avons besoin pour reprendre notre souffle, et pour sortir de ce cauchemar technocratique qu’est l’Europe. Simplement, Tsipras ne paraît pas le bon cheval sur qui miser, pour plusieurs petites raisons que l’actualité de la semaine a encore montrées.

Tsipras, fort en propagande, faible en résultat

Tsipras a un mérite: il a compris qu’il fallait donner le change et toujours inspirer le sentiment de réussir, même (voire surtout?) quand on se prend une méchante gamelle. C’est devenu la marque de fabrique du personnage: il annonce urbi et orbi des victoires qu’il ne remporte jamais. Et quand il ne les annonce pas lui-même, il fait porter les fausses nouvelles par ses messagers.

Dimanche dernier, par exemple, son ministre Varoufakis est sorti de sa visite à Christine Lagarde, directrice générale du FMI, en déclarant:

« Mme Lagarde (…) a souligné que, dans le cas de la Grèce, le Fonds est disposé à faire montre de la plus grande souplesse dans la manière dont les réformes et propositions budgétaires du gouvernement seront évaluées », précise le ministère.

Le problème est que la vraie version est un peu différente: non seulement Christine Lagarde n’a rien lâché sur les 460 millions d’euros que la Grèce devait lui rembourser, mais elle a confirmé qu’elle exigeait de la Grèce une réforme des retraites.

Dans la foulée, le ministre grec a rencontré le sous-secrétaire d’Etat américain au Trésor, Nathan Sheets, et une conseillère de Barack Obama. On n’épiloguera pas ici sur le côté très « second rang » des interlocuteurs américains de la Grèce. Officiellement, il s’agissait de présenter les réformes que la Grèce entendait mener.

Cette visite a donné lieu à un désaveu cinglant de la politique grecque par les Américains:

Le responsable américain a appelé la Grèce « à s’engager pleinement dans un processus de négociations techniques avec ses partenaires internationaux afin de finaliser un programme de réformes qui mérite un soutien financier en temps opportun de la part des créanciers de la Grèce », a indiqué un porte-parole du Trésor.

En fouillant un peu, on comprend rapidement que la remontée de bretelles ne s’est pas arrêtée là. Caroline Atkinson, conseillère d’Obama, a probablement profité de cette visite pour dire à Varoufakis tout le mal qu’elle pensait des cajoleries que Tsipras ne cesse de faire à la Russie.

La visite de diversion aux Etats-Unis n’a donc rien d’un succès diplomatique, ni d’une initiative géniale. Elle est, pour Tsipras, une occasion de plus de se prendre une veste.

L’imposture de la visite en Russie

Mais le plus caricatural de l’imposture est apparu avec la visite rendue par Tsipras à Moscou, présentée de-ci de-là comme une opération maîtresse de renversement des alliances, de nature à faire trembler l’Europe. Là encore, la visite du 8 avril, quand on y regarde de près, manifeste une impréparation consternante à l’exercice diplomatique.

Tsipras n’a en effet rien gagné ou presque. Il a soutenu ne pas avoir demandé d’argent à la Russie: heureusement, car il n’en aurait pas obtenu, pour deux raisons clairement exprimées dans les médias russes. D’abord, les Russes, qui ne sont pas fous, considèrent comme inévitable un défaut grec:

« De toute façon, la Grèce est au bord du défaut de paiement. Elle peut repousser le désastre pendant encore un moment, mais il est inévitable », affirme Oleg Barabanov [directeur scientifique de l’Institut de l’Europe de l’Institut des relatons internationales de Moscou]

Pourquoi, dans ces conditions, mettre son argent dans un puits sans fonds? Les Russes seraient au mieux prêts à investir en Grèce, mais ils savent qu’il s’agirait d’un casus belli qui précipiterait la disparition de l’Union Européenne. Et c’est la deuxième raison pour laquelle ils n’ont pas envie de rentrer dans le jeu de Tsipras:

« Dans cette situation, la scission deviendra évidente au sein de l’UE et cette dernière sera grandement affaiblie, explique Vladimir Brouter, expert de l’Institut international des sciences politiques et humaines. Ce qui ne recèle rien de positif pour Moscou. »

Car finalement, ce vide se remplira de forces antirusses, notamment celles de la Grande-Bretagne. Moscou doit plutôt déployer des efforts pour modifier la vision européenne générale.

Pire, Tsipras s’est même fait alpaguer par le patriarche de Moscou, qui lui a reproché son athéisme.

Tsipras lâche la proie européenne pour l’ombre russe

Au sortir de sa visite chez Poutine, Tsipras a donc une nouvelle fois dû se contenter de ses seuls yeux pour pleurer: en dehors d’une promesse de sociétés agricoles gréco-russes permettant de contourner l’embargo sur les fruits décrété par Moscou, il est revenu bredouille, mais avec de vraies commandes à remplir.

Ainsi, à peine sorti du bureau de Poutine, Tsipras dénonçait-il les sanctions prises contre la Russie:

«Pour résoudre cette crise profonde (en Ukraine), il faut abandonner le cercle vicieux des sanctions, qui ne contribuent pas à la défense du droit international«, a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse commune retransmise à la télévision russe.

Plus fort même: Poutine est parvenu à vendre à la Grèce une participation au projet de gazoduc Turkish Stream.

M. Poutine a notamment évoqué une participation de la Grèce au projet de gazoduc Turkish Stream entre la Russie et le Turquie, qui pourrait servir de base à des livraisons de gaz russe vers le sud de l’Europe. Mais il a reconnu qu’aucun accord ferme n’avait été conclu. «La Grèce souhaite étudier des initiatives en vue d’investissements pour la construction d’un gazoduc grec de la frontière gréco-turque au territoire grec», a indiqué pour sa part M. Tsipras.

Trop fort ce Poutine! Il reçoit un mec ruiné qui vient lui taxer du pognon en lousdé, et il parvient à lui faire une vente…

Bref, Poutine n’est pas né de la dernière pluie, et Tsipras s’est fait plumer comme un perdreau de l’année, en décrédibilisant à l’avance toute parole grecque sur les sanctions contre la Russie au sein de l’Union. Mais jusqu’où le Machiavel de Plaka fera-t-il tomber son pays?

La farce des réparations allemandes à la Grèce

Heureusement, Tsipras peut compter sur une frange de l’opinion européenne pour applaudir à chacune de ses forfanteries en anesthésiant totalement son esprit critique. La farce des réparations de guerre allemandes en a constitué une superbe exemple.

Alors que la dette grecque s’élève à environ 320 milliards d’euros, le gouvernement grec chiffre le montant des réparations allemandes pour fait de guerre à… 280 milliards d’euros.

Lors d’un débat au Parlement grec entamé samedi, le secrétaire d’Etat au Budget, Dimitris Mardas, a indiqué que ses services avaient évalué à 278,7 milliards d’euros le montant des réparations de guerre dues par l’Allemagne à la Grèce à la suite de l’occupation du pays entre 1941 et 1944.(…)

Selon M. Mardas, la somme de 278 milliards comprend un prêt forcé de 10,3 milliards d’euros exigé de la Banque de Grèce par les occupants ainsi que les dommages subis par les « particuliers et les infrastructures » du pays.

Un rapport de la Comptabilité nationale grecque avait dans le passé évalué le montant des réparations à 162 milliards d’euros.

Comment passe-t-on de 162 milliards à 280 milliards en l’espace de quelques années? Ce n’est probablement pas le débat: l’enjeu est bien de détourner l’attention et de tenter une manoeuvre à trois francs six sous pour retourner la situation et affaiblir l’Allemagne. On voit mal comment la position grecque pourrait ne pas exaspérer ses partenaires, qui doivent avaler dans le même mouvement une évidente mauvaise volonté sur les réformes à préparer, un coup de poignard dans le dos de la discipline communautaire sur les sanctions contre la Russie, et une revendication fantaisiste sur des dettes de guerre réelles, mais qui mériteraient autre chose qu’un traitement à l’emporte-pièce.

La Grèce a remboursé le FMI avec l’argent de la BCE

Une autre farce tout à fait effrayante est celle de la levée de bons du Trésor grecs, qui a permis de rembourser le FMI et de payer les fonctionnaires ce mois-ci. Le gouvernement grec adore en effet annoncer qu’il lève tout à fait normalement des bons du Trésor. Mercredi dernier, il a ainsi levé 1,14 milliards d’euros. On oublie juste de dire que les souscripteurs de cet emprunt ne sont autres que les banques grecques, refinancées par le fonds de secours de la BCE.

D’ailleurs, la BCE a encore relevé le plafond d’aide d’urgence aux banques grecques cette semaine. Cette fois, le coup de pouce est de… 1,2 milliard d’euros précisément le montant de l’émission grecque de mercredi. Amusant non?

Autrement dit, sans la garantie (discrète) de la BCE, la Grèce serait aujourd’hui incapable de se refinancer et ferait faillite. Malgré cette aide importante, Tsipras continue de façon ahurissante à jouer aux victimes de l’Union.

Au passage, ces mêmes banques grecques sont désormais visées par une enquête de la Commission pour des aides de l’Etat illégales. La BCE a d’ailleurs révélé que le renflouement du secteur bancaire grec avait coûté près de 25% du PIB, dont la moitié perdue en recapitalisation pure.

On voit bien comment la survie de la Grèce est d’ores et déjà totalement artificielle.

Tsipras fait un cadeau inattendu à la Chine

Les défenseurs des libertés, qui voient en Tsipras l’un de leurs héros, noteront avec intérêt la grande première à laquelle la Grèce s’est livrée dans le domaine de la coopération avec la Chine: l’extradition d’un Chinois accusé de crime économique. Jusqu’ici, l’Europe a toujours pris soin de ne pas extrader les Chinois, au regard du caractère infiniment démocratique de la justice chinoise…

Comme Tsipras a besoin de s’attirer les bonnes grâces de l’empire du Milieu, cette précaution n’a manifestement plus cours. Et qu’il n’existe aucun accord d’extradition entre la Chine et la Grèce ne semble pas poser problème.

Le gouvernement Tsipras totalement incompétent?

Les relations avec la Chine sont un élément de la stratégie machiavélique grecque, mais elles ne semblent pas produire de résultats beaucoup plus brillants que les autres gesticulations internationales de Tsipras. Les Chinois semblent se faire peu d’illusions sur l’équipe au pouvoir à Athènes. La vente du port du Pirée en a donné un indice:

Des annonces contradictoires sur des dossiers tels que le projet de privatisation du port du Pirée, successivement annoncé, annulé, relancé et transformé en projet de coentreprise, ont sapé la confiance des prêteurs étrangers et nourri les doutes sur la compétence et la cohésion du nouveau gouvernement, ont dit des sources proches des discussions.

Une source a rapporté que des négociateurs étrangers s’étaient retrouvés dans un premier temps face à des fonctionnaires expliquant qu’ils n’avaient pas l’autorité nécessaire puis face à des responsables qui s’en tenaient à des propos très généraux et incapables de chiffrer leurs arguments. « Au final, on ne sait pas qui est responsable », a-t-elle ajouté.

La présence de deux négociateurs différents dans les discussions, Giorgos Chouliarakis et Nikos Theoharakis, a nourri les soupçons de division au sein même du gouvernement grec. Le premier passe pour être proche du vice-Premier ministre Yannis Dragasakis, le second pour être lié à Yanis Varoufakis.

Le gouvernement dément toute divergence entre ses représentants aux discussions.

 

On commence à mieux comprendre… Après tout, ce qu’on nous présente comme de la haute stratégie dans certains milieux français n’est peut-être pas autre chose qu’une immense improvisation de quelques amateurs dépassés par le job qu’ils doivent faire.

Un arbitrage fixé au 20 avril

Après d’innombrables réunions de la dernière chance, et après de très nombreux ultimatums, l’accord de février devrait être appliqué: sans un plan de réforme détaillé fin avril, l’Eurogroupe devrait, le 24 avril, trancher dans le vif et décider de ne pas renouveler l’aide à la Grèce. Cette décision cataclysmique risque de changer la vie à quelques millions d’Européens.

Selon le Times, l’Union s’apprêterait à sortir la Grèce de la zone euro. Cette solution d’ores et déjà évoquée dans ces colonnes la semaine dernière apparaît comme à peu près inévitable. Le paradoxe est que le divorce entre la Grèce et l’euro sera une initiative européenne, alors que les fans de Tsipras en France rêvent d’en faire une initiative grecque.

La bulle créée par la BCE explosera-t-elle?

Pour les marchés financiers, la sortie de la Grèce hors de la zone euro pourrait provoquer quelques catastrophes en série. Le Quantitative Easing de la BCE, avec 60 milliards déversés dès le premier mois dont 11 milliards pour l’Allemagne et près de 9 milliards pour la France, produit en effet des distorsions importantes.

Outre qu’à ce rythme la BCE aura en décembre financé tout le déficit public français de 2015, le marché des obligations et des actions connaît déjà des anomalies inquiétantes. Dans la pratique, les investisseurs sont évincés du marché des obligations et se reportent massivement sur le marché des actions où les prix s’envolent. Le très respecté gestionnaire Carmignac s’en inquiète:

Le gestionnaire d’actifs donne comme exemple la zone euro où les multiples de résultats atteignent aujourd’hui 16 fois les résultats attendus cette année. Ce niveau représente non seulement un doublement par rapport aux multiples qui prévalaient il y a trois ans, mais il se situe aussi 4 écarts-types au-dessus de la moyenne des dix dernières années. Autrement dit, les multiples de résultats se situent près de 40% au-dessus de cette moyenne.

La bulle spéculative s’est gonflée à une vitesse spectaculaire. On s’en mordra les doigts.

 

Euro: le beau spectacle d’une union monétaire en déroute…

La prévisible débandade de l’euro dans les jours à venir devrait contribuer de manière majeure à la théorie des zones monétaires optimales dégagées dans les années 60 par l’économiste Mundell. L’euro valide en effet l’idée selon laquelle une zone monétaire ne peut fonctionner sans convergence des politiques économiques: le laxisme grec est difficilement compatible avec la rigueur allemande… Mais ce sont surtout les conditions de sortie d’une zone monétaire qui vont être éclairées.

Euro: même Moscovici n’y croit plus!

Depuis plusieurs mois, ce blog raconte, semaine après semaine, comment la ligne de flottaison de l’euro prend l’eau. L’un de mes papiers d’octobre qui annonçait les difficultés de la monnaie unique m’avait d’ailleurs valu quelques sarcasmes dans les couloirs du pouvoir: les Diafoirus qui nous dirigent trouvaient grotesque l’idée que l’euro puisse avoir une fin proche, et n’avaient pas mots assez méprisants pour tous ceux qui affirmaient cette idée.

On se consolera facilement: les mêmes qui, en octobre, jugeaient ridicule l’annonce d’une fin de l’euro trouvaient parfaitement minable et populiste, il y a trois ans, la revendication d’une dévaluation de l’euro. Depuis que l’euro s’est déprécié de 30% en quelques jours, ces petits marquis ne manquent pas une occasion de se louer de cette évolution. C’est tout le problème de la classe dirigeante française: elle se croit supérieurement intelligente, mais elle se contente de s’incliner devant ce qui existe sans avoir la moindre idée sur les bonnes décisions à prendre. En s’attribuant toujours la paternité des bonnes décisions qu’elle combattait la veille.

Le parangon de ces petits marquis n’est autre que le duc Moscovici, grand idéologue de l’euro, qui déclare désormais:

« Un retrait de la Grèce de la zone Euro aura des conséquences négatives, pour ses membres »

On notera que Moscovici n’est désormais plus cité que sur les médias iraniens. Soit plus personne ne l’écoute en Europe, soit l’annonce qu’il vient de faire paraît tellement incroyable aux médias européens qu’aucun d’entre eux n’a voulu l’écouter.

En tout cas, une chose est désormais acquise dans les couloirs du pouvoir européen (le seul, le vrai, pas celui des postures creuses de l’Elysée): la Grèce va sortir de la zone euro.

L’euro, victime du mythe de la supériorité germanique

La Grèce n’est évidemment pas la seule cause d’une disparition programmée de l’euro, elle en est seulement l’occasion ou le catalyseur. Disons-le, d’ailleurs: l’euro mettra plusieurs années avant de finir son agonie. Mais Tsipras pourra facilement revendiquer la paternité de son plongeon dans un coma irréversible qui la réduira au rang de fiction végétative.

Tsipras procède-t-il sciemment à cette mise en état de mort cérébrale? Beaucoup, dans les rangs de l’extrême gauche et de l’extrême droite françaises le croient, selon une tendance complotiste discrète qui veut que l’histoire soit forcément le fruit d’une volonté. Personnellement, je pense que Tsipras est un apprenti sorcier qui procède plus par forfanterie et par incompétence, aidé par son disciple Varoufakis, que par volonté délibérée.

Tsipras imagine sincèrement que l’Europe, et singulièrement l’Allemagne, vont céder à sa menace de pousser sur le bouton nucléaire de la faillite si 7 milliards d’euros ne tombent pas dans son escarcelle sans contrepartie sincère et crédible. Il suppose que ses partenaires font des choix intelligents. C’est son défaut: il croit, sans se l’avouer au mythe de l’Allemagne rigoureuse, capable d’anticiper, de faire des bons choix. Au fond, Tsipras a intégré cette absurde invention de la supériorité de la race aryenne.

Les semaines qui viennent vont nous prouver que la race germanique est en réalité un agrégat de gros rustauds barbaresques, incapables de comprendre le monde tel qu’il fonctionne, et incapables de penser plus loin que des poissons rouges. Les Allemands sont en effet convaincus qu’ils seront gagnants en attendant patiemment la faillite de la Grèce et en la mettant ce jour-là hors de la zone euro avec force de coups de pieds aux fesses, un peu comme ils dégageraient en haute mer des passagers clandestins africains trouvés par hasard à fond de cale.

Grave erreur!

Tsipras continue à fanfaronner

Pourtant, la situation de la Grèce est simple: elle doit, le 9 avril, rembourser 458 millions d’euros au FMI. C’est à peu près tout ce qui lui reste en caisse. Le 14 avril, elle doit payer ses fonctionnaires et ses retraités. De deux choses l’une: soit elle rembourse le FMI et elle ne paie pas ses fonctionnaires, soit elle paie ses fonctionnaires et fait défaut devant ses créanciers, comme je l’indiquais déjà la semaine dernière.

Tout ceci se passe durant la semaine sainte grecque: tout un symbole! la Grèce sur la voie de la crucifixion et de la résurrection…

Fidèle à son habitude: Tsipras a donc multiplié les déclarations et les attitudes contradictoires. Personne ne sait aujourd’hui quel est l’état exact des réserves grecques, ce qui constitue en soi une première mort de la construction européenne. Le gouvernement grec a annulé plusieurs réunions techniques avec les représentants de ses créanciers, ce qui complique singulièrement les discussions, puisque Tsipras empêche toute transparence sur la situation grecque. Malgré tout, il se disait confiant sur l’issue des discussions en principe relancées le week-dernier par l’envoi de ses propositions de réformes.

A Athènes au contraire, le Premier ministre Alexis Tsipras s’est dit dimanche confiant dans «une fin heureuse» des négociations, tandis que lundi, une source gouvernementale a indiqué à l’AFP avoir «toujours l’espoir» d’une solution d’ici mercredi, au moins sur le plan technique.

Elle a estimé au contraire que la partie grecque était «bien préparée», et avait fourni «des documents solides, comprenant tous les détails» nécessaires.

«Si on continue à vouloir nous asphyxier, il finira par y avoir des conséquences», s’exaspérait-elle, tout en remarquant néanmoins «qu’après avoir payé l’euro de son sang, la Grèce serait la dernière à en partir».

Cette confiance ne manque évidemment pas de surprendre après une dégradation de la note de la Grèce par Fitch, désormais classée en « CCC ».

Alors que le ministre grec de l’Intérieur Nikos Voutsis, affirmait au Spiegel que la Grèce ne passerait pas le cap du 9 avril, le porte-parole du gouvernement grec affirmait pourtant:

« Il n’y a aucun risque que la Grèce n’honore pas ses obligations envers le FMI le 9 avril »

Voilà une phrase qu’un gouvernement au bord de la faillite adore prononcer! Après tout, la Grèce a fait des propositions de réforme qui devraient la sauver…

La Grèce se tourne vers l’Orient

Les propositions « très précises » du gouvernement grec n’ont pourtant pas convaincu les Européens. Elles intègrent en effet un certain nombre d’idées souhaitées avant l’arrivée de Tsipras au pouvoir:

A en croire un article publié notamment par le site spécialisé Macropolis, et non démenti par le gouvernement, les projets de réformes semblent bel et bien chiffrés: par exemple, 350 millions d’euros pour la lutte contre la fraude à la TVA, ou 250 millions pour la lutte contre la contrebande de tabac et de cigarettes.

Mais il semble bien que les pierres d’achoppement portent sur les grands principes, comme de nouveaux licenciements de fonctionnaires, les retraites ou l’accélération des privatisations.

Concernant les deux premiers points, «il y a des lignes rouges que nous ne franchirons pas», a répété lundi sur plusieurs télévisions le secrétaire d’Etat aux Finances Dimitris Mardas. Sur les privatisations, il a déclaré qu’Athènes «ne vendrait plus ses biens à prix humiliants».

De façon très révélatrice, Tsipras a notamment annoncé que la privatisation du port du Pirée (racheté par les Chinois) se ferait bel et bien. Il est difficile ici de ne pas voir un important geste des Grecs en direction des Chinois, mécontents lorsque Tsipras avant annoncé le blocage de l’opération.

Quel deal entre la Grèce et la Russie?

Alors que Tsipras doit rencontrer Poutine mercredi à Moscou (veille du jour où la Grèce doit ou non rembourser un prêt du FMI), il a adressé un autre geste important envers la Russie: le ministre grec de l’Energie, Panaiotis Lafazanis, a rencontré son homologue russe à Moscou cette semaine. Les supputations sont allées bon train sur le contenu exact des discussions, dans le contexte plus général de l’Union de l’énergie qui devrait centraliser à Bruxelles les négociations tarifaires avec la Russie sur le gaz.

Pour un certain nombre d’observateurs, la Russie serait en train d’acheter un veto grec à de nouvelles sanctions dans l’affaire ukrainienne. Tsipras aurait déjà fait des déclarations dans ce sens. Rien ne permet, à ce jour, d’accréditer cette thèse… mais la Grèce joue un jeu bien dangereux qui, là encore, devrait déboucher sur une méchante remise en cause de la coopération communautaire.

Officiellement, la visite ministérielle se limitait, en tout cas, à une simple négociation pour obtenir un rabais sur le prix du gaz russe.

L’Allemagne souhaite tant un Grexident

Ces gesticulations de Tsipras risquent bien de tomber à plat. L’Allemagne multiplie en effet les signaux de rigidité vis-à-vis de la Grèce, et semble en réalité bien résolue à vendre très très cher un éventuel prolongement de l’aide financière à Tsipras. On nous dirait aujourd’hui qu’il existe une préférence allemande pour le Grexident que nous n’en serions pas surpris.

Dès lundi, le porte-parole du ministère allemand de l’économie déclarait:

« Il nous faut attendre que la partie grecque nous présente une liste globale de réformes qui servirait de base de discussion convenable avec les institutions puis avec l’Eurogroupe », a-t-il déclaré.

« La balle est dans le camp de la Grèce », a-t-il ajouté, tout en soulignant qu’il s’agissait de négociations « compliquées » et « très techniques » qui demandaient forcement du temps.

« Tout dépend de la qualité de la liste grecque et dans quelle mesure ils couvrent les éléments qui ont déjà été mentionnés dans le protocole d’accord, » a-t-il dit. « Il ne s’agit pas seulement de mettre en place une procédure à Bruxelles mais des mesures devront aussi être votées au parlement à Athènes. »

Mercredi, les « experts » annonçaient qu’ils interrompaient les négociations avec Athènes. Dans la foulée, les Allemands justifiaient cette décision en expliquant que les propositions grecques n’étaient que:

«De vagues promesses de rentrées fiscales sans annonce sérieuse d’économies budgétaires»

Aucun Eurogroupe n’a été calé dans la foulée. Peut-être les Allemands ont-ils en tête que la Grèce n’a pas besoin de 7 milliards, mais de 19, selon un échéancier très précis,… pour passer en 2016. Une addition qui ne s’arrête jamais de gonfler…

Malgré ces annonces « noires », Donald Tusk, président du Conseil, déclarait:

«Je pense qu’aujourd’hui nous pouvons dire que la situation de la Grèce est sous contrôle», a déclaré M. Tusk en marge d’une tournée le menant à Malte en Espagne et en Tunisie. «J’espère que nous pourrons parvenir à un accord d’ici à fin avril, cela me paraît possible».

 

Les autruches ont pris le pouvoir…

La Grèce prépare la nationalisation de ses banques

Dans la pratique, la Grèce est d’ores et déjà en situation de faillite. Sans le relèvement hebdomadaire du plafond de financement d’urgence des banques grecques, principale source de financement de l’Etat grec aujourd’hui, la Grèce aurait bel et bien disparu.

On voit mal quel exercice d’équilibriste permettrait aujourd’hui d’éviter ce que certains appellent le pire et d’autre le meilleur: le Grexit en bonne et due forme. Selon le Daily Telegraph, la Grèce prépare donc la nationalisation de ses banques et la mise en circulation d’une nouvelle monnaie. La sortie de l’euro se ferait donc par l’adoption d’une nouvelle monnaie locale.

On suivra attentivement l’évolution de la semaine: si elle se réalise, l’expérience promet d’être passionnante.

Pendant ce temps, Juncker fait de mauvais calculs

Quelque chose est tout de même sidérant dans cette situation où l’euro s’approche du cap Horn monétaire: le président de la Commission européenne, qui avaot promis qu’il serait beaucoup plus politique de son prédécesseur, a totalement disparu des écrans radar. Il a même annulé un voyage en Ukraine pour soigner ses calculs… rénaux.

Aucun autre commissaire n’apparaît d’ailleurs dans la crise grecque. Jamais les institutions communautaires n’auront semblé aussi faibles dans un moment aussi critique.

Libéralisation discrète de la production agricole

La Commission ne se consacre plus guère qu’à des mesures techniques qui ne sont cependant pas sans impact sur la réalité. Alors que la production agricole diminue, le commissaire (irlandais) chargé de l’agriculteur a annoncé la suppression des quotas laitiers, en vigueur depuis 30 ans et destinés à éviter une surproduction qui fait baisser les prix et favorise les grandes exploitations au détriment des plus petites.

Les Français ont mal mesuré l’inspiration prussienne de cette mesure: elle permettra aux grandes exploitations du Nord de l’Europe de submerger le marché avec des fromages et des produits laitiers low cost mais sans goût. Ce mauvais coup adressé aux agriculteurs qui font de la qualité, en France notamment, nous coûtera très cher…

La BCE sur la sellette

Reste la BCE, dernière institution européenne à disposer de leviers d’action et d’une vision politique. L’assouplissement monétaire qu’elle a lancé début mars a tellement d’effets que les analystes parient déjà sur sa mise en suspens. Même si la BCE s’en défend, la question devrait rapidement lui être posée. Le marché des dettes souveraines est pratiquement monopolisé par la BCE aujourd’hui en Europe, et les investisseurs n’ont plus guère de possibilités autres que d’acquérir des titres risqués à très haut prix.

Ce qu’on appelle une bulle spéculative…

 

 

La BCE face à une faillite de la Grèce le 9 avril

La Banque Centrale Européenne (BCE) s’est imposée comme le principal levier de pouvoir en Europe avec son « assouplissement monétaire », dont l’objectif est de relancer l’inflation et la croissance. Mais celui-ci n’est-il pas en train d’échapper à ses inventeurs, à la manière de la créature de Viktor Frankenstein? Et que fera la BCE si la Grèce fait faillite le 9 avril?

Des résultats fulgurants

En quinze jours, la Banque Centrale a déjà injecté plus de 26 milliards d’euros dans l’économie européenne par un rachat massif de dettes souveraines, sur un objectif de 1.000 milliards. Le bilan de la banque a augmenté de près de 16 milliards. Cette potion magique a déjà produit une chute de l’euro vertigineuse (une trentaine de points presque immédiatement) qui réjouit les exportateurs. Dans le même temps, la BCE poursuit son soutien au crédit bancaire par son programme dit LTRO et par des taux de détention négatifs, qui encouragent les banques à ne pas immobiliser leurs liquidités auprès d’elle. Cette mesure se justifie d’autant plus que le crédit bancaire au secteur privé a encore baissé de 0,1% en février.

Pour Mario Draghi, l’ampleur du mouvement et la montée des cours de bourse constituent des éléments de satisfaction à tel point que les banquiers centraux américains ont commencé à s’en inquiéter.

Le programme de la BCE « a un impact plus important sur les marchés de capitaux et a un impact plus important sur les anticipations d’activité économique en Europe que ce que beaucoup attendaient », a déclaré Stanley Fischer en réponse à une question après un discours à New York.

L’inflation va-t-elle revenir en force?

L’intervention massive de la BCE risque-t-elle de produire plus de déséquilibres qu’elle n’en supprimera? Certains commencent à le craindre ouvertement, et pronostiquent une inflation supérieure à 2% en 2017. L’euro de situe en tout cas d’ores et déjà très au-dessous du cours plancher anticipé par la BCE, et pourrait continuer sa dégringolade en passant sous la barre de la parité avec le dollar.

Si cette tendance se confirmait à long terme, les importations se renchériraient et l’inflation risquerait de dépasser rapidement le taux plafond prévu par les traités. A moins, bien entendu, que les pays émergents qui fabriquent l’essentiel de nos importations ne soient touchés par une crise majeure, liée, par exemple, à la remontée des taux américains: il est à peu près que la Réserve Fédérale américaine renforcera l’attractivité du dollar en relevant ses taux directeurs en juin. Ce mouvement de balancier devrait affaiblir durablement les monnaies des pays émergents et limiter la casse en matière de balance des paiements.

Des déséquilibres financiers systémiques à prévoir

En achetant massivement des dettes souveraines, la BCE prive les investisseurs privés, y compris les institutionnels (les fameux zin-zin) de leurs gourmandises habituelles. Ceux-ci partent donc à la chasse de tout ce qui peut apporter du rendement. Les sociétés foncières sont les premières bénéficiaires de ce mouvement.

«Elles ont gagné 26 % en 2014, et encore 20 % depuis le début de l’année, parce qu’elles offrent, grâce aux loyers, plus de 3 % de dividendes et peuvent, grâce à des bilans assainis, profiter des taux bas pour emprunter à bon compte et acheter des actifs», relève Laurent Denize, codirecteur des investissements chez Oddo AM.

Tous ceux qui se serrent la ceinture pour payer leur loyer à prix d’or apprécieront le petit geste…

Pour les « institutionnels » français et notamment les gestionnaires d’assurance-vie, la pilule se révèle amère. Les rendements sur les fonds en euros s’effondrent, grignotant d’autant les bénéfices qui permettent de reconvertir les placements.

Donc, paradoxalement, plus les taux sont bas, plus les assureurs sont contraints d’investir sur les taux. Cela risque de peser sur leur solvabilité et même de créer à terme un risque commercial où les compagnies d’assurances ne seront plus en mesure d’honorer leur passif. C’est évidemment le scénario du pire.

Tiens, tiens! le scénario du pire… En tout cas, la relance de l’inflation est forcé antagoniste de l’intérêt des rentiers et des épargnants.

La BCE exposée à hauteur de 104 milliards en Grèce

Même la BCE semble exprimer quelques soucis quant au risque qu’elle prend en quittant sa tranchée et en partant à l’assaut des collines adverses. Sa principale préoccupation s’appelle « Grèce », où la situation financière ne s’améliore pas.

La première banque du pays, la Banque Nationale de Grèce, a annoncé une perte d’un milliard d’euros au quatrième trimestre 2014. Cette mauvaise nouvelle illustre la fragilité des banques grecques à un moment où l’Etat grec lui-même commence à voir à l’oeil nu la banquise de la faillite s’approcher.

Le danger qui grandit a le don d’angoisser Mario Draghi, qui a proposé aux Grecs de se bouger un peu le train.

« L’exposition de la BCE à la Grèce s’élève à 104 milliards d’euros, soit 65% de son PIB. Il s’agit de la plus grande exposition dans l’ensemble de la zone euro. La BCE ne crée par de règles pour la Grèce, nous les appliquons. Nous avons levé la dérogation après que ses obligations soient passées en-dessous du seuil que nous acceptons comme garantie. Nous avions conclu la dérogation l’an dernier lorsque nous nous attendions à une révision complète du programme de réformes économiques et au décaissement des prêts.

En conséquence, Draghi a expressément demandé aux banques grecques d’arrêter d’acheter de la dette grecque en même temps que l’Eurogroupe bloquait la restitution de 1,2 milliards d’euros à la Grèce. Dans le même temps, la BCE relevait son plafond d’aide d’urgence aux banques grecques pour éviter la faillite immédiate du pays. Celui-ci atteint désormais 71 milliards.

Il faut dire que la BCE joue gros en cas de défaut de paiement de la Grèce. On voit mal comment un accident de ce genre ne balaierait pas l’ensemble des économies mondiales, à commencer par l’économie européenne.

Inquiétante hémorragie financière en Grèce

Il faut dire que la situation grecque a de quoi donner des sueurs froides, puisque l’hémorragie financière continue dans une apparente passivité du gouvernement grec et de ses partenaires européens.

La visite d’Alexis Tsipras à Angela Merkel en début de semaine l’a confirmé: ni Tsipras ni Merkel ne semblent désireux de faire le premier pas en faveur d’une résolution de la crise. Si la chancelière allemande a cherché à donner une image plus positive de son approche du dossier, elle n’a rien lâché sur le fond et, selon les observateurs, la conversation n’a porté sur aucun dossier concret.

Alors que Martin Schulz et Jean-Claude Juncker multipliaient les déclarations optimistes, rejoints, une fois n’est pas coutume par Jeroen Dijsselbloem, président de l’Eurogroupe, les retraits de capitaux continuaient dans le pays à une vitesse hallucinante.

L’étude de Deutsche Bank indique que depuis le début de l’année, les recettes fiscales grecques seraient inférieures de 1 milliard d’euros aux prévisions, et que les banques grecques manquent de liquidités, malgré l’aide d’urgence de la BCE. Les retraits de dépôts bancaires ont repris de plus belle en Grèce, et ont atteint 400 ME pour la seule journée du 18 mars, au plus haut depuis le 20 février, ce qui pourrait obliger le gouvernement à instaurer un contrôle des mouvements de capitaux en Grèce, selon cette étude.

A ce rythme, les marchés murmurent que la Grèce devrait faire faillite le 9 avril…

Le gouvernement Tsipras dans une logique hors sol

Pendant ce temps, le gouvernement Tsipras apparaît toujours dans une logique hors sol, comme si la menace d’une faillite de la Grèce concernait plus ses partenaires européens que lui-même.

Tsipras, qui répète à l’envi que le scénario du Grexit ne lui convient pas, a finalement consenti à présenter à ses partenaires européens la liste des réformes qu’il entend mener pour assainir la situation du pays. A ce stade, cette liste paraît encore très évasive, et elle permet d’atteindre un excédent budgétaire de 1,5% du PIB qui paraît bien illusoire. Tsipras affirme en tout cas pouvoir dégager 3 milliards d’euros de recettes nouvelles sans prendre de mesures récessives, et notamment sans couper dans les dépenses publiques.

A n’en pas douter, cette liste devrait à nouveau susciter la méfiance des partenaires européens de la Grèce, qui y verront rapidement une façon nouvelle de gagner du temps.

Dans le même temps, en effet, Tsipras semble vouloir réformer unilatéralement, mais à une vitesse de sénateur. Une réforme fiscale est par exemple en préparation pour le deuxième semestre de 2015, soit plus de six mois après l’arrivée du nouveau gouvernement! Celle-ci devrait instituer un impôt sur la fortune immobilière, mais ne comporterait pas un relèvement du seuil d’imposition (fixé aujourd’hui à 9.500 euros, Tsipras avait promis son relèvement à 12.000 euros). Parallèlement, le remboursement des dettes fiscales, qui s’élèvent à 74 milliards d’euros (40% du PIB), patine…

La Grèce se tourne-t-elle vers Poutine?

Tsipras ne se contente pas d’emmener l’Europe sur une piste savonneuse économiquement. Il commencer aussi à jouer avec un feu très dangereux en termes géopolitiques.

La Grèce est par exemple le seul pays européen, avec la Hongrie, à s’opposer frontalement au projet d’Union de l’énergie présenté la semaine dernière au sommet européen.

« Nous ne remettons pas en question les objectifs déclarés de l’Union de l’énergie, mais nous doutons que les moyens proposés suffisent. Ils pourraient aussi finir par renforcer les inégalités et la situation sociale et économique douloureuse qui domine la zone euro et l’Europe en ce moment », a estimé le ministre de l’Énergie, de l’Environnement et de la Reconstruction productive, lors du forum sur l’énergie d’Athènes.

Un des éléments clés de l’Union de l’énergie est que tout accord énergétique conclu entre un pays membre et un pays hors UE doit être préalablement examiné par la Commission européenne. La Russie a toujours insisté pour que ces accords restent confidentiels.

L’UE pourrait également diversifier ses sources d’énergie grâce au corridor Sud pour le gaz, afin de limiter sa dépendance énergétique vis-à-vis de Moscou.

Tout comme Viktor Orbán, le Premier ministre hongrois, le ministre grec a clairement annoncé qu’une telle mesure serait contraire à la souveraineté nationale du pays et excluait de fait toute forme de « flexibilité » quant à la mise en place de politiques énergétiques respectant les intérêts nationaux.

« La Grèce ne deviendra pas un pion de l’UE et ne servira pas ses choix ou des coupes énergétiques unilatéraux, au nom de la soi-disant diversification des sources d’énergies européennes », a souligné Panagotis Lafazanis.

Plusieurs signaux de ce type sont envoyés par la Grèce: la relation stratégique avec la Russie devient un enjeu complexe à concilier avec l’appartenance à l’Union. Certains ont notamment commencer à mettre en question le rôle de la Grèce en cas de conflit entre la Russie et l’Europe.

On notera d’ailleurs avec amusement que Tsipras rencontre Poutine le 8 avril, veille du jour où la Grèce doit faire faillite…

Ajoutons à cela que la Grèce commence à construire une relation durable avec la Chine

Tout cela sent décidément très mauvais!

L’Europe bouffée par les intérêts particuliers

Dans cette débandade hellénique, l’Europe peine de plus en plus à endiguer les intérêts particuliers. Partout, les lobbies et les intérêts nationaux triomphent des logiques communautaires qui pourraient restaurer la crédibilité de l’Union.

On notera avec amusement, par exemple, que le rapport d’experts sur les radiofréquences et leurs effets néfastes sur la santé est attaqué pour les conflits d’intérêt qui entachent les membres du comité de rédaction.

Sur la question du TTIP, c’est le FMI qui est venu au secours de l’ouverture et de la transparence:

Si ce futur traité suscite en Europe des craintes de déréglementation généralisée, le Fonds s’inquiète, lui, que ce texte, comme celui négocié entre les États-Unis et la région Asie-Pacifique (le TPP), n’aboutisse « à une fragmentation » du commerce mondial.

Afin d’éviter une telle issue, le FMI assure que ces deux accords doivent « minimiser la discrimination » vis-à-vis des pays qui n’en sont pas signataires et éviter ainsi« l’impression que le commerce ne progresse que pour un ‘club’ privilégié de pays ».

Au passage, certains think tanks français s’agitent pour promouvoir les bienfaits de ce traité décrié.

Du côté du numérique, le commissaire européen a finalement renoncé à un marché unique et s’est rendu à l’influence de l’industrie cinématographique, qui veut préserver la territorialisation des droits d’auteur.

L’annonce d’un protectionnisme européen sur l’acier a sans doute couronné le renoncement de plus en plus évident aux idéaux libre-échangistes et transparents de l’Acte Unique de 1986.

 

 

L’euro et ses dogmes: la vérité si je mens!

La zone euro vient de vivre une nouvelle semaine où toutes les fadaises qu’elle avait érigées en dogmes: les bienfaits de l’euro fort, l’irréversibilité de l’adhésion à l’euro, l’égalité entre les Etats membres, ont remarquablement volé en éclats.

Sortir de l’euro: une « grande chance » pour la Grèce

La plus belle apostasie de la semaine nous est venue d’Allemagne. Alors qu’Angela Merkel s’échine à faire croire qu’elle tient à garder la Grèce dans la zone euro, en déclarant notamment à Tokyo:

« Je l’ai dit à de multiples reprises, et je peux le redire encore ici: notre objectif politique est de maintenir la Grèce dans la zone euro. Nous y travaillons depuis de nombreuses années »

le président de la commission des finances au Bundestag, Peter Ramsauer, figure de la CSU et allié d’Angela Merkel, a craché sa pastille dans les colonnes de Bild:

« en quittant la zone euro, comme l’a suggéré le ministre des Finances (Wolfgang) Schäuble, ce pays pourrait renouer avec la compétitivité dans une perspective monétaire grâce à une nouvelle drachme ».

« Cela offrirait à la Grèce une grande chance de se renouveler sur les plans économique et administratif, se préparant ainsi à un retour ultérieur dans la zone euro dans une position de force », poursuit-il.

Les esprits raisonnables ne disent pas autre chose depuis quatre ans. La convergence des politiques économiques imposée par une zone monétaire optimale tue la Grèce à petits feux. Comme l’ensemble des pays du sud de l’Europe. Le bon sens est d’imaginer une sortie temporaire de ces pays pour leur permettre de souffler et de retrouver une compétitivité nouvelle grâce à une dévaluation massive. Tout le problème vient du dogme porté par Bruxelles et Berlin depuis plusieurs années de l’irréversibilité de l’appartenance à la zone euro.

Et un dogme qui s’effondre! Un!

L’Allemagne bien décidée à punir la Grèce

Il faut absolument lire les coulisses de Jean Quatremer consacrées aux négociations entre l’Union et la Grèce depuis l’arrivée de Syriza pour comprendre que plus personne en Europe ne se soucie de mettre en place une zone euro responsable. Chacun cherche à tirer la couverture à soi, et tant pis si elle casse.

Le plus cocasse tient sans doute aux relations houleuses entre la Grèce et l’Allemagne.

D’emblée, les Grecs ont cherché, ce qui peut se comprendre sur le fond, mais qui surprend sur la forme très maladroite utilisée, à constituer une ligue anti-germanique:

Les nouveaux dirigeants grecs entament leur tournée européenne par la France, pays sur lequel ils comptent pour amadouer l’Allemagne. «Ils cherchaient à créer un bloc contre Berlin. Nous leur avons dit : vous vous trompez, vous ne parlez pas à des Etats mais à l’Union européenne», explique-t-on dans l’entourage du gouvernement.

Michel Sapin obtient cependant que Varoufakis rencontre Schaüble:

«C’est compliqué avec Wolfgang Schäuble me dit-il», raconte Sapin. «J’ai envoyé sous ses yeux un SMS à Wolfgang : « Tu es prêt à recevoir Varoufákis? » Il me répond aussitôt : « Oui. »» Sapin envoie par SMS le numéro de portable de Schäuble à Varoufákis, qui appelle son homologue allemand. Rendez-vous est pris à Berlin pour le 4 février.

C’est dans la bouche de Moscovici qu’il faut sans doute trouver le décryptage de la situation:

«Wolfgang Schäuble, qui est un vrai dur, veut mettre ce parti à genoux pour qu’il parte. »

Cette détermination de Schaüble à humilier Syriza tient au fond à des motifs superficiels. Ainsi, après le premier Eurogroupe qui s’est soldé par une sorte de bras d’honneur de Varoufakis devant un texte sorti de derrière les fagots, chacun cherche à comprendre l’origine des difficultés.

«Après la réunion, j’ai eu Schäuble au téléphone, raconte Sapin. Il était très amer. L’affaire des caricatures le montrant en uniforme de la Wehrmacht est ressortie à ce moment-là. J’étais un peu inquiet.»

Décidément, l’art de la caricature est à la source de bien des tensions dans le monde, en ce moment. Lors de l’Eurogroupe suivant, Schaüble se montre inflexible.

la réunion de l’Eurogroupe est tendue, car Schäuble ne lâche pas : il répète qu’il n’a «pas confiance dans la Grèce». Il exige un catalogue précis des réformes structurelles que le gouvernement Tsípras s’engage à mettre en œuvre. «Calme-toi, lui dit Mario Draghi, le président de la BCE. On ne peut pas faire ça en trois jours.» Schäuble répète qu’il n’a pas confiance.

On sait où ce genre de choses commence. On ne sait jamais où il finit.

La Grèce bien décidée à punir l’Allemagne

Sans surprise, face à la multiplication des marques de défiance, Tsipras a donc annoncé son intention de remettre sur le tapis l’affaire des réparations allemandes à la Grèce.

Rappelons qu’à ce stade l’Allemagne considère s’être acquittée de sa dette de guerre vis-à-vis de la Grèce par un versement aux victimes civiles de 57 millions d’euros effectué en 1960. Pour les Grecs, le compte n’y est évidemment pas. Tsipras ne manque pas de rappeler que l’accord de Londres de 1953 avait suspendu la question des dettes allemandes jusqu’à la signature d’un traité de paix.

Le traité 4+2 de 1990, qui a permis l’aberrante réunification allemande, constitue-t-il un traité de paix au sens des accords de 1953? Probablement… ce qui ouvre (pour l’ensemble de l’Europe) la question des réparations allemandes.

En attendant que justice soit faite, Tsipras propose donc diverses mesures qui devraient améliorer le climat actuel, comme la saisie des biens immobiliers allemands en Grèce pour indemniser des victimes d’exactions. Il a même demandé l’accès aux archives de la Wehrmacht

Tsipras a-t-il définitivement perdu pied?

Si les revendications de Syriza reposaient sur un véritable bon sens économique, on ne peut que reprocher à Tsipras et à ses émules le mélange de légèreté romantique et de rouerie très hellénique avec lequel ils abordent la négociation internationale. Cette espèce de suffisance qui porte Tsipras à croire qu’il est entouré de benêts a probablement ruiné toutes les marges qui s’offraient à lui.

Tsipras en est désormais réduit à faire taire Varoufakis, dont le narcissisme épuise non seulement ses partenaires européens, mais l’opinion publique grecque elle-même.  En outre, la situation dans le pays est de plus en plus tendue et abyssale. Alors que des anarchistes ont envahi le siège de Syriza, les recettes fiscales s’effondrent. Elles ont chuté de 17% en janvier.

Le gouvernement grec paraît de plus en plus dépassé par les événements. D’un côté, les ministres multiplient les déclarations intempestives où le sens de la coopération avec leurs partenaires tient une portion congrue. C’est le cas du ministre de la Défense et leader de l’alliée nationaliste de Syriza, Panos Kammenos, qui a fait d’étranges déclarations:

« Si nos partenaires et nos créanciers nous laissent dans la crise, alors le gouvernement va suspendre le traité Dublin II et envoyer à Berlin tous les migrants qui se trouvent en Grèce. Si certains de ces migrants sont des membres de l’État islamique et qu’ils passent les frontières sans contrôle, cela sera la responsabilité de l’Europe.»

D’un autre côté, Tsipras avale de plus en plus de couleuvres. Non seulement il rampe devant l’Union en affirmant être prêt à toutes les concessions, mais il a bien dû accepter de faire marche arrière sur la présence de la troïka, rebaptisée « institutions » à Athènes. La venue des « institutions » est le préalable à tout nouveau déblocage d’une aide en faveur de la Grèce.

Tsipras s’est même senti, après cette avalée de couleuvres, obligé d’en avaler une autre en saluant l’issue positive de la réunion de l’Eurogroupe.

La Grèce fera-t-elle faillite avant fin avril ou pas?

Alors que Tsipras signait un accord de façade avec l’OCDE pour l’aider à réformer la Grèce (encore une diversion superfétatoire qui ancre Tsipras dans le personnage d’un roué peu crédible), les « institutions » arrivaient à Athènes pour dresser l’état exact des comptes publics grecs.

Dans la pratique, une seule question se pose: la Grèce peut-elle tenir sans aide européenne jusqu’à fin avril ou pas? Les partenaires européens de la Grèce ont en effet tout intérêt à jouer avec le feu, en favorisant une crise de liquidité dont ils pensent qu’elle adoucira les moeurs de Tsipras. Ce pari bien hasardeux (Tsipras pouvant tout aussi bien souhaiter une faillite grecque) se joue autour du décompte des liquidités disponibles sur les toutes prochaines semaines.

Selon Romaric Godin, de La Tribune, la Grèce pourrait arriver à courir plus vite que l’Eurogroupe, notamment grâce au relèvement du plafond de liquidités dont elle vient de bénéficier de la part de la BCE. Ce petit coup de pouce, joint à l’utilisation des excédents de trésorerie de la sécurité sociale grecque, devrait permettre de desserrer la corde que l’Eurogroupe a commencé à mettre au cou de Tsipras.

Une fois de plus, Varoufakis a, de façon exaspérante, tiré une balle dans le pied des intérêts grecs en remerciant la BCE de ce petit geste discret par une déclaration scandaleuse:

« De mon point de vue, la BCE mène une politique qui peut être considérée comme asphyxiante à l’égard de notre gouvernement », a dit Yanis Varoufakis à l’antenne de la chaîne de télévision grecque Mega TV.

Avec ce genre de procédés, les Grecs n’auront qu’à s’en prendre à eux-mêmes le jour où le bourreau ouvrira la trappe sous leurs pieds. En attendant, le discrédit de Varoufakis est tel qu’il est désormais écarté des négociations avec la Commission.

Schaüble confirme le « Grexident » annoncé sur ce blog

De gaffes en maladresses, et de caprices en réactions épidermiques, l’Europe prend bel et bien le chemin d’un bel accident de parcours, dénommé par le cruel Schaüble « Grexident« , sortie de la Grèce hors de la zone euro par accident. On se souvient ici que ce blog l’évoquait avec insistance la semaine dernière.

De fait, depuis l’arrivée de Tsipras au pouvoir le 26 janvier, c’est-à-dire il y a près de deux mois, la question de l’aide à la Grèce semble faire du surplace. Un accord très sommaire a été signé fin février, mais rien de concret ne semble venir pour sa mise en application.

Cette lenteur commence à donner des sueurs froides au petit père Juncker:

«Je ne suis pas satisfait des développements ces dernières semaines, je ne pense pas que nous ayons fait suffisamment de progrès», a affirmé le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, en accueillant pour la deuxième fois à Bruxelles le Premier ministre grec, Alexis Tsipras. (…)

Mais il a «totalement exclu un échec». «Je n’en veux pas, je veux que les Européens s’entendent. Ce n’est pas le moment de se diviser», a-t-il lancé, promettant d’œuvrer à une «solution».

Il faut dire que Jüncker, peut-être à l’issue d’une soirée trop arrosée ou d’une crise schizoïde, avait déclaré en début de semaine:

Jean-Claude Juncker, a appelé dimanche à la création d’une armée européenne, au vu notamment des relations de plus en plus tendues avec la Russie sur le sujet de l’Ukraine.

Une telle force pourrait permettre aussi bien de faire face aux nouvelles menaces aux frontières de l’Union européenne que de défendre les valeurs de l’UE, a-t-il déclaré dans une interview publiée dimanche par le journal allemand Welt am Sonntag.

On est bien loin du compte, et les rêves impériaux de Juncker sont bien mal en point. Il suffit d’écouter Schaüble pour le comprendre:

la Grèce seule a la responsabilité, la possibilité de décider ce qui se passe, et comme nous ne savons pas exactement ce que les responsables grecs font », a jugé Wolfgang Schäuble, jeudi sur la télévision autrichienne « ORF ». « L’Europe est prête à aider la Grèce, mais la Grèce doit se laisser aider »

Voilà qui promet quelques heures chaudes…

La mort de l’euro fort: un autre dogme disparaît

Jusqu’il y a quelques mois, la pensée unique portée avec suffisance par l’élite parisienne interdisait de parler d’euro faible. A tout prix, il fallait une monnaie forte!

Le lancement du Quantitative Easing de la BCE a eu un effet immédiat: la baisse de l’euro. On notera avec amusement que cette politique de rachat de dettes souveraines, lancée lundi, a permis à la BCE d’acheter, en cinq jours, près de 10 milliards d’obligations. Ce rythme situé sous la bonne réalisation du programme de 60 milliards mensuels a entraîné la dépréciation de l’euro par rapport au dollar. Dès le lendemain des premiers rachats, l’euro passait sous la barre du 1,1 dollar, à 1,07.

Curieusement, ce qui semblait impossible, inacceptable, relevant de la folie dissidente la plus insupportable, la moins sérieuse, la plus complotiste, est aujourd’hui salué par les mêmes comme un moment de libération et une formidable ouverture vers la croissance.

Vérité un jour, erreur le lendemain, comme on dit à Sciences-Pipeau. En attendant, démonstration est faite qu’une euro faible constitue probablement la meilleure solution pour sortir de la crise. Je ne surprends aucun de mes fidèles lecteurs en écrivant cela. On peut juste se demander pourquoi il a fallu tant de temps pour se rendre à l’évidence.

Et un deuxième dogme disparaît!

La France victime de la baisse des taux?

Autre conséquence immédiate de la politique européenne: les taux auxquels les Etats les plus riches empruntent s’effondrent. Le taux français à 10 ans est ainsi passé de 0,566% à 0,355% en quelques jours. C’est évidemment une bonne nouvelle pour l’économie française, puisque la charge de la dette va diminuer.

Chacun mesure bien le risque que cette petite modification de parcours présente pour une France où la machine administrative est sortie du contrôle gouvernemental: c’est la porte ouverte à toutes les embardées et au retour à l’immobilisme antique, financé par l’endettement. Pourquoi s’embêter à réformer nos administrations pléthoriques, à se rendre impopulaires en modernisant, quand il suffit d’emprunter à taux zéro pour être heureux?

Chacun, face au danger, y est donc allé de sa petite phrase pour dire que la France ne devait pas s’endormir et devait encore moins revenir à ses rêves habituels de diva.

Draghi est le premier, semble-t-il, à avoir donné de la voix, en déclarant:

Jeudi dernier, Mario Draghi insistait : « La mise en œuvre intégrale et systématique du Pacte de stabilité et de croissance est essentielle pour la confiance dans notre cadre budgétaire ». Selon plusieurs participants de l’Eurogroupe, il a lancé, lundi, un nouvel avertissement, jugeant en substance trop souple l’interprétation par la Commission des règles du Pacte de stabilité concernant la France, mais aussi l’Italie.

Il a bien compris le risque Draghi: celui de taux bas condamnés à être perpétuels parce qu’ils agissent comme une drogue sur les Etats. Assez rapidement, il a ajouté:

« L’impact bénéfique de nos achats d’actifs sur les conditions de financement ne va pas réduire les incitations à réformer, comme certains l’affirment souvent, mais va en réalité accroître les bienfaits de telles réformes, dans la mesure où les entreprises sont encouragées à augmenter leurs investissements, ce qui doit accélérer la reprise économique », a assuré Mario Draghi lors d’un colloque bancaire à Francfort ce mercredi 11 mars.

Il a bien l’air pressé de s’en persuader…

Le dogme de l’égalité entre Etats membres en prend un coup

Toujours est-il que le délai supplémentaire de deux ans accordé à la France a suscité un tollé tel que le remède risque d’être pire que le mal.

Michel Sapin, le ministre français des Finances, a dit comprendre l’énervement de certains responsables européens mais expliqué qu’une réduction plus rapide du déficit aurait eu des conséquences graves pour toute la zone euro.

L’agacement ne s’est pas limité aux Etats membres. Benoît Coeuré, membre du directoire de la BCE, a affirmé:

« Nous ne pourrons pas générer la confiance en zone euro si nous donnons l’impression que ce qui a été décidé est en train d’être détricoté », a déclaré Benoît Coeuré dans un entretien au « Financial Times » publié ce mardi 10 mars. En outre, « il est extrêmement important d’éviter une situation – ou de donner l’impression d’une situation – où les grands pays seraient traités de manière plus bienveillante, plus généreuse et plus flexible que les pays plus petits »

On nous aurait donc menti sur les règles du jeu dans l’Union? Il y aurait des nations plus favorisées que les autres?

Et un troisième dogme vole en éclats!

La France mise à l’amende

Du coup, ces petits arrangements de l’ombre ne font guère les affaires de la France. Pour désamorcer les protestations et éteindre l’incendie, les commissaires européens ont promis d’être bien plus durs avec la France. L’addition devrait s’élever à 30 milliards supplémentaires.

Moscovici a timidement plaidé pour des réformes accrues lors de plusieurs interventions dans les médias. Mais c’est Dombrovskis, vice-président, qui a indiqué que la France devrait trouver 30 milliards supplémentaires d’ici à 2018. Ce chiffre paraît évident totalement fantaisiste d’ici aux élections présidentielles. Sachant que les 50 milliards promis par Valls ne seront même pas atteints.

L’essentiel, à ce stade consiste à sans doute faire croire le contraire, en croisant les doigts pour que la croissance revienne d’ici là, que la Grèce ne fasse pas faillite, etc.

Les marches de l’Europe de plus en plus loin du centre

Les amateurs de signaux faibles auront noté quelques mauvaises nouvelles supplémentaires qui illustrent la perte de confiance accélérée de l’Union, et l’inflation de tentations centrifuges.

L’événement le mieux répercuté est celui du retrait de la candidature d’adhésion de l’Islande à l’Union. Face au bordel bruxellois, « Les intérêts de l’Islande sont mieux servis en dehors de l’Union européenne », a conclu le ministère des affaires étrangères. Il reste donc des peuples pleins de bon sens en Europe.

De façon plus confidentielle, les spécialistes auront noté le geste de conciliation de l’Union envers la Russie, qui consiste à autoriser celle-ci à utiliser le gazoduc transadriatique, dans l’hypothèse où Gazprom financerait le Turkish Stream. Voilà un intéressant petit mouvement d’apaisement qui éloigne un peu plus le coeur du continent des grands axes commerciaux, et qui sert astucieusement l’Italie.

Dans le même temps, l’Union a bloqué un projet nucléaire commun entre la Hongrie et la Russie. Le projet faisait un peu trop reconstitution de ligue dissoute. Mais il y a fort à parier pour que, dans les années à venir, les projets de « détachement » du centre se multiplient.

Au passage, on aura noté que les Etats ont massivement refusé d’apporter leurs fonds au plan Juncker à 300 milliards (de fumée). Ils se contenteront de faire du co-financement, histoire d’être sûrs de ne pas financer des projets en Allemagne. La confiance règne.

Enfin, je ne voulais pas finir cette chronique sur le signal le plus faible de la semaine: la mort programmée du dernier journal grec d’Istanbul. Cet organe d’information des Rums, qui, rappelons-le, sont les habitants historiques d’Istanbul, signale la troisième mort de l’empire romain d’Orient (après la chute de Constantinople et la Grande Catastrophe de 1922) et on ne s’en réjouira pas.

 

 

L’euro vit-il ses dernières semaines?

L’Allemagne exprime de plus en plus ouvertement son mécontentement vis-à-vis de la BCE et de sa conception de l’euro. Cette tension grandissante pourrait rapidement déboucher sur une crise ouverte.

Comment l’euro divise l’Europe

Le sommet des ministres des Finances du G20, qui s’est tenu lundi dernier à Brisbane, a permis de prendre la mesure des divisions qui affaiblissent l’Europe, et qui tournent toutes autour de la politique monétaire et de la relance de la croissance. L’Allemagne défend une ligne orthodoxe rigoureuse: politique monétaire restrictive et retour à l’équilibre budgétaire, pendant que les pays à l’ouest et au sud du Rhin prônent un laxisme monétaire et budgétaire pour relancer la croissance.

Entre les deux « partis », la querelle prend l’allure d’une guerre de religions, chacun accusant l’autre d’hérésie.

Wolfgang Schaüble a été encore plus explicite : «Dès que la France et l’Italie mettront en oeuvre des réformes structurelles substantielles, la situation en Europe changera. Les leaders responsables en France et en Italie savent très bien ce qui doit être fait mais il leur est difficile de convaincre leur parlement et leur opinion publique.»

En marge de cette réunion, Mario Draghi a persisté et signé, en affirmant que la BCE accroîtrait ses interventions sur les marchés pour faciliter la reprise et la relance de l’inflation. Quelques jours auparavant, il avait défendu sa doctrine de l’euro faible, qui a le don d’exaspérer l’Allemagne.

Crise de plus en plus ouverte au sein de la BCE

Les tensions entre l’Allemagne et le reste de l’euro ont atteint une sorte de paroxysme. Il semblerait que Mario Draghi n’adresse même plus la parole au gouverneur de la Bundesbank et qu’il le tienne méticuleusement à l’écart des décisions.

Il faut dire que le gouverneur de la Bundesbank n’en rate pas une. Il s’est notamment fendu lundi dernier d’une déclaration tapageuse sur la fermeté nécessaire vis-à-vis de la France:

« La crédibilité des règles serait sérieusement entamée » si Bruxelles refusait de sanctionner la France pour une nouvelle violation de la règle d’un déficit budgétaire limité à 3% de produit intérieur brut (PIB), a déclaré le président de la Bundesbank lors d’un discours à Bielefeld, en Allemagne.

Jens Weidmann a rappelé que la crise de la dette avait éclaté en raison de la perte de confiance des marchés financiers quant à la soutenabilité de la dette de certains pays de la zone euro.

« De mon point de vue, ce n’est pas en s’écartant du chemin de la consolidation que l’on gagne la confiance », a-t-il dit.

La Commission Européenne met son grain de sel

Mario Draghi semble bien décidé à passer outre l’opposition allemande et à imposer sa politique, de conserve avec la Commission Européenne qui agit discrètement pour l’aider. La Commission vient ainsi de faciliter les règles de titrisation pour les banques et les assurances.

Pour les novices sur ce sujet, précisons simplement que la titrisation, pour un banquier ou un assureur, consiste à revendre ses créances à un autre banquier ou un autre assureur. Ce mécanisme, largement utilisé aux Etats-Unis dans les années 2000 sur le marché immobilier, a consisté, pour certains prêteurs, à revendre à prix d’or les crédits hypothécaires qu’ils avaient consentis à des clients insolvables. Cette mécanique leur a permis d’empocher une jolie plus-value et de se débarrasser de crédits risqués, les encourageant du même coup à vendre de plus en plus de crédits de plus en plus risqués: c’est ainsi que la crise des sub-primes nous est venue.

Pour l’instant, la Commission a établi un cadre strict pour limiter les dérives façon subprimes, mais on fait confiance aux banquiers pour monter des machines infernales qui contourneront les règles et feront endosser tôt ou tard aux contribuables européens le prix de leurs profits mal acquis.

Draghi transforme la BCE en bad bank

On adorerait donner tort à l’Allemagne, mais force est de constater que la politique de Mario Draghi ne tardera pas à coûter cher aux Européens: elle leur permet peut-être d’obtenir une bouffée d’oxygène immédiate, mais la suffocation sera terrible le jour où les mauvais risques que la BCE est en train de concentrer se réaliseront.

Il est désormais acquis que la BCE, pour sortir la zone euro de l’ornière où elle végète depuis plusieurs années, se lancera à court terme dans des rachats massifs de titres souverains et de titres privés (ABS) – une politique que l’Allemagne considère (à juste titre) comme une incitation à la dette et une désincitation aux réformes, et que la France soutient sans surprise, à condition qu’elle soit mise en place par le biais des banques centrales nationales, et non par des opérateurs privés (la Banque de France défend ici le gagne-pain de ses 10.000 salariés…).

Cette politique n’exclut d’ailleurs pas d’autres instruments à venir, appelés de leurs voeux par les pays du sud. Tout est donc réuni pour que l’euro reste sur une tendance baissière accompagnée de taux proches de 0, sujet d’exaspération en Allemagne, où la retraite par capitalisation peine à tenir ses objectifs techniques.

Travaux pratiques en fin de semaine sur l’euro

Le retour à l’angoisse sur les marchés, porté par les illusions du malade grec sur son propre rétablissement, a permis de transformer les réunions de la BCE en travaux pratiques.

Dès le début de semaine (et les fidèles lecteurs de ce blog le savaient déjà), les premiers frémissements sont apparus sur la Grèce, avec l’idée d’une ligne spéciale de crédit à usage du grand malade continental. Les travaux de la Troïka et l’espérance nourrie par le gouvernement grec de sortir de la tutelle où il est enfermé depuis 2009 ont fini d’inquiéter les marchés, qui n’imaginent absolument pas la Grèce capable de se prendre en charge seule, bien au contraire. Dès mardi, la bourse d’Athènes dévissait de 5% et préparait une semaine noire pour les marchés européens.

Il faut dire que d’autres mauvaises nouvelles tombaient en Europe et aux Etats-Unis. Par exemple, la déflation est confirmée en Espagne, ce qui montre qu’une politique budgétaire rigoureuse a des effets positifs pour l’euro, mais des effets négatifs pour l’économie.

Dans ce climat apocalyptique, toutes les bourses ont souffert dans la crainte d’un retour de la crise de l’euro, et les Etats-membres voyaient avec la vitesse de l’éclair se profiler à nouveau la situation de 2009.

Il n’en fallait pas plus pour que la Commission Européenne et la BCE n’interviennent comme à la manoeuvre: la Commission se portait garante de la Grèce, et la Banque Centrale annonçait un soutien sans faille. Cette intervention a permis de limiter les dégâts.

L’Allemagne n’a pas dit son dernier mot

Pendant ce temps, les oreilles de Mario Draghi chauffaient à Luxembourg, où la Cour de Justice de l’Union Européenne (CJUE) entendaient les parties allemandes et européennes dans la question préjudicielle posée par la Cour Constitutionnelle de Karlsruhe sur la compatibilité de la politique de Mario Draghi avec les traités européens.

Cette affaire a suscité un véritable engouement en Allemagne, avec près de 500 occurrences sur le sujet. Ce chiffre illustre bien les réticences que l’euro y suscite aujourd’hui. Die Welt a par exemple titré: « Lance à incendie ou monstrueuse arrogance? », pendant que le ton général de la presse allemande soulignait le caractère très offensif des plaignants nationaux contre la BCE.

Voici un florilège des propos tenus par Dietrich Murswiek, conseiller du conservateur bavarois Peter Gauweiler, le plaignant principal dans cette affaire:

« Un organisme qui dépasse ses compétences ne dira jamais qu’il dépasse ses compétences » (à propos de la BCE)

« La BCE aurait pratiquement le champ libre pour conduire une politique économique et interférer avec les compétences des États membres. Au fond, toute politique économique peut être motivée sur la base d’une politique monétaire » fait remarquer Dietrich Murswiek.

Ce que la BCE espère obtenir de la Cour européenne à présent n’est « rien de moins que la confirmation légale d’un monstrueux dépassement  de ses compétences  », ajoute le conservateur.

Dietrich Murswiek est convaincu que le programme de rachat massif de dette publique permet à la BCE de transférer des milliards d’euros en risque de solvabilité des créanciers vers les contribuables.

Rappelons que, dans l’hypothèse où la CJUE validerait les positions de la BCE, la cour de Karlsruhe les déclarera probablement incompatibles avec la Loi fondamentale allemande. Et ce sera la fin de l’euro. Le compte-à-rebours est commencé.

Empoignades publiques à la BCE

Dans cette ambiance festive, les membres du directoire de la BCE ont fait la grâce aux contribuables européens d’exprimer publiquement leurs divergences, lors d’une conférence à Riga. Manifestement, entre les partisans de l’orthodoxie budgétaire et leurs opposants, c’est une guerre de tranchées qui a commencé.

Le président de la Bundesbank Jens Weidmann a estimé que l’Allemagne n’avait pas besoin de stimulants budgétaires, rejetant les appels à peine voilés du président de la BCE Mario Draghi en faveur d’une hausse de l’investissement public allemand pour soutenir la zone euro. (…)

De son côté, Benoît Coeuré, membre du directoire de la BCE et considéré comme un lieutenant de Mario Draghi, a déclaré que les gouvernements pourraient contrer les prix bas avec « une politique budgétaire, quand elle est possible sans remettre en cause la soutenabilité de la dette à long terme », envoyant un signal clair à des pays comme l’Allemagne.

Cette opposition a été rendue d’autant plus vive que la presse américaine a publié les minutes du directoire de la BCE montrant les affrontements sanglants en son sein au moment du sauvetage de Chypre, entre les Allemands partisans d’une faillite bancaire, et les autres Etats partisans d’un sauvetage systémique. On voit mal désormais comment les deux parties pourraient se rapprocher.

La Commission Juncker politiquement affaiblie

Si Mario Draghi peut se sentir épaulé par une majorité d’Etats membres, dont certains assez inattendus, comme l’Autriche, elle-même victime de la rigueur germanique, sa situation politique reste d’autant plus compliquée que la Commission Juncker est déjà affaiblie avant même d’avoir été nommée.

Les auditions des commissaires par le Parlement européen ont en effet souligné la faiblesse de certains d’entre eux, et Juncker a même dû remplacer au pied levé la candidate slovène par une inconnue, Violeta Bulc. Nul ne sait encore quel portefeuille lui sera exactement confié. La porte-parole de Jean-Claude Juncker a d’ailleurs déclaré:

L’objectif est d’aller très vite, mais il n’est « pas possible d’affirmer avec certitude que la Commission européenne dirigée par M. Juncker pourra entrer en fonctions le 3 novembre »

Ce petit incident de début de parcours ne pouvait pas mieux tomber!

Les risques pour l’euro ne font que commencer

Des esprits optimistes pourraient croire que le tabac dont la zone euro vient de faire les frais n’est qu’un incident épisodique. Bien au contraire, le pire est à craindre dans les semaines qui viennent, puisque la BCE devrait publier les résultats des stress-tests bancaires qui viennent d’avoir lieu. Avant même la publication, l’angoisse monte.

Ainsi, un institut allemand a souligné l‘exposition des banques allemandes et françaises aux risques systémiques.

Quand la BCE a simulé une chute de la croissance ou une remontée brutale des taux d’intérêt, le ZEW s’est intéressé à d’autres hypothèses, notamment l’impact d’une chute des marchés financiers de 10 %. Les banques européennes devraient alors générer 154 milliards d’euros de fonds propres pour retrouver un ratio de solvabilité de 8 %, les établissements français et allemands étant les plus concernés. Les résultats sont pires en prenant comme référence le ratio de levier, qui rapporte le montant des fonds propres au total des actifs. Un mauvais signal selon Michael Schröder : « Le système bancaire reste fragile si le ratio de levier s’avère insuffisant. »

Entre ces lignes, ce sont les scénarios de stress retenus par la BCE qui sont mis en cause. Cette insuffisance pousse d’ores et déjà les analystes à prôner un durcissement des tests, considérant que la BCE n’a pas fait le job.

Fuyez le Crédit Agricole

Dans tous les cas, les stress tests devraient avoir un impact douloureux en France, en mettant en avant la faiblesse systémique du Crédit Agricole et de la Société Générale. Les esprits perfides remarqueront d’ailleurs que ces deux banques ont fondé une société de gestion d’actifs baptisée Amundi, dont les analystes font preuve d’un brio exceptionnel.

La veille des chutes boursières de cette semaine, l’un d’eux déclarait par exemple: « Les actifs de la zone euro continueront leur rattrapage »… Une clairvoyance qui impressionne. Si votre épargne est gérée par Amundi, sachez qu’elle est entre de bonnes mains.

Et si certains doutent du bien-fondé de l’argumentation allemande sur l’incitation au mauvais risque suscitée par la BCE, il suffit de lire les propos des gestionnaires d’actifs d’Amundi:

Les responsables d’Amundi ne doutent pas que la BCE mettra en oeuvre, s’il le faut, un programme d’assouplissement quantitatif (QE) du type de ceux de la Fed ou de la Banque d’Angleterre qui ont considérablement alourdi leur bilan en procédant à des achats massifs d’obligations d’Etat ou adossés à des créances immobilières.

Ils ont souligné que depuis quelques semaines, la baisse de l’euro était venue s’ajouter aux facteurs favorables aux actifs risqués de la zone euro.

Romain Boscher, directeur mondial des gestions actions d’Amundi, a expliqué qu’une baisse de 10% du taux effectif réel de l’euro se traduirait par un bond de 12,5% du bénéfice par action (BPA) 2015 des entreprises composant l’indice MSCI Europe.

Malgré la très faible croissance en zone euro, les actions offrent et devraient continuer à offrir le meilleur rendement du dividende, soit en moyenne 3,0% contre 0,8% pour l’emprunt d’Etat d’allemand à 10 ans (Bund) et 1,16% pour l’OAT française de même maturité – des niveaux historiquement bas.

L’Europe prépare une nouvelle crise ukrainienne

Dans ce grand désordre financier, prélude à un désordre monétaire de premier ordre, une nouvelle est passé inaperçue: l’Ukraine et la Russie ne sont pas mis d’accord sur leurs échanges gaziers. Ce sujet est pourtant à l’origine de la crise euro-russe de ces derniers mois, puisque la Russie considère que l’Ukraine a une importante dette gazière vis-à-vis d’elle.

Au passage, on notera que François Hollande a une nouvelle fois ridiculisé la France dans ce dossier:

Vendredi, François Hollande a affirmé à Milan qu’un accord était « à portée de main », mais le président ukrainien a affirmé le contraire au sortir d’une entrevue avec Vladimir Poutine.

Il est vrai que l’opinion française est tellement rassasiée par les gaffes de son Président qu’une de plus ou de moins…

On prend donc les paris sur le retour de la crise ukrainienne au premier plan de l’actualité au printemps 2015.

Sainte BCE, priez pour nous! le nouveau chapelet de Valls

Il y en a un, au moins, qui peut se réjouir des malheurs de l’euro, c’est Manuel Valls! Pendant que les bourses européennes s’effondrent et que l’euro se lézarde, on ne parle plus de l’indiscipline budgétaire française. On le regrettera, puisque le sujet avait donné lieu à des postures théâtrales particulièrement drolatiques. Notre Premier Ministre avait par exemple déclaré:

« C’est nous qui décidons du budget », a-t-il ajouté. « Rien aujourd’hui ne peut amener à ce (…) qu’on demande à la France de revoir son budget, ça ne se passe pas comme ça (…). Il faut respecter la France, c’est un grand pays. »

Mais bien sûr, Manuel, c’est nous qu’on décide de ce qu’on veut! et les sorties de Macron sur la réforme de l’assurance chômage n’ont absolument rien à voir avec une soumission aux demandes d’Angela Merkel. Et quand, au sortir d’un G 20 essentiellement consacré aux difficultés européennes, le ministre allemand des Finances déclare:

« Nous serions fous si nous mettions en danger la confiance qu’inspire sur les marchés la discipline budgétaire allemande », a-t-il déclaré. « Il n’y a de toute façon pas grand-chose à tirer en termes de croissance d’une hausse des dépenses publiques »

Tout ceci n’a rien à voir avec une injonction allemande.

Pour un peu, on préférerait ne pas avoir de crise financière pour pouvoir savourer les tirades cyranesques du gouvernement français!

 

Comme prévu, le retour de la crise de l’euro

Les lecteurs de ce blog n’auront pas découvert avec surprise la crise boursière qui frappe les places européennes, puisqu’elle était largement annoncée. Comme prévu donc, la crise de l’euro revient avec une régularité de métronome, et nous rappelle que la politique monétaire peut bien, pendant un laps de temps, la repousser, mais elle est incapable de l’éviter définitivement.

La Grèce durement attaquée, l’euro faiblit

Comme d’habitude a-t-on la tentation de dire, le lézard est arrivé de Grèce. Après nous avoir depuis plusieurs mois baratiné sur le retour du pays à meilleure fortune, le gouvernement grec a bien dû se rendre à l’évidence: tout ne va pour le mieux chez les Hellènes. A tel point que Fitch a affirmé mercredi que les principales banques grecques devraient être recapitalisées pour répondre aux normes prudentielles de Bâle III. Le problème prend une acuité particulière avec les stress tests actuellement en cours dans les banques européennes, qui vient à évaluer leur capacité de résistance à une nouvelle crise.

On rappellera simplement qu’en 2013 la Grèce a recapitalisé ses banques à hauteur de 50 milliards, soit l’équivalent de la charge annuelle de la dette en France.

Il n’en fallait pas plus pour raviver le spectre d’une nouvelle crise de l’euro. La bourse d’Athènes s’est immédiatement effondrée, perdant 12 points en deux jours. Immédiatement, les taux d’emprunts grecs ont bondi à près de 8%.

L’Espagne menacée, l’euro chancelle

Les soucis grecs se sont immédiatement transmis comme une traînée de poudre. On apprenait aujourd’hui que l’Espagne avait tenté de lever des fonds sans y parvenir. Pour un placement espéré de 3,5 milliards, l’Espagne n’a récolté que 3,2 milliards, avec une flambée de 20 points de base sur le taux à dix ans.

Là encore, la panique s’est propagée à la bourse de Madrid qui dévissait illico.

Pour la zone euro, ce contre-temps est très fâcheux: il montre que les choses sont loin d’être réglées et que la zone monétaire reste très fragile et exposée à la moindre panique. Cette révélation n’en est cependant pas une: le marché interbancaire en Espagne reste à la peine, et sans les facilités accordées par la BCE, l’Espagne serait, depuis plusieurs mois, en situation difficile.

On peut d’ailleurs s’inquiéter de l’incapacité des mesures exceptionnelles prises par la BCE à redresser la barre. Comme évoqué sur ce blog il y a quinze jours, la situation continentale est très malsaine.

Angela Merkel fait plonger les bourses

Face au Bundestag, maman Angela s’est sentie obliger de commenter l’actualité en affirmant que la crise de l’euro n’était pas finie.

« Les premiers fruits que nous recueillons prouvent que dès le début, nous avons choisi la bonne voie », a-t-elle dit, en citant l’amélioration de la productivité et des finances de certains pays de la zone euro, et la sortie « réussie » de l’Irlande, duPortugal et de l’Espagne de leurs plans d’aide international.

« Mais – et je ne cesserai de le répéter – nous sommes encore loin d’avoir atteint notre objectif », a ajouté la chancelière.

« La crise n’a pas été surmontée définitivement car ses causes (..) n’ont pas été éradiquées ».

Il n’en fallait pas plus pour nourrir la tendance baissière des marchés.

L’impuissance de la BCE, un vrai sujet

A travers ces premiers éléments de crise, dont il est trop tôt pour caractériser la gravité, le vrai sujet d’angoisse est bien entendu l’inefficacité de la BCE. Il apparaît que face à un retournement ponctuel, la banque centrale ne dispose plus de la crédibilité suffisante pour intervenir sur les marchés. Et là, nous avons un os, car la stagnation économique qui frappe l’Europe l’exposera forcément à des risques accrus de crise.

Conclusion: planquez votre épargne avant qu’elle ne parte en fumée.

Transparence sur TAFTA, angoisse sur l’euro

La publication en fin de semaine du mandat de négociation du traité TAFTA a permis à la Commission Européenne de faire oeuvre de transparence. Pendant ce temps, un débat fait rage pour savoir quelle doit être l’intervention de la BCE pour aider à la reprise économique.

Le mandat de négociation TAFTA publié

Les lecteurs un peu attentifs noteront que le mandat a repris de façon assez scrupuleuse les attentes spécifiques à l’Europe. Non seulement, il prévoit explicitement la préservation de l’exception culturelle française, mais il stipule de façon explicite que l’Europe doit pouvoir maintenir des politiques publiques dans des secteurs visés par le traité.
En revanche, sur la question désormais fameuse de l’ISDS, c’est-à-dire du recours à un arbitrage privé obligeant un Etat sur la question des investissements, le mandat en prévoyait ouvertement la possibilité. Chacun se souvient que ce sujet suscite beaucoup d’opposition en Allemagne.

L’intervention de la BCE au centre des débats

Le rôle de la Banque Centrale Européenne (BCE) dans la reprise économique a fait l’objet de débats extrêmement animés tout au long de la semaine. Pour sortir la zone euro de la stagnation, qui s’annonce longue, la BCE doit-elle ou non intervenir sur les marchés, racheter des dettes souveraines et des actifs de mauvaise qualité? Cette politique dite de « Quantative Easing », ou « assouplissement quantitatif », empruntée à la Réserve Fédérale américaine, permet de maintenir des taux d’intérêt peu élevés pour les emprunts souverains, et évite des faillites en cascade dans les pays qui en bénéficient.

En évitant le pire et en faisant tourner de fait la planche à billets, la BCE favorise une dépréciation de l’euro par rapport au dollar. Ce mouvement est favorable à la compétitivité des entreprises européennes (spécialement pour les entreprises qui ont besoin de baisser leurs prix pour vendre sur les marchés internationaux) et à la reprise de l’inflation (puisque les produits importés coûtent plus cher). Il est donc vertueux pour la conjoncture générale.

En même temps, comme il diminue l’acuité de la crise et permet aux Etats d’emprunter à taux bas, il désincite au rééquilibrage des dépenses publiques. C’est par exemple le cas en France où la faiblesse des taux d’intérêt auxquels la France emprunte rend l’endettement plus supportable. Pour le gouvernement français, le retour à l’équilibre des comptes publics est donc moins urgent.

L’Allemagne met en garde la BCE contre des prises de risque excessifs

Le programme de rachat d’Asset Back Securities (ABS) par la BCE participe de cette politique de soutien aux marchés. Elle consiste, pour la BCE, à racheter des « véhicules de titrisation » comme au bon temps des années 2000, qui ont conduit à la grande crise de 2008. Cette politique, qui donne de l’oxygène à court terme aux économies de la zone euro, agace beaucoup l’Allemagne. Le gouverneur de la Banque Centrale allemande, la Bundesbank, Jens Weidmann, ne se cache pas pour la dénoncer:

« Les risques de crédit pris par les banques privées vont être transférés à la banque centrale et donc au contribuable sans qu’ils n’aient rien en retour », déplore le banquier central allemand (membre du conseil des gouverneurs de la BCE) dans les colonnes du magazine Focus.

« Cela va à l’encontre du principe de responsabilité qui est fondamental dans l’économie de marché : celui qui tire un bénéfice de quelque chose doit en assumer la perte s’il y a un développement négatif. »

La crise financière mondiale a montré combien il était dangereux d’abandonner de principe, ajoute Jens Weidmann.

Il a d’ailleurs réitéré ces accusations en fin de semaine, à un moment où divers indicateurs annonçaient un ralentissement de l’économie allemande.

L’Allemagne veut que l’euro reste sa monnaie impériale

Beaucoup de décideurs allemands considèrent (à juste titre…) que cette politique, qui transforme peu à peu la Banque Centrale Européenne en « bad bank », est une façon détournée de redistribuer les richesses allemandes aux autres pays européens, puisque le contribuable allemand sera tôt ou tard appelé à payer pour les pertes des autres. Ce lent glissement vers une solidarité européenne qui ne dit pas son nom a le don d’exacerber les passions germaniques.

Ainsi, Jürgen Starck, ancien chef économiste de la BCE, a déclaré:

Le fait que la BCE cède à Paris et Rome sur l’affaiblissement de l’euro « montre à quel point elle se fourvoie », dit Jürgen Stark en ajoutant : « Il n’y a plus de tabous maintenant. »

La BCE, accuse-t-il encore, prendrait d’« incalculables risques » pour son bilan avec le plan de rachat d’ABS et les contribuables de la zone euro seraient redevables en cas de pertes.

« Cela pourrait avoir des effets redistributifs considérables entre États membres. La BCE n’a aucune légitimité démocratique pour cela », affirme-t-il.

Le ministre bavarois des Finances, Markus Söder, a pour sa part déclaré:

« nous craignons de plus en plus que la BCE devienne ainsi une ‘bad bank' ». Pour ce responsable conservateur, qui s’exprime dans le quotidien régional ‘Münchner Merkur’ paru ce matin, l’automne « sera chaud ». Il demande au gouvernement d’Angela Merkel de s’opposer aux projets de la BCE…

La BCE évite le krach à l’Espagne et à l’Italie

Malgré ces oppositions allemandes qui accusent la BCE de retarder les ajustements structurels, un tir nourri a eu lieu cette semaine pour justifier la politique monétaire.

Plusieurs banquiers centraux sont par exemple intervenus publiquement pour dire tout le bien qu’ils pensaient d’une intervention de la BCE. Il s’est même trouvé un banquier central slovène pour encourager la BCE à dépasser son mandat afin de compenser l’inactivité des gouvernements nationaux.

Ces analyses sont à l’unisson des attentes exprimées par un marché aux abois, qui parie sur la BCE comme ultime roue de secours, pendant que l’économie allemande est supposée obliger Angela Merkel à changer son fusil d’épaule.

Dans cette espèce de fièvre, il est à peu près convenu que la BCE doit mener à bien son programme de rachat d’actifs, sans, à ce stade, déployer d’outils nouveaux. L’Allemagne semblerait prête à se rallier à ce scénario.

Dans la pratique, les économies italiennes et espagnoles ont déjà un besoin vital des interventions de la BCE pour échapper au krach massif.

Tout ceci devrait déboucher sur une phase d’intervention longue, comme l’a affirmé le vice-président de la BCE Vitor Constancio. Les esprits malins noteront que le ministre britannique des Finances encourage cette politique, ce qui en dit long sur les risques qu’à terme l’euro encourt avec elle.

Juncker n’a toujours pas achevé sa Commission

Pendant que le feu s’empare de la zone euro, dans l’inconscience globale des médias et des opinions publiques, Jean-Claude Juncker peine à faire avaliser sa commission par le parlement européen. Juncker a donc entamé un cycle de réunions secrètes avec le président du Parlement pour arrondir les angles et faire passer des commissaires controversés.

La France s’est une nouvelle fois illustrée avec un Pierre Moscovici pour qui le groupe socialiste au Parlement a dû jouer son va-tout, en menaçant de faire tomber toute la commission s’il ne passait pas. Mais d’autres commissaires n’ont pas obtenu le même traitement de faveur. En particulier, la commissaire slovène a dû abandonner son poste avant même d’être nommée, provoquant une crise politique interne.

Le commissaire hongrois soulève également de nombreuses critiques. Jugé ambigu sur les Droits de l’Homme, le futur commissaire à l’Education a dû faire publiquement contrition en prenant ses distances écrites avec le Premier Ministre Orban. Valdis Dombrovskis, commissaire à l’euro, a dû, pour sa part, soutenir qu’il se préoccuperait de l’emploi durant son mandat, contrairement à la politique qu’il a menée dans son pays lorsqu’il en était le Premier Ministre.

« Je souscris totalement à l’engagement du président Juncker pour qu’à l’avenir, tout programme » d’aide en faveur d’un pays en difficulté « ne passe pas seulement par une évaluation de la solidité budgétaire, mais aussi de l’impact social et en termes d’emplois », a-t-il déclaré lors de son audition par le Parlement européen. « Il faut veiller à ce que les deux volets aillent de pair », a-t-il assuré face aux questions insistantes des eurodéputés de gauche. Mais il a éludé les questions plus précises sur la façon d’utiliser la « flexibilité » autorisée par le pacte de stabilité, carcan budgétaire européen.

La France dans le déni de réalité

Ce petit intermède politique permet à la France de continuer à planer. Alors que le projet de loi de finances pour 2015 prévoit un déficit budgétaire de 4,4%, très supérieur aux engagements pris l’an dernier, Michel Sapin continue à soutenir que tout cela ne pose pas problème et que la Commission Barroso sortante acceptera ce projet sans barguigner. Pour ce faire, Sapin a d’ailleurs déployé un savoir-faire de Jésuite, en expliquant que la France ne demandait pas une dérogation aux règles, mais une adaptation des règles.

On prend les paris pour les jours à venir.

L’Europe, incarnation du nazisme?

Enfin, je clos ce billet hebdomadaire en signalant l’étrange article publié sur JSS News, accusant l’Europe de détester les Juifs.

Les pays européens, au cours des dernières années, font plus en plus entendre leur opposition au fait que les juifs peuvent vivrent où ils veulent sur la planète. A l’image des nazis qui voulaient une Allemagne purifiée de ses juifs, ils veulent que les régions historiques liées au Judaïsme, la Judée-Samarie, berçeau de cette religion, soient Judenrein. Pour l’UE, seuls des arabes devraient avoir le droit d’y vivre. On appelle cela de l’apartheid…