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Europe: toujours pas d’idées pour la relancer

L’Europe n’est pas morte après le Brexit, a déclaré Renzi, à la sortie du mini-sommet de Ventotene. Pourtant, après une longue séance de discussion sous le soleil méditerranéen, les ambitions européennes des trois historiques que sont l’Allemagne, la France et l’Italie, présentent un encéphalogramme absolument plat. On relèvera tout particulièrement les abandons en rase campagne par François Hollande de toutes les positions qu’il avait tenues jusqu’ici.

Les propositions de Hollande pour l’Europe

À la sortie du sommet, François Hollande a déclaré:

M. Hollande a de son côté énuméré trois « priorités » pour parvenir à cette relance d’une Union européenne en pleine crise existentielle. La première, selon lui, doit être la sécurité avec la protection des frontières extérieures de l’UE grâce à un corps de gardes-frontières et de gardes-côtes.

La seconde, a-t-il poursuivi, doit être la défense avec « davantage de coordination, de moyens supplémentaires et de forces de projection ». Et la troisième, la jeunesse avec un programme Erasmus d’échanges universitaires « amplifié ».

Oui, mais alors, le projet d’intégration économique renforcée, d’euro-gouvernement, toutes ces idées farfelues qui consistaient à répondre au Brexit par plus d’Europe encore, et plus de bureaucratie? C’est passé à la trappe? Visiblement oui. Le projet européen n’est désormais plus que sécuritaire, et va viser, comme suggéré sur ce blog à plusieurs reprises d’ailleurs, à faire financer la défense française par ses voisins.

Les eurolatres manquent d’imagination

Tous ceux qui (dont l’auteur de ces lignes) qui considèrent que le Brexit était une conséquence plausible de la folie eurolatre qui s’est emparée du gouvernement profond depuis plusieurs années, et une étape nécessaire pour la construction d’un vrai projet européen, boivent du petit lait. Quels sobriquets n’avons-nous entendu de la part des partisans du « Remain » à propos du « Leave »: démogogie, populisme, racisme larvé, repli sur soi, petitesse, tout y est passé pour nous minorer face à ces intelligences surpuissantes qui prônaient le statu quo.

Toutes ces intelligences surpuissantes qui sont convaincues que l’Europe, c’est l’intelligence, et que l’Etat-nation, c’est la bêtise, qu’ont-ils à proposer aujourd’hui? Quelle est leur vision d’avenir? Quelle solution leur brillante intelligence propose-t-elle?

La vérité est triste à dire, mais elle est têtue: l’europhilie aujourd’hui est la caractéristique première des crétins fats. Ils se pensent supérieurs à tout le monde, mais ils sont bien en peine d’expliquer pourquoi ils aiment l’Europe (à part répéter que c’est comme ça, que l’Europe c’est moderne, que l’Europe c’est la paix, que l’Europe c’est la lumière), et ils sont bien en peine d’avoir la moindre idée sur la façon de la remettre sur les rails.

Ah si! il y a bien une idée! élargir Erasmus. Bonjour la modernité! bonjour l’ambition!

Les eurolatres ont tué l’idée européenne

En réalité, s’il existe des coupables dans la mort d’une certaine idée de l’Europe, il ne faut pas les chercher ailleurs que chez les eurolatres. Ces gros bourgeois repus, hautains, conformistes, ont transformé l’ambition européenne en tumeur nécrosée que plus aucun chirurgien n’ose opérer.

Terrorisme: l’histoire de l’Europe s’accélère

Article écrit pour atlantico, mis à jour le 23 juillet à 8h20.

L’histoire de l’Europe connaît en ce moment même une accélération comme on en connaît rarement au cours d’une génération. Il est trop tôt, bien sûr, pour en comprendre le sens et la nature, et pour en anticiper l’orientation finale. Et il est malheureusement très probable que la tragédie ne fasse que commencer.

Pas de répit après le Brexit

Assez curieusement, c’est par la démocratie même que la démocratie européenne a connu l’un de ses premiers bouleversements historiques. Avec le Brexit, l’Europe s’est réveillée brutalement d’un rêve heureux. Et soudain, elle a compris qu’elle avait mangé son pain blanc.

Désormais, les peuples ne dissimulent plus leur sentiment d’un excès d’inconvénients de l’Union Européenne qui surpasse la masse de ses avantages. L’Europe, cette évidence d’hier, cette grande allée toute droite dans le destin des peuples et de la civilisation, est devenue un labyrinthe incertain.

Et puis le terrorisme revient.

Nice et l’agonie du multiculturalisme

Après l’attentat de Nice, la réaction des populations s’est faite incertaine. Le « pas d’amalgame » semble avoir vécu. Les langues se délient. La prise de conscience se fait. Les mots viennent pour dire les choses qui dérangent. Le projet politique de l’Islam est interrogé. La capacité de l’Etat à assurer la sécurité est passée au crible. L’idéologie de l’unité à tout prix ne prend plus.

Rapidement, chacun sent bien que nous sommes à un tournant de notre histoire. Peu à peu, le sanglot de l’homme blanc s’assèche et fait place à une réaction identitaire encore timide, mais prometteuse: la civilisation européenne doit résister à la barbarie. Elle doit affirmer ses valeurs, ne plus céder de terrain. Et ceux qui s’y installent doivent les accepter.

Munich et ses inconnues

La tuerie dans un centre commercial de Munich n’a pas fini de produire ses effets. Pendant un temps, l’Allemagne a cru que trois hommes au moins y avaient passé la nuit après avoir tiré sur la foule. Les Allemands s’éveillent dans un univers où la tragédie peut se reproduire partout.

Quel impact cet épisode de peur peut-il avoir sur la lecture que les Allemands feront de l’ensemble européen? de la coopération communautaire? Personne ne le sait encore, mais la réaction pourrait être terrible. Au-delà des antiennes répétées par les germanophiles en France sur le mode « les Allemands ont changé », personne en réalité ne peut savoir si ses démons se réveilleront ou non.

L’Europe va-t-elle se réveiller?

D’une certaine façon, cette tragédie est une forme contemporaine d’ordalie, cette administration de la preuve prévue par le droit franc et germanique qui consistait à mettre une barre de fer rougi dans les mains du suspect pour lui faire avouer ses vérités. La tragédie du terrorisme, c’est l’épreuve de la conscience européenne.

L’Europe est-elle un idéal d’intellectuels et de technocrates animés par des vues théoriques coupées des réalités? Ou bien est-elle un présent vivant, un enjeu pour ses peuples? Ceux-ci exigeront-ils que l’Europe réagisse de façon concertée à la menace qui pèse sur elle? Les peuples demanderont-ils une transformation en profondeur du projet européen: moins de bureaucratie, plus d’action et de sécurité?

Les semaines à venir le diront.

L’Europe, au bord du gouffre, doit se réveiller

Incidemment, l’Europe n’a plus guère le choix. La construction communautaire, avec son cortège de bureaucrates, a endormi l’esprit combatif des Européens. Ce sont pourtant eux, les Européens de la rue, qui seront les derniers remparts contre la menace qui pèse désormais.

Il existe, dans la conscience européenne, une couche basse de la mémoire, une sorte de souvenir des vingt-cinq siècles qui se sont écoulés avant le nôtre. Cette mémoire est celle d’un promontoire prospère niché aux confins du territoire asiatique, ouvert sur un océan tempéré, généreux, où les peuplements ont souvent dû se défendre pour survivre face à de nouveaux arrivants.

Les Européens d’aujourd’hui se souviendront-ils de cet héritage? Le perpétueront-ils? Il le faut et nous devons l’y aider.

L’Europe connaît l’Islam depuis longtemps

D’ailleurs, la relation douloureuse avec l’Islam n’est pas un fait nouveau pour la conscience européenne. L’invasion de l’Espagne, la bataille de Poitiers, puis la menace ottomane, ont rôdé pendant plusieurs siècles la riposte chrétienne au Jihad. Nous avons su nous forger des certitudes et une détermination à agir au cours des siècles.

Certes, cette détermination a parfois pris des chemins détournés ou inverses. Il n’en reste pas moins que l’émergence d’un projet politique islamique sur le territoire européen n’est pas inédit et nous savons que nous pouvons y résister.

Les Européens doivent agir

Cette résistance suppose que l’Europe passe un cap. Celui-ci repose sur l’affirmation d’une conscience européenne, d’une nature aussi ancestrale que nouvelle. Les Européens n’ont plus le choix. Ils doivent tourner le dos à leur idéal d’une construction politique désincarnée, abstraite, et pacifique. Ils doivent assumer la tragédie d’habiter un appendice prospères aux confins d’un monde misérable.

Les Européens doivent oublier la construction communautaire et retrouver la mémoire durable d’un vrai projet continental, fondé sur le respect des libertés individuelles et sur la préservation de leur modèle de développement. Nous savons aujourd’hui que nous préférons le défendre dans la paix, mais que les rumeurs de la guerre commencent à nous parvenir.

L’Europe dans un climat de guerre civile?

L’Europe, dans la foulée des attentats et des événements de Cologne, glisse-t-elle progressivement vers un climat de guerre civile? La mauvaise tournure de la polémique, en Allemagne, sur les violences de la Saint-Sylvestre, soulève quand même de nombreuses questions sur l’impact de la vague migratoire dans les opinions publiques européennes.

L’Europe face à des violences organisées?

Alors que plus de 500 plaintes ont, à ce stade, été déposées à Cologne pour des faits de violence, le ministre allemand de la Justice, le social-démocrate Heiko Maas, a brisé le tabou:

« Quand une telle horde se rassemble pour enfreindre la loi, cela paraît sous une forme ou une autre planifié. Personne ne me fera croire que cela n’a pas été coordonné ou préparé »

Voilà la phrase qu’on redoutait… immédiatement suivie d’une autre: qui a planifié une opération aussi vaste, impliquant plusieurs centaines de coupables? Comment la police allemande (ah… le mythe de l’efficacité allemande en prend encore un coup…) a-t-elle pu passer à côté d’un tel acte de banditisme?

L’Europe n’a pas bien compris l’effet Cologne

Pour bien comprendre ce qui s’est passé à Cologne, je recommande la lecture d’un billet paru dans la presse belge, écrit par des victimes liégeoises présentes cette nuit-là dans la capitale rhénane:

« Nous avons été, dès notre arrivée sur place, choquées par l’absence de contrôles, le manque de sécurité et la très faible présence de forces policières. Nous avons aussi été victimes de l’utilisation d’une bombe lacrymogène par un policier dont aucun article de presse ne parle. En fin de soirée lorsque nous essayions de rentrer, nous avons été agressées de manière très violente et avons été victimes d’un ‘guets-apens’, et il n’y avait aucun policier aux alentours. Nous avons cru pendant un instant que nous allions y rester. »

Violence, guet-apens… tout ce vocabulaire montre combien l’Allemagne a sous-estimé la gravité de la situation interne, et les dangereux déséquilibres auxquels la candide Angela Merkel a exposé son pays.

L’Europe déstabilisée par l’Allemagne?

Au passage, la presse n’a pas manqué de révéler que l’agresseur du commissariat à Barbès venait d’un foyer de migrants à Recklinghausen en Rhénanie-du-Nord-Westphalie… à une centaine de kilomètres de Cologne. Manifestement, l’Allemagne ne va pas tarder à découvrir qu’elle porte en son sein une sorte de ruche d’où des centaines, peut-être des milliers d’abeilles bien peu recommandables. Après l’épisode Molenbeek, nous voici donc confrontés à un nouveau défi.

Le plus inquiétant tient à l’apparente impréparation allemande face aux problèmes de sécurité qui se posent désormais à elle. Si l’on admet l’hypothèse que la vague migratoire qui s’est répandue depuis cet été sur l’Europe n’est pas seulement l’opération du Saint-Esprit, mais résulte aussi (et surtout) d’un accord au moins tacite entre l’Allemagne et la Turquie pour drainer une main-d’oeuvre syrienne formée vers le marché de l’emploi germanique, alors on peut se dire que le gouvernement allemand a fait preuve de légèreté en ne voyant pas que cette arrivée massive ne se résumait pas à des hordes de gens bien élevés décidés à remercier le pays hôte, mais qu’elle charrierait avec elle des bandits de plus ou moins grand chemin dont les liens avec la Syrie restent à prouver.

L’Europe et l’hospitalité bafouée

Comme l’Europe est encore et toujours submergée par une mauvaise conscience aux origines obscures, elle a du mal à faire face à cette violation manifeste des principes de l’hospitalité. De ce point de vue, les précautions prises par les politiques allemands sur le « pas d’amalgame » sont à côté de la plaque. Personne ne doute que les réfugiés syriens, les victimes civiles de la guerre, sont des gens honorables. Le problème tient à l’impossibilité de quantifier leur volume exact dans la masse des arrivants en 2015.

Combien de réfugiés économiques se sont-ils fait passer pour des Syriens sans papier victimes de la guerre? Combien de combattants ou de sympathisants de l’Etat Islamique ont-ils profité des événements en Syrie pour s’infiltrer en Europe? Les allers et venues des Abdeslam et autres entre la Grèce, la Hongrie et la Belgique ou la France, pour convoyer des complices, ont montré que la vague migratoire était à la fois un geste d’hospitalité de l’Europe envers ceux qui fuyaient la guerre et envers ceux qui venaient la porter en Europe.

Il suffit que l’hospitalité soit trahie par l’un d’eux pour que les opinions publiques commencent à être habitées par le doute. Et personne ne sait où ce doute peut mener.

L’Europe et sa prochaine guerre civile

Nous savons maintenant que l’Europe est occupée par des ennemis de l’intérieur, dont le nombre, le visage, les motivations, sont opaques. Cette opacité est la pire des situations: elle est anxiogène et, malheureusement, l’angoisse mène à tout, et souvent au pire. L’ironie de l’histoire veut que le sparadrap de la migration mal maîtrisée et impossible à contrôler soit aujourd’hui collé sur les doigts allemands. Les manifestations de Pegida constituent probablement un simple avant-goût du réveil national allemand qui va suivre.

On voit mal comment Angela Merkel va pouvoir réagir et, sans se discréditer politiquement, mener une politique de renvois des migrants qu’elle a fait venir. Le ver est dans le fruit, pourrait-on dire. Le drame séculaire des Allemands est de ne pas aimer l’impureté dans la nourriture, et le pire est à craindre dans les mois à venir.

La France elle-même n’est pas exempte de ces craintes. Les réactions vives, dont certaines extrêmement virulentes vis-à-vis de l’Islam, après l’incendie d’une église de Fontainebleau, laissent songeur. Dans l’émotion de ce genre d’événements, tout peut survenir, même l’irréparable.

 

 

L’Europe provoque dangereusement la Russie

L’Europe est en voie d’implosion, elle n’a plus de projet politique, elle est menacée par un terrorisme sunnite invasif, mais elle semble bien décidée à continuer sagement son suicide en provoquant dangereusement la Russie. Mais quelle mouche pique la classe politique européenne?

L’Europe et les sanctions contre la Russie

On se souvient que, avant la COP 21, François Hollande avait accéléré le rythme de son pédalo avec l’intention affichée de constituer une grande coalition contre Daesh, incluant la Russie. Patatras! non seulement le génialissime Obama l’avait envoyé bouler en lui rappelant que les deux pays ne jouaient pas dans la même catégorie, mais Erdogan, l’islamiste allié des Américains, avait choisi ce moment pour abattre un avion russe en action sur le sol syrien. Hollande se retrouvait seul dans son slip face à Poutine pour faire ami-ami contre les terroristes.

En toute logique, et au vu du poids important de la France dans l’Union, nos alliés européens ont annoncé qu’ils décideraient en fin de semaine de proroger les sanctions économiques prises contre la Russie du fait de son attitude en Ukraine. On se rappelle que ces sanctions ont appelé un embargo sur la viande européenne en Russie… qui a torpillé la filière porcine en France.

Une fois de plus, le talent diplomatique de François Hollande éclate au grand jour. Sa crédibilité internationale est manifeste.

L’Europe fait des ponts d’or à la Turquie

L’Europe ne se contente pas de fâcher les Russes. Elle tend la main à Erdogan le scélérat, qui emprisonne des journalistes à tour de bras et protège de façon plus ou moins ouverte l’Etat Islamique au Levant. Après avoir habilement utilisé la bombe humaine des migrations venues de Syrie, Erdogan obtient ce qu’il voulait de longue date: la reprise des négociations d’adhésion.

Europe

L’Union vient d’ouvrir les négociations sur le chapitre 17, c’est-à-dire sur la politique économique et monétaire. Il est vrai que la zone euro se porte très bien et que la prospérité en Europe est telle que le bon sens recommande forcément de l’élargir économiquement à la Turquie, dont la politique budgétaire et le modèle économique ajouteront un peu plus de désordre au désordre ambiant.

Encore un incident entre la Turquie et la Russie

Il y a deux jours, on a évité de justesse une collision entre une navire de guerre russe et un bateau de pêche turc en mer Egée. Le navire russe a tiré des coups de semonce… suscitant un incident diplomatique dont chaque protagoniste se rejette la responsabilité. On se demande jusqu’où dérapera la situation entre les deux pays.

Il est en tout cas évident que la tension s’est installée entre les deux puissances d’Europe Orientale, les héritiers de l’empire ottoman, contre les héritiers de l’empire byzantin.

La Russie bande les muscles

Du coup, la Russie fait monter la pression dans ses relations avec l’Europe et les Etats-Unis. L’agence Sputnik multiplie les articles sur les chances que l’OTAN auraient de remporter un conflit armé contre la Russie.

On lira avec intérêt l’analyse américaine sur l’état des forces armées russes. Citant un éditorial du magazine Forbes (dans sa version en ligne), Sputnik souligne quelques remarques bien senties des experts US:

the alliance’s entire eastern flank is vulnerable to invasion given the proximity of Russian forces and the absence of natural barriers to a quick advance (…).  In the aftermath of the Ukraine invasion, Western military planners no longer think they can predict how Russian leaderVladimir Putin might react to perceived provocations or opportunities.  So the possibility of war in Europe is back on the table as a priority concern, and that means land warfare in which the U.S. Army would have to carry most of the burden.

<la totalité du flanc oriental de l’alliance est exposé à l’invasion du fait de la proximité des forces russes et du l’absence de barrières naturelles empêchant une poussée rapide (…). Dans la foulée de l’invasion en Ukraine, les spécialistes militaires occidentaux n’imaginent plus pouvoir prédire les réactions du leader russe Vladimir Poutine aux provocations réelles ou aux opportunités. C’est pourquoi la possibilité d’une guerre en Europe est à nouveau débattue comme un sujet prioritaire, et elle implique un conflit terrestre dans lequel l’armée américaine porterait l’essentiel du fardeau.>

En outre, Sputnik annonce que l’armée russe a mis au point un nouveau drone de combat et a doté sa flotte en Mer Noire de missiles Kalibr, capables de frapper Daesh.

Bref, peu à peu, l’Europe, sous la houlette des Etats-Unis, rassemble tous les ingrédients pour lutter contre la Russie qui lutte contre Daesh, et pour soutenir la Turquie qui soutient Daesh. Une très belle politique étrangère!

Comment l’Europe se suicide sans hâte

L’Europe dépense beaucoup d’énergie pour organiser son lent suicide collectif. Sa persévérance dans l’acte mérite d’ailleurs d’être saluée: peu d’organisations multilatérales mettent autant d’acharnement et autant de créativité pour disparaître.

L’Europe s’attend à un durcissement de la crise des migrants

Selon l’agence Frontex, 710.000 migrants ont déjà franchi les portes de l’Union depuis le début de l’année 2015. Même si ce chiffre peut parfois inclure des doubles comptages, il montre que le flux migratoire a explosé cet été. Fin juin, on estimait à environ 400.000 le nombre d’arrivées durant les six premiers mois de l’année.

Avec l’hiver, les arrivées devraient se tarir, mais la dégradation de la situation militaire en Syrie laisse penser que l’année 2016 devrait être terrible. Beaucoup anticipent un surcroît d’arrivées, comme l’a par exemple indiqué l’ancien Premier ministre portugais, Antonio Guterres, devenu Haut Commissaire aux Réfugiés de l’ONU:

Pour l’ancien Premier ministre portugais, il faut s’attendre à une augmentation du phénomène migratoire en raison de l’intensification des combats en Syrie. « Nous devons nous attendre à une aggravation de la situation », a-t-il dit.

Comment l’Europe organise la crise?

S’il existe un lien direct entre les flux migratoires et l’intensité des combats en Syrie, le rôle de la Turquie dans la régulation des passages vers l’Union joue un rôle de plus en plus critique. Sur ce point, l’incurie des Etats membres, France comprise, paraît tout à fait surprenante. Alors que, en septembre, l’Union avait promis 1 milliard d’euros, dont 500 millions à charge des Etats membres, pour aider les agences de l’ONU à mettre en place des camps de réfugiés, à ce stade moins de 300 millions ont été versés par ceux-ci.

Cet engagement comprenait 500 millions d’euros engagés par la Commission, et laissait donc « au moins » 500 millions d’euros à la charge des États membres. Mais pour l’heure, seulement dix pays ont promis un montant précis, pour une somme totale atteignant près de 275 millions d’euros (dont 80% sont apportés par le Royaume-Uni et l’Allemagne). La France fait partie des pays qui n’ont pas encore pris d’engagement.

En outre, le fonds destiné à aider les pays d’Afrique à accueillir les expulsés, et le fonds destiné aux voisins de la Syrie, n’ont reçu que 10 millions d’abondement pour un budget prévisionnel de plus de 2 milliards.

Manifestement, les bonnes volontés ne se bousculent pas au portillon pour « fixer » les réfugiés hors de l’Union. On voit mal, dans ces conditions, comment la Turquie bouderait son plaisir de transformer ces masses errantes en monnaie d’échange avec l’Europe.

L’argent introuvable de l’Europe

Faute d’une contribution spontanée des Etats, l’Allemagne a proposé la levée d’un impôt européen spécifique, sous forme d’une taxe additionnelle sur le carburant, dont le produit aurait servi à financer la politique migratoire de l’Union. Cette option aurait été discutée à Lima, à l’occasion d’un sommet du FMI, le 11 octobre. Michel Sapin aurait invité ses amis allemands à renoncer à cette très mauvaise idée.

L’Europe parcourue par des colonnes de migrants

Pendant ce temps, la crise continue. Des colonnes de migrants parcourent l’Europe à la recherche d’un passage vers l’Allemagne. La Hongrie, après avoir permis le transit de 170.000 réfugiés en un mois, a fermé ses frontières. Aussitôt, les colonnes se sont dirigées vers la Slovénie, qui permet le passage vers l’Autriche. Le continent est devenu une terre d’errance pour des réfugiés en quête d’eldorado.

L’Europe soumise à la Turquie

Faute de pouvoir trouver une solution raisonnable en interne, l’Europe en est réduite à négocier un accord en position de faiblesse avec l’islamiste Erdogan pour qu’il conserve un maximum de Syriens sur son territoire. Après avoir boudé les gouvernements laïques turcs, l’Europe déroule le tapis rouge au parti qui revient sur l’héritage d’Atatürk et fait basculer le continent du côté obscur de la force.

Lors du sommet européen de jeudi, l’Europe a cru un temps avoir signé un accord définitif avec Erdogan, jusqu’à ce que le ministre turc des Affaires Etrangères remette le dossier sur le tapis: la Turquie a certes obtenu une reprise accélérée des négociations d’adhésion à l’Union, une suppression des visas pour les citoyens turcs voyageant en Europe, mais elle veut aussi du cash. On parle de 3 milliards d’euros.

En échange, elle s’engage à juguler les flux migratoires. Promesse de Gascon?

L’Europe fait la guerre aux Grecs

Pendant que l’Europe fait les yeux doux aux Turcs, elle livre une guerre sans merci à la Grèce. La semaine même où Alexis Tsipras faisait adopter de nouvelles mesures d’austérité (augmentations d’impôts, coupes dans les retraites), le ministre luxembourgeois de l’immigration, qui assume la présidence de l’Union, faisait une visite d’inspection en Grèce, notamment pour inaugurer le premier camp de réfugiés (rebaptisé « hotspot ») sur l’île de Lesbos. Il était accompagné du commissaire européen aux migrations, le… grec Dimitris Avramopoulous. Le Luxembourgeois a déclaré:

« Les fondements sont posés, nous sommes sur la bonne voie, et je tiens à saluer le travail des équipes sur place, mais des efforts supplémentaires sont nécessaires pour que le système gagne en effectivité sur le terrain et que les relocalisations puissent avoir lieu régulièrement ».

On voudrait attiser les rancoeurs en Grèce, on ne s’y prendrait pas autrement.

L’Europe sourde à la situation explosive en Grèce

L’appel à « davantage d’efforts » est d’autant plus maladroit que la situation, en Grèce, est au bord de l’explosion. Selon le Haut Commissariat aux Réfugiés, des échauffourées ont éclaté dans ce fameux centre de Lesbos inauguré en grande pompe:

Dans le cadre d’un incident distinct à Lesbos, plusieurs employés du HCR et d’autres organisations ont été évacués du centre d’enregistrement bondé de Moria à la périphérie de Mytilène, la capitale de l’île, après que des violences y ont éclaté.

Des groupes d’hommes frustrés pour avoir été tenus en respect ont essayé de couper des files d’attente et de forcer leur chemin vers les bureaux. L’enregistrement sur le site a été suspendu vers midi et la police a dû être appelée pour tenter de contenir les troubles, qui se sont aggravés dans la soirée, a précisé le HCR.

Selon les informations de l’ONU, 85 bateaux venus de Turquie ont accosté à Lesbos dans la seule journée du 14 octobre. Les autorités grecques ont par ailleurs décidé d’enquêter sur une collision entre un bateau de gardes-côtes et un bateau chargé de réfugiés, qui a causé la mort de 4 enfants et 3 adultes.

L’Europe fait aussi la guerre à l’Espagne

Parallèlement, la Commission a ouvert un nouveau front cette semaine. Elle a mis en oeuvre une procédure de mise en garde sur le budget espagnol de 2016.

Le budget de l’Espagne risque d’enfreindre les règles budgétaires de l’Union européenne en 2016, dans la mesure où il se fonde sur des prévisions de croissance trop optimistes et ne prend pas en compte l’exposition du pays à des économies émergentes en ralentissement, selon un avis de la Commission européenne publié lundi.

L’avertissement est particulièrement habile alors que les élections législatives doivent avoir lieu le 20 décembre, et que le gouvernement en place s’est essuyé une sévère défaite aux régionales de septembre. La Commission rêverait-elle de voir un gouvernement hostile à l’Union arriver à Madrid pendant que la Catalogne réclame son indépendance?

L’Europe face au Brexit

Pour couronner le tout, il ne reste plus guère qu’à attendre le Brexit. David Cameron devrait dévoiler ses exigences début décembre, ou en début 2016, préalables à un éventuel referendum sur le maintien de la Grande-Bretagne dans l’Union. Le bonhomme ne se presse guère pour avancer: il a d’ores et déjà gagné la certitude que son pays échapperait à tout nouveau transfert de souveraineté.

En voilà un qui a trouvé la bonne façon de parler à la Commission.

 

L’Europe et la tentation de la soumission à Ankara

L’attentat d’Ankara survient dans un contexte lourd de significations non seulement pour la Turquie, mais pour l’Europe et pour ses relations avec l’héritier de l’Empire ottoman. Il pourrait accélérer les évolutions en cours dans les rapports entre le continent et son voisin musulman.

L’attentat d’Ankara: complot d’Etat ou pas?

La question est dans tous les esprits: quel est le degré d’implication du système islamiste Erdogan dans l’attentat d’Ankara?

Pour comprendre la pertinence et l’évidence de la question, il suffit de se remémorer le contexte de l’attentat. Lors des dernières élections législatives, en juin 2015, le HDP, parti pro-kurde de gauche, a obtenu 13% des voix. Ce coup de tonnerre a arithmétiquement empêché le parti d’Erdogan, l’AKP, d’obtenir la majorité absolue. Le Premier Ministre Davutoglu a donc convoqué pour le 1er novembre des élections législatives anticipées pour retrouver une majorité. Erdogan a largement diabolisé le HKP au cours de la campagne électorale.

L’attentat d’Ankara a précisément visé le HDP et a causé près de 100 morts dans ses rangs, selon un modus operandi qui rappelle les autres attentats visant ce parti (plus de 70 attaques en tout) et la technique islamiste. Deux kamikazes auraient fait exploser la charge qu’ils portaient sur eux au milieu de la foule. L’intérêt de cette opération est évidemment de cliver l’ambiance politique dans le pays et de placer les élections sous tension.

Ankara

Pour un certain nombre d’observateurs, l’un des bénéfices immédiats attendus de cet attentat était de dissuader le PKK (parti considéré comme terroriste en Turquie) d’appeler au cessez-le-feu dans la lutte pour les intérêts kurdes. Le PKK a néanmoins maintenu son appel à la trêve et, dans ce contexte, on voit pourquoi il aurait commis un attentat aussi meurtrier.

Les plus modérés se demandent comment la police et les services de renseignement ont pu « laisser passer » un attentat aussi bien organisé à quelques mètres de leur siège, puisque les explosions ont eu lieu près des centres névralgiques de la sécurité turque. Il faut ici avoir à l’esprit qu’Ankara est nichée au creux de plateaux quasi-désertiques, ceinturée de façon quasi-ininterrompue par des casernes et des bases aériennes, et que la ville est très espacée, à la différence d’Istanbul qui est très concentrée.

Ankara et Daesh: une histoire ambiguë

Il est très vraisemblable (mais sans certitude) que l’attentat soit le fait, d’une façon ou d’une autre, de l’Etat islamique. La question est de savoir quel est le degré d’instrumentalisation de Daesh par la Turquie aujourd’hui.

On se souvient ici que la Turquie profite du désordre syrien pour bombarder les positions kurdes et tenter d’affaiblir un mouvement sur lequel l’allié américain s’appuie pour combattre Daesh. C’est avec le soutien américain que les Kurdes auraient repris Kobané (la ville dont le père du petit Aylan mort en Grèce était originaire). Il se murmure que les Turcs auraient donné à l’armée américaine accès à leurs bases militaires en échange d’une prise de distance avec les Kurdes.

Dans cette stratégie anti-kurde, existe-t-il un accord plus ou moins explicite entre Erdogan l’islamiste et l’Etat du même nom pour effectuer les sales besognes qui profitent au président turc? En Turquie même, beaucoup dénoncent le soutien dont Daesh bénéficient de la part d’Erdogan:

Nous n’affirmons pas que les attentats perpétrés contre nous sont étrangers à Daech comme il a été affirmé par le pouvoir. Mais nous savons que l’AKP leur fournit la logistique et leur prépare le terrain : non seulement les militants de l’EI peuvent entrer et sortir du territoire comme ils veulent mais ils ont des camps d’entraînement ici.

Ankara et sa bombe de 2 millions de Syriens

Erdogan ne dispose pas seulement de l’arme Etat Islamique pour effrayer l’Europe, il s’est aussi doté d’un arsenal annexe: plus de 2 millions de réfugiés syriens qui errent dans les rues à la recherche d’un passage vers le continent. Il sait pertinemment que, le jour où il ouvre les frontières, l’Europe traversera une crise sans précédent. Et l’Europe sait qu’il sait.

La question des migrants s’est trouvée au coeur de la visite qu’Erdogan a rendue lundi à Bruxelles auprès de la Commission. L’objectif des Européens est de « fixer » les 2 millions de Syriens en Turquie. L’objectif d’Erdogan est de monnayer chèrement cette « fixation ».

Personne ne connaît encore clairement les termes de l’accord qui doit être discuté officiellement cette semaine avec les Etats membres. Toutefois, selon le Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitun, les termes en seraient assez simples:

Conformément à ce plan, la Turquie devrait accepter d’intensifier ses efforts pour sécuriser ses frontières avec l’UE en participant à des patrouilles conjointes avec les garde-côtes grecs dans l’Est de la mer Egée, coordonnées par l’agence européenne de surveillance des frontières Frontex.

Les migrants tentant de joindre l’Europe qui seraient arrêtés seraient ramenés en Turquie, où six nouveaux camps pouvant héberger jusqu’à deux millions de personnes seront construits et cofinancés par l’UE, selon le journal.

Pour leur part, les pays de l’UE devraient accepter d’accueillir jusqu’à 500.000 personnes afin de leur permettre de gagner l’Europe depuis la mer en toute sécurité, sans avoir recours aux passeurs, toujours selon le journal qui cite des sources de la Commission européenne et allemandes.

Ankara dégrade la situation des migrants

Histoire de bien expliquer son pouvoir par le texte, il est manifeste que la Turquie a décidé ces dernières semaines d’exercer une pression migratoire sur l’Europe. Depuis septembre, le flux quotidien d’arrivée de migrants en Grèce a doublé. Au moment où Tsipras annonce une récession de 2,3% en 2015 et prévoit un nouveau recul du PIB de 1,3% en 2016, la pilule est douloureuse à avaler.

La Grèce est désormais contrainte d’ouvrir un camp de réfugié sur l’île de Lesbos. Comble de folie, l’Allemagne propose la levée d’un impôt européen pour financer cette politique migratoire très soumise à la Turquie. La Prusse n’a décidément rien compris à ses voisins!

Ankara et l’adhésion à l’UE sans laïcité

La contrepartie obtenue par Erdogan dans cette négociation paraît bien faible, et il est vraisemblable qu’une clause secrète soit dissimulée dans cet accord. Le président turc ne cache en effet pas son intention d’obtenir l’adhésion de la Turquie à l’Union dans les conditions qui lui soient le plus favorable possible: pas de laïcité et pas de démocratie. Autrement dit, la Turquie est en train de négocier en douce son entrée dans l’Europe sans droit de regard sur un régime islamiste de plus en plus autoritaire.

C’est bien le scénario de la soumission à la Houellebecq qui se dessinerait alors: je vous débarrasse de vos migrants que vous ne sauriez voir, mais vous m’acceptez tel que je suis, avec mon régime islamiste et ma dictature personnelle.

Cette soumission a été assez bien décrite par un haut fonctionnaire européen:

«La Turquie fait partie de la solution», a assuré cette semaine Simon Mordue, haut fonctionnaire de la Commission européenne.

«La Turquie accueille actuellement plus de deux millions de réfugiés syriens, dont 260.000 sont dans des camps et 1,75 million sont en dehors de camps. La Turquie a investi plus de huit milliards de dollars pour les loger», a-t-il expliqué. «Nous voyons donc la Turquie comme un partenaire dans cette crise, de nombreux défis auxquels la Turquie fait face sont similaires à ceux que nous affrontons».

Ankara pressé par la Russie

L’intervention russe en Syrie exerce une pression nouvelle sur la Turquie qui s’est d’ailleurs manifestée par des violations de l’espace aérien. Militairement, Poutine pourrait en effet, sur le terrain, reprendre le contrôle de la situation et revisser le fauteuil de Bachar al-Assad. Il est trop probable que, au-delà des interventions aériennes ou balistiques, l’armée russe se soit déployée physiquement et qu’elle livre combat aux « rebelles ».

Pour la Turquie, cette intervention est une mauvaise manière, à plusieurs titres. D’abord parce que la Turquie perdrait l’occasion de devenir la puissance régionale qu’elle rêve d’être. Ensuite parce que l’expansion sunnite serait ainsi stoppée et manifesterait soudain sa fragilité.

Pour les Européens, cette intervention est aussi un point négatif. Elle souligne l’impuissance de l’Union à agir en dehors des Etats-Unis et place la Russie en position centrale sur le continent.

La stratégie anti-russe de la Commission Européenne

De son côté, la Commission Européenne persévère dans sa stratégie anti-russe et préfère curieusement une alliance avec l’islamiste Erdogan plutôt qu’une coordination intelligente avec Poutine, notre allié historique.

A titre d’exemple, le commissaire à l’Energie, Miguel Canete, a-t-il redit que l’Ukraine était un pion incontournable dans la stratégie européenne et que tout serait fait pour en protéger les intérêts. Il a donc annoncé qu’il multiplierait les obstacles à la construction du gazoduc Nordstream II, qui contourne l’Ukraine:

M. Canete a martelé qu’il était crucial de préserver le rôle de l’Ukraine, par lequel transite environ la moitié du gaz russe à destination de l’UE.

Pourtant, la même Ukraine est désormais déclarée en état de défaut par les agences de notation. Pourquoi le commissaire à l’Energie, dont les intérêts dans l’industrie pétrolière sont connus, poursuit-il une stratégie qui ne profite qu’à l’Ukraine… et aux Etats-Unis?

Le géant américain contesté par les peuples européens

Au passage, on notera que l’alliance objective entre les dirigeants européens et les Etats-Unis suscite un rejet grandissant de la part des citoyens européens. Deux exemples l’ont montré cette semaine.

La première nouvelle est venue d’Allemagne, où le nationalisme et l’anti-atlantisme s’expriment volontiers depuis 1945 par des mouvements « de gauche », comme les Grünen hostiles au « tout-consommation » (ah! la bonne nostalgie prussienne pour la frugalité du peuple de la forêt!). 250.000 Teutons se sont retrouvés dans les rues de Berlin pour dénoncer le prochain traité de libre-échange transatlantique.

Cette manifestation ponctuait une semaine où une pétition signée par 3,5 millions de personnes protestait contre ce traité.

Autre nouvelle: la Cour de Justice de Luxembourg a remis en cause la doctrine du « safe harbor » qui permet le transfert de données personnelles de l’Union vers les Etats-Unis. Du coup, c’est toute la prééminence américaine sur Internet qui est ébranlée. Le poids des réseaux sociaux américains pourrait en souffrir.

La crise économique fait rage dans l’Union

Pendant ce temps, les mauvaises nouvelles s’enchaînent sur le terrain économique, y compris en Allemagne. Le péril est tel que Mario Draghi a confirmé que l’intervention de la BCE sur les marchés s’amplifierait si besoin était.

Sale temps pour le continent!

BCE, VW, Syrie: la triple impuissance européenne

Dans l’action de la BCE sur l’inflation, comme sur le scandale Volkswagen ou sur la crise en Syrie, l’Europe montre son incapacité à régler les problèmes ou à les éviter. Contrairement aux propos idéologiques des « eurosceptiques » traditionnels, le problème de l’Union ne tient pas à son inspiration politique, mais aux conséquences techniques de son rapport de force interne.

La BCE en plein naufrage

Dans le malström d’une actualité débordante (notamment de polémiques partisanes en tous sens), l’information est passée relativement inaperçue, alors qu’elle est d’une importance majeure: l’inflation ne repart pas en Europe, bien au contraire. Après 6 mois d’assouplissement quantitatif à coups de 60 milliards d’euros mensuels d’intervention sur les marchés, la BCE n’est pas parvenue à ranimer la flamme des prix.

La pire nouvelle vient d’Allemagne, où la hausse des prix en septembre a progressé de 0%! alors qu’elle était encore de 0,3% en juin. Pour l’ensemble de la zone euro, il s’agit d’une vraie nouvelle inquiétante, qui prouve que les « fondamentaux », même en Allemagne, sont très loin de la reprise durable sur laquelle des pays comme la France comptent pour équilibrer leurs comptes publics. En réalité, la zone euro vit une phase de déflation rampante que les autorités monétaires dissimulent depuis plusieurs mois à coup de dénis officiels.

A l’issue de son compte-rendu de politique monétaire de jeudi, la BCE a maintenu cette stratégie d’occultation en laissant entendre qu’à partir de novembre, elle pourrait amplifier son assouplissement quantitatif pour éviter le naufrage économique définitif de la zone. Il faut croiser les doigts pour qu’un accident boursier majeur ne contraigne pas Mario Draghi à agir avant cette date.

Volkswagen et la soumission aux industriels

Alors que la déflation rôde, le scandale Volkswagen a continué à faire vivre aux marchés financiers des heures difficiles cette semaine. Cette affaire met évidemment en question les normes communautaires, leur justification et la volonté réelle de la Commission de les appliquer, surtout qu’elles nuisent à l’industrie allemande. Brutalement, les Européens se sont rendus compte que la masse infinie de normes qui leur est imposée par « Bruxelles », c’est-à-dire par la Commission Européenne, était une machinerie à géométrie variable.

D’un côté, il y a les bons élèves naïfs, comme les Français, qui, au nom de la solidarité européenne, de l’esprit de coopération, du couple franco-allemand et tout ce blabla qui n’abuse que les gogos et les hauts fonctionnaires, obéissent aux règles. Ainsi, les Français s’interdisent de faire des feux de cheminée, de vendre de la volaille vivante sur les marchés et bientôt ne pourront plus vendre de la nourriture fraîche dans les marchés de plein air.

D’un autre côté, il y a les élèves malins qui imposent des règles contraignantes à leurs concurrents pour les affaiblir, et oublient malencontreusement de respecter les règles qui les embarrassent.

Au total, c’est bien la norme européenne qui est en jeu: non, elle ne sert pas à établir une concurrence libre et parfaite. Elle est plutôt un instrument entre les mains de l’Allemagne pour faciliter ses exportations intra-communautaires et tuer tous ses concurrents sur le continent.

Même les eurolâtres ne croient plus au marché unique

Le désarroi de la norme communautaire est tel que même les plus grands eurolâtres laissent percer leur trouble dans leurs interventions publiques. Le congrès de la Confédération Européenne des Syndicats en a donné une nouvelle preuve. Il se tenait mardi à Paris, et a permis à Jean-Claude Juncker (soupçonné d’avoir menti au Parlement dans l’affaire Luxleaks) de faire quelques confidences révélatrices:

«L’état de notre union européenne n’est pas bon, les fissures de solidarité se multiplient», a estimé le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, s’inquiétant d’une «dangereuse renaissance de sentiments nationaux». (…)

M. Juncker a réitéré sa promesse d’instaurer, au printemps 2016, «un socle de droits sociaux minimum» qui ferait «cordon sanitaire» pour protéger les travailleurs: «à même travail, les mêmes salaires et les mêmes droits», a résumé le numéro un de la Commission.

Plus d’Europe sur un sujet chimérique pour lutter contre la perte d’Europe: une stratégie du « je continue à forer droit dans la veine de granit jusqu’à épuisement des forces ».

François Hollande a préféré enterrer le sujet selon ses bons vieux réflexes d’énarque en proposant la création d’une commission:

Dans une proposition inédite, Hollande a plaidé pour la création «dans un délai proche» d’un «Eurogroupe social» réunissant les ministres des Affaires sociales de la zone euro, à l’instar de l’Eurogroupe économique et monétaire. Il a également jugé nécessaire «une convergence» des politiques sociales au sein de l’UE en matière de droits sociaux, de salaires et de protection sociale.

Les USA tentent de sauver le TTIP

L’affaire Volkswagen a une autre conséquence: elle refroidit les ardeurs des libre-échangistes dans la négociation du TTIP. Si faire affaire avec les Américains signifient instaurer des normes qui devront être respectées, alors là, non! on préfère rester dans le bordel européen où la loi est écrite mais d’application aléatoire.

Tout soudain, la France a découvert que les USA lâchaient peu de concessions (et ce au bout de plusieurs années de négociations) et propose désormais de quitter la table des discussions. Tel est le propos tenu par Matthias Fekl, le ministre franco-allemand du Commerce Extérieur (puisque Hollande a choisi un Allemand pour tenir ce poste discret, mais sensible, où l’Allemagne nous mange tout cru).

« Ces négociations se déroulent dans un manque total de transparence et dans une grande opacité », dénonce Matthias Fekl, qui assure que la France n’a reçu « aucune offre sérieuse des Américains » depuis 2013.

Du coup, la commissaire suédoise au Commerce, Cécilia Malmström, en charge des négociations et atlantiste convaincue, n’a ménagé ni son temps ni sa peine pour convaincre du contraire. Non seulement elle a expliqué à Matthias Fekl qu’il se trompait:

« J’en ai parlé avec lui, pour lui expliquer que ça avance, dans tous les domaines », déclare Cecilia Malmström dans un entretien à paraître vendredi dans Le Figaro.

« Nous ne pouvons pas encore avancer des éléments concrets, mais il ne faut pas non plus tirer le bilan d’une négociation à mi-parcours », ajoute-t-elle, précisant qu’aucun Etat membre ne lui a demandé d’arrêter les négociations.

 

En outre, la même Cécilia a écrit aux éditeurs allemands une promesse qu’elle n’a jamais voulu écrire aux éditeurs français:

Cécilia Malmström a donc tenu à clarifier plus encore, si c’était possible, la situation. On apprend donc que la CE ne discutera absolument pas le prix unique du livre, dans les négociations relatives au traité transatlantique (Transatlantic Trade and Investment Partnership, ou TTIP). Et ce, « même si les négociateurs américains prennent l’initiative de ce sujet eux-mêmes ».

Malmström a donc confirmé que le système de fixation des prix par les éditeurs, comme c’est le cas en France ou en Allemagne pour les livres imprimés et numériques, « ne sera en aucun cas affecté par l’accord commercial prévu par le TTIP ».

L’Europe et la Syrie: une affaire d’impuissance

Mais c’est évidemment dans la question syrienne que l’incapacité de l’Europe à mener une politique, même subordonnée à celle des Etats-Unis, apparaît le plus clairement. Rappelons que, en rupture totale avec notre politique traditionnelle au Moyen-Orient, la France, sous Sarkozy déjà, a tout fait pour déstabiliser le régime de Bachar Al-Assad. Si personne n’a jamais eu de doutes sur l’immense cruauté de ce dictateur, peut-être pire que son père d’ailleurs, l’individu a au moins le mérite de n’être ni sunnite ni chiite de stricte observance, et de se tenir à l’écart des mouvements islamistes qui nous empoisonnent.

Pour quelle raison la France, sous Sarkozy d’abord, sous Hollande ensuite, a-t-elle « collé » à la stratégie américaine de lutte contre les Rogue States, dont l’Afghanistan, l’Irak et la Libye constituaient des exemples dont le destin a montré tout le tragique? Après s’être trompés en Irak et Afghanistan, les Etats-Unis ont décidé de répéter, avec le soutien absurde de la France, les mêmes erreurs en Libye et en Syrie, dont la principale conséquence pour l’Europe s’appelle « crise des migrants ».

Jusqu’au bout, sur ce dossier, l’Europe montre son incapacité à prendre la bonne décision. D’une part, sa stratégie est inaudible faute de moyens militaires, d’autre part, les pays qui interviennent, comme la France, le font en proclamant leur adhésion pleine à la conception américaine de la lutte contre Bachar el-Assad. Du même coup, l’Europe laisse la Russie mener la danse et lui imposer une stratégie qu’elle dénonce officiellement.

Dans la pratique, donc, faute de vouloir intervenir au sol, l’Europe et les Etats-Unis ouvrent la voie à une reprise en main de la Syrie par l’Iran et la Russie, qui rétabliront très vraisemblablement la position de leur dictateur préféré.

La Turquie se rebiffe contre les hotspots

Autre impuissance de l’Europe: la crise migratoire. La Turquie vient en effet d’annoncer qu’elle ne mettrait pas en place, pour des raisons humanitaires, de « hotspots », c’est-à-dire de camps de réfugiés, pour les Syriens sur son territoire.

L’installation de tels centres est «inacceptable» et «inhumaine», juge le premier ministre, Ahmet Davutoglu.

«Nous avons dit aux Européens qu’il n’y aura aucun centre d’accueil en Turquie», a-t-il déclaré dans un entretien accordé au quotidien «Hürriyet», en marge de l’assemblée générale de l’ONU à New York.

Pendant ce temps, les réfugiés syriens bloqués en Turquie sont livrés à eux-mêmes: 400.000 enfants n’y seraient pas scolarisés. L’Europe accumule donc les ferments d’un nouveau pic dans la crise des réfugiés.

L’Europe toujours sous dépendance américaine

Enfin, je ne pouvais achever cette chronique hebdomadaire sans signaler un intéressant article sur les écoutes américaines en Grèce, qui vaut son pesant de cacahuètes.

L’indépendance de l’Europe est encore loin.

La Catalogne remettra-t-elle en cause les frontières de 1815?

Je consacre à la Catalogne ma première chronique thioise, en toute amitié pour le mouvement rattachiste francophone belge.

Selon toute vraisemblance, les indépendantistes catalans devraient avoir remporté les élections régionales et détenir une majorité absolue des sièges à l’issue du scrutin de ce dimanche 27 septembre. Mariano Rajoy, qui a beaucoup bataillé pour éviter cette victoire, a subi une défaite personnelle dans ce scrutin avec un score probablement très favorables des conservateurs espagnols.

Si les indépendantistes tiennent leurs promesses, la Catalogne devrait entrer sur la voie de l’indépendance. Elle serait la première région de l’Union Européenne à remettre en cause des frontières postérieures à 1815, des frontières de cette Europe dessinée à la serpe par la coalition des monarchies hostiles à la Révolution Française. Le précédent mérite évidemment une réflexion attentive pour ceux qui, dans les départements de Sambre-et-Meuse et de l’Ourthe, imaginent que la terrible malédiction du congrès de Vienne pourrait enfin être conjurée.

L’ironie de l’histoire veut d’ailleurs que la Catalogne ait vécu, en 1812, le même sort salutaire que la principauté de Liège et les Pays-Bas espagnols en 1792: celui du rattachement à un grand projet politique européen fondé sur le droit, la liberté et la fraternité. C’est par le seul effet du congrès de Vienne que la Catalogne fut pour deux siècles rendue au joug des monarchies légitimistes.

Les mois à venir nous montreront si oui ou non il est possible, au sein de l’Union Européenne, de contester de manière pacifique et démocratique ces frontières imposées par un traité d’Ancien Régime. De façon tout à fait saisissante en effet, l’Union européenne a favorisé la remise en cause des frontières héritées des traités postérieurs au naufrage nazi: non seulement la réunification allemande fut adoptée à la hâte, mais la carte de l’Europe soviétique fut largement remaniée par des adhésions expéditives, notamment des Etats baltes.

Toutes ces indulgences géostratégiques ont permis à l’Allemagne de retrouver la grandeur dont la Prusse rêvait, au détriment de ses voisins qui se sont tous paupérisés depuis que Berlin est devenu le centre de l’Europe.

Mais il y a deux poids deux mesures dans cette Europe. Lorsqu’il s’agit de reconstituer le Reich prussien, rien n’est trop beau ni trop juste. En revanche, lorsqu’il s’agit de remettre en cause le traité scélérat qui a démembré la France révolutionnaire, l’Europe pourtant démocratique ne trouve jamais assez d’arguments pour dire non.

L’attitude de la Commission Européenne vis-à-vis de la Catalogne constituera donc un test tout à fait instructif. Jean-Claude Juncker, le protégé d’Angela Merkel, l’obligé de la Prusse, venu d’un grand-duché fantoche maintenu artificiellement en vie en 1815, maintiendra-t-il la traditionnelle opposition bruxelloise à une remise en cause du traité de Vienne? Ou bien aura-t-il l’intelligence de comprendre que l’on ne peut interdire aux anciens territoires français ce qu’on admet pour les anciens territoires prussiens?

Pour les peuples français regroupés dans une Belgique fantoche, la réponse à cette question éclairera la meilleure façon de revenir sur le sentier de la prospérité. Car de deux choses l’une, soit Bruxelles, l’ancienne capitale de Charles Quint, roi d’Espagne, perpétue la tradition pro-castillane et démonstration sera faite que les frontières de la démocratie s’arrêtent là où la tradition monarchiste de l’Europe commence. Et chacun devra en tirer les conséquences qui s’imposent sur la révision des frontières de 1815. Soit l’Europe comprend et laisse le mouvement indépendantiste catalan oeuvrer, ce qui serait salutaire, et le moment vient, des Fourons à Tournai, de se mobiliser pour reconquérir son destin.

Hongrie, Catalogne: l’Europe en voie de dislocation

Les positions de la Hongrie sur la question des migrants et la préparation d’un referendum sur l’indépendance de la Catalogne permettent de mesurer le niveau de dégradation qui affecte désormais les relations au sein de l’Union.

La Hongrie en plein durcissement

Le Premier Ministre hongrois a commencé à durcir dangereusement le ton vis-à-vis de ses voisins méridionaux, après s’être fermement opposé à tout quota d’immigration. Non seulement il s’est empressé de couvrir de barbelés sa frontière avec la Serbie, puis sa frontière avec sa Croatie, mais il envisage désormais de faire la même chose avec la Roumanie.

Si l’attitude de la Hongrie se limitait à se transformer en camp retranché, personne n’en prendrait probablement ombrage. Le plus gênant se situe plutôt du côté du débordement militaire qui pointe dans l’esprit agité de Viktor Orban. Après avoir rappelé les réservistes pour renforcer la présence militaire, Orban a laissé son ministre des Affaires Etrangères proposer d’envoyer des forces armées en Grèce.

Les Grecs ont évidemment réagi avec vigueur:

« Nous ne pouvons pas comprendre le délire des officiels hongrois à l’encontre de notre pays, et le comportement inacceptable, comme l’a dit le secrétaire général de l’ONU, des forces de sécurité hongroises vis-à-vis des réfugiés, y compris des nouveau-nés », a déclaré le porte-parole du ministère grec des Affaires étrangères, Konstantinos Koutras.

Oui, ce sont bien deux pays de l’Union Européenne qui se parlent entre eux…

Scènes de guerre à la frontière avec la Hongrie

Au demeurant, la construction d’une clôture autour de la Hongrie ne suffit pas à la protéger du danger: les réfugiés n’ont pas hésité à faire le coup de force avec la police pour forcer le passage.

La Hongrie et l’identité chrétienne de l’Europe

Dans une interview au Figaro, Viktor Orban n’a d’ailleurs pas caché le fond de sa pensée.

Mais il y a aussi le défi de l’intégration de ces musulmans. En Europe, elle ne s’est pas faite: des sociétés parallèles vivent les unes à côté des autres. Je ne dénie pas à une nation le droit de fonctionner de telle façon. Mais nous, en Hongrie, nous ne voulons pas suivre cette voie. Les musulmans ont une approche de la vie tout à fait différente de la nôtre. Et face à eux, nous ne sommes pas du tout compétitifs. Si nous, chrétiens, laissons les musulmans rivaliser avec nous sur le continent, nous serons surpassés en nombre, c’est mathématique. Quant aux positions du Pape François (qui a demandé à chaque paroisse d’accueillir une famille, NDLR), je les respecte. Mais en tant que protestant, je suis de ceux qui pensent qu’il n’est pas infaillible.

Il n’aura suffi que de quelques semaines de crise migratoire pour réveiller les vieilles guerres de religion en Europe.

En Allemagne aussi ça chauffe

Le même Viktor Orban est invité par la CSU bavaroise pour une conférence prochainement, comme je l’indiquais dans un précédent billet. L’initiative suscite quelques remous localement, notamment de la part du SPD de Dachau, qui déplore l’idée.

Sur le fond, l’opinion allemande ne devrait pas tarder à faire le forcing pour que les hotspots se mettent en place rapidement et loin de l’Allemagne.

La Catalogne face à une Europe sourde

Selon la loi de Murphy, l’Europe devrait, dans les semaines à venir, se faire une nouvelle frayeur avec le referendum organisé en Catalogne le 27 septembre sur la sécession de la région. Selon une règle désormais consommée, la Commission Européenne a d’ores et déjà commis toutes les erreurs psychologiques qui, tôt ou tard, lui joueront un mauvais tour:

Si une partie d’un Etat membre cesse de faire partie de cet Etat, parce que ce territoire devient un Etat indépendant, les traités (européens) cessent de s’appliquer à ce territoire, a rappelé le porte-parole en chef de la Commission européenne Margaritis Schinas à Bruxelles, interrogé sur les possibles conséquences d’un vote de sécession aux élections régionales du 27 septembre.

Une nouvelle région indépendante, du fait même de son indépendance, deviendrait un pays tiers par rapport à l’UE et pourrait alors poser sa candidature pour devenir un membre de l’Union, a expliqué M. Schinas.

Les semaines à venir devraient donner lieu à un foisonnement de remarques de ce genre, déjà utilisées pour dissuader les Grecs de poursuivre leurs projets.

Peut-on modifier les frontières des Etats-membres?

Le dossier ne manque toutefois pas d’intérêt dans la mesure où il pose la question concrète que la nomenklatura veut évacuer en Europe: peut-on ou non modifier les frontières des Etats membres en Europe? Nous le savons tous, les frontières internes de l’Union sont le produit d’un double héritage: de 1815 et de 1945.

Sont-elles encore adaptées à la réalité de l’Union? Manifestement, ni les Ecossais ni les Catalans le pensent. Mais d’autres ont probablement la même idée.

Sont-elles durables? Rien n’est moins sûr. Le surpoids de l’Allemagne en est un signe. L’Europe pourra-t-elle durablement fonctionner avec un centre germanique aussi peu coopératif?

Face à cette montée des forces centrifuges, la Commission maintient un langage purement juridique qui s’expose au risque de voir un jour une crise se réaliser. Qu’il s’agisse de la sécession de la Catalogne ou de l’Ecosse, ou encore du Brexit, le manque de vision sur le destin des nations qu’elle recouvre risque un jour de se retourner contre elle.

Tir de barrage contre l’indépendance catalane

Dans la foulée, la nomenklatura espagnole a commencé ses tirs d’artillerie lourde contre le principe d’une sécession. C’est par exemple le cas des banques qui ont lancé un communiqué maladroit:

Dans une déclaration inédite, les associations bancaires AEB et Ceca ont mis en garde contre « les risques que comporterait pour la stabilité financière toute décision politique qui violerait l’ordonnancement juridique en vigueur et entraînerait une exclusion de l’Union européenne et de l’euro » de la Catalogne. (…)

AEB et Ceca, qui regroupent des poids lourds du secteur bancaire espagnol, comme Banco Santander, CaixaBank, BBVA, Banco Sabadell, Bankia, mais aussi des étrangères, comme BNP Paribas, Citibank, HSBC et Société générale, avertissent que ses membres pourraient être amenés à « revoir leur stratégie d’implantation » en Catalogne.

Certains n’y possèdent que des agences ou des succursales, mais d’autres comme CaixaBank et Sabadell y ont leur siège.

La conséquence immédiate serait une « réduction de l’offre bancaire et avec cela, une exclusion financière, un renchérissement et une pénurie de crédits » pour les particuliers comme pour les entreprises, préviennent les banques en prenant clairement parti dans un débat très politique.

Décidément, les banquiers ne connaissent que l’intimidation comme méthode de négociation. Encore une profession qui n’a tiré aucune leçon de la crise…

La Grèce sous contrôle

Pendant ce temps, l’Union s’est efforcée d’apaiser les tensions en Grèce, à l’approche des élections législatives (qui ont lieu aujourd’hui) en lâchant une cacahuète. La BCE a laissé fuiter l’idée d’un « hair cut », c’est-à-dire d’un moratoire intermittent de la dette grecque qui allègerait son fardeau. Cette mécanique prévoirait que le service annuel de la dette serait plafonné à 15% du PIB.

Bon, ce mécanisme ne devrait pas jouer avant 2020, et encore… puisque le service de la dette ne représente que 11% du PIB (pour mémoire, le service de la dette en France représente moins de 5% du PIB). Mais c’est l’intention qui compte!

L’économie européenne toujours en panne

Ces annonces interviennent dans le contexte morose d’un assouplissement monétaire quantitatif qui produit toujours aussi peu d’effet. Du coup, la BCE redit qu’elle fera plus encore. Cette annonce n’a pas empêché les marchés de se prendre une déculottée vendredi, jour des 4 sorcières.

Pas décisif sur le traité transatlantique?

Impossible, bien entendu, de terminer cette chronique hebdomadaire sans évoquer la proposition de compromis formulée par l’Union dans la question de l’arbitrage international que l’Allemagne rejetait au sein du prochain traité transatlantique. L’Union propose finalement la mise en place d’une cour permanente composée de juges professionnels. Cette solution, conforme aux souhaits d’Angela Merkel, recueillera-t-elle l’accord des Etats-Unis?

Dans tous les cas, les deux parties chercheront à s’entendre avant la fin du mandat d’Obama…

 

Europe: sous la plage des migrants, les pavés économiques

Pendant que des vagues de migrants arrivent en Europe par tous les moyens et cristallisent les passions, un autre scénario se joue, qui devrait beaucoup plus inquiéter les esprits: malgré les interventions massives de la BCE, l’inflation ne repart toujours pas. Le pire est-il à venir, pour l’Europe, dans le domaine économique?

L’Europe submergée par l’émotion face aux migrants

Les partisans d’une ligne dure sur la question des migrants (notamment les partisans d’une fermeture des frontières) ont dû se rendre à l’évidence: l’émotion suscitée par la photo du petit Aylan, enfant syrien de trois ans retrouvé mort sur une plage turque face à l’île grecque de Kos, prouve que le continent n’est pas prêt à payer le prix humain d’une politique répressive. En dehors d’Arno Klarsfeld, on trouve d’ailleurs très peu de réactions hostiles aux décisions prises en urgence par l’Allemagne et la France au nom de l’Union sur une répartition « mathématique » des réfugiés.

Jour après jour, les images de ces colonnes où se pressent des milliers de réfugiés envahissent les écrans. 350.000 migrants ont traversé la Méditerranée en 2015, dont 230.000 migrants pour la seule Grèce. Pour ce seul jeudi, 5.600 migrants seraient arrivés en Macédoine. En Allemagne, ce sont 10.000 migrants qui sont attendus en une journée en provenance de Hongrie. Tous ces cortèges de misère donnent lieu à de spectaculaires représentations où les Européens ont le sentiment d’un continent submergé par des flux migratoires.

L’Europe et l’échec de la politique répressive

Ces images stupéfiantes infirment en tout cas l’idée selon laquelle un « mauvais traitement » des réfugiés permettrait de juguler les flux d’arrivée. La façon dont les 230.000 migrants arrivés en Grèce sont accueillis est par exemple ahurissante. Voici quelques extraits d’un rapport d’Amnesty International sur le sujet:

L’organisation a été témoin d’une attaque violente contre des réfugiés dans la nuit du 3 au 4 septembre et elle a recensé les conditions extrêmement difficiles auxquelles sont confrontés les réfugiés sur l’île. Elle a trouvé des enfants n’ayant parfois pas plus d’une semaine parmi les foules forcées à attendre dans une chaleur étouffante, parfois pendant des jours, pour se faire enregistrer par les autorités locales. Les chercheurs ont par ailleurs recueilli les propos de mineurs non accompagnés détenus dans des conditions déplorables auprès d’adultes. (…)

Dans la nuit du 3 au 4 septembre du personnel d’Amnesty a vu un groupe de 15 à 25 personnes brandissant des battes se ruer sur des réfugiés sur l’île de Kos en scandant « rentrez dans votre pays » et des insultes. Le groupe a également menacé des militants, dont des membres du personnel d’Amnesty International. Une militante qui prenait des photos s’est fait arracher son appareil et a été légèrement blessée. La police n’a pas empêché le groupe de s’approcher, et les forces anti-émeutes ne sont intervenues qu’une fois que l’assaut avait commencé ; elles ont alors utilisé du gaz lacrymogène pour disperser la foule.

L’ironie de l’histoire veut que le commissaire européen aux migrations soit grec. Face à la situation à Kos, il a déclaré, à propos d’une amélioration des conditions d’accueil:

La Grèce pourra bénéficier de 474 millions d’euros d’ici 2020 pour mettre en place infrastructures et mécanismes requis, a souligné le commissaire européen aux questions migratoires, le Grec Dimitris Avramopoulos.

Une première enveloppe de 33 millions d’euros peut être débloquée dès la semaine prochaine si le pays se dote comme prévu d’une autorité de gestion de ses fonds, a-t-il précisé.

On a curieusement entendu peu de voix, à gauche, pour dénoncer l’incurie de Tsipras sur ce sujet depuis son arrivée au pouvoir en janvier.

L’Europe joue aux marchands de tapis

Toute la semaine, les Européens ont réagi à la situation en jouant aux marchands de tapis.

Jeudi, Donald Tusk, le président du Conseil, affirmait qu’il fallait répartir au moins 100.000 réfugiés en Europe (contre 40.000 évoqués au sommet de juin 2015). Vendredi, Jean-Claude Juncker surenchérissait à 160.000 réfugiés. De son côté, l’ONU estime que l’Union devrait répartir 200.000 réfugiés sur son territoire. Qui dit mieux? Angela Merkel se montrait plus prudente en insistant sur l’enjeu principal: faire admettre une politique communautaire d’asile.

«Mais, face aux flux constants de migrants, il est impossible de fixer un chiffre précis, a prévenu Angela Merkel. Il s’agit d’abord d’en faire accepter le principe par tous.»

Un sommet européen devrait se tenir le 14 septembre et trancher la question.

Que cache le projet d’Angela Merkel?

Sous le coup de l’émotion, personne ne semble mesurer clairement le transfert de souveraineté que rend effective la politique commune d’asile voulue par Angela Merkel, sous peine de faire éclater l’espace Schengen.

Une habile propagande a permis de présenter l’Allemagne comme la bienfaitrice des migrants face à des voisins européens égoïstes. En réalité, l’affichage généreux de Mutti Merkel est une posture tactique transitoire. L’Allemagne, qui est le pays le plus prospère de l’Union et le plus éloigné des frontières par où passent les migrants, mais aussi le principal pays de destination de ses migrants, a besoin d’un peu de vaseline pour nous faire avaler la pilule: la maîtrise des flux migratoires par la Commission européenne (qui ne fait jamais rien contre l’avis allemand) permettra d’imposer aux pays de l’Est et à la Grande-Bretagne les migrants dont l’Allemagne ne voudra plus dans quelques mois.

Sur ce point, Angela Merkel pose le marché en main: c’est ça ou l’Allemagne ferme ses frontières et remet en cause l’ouverture des frontières voulue par Schengen. La Bavière a déjà commencé à faire pression pour que le sujet soit mis sur la table.

L’Europe prépare une nouvelle vague de transfert de souveraineté

Si l’Allemagne rêve de « quotas contraignants » qui lui permettront de soulager son fardeau, la France en profite pour avancer ses pions sur un nouveau transfert de souveraineté, dans le domaine économique cette fois.

Emmanuel Macron est le principal missi dominici de cette opération imaginée par François Hollande, sur une logique europhile dont les tenants et aboutissants semblent encore plus fous que les critères de Maastricht. Lors d’un sommet économique en Italie, notre ministre de l’Economie a brillamment déclaré:

«La question est de savoir si nous voulons aller plus loin, et dans ce cas cela veut dire plus d’intégration, faire des réformes au niveau national et des transferts au niveau européen», a-t-il déclaré.

Pêle-mêle, il s’est prononcé en faveur d’un budget de la zone euro, d’un commissaire en charge de ce budget, et même d’un parlement de la zone euro.

Pierre Moscovici, dont la clairvoyance économique est bien connue, lui a emboîté le pas:

«Je défends depuis des années une meilleure gouvernance de la zone euro, avec un gouvernement spécifique doté d’un budget propre pour plus de convergence, sous l’autorité d’une sorte de ministre des Finances de la zone euro qui, pour moi, pourrait être membre de la Commission européenne», a indiqué le commissaire européen lors d’une conférence de presse à Paris.

Priver les gouvernements nationaux de leur politique migratoire et de leur politique économique, voilà une vision forte au moment où le nationalisme s’exacerbe en Europe. Cela s’appelle avoir du flair.

Les financiers inquiets pour l’Europe

Cette offensive en bonne et due forme ne tombe pas à n’importe quel moment économique. Tout montre en effet que la politique monétaire de la BCE ne suffira pas à relancer la croissance, et qu’il faut la compléter par une politique budgétaire commune. La BCE vient d’ailleurs d’abaisser ses prévisions économiques, malgré une injection massive d’argents frais dans les circuits financiers de l’Union.

l’institut monétaire table désormais sur une croissance en zone euro de 1,4 % cette année (contre 1,5 % précédemment), de 1,7 % en 2016 (contre 1,9 %) et de 1,8 % en 2017 (contre 2 %). Quant à l’inflation, elle devrait atteindre 0,1 % en 2015, 1,1 % en 2016 et 1,7 % en 2017, contre + 0,3 %, + 1,5 % et + 1,8 % respectivement jusqu’à présent, a précisé M. Draghi. La BCE envisage même un recul passager des prix « dans les prochains mois ». En cause cette fois, la faiblesse des cours du pétrole, qui tire la moyenne des prix vers le bas.

Autrement dit, la déflation menace malgré l’utilisation d’armement lourd pour la combattre. Le cours du pétrole évidemment bon dos: la crise en Chine et le patinage américain dans la semoule sont les vraies causes de l’apathie des marchés européens. Cette semaine encore, l’emploi aux Etats-Unis a plombé les marchés.

Vers un nouveau big one financier?

Le sujet européen du moment se trouve là, en réalité: alors que la BCE a épuisé toutes ses armes, le danger d’un effondrement des marchés est toujours présent. Il est d’abord dû à la panne mondiale de croissance, à laquelle l’Europe prend généreusement sa part.

L’idée d’un gouvernement économique européen est l’ultime farce inventée pour sauver un monde finissant dont personne ne connaît aujourd’hui le destin futur. On peut prendre les paris d’une remise en cause, dans les douze mois qui viennent, des fondements sur lesquels le modèle européen est bâti depuis 30 ans.