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La finance impose de nouveaux transferts de souveraineté en Europe

Toujours aussi sourde aux attentes des peuples, la finance européenne impose de nouveaux transferts de souveraineté à marche forcée au sein de l’Union. En toute discrétion et dans l’indifférence des médias subventionnés, la Commission Européenne a lancé un nouveau plan qui accélère le mouvement.

La Commission Européenne au secours de la finance

Il faut lire attentivement les « mesures concrètes » dévoilées par la Commission Européenne mercredi dernier pour comprendre le mouvement qui se prépare.

L’Union économique et monétaire européenne (UEM) se porte bien mieux aujourd’hui qu’avant la crise financière. Toutefois, malgré les progrès réalisés, notamment en ce qui concerne le renforcement de la gouvernance économique et la mise en place de l’Union bancaire, l’UEM reste incomplète. Les écarts de performances économiques au sein de la zone euro sont importants.

Comme toujours, ce plan se justifie par la croissance, l’emploi, la justice sociale, la lutte contre l’exclusion. C’est bien connu, la finance est la meilleure amie de la solidarité.

La finance et ses grands objectifs

Par une sorte de provocation (inconsciente?), la Commission a décidé d’agiter tous les chiffons rouges qui font aujourd’hui la colère des peuples. Elle parle d' »achèvement de l’Union bancaire » comme préalable à l' »Union financière », et à l' »Union des marchés de capitaux ».  Toutes ces expressions sonnent toujours de façon épidermique à certaines oreilles, et tout se passe comme si la Commission cherchait vraiment à soulever une tempête contre son projet.

La finance et les garanties bancaires

La Commission veut achever l’Union bancaire, à laquelle il ne manque plus qu’un pilier: un fonds européen de garanties des dépôts bancaires en cas de faillite. Il s’agit concrètement de mutualiser dans l’Union la garantie apportée aux déposants dans une banque qui fait faillite. La Commission propose sur ce point un dispositif de bon sens:

La Commission proposera un système fondé sur la réassurance, qui permettra de conserver les systèmes nationaux des États membres.

L’objectif est d’éviter de faire peser sur un Etat très endetté le coût d’une garantie des dépôts nationaux. Cette idée a le don d’exaspérer l’Allemagne, qui a refusé le principe de ce dispositif lors du sommet du 16 octobre. Les Allemands n’ont en effet pas envie de payer pour le déposant grec… Manifestement, la France n’a pas ce souci.

La finance obtient une voix unique de l’euro au FMI

Sans que personne n’y prenne garde, les pays de l’Union devraient accepter de perdre leur siège au FMI au profit d’une représentation unique de la zone euro. C’est en tout cas ce que l’Allemagne a obtenu au conseil d’octobre et que la Commission s’empresse de transcrire dans les textes. La représentation de la zone euro devrait être confiée au président de l’Eurogroupe (en l’état, le très rigide hollandais Jeroen Dijsselbloem).

Les Grecs apprécieront la manoeuvre, qui consiste à déléguer la représentation de leurs intérêts au FMI à l’un de leurs principaux bourreaux!

La finance obtient un comité budgétaire européen

Prélude à un « gouvernement économique de l’Europe » tant vanté par l’excellent François Hollande comme solution à tous nos maux, la Commission a décidé de mettre en place un comité budgétaire européen consultatif, qui devrait donner un avis sur les politiques économiques nationales.

La Commission met actuellement sur pied un conseil budgétaire européen consultatif indépendant qui sera chargé i) d’évaluer la mise en œuvre du cadre budgétaire de l’UE, ii) d’émettre des avis sur l’orientation budgétaire appropriée pour la zone euro dans son ensemble, iii) de coopérer avec les conseils budgétaires nationaux des États membres et iv) d’émettre des avis ad hoc à la demande du président.

L’Europe met le doigt dans l’engrenage d’un transfert durable de la souveraineté économique: les ministères des Finances des Etats membres ne seront bientôt plus que des succursales d’un super-ministère logé à la Commission Européenne.

La finance européenne, délabrée et inquiète

Ce coup d’accélérateur donné à l’Union financière – qui constitue le seul projet d’avenir dans l’Union aujourd’hui – ne tombe pas du ciel. Il s’explique par les fortes inquiétudes que la finance européenne nourrit sur sa propre situation. Son état de délabrement avancé (malgré les fanfaronnades des marchés financiers) l’oblige à une fuite en avant en foulant aux pieds les aspirations populaires (car la finance déteste le populisme et la démagogie et sait mieux que tout le monde ce qui convient aux citoyens).

La finance mise à mal en Italie

L’absence de reprise économique durable depuis la Grande crise de 2008 met de nombreuses entreprises à l’épreuve et épuise le système financier européen. L’Italie en a donné la preuve cette semaine, avec la faillite de trois petites banques due à l’insolvabilité de ses entreprises créancières.

La Banque d’Italie a placé les trois banques — Banca Marche, Banca Popolare dell’Etruria et Cassa di Risparmio di Ferrara (Carife) — sous administration, des audits ayant révélé des failles dans leurs comptes.

Les détails du plan du sauvetage ne sont pas encore définis mais comme les banques ont un besoin urgent en liquidités, un fonds à l’origine mis sur pied par les banques italiennes pour garantir les dépôts des clients a été mobilisé par les autorités pour fournir l’essentiel de l’argent nécessaire.

On comprend mieux l’empressement des financiers à mutualiser au niveau européen le coût de ces opérations.

La finance inquiète la BCE

La situation des petites banques (mais notre petit doigt nous dit « pas que ») suscite en effet des inquiétudes fortes, au point que la Banque Centrale Européenne a décidé de s’y intéresser de très près. Le gendarme bancaire européen, qui dépend d’elle, devrait donc prochainement soumettre celles-ci à des stress tests. Cette manoeuvre permettra d’évaluer un peu mieux les dégâts à prévoir dans le secteur.

La résolution des crises bancaires au coeur du débat

Dans cet ensemble inquiétant, la question du « qui paie en cas de faillite bancaire » reste le sujet majeur. Pour y répondre, la Commission a adopté une directive dite « BRRD » (Redressement et résolution des crises bancaires) dont la transposition dans les droits des Etats devait être achevée au 31 décembre 2014. La France a tardé à agir mais a finalement adopté une ordonnance n° 2015-1024 du 20 août 2015 qui fait la part belle aux actionnaires en cas de défaut (ceux-ci peuvent bénéficier d’un apport d’un fonds de garantie assez rapidement).

La Commission attaque 6 Etats

Avec une diligence exceptionnelle, la Commission Européenne vient de déférer devant la Cour de Justice de Luxembourg les six Etats qui n’ont pas encore transposé cette directive (pour mémoire, beaucoup de directives sont transposées avec plusieurs années de retard): les Pays-Bas, le Luxembourg, la République Tchèque, la Pologne, la Roumanie et la Suède.

Manifestement, la Commission s’inquiète…

La BCE constate les dégâts

Cette ambiance morose est accrue par la triste situation économique de la zone euro. L’inflation ne repart toujours pas, malgré l’intervention massive de la BCE sur les marchés, dont le seul résultat est de nourrir une dangereuse bulle sur les marchés financiers. Mario Draghi a donc fait comprendre qu’il intensifierait encore son intervention en décembre.

Malgré ces « bonnes » nouvelles, les analystes n’anticipent pas de retour de l’inflation à 2% avant 2020. Encore 5 ans d’économie administrée avant un retour à la norme. Voilà qui est très réjouissant.

 

Krach boursier: faut-il avoir peur des 4 sorcières?

Peu de gens le savent, mais vendredi 18 septembre sera une journée de 4 sorcières à la bourse. Les circonstances de ce petit moment de stress sont d’ailleurs amusantes: la veille, la FED aura indiqué aux marchés si elle relève ou non ses taux après des années de Quantitative easing, c’est-à-dire de soutien appuyé à l’activité. Selon les analystes, ce sont les décisions de la FED qui rendent les marchés nerveux cette semaine (les bourses ont clôturé en baisse hier). Mais la perspective des 4 sorcières est au moins aussi anxiogène pour la finance.

Les 4 sorcières, c’est quoi?

J’avais consacré dans Jusqu’ici tout va bien un chapitre entier à la question des 4 sorcières qui expliquent pourquoi les grandes crises ont souvent lieu en octobre. Je reprends rapidement ici ce que j’avais développé à l’époque.

D’abord les « 4 sorcières » ou « 4 witching days » en anglais. Dans la pratique, à chaque troisième jeudi des fins de trimestre (mars, juin, septembre, décembre), les marchés débouclent les 4 types de produits dérivés existant sur les places: les contrats à terme sur les actions et sur les indices, et les options sur les actions et les indices. Je n’entre pas ici dans le détail de chacun de ces produits. Il faut juste retenir que les produits dérivés sont des sortes de paris à trois mois (d’où le débouclage trimestriel) sur les cours de « sous-jacents » (par exemple des matières premières, des indices boursiers, etc.) que l’on n’achète jamais. Ces sous-jacents peuvent porter sur des volumes (dits notionnels) qui équivalent à dix fois la richesse produite dans le monde chaque année.

Pour donner un ordre d’idée, peu avant la crise de 2008, le volume de ces sous-jacents avait atteint un pic de près de 700.000 milliards de dollars. Ce record a été battu fin 2013 avec un en-cours de 710.000 milliards de dollars. Selon la Banque des Réglements Internationaux, ce volume est retombé courant 2014 à 630.000 milliards de dollars, et l’on ne dispose pas de chiffre plus récent sur le sujet à ma connaissance.

L’impact des 4 sorcières sur les krachs boursiers

Tous les trois mois, les traders qui spéculent sur les marchés des produits dérivés doivent réaliser leur position et vendre leurs options à un cours plus ou moins élevé que le cours prévu. Cet enjeu d’anticipation est fondamental pour comprendre l’effet dépressif des 4 sorcières.

Exemple: un trader a acheté début juillet des options sur la bourse de Shangaï en hausse de 5%. Courant juillet, la bourse de Shangaï s’effondre: le trader se dit qu’il est ruiné. Son objectif est de limiter les dégâts autant qu’il le peut jusqu’au prochain débouclage, fin septembre. A ce moment-là, il va réaliser des pertes et anticiper une nouvelle déculottée boursière. Il va donc éviter de remettre des sous dans la machine, d’abord parce qu’il n’en a plus (ou beaucoup moins) et ensuite parce qu’il se dit que ce sera encore pire trois mois plus tard.

Les jours qui suivent les 4 sorcières peuvent donc s’avérer terribles: par un phénomène moutonnier (tel que celui qui s’est produit en 2008), les conséquences peuvent en être cataclysmiques, parce que les traders anticipent une chute des cours et n’ont aucune raison de la stopper (puisqu’ils n’ont plus de contrats à terme à préserver).

Toute la question est de savoir si ce phénomène va se produire dans les jours à venir ou pas…

Y a-t-il une bulle spéculative aux USA?

Pour répondre à cette question, il faut évidemment essayer d’anticiper les comportements des traders (même si je sais qu’il est désagréable, pour un citoyen contribuable lambda, de remettre son destin entre les mains d’un individu aussi peu fréquentable que le spéculateur boursier!). La première question de ceux-ci consiste évidemment à savoir si le marché actions est trop bien positionné ou pas.

Incontestablement, beaucoup de traders ont ce graphique simple en tête, qui représente l’évolution du Dow Jones depuis 10 ans:

4 sorcières

Le graphique montre clairement que, depuis 2009, le Dow Jones ne progresse que grâce au Quantitative Easing alimenté par la Réserve Fédérale. Le phénomène est tel que, depuis 2013, la bourse de New York a surpassé sont plus historique de 2007 d’environ 3.000 points.

Pourtant, rien ne justifie cette évolution: la croissance américaine est flageolante, et l’emploi stagne malgré les statistiques officielles.

Tout laisse à penser qu’il existe une bulle spéculative, que la politique de la FED peut maintenir légèrement gonflée. Mais les cours de la bourse ne sont certainement pas soutenus par des fondamentaux sains.

L’enquiquinement chinois

Parallèlement à cette faiblesse de l’économie américaine, l’économie chinoise a donné des signes de faiblesses traités sur ce blog fin août, et qu’on connaît.

Les analystes financiers n’en donnent pas une image plus rose aujourd’hui.

Les exportations (de marchandises) ont reculé de 5,5% a/a en août. C’est tout de même mieux que le mois précédent ; elles avaient alors baissé de 8,3%. Et mieux que ce qu’anticipait bon nombre d’observateurs ; le consensus Reuters tablait sur un recul de 6%. Côté importations, la baisse est plus marquée, de 13,8%. Et elle est aussi plus forte qu’en juillet ; les importations avaient diminué de 8,1% ce mois-là.

Ces commentaires tirés d’une note de conjoncture du Crédit Agricole ont un mérite: ils montrent le désarroi des financiers face à la crise chinoise, et l’anticipation négative qu’ils font sur les semaines à venir. Je complète cette lecture, donc, par un autre extrait de la note:

Une trajectoire des importations étayant l’idée que la demande chinoise est en train de s’effondrer et que la croissance n’est pas aux alentours de 7% (comme l’indiquent les chiffres officiels), mais très nettement en dessous ? Ce serait sans doute sous-estimer l’effet prix. Le cours du pétrole, matière première que la Chine importe en grande quantité, a par exemple lui-aussi reculé de presque 14% en août. Et ce serait probablement oublier encore que les importations chinoises restent en large partie composées d’inputs (dont le prix, en outre, est lui aussi orienté à la baisse, dans le sillage des cours des matières premières) servant à la production de marchandises ensuite exportées ; donc que leur dynamique est très liée à celle des exportations, malgré le rééquilibrage en cours de l’économie chinoise et l’accroissement (très progressif) de la part de la consommation des ménages dans le PIB. Gare, donc, à ne pas sur-interpréter ces chiffres du commerce extérieur ; et la baisse des réserves de change de 94 Mds USD en août (un record), en dépit de la taille de l’excédent commercial, le dit encore.

Les inquiétudes de la BCE

Pour compléter ce tableau sombre, on signalera les inquiétudes de la Banque Centrale Européenne, qui vient de mettre sous surveillance une centaine de banques supplémentaires.

« Il y en a plus ou moins 100 que nous avons identifiées comme les plus risquées ou les plus interdépendantes et nous gardons (sur elles) un oeil attentif », a dit la source.

La BCE constate par ailleurs l’échec de sa politique d’assouplissement quantitatif.

Il ressort de tout cela un suspens étrange: comment en 2008, le destin du monde ne tient qu’à un fil et personne ne sait trop qui peut le couper ou le renouer.

A une différence près: les dégâts causés par un nouveau big one risquent vite de créer de sérieuses tensions politiques dans le monde.

Banques: comment piquer 50 milliards dans la poche du petit épargnant

Le gouvernement vient d’annoncer que 50 milliards de collecte du livret A devraient être laissés aux banques. Belle opération!

Voici une nouvelle comme on les aime: distillée au fil de l’information, entre une catastrophe ferroviaire et un orage dévastateur, dans la moiteur d’un été qui a vidé les bureaux tant on ne l’attendait plus. Les banques devraient récupérer 50 milliards de la collecte du livret A. 

Pour le Français abreuvé d’informations disparates à longueur de journées, cette nouvelle ne dit pas grand chose. On admirera d’ailleurs la technique bien au point utilisée de conserve par la Direction Générale du Trésor, à Bercy, et les banques elles-mêmes pour aseptiser au maximum cette information.

Tout a commencé par une annonce beaucoup plus modeste: initialement, la somme était de 30 milliards seulement. Moscovici s’est empressé d’expliquer que ce petit cadeau était destiné, en réalité, aux Français dans le besoin: « Ces ressources permettront aux banques de prêter davantage pour le financement de l’économie, principalement au bénéfice des petites et moyennes entreprises ». C’est vrai qu’après avoir créé la BPI pour financer les PME, on a bien besoin de donner 30 milliards pour le même objectif aux banques privées.

Indécrottablement, Mosco nous fait de la politique à l’ancienne, tout dans l’opacité et dans le déni: « plus c’est gros, mieux ça passe! » disait Jacques Chirac.

Puis, incidemment, les Echos bénéficient de ce qui est présenté comme une indiscrétion: la mesure s’est décidée lors d’une rencontre à l’Elysée entre le lobby bancaire (FBF, Banque Postale comprise) et le président de la République lui-même, le 19 juillet. Et elle portait sur 50 milliards (en deux tranches) plutôt que sur 30.

Bien entendu, le motif, c’est le prêt aux PME, dont les Echos relèvent qu’ils sont en baisse.  « Plus c’est gros, mieux ça passe. »

Les observateurs de la vie bancaire se forgeront toutefois une autre conviction sur l’empressement des banquiers à décrocher, en pleine canicule, un rendez-vous à 50 milliards d’euros à l’Elysée, au lieu d’arpenter le golf de Mortefontaine.

Ainsi… début juillet, l’économiste en chef d’Axa, Eric Chaney, tenait une conférence de presse où il expliquait la problématique de l’Union bancaire qui entre en vigueur au 1er janvier 2014: 

La Banque centrale européenne procédera au premier trimestre de l’an prochain à un examen de la qualité des actifs et de la solidité des bilans des quelques 130 banques de la zone euro dont elle assurera la surveillance directe dans le cadre du mécanisme de supervision bancaire unique.

Après les critiques suscitées par les tests de résistance réalisés l’été dernier sous l’égide de l’Autorité bancaire européenne, qui n’avaient pas permis de prévenir la faillite des banques chypriotes, l’Europe n’a pas le droit à l’erreur.

« Même à la BCE, ils sont inquiets de ce qu’ils vont trouver », estime Eric Chaney pour qui « deux choses font peur »: « des actifs de plus mauvaise qualité que ce qui a été révélé jusqu’à présent ou dont la qualité s’est détériorée avec la crise », et le « syndrome japonais des ‘zombie banks' », ces établissements qui préfèrent maintenir à flot des entreprises en difficulté plutôt que de devoir constater des pertes susceptibles de les acculer à la recapitalisation.

Cette inquiétude ne concerne d’ailleurs pas forcément les banques françaises en priorité. Les banques allemandes risquent bien plus.

En attendant, il faut lire l’interview donnée aux Echos du président de la Fédération Bancaire Française, Jean-Paul Chifflet, pour saisir les raisons profondes qui poussent les banques à quémander leurs 50 milliards:

Les banques ont subi une avalanche de nouvelles règles prudentielles et fiscales auxquelles elles se sont pliées. Mais il faut faire attention : ces contraintes s’accumulant, les établissements bancaires risquent de ne plus pouvoir exercer leur métier. Depuis la crise, nous n’avons pas cessé de financer l’économie. Nos encours de crédit ont progressé à un rythme supérieur à celui du produit intérieur brut. En 2012, les banques ont accordé 240 milliards d’euros de crédits aux entreprises. C’est dix fois le volume de prêts de la Caisse des dépôts et près de trente fois celui de la BPI. Ce sont les banques qui financent l’économie. La surenchère de taxes punitives dont elles font l’objet met leur compétitivité à mal : en 2012, elles ont acquitté 9 milliards d’euros de taxes et d’impôts, c’est énorme ! Les premiers effets se font ressentir sur l’emploi. Le secteur bancaire recrute toujours, mais moins : 21 000 personnes en 2012, dont 64% de jeunes, contre 30 000 en 2011. C’est à tous ces enjeux que nous sensibilisons les pouvoirs publics.

Excellente communication! qui concentre en quelques phrases l’essentiel de l’argumentation: il y a trop de règles prudentielles qui entravent l’activité bancaire, et trop d’impôts. Donc, filez-nous de l’argent, sinon on ne finance plus l’économie et on licencie grave. Autrement dit: si les Français veulent des prêts pour relancer l’activité, ils n’ont qu’à donner de l’argent aux banques pour que celles-ci fassent crédit.

Imparable! Et, évidemment, pas un mot de Jean-Paul Chifflet, accessoirement directeur général du Crédit Agricole, sur les près de 15 milliards engloutis par sa banque en Grèce, ou sur les placements irresponsables des banques systémiques un peu partout dans le monde, depuis l’immobilier américain jusqu’aux produits dérivés. Pas un rappel non plus sur le lien causal direct entre ces placements irresponsables et le renforcement des règles prudentielles.

Mais… l’essentiel des propos de M. Chifflet suit:

En France, nous affichons un encours de 1950 milliards d’euros de crédits pour 1650 milliards d’euros de dépôts bancaires. La différence, nous allons la chercher sur les marchés.

La voilà, l’explication! En réalité, les banques françaises sont aujourd’hui en position difficile pour affronter l’union bancaire qui arrive, et le transfert de 50 milliards ne vise qu’à leur donner un coup de pouce dans la recherche des 300 milliards qui les agite aujourd’hui.

Donc, normal! on étrille les livrets réglementés, c’est-à-dire les livrets d’épargne dont le succès est lié aux cadeaux fiscaux qu’ils offrent. Autrement dit, c’est bien l’argent du contribuable qui finance le renflouement des fonds propres des banques.

Peut-être faut-il rappeler ici un ordre de grandeur simple: le CICE, présenté comme un outil miraculeux par le gouvernement, doit réduire de 20 milliards le poids qui pèse sur les entreprises. Le cadeau fait aux banques lui est 2,5 fois supérieur!

Qui paiera, en bout de course, les pots cassés? les plus démunis, puisque l’Union Sociale pour l’Habitat, c’est-à-dire la fédération de l’habitat social, à qui profitent réglementairement les sommes collectées par le livret A, a déjà annoncé: « si cette décision venait à être confirmée, la baisse de 50 milliards d’euros des fonds centralisés placerait immédiatement le système sous tension ».

Faire moins de logement social pour aider les banques? Une idée qui fera son chemin, même si elle n’est pas complètement dans l’axe du programme présidentiel.

L’économie sociale et solidaire fait son lobbying

Le 25 juillet 2012, la sénatrice Marie-Noëlle Lienemann a remis un rapport tout à fait intéressant sur l’économie sociale et solidaire, dont je recommande la lecture. Il est consultable sur: http://www.senat.fr/rap/r11-707/r11-707.html.

Cette oeuvre assez bien faite dresse une synthèse de l’état juridique de l’économie sociale et solidaire et formule six propositions pour en améliorer la situation. Une somme passionnante, si on la lit au prisme du lobbying discret des financiers de l’économie sociale et solidaire: banquiers et mutualistes du secteur. Lire la suite

Un banquier espagnol interdit d’exercer pour pratiques litigieuses

  • AFP le 17/01/2011 à 10:55

Espagne : interdiction d’exercer pour le directeur général du géant bancaire Santander

Le directeur général du géant bancaire espagnol Santander, Alfredo Saenz, le 24 mars 2009
© AFP/Archives  Shaun Curry

Le directeur général du géant bancaire espagnol Santander, Alfredo Saenz, a été condamné par le Tribunal suprême espagnol à une interdiction d’exercer la profession de banquier et à huit mois de prison avec sursis, a affirmé lundi le quotidien El Mundo.

Cette condamnation, qui sera rendue publique « dans quelques jours », concerne une affaire remontant à 1994, époque où M. Saenz présidait Banesto, une filiale de Santander.

L’actuel numéro deux de Santander (dont le numéro un et président est Emilio Botin) est accusé d’avoir autorisé le dépôt d’une fausse plainte contre des clients afin de récupérer des crédits impayés.

Cette plainte avait conduit à l’interpellation de trois personnes qui avaient alors passé quelques jours en prison, explique El Mundo.

M. Saenz a été condamné en appel par le Tribunal suprême à une peine de huit mois de prison avec sursis, à une amende et à une « interdiction spéciale d’exercer la profession de banquier », selon El Mundo.

Cette décision durcit le jugement rendu en première instance par un tribunal de Barcelone, précise El Mundo.

L’action Santander réagissait lundi matin par une baisse de 1,41% à 8,37 euros vers 09h50 (08h50 GMT) à la Bourse de Madrid en baisse de 0,87%.