Accueil » France

Étiquette : France

La France n’a plus que le 11è PIB par habitant dans l’UE

Je ne sais plus qui disait « ça va mieux en France! ». Eurostat vient d’en donner une nouvelle illustration avec son classement de la richesse par habitant en Europe. Voici le tableau produit par l’institut européen:

France

Le tableau permet de comparer deux données.

La première, appelée l’Actual Individual Consumption (la consommation individuelle réelle), évalue le pouvoir d’achat moyen dans chaque pays européen, et singulièrement dans chaque pays de l’Union. Pour une moyenne européenne de 100, la France se situe 11% au-dessus (mais seulement 5% au-dessus de la moyenne de l’UE), soit la huitième performance, à 13 points de l’Allemagne et à 5 points de la Grande-Bretagne.

Ce chiffre souligne la faiblesse du pouvoir d’achat en France par rapport à ses grands voisins du nord de l’Europe.

La France et son PIB par habitant

Pour ce qui touche au PIB par habitant, la performance française est pire. La France est classée 11è en Europe, avec un score de 106 pour une moyenne dans l’UE de… 106. Autrement dit, la richesse moyenne en France se situe à un rang médiocre, qui illustre la dégradation globale de la situation macroéconomique du pays.

La France ne tient plus guère le 6è rang en termes de PIB mondial que grâce à l’effet masse de son marché. Ramené aux chiffres par habitant, la situation française est au-dessous de la moyenne.

Ces quelques points rappellent l’inquiétude qui devrait être la nôtre face au contexte économique français. Le déclin se prolonge, s’amplifie et la classe politique française ne semble pas avoir pris la mesure de l’urgence. Sans un important électrochoc, la France n’inversera pas la tendance.

Les générations d’après-guerre se contentent désormais de vivre sur le capital et la patrimoine accumulé par les générations précédentes. Cette stratégie de dilapidation constitue un immense échec au regard de l’histoire de notre pays. Il devient indispensable de passer à la « prise de conscience ».

La France à l’eau tiède est morte ce soir

Depuis plusieurs mois, avant même les attentats de Charlie Hebdo, la France à l’eau tiède agace ceux qui, comme moi, habitent les quartiers difficiles. Il est évident, pour nous, que la cohésion sociale se dégrade à vue d’oeil et qu’un étrange fossé, sourd, tabou, discret, tu, se creuse de façon constante entre une majorité silencieuse qui subit les affronts, et une minorité triomphante qui s’est proclamée « victime » du système et considère qu’elle a un droit permanent à la vengeance.

Ici, le quadragénaire célibataire refuse de céder sa place dans l’autobus à une femme enceinte ou à une maman qui porte son bébé, et le chauffeur de la RATP soutient le quadragénaire plutôt que la maman. Là, la cantine de la crèche ne sert plus de porc et les Chrétiens doivent pratiquement demander un repars de substitution. Ailleurs, un voyou dévalise une vieille sans défense et prend le temps de faire un selfie devant sa victime pour célébrer son exploit.

Ces comportements insupportables s’ajoutent à ceux que l’on connaissait déjà: ces jeunes désoeuvrés qui roulent en voiture de sport à vive allure sur les passages piétons, ces gens qui essuient leurs chaussures sur les sièges des autobus ou du métro sans la moindre vergogne ou qui fument ouvertement dans les couloirs sans que personne n’intervienne.

Face à ces incivilités, la France à l’eau tiède pousse sans cesse à la surenchère et à l’irréparable. On veut bien de l’ordre, mais on ne veut forcer personne. On veut bien une vie agréable, mais il faut être gentil avec tout le monde. On veut bien de la liberté de la presse ou d’opinion, mais il ne faut pas en vouloir à ceux qui se réjouissent de la mort de la Charb. On veut bien défendre la démocratie, mais il ne faut pas tuer le mythe des gentilles minorités opprimées par les méchants capitalistes.

On a même entendu un intellectuel toxique soutenir à la télé que l’identité française était un piège à cons. Quand un islamiste tue un journaliste en criant « Allah est grand », ce n’est pas un islamiste qu’i faut voir en lui, mais une victime de la misère.

Cette France de l’eau tiède stigmatise toutes les alertes qu’elle reçoit. Tous ceux qui ont, depuis plusieurs mois, signalent les problèmes sont systématiquement taxés, par les bien-pensants, de populisme ou de démagogie. Dire les choses, c’est faire le jeu du Front National.

Comme les attentats de janvier n’ont pas permis d’ouvrir les yeux, les mêmes mensonges, les mêmes atermoiements, ont produit cette fois des effets bien plus violents. Plusieurs dizaines de victimes ont payé de leur sang le prix de l’aveuglement et de la parole officielle sur les bons issus des minorités et les méchants qui appartiennent toujours à la majorité.

A l’issue de l’horreur de ce soir, une seule certitude est acquise: la politique de l’eau tiède nous mène au drame. De vraies décisions doivent être prises, et de vraies politiques doivent désormais être menées.

 

France: cette crise identitaire qui monte, qui monte…

La France vit une profonde crise d’identité, occultée par les médias officiels, dont qu’on sent enfler, gonfler, se répandre sans cesse et dont personne ne sait où elle se terminera. Entre l’affaire Morano et la passe d’armes entre Marine Le Pen et François Hollande au Parlement européen, l’actualité témoigne des caps que cette crise sous-jacente franchit jour après jour, et avec laquelle François Hollande joue un jeu extrêmement dangereux.

Morano et la mort du rationalisme français

Depuis la Révolution, l’identité française est fondée sur le projet républicain ou péri-républicain hérité de Rousseau: est français celui qui en exprime le désir et qui participe à la volonté générale. En dehors de l’épisode de Vichy qui est revenu à la loi du sang, et même à la loi raciale, aucun gouvernement n’a jamais remis ce principe en cause. Il y a bien eu, notamment avec les décrets Crémieux de 1870, des interprétations plus ou moins extensives de cette idée, mais, dans la pratique, elle a traversé deux siècles sans susciter (moyennant l’exception de 1940) de modification majeure.

La sortie de Nadine Morano sur la « race blanche », et surtout la réception de cette sortie, a montré le malaise d’une partie grandissante de l’opinion publique face à la définition rationaliste de la Nation, cette définition héritée des Lumières et qui semble aujourd’hui difficile à maintenir intacte. Dans une part grandissante du territoire, être Français ne se rattache plus à un concept rationnel, mais à une définition beaucoup plus proche du droit du sang.

On notera l’impossibilité, dans le climat actuel, d’avoir une discussion éclairée sur le sujet, tant les positions sont clivées.

Hollande rajoute de l’huile sur le feu de Marine Le Pen

Il a fallu un détour au Parlement Européen pour que Marine Le Pen, donnée en tête au premier tour de la présidentielle dans les sondages, puisse interpeller directement le Président de la République. Cette seule circonstance illustre l’inadaptation de nos institutions au débat démocratique réel.

Au cours de cette passe d’armes, Marine Le Pen a tenu à François Hollande des propos que je peinerais à démentir:

De façon très inquiétante, François Hollande a rejeté le souverainisme dans le refus de la démocratie et a joué front contre front (sans jeu de mot!). On voit bien la stratégie partisane et à courte vue qui sous-tend son discours: entre le Front National et la majorité parlementaire, il n’y a plus rien.

L’argumentation manichéenne de Hollande n’a qu’un seul but: convaincre les eurosceptiques « modérés » et les partisans d’un autre ordre européen que leur seule possibilité est de rejoindre Marine Le Pen pour exister. On comprend bien le calcul sous-jacent: François Hollande organise une victoire de Marine Le Pen dans le Nord-Pas-de-Calais en clivant au maximum autour de lui, pour pouvoir convaincre ses partenaires de gauche de renoncer à une candidature au premier tour de 2017.

François Hollande parie sur la crise identitaire

D’une certaine façon, François Hollande parie sur la crise identitaire pour rallier au maximum autour de lui dès le premier tour. C’est un calcul à court terme: sa seule obsession est d’atteindre le second tour parce qu’il pense gagner confortablement face à Marine Le Pen. On appelle ça jouer avec le feu.

Structurellement, la carrière de François Hollande ne peut durer que si la crise identitaire s’aggrave. Bien entendu, cette stratégie sacrifie l’intérêt durable du pays à son intérêt personnel immédiat. Mais après lui le déluge…

Toute la folie de son calcul consiste à croire que les électeurs des Républicains voteront pour lui plutôt que pour Marine Le Pen au second tour, et cela, je ne le parierai vraiment pas.

FAUT-IL QUITTER LA FRANCE?

Faut-il quitter la France? L’excellent Bob, d’une radio Web que j’adore, m’a posé la question mardi. J’ai pris le temps d’y répondre. Voici le teaser de l’émission:

J’en profite pour redire que vous êtes nombreux, parmi ceux qui lisent ce blog, à vous agacer, vous désespérer ou vous révolter contre les blocages de la société française. Ceux-ci sont largement imputables à l’immobilisme d’une élite recrutée de plus en plus souvent sur sa capacité à ne rien changer et à maintenir les lignes coûte-que-coûte.

On comprend bien l’intérêt de cet immobilisme. Alors que la révolution numérique rebat les cartes partout dans le monde en favorisant l’émergence d’une nouvelle élite dotée de compétences nouvelles (la capacité à collaborer, la maîtrise de nouvelles techniques, de nouveaux processus), l’élite technophobe française se cramponne à ses privilèges et multiplie les manoeuvres pour bloquer l’émergence d’un nouveau modèle. On n’interprètera pas autrement la guerre qui se livre par exemple sur les droits d’auteur.

Je suis pour ma part très confiant sur la capacité du pays à rebondir. Le bouleversement des bases économiques obligera à un nouveau « deal » dans la société française, fondé sur des circuits de décision plus ouverts et plus transparents. Le problème est de savoir quand ce bouleversement interviendra: dans 5 ans? dans 10 ans? de façon fluide ou après un grand chaos? Nul ne le sait…

La seule marge de manoeuvre dont nous disposions pour favoriser ce mouvement est celui de s’engager, sous quelle que forme que ce soit… même parfois, simplement, en « likant » un article…

Valls reconnaît la perte d’influence de la France en Europe

Valls a profité du conseil des Ministres pour recadrer son équipe, trop absente de Bruxelles. Ce rappel à l’ordre a au moins le mérite de montrer que quelqu’un prend enfin conscience du problème général de l’effacement progressif de la France sur la scène européenne.

Le manque d’assiduité des députés français à Strasbourg mais aussi des ministres de la République aux nombreuses réunions avec leurs homologues de l’UE est souvent épinglée.

« Je demande donc à chaque membre du gouvernement de participer systématiquement aux Conseils de l’UE, d’assurer une présence plus soutenue au Parlement européen (…) et de se déplacer plus régulièrement dans les pays européens », a dit Manuel Valls selon le texte de sa communication sur « le projet européen de la France » en conseil des ministres. « Une présence plus forte dans les médias étrangers est également nécessaire. »

Enfin un moment de lucidité à la tête de l’Etat!

Les technocrates au pouvoir ont en effet décrété il y a quelques années que la France était une « puissance moyenne » qui ne pouvait plus peser que par l’Europe… mais qui ont dans le même temps décidé – à rebours des Britanniques et des Allemands – de déserter les couloirs des institutions européennes. Celles-ci, il est vrai, ne produisent que 80% de la réglementation applicable en France. Pas de quoi fouetter un chat!

 

Il serait intéressant de montrer que ce dédain pour l’Europe ne touche pas que les politiques. Il imprègne l’ensemble de la haute administration française qui considère qu’un passage à Bruxelles équivaut à un placard dans la carrière.

Je rappellerai ici les excellents papiers de Jean Quatremer, dont cette citation:

La Commission européenne présidée par le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker offre un raccourci saisissant de ce que pèse la France dans l’Union. Sur 28 commissaires (un par État membre), un seul a choisi un chef de cabinet (directeur de cabinet) français : Pierre Moscovici, le commissaire français chargé des affaires économiques et financières. En revanche, quatre ont choisi un chef cab’ allemand, dont Jean-Claude Juncker, le président de la Commission. Si l’on additionne les chefs cab’ et les chefs cab’ adjoints, on découvre qu’il n’y a que trois Français, mais neuf Allemands, un déséquilibre sans précédent. Même les Britanniques font mieux (six postes), mais aussi les Belges (six). Les Français se retrouvent au niveau des Finlandais, c’est dire…

L’élite française veut faire croire que le déclin international de la France est inexorable. C’est une façon commode de se dédouaner. Il tient d’abord à une paresse patriotique qui consiste à ne plus faire le « job » de présence pour lequel on est payé, ou à ne pas s’y adapter. Tout cela n’est qu’affaire de volonté et de stratégie, et n’a rien à voir avec le destin.

Sur ce point, une vraie question porte sur l’aggravation du phénomène depuis l’arrivée de François Hollande au pouvoir. Comme l’a souligné Valéry Giscard d’Estaing, le président élu en 2012 n’a obtenu, en trois ans de mandat, qu’un maigre poste de commissaire aux affaires économiques, pour Pierre Moscovici, son ancien directeur de campagne. Pour le reste, la France a perdu ses postes un à un sans réaction présidentielle.

L’incapacité de François Hollande à obtenir un véritable plan de relance au niveau européen est la conséquence la plus flagrante de nos positions continentales, prix à payer pour notre absence de réforme ambitieuse sur le plan intérieur.

 

 

Après la place Vendôme, la France teste son Sapin à Berlin

Deux jours après que la sculpture polémique de Mc Carthy était retirée de la place Vendôme, Michel Sapin a pris sous le bras le micro-Macron ministre des Finances pour une visite à Berlin qui semblait directement inspirée par l’oeuvre. Cette exportation du savoir-faire français a réjoui les Allemands.

Une visite prévue de longue date que personne n’avait en tête

Officiellement cette visite était prévue de longue date, et d’ailleurs tous les médias l’ont allègrement répété: rien à voir avec une opération de dernière minute concoctée pour convaincre l’Allemagne de soutenir la France à Bruxelles. Mais, il se trouve que le sujet portait précisément sur le déficit français, et prétendait chercher des contreparties du côté allemand.

Les Allemands avaient pour leur part posé les règles du jeu dès le début du week-end, puisque Wolfgang Schaüble, le ministre prussien des Finances, avait affirmé dans une interview à Die Welt: « nous ne voulons pas de croissance à crédit » (« Nur wollen wir nicht Wachstum auf Pump »). Il avait donc d’ores et déjà fermé la porte à toute forme de compromis par lequel l’Allemagne pratiquerait une relance massive.

Donc… lorsque nos Laurel et Hardy soutiennent qu’ils sont allés demander 50 milliards d’investissement à l’Allemagne, on peut deviner qu’il y a une petite entourloupe.

50 milliards pour une relance? quelle blague?

Premier aspect de l’entourloupe: imaginer que 50 milliards d’investissement sur trois ans suffisent à faire un plan de relance est évidemment un mensonge absolu. Rappelons qu’en 2012, Nicolas Sarkozy avait lancé un grand emprunt de 35 milliards, qui n’ont pas eu le moindre effet sur la croissance. Toutes proportions gardées, 50 milliards pour l’Allemagne, ce n’est guère plus que 35 milliards pour la France. Et là, le plan s’étalerait sur trois ans. Imaginer qu’une mesure de ce genre aurait le moindre impact pour l’Europe est une vaste blague et une superbe opération de communication du gouvernement.

On notera même, si l’on pousse le raisonnement, que se réjouir d’un investissement en Allemagne ne paraît pas frappé du coin du bon sens économique. Si l’Allemagne investit pendant que nous n’investissons plus pour faire des économies, l’Allemagne améliore structurellement sa compétitivité par rapport à la nôtre… et ce n’est vraiment pas bon pour nous.

Le « schwarze Null » n’a pas bougé d’un pouce

Schaüble a calmement répété à ses visiteurs que le « schwarze Null » ou « zéro noir », c’est-à-dire le zéro déficit (jamais atteint en Allemagne depuis 1969), restait bel et bien la doctrine en vigueur en Allemagne. Si l’Allemagne consent à des investissements, ceux-ci ne seront donc financés par aucun déséquilibre budgétaire.

Soyons clairs, donc: l’Allemagne n’utilisera pas l’investisseur keynésien pour relancer l’activité, et reste obstinément sur son quant-à-soi. On voit d’ailleurs mal comment il pourrait en être autrement, puisque la tentative française d’échapper à la patrouille a d’ores et déjà soulevé un tollé, notamment en Bavière, où l’on se dit « indigné » par notre comportement.

En réalité, la France a rendu compte de sa politique à Berlin

Derrière la petite mascarade consistant à faire croire que la France obtenait des contreparties (fiction étrangement répétée par les médias amoureux de cette nouvelle servitude dans laquelle nous vivons), c’est une véritable revue des efforts français qui s’est déroulée en Allemagne. Pour obtenir le feu vert de Bruxelles, la France a expliqué aux Allemands quelle réforme elle comptait mettre en oeuvre, et a demandé l’approbation allemande.

Il est d’ailleurs assez stupéfiant de voir avec quel engouement la presse officielle relaie cette mise au pas qui nous rappelle des heures sombres. Mais il est vrai qu’un pays gouverné par des gens capables d’installer sur la place Vendôme, lieu de célébration consacré aux victoires de la Grande Armée, un sex toy géant, ne pouvait guère s’attendre à une autre posture lors d’une visite chez les nouveaux maîtres prussiens.

Quand la France boit le calice teuton jusqu’à la lie

Le Figaro détaille ce soir par le menu la façon dont la France négocie avec l’Allemagne une approbation de son budget par l’Union Européenne en échange de réformes qui seront, de fait, imposées par Berlin. Ce qui s’appelle boire le calice teuton jusqu’à la lie.

Une réunion se tiendrait donc le 20 octobre, au-delà du Rhin, pour savoir ce qui doit changer en-deçà de ce fleuve dont on ne dira jamais qu’il dérive d’un mot celtique. Eh oui! « rein », en Gaule, voulait dire « couler ». Tous ceux qui aiment ce pays, tous ceux qui l’ont choisi, tous ceux qui chérissent son histoire, son identité, sa personnalité, sentiront ce jour-là l’acidité et l’amertume d’une humiliation officielle inonder leurs papilles, et peut-être même iront-ils (ce sera mon cas) jusqu’à écraser une larme de tristesse au triste spectacle de la première nation d’Europe par l’histoire et la culture s’humilier devant son voisin.

Il faudra bien tôt ou tard, avant de reconstruire une nouvelle France digne de son histoire, établir les responsabilités de ce désastre.

Au premier chef, on ne manquera de s’étonner en voyant un gouvernement élu au nom de la croissance et de la « relance » aller avec autant d’empressement chercher ses ordres à Berlin pour soumettre la France à la coupe réglée de l’austérité. Sur ce point, le débat est volontiers polarisé entre ceux qui sont pour un statut quo dépensier, et ceux qui sont pour une cure d’austérité.

Cette polarisation est illusoire! Il est évident que la France doit réduire ses dépenses publiques, et qu’elle n’y parvient pas. Austérité ou pas, il n’est pas sain que l’Etat ne soit pas sous contrôle, et que le gouvernement ne parvienne plus à se rendre maître de son administration. Plus que jamais, la démocratie doit reprendre le dessus, et il est temps que les élus parviennent à reprendre les commandes de la machine étatique. Pour ce seul motif, il est indispensable que des réformes structurelles soient conduites.

Mais ne nous leurrons pas, si l’activation des dépenses publiques, c’est-à-dire la mise des dépenses au service de la prospérité collective, est indispensable, l’obsession du remboursement de la dette est funeste. Même l’Allemagne ne sera pas capable de rembourser ce qu’elle doit, sauf à saigner son niveau de vie dans des proportions qu’aucun de ses nationaux n’acceptera sereinement.

Le drame français est probablement aujourd’hui de savoir qu’il faut réformer, de vouloir sincèrement le faire, mais de ne pas y parvenir. Ce naufrage politique est celui d’une classe de dirigeants parvenus au pouvoir à force de combinazioni et non de compétences. François Hollande en est un merveilleux exemple.

Sur ce point, nul ne pourra exonérer les « enfants de Mitterrand » de leur terrible responsabilité. Depuis près de quarante ans, certains d’entre eux sont aux manettes, et contemplent aujourd’hui avec un air dégagé et fat le désastre dont ils sont les principaux organisateurs. On notera par exemple avec consternation le billet de Jacques Attali, qui constitue un monument d’irresponsabilité. Attali qui se vantait encore il y a peu de son influence sur la décision politique française, notamment par sa capacité à mettre sur orbite des gens qui lui doivent beaucoup, comme Emmanuel Macron.

Plus que jamais, il faut fossoyer ce régime qui met la France plus bas que terre, et purger la classe politique de tous ceux qui ont trempé dans sa défaite.

Bretons et consors: chic! ça va être la révolution…

La manifestation qui doit se dérouler demain en Bretagne marque une étape supplémentaire dans un lent processus de décomposition. Vers un effondrement du régime?

Les technocrates qui peuplent les cabinets ministériels eussent été bien inspirés de lire l’abondante production de la Banque Mondiale sur la gestion du risque social. Depuis quelques semaines, plusieurs indices montrent que l’exaspération latente depuis plusieurs années, mais montante, dans la population française, a connu une modification chimique qui la rend potentiellement dangereuse pour le régime.

Une première étape avec le « mariage pour tous »

Il est très probable que le passage au forceps du « mariage pour tous » ait donné un signal de déclenchement au métabolisme hormonal qui nous conduit au bord de l’effondrement. Tout à coup, des Français qu’on ne voyait jamais dans les rues, la raie bien peignée, le loden vert et les enfants fabriqués en série, battaient le pavé pour contester un mode de gouvernement qui leur paraissait violer leurs convictions fondamentales.

A cette occasion, l’émergence du Printemps Français a constitué un puissant marqueur, dans la mesure où ce mouvement a donné un visage, oublié depuis longtemps, à une contestation chouanne que l’on retrouve très évidemment en Bretagne. Et pour la première fois depuis longtemps, la rumeur d’un coup militaire a circulé dans Paris, vite reprise en main par le pouvoir, dans des conditions qui mériteront un jour d’être analysées au regard de leurs conséquences à long terme.

En tout cas, dans la gestion de la conflictualité sociale, le mariage pour tous a produit une sorte de prise de conscience dans la classe moyenne: non seulement elle est opprimée fiscalement, mais elle est humiliée moralement.

Je rappelle ici ce simple petit graphique extrait de l’étude de Bigot pour le Credoc, sur les classes moyennes, en 2008:

Source: Credoc
Source: Credoc

Ces chiffres datent de 2005. Ils montrent clairement que les milieux les plus modestes et les plus aisés consentent à l’idée de familles homosexuelles. En revanche, le ventre mou des classes moyennes s’y montre beaucoup plus hostile. Ce sont ces gens-là qui ont hurlé contre le mariage gay, et ce sont ces gens-là qui sont le plus touchés par le « ras-le-bol fiscal ».

Le risque pris par le gouvernement a consisté à fédérer initialement cette opposition très traditionnelle non plus sur une exaspération d’ordre économique (le rejet de la politique fiscale), mais sur un motif idéologique et éthique.

Une seconde étape avec le travail du soir et du dimanche

Après l’épisode du Printemps Français, le pays a manifestement franchi une nouvelle étape dans le risque social, passée inaperçue: l’affaire du travail du soir et du dimanche dans le commerce.

En soi, ce n’est pas la victoire syndicale obtenue devant les tribunaux dans l’affaire Sephora qui est en cause. En revanche, elle est l’occasion de mettre à jour l’extrême cohésion du mouvement intersyndical Clic-P, même si des dissensions sont apparues en son sein.

Beaucoup de Français avaient intégré l’image d’un syndicalisme éparpillé, divisé, enclin à pousser un coup de gueule ou à fomenter un bon débrayage, et puis ça s’arrête là. Tout à coup, ils se réveillent avec autre chose: un syndicalisme soudé, déterminé, qui n’appelle pas à faire grève, mais qui saisit les tribunaux pour obtenir gain de cause contre les employeurs.

Cette capacité à organiser un combat légal constitue bien l’étape qui manquait au « mariage pour tous »: la lutte, mais en bon ordre, et dans le respect des lois. Les syndicalistes du commerce prennent ici les capitalistes à leur propre piège et à leur propre jeu, pour instaurer un rapport de force en leur faveur.

Cette mutation du mouvement syndical français mérite d’être regardée de près: l’intersyndicale qui s’est montée est à la fois sectorielle (ciblée sur le commerce) et régionale (circonscrite à la région parisienne). Elle obéit donc à une logique relativement nouvelle, détachée des états-majors nationaux et difficiles à contrôler.

Le retour des Chouans et des Bonnets Rouges

Le mouvement de résistance à l’éco-taxe qui embrase la Bretagne fait franchir à la France un cap supplémentaire dans la conflictualité des rapports sociaux, qui est à la fois la synthèse (en terme de réalisation du risque, pas en termes idéologiques, bien entendu) des mouvements qui viennent d’être évoqués ci-dessus en même temps qu’elle en est un dépassement original.

Ce mouvement de résistance est au confluent d’une multiplicité de séries historiques.

Première série: l’héritage des bonnets rouges, dont il se revendique ouvertement. Ce mouvement de paysans bretons qui avait sévi sous l’Ancien Régime était lui aussi né d’une révolte fiscale.

Le parallèle est amusant, mais ne s’arrête pas là. Les plus observateurs auront noté la deuxième série dont les bonnets rouges sont issus. Durant l’entre-deux-guerres, le journal Le bonnet rouge avait déployé une vision gauchisante de la société, qui traduit bien l’inspiration révolutionnaire implicite qui agite la Bretagne aujourd’hui.

Mais, troisième série, si l’on en croit le Figaro, le mouvement breton qui s’embrasera demain est aussi nourri par l’extrême-droite. Soutenue par le mouvement indépendantiste Jeune Bretagne, la manifestation exprime bien les grands thèmes chouans qui avaient déjà pointé leur nez dans la « Manif pour tous »: le rejet de l’élitisme parisien, l’aspiration au régionalisme, l’enracinement dans des valeurs traditionnelles.

L’intérêt du mouvement breton est de se constituer, sur le modèle du Clic-P, en une espèce d’alliance tactique régionale à but circonstancié. Les bonnets rouges rassemblent l’extrême gauche, l’extrême droite, mais aussi les petits patrons et certains syndicalistes. Une véritable cocotte minute susceptible d’exploser.

Faut-il craindre une révolution?

Selon le journal de Serge Dassault, les ex-Renseignements Généraux auraient prévenu le pouvoir: il existe un risque de contagion du mouvement breton à des régions « à forte identité », c’est-à-dire mal intégrées par le pouvoir central en voie de décomposition. C’est probablement sous ce prisme qu’il faut comprendre la manifestation qui se prépare: le très profond affaiblissement du gouvernement central, dont François Hollande est la cause première et désormais évidente, donne libre cours aux aspirations régionalistes que la France a encouragé depuis les grandes lois de décentralisation.

En politique, la faiblesse ne pardonne pas.

Toutefois, un fait tempère le bouillonnement révolutionnaire qui se fait jour en Bretagne: il manque à la France un épisode financier dramatique, comme en 1789. Il faudrait par exemple que l’Etat soit dans l’incapacité assumée de tenir ses objectifs communautaires de retour à l’équilibre des finances publiques pour que le régime se délite complètement. En fait, il faudra attendre le printemps pour que l’Etat central ne soit plus en capacité de gérer ses conflits locaux: constater que les recettes fiscales ne rentrent plus et qu’il faut changer de gouvernance. Les révolutions n’arrivent jamais en automne.

Faut-il craindre ces événements à venir?

Non, parce que le régime est à bout de souffle et dominé par une élite arrogante et incapable de réformer. Non, parce que la France a besoin d’un bon coup de pied au c… pour se relever et repartir du bon pied. Non, parce que sans un choc brutal les ajustements nécessaires à la révolution technologique que nous vivons ne se feront pas. Et la France déclinera inexorablement. Non, parce que le marasme dans lequel nous nous débattons sans issue depuis plusieurs années est sclérosant et nécrosant. Il faut en sortir, enfin!

Oui, parce que tout ajustement brutal est toujours porteur de risques. Oui, parce que la transformation brutale s’accompagne toujours d’une phase transitoire de chaos qui ne rend personne heureux.

En attendant, acheter de la pierre et fuyez les placements risqués.

Economie: les mauvais chiffres de la production industrielle en France

Eurostat a publié les chiffres de la production industrielle en Europe en août 2013. Alors que l’UE a fait +1%, la France fait +0,2%.

Pendant que Pierre Moscovici se rassure comme il peut sur « les signes de reprise », lui qui annonçait déjà en juillet que la France entrait dans l’ère de la « vraie croissance », les statistiques publiées par Eurostat sur la production industrielle en Europe conduisent à tempérer quelque peu l’optimisme officiel.

Source: Eurostat
Source: Eurostat

Ce graphique montre clairement que la zone euro retrouve à peu près sa situation de 2004 en matière de production industrielle, selon l’analyse maintenant bien connue des lecteurs de ce blog, qui montre que la crise de 2008 a fait perdre une décennie de valeur à l’économie européenne.

Dans cet ensemble, la France a des performances industrielles sous la moyenne européenne, et en voie de dégradation constante:

Le tableau suivant montre l’évolution de la production rapportée au même mois de l’année précédente:

Source Eurostat
Source Eurostat

Par rapport à août 2012, la production industrielle en France en août 2013 a perdu 3,5%, alors qu’elle a augmenté de 0,4% en Allemagne, et qu’elle a baissé de 2,1% en moyenne dans la zone euro.

Des contre-performances donc, et de taille, qui mériteraient d’être décortiquées par le menu pour être enfin comprises.