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Grèce: à quand le retour de la crise?

Un sommet européen a, paraît-il, sauvé la Grèce le 13 juillet – une date idéale pour que François Hollande, qui voulait un accord à n’importe quel prix, puisse claironner sa victoire. Mais une fois l’accord de principe donné sur une aide en échange d’une reddition de Tsipras sur tous les sujets qu’il avait repoussés jusqu’ici, le temps de la réalité revient: qui paiera pour quoi au juste?

La Grèce à nouveau dans la panade financière dans les douze mois à venir

En dehors de François Hollande et des europhiles aveugles du Parti Socialiste, personne ne croit au règlement de la question grecque. L’agence Bloomberg a par exemple interrogé 34 économistes sur l’avenir de la Grèce. 24 d’entre eux estiment que la question du Grexit reviendra dans les douze mois, en grande partie parce que les 86 milliards accordés à la Grèce (sur le papier) ne suffiront pas à remettre le pays sur les rails.

Un économiste de la Commerzbank déclare d’ailleurs:

“Without some form of debt relief, the package will never be big enough,” Peter Dixon, a global economist at Commerzbank AG in London, said in his response to the survey. “Loading additional loans onto a country which cannot afford to repay them corresponds to Einstein’s definition of insanity: Trying the same thing over and over again in the expectation of different results.”

(Sans une forme ou une autre de restructuration de la dette, le paquet ne sera jamais assez grand », dit Peter Dixon, économiste de la Commerzbank à Londres. « Empiler les prêts supplémentaires sur un pays qui n’est pas capable de les rembourser correspond à la définition de la folie selon Einstein: répéter encore et encore la même erreur dans l’espoir d’un résultat nouveau. »)

Il existe donc des Allemands lucides!

La Grèce, une économie en chute libre

Selon le think tank grec IOBE, le contrôle des changes imposé par le gouvernement ne tarde pas à faire sentir ses effets cataclysmiques pour l’économie grecque. Alors que celle-ci affichait un taux de croissance de 0,7% en 2014, la récession devrait se situer, en 2015, entre 2 et 2,5%! Le peuple grec a donc tout gagné avec Tsipras: non seulement les mesures d’austérité finalement décidées sont pires que celles prévues au sommet de février, mais l’économie du pays sort exsangue de l’absurde bras de fer mené pendant plusieurs mois.

Ajoutons que les 86 milliards promis à la Grèce ont été calculés sur l’état du pays au 30 juin, c’est-à-dire avec une récession à 1%. La dégradation de la situation devrait définitivement sceller l’échec du plan.

La Grèce en situation de pénurie alimentaire?

Le contrôle des changes est-il une arme entre les mains de la bureaucratie grecque pour torpiller les réformes structurelles? En tout cas, la lenteur des procédures d’agrément pour changer les liquidités des entreprises importatrices met encore un peu plus l’économie du pays à genoux. La SEET (l’association des entreprises alimentaires grecques) a prévenu que les hôtels et les restaurants grecs pourraient manquer de nourriture…

According to the organization, just 7 percent of applications for payment arrangements regarding food imports had been approved until Thursday. This concerns demands submitted by importers through their banks to a special committee set up at the Finance Ministry.

(Selon cette organisation, seuls 7% des demandes de paiement concernant des importations de nourriture avaient été accordées jeudi dernier. Ce chiffre englobe les demandes formulées par des importateurs par le biais des banques à un comité spécial créé au ministère des Finances).

La faible trésorerie des entreprises grecques contribue également à ce désastre.

La Grèce passe après ses banques

Cette situation bien plus désastreuse que les déclarations triomphalistes d’il y a deux semaines ne le laissent imaginer passe pourtant au second plan des préoccupations européennes et même mondiales. Dans l’immédiat, c’est la recapitalisation des banques qui est au coeur des négociations et des urgences pour la Grèce. Les banques grecques sont en effet dans un état pour le moins très tendu, et l’approche des stress tests bancaires à l’automne risque de souligner leur extrême fragilité.

Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France et parangon de l’esprit de Cour, propose de mettre rapidement la poussière sous le tapis pour cacher la misère. Il plaide pour un plan de recapitalisation dès la mi-août, tout en soutenant que le risque de Grexit est évacué. Il n’en coûtera que 25 milliards € aux Européens.

Quelques jours auparavant, Moscovici annonçait que les pourparlers entre la Grèce et ses créanciers dureraient au moins jusque fin août.

Deux lectures de cette contradiction sont possibles: soit (une fois de plus) Moscovici a parlé pour ne rien dire et personne ne l’écoute, soit Christian Noyer commence à annoncer que la négociation avec la Grèce est déjà trop longue et risque d’être précédée par une méchante correction sur les marchés.

Soit les deux.

La Grèce définitivement coulée par l’Allemagne?

Une bonne raison explique la difficulté d’aboutir dans les pourparlers entre la Grèce et ses créanciers: l’Allemagne ne veut pas entendre parler d’un allègement de la dette que le FMI pose comme préalable à toute participation à un accord. Ce conflit entre la Française (Christine Lagarde) et l’Allemande les plus puissantes du monde est donné comme très incertains. On s’attend à une redoutable effusion de sang.

Rappelons au passage qu’un conseiller d’Obama vient d’être recruté au FMI comme chef économiste. Une bataille d’influence s’annonce en Europe entre l’Allemagne et les Etats-Unis.

En attendant, le gouvernement grec aux abois a écrit au FMI pour lui demander une aide. Il faut dire que le plan européen prévoit surtout de servir les créanciers et les banques. Pour le reste: aide-toi, et l’Union t’aidera. Voilà qui ne permet guère de mettre de l’huile d’olive sur la féta.

Décidément, la crise grecque pourrait revenir plus vite qu’on ne croit.

Tsipras cherche déjà à ne pas respecter l’accord du 13 juillet

Décidément, Tsipras est un incorrigible Grec: il peut indéfiniment violer sa parole, même la tête écrasée dans le sable pour l’ours prussien. Reuters annonçait hier qu’il cherchait une solution alternative à la privatisation de la compagnie d’électricité grecque ADMIE. Voici qui augure bien mal de la réussite des négociations. A moins que Tsipras n’ait pas eu sa dose et qu’il cherche un bon prétexte pour se reprendre une raclée de la part d’Angela.

Grèce: l’UE va rembourser la BCE

Le vote, cette nuit, par la Vouli, des premières mesures exigées par les créanciers, a eu un effet bénéfique: la Commission Européenne devrait débloquer avant lundi un prêt-relais de 7 milliards. Il s’agit en réalité d’un mouvement d’écriture: la Grèce doit rembourser 3,5 milliards à la BCE le 20 juillet, et 3,2 milliards le 20 août. Autrement dit, la Commission Européenne rembourser la BCE avec l’argent du contribuable européen en allouant à la Grèce le strict nécessaire pour honorer sa signature et ne pas sombrer dans une faillite incontrôlable.

Pour être exact, le prêt relais sera accordé par le Mécanisme Européen de Stabilité Financière (MESF). Rappelons que les fonds du Mécanisme Européen de Stabilité Financière proviennent en premier ressort d’une contribution directe des Etats-membres, c’est-à-dire de l’argent apporté par les contribuables.

Au-delà du 20 août, la Grèce devra rembourser environ 3 milliards sur quatre mois au FMI.

Pour l’instant, les efforts grecs justifient donc que les créanciers neutralisent leur créance et « s’auto-remboursent » sans demander un euro à la Grèce. Il conviendra de voir comment se noue la négociation à venir avec le FMI.

De son côté, la BCE a relevé son plafond d’aide d’urgence aux banques grecques de 900 millions, ce qui ne devrait pas suffire pour permettre la réouverture de ces banques ou, en tout cas, la levée du contrôle des retraits bancaires.

 

Sauver la Grèce et marcher sur la tête

« Sauver la Grèce, sauver l’Europe »… l’interview télévisée de François Hollande devrait donner l’occasion de quelques leçons et péroraisons dans la veine des instituteurs tout droit sortis de la Troisième République. Le discours présidentiel du 14 Juillet pourrait même être transmis depuis un musée Grévin du radical socialisme, on n’y verrait que du feu. On l’entend d’ici, notre Président, vanter les mérites de son intervention diplomatique grâce à laquelle l’idéal européen est sorti renforcé, etc. Devant cet exercice ahurissant de pensée unique et de soumission à une politique absurde, il n’était pas possible de rester silencieux.

Sauver l’Europe ou sauver l’euro?

Au sommet européen de Bruxelles, il ne s’est évidemment pas agi de sauver l’Europe, mais seulement de sauver l’euro. Tous l’avaient très bien compris autour de la table, y compris Angela Merkel qui a proposé un « Grexit temporaire » qui sonnait comme un: « si vous voulez garder un euro uni, alors, il faudra accepter le diktat allemand ».

Allons même plus loin: le sommet de Bruxelles a sauvé l’euro, en conservant la Grèce dans son sein, mais en la soumettant à la curée. Il a en revanche tué l’Europe: on sait désormais que celle-ci a ses règles, qui ne sont pas celles de la volonté des peuples, mais celles de la volonté de quelques-uns d’entre eux, et singulièrement de l’Allemagne.

Sauver la Grèce? ou plutôt l’achever

La victime unique du sommet de Bruxelles s’appelle la Grèce. Certes, les Grecs nous usent depuis des années à parler de réformes qu’ils ne mettent jamais en place. Il n’en reste pas moins que… leur exécution en place publique, après une tentative ubuesque de referendum, constituera un stigmate durable dans l’histoire du continent. On a parlé à juste titre de mise sous tutelle: contrairement à ce qui est rapporté, l’accord de Bruxelles n’échange pas de l’austérité contre une aide salvatrice. Il exige des mesures expéditives (dont certaines de modernisation indispensable) tout de suite contre une promesse d’examen d’un plan d’aide plus tard. Soumettez-vous, et peut-être aurez-vous le droit de manger.

En attendant, les Grecs (et c’est le seul bénéfice qu’ils ont arraché) devraient recevoir l’argent nécessaire au remboursement de leurs créanciers. Mais pas un Grec ne verra la couleur de cet argent, et l’exercice sera tout sauf une partie de plaisir! l’échec de l’Eurogroupe hier l’a montré.

L’imposture Tsipras

L’imposture Tsipras éclate désormais au grand jour. Il serait en effet abusif de faire peser sur l’Allemagne la responsabilité unique de ce qui vient de se passer. Si Tsipras n’avais pas joué aux apprentis Machiavel, flanqué de son burlesque Varoufakis qui lui aura fait tout perdre, le peuple grec ne se trouverait pas dans cette mauvaise passe.

Rappelons que, le 20 février, la Grèce a signé un pré-accord avec ses créanciers qui était beaucoup moins rigoureux que le texte du 13 juillet. Si la Grèce n’avait pas, à partir de fin février, joué la montre en partant du principe que l’Allemagne n’oserait pas taper du poing sur la table et prendre le risque de faire tanguer la zone euro, l’addition finale serait beaucoup moins salée. Entre-temps, quatre précieux mois ont été gaspillés, qui ont permis à la Grèce de tomber en récession, de faire faillite, et d’être contrainte à rationner les liquidités pour éviter l’écroulement du système bancaire.

Tsipras mérite d’être jugé en place de grève pour cette catastrophe qu’il a organisée de bout en bout.

La folie de Tsipras face à l’euro

L’erreur cataclysmique de Tsipras est digne d’un débutant: elle consiste à avoir annoncé d’emblée qu’il ne quitterait pas la zone euro, tout en conspuant régulièrement les règles du jeu et ses créanciers. Tsipras a imaginé pouvoir prendre la zone euro en otage tout en annonçant qu’il ne voulait pas mourir avec elle.

C’était pain béni pour l’Allemagne que de vendre très chèrement une reddition annoncée de très longue date.

Sortir de l’euro, la seule solution pour la Grèce

Partout en France, le maintien de la Grèce dans la zone euro est présenté comme une grande victoire pour la Grèce et pour l’Europe. Cette incapacité à poser la question du bien-fondé d’une présence grecque dans la zone euro est ahurissante. Elle prépare la grande crise européenne de demain. Le premier malheur de la Grèce s’appelle en effet l’euro: le bon sens, pour les Grecs, est de reprendre leur liberté monétaire et de pouvoir dévaluer à leur aise quand ils perdent de la compétitivité. Pour ce pays où le tourisme est si important, l’instauration d’une monnaie nationale est une aubaine: elle permet de faire venir à bon compte une devise forte comme l’euro tout en disposant de produits peu chers sur place.

Une impressionnante pensée dominante interdit aujourd’hui de poser le débat, y compris en Grèce. Dommage pour les Grecs et dommage pour ceux qui comprendront tôt ou tard que la monnaie unique ne profite durablement qu’à l’Allemagne.

La gauche française n’a rien compris à son malheur

Cet attachement à l’euro est curieusement propagé par des gens comme Mélenchon dont la posture ne manque pas d’étonner. On veut l’euro, mais on combat l’austérité. On veut une monnaie unique avec l’Allemagne, mais on refuse de respecter les critères de convergence économique que l’on a acceptés lors de la signature du traité de Maastricht. Cette démagogie fera un jour le malheur de la France, comme elle fait le malheur du peuple grec.

Car la curée imposée à la Grèce ce week-end se retournera tôt ou tard contre la France. Je le dis à tous ceux qui plaident aujourd’hui pour un « gouvernement économique européen ». Vous qui refusez de diminuer la masse de fonctionnaires parce que cette décision est trop impopulaire, vous qui refusez la retraite à 67 ans, vous qui tortillez du derrière sur le travail du dimanche ou sur la simplification du droit du travail, vous souhaitez aujourd’hui créer une instance supérieure qui vous imposera sans coup férir bien pire que ce que vous craignez aujourd’hui.

Comment Hollande lâche la proie pour l’ombre

En « sauvant l’euro », Hollande a multiplié les petits crimes entre amis. Il a d’abord convaincu les Grecs d’accepter la corde que l’Europe voulait leur passer au cou. Au fond, Hollande, c’est l’anesthésiste du cruel Docteur Schaüble. Hollande a ainsi utilisé Tsipras comme un idiot utile. Tant que la Grèce est dans la zone euro, la France dispose d’un mauvais élève sur qui détourner l’attention. Tant que la Grèce est là, l’Allemagne a besoin de ménager la France pour ne pas faire voler en éclats la totalité de l’édifice européen.

La mise sous tutelle de la Grèce signe toutefois la fin de l’insouciance française: une fois la zone euro purgée de son mauvais élève, l’Allemagne pourra exiger une remontée des taux. Et le malheur français commencera.

François Hollande a cru y échapper: lorsqu’il les bourses ont commencé à tanguer, à l’annonce du referendum grec, les taux d’emprunt souverain ont commencé à grimper. Il n’en fallait pas plus pour convaincre la France de la nécessité d’un accord à n’importe quel prix. Y compris celui d’une humiliation durable du peuple grec.

Hollande fait payer aux Français le prix de sa candidature en 2017

Car le noeud gordien est bien là. Pour avoir une chance d’être réélu en 2017, François Hollande doit éviter l’austérité en France et multiplier les petits cadeaux. Il peut se permettre de les distribuer aujourd’hui grâce aux faibles taux auxquels la France emprunte. Le problème, comme toujours, est que les taux faibles enrichissent les Etats mais appauvrissent les épargnants. Et l’épargnant allemand ne tardera pas à réclamer son dû.

La remontée des taux, qui est inéluctable, c’est le noeud coulant qui se referme sur le cou du contribuable français. L’étranglement sera d’autant plus brutal que notre Président dilapide l’argent public pour retrouver un semblant de popularité. Tout ce qui n’est pas réformé aujourd’hui se paiera au décuple demain.

Quand on marche sur la tête

Bref, l’accord européen n’est que partie remise. Il est une bouffée d’oxygène temporaire et un immense recul devant l’obstacle. Le présenter comme une grande victoire n’est rien d’autre que marcher sur la tête.

Mais c’est peut-être désormais le seul signe de bonne santé que l’Europe soit capable d’envoyer: celui d’un troupeau de singes ivres qui avancent les mains au sol et les pieds en l’air, comme si leur entendement était à l’envers.

 

Grèce: crainte de crise bancaire systémique

De façon vertigineuse, la situation européenne se dégrade à l’issue du referendum grec qui a vu la victoire du « non ». Alors que la BCE ne devrait pas augmenter, demain, le plafond de liquidités d’urgence pour les banques grecques, la rumeur d’une faillite systémique se répand ce soir. Une chose est désormais sûre: la Grèce a besoin d’une aide demain, sans quoi la stabilité financière mondiale pourrait être gravement menacée.

La BCE devrait donner le coup de grâce à la Grèce demain matin

Les banquiers centraux européens devraient se réunir demain matin à Francfort. Selon les proches du dossier, ils devraient décider de maintenir les liquidités d’urgence aux banques grecques à leur niveau actuel. Vu l’état du trésor grec, cette décision signifie concrètement qu’ils refusent de réouvrir le « robinet » à cash pour l’Etat grec.

Dans la journée, la situation grecque devrait donc devenir explosive.

Merkel va sortir la Grèce de l’euro

Pour ceux qui avaient encore un doute sur l’issue du referendum, les propos du ministre allemand de l’Economie (social-démocrate!) Sigmar Gabriel ont permis de dissiper toute ambiguïté.

Le Premier ministre grec Alexis Tsipras a coupé les derniers ponts entre son pays et l’Europe, a ajouté le vice-chancelier du gouvernement d’Angela Merkel, dans un entretien au quotidien Tagesspiegel à paraître lundi.

Après le refus des règles du jeu de la zone euro, tel qu’il s’exprime par le vote non, des négociations sur des programmes d’aide chiffrés en milliards paraissent difficilement imaginables, a assuré le ministre social-démocrate.

Il n’y a guère que les guignols français au pouvoir pour imaginer que l’Allemagne peut accepter de se faire balader pendant des mois par un partenaire.

 

Grèce: le « non » l’emporte, les banques s’effondrent

Selon toute vraisemblance, la Grèce devrait s’être prononcée majoritairement pour le « non » au plan proposé par les créanciers. Si ce résultat conforte Tsipras, il emporte déjà ses premiers dommages collatéraux.

Varoufakis rencontre les banquiers grecs ce soir

Discrètement, le gouvernement grec a annoncé une rencontre entre le ministre des Finances Varoufakis et les principaux banquiers du pays. S’agit-il d’une rencontre préparant un plan d’urgence avec un prélèvement de 30% sur les dépôts bancaires supérieurs à 8.000 €? Rien ne l’exclut à ce stade.

Toujours est-il que rapidement il devrait y avoir du nouveau dans la politique bancaire grecque.

Un maintien à tout prix dans la zone euro?

Cette stratégie de « bail-in » sur les dépôts bancaires permettrait en tout cas aux Grecs de retrouver un peu de liquidité et d’oxygène face à une zone euro plutôt décidée, semble-t-il, à sortir la Grèce de ses effectifs. Angela Merkel devrait évoquer directement le sujet demain avec François Hollande.

Le coordinateur grec des négociations a toutefois eu cette phrase étrange: « Nous ne discutons pas d’une monnaie parallèle. Je ne pense pas qu’ils nous sortiront. » Le sujet paraît donc bien sur les rails…

La Grèce demande l’aide de la BCE

Parallèlement, la Grèce a d’ores et déjà demandé à la BCE une augmentation des sommes mises à disposition des banques grecques dans le cadre du dispositif de financement d’urgence (ELA). De toute évidence, les banques grecques sont à bout et n’ont plus de liquidité pour financer l’économie.

C’est probablement l’un des premiers paradoxes du referendum: les Grecs sont décidément en situation de faillite.

Grèce: Schulz plaide pour le Grexit si le « non » l’emporte

L’Allemagne est vraiment décidée à pratiquer le « Grexit » si le « non » l’emporte. Martin Schulz, social-démocrate allemand et président du Parlement européen, a déclaré à la radio, aujourd’hui, que la Grèce devrait introduire une nouvelle monnaie si le « non » l’emportait.

« s’ils disent « non », ils devront introduire une autre monnaie après le referendum parce que l’euro ne sera plus disponible comme moyen de paiement.

Et un partisan du Grexit en plus…

Il n’y a guère qu’en France où l’idée d’une sortie automatique de la Grèce hors de la zone euro est farouchement niée…

Grèce: dernières tensions avant le vote

Les dernières heures avant le vote ont alimenté les tensions en tous genres en Grèce. En voici un résumé.

La Grèce prélèvera-t-elle 30% des dépôts au-dessus de 8.000 euros?

Vendredi, le Financial Times a affirmé qu’un plan secret du gouvernement grec prévoyait un « bail-in » des dépôts bancaires au-dessus de 8.000 euros. Autrement dit, 30% des dépôts seraient prélevés par le gouvernement dans le cadre du plan d’aide à la Grèce qui serait négocié cette semaine.

L’association des banques grecques a soutenu que ce plan était sans fondement. Varoufakis a surenchéri en affirmant qu’il s’agissait d’une rumeur malveillante. Pourtant, le même Varoufakis assure dans un entretien au Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung qu’il y aurait, quoiqu’il arrive, un accord lundi avec les créanciers:

Ich erwarte, dass wir am Montag eine Einigung haben werden“, sagte er, „und zwar unabhängig davon, ob bei dem Referendum mehrheitlich mit ,Ja‘ oder mit ,Nein‘ gestimmt wird.

(Je m’attends à ce qu’il y ait un accord lundi, et c’est vraiment indépendant du fait que le referendum donne une majorité au oui ou au non).

Pour être aussi affirmatif… il faut quand même bien que les Grecs aient déjà négocié quelque chose dans leur besace.

Tsipras joue son va-tout et présente l’addition

Dans un ultime discours en faveur du « non » prononcé vendredi, Tsipras a présenté de nouvelles demandes grecques, qui seront probablement la base de ses revendications si le referendum dégage une majorité en sa faveur: une décote de 30% de la dette et une période de grâce de 20 ans.

Il s’est appuyé, pour nourrir sa revendication, sur le rapport publié la veille par le FMI sur le manque de soutenabilité de la dette grecque, dont voici le texte:

On y lit notamment:

Given the fragile debt dynamics, further concessions are necessary to restore debt sustainability. As an illustration, one option for recovering sustainability would be to extend the grace period to 20 years and the amortization period to 40 years on existing EU loans and to provide new official sector loans to cover financing needs falling due on similar terms at least through 2018.

(Etant donnée la dynamique fragile de la dette, de nouvelles concessions sont nécessaires pour rétablir la soutenabilité de la dette. En illustration, une possibilité pour retrouver de la soutenabilité consisterait à étendre la période de grâce à 20 ans et la phase d’amortissement à 40 ans sur les prêts européens en cours et à conclure les nouveaux prêts de financement dont la Grèce a besoin sur la même base jusqu’en 2018).

Les Grecs parviendront-ils à imposer un traitement conjoint des réformes internes et de la restructuration de leur dette?

Nikos Aliagas en partisan du « oui »

Les Français ignorent trop souvent que Nikos Aliagas est bien connu en Grèce pour avoir présenté, en son temps, le journal de 20 heures local. Cette petite aura lui a valu de se produire vendredi au stade des Panéthénées pour faire la promotion du « oui » au referendum. Le geste n’est pas sans intérêt: il illustre la fracture entre les Grecs de l’émigration sensibles à un arrimage solide de la Grèce à l’euro (et probablement qui perçoivent mieux la difficulté pour la Grèce de se soustraire aux règles communes), et les Grecs de l’intérieur plus décidés à défendre le pré carré national.

Varoufakis jette encore de l’huile sur le feu

Samedi, le ministre Varoufakis se lançait dans une nouvelle pirouette: les Européens sont des terroristes.

Dans une  interview au quotidien espagnol El Mundo, Yanis Varoufakis, le ministre grec des Finances a estimé que « ce que les créanciers font à la Grèce a un nom : du terrorisme. » « Pourquoi nous ont-ils forcé à fermer les banques ? Pour insuffler la peur parmi les gens. Et quand il s’agit de répandre la peur, on nomme ce phénomène du terrorisme. Je suis cependant confiant : la peur ne gagne pas », a-t-il poursuivi. Yanis Varoufakis dénonçait ainsi la décision de la BCE de ne pas relever le plafond des liquidités disponibles pour les banques grecques dans le cadre du programme ELA dimanche 28 juin. Cette décision avait contraint le gouvernement à fermer les banques durant toute la semaine qui précède le référendum prévu dimanche 5 juillet sur les propositions des créanciers. Un acte de « guerre » pour Yanis Varoufakis : « c’est difficile de ne pas sentir que cela est une guerre lorsque l’on nous oblige à fermer les banques au moment où l’on demande son avis au peuple grec. »

Guerre… terrorisme… Difficile d’imaginer qu’au lendemain du referendum, le même ministre grec aille tendre la main aux terroristes et aux guerriers pour leur demander de l’argent.

L’Europe germanique se déchaîne

Hier, les déclarations du camp germanique en Europe se sont multipliées pour crédibiliser l’idée d’un »Grexit » en cas de victoire du « non ».

Dans un entretien au journal Bild, le cruel Dr Schaüble, ministre allemand des Finances, en a remis une couche:

l’échec des négociations avec le gouvernement grec était « prévisible » car Athènes « n’accepte aucun programme de réforme ». (…)

« C’est pourquoi j’ai toujours été sceptique sur l’issue des discussions avec le gouvernement d’Athènes, a-t-il dit. Les faits qui ont finalement justifié mon scepticisme ne m’ont pas vraiment surpris. « 

De son côté, le ministre des Finances autrichien, Hans Joerg Schelling, a pour sa part déclaré que l’Europe pourrait surmonter les effets du Grexit.

« Pour l’Europe, ce sera facile à surmonter économiquement. Pour la Grèce, ce pourrait être beaucoup plus dramatique. »

Il a toutefois minimisé les effets sociaux du Grexit.

Encore une autre pression germanique

Toutes ces déclarations ne sont rien par rapport à la longue interview donnée par le directeur général du Mécanisme Européen de Stabilité Financière (MESF), l’Allemand Klaus Regling, au journal grec de référence Kathimerini. Son intervention est habile car elle explique aux Grecs qu’ils ont déjà fait beaucoup d’efforts, et qu’il serait dommage d’abandonner si près du but.

Greece needs to continue reforms, but the measures required on the fiscal side and on competitiveness are much smaller than in the past. The large reduction from the deficit of 15.3 percent of GDP has mostly been achieved. Compared to what was done in the past five years, the remaining fiscal adjustment is relatively small but necessary.

(La Grèce  a besoin de continuer les réformes, mais les mesures requises sur le paquet fiscal et la compétitivité sont plus limitées que par le passé. La large réduction du déficit de 15,3% du PIB est pratiquement réussie. Comparé à la situation d’il y a cinq ans, l’ajustement fiscal qui reste à faire est relativement mince mais nécessaire).

Si les Grecs, après ça, n’ont pas compris ce qu’ils devaient voter…

Quelle crédibilité pour ces scénarios?

A la lecture de ces déclarations, quelques doutes viennent quand même.

D’une part, Tsipras anticipe (on le lui souhaite en tout cas) une victoire du « non » même s’il a annoncé qu’il ne démissionnerait pas en cas de victoire du « oui » (ce qui est le seul moyen intelligent qui lui reste pour ne pas transformer définitivement ce vote en referendum sur son action). Il imagine que les Européens n’oseront pas le sortir de la zone euro et qu’il pourra mieux négocier.

Le pari est audacieux car rien ne prouve que la ligne Schaüble ne triomphera pas. Bien au contraire…

D’autre part, les Prussiens multiplient les déclarations apaisantes en cas de victoire du « oui ». Rien ne prouve qu’il ne s’agit pas d’un enfumage, façon représailles de la Wehrmacht dans les villages de partisan. Le plan d’aide pourrait très bien être durci en cas de victoire du « oui ».

L’effacement de la France en Europe

Reste un phénomène majeur dans cette crise: l’effacement complet de la France, qui ne compte plus que pour du beurre. Bravo, François Hollande!

 

Grèce: le referendum, ou la fin des haricots européens

Quoiqu’il arrive (quelle que soit son issue) le referendum organisé en Grèce signera la fin des haricots pour les Européens. Voici pourquoi.

Si le oui gagne en Grèce…

On imagine la scène: Tsipras et consors (dont ce guignol de Varoufakis qui nous rappelle qu’un universitaire grec exilé au Texas n’est pas plus sérieux qu’un universitaire français enseignant à la Sorbonne) ont fait campagne pour le « non » au nom de la démocratie. Et le referendum organisé en un temps record avec une question emberlificotée se termine en eau de boudin pour Syriza. Le peuple grec, paré de toutes les vertus romantiques par la gauche française, désavoue son Premier Ministre.

On a envie par avance de lire sous la plume de Mélenchon, de Maurel, et d’autres, les commentaires sur ce choix final. On verra dimanche soir ou lundi matin si la pratique référendaire et le recours au peuple sont toujours aussi héroïques qu’on ne l’a entendu cette semaine.

En attendant, l’Europe se trouvera dans de beaux draps: un Etat membre de la zone euro en faillite, un plan mal ficelé approuvé par les électeurs, et un gouvernement obligé de démissionner au bout de six mois de pouvoir et d’inconstance, de coups de poker et de discours grotesques sur le mode héroïque. Que faire? convoquer en plein été des élections législatives, reformer un cabinet pour négocier un plan d’aide… Et pendant ce temps, l’Europe aura fait la preuve de son incapacité à décider, et pendant ce temps le bank run, la faillite, la banqueroute, et de nouvelles souffrances pour le petit peuple.

Si le non gagne…

Là, les choses se compliquent. Sans prendre parti, deux possibilités s’ouvrent. Soit les Européens sortent les Grecs de la zone euro, soit il les garde avec eux.

Pourquoi sortir les Grecs de la zone euro? Au nom de la lutte contre les passagers clandestins. On ne peut pas dire un jour: nous avons besoin de 35 milliards d’euros (c’est le chiffre probable) pour survivre dans les deux ans (soit le budget de l’armée en France), nous vous demandons de nous les donner, mais le lendemain nous refusons toute contrepartie parce que, démocratiquement, nous avons voté un texte qui engage nos partenaires à payer sans condition. C’est pourtant la folie grecque dans toute sa splendeur exprimée par Tsipras: les Européens sont des salauds, la zone euro nous opprime, mais nous ne voulons pas la quitter, nous avons besoin de son argent, et nous voulons rester maîtres des contreparties que nous accorderons en échange.

Grotesque! irréaliste!

Le bon sens, pour les Européens, est de dire non et de refuser ce marché où les Grecs veulent le beurre, l’argent du beurre, et le sourire de la crémière.

Toutefois, il y la logique française: sortir les Grecs serait pire que les y laisser. Tergiversons, donc. Acceptons de voir les règles de la coopération bafouées. Acceptons de garder avec nous des Grecs qui ont piétiné la règle commune en négociant un accord pour mieux le dézinguer, en demandant de l’argent à des gens qu’ils méprisent et qu’ils conspuent, en jouant en permanence sur la menace de l’attentat kamikaze pour obtenir le maximum de bénéfices en lâchant le minimum de contreparties.

Si les Européens cèdent à cette petit mort de l’Europe, ils auront gagné six mois de répit. Mais, dans six mois, les Espagnols, les Italiens, les Français! joueront une magnifique répétition de l’exercice et la zone euro finira par exploser.

Dans tous les cas, quelle que soit l’issue donnée par le peuple grec, les fondements de la coopération européenne seront minés.

Que faire face à la Grèce?

L’euro vit sa belle mort, comme je le disais dès le mois d’octobre. C’était une monnaie impossible dans un projet politique hors sol. Le plus rationnel est que les Grecs refusent à majorité le plan de sauvetage des Européens, que leur liberté leur soit rendue et que nous commencions à détricoter intelligemment la zone euro.

Malheureusement, l’intelligence collective triomphe rarement, et le plus probable est que le conflit des volontés nationales continue sous le couvert hypocrite du système multilatéral appelé monnaie unique. Jusqu’à quand cette folie bipolaire consistant à dire « nous voulons de l’Europe » tout en ajoutant « mais nous ne voulons pas en payer le prix réel » pourra-t-elle sans durer sans déflagration dangereuse?

Dieu seul le sait…