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Benoît Hamon, le sympathique réactionnaire du PS

C’est vrai qu’il est sympathique, Benoît Hamon, et qu’il est toujours très plaisant de passer un moment avec lui. Il a de l’humour, il est accessible, il n’est pas prisonnier de ces illusions parisiennes qui portent certains esprits à croire que l’humanité est divisée entre différentes classes existentielles obligeant les unes à faire sentir aux autres un obligatoire mépris plus ou moins assumé. Bref, on en viendrait à souhaiter sa victoire à la primaire de la gauche, ne serait-ce que pour donner de l’air frais au style politique en vigueur à gauche.

Le sourire aux lèvres, Benoît Hamon a une idée néanmoins assez curieuse: il multiplie, sous un air de combattant révolutionnaire (de salon, il est vrai), les positions extraordinairement réactionnaire, au point qu’on peut se demander à quel parti il appartient vraiment.

Taxer le progrès, une première idée stupéfiante

Dans nos colonnes, nous avons déjà évoqué l’idée très FN-compatible de la taxation des robots, qui résume en une seule expression une multiplicité de conceptions rétrogrades.

Par exemple, la taxation des robots laisse clairement penser qu’il faut pénaliser les entreprises qui remplacent les humains par des machines. C’est singulier intellectuellement, philosophiquement. Et tant qu’on y est, pourquoi ne pas taxer les entreprises qui utilisent l’avion ou le train pour le déplacement de leurs salariés, plutôt que de les faire voyager à pied? Pourquoi ne pas taxer le téléphone, qui a remplacé les messagers? Pourquoi ne pas taxer les mails qui remplacent les facteurs? Pourquoi ne pas taxer le cloud qui remplacent les archives et leurs inévitables magasiniers?

Il fut un temps, répétons-le, où l’aliénation du prolétariat par un travail abrutissant laissait peu le choix: la machine était la seule façon de traiter dignement l’ouvrier. Toute tâche confiée à un humain qu’une machine était capable de réaliser à sa place était perçue comme une tâche dégradante, ou aliénante.

À l’époque où le Parti Socialiste croyait au progrès, il semblait évident à ses dirigeants qu’il fallait libérer les prolétaires en confiant les tâches pauvres à des machines chaque fois qu’on le pouvait. Benoît Hamon a, pour sa part, renversé le raisonnement: il préfère inciter à recruter des humains à la place des machines.

Tuer la Sécurité Sociale, quelle audace!

Autre idée réactionnaire vendue avec un sourire moderniste: le balayage complet de la sécurité sociale. Sur le fond, la proposition de Benoît Hamon, qui consiste à asseoir la contribution patronale au financement de la protection sociale sur la valeur ajoutée et non sur le travail, revient en effet à tuer l’idéal porté en 1945 avec les ordonnances sur la sécurité sociale.

Quel était en effet le principe de la sécurité sociale à l’époque? Organiser la protection des travailleurs contre les risques de la vie par un système mutualisé intégrant une participation des employeurs. La sécurité sociale était forcément liée au travail, par opposition aux systèmes « beveridgiens » fondés sur la fiscalité et la solidarité.

Benoît Hamon propose de tourner la page de cet équilibre dit « contributif » par les spécialistes en orientant le « modèle social » français vers une solidarité financée par l’impôt. Il ajoute même qu’il propose de fusionner la CSG et l’impôt sur le revenu (avec un projet de 10 tranches…), ce qui achèvera de tuer les contributions directes des salariés au financement de la protection sociale.

Ces idées ne manquent pas d’intérêt. Elles sont largement pratiquées ailleurs. Pour le coup, on aurait plutôt attendu François Fillon dans cet exercice, et c’est un candidat socialiste qui les porte, en se présentant comme issu de l’aile gauche de son parti. Hamon est probablement de bonne foi et peut-être n’a-t-il tout simplement pas vu qu’en vidant le travail de l’organisation de la sécurité sociale, il écartait encore un peu plus le prolétariat du destin glorieux que lui promettait, à une époque, le Parti Socialiste.

Nier le recul du droit des femmes dans les banlieues…

Le week-end a manifestement porté de nombreux conseils réactionnaires à Benoît Hamon ne lui donnant l’occasion d’entamer une véritable oeuvre de banalisation des comportements machistes et sexistes dans les milieux islamistes. Il est toujours très cocasse de voir des responsables de « gôche » réaliser une grande synthèse coupable entre leurs principes proclamés coeur sur la main et des réalités bien plus sordides.

L’histoire est pourtant simple à comprendre. L’immigration a conduit à constituer des banlieues à forte population étrangère. Depuis plusieurs décennies, la gauche au sens large a abandonné ce prolétariat contemporain. Les islamistes ont occupé la chaise vide. Les élus de gauche nouent, par tous les moyens possibles, des alliances plus ou moins visibles avec eux afin de conserver leur siège.

D’un côté, donc, on fait profession de lutte égalitaire, de défense du droit des femmes, etc. De l’autre, on pactise avec le diable pour sauver son fauteuil, en niant les évidences.

Et si ça se trouve, la stratégie de Hamon sera payante à la primaire…

Lobbying: une belle opération du tourisme auprès de Razzy Hammadi

Pressé par les syndicats du tourisme en colère contre les sites de réservation en ligne, le député de Montreuil, Razzy Hammadi, fait des promesses.

La nouvelle est un peu passée inaperçue au début de l’été: l’industrie du tourisme est en colère contre les sites de réservations en ligne (Expedia, Booking, Hotels,…) et fait le forcing pour obtenir une réglementation protectrice. Motifs d’insatisfaction: les sites mentionneraient de fausses offres pour faire baisser les prix, pratiqueraient des commissions trop élevées et imposeraient une « parité tarifaire » interdisant aux hôteliers de pratiquer des baisses de prix par rapport aux offres mentionnées sur les sites concernés.

Un quasi-serpent de mer

Face à ces pratiques anticoncurrentielles, les industriels du tourisme sont loin d’être restés inactifs.

En 2011, le tribunal de commerce de Paris s’était déjà penché sur la question, sur la base d’une saisine opérée par les syndicats professionnels compétents. Le ministre de l’époque, l’inoubliable Frédéric Lefebvre, avait même décidé d’une enquête de la DGCCRF sur le sujet.

Dans la foulée, les organisations professionnelles ont mûri une saisine de l’Autorité de la Concurrence, appelée à statuer sur les pratiques des sites Internet.

Dispersion patronale

Finalement, seule l’UMIH (Union des Métiers et des Industries de l’Hôtellerie, 80.000 adhérents), en juin, a fait prospérer la saisine de l’Autorité de la Concurrence. Les deux autres syndicats du secteur, le SYNHORCAT (Syndicat National des Hôteliers, Restaurateurs, Cafetiers, Traiteurs, 10.000 adhérents) et la FAGIHT (Fédération Autonome Générale de l’Industrie Hôtellière Touristique, surtout présente dans l’industrie touristique saisonnière), ont préféré entreprendre une démarche de lobbying parlementaire.

Le président du Synhorcat s’en explique de la façon suivante: « le problème de l’Autorité de la Concurrence, c’est bien le délai : 18 à 24 mois au minimum de procédure avant une décision, et plus encore en cas d’auto-saisine de ces questions par la Commission Européenne. » L’idée d’agir sur les parlementaires, et spécialement sur Razzy Hammadi, occupé par la loi sur la consommation, a donc semblé plus percutante:

Ainsi le SYNHORCAT et la FAGIHT, ont-elles renforcées leurs actions auprès des députés et sénateurs, actions commencées il y a de cela près de 6 mois également, alors que s’ébauchait la Loi consommation. Et si en première lecture du texte aucun amendement ne visait à interdire les clauses de parité de prix…il en sera très certainement différemment lors de la 2ème lecture.

Le Député Razzi Hammadi l’a dit publiquement au SYNHORCAT le 3 juillet dernier lors des Rencontres Parlementaires sur la consommation qui regroupait pas moins de 350 participants dont les plus prestigieux cabinets d’avocats (parmi lesquels le cabinet recommandé par le SYNHORCAT pour cette saisine collective) et ou seul le SYNHORCAT représentait les CHR :

Il déposera un amendement à la Loi consommation visant à interdire les clauses de parité de prix !

Peut-on croire à l’efficacité d’une telle action ? Oui, quand on sait que le rapporteur de la Loi consommation n’est autre que le député Razzi Hammadi et qu’il est également le Président de la fameuse CEPC !

La CEPC, c’est la Commission d’Examen des Pratiques Commerciales, créée en 2001 pour donner des avis sur les textes ou les sujets commerciaux…

Les engagements de Razzy Hammadi

Selon le Lab d’Europe 1, le député de Montreuil se serait engagé à interdire la parité tarifaire, à limiter les commissions perçues par les sites de réservation et à augmenter la fiscalité perçue sur ces sites appartenant le plus souvent à des sociétés étrangères.

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Chapeau les hôteliers qui sont parvenus à leurs fins… au moins en parole et pour l’instant.

Deux poids deux mesures de Razzy Hammadi?

Rappelons ici que le même député Razzy Hammadi a fermé la porte, en accord avec Benoît Hamon, aux revendications d’une autre profession (les assureurs) sur une autre disposition de la loi sur la consommation: la résiliation à tout moment des contrats d’assurance.

Les professionnels du secteur y voient l’influence… des sites de comparaison d’assurance, qui devraient augmenter leur trafic grâce à cette mesure. Erreur en-deçà d’une profession, vérité au-delà…

Là encore, les professionnels auront – mais vainement, cette fois! – argué du caractère très étranger des sites de comparaison. Le leader de ce marché n’est autre que lesfurets.com, qui appartient au groupe BGL. Qui est anglais.

Deux poids, deux mesures?

 

 

Lobbying: lavette d’or pour Canal +

Dans le cadre du projet de loi « consommation », Benoît Hamon a fidèlement défendu les intérêts de Canal +. Au détriment du consommateur.

Dans le cadre de son projet de loi « consommation » discuté actuellement au Parlement, Benoît Hamon a proposé d’agir, au grand dam de la profession, sur les délais de résiliation des contrats d’assurance. Son principe économique était simple: en laissant à chaque assuré la possibilité de résilier son contrat d’assurance à tout moment (avec un an d’ancienneté minimal), la loi contraint les assureurs à baisser leurs prix pour garder leurs clients.

Cette fluidité dans le marché est supposée servir le consommateur.

De façon assez curieuse, il a inversé le raisonnement pour les contrats Canal +. En réponse à un amendement d’un député socialiste, il a en effet soutenu que l’assouplissement des délais de résiliation était contraire à l’intérêt économique de l’audiovisuel français.

Voici ce qu’il a dit à l’Assemblée:

 

Cette attitude lui vaut depuis plusieurs semaines maintenant une volée de bois vert, par exemple sur Mediapart ou sur Agoravox.

Il faut dire que Benoît Hamon aime bien s’ériger en chevalier blanc de la défense des petits contre les gros, donc… quand on le voit soutenir, au mépris de ses principes affichés et avec le nez qui s’allonge, les forts contre les faibles, ça fait tache dans le paysage.

Cette défense tombe à point nommé pour Canal +, confronté à la concurrence des chaînes qataries BeinSport. Au passage, est-ce une clé d’explication pour un reportage acrimonieux diffusé en mai par la chaîne cryptée sur l’émirat?

Bref, ne nous égarons pas! Et revenons à l’influence de Canal+ sur les décisions publiques.

Les observateurs ont évidemment noté qu’à peine élu François Hollande a choisi l’ancien directeur général de la chaîne, Pierre Lescure, pour diriger une commission chargée de réfléchir à l’avenir d’Hadopi, et plus généralement à l’impact du numérique sur les droits d’auteur. Ce choix permettait à la chaîne d’occuper une position stratégique dans une évolution juridique essentielle pour les majors de la culture.

En revanche, les observateurs semblent avoir moins noté qu’à peine élu François Hollande a choisi une conseillère communication, Claudine Ripert-Landler, qui fut longtemps une cadre dirigeante de Canal +. Claudine Ripert-Landler connaît François Hollande depuis 1980. Elle était alors l’épouse de l’excellent Jean-Maurice Ripert, camarade de la promotion Voltaire et brillant diplomate.

Choisir l’ancienne directrice du développement de Canal +, ça ne fait pas forcément une bonne communication présidentielle, mais ça fait une bonne préservation des intérêts de Canal+ au gouvernement.

On ne jettera donc pas la pierre à Benoît Hamon, lorsqu’il lit laborieusement, à l’Assemblée Nationale, la fiche de réponse préparée par Canal+ à l’amendement du député Barbier. Il est en service commandé: il a fait gagner à Canal+ une lavette d’or du lobbying.