Accueil » Hollande

Étiquette : Hollande

Hollande et l’exorcisme démocratique

Hollande exorcise la démocratie et montre le vrai visage de la République: celui d’un régime politique cynique, fondamentalement aristocratique et manipulateur. Telle est la leçon à retenir du livre de confidences de Davet et Lhomme intitulé « Un Président ne devrait pas dire ça », et dont le titre donne d’emblée la dimension du malaise qu’il suscite.

Hollande et ses courtisans, ou le bal des faux-culs

On s’amusera d’abord des réactions de vierges effarouchées prêtées à Bartolone (qui n’a pas « l’envergure » d’un Premier Ministre, selon Hollande) ou à Ayrault. Il paraît que ces vieux routards de la politique sont froissés, vexés par les propos que le Président a tenus à leur endroit auprès des journalistes qu’il recevait. Comme si Bartolone et Ayrault ne pratiquaient pas eux-mêmes le cynisme instrumentalisant de Hollande. Comme s’ils s’attendaient à autre chose de sa part.

Il suffisait pourtant, au lendemain de la victoire de Hollande à la primaire socialiste, d’entendre les commentaires dans les couloirs de la rue de Solferino pour savoir que tout ce petit monde connaissait tous les vices de Hollande (notamment l’incapacité à passer à l’acte) depuis longtemps.

En vérité, Barto et Ayrault sont fâchés de découvrir que Hollande était plus proche des journalistes que d’eux. Et ça, ça fait vraiment mal! nous, les hiérarques de la République, découvrir que le monarque parlait de nous à des manants! voilà qui est inadmissible.

Hollande, ou le cynisme à visage découvert

Le vrai choc du livre n’est ni pour Bartolone, ni pour Ayrault, ni pour Valls, ni pour les autres éléphants socialistes. Il est pour les Français qui découvrent sans aucune vaseline que leur Président leur dit: « je suis nu! ». Beaucoup, en France, imaginent encore que les élites croient à ce qu’elles font, portent la France en elle, travaillent à l’intérêt général. En lisant Davet et Lhomme, ils comprennent que cette question n’effleure jamais leur président, ni même aucun des élus qui gravitent autour de lui.

La vie de François Hollande est complètement absorbée par des calculs courtisans et par la préparation de sa réélection. Nulle mise en cause de son bilan, de son aptitude à diriger, nul examen de sa performance. C’est du « J’y suis, j’y reste » du début à la fin, même lorsqu’il explique qu’il n’officialisera jamais sa liaison avec Julie Gayet: « même pas durant le second quinquennat ».

Les Français rêvaient d’un Président à leur service. En lisant le pavé de Davet et Lhomme, ils comprennent qu’ils sont au service du Président.

Hollande dégonfle la baudruche démocratique

C’est donc ça, la démocratie! Elire un goinfre qui berne tout le monde durant le temps d’une campagne, et qui passe ensuite son temps à organiser son maintien au pouvoir, sans la moindre appétence pour le bon peuple!

Beaucoup le pressentaient, et même le craignaient. Mais, tant que cette vérité crue ne leur avait pas été dite clairement, mot à mot, par le principal intéressé, ils ne pouvaient se résigner à ce terrible constat. Une lueur d’espoir brûlait encore: peut-être que, à un moment ou à un autre, le personnage qu’on élit pour occuper l’Elysée se pose la question du bien commun!

Eh bien non, en lisant le livre, la faible lueur qu’on maintenait allumée contre vents et marée perd à chaque page un peu plus de souffle, jusqu’à s’éteindre lamentablement, dans une grande sensation de nausée. Au fond, Davet et Lhomme, c’est la traversée vers Bastia par gros temps: quand on arrive au bout de la course, on a laissé en fond de cale quinze jours de digestion. Et l’on comprend que la « République », leur République, est une machine à duper le peuple.

Hollande, le meilleur animateur du populisme

Je veux bien qu’on critique les populistes à tour de bras, et que, sur les antennes du service public, on vomisse tous ceux qui rejettent les élites. Mais il suffit de lire cinquante ou soixante pages de ce livre, de ce poison quintessentiel, pour comprendre que le populisme n’est pas né d’une invasion extraterrestre. Il est la réaction naturelle, saine, salutaire, à la débauche de bassesses et de médiocrité dont un président de la République donne la démonstration durant son quinquennat.

Sur ce point, je recommande tout particulièrement le récit de l’éviction (au demeurant justifiée) de Delphine Batho. Les calculs politiques que Hollande dévoile à cette occasion devraient guérir pour longtemps les lecteurs de tout angélisme démocratique. Ils éclairent en tout cas les raisons pour lesquelles les Français sont si nombreux à « rejeter » le système.

Comment un Président tue son régime

Au final, la lecture du livre nous rappelle que la République n’a nul besoin de populistes, de démagogues, de fachosphère, pour trembler sur ses bases. Elle n’est victime de nul complot d’extrême droite qui la menace. Ce qui la tue, c’est le comportement de ces dirigeants médiocres, obsédés par leur carrière, sous-dimensionnés pour le pays qu’ils dirigent, parvenus à force d’intrigues et de combinazioni: lorsque les Français les voient, ils ont envie de vomir, et ils ont raison.

Hollande entame la distribution de champignons hallucinogènes

François Hollande a prononcé son premier discours de campagne aujourd’hui depuis la salle Wagram, qui fut en son temps un lieu de bals mondains. Il faut avoir entendu François Hollande expliquer que la France était sur la voie du redressement économique pour comprendre la maldonne de ce discours: bien entendu, il ne s’agit pas (une fois de plus!) de parler de la France et de son destin réel, mais de prononcer quelques formules magiques supposées maintenir les Français dans un état de transe extatique…

Hollande et le redressement économique

Il paraît (selon François Hollande) que la France est sur la voie du redressement économique et qu’elle fait briller dans les yeux du monde entier de petites lueurs d’envie. Nous avons même eu droit à un délire impressionnant sur la notion d’identité, qui n’existerait pas vraiment, et sur l’amour universel que nous inspirerions, avec toutes nos grandes réussites mondiales, notamment notre démographie galopante qui nous permet de figurer parmi les puissances d’avenir et les vertus de la construction européenne.

On avait l’impression de dîner dans les beaux quartiers parisiens, et d’entendre les considérations mondaines les plus plates sur ce qui se passe au-delà du périphérique. Et une fois de plus les Français ont compris que François Hollande ne savait pas vraiment ce qui s’y passait.

Le mythe tenace du redressement économique

Bien évidemment que non! il n’y a pas de redressement économique en France. Il suffit, là encore, de lire les résultats du baromètre Fiducial et Ifop pour comprendre que, non seulement la grogne chez les chefs d’entreprise est ancrée, mais qu’elle comporte une forte dose de totale désillusion. 83% des chefs d’entreprise ne croient pas un seul instant que le prochain gouvernement baissera les impôts, et une écrasante majorité d’entre eux considère que la fiscalité est confiscatoire.

Dans un paysage aussi dévasté, où la rupture est consommée entre les chefs d’entreprise et le pouvoir, comment François Hollande peut-il vanter le « redressement économique »?

La catastrophe familiale française

S’agissant de la démographie, on ne rappellera pas ici le leurre que les chiffres officiels constituent. Si beaucoup d’enfants naissent en France, ce sont majoritairement des enfants d’étrangers reconnus Français par le droit du sol. La situation de la France n’est donc pas meilleure que celle de l’Allemagne.

Qui plus est, dès son accession au pouvoir, François Hollande a abondamment tapé sur les familles moyennes, jusqu’à y réduire la natalité. Les avantages fiscaux que les classes moyennes pouvaient avoir en faisant des enfants ont disparu les uns après les autres. Vanter les mérites de notre démographie après les avoir combattus aussi vaillamment relève donc de la parfaite imposture.

Encore un couplet sur l’Europe

Le discours de Hollande a permis par ailleurs d’en remettre une couche sur le catéchisme eurolatre qui semble une fois de plus déconnecté de la réalité. Faut-il rappeler que nous sortons d’un Brexit et que nous découvrons que le premier bienfait de l’Union consiste à organiser la défiscalisation en bonne et due forme des entreprises les plus riches du monde?

C’est pourtant le moment que François Hollande choisit pour réciter ses antiennes à rebours de la réalité. Et pour tordre le cou aux rumeurs, ce n’est pas l’Union Européenne qui a garanti la paix en Europe depuis 1945, mais la confrontation entre le bloc soviétique et le bloc capitaliste, sous les auspices d’une bombe atomique qui a calmé les ardeurs de tout le monde.

Les élites coupées des réalités

Plus que jamais, le discours de François Hollande est donc tombé à plat pour tous ceux qui l’ont écouté avec une oreille critique. Il parlait d’une France qui n’existe plus et qui se résume à un empilement de clichés dépassés depuis une dizaine d’années. C’est à peu près le rythme auquel ceux qui lui ont écrit son discours franchissent le périphérique.

L’abus de champignons hallucinogènes est mauvais pour la santé.

Comment Hollande carbonise Cazeneuve

On adore! C’est du travail de pro! Hollande, qui n’a jamais exercé la moindre responsabilité en France avec une réussite simplement minimal, excelle dans un et un seul art: celui de carboniser les lampistes pour garder les mains propres. Un art qui demande des pré-dispositions certaines, qu’il a parfaites à l’ENA puis au Parti Socialiste!

Hollande a mesuré la catastrophe de Nice

Pour Hollande, l’attentat de Nice constitue une bien méchante épine dans le pied. Pendant que son second couteau Cazeneuve expliquait avec la constance du professeur de catéchisme: « Il n’y a pas de faille dans notre dispositif, seuls les complotistes disent le contraire », François le bien coiffé était pris d’un doute. Et si les flics qui broutent la moquette de Cazeneuve avaient menti? Et si Estrosi avait raison? si les policiers nationaux avaient vraiment tiré au flanc à Nice ce soir-là?

Comme le révèle le Figaro, Hollande s’est fait envoyer dès samedi les images de la vidéosurveillance sur la Promenade des Anglais. Il sait, donc, ce qui s’est passé ce soir-là. En tout cas, il est l’un des mieux informés en France sur le sujet.

Hollande a-t-il demandé la destruction des images?

Comme l’indique encore le Figaro, la sous-direction anti-terroriste (SDAT) a demandé, dans la foulée de cette transmission, la destruction des épreuves. Une réquisition officielle a exigé des services de la ville de Nice une destruction des images tournées le 13 juillet par les caméras municipales.

Détruire des preuves? Il est très probable que la SDAT n’ait pas formulé cette demande sans une instruction écrite en très très haut lieu. Un scandale d’Etat commence.

Cazeneuve et Valls étaient-ils au courant de cette demande? Tout laisse à penser que non, car on voit mal pourquoi ils auraient maintenu un tir de barrage face à l’opposition avec aussi peu de munitions dans leur besace. Le plus vraisemblable est que Hollande, dès dimanche, ait compris que sa seule chance de survie face à l’ignoble incompétence de la préfectorale et de la police, était d’attirer les foudres de l’opinion sur Cazeneuve et Valls.

En douce, il a donc décidé de les laisser se débattre dans leurs sables mouvants.

Hollande fera-t-il payer les lampistes?

En tout cas, une explication est enfin donnée. On se demandait pourquoi un Cazeneuve, qui n’est pas énarque, pouvait afficher autant de morgue pour un bilan aussi nul. Et surtout, cette espèce de balai qu’il s’enfonce toujours bien droit avant de parler à la télévision, rien que pour égrener d’un ton docte des banalités affligeantes. Pourquoi avoir supporté tout cela pendant autant de temps?

Parce que, nous le savons maintenant, il était l’invité permanent du dîner de cons organisé par François Hollande.

Bernard Cazeneuve a désormais une mission officielle, la suprême, celle qui lui va d’ailleurs comme un gant: jouer le rôle de paratonnerre à fèces pour son Président adoré. C’est si bon, mon doux et bon maître!

Hollande: la coiffure adoucit les moeurs

L’interview de François Hollande ce 14 juillet n’a pas démérité: elle a sonné tellement creux et a procédé d’un esprit tellement lisse, qu’on peinerait à y voir un cheveu dépasser. Il faut dire que le scandale du coiffeur à 10.000 euros par mois a placé le débat au juste niveau où le Président l’a situé depuis 4 ans, c’est-à-dire entre Closer et Femme Actuelle.

Un coiffeur vous manque et tout est dépeuplé

Il faut lire le Canard Enchaîné (1,2€) pour comprendre le fin mot de l’affaire sur cette histoire de coiffeur. L’existence du gaillard (mais sans mention de son salaire) est révélée au printemps dans le livre L’Elysée offLe coiffeur, manifestement plus doué des mains que du cerveau, attaque l’ouvrage en diffamation à Nanterre. Pour prouver ses dires (dans une procédure qui a lieu le 7 juillet), il fournit l’arrêté de nomination à l’Elysée qui fixe sa rémunération mensuelle brute.

C’est malin, non? Il n’a pas fallu une semaine pour que ce document subtilement produit en justice se retrouve dans la presse. Non seulement Hollande ne tient pas Macron, mais il ne tient même pas son coiffeur, pourtant disponible pour lui en permanence.

Les petits secrets de 2012 se dévoilent

Personne n’a pris la peine de relever que le salaire du coiffeur est à peine inférieur à celui d’un ministre. Les mauvaises langues s’étaient pourtant offusquées au retour de la gauche en 2012: ceux qui arrivaient dans les cabinets, à cette époque, en conspuant les dérives sarkoziennes, pensaient qu’ils pourraient se goinfrer comme avant 2002. Leur surprise fut grande, parait-il, en découvrant que l’ignoble Sarkozy avait moralisé les rémunérations des cabinets en interdisant que les conseillers soient plus payés que leur ministre.

Le coiffeur de Hollande doit donc à Sarkozy de ne pas être payé plus cher qu’un ministre. D’où peut-être sa fureur et ses actions en justice quatre ans plus tard. Il est vrai qu’un coiffeur sert à quelque chose, alors qu’un ministre, on se pose parfois la question.

Après un coiffeur, Hollande recrute-t-il une femme de ménage?

Le spectacle consternant d’une interview vide de toute perspective et de toute vision d’avenir ne doit pas masquer l’essentiel: François Hollande a téléphoné hier à Theresa May. On peut se demander toutefois si notre Président maîtrise bien tous les usages:

Le Président a rappelé son souhait que les négociations pour la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne soient engagées le plus rapidement possible.

Appeler son hôte pour la congédier, voilà qui n’est pas très fair-play. Peut-être Hollande est-il pressé de la voir se libérer pour venir faire le ménage en France.

La coiffure adoucit les moeurs

Au chapitre Emmanuel Macron, Hollande, sans surprise, n’a pas pris de décision. Il a essayé de prendre une grosse voix, comme au temps de Valérie Trierweiler… et avec le même succès. Il a menacé l’intéressé d’un renvoi, façon dispute de racailles à Saint-Denis devant un marchand de kebab: « Retenez-moi ou je le frappe ». Mais le Macron est toujours ministre!

Dans la pratique, Macron a mis Hollande échec et pat: le roi n’est pas directement menacé, mais il ne peut plus bouger. Macron est le maître du calendrier présidentiel.

La laque lui est montée à la tête

Pour le reste, manifestement trompé par un nuage de laque, François Hollande a fait l’éloge de sa politique et de ses réussites.

«Nous aurons une baisse du chômage à la fin de l’année». François Hollande prend l’engagement d’une amélioration sur le front de l’emploi, mais elle ne sera pas encore suffisante. «J’ai fait les bons choix», affirme-t-il. «Ça veut dire que la politique que j’ai engagée, il va falloir la poursuivre», ajoute-t-il.

Le pastis au petit déjeuner quand on a une interview télévisée après un défilé militaire, c’est dangereux: ça brouille la raison.

Attali soutient Macron

Pendant ce temps, l’autre bien coiffé du gouvernement, Emmanuel Macron, installe sa campagne en fanfare. Aujourd’hui, c’est la feuille de propagande du gouvernement profond, Slate, qui s’est fendu d’un article totalement cire-pompe sur le génie d’Emmanuel Macron:

Depuis le départ, le jeune ministre réunit derrière lui les entrepreneurs, les entreprises, tous ceux, nombreux en France, qui ont une énergie pour avancer et qui voient l’avenir sans aucune peur, au contraire.

Le reste est à l’avenant. L’article est signé Eric Le Boucher, qui détient une carte de presse… Le canard laqué ferait mieux de descendre de son crochet: il est prêt à passer à la casserole.

Comment Hollande achète les grâces de Martine Aubry

François Hollande a besoin d’acheter la gauche pour avoir une chance d’être réélu. Au point d’impopularité qu’il a atteint, en effet, rien ne prouve qu’il parviendra à s’imposer naturellement comme l’homme de la situation au Parti Socialiste. Le grand rasage gratis commence donc, dont personne ne sait où il s’arrêtera, notamment à l’approche des lois de finances.

Hollande achète la paix avec Martine Aubry

Selon les rumeurs, François Hollande cherche à s’attirer les bonnes grâces de Martine Aubry à l’approche d’une année difficile. Le problème est que l’amère du Nord est gourmande et peu fiable. Elle est contestée sur ses terres par la vieille garde locale, conduite par Bernard Roman, député de la première circonscription, et Patrick Kanner, recruté comme ministre par Manuel Valls.

Martine Aubry aimerait bien que son (im)probable dauphin, François Lamy, devienne député… au hasard: de la première circonscription tenue par Bernard Roman, son ennemi personnel. Pour mémoire, Bernard Roman fut, pendant un temps, pressenti pour prendre la relève de Pierre Mauroy avant que Martine n’actionne son parachute au-dessus des terres lilloises.

Bref, Martine Aubry déteste Bernard Roman au point de vouloir le remplacer par son successeur. Et François Hollande a décidé de donner le coup de pouce qui va bien.

Roman nommé à l’ARAFER

L’Élysée vient donc d’annoncer la probable nomination de Bernard Roman à la tête de l’Autorité de Régulation des Activités Ferroviaires (ARAFER), créée en 2014 pour mettre la SNCF sous surveillance. Bernard Roman n’a aucune compétence particulière qui justifierait cette nomination. En revanche, l’intéressé sera soumis à la charte déontologique de l’autorité qui prévoit notamment:

Les fonctions de membres du collège sont incompatibles avec tout mandat électif départemental, régional, national ou européen (…).

C’est ballot: l’intéressé, une fois nommé à la présidence de son bidule, devra démissionner de son mandat de député et laisser la place à… François Lamy.

Alors, Martine, on dit merci à qui, pour cette jolie distribution de fromage?

Hollande: mon interview dans la presse russe

La radio russe m’a interrogé sur la réforme constitutionnelle prônée par François Hollande.

François Hollande veut (presque) supprimer le poste de Premier ministre

Cette annonce n’est rien qu’une opération de communication à la veille des élections présidentielles pour détourner l’attention du bilan de son quinquennat, estime l’écrivain et publiciste Eric Verhaeghe.

RT France : Dans des propos rapportés par Europe 1, François Hollande a déclaré qu’il souhaitait une réforme visant à supprimer le poste de Premier ministre et la reformation du Parlement français. Qu’en pensez-vous ?

Eric Verhaeghe (E. V.) : Je pense que la première analyse qu’on peut faire, c’est que François Hollande est dans une posture de communication. François Hollande a lancé sa campagne pour sa réélection en 2017 et donc il commence à égrainer les promesses ou les suggestions de campagne, des insinuations pour convaincre les Français de ses bonnes intentions. Je crois qu’en réalité il faut s’attendre à une longue série de mois où il va à chaque fois inventer une nouvelle idée, proposer un nouveau débat qui va faire le buzz, qui va occuper l’opinion mais qui a très peu de prise avec la réalité. L’objectif aujourd’hui de François Hollande c’est de détourner l’attention du bilan de son mandat. Pour François Hollande il y a un risque, c’est qu’on s’occupe de son bilan, c’est qu’on juge ce qu’il a fait. Donc il a besoin d’occuper le terrain en lançant des idées qui sont des postures de communication comme il avait dit à une certaine époque «mon principal ennemi c’est la finance», il est en train de dire «je vais réformer les institutions» parce que quelqu’un lui a dit que ce serait populaire. Mais en réalité, c’est de la culture hors sol, ce n’est pas enraciné dans la terre.

Les Français aiment bien avoir l’idée que l’incarnation du pouvoir est au-dessus de l’action quotidienne

RT France : Pour vous, le fait qu’il fasse cette déclaration maintenant n’est pas anodin ?

E.V. : Non, c’est un discours de campagne. De fait, en France il y a une demande très large de réforme des institutions, beaucoup de Français disent qu’il faut réformer, qu’il faut changer le Parlement, qu’il faut changer les règles du jeu parce que beaucoup de Français estiment à juste titre qu’il y a une rupture entre le peuple et le pouvoir, que le gouvernement est coupé des réalités. Donc beaucoup de Français disent qu’il faut changer les règles du jeu, qu’il faut changer les règles de la démocratie. François Hollande l’a entendu et il en profite pour faire une proposition de surenchère, toujours plus loin, toujours plus fort. Il sait qu’elle n’aboutira pas mais elle va faire parler et pendant qu’on parle de ça, pendant qu’on parle de l’Euro, on ne parle pas des grèves, on ne parle pas des problèmes structurels, on ne parle pas de ses échecs et pour lui c’est toujours ça de gagné.

On s’aperçoit que l’hyperprésidence française dépasse les individus, ça dépasse la volonté des présidents, c’est quelque chose qui est structurel

RT France : Est-ce que Manuel Valls le gène ?

E.V. : Il y a une vieille histoire en France, c’est que l’invention du Premier ministre ça date en réalité – on pourrait faire une longue archéologie du Premier ministre en France – du régime bonapartiste. Quand Bonaparte s’occupait de faire la guerre à l’étranger, par exemple lorsqu’il envahissait la Russie, il laissait en France l’équivalent d’un Premier ministre qui était Cambacérès et qui gérait les affaires à sa place. Cela fait donc 200 ans en France qu’il y a la figure du Premier ministre de façon plus ou moins assumée. On pourrait même aller plus loin avant, on a eu Richelieu, on a eu Mazarin, on a eu des figures qui incarnaient le pouvoir politique à la place du roi. Il y a donc une vieille tradition en France d’avoir un rôle politique entre le roi, le monarque ou le pouvoir tout puissant et l’exécutif, à la différence du système américain qui est un système présidentiel où entre le président des Etats-Unis et le peuple américain il n’y a personne d’une certaine façon.

En France depuis 200 ans au moins dans les institutions non monarchistes, mais depuis plus longtemps si on regarde la monarchie, il y a bien la figure d’un personnage qui incarne le pouvoir, qui n’est pas le roi et qui est celui qui incarne l’action temporelle de l’Etat. François Hollande peut décider d’abandonner la tradition française pour rejoindre la pensée américaine ou la philosophie américaine. On retrouve bien là l’idée du young leader – puisque François Hollande a fait partie du programme de l’ambassade des Etats-Unis des young leaders qui consiste à envoyer ou à former des Français aux Etats-Unis pour les américaniser. Mais évidemment c’est tout à fait contraire à des centaines d’années d’Histoire de France.

Je pense que cette idée n’a aucune chance d’aboutir et je pense que c’est précisément pour ça que François Hollande la propose

RT France : Comment cette réforme peut-elle être accueillie ? A-t-elle des chances d’être votée ?

E.V. : En réalité, François Hollande n’a fait aucune réforme constitutionnelle. C’est une idée dans le vide de plus. C’est d’ailleurs très probablement pour ça qu’il la propose, c’est qu’il est convaincu qu’elle ne fonctionnera jamais et qu’elle n’aboutira jamais donc ça le met très à l’aise pour la proposer. Mais je pense qu’en France il y a une tradition d’avoir un Premier ministre. Les Français aiment bien avoir l’idée que l’incarnation du pouvoir est au-dessus de l’action quotidienne. L’action quotidienne, l’action ordinaire c’est le Premier ministre et c’est lui qui fait le sale boulot. Les Français aiment bien distinguer la figure de la République au-dessus du quotidien et l’homme qui fait le travail au jour le jour. Je pense que cette idée n’a aucune chance d’aboutir et je pense que c’est précisément pour ça que François Hollande la propose.

RT France : François Hollande justifie cette idée en disant que «réformer sous un quinquennat c’est long, c’est double», et «tout remonte de toute façon au président». Etes-vous d’accord ?

E.V. : D’abord, je constate que lors de sa campagne électorale, François Hollande avait fait un long discours pour expliquer que l’hyperprésidence de Nicolas Sarkozy c’était fini et que lui allait être un président normal et un président qui n’allait pas être hyperprésident. On s’aperçoit en fait que l’hyperprésidence française ça dépasse les individus, ça dépasse la volonté des présidents, c’est quelque chose qui est structurel.

Tout le monde sait que la fonction de Premier ministre c’est de s’épuiser, de se fatiguer, de se salir les mains, pendant que le président gouverne au-dessus de la mêlée

Maintenant François Hollande sait pertinemment qu’il a besoin d’un fusible, c’est-à-dire de quelqu’un qui s’épuise à la tâche pour lui permettre de garder les mains propres. Tout le monde sait que la fonction de Premier ministre c’est de s’épuiser, de se fatiguer, de se salir les mains, pendant que le président gouverne au-dessus de la mêlée. François Hollande sait très bien que c’est structurel et qu’il ne pourra pas le remettre en cause de façon populaire, il n’y aura pas de majorité sur ce point.

Pariez sur la réélection de François Hollande en 2017

Beaucoup donnent Hollande comme complètement grillé pour 2017 et, dans son propre camp, certains ne donnent pas cher de sa peau. Pourtant, ses capacités de résilience font de lui le candidat le plus crédible pour des présidentielles qui risquent de donner lieu au spectacle le plus affligeant vécu en France depuis la Quatrième République.

Le moins pire candidat de gauche pour une réélection

La plus grande chance de François Hollande tient d’abord au désert qu’il laisse derrière lui à gauche.

Hors du Parti Socialiste, il a habilement neutralisé toutes les candidatures, sauf celle de Jean-Luc Mélenchon. Finie, Cécile Duflot, héroïne d’un parti écologiste lessivé. Finie, Christiane Taubira, mise sur la touche après son passage au ministère de la Justice. Reste à savoir quel engagement le parti communiste accordera à Mélenchon, dans la perspective d’une lutte fratricide aux législatives: le PC sait qu’il perdra tous ses élus si le PS aligne des candidats face aux siens.

Bref, sauf à voir Mélenchon le devancer au premier tour, François Hollande devrait arriver en tête de la gauche au premier tour des présidentielles, et rassembler sur son nom les voix de la gauche de la gauche au second tour.

L’hypothèque Mélenchon

Il faudrait un séisme majeur pour que Mélenchon devance Hollande au premier tour 2017. Statistiquement, le phénomène n’est pas impossible, mais il est très peu probable.

Une première raison l’explique: Mélenchon ne pourra s’appuyer sur un parti aussi stable et structuré que François Hollande. La loyauté du Parti Communiste vis-à-vis de lui est loin d’être acquise et sera de toute façon monnayée cher. En bout de course, le jeu des appareils devrait faire la différence.

Une deuxième raison tient au programme de rupture du candidat. Historiquement, la possibilité de dégager une majorité sur ce genre de programme clivant relève de la gageure.

La droite, meilleure chance de Hollande

Une autre opportunité pour François Hollande au premier tour devrait tenir à la faiblesse des Républicains. En l’état, les deux favoris du parti, Nicolas Sarkozy et Alain Juppé, peinent à faire entendre leur discours sur les grands sujets d’actualité. Par exemple, aucun d’entre eux n’a été audible sur les contestations contre la loi Travail.

L’un des deux candidats émergera à l’issue des primaires. Dans l’hypothèse d’une nomination de Sarkozy, la réédition en 2017 du duel de 2012 risque de prouver l’incapacité de la droite à se renouveler. Dans l’hypothèse d’une nomination de Juppé, Hollande ne manquera pas d’arguments pour enfoncer ses clous: droite à bout de souffle, programme trop « libéral », mauvaise expérience de 1995, rigidité, manque d’empathie, etc.

Sur le fond, le programme d’Alain Juppé apparaît déjà comme maladroit et mal ajusté.

Contrairement aux prévisions, rien n’exclut donc que François Hollande ne devance les candidats républicains au premier tour l’an prochain.

L’inconnue Front National

Reste l’inconnue du Front National qui risque de changer la donne jusqu’à la dernière minute. Le positionnement politique de Marine Le Pen est encore incertain, notamment sur la question de l’euro, sur laquelle il est trop tôt pour y voir clair. Les résultats du Brexit devraient éclaircir quelques questions sur la capacité des peuples à faire le choix d’une rupture vis-à-vis de l’Union.

En l’état, en tout cas, le silence relatif du Front National et les fractures autour de la question de l’euro soulignent toute la difficulté pour Marine Le Pen et sa formation de dépasser le plafond de verre majoritaire.

La chance économique de François Hollande

Pour François Hollande, un facteur essentiel pourrait modifier radicalement la donne: le semblant d’éclaircie économique, qui pourrait donner aux Français le sentiment artificiel d’un retour à la croissance dû à la politique économique du Président. Cet effet-là pourrait être redoutable et bien plus fort que toutes les postures politiques.

Pourquoi Hollande a besoin de l’Euro 2016

Article écrit pour Atlantico.

François Hollande s’est fendu d’un passage à la radio pour parler de l’Euro 2016. Dans son cas, l’exercice était moins agréable qu’il ne pouvait l’espérer, puisqu’il a dû confesser qu’il maîtrisait très peu la situation du pays qu’il préside! entre risque terroriste et mouvements sociaux, la France donne la pire image d’elle-même dans la compétition mondiale. Raison de plus pour miser sur un sauvetage par le sport!

Le sport, cet opium du peuple

Face au naufrage en cours, François Hollande ne peut plus guère compter que sur les grandes messes sportives pour tenir.

De ce point de vue, l’Euro 2016 devient le (mauvais) prétexte pour cacher toutes les poussières sous le tapis. Qu’un Président de la République, aidé de son Premier Ministre et de sa première Ministre d’Etat, soit en position de supplier quelques fédérations syndicales contestataires de bien vouloir arrêter le conflit dans lequel elles se sont lancées depuis plusieurs semaines en dit long sur le désarroi du pouvoir et sur l’importance stratégique que François Hollande accorde à l’événement sportif.

Pour le Président, la grande messe de 2016 doit apporter plusieurs bénéfices. Un bénéfice inattendu d’abord, identique à « l’unité nationale » après le 7 janvier 2015: il faut mettre de côté tous les désaccords et se rassembler derrière le leader maximo pour assurer l’événement. Aucun des problèmes du pays n’est réglé, mais il ne faut plus s’en occuper.

Surtout, pendant que le peuple regarde des matches de football, il ne s’occupe plus de politique, de contestation ou de revendication. Du pain et des jeux! Et pour peu que l’équipe de France remporte des succès, rien n’exclut que la popularité du président en profite.

Voilà ce que Marx appelait l’opium du peuple.

Le football comme métaphore

François Hollande, dont le quinquennat s’achève dans une immense opération de communication dont la vacuité est totale, a bien compris l’intérêt de l’opium en situation de crise. Les ondes de France Inter lui ont donc permis de « faire peuple » en mettant la culture footballistique au service de ses intérêts.

Habitué aux figures rhétoriques, Hollande n’a pas hésité à filer la métaphore en comparant son mandat à un match de football.

«J’ai le poste qui est le plus important, celui permet à toute l’équipe, en l’occurrence la France, d’être en situation de réussir.»

Quel bonheur, de pouvoir exprimer une proximité avec le bon peuple des fans de football en donnant l’illusion d’une identité entre le spectacle qui se jouera dans quelques jours et la comédie du pouvoir! François Hollande a d’ailleurs eu ces mots remarquables:

« Il y a dans le sport une théâtralisation, jusqu’au coup de sifflet final on ne sait pas ce qui va se produire ».

La théâtralisation: le mot est prononcé.

Tourner la page des « sans-dents »

Politiquement, François Hollande devrait retirer un autre bénéfice induit de l’opération Euro 2016. En confessant qu’il aime le football et qu’il aurait voulu devenir footballeur, il joue un rôle habile où beaucoup pourraient le représenter en enfant des quartiers amoureux du ballon rond. L’occasion était trop belle pour ne pas être saisie: après un quinquennat où les Français ont beaucoup reproché au « président normal » d’être coupé de leur réalité, après un quinquennat marqué par l’expression « sans dents » sous laquelle François Hollande désignerait, dans l’intimité, nos concitoyens les moins fortunés, la sérénade du footballeur raté devenu président de la République est une grosse ficelle dont il ne faut surtout pas se priver.

C’est aussi à cela que sert le sport: à faire vivre l’illusion qu’un Président de la République partage les mêmes passions, la même culture, et la même vie que n’importe quel Français passionné de ballon rond. Là encore, la virginité se reconstitue à bon compte.

1 an de campagne pour garder son mandat

Alors que Nicolas Sarkozy avait entamé tardivement sa campagne électorale, jusqu’à perdre d’une courte tête face à son adversaire, François Hollande a la sagesse de la commencer très tôt et de se mettre en position de la gagner. Pour y parvenir, il applique avec constance les grands principes chiraquiens qui ont fait leur preuve.

Premièrement, il faut se camper dans la peau de l’homme « sympa ». L’exercice de ce soir en constituait un épisode et une illustration. Pour plaire, il suffit de faire des sourires et de faire des petites blagues.

Deuxièmement, il faut faire des cadeaux et des promesses aux électeurs, au besoin en mordant la ligne jaune. Par exemple, les chiffres du chômage tombent bien. Personne ne vérifie dans le détail la façon dont ils sont bâtis: tout le monde a envie d’y croire. Ajoutez-y les cadeaux à différents groupes d’électeurs (les enseignants, au hasard) et la cote de popularité a une chance objective de progresser.

Troisièmement, il faut communiquer à tout va en jouant sur la bonne volonté, et parier sur la chance. Les résultats économiques qui reviennent partiellement appuient ce raisonnement.

Hollande va-t-il renoncer à réformer?

Il existe toutefois encore et toujours une différence entre Hollande et Chirac. Le dernier avait bien compris que la réforme était une source inutile d’embarras. L’affaire du CPE le lui avait prouvé. Hollande fait encore mine d’agir. Mais, en bon chiraquien, il devrait y renoncer, peut-être à sa manière. Au lieu de retirer son projet de loi sur le travail, il pourrait choisir de le vider complètement de son contenu, non sans avoir épuisé son Premier Ministre à la tâche.

Les semaines à venir nous le diront, et confirmeront la probabilité d’une réélection à l’usure de François Hollande en 2017, non parce qu’il aura été le meilleur, mais parce qu’il sera le moins pire candidat de gauche.

Hollande, le plus anti-keynésien de tous

Hollande se prétend social-démocrate. L’analyse des chiffres montre que sa politique est pourtant fondamentalement anti-keynésienne et aux antipodes des préconisations économiques de la gauche réformiste. Les premières analyses de l’INSEE sur la comptabilité nationale 2015 le montrent.

1.042 milliards de recettes fiscales

En lisant le tableau de synthèse de la comptabilité nationale produit par l’INSEE, il est impossible de ne pas souligner les points les plus frappants de nos finances publiques:

Hollande

On notera que la totalité des recettes publiques dépasse les 1.165 milliards d’euros (pour un PIB de 2.181 euros…), dont 1.042 milliards d’impôts et cotisations sociales. Cette somme coquette est en soi un premier indice sur la logique économique qui prévaut au sein du gouvernement. Les impôts ont en effet augmenté de 2,1% en un an. Pas mal! mais pas très keynésien, dans la mesure où, dans le même temps, le mot d’ordre était de réduire le déficit public et, comme on le sait, Keynes préférait l’inverse: augmenter le déficit et baisser les impôts…

La lente mort de l’investissement public

Parallèlement à cet étouffement progressif par la recette publique, un autre phénomène anti-keynésien se produit: la baisse de l’investissement public. Sur l’ensemble des administrations publiques, celui-ci a baissé de 5% en un an, dont 10% dans les collectivités locales.

Cette stratégie de baisse de l’investissement public est l’élément le plus frappant de la politique économique actuelle. Alors que les dépenses publiques continuent à croître de 1% par an, l’investissement s’effondre.

Les mauvais esprits verraient dans ce désordre le produit d’une politique contra-cyclique. Augmenter les impôts et les dépenses publiques improductives en sacrifiant l’investissement n’est pas loin du diviseur keynésien! En tout cas, à rebours de la théorie de la social-démocratie, il faut bien admettre que la politique gouvernementale n’est ni très à « gauche » ni foncièrement tournée vers la croissance. Au-delà des postures, les chiffres sont têtus!

 

Le discrédit de Hollande, risque majeur pour les entreprises

Le discrédit de Hollande rend-il impossible l’exercice de son autorité et de son pouvoir constitutionnel? L’information vient de la bouche du rapporteur lui-même de la loi Travail, le député Christophe Sirugue: 40 voix socialistes manqueront au gouvernement pour faire adopter la loi Travail. Cet élément essentiel accroît le sentiment d’amateurisme et d’impréparation qui préside à l’ensemble du processus mis en branle par le gouvernement depuis plusieurs mois autour de cette loi. On se souvient ici qu’un bref débat avait eu lieu sur la nécessité de recourir ou non au 49-3 pour faire adopter le texte. Myriam EKhomri l’avait soutenu dans une interview avant d’être formellement démentie par le Premier Ministre. L’Histoire pourrait montrer qu’elle avait raison et lui tort. Quatre ans après l’arrivée d’une nouvelle majorité, ce genre de revirements, on en conviendra, fait tache et illustre le discrédit profond qui frappe le Président de la République.

L’alternative complexe de Manuel Valls

Face à l’indication donnée par Christophe Sirugue le jour même où le débat sur la loi commence en séance publique, Manuel Valls se trouve confronté à un dilemme complexe, si tant est qu’il veuille commettre la folie, en terme d’intérête général, de ne pas retirer son texte.

Première branche de l’alternative: il va au vote, et accepte donc de jeter du lest pour faire passer le texte auprès des 40 voix manquantes. La folie de cette solution est bien connue: la loi perdra tout son contenu « flexibilité », et verra son contenu « sécurité » enrichi. Cette voie est suicidaire pour le pays. On sera donc parti d’un texte supposé desserrer l’étau réglementaire qui étouffe les entreprises, et on arrivera à un texte qui le renforce.

Deuxième branche de l’alternative: Valls change son fusil d’épaule et donne sa préférence au 49-3. Ce revirement est toujours possible, puisque la Constitution limite l’usage du 49-3 à un seul texte par session. En revanche, il fâche l’opinion et la majorité et présente surtout l’inconvénient majeur de graver dans le marbre le texte tel qu’il est. Or, celui-ci est le résultat d’un compromis décevant, et Valls prend alors le risque de passer en force sur un texte qui ne satisfait personne.

Voilà qui s’appelle être pris dans la nasse.

FO prépare ses billes

Le choix, pour Manuel Valls, est cornélien et sera de toute façon mauvais. A lui, maintenant, de mesurer quelle issue est la moins pire.

Ses adversaires ne s’y sont pas trompés. Jean-Claude Mailly a désormais abandonné sa posture favorable au retrait du texte, et milite désormais pour une guerre d’amendements. Il sait pertinemment qu’à ce jeu-là, ce sont les 40 derniers députés qui remporteront la bataille, puisque leur coix aura un bénéfice marginal très supérieur à celui des premiers.

Pour les entreprises, cette affaire montre une nouvelle fois combien il devient urgent de changer de régime et de modifier en profondeur les institutions. Il n’est plus possible que les comptes d’exploitation se trouvent à la merci d’arbitrages hors sol qui ne reposent que sur des calculs politiciens.