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Burkini: la Ligue des Droits de l’Homme à front renversé

Dans l’interminable polémique de la burkini, la position de la Ligue des Droits de l’Homme mérite d’être attentivement étudiée. C’est en effet la Ligue qui a saisi le juge sur les arrêtés municipaux interdisant la burkini et qui, sans surprise, en a obtenu l’annulation par le Conseil d’Etat. Pour ce faire, elle a utilisé une batterie d’arguments qui interroge sur la visée ultime de son combat et sur la mutation profonde de la gauche face au multiculturalisme.

Pour beaucoup de Français, la Ligue est un acteur mal connu du jeu politique. Il est assez intéressant de suivre son évolution historique pour comprendre comment une partie importante de la gauche française, par haine du fait majoritaire, peut retourner du tout au tout ses positions historiques.

La Ligue des Droits de l’Homme et l’affaire Dreyfus

Initialement, la Ligue des Droits de l’Homme est créée pour structurer le camp dreyfusard. Face à l’appareil d’Etat qui organise la répression contre Dreyfus, il semble nécessaire aux partisans du capitaine de mettre en place une sorte de « lobby » décidé à défendre les libertés individuelles. En 1898, la Ligue se crée donc autour de ce thème:

A partir de ce jour, toute personne dont la liberté serait menacée ou dont le droit serait violé est assurée de trouver auprès de nous aide et assistance.

La Ligue et la prise illégale d’intérêts

La crédibilité de la Ligue rencontre assez vite ses limites à l’occasion de l’affaire des « petites fiches », en 1904. Sous le gouvernement Combes, le Grand Orient de France indique en effet qui sont les officiers républicains à promouvoir dans l’armée à partir d’un fichage en règle des militaires. Ce système de fiches met la Ligue, proche du Grand Orient, en position difficile. La Ligue peinera à désavouer cette violation des libertés qui lui profite.

On touche ici à l’ambiguïté traditionnelle des « donneurs de leçons », très hostiles au fait majoritaire et à l’ordre traditionnel, mais beaucoup plus tendres avec leurs intérêts immédiats.

La Ligue et l’anticléricalisme

Très rapidement, la Ligue ne se cantonne toutefois plus à cette question de libertés individuelles. Elle est en effet fondée par des radicaux socialistes, souvent francs-maçons, qui se passionnent pour la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Le sujet occupe la Ligue pendant plusieurs années. En particulier, la question du monopole de l’enseignement devient une sorte de poil à gratter interne: faut-il ou non autoriser l’enseignement privé, et tout spécialement l’enseignement confessionnel?

La Ligue crée à cette époque (le 31 mai 1909) une « commission du monopole de l’enseignement » dont le sujet est précisément de débattre de l’interdiction des écoles confessionnelles. Elle se ralliera progressivement au principe de l’enseignement libre, mais après bien des débats…

La Ligue et la soutane

On notera qu’à cette époque, la Ligue finit par abandonner son soutien temporaire à une motion proposée par plusieurs dizaines de parlementaires radicaux-socialistes, visant à interdire la soutane. L’affaire fera date, puisque la question de la soutane et de son autorisation fait encore partie du corpus de la Ligue. C’est d’ailleurs l’un des arguments mis en avant par son avocat dans l’affaire de la burkini, devant le Conseil d’Etat.

La Ligue et les procès de Moscou

Dans le flot des questions d’actualité qui vont assaillir la Ligue, on notera avec amusement la question des procès de Moscou, dans les années 30, qui intéresse beaucoup les ligueurs. Par un vote majoritaire, la Ligue reconnaît alors la culpabilité des accusés et valide donc leur élimination par Staline. Cet épisode ne semble pas avoir tempéré le caractère très péremptoire des prises de position de la Ligue vis-à-vis de ses adversaires. On citera ici le communiqué très violent à l’encontre de Manuel Valls dans l’affaire de la burkini. L’esprit de Moscou est toujours vivant.

La Ligue et l’affaire des abattoirs de Lyon

En novembre 1933, Herriot, député et maire de Lyon, sanctionne des fonctionnaires municipaux employés aux abattoirs de la ville, qui refusent de se soumettre à un exercice d’évacuation en cas d’alerte aérienne. Ceux-ci invoquent leur liberté de conscience et leur refus de s’engager dans une lutte contre l’armée allemande. La Ligue prend leur défense et dénonce les agissements de Herriot, pourtant ligueur lui-même.

On retrouve ici la préférence historique de la Ligue pour l’oppression extérieure plutôt que de soutenir le fait majoritaire. Plutôt le fascisme des autres que notre propre ordre militaire…

La Ligue, l’Islam et le fait majoritaire

Les positions de la Ligue vis-à-vis de l’Islam se situe dans la droite ligne de cette préférence pour le fascisme des autres. Ainsi, après avoir lutté pied à pied contre la domination catholique en France, la Ligue ne trouve pas de mot assez doux pour justifier la tolérance qu’il faut montrer vis-à-vis de l’obscurantisme religieux dont l’Islam est porteur.

Technique n°1 de la Ligue: le renvoi dos à dos

Pour tempérer le rejet de l’obscurantisme musulman, la Ligue utilise une technique vieille comme la tyrannie: le renvoi dos-à-dos.

Ainsi, la Ligue fonde son argumentation sur l’idée que l’Islam doit bénéficier du même traitement que l’Eglise catholique, comme si les deux religions étaient équivalentes. Cette posture est évidemment d’une parfaite mauvaise foi, puisque la Ligue a combattu l’Eglise pied à pied et ne combat absolument pas l’Islam. Et, bien entendu, la Ligue oublie de dire que le christianisme propose de « rendre à César ce qui appartient à César », alors que l’Islam propose un projet politique structuré (et pas seulement les salafistes comme certains semblent le croire).

Dans cette logique, la Ligue n’hésite donc pas à mettre sur un pied d’égalité les morts de Charlie Hebdo et les victimes d’agressions islamophobes.

Soutane et burkini, même combat?

Dans cet esprit, la Ligue aime expliquer que le port de la burkini n’est pas plus choquant que le port de la soutane. On s’amusera de cette imposture, puisque la soutane est réservée aux membres du clergé, alors que la burkini s’adresse à toutes les profanes. Le sophisme est splendide: plus c’est gros, mieux ça passe.

On relèvera que le même argument fallacieux a été utilisé (page 134 du document) par des représentants du culte musulman pour justifier le port de la burqa.

Technique n°2: subvertir les mots

Une autre technique utilisée par la Ligue pour défendre l’Islam consiste à subvertir le sens de la laïcité. En son temps, la laïcité fut utilisée pour désacraliser la société civile contre une religion dominante. Aujourd’hui, elle sert, dans l’esprit de la Ligue, à faire le lit d’une nouvelle religion qui a vocation à dominer. Dans les deux cas, c’est la laïcité qui est invoquée.

La Ligue sera la première victime de l’islamisation

Les Ligueurs ne veulent évidemment pas voir l’ambition politique de ceux qui nourrissent aujourd’hui la conscientisation des musulmans français. Il est pourtant évident que l’Arabie Saoudite, le Qatar, la Turquie, utilisent le culte musulman comme une arme d’influence et de déstabilisation sur le continent européen. Voilà ce qui s’appelle faire entrer le loup dans la bergerie… pour le plus grand malheur de la Ligue, car elle sera l »une des premières victimes de l’islamisation.