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Hulot épuisé par le conformisme des élites parisiennes

Les explications données par Nicolas Hulot sur les raisons de sa démission sont éloquentes. Elles illustrent à merveille la chape de plomb conformiste et sans vision que les élites parisiennes ont imposée au pays. Dans le débat du « combattre le système de l’intérieur ou de l’extérieur », la réponse des gens de bonne volonté porte de plus en plus au combat de l’extérieur.

On peut parier qu’Emmanuel Macron se serait volontiers passé de la démission de Nicolas Hulot pour sa rentrée politique. Après la succession d’affaires cet été, puis des annonces budgétaires impopulaires (notamment du fait de leur manque de vision), le départ fracassant, plein de panache, d’un ministre emblématique de ce que le macronisme pouvait apporter n’arrange pas la popote de l’exécutif.

 

Un an, le temps d’un désenchantement

En écoutant les propos tenus par Nicolas Hulot ce matin, forcément, on se dit que les espérances nourries par la candidature Macron auprès de certains électeurs n’étaient que des illusions. Le mythe d’un homme nouveau capable de changer le « logiciel politique », selon une expression douteuse, a vécu.

On peut penser qu’Hulot a tort, qu’il aurait dû faire autrement. Il n’en demeure pas moins que sa déception face à la lenteur du Président de la République et face à sa manière « à l’ancienne » de gouverner, conforteront beaucoup de Français dans le sentiment qu’Emmanuel Macron les a trompés sur sa véritable nature.

C’est ce qu’on appelle le désenchantement.

Critique de la méthode des petits pas

La principale raison invoquée par Nicolas Hulot pour quitter le gouvernement tient à la lenteur des réformes, et au manque d’enthousiasme et de vision avec laquelle l’exécutif intègre l’écologie. Hulot n’accuse pas Emmanuel Macron d’être contre l’écologie. Il lui reproche juste de ne pas aller assez vite, et même d’aller beaucoup trop lentement.

C’est un constat qu’on pouvait dresser (et l’auteur de ces lignes n’a pas manqué de le faire) dès l’automne 2017, où le premier budget préparé par le gouvernement Philippe témoignait d’une frilosité et d’un manque d’imagination qui ne se sont guère améliorés depuis. À l’époque, il était de bon ton, dans les salons parisiens, de stigmatiser les mises en garde sur le décalage entre les postures de rupture et de renouvellement, et la réalité politique d’un hollandisme un peu dopé, mais fondamentalement tiède.

Un an plus tard, la mollesse du macronisme, habilement dissimulée par une rhétorique qui ne pouvait pas faire éternellement illusion, apparaît au grand jour.

Hulot et la théorie du choc

Hulot a dit avec une sincérité qui l’honore sa volonté de voir l’univers politique français rompre avec ses vieux démons productivistes et entrer dans une vision alternative. Cette proposition mérite d’être entendue, car il ne plaide ni pour une rupture avec le marché, ni pour des choix utopistes à la Maduro. Il demande juste que ce qui est possible immédiatement pour inverser la courbe d’un développement nocif soit entrepris au lieu d’être remis à plus tard.

Ce qu’il demande, au fond, c’est un choc idéologique et une action politique qui en découle. Beaucoup, parmi ceux qui ont voté Macron, attendaient cela et découvrent aujourd’hui que Macron n’est pas l’homme du choc. Il est l’homme de la continuité améliorée, celle qui brasse beaucoup d’air avec une infinité de lois dont la portée est faible. On occupe le terrain de la communication, on travaille beaucoup, mais d’un travail qui occupe sans être une action concrète.

Progressivement, la France se rendra compte que la réforme n’est pas la solution, et que les réformes le sont encore moins. Le problème n’est pas de changer les doses dans des recettes qui ne marchent pas. Le problème est de changer la recette elle-même.

Cela s’appelle un choc. Il interviendra tôt ou tard.

Hulot face au conformisme des élites parisiennes

Avec beaucoup d’émotion, Hulot a donné un bon portrait de la réception qui attendait ses idées dans les cercles du pouvoir. L’inlassable « mais sois patient », « mais tu veux aller trop vite », pendant que les lobbyistes avaient portes ouvertes un peu partout, a fini par le lasser.

Là encore, Hulot n’a pas prononcé d’imprécations. Il a juste partagé le constat simple du conformisme des élites parisiennes face à l’urgence écologique. Ce conformisme est celui de la réforme progressive, des arrangements constants avec la réalité, avec l’immobilisme. C’est aussi celui du confort de rester dans ses certitudes, et de refuser, de dénier, toute autre approche possible.

Il faut avoir fréquenté les cercles du pouvoir pour sentir, beaucoup plus que comprendre, cet attachement instinctif, existentiel, de nos élites à un corps de doctrine parfois inconscient. Tous ces gens se pensent les plus intelligents du monde (et qualifient de « populiste » tout ce qui ne leur ressemble pas), mais l’essentiel de leur conduite, de leurs décisions, de leurs actions, est dicté par des certitudes transmises obscurément et qu’ils sont le plus souvent incapables de justifier. Par exemple, une bonne réforme est forcément lente. Par exemple, l’écologie, c’est un gadget.

Ces gens-là ont eu raison de Nicolas Hulot et de sa bonne volonté. Comme ils ont nourri la montée des « populismes », qui ne sont guère que des réactions à l’arrogance de leur élitisme stupide.

L’impossible réforme du système « de l’intérieur »

Reste que face aux sourires sardoniques de ces hauts fonctionnaires qui vous expliquent sans contestation possible que seule leur vision parisienne est possible, et que le reste est un scandale inacceptable, Hulot a apporté la réponse qu’il fallait à la seule question qui vaille: le relèvement collectif est-il possible « de l’intérieur », ou non? Depuis ce matin, une figure éminente de ce pays a prouvé par l’exemple que la réforme de l’intérieur était à la fois un piège et une illusion.

Non, la France ne se relèvera pas en conservant ses élites intellectuelles, avec leurs réflexes imbus d’eux-mêmes, mais frileux, dépassés et sans imagination. Seul un choc externe nous permettra de revenir à la hauteur de ce que nous devons être.

Macron toujours à reculons sur son programme

Article écrit pour le Figaro Vox

Emmanuel Macron a dévoilé, paraît-il, son programme économique et social, qui s’appelle plutôt « premières orientations » de son projet. Le texte, qui n’est pas disponible sur son site de campagne, complète partiellement les discours et le livre du candidat. Il oblige à s’interroger sur l’épaisseur du candidat face aux enjeux auxquels il se frotte.

De premières propositions en premières orientations

Dans tous les cas, le programme de Macron se fait attendre. Les plus bienveillants vis-à-vis de ce chouchou médiatique diront qu’il adopte tous les codes du teasing Apple pour vendre un nouveau modèle d’Iphone, à cette nuance près qu’il s’agit ici de la politique de la nation et pas d’un produit de grande consommation. Les plus persifleurs verront leurs doutes confirmés sur l’épaisseur idéologique du candidat et sur sa véritable cortication. A-t-il une vision pour la France, ou empile-t-il les études marketing pour savoir ce que les Français ont envie ou sont prêts à entendre, et pour mesurer les caractéristiques possibles de son « offre différenciante » par rapport à ses rivaux?

Poser la question, c’est probablement y répondre.

Macron slalome en hors piste

Ce qui est sûr, c’est que Macron évite soigneusement les sujets qui fâchent et qui seraient susceptibles de le fâcher avec une partie de son électorat putatif. Il ne prend par exemple aucune position sur les finances publiques: faut-il augmenter les impôts? les diminuer? dans quelle proportion faut-il baisser la part de la dépense publique dans la richesse nationale?

Ce n’est pas en lisant le programme de Macron que l’on trouve des réponses à ces questions essentielles. Elles déterminent en effet le financement de tout programme une fois arrivé au pouvoir. Là encore, les plus optimistes diront que Macron ne veut s’interdire aucune hypothèse. Les plus sceptiques se conforteront dans la conviction que Macron demande un blanc-seing pour faire ce qu’il veut une fois vainqueur, s’il devait gagner. Ce qui est une façon bien ancienne et bien peu prometteuse d’être « moderne ».

À ce stade, en tout cas, Macron refuse de skier sur les pistes officielles et choisit des chemins de traverse pour avancer ses idées.

Des propositions encore extérieures au « comment on fera »

D’où le sentiment qui émane aujourd’hui du candidat: il aligne les propositions flatteuses, séduisantes, mais il se garde bien d’entrer dans le détail des mises en oeuvre. La vente, en quelque sorte, n’a pas encore commencé.

Par exemple, les propositions de Macron sur les retraites. Aujourd’hui, on surfe sur une vague sympathique: les assurés sociaux doivent pouvoir partir à la retraite à l’âge de leur choix, suggère le candidat. L’idée n’est pas nouvelle et même est bien connue: elle s’appelle la retraite notionnelle. Elle est mise en oeuvre en Suède et en Italie. Dans le cas de l’Italie, le basculement du système de répartition (proche du système français actuel) vers le nouveau dispositif s’étage sur une période de 40 ans. En Suède, le gouvernement a dû renoncer à appliquer la réforme sous sa forme pure et dure car elle conduisait à baisser autoritairement le niveau des pensions versées.

Ce qui compte, dans la réforme systémique des retraites, c’est bien entendu d’expliquer clairement aux Français ce vers quoi ils se destinent, et comment on fera pour y arriver. Sur tous ces points, Macron reste muet, et c’est démocratiquement gênant. Une chose est en effet d’adhérer à l’idée, autre chose est de la réussir ensemble.

Macron a-t-il senti les sujets de 2017?

Pour le reste, on se pose quelques questions sur le flair politique du bonhomme. Son programme apporte des réponses à des questions qui se posaient déjà lorsqu’il était ministre, et sur lesquelles il n’innove pas vraiment. Sa proposition d’assouplir les 35 heures par accords d’entreprise ou de branche est désormais vieille comme le monde, et ne répond pas aux questions qui agitent les entrepreneurs (les vrais, pas les inspecteurs généraux des finances passés par la banque).

Par exemple, Macron propose des mesures en faveur de l’investissement privé. Bravo! mais quelle porte ouverte enfoncée avec fracas! mais le sujet des entrepreneurs en 2017 n’est pas, ou pas seulement, bien loin de là, l’accès à l’investissement. Il suffit de lire les chiffres de l’INSEE pour comprendre que l’enjeu majeur des entreprises se situe sous les 80.000 euros et n’est pas de nature financière.

En revanche, les entrepreneurs français sont étranglés par la complexité réglementaire, qui ne cesse de s’approfondir, de proliférer, d’empirer. Et vas-y que je te mette une couche de pénibilité, vas-y que j’y ajoute un compte personnel d’activité, et que j’aggrave le tout avec un prélèvement à la source qui sera dévastateur pour les frais de gestion des entreprises.

Que propose Macron sur ces sujets brûlants, qui sont autant de freins à la prise de risque en France, et qui se poseront probablement avec acuité en 2017?

Manifestement, les études marketing menées par son équipe n’ont pas encore identifié le sujet, et le candidat n’en dit rien de particulier.

Macron tue-t-il définitivement toute candidature de gauche?

La candidature d’Emmanuel Macron annoncée aujourd’hui diminue-t-elle de façon irrémédiable les chances que la gauche pourrait avoir de gagner? S’il est encore beaucoup trop tôt pour imaginer à quoi pourraient ressembler les résultats du premier tour des présidentielles, certains, à gauche, peuvent légitimement redouter que la candidature de Macron ne produise les mêmes résultats que celle de Christiane Taubira en 2002…

Macron chouchou des sondages pour la gauche

Certes, la campagne n’a pas encore commencé à gauche. Le paysage politique est donc loin d’y être fixé. De façon constante, néanmoins, Macron y est décrit comme favori par plusieurs sondages. Il devance largement à la fois Arnaud Montebourg et Jean-Luc Mélenchon.

Redisons-le, ni Montebourg ni Mélenchon n’ont réellement donné le plein de leur campagne. Toutefois, l’un et l’autre ne pourront complètement ignorer le candidat Macron, dont les propositions sont encore largement inconnues. Ce dernier reçoit toutefois le soutien des partisans d’une gauche libérale modernisée dont le poids électoral exact est encore méconnu. Mais il est très probable que Macron représente plusieurs points de scrutin le jour de la présidentielle, soit au moins un million de voix. Peut-être plus…

La terrible mathématique des présidentielles

Un, deux, trois millions de voix (soit environ 6% au premier tour): ces chiffres mettent la gauche en risque manifeste. À la louche, 37 millions de Français devraient voter au premier tour en 2017. Pour obtenir 25% des voix, il faut donc décrocher entre 9 et 10 millions de voix.

Au premier tour de 2012, Hollande avait obtenu 10,2 millions de voix et Sarkozy 9,7 millions de voix. Marine Le Pen, donnée en tête du premier tour l’an prochain, avait récupéré 6,4 millions de voix. Ces chiffres donnent des bornes hautes significatives: pour se qualifier au second tour, il faut décrocher entre 6 et 10 millions de voix.

L’expérience de 2002 est encore plus parlante. L’abstention avait atteint 30% au premier tour et moins de 30 millions de Français avaient voté. Jacques Chirac avait viré en tête avec 5,6 millions de voix, et Jean-Marie Le Pen en avait obtenu 4,8 millions. Jospin avait été éliminé avec 4,6 millions. Il s’agit là de bornes basses: avec moins de 5 millions de voix, le candidat est en risque d’élimination.

La physionomie de 2017

En l’état, la présidentielle de 2017 pourrait donner lieu à un scénario intermédiaire entre 2002, avec beaucoup de candidats au coude-à-coude autour de 5 millions de voix, et 2012, où deux candidats s’étaient détachés autour de 10 millions de voix dès le premier tour.

Une projection simple laisse à penser qu’avec près de 7 millions de voix, Marine Le Pen pourrait être qualifiée au second tour. Si elle « virait » en tête, cela signifierait donc que son challenge se situerait autour de 6 millions de voix. Mathématiquement, ce calcul laisse la place à deux candidatures majeures à droite: l’une issue de la primaire, et l’autre contestant les résultats de cette primaire.

Dans cet ensemble, un candidat de gauche pourra-t-il rivaliser avec un duo Le Pen-Les Républicains? Toute la question est là: la gauche doit se trouver un candidat capable de dépasser les 6 millions de voix au premier tour.

Macron peut-il être le meilleur candidat de la gauche en 2017?

Face à ces chiffres, Macron, crédité (sur des échantillons non significatifs de 1.000 personnes) de 34%, peut en l’état créer une surprise. Cela suppose toutefois que ces bons scores durent par-delà la campagne de la gauche qui va commencer, et se traduisent dans les urnes.

On peut penser que la primaire de la gauche modifiera fortement la physionomie de la campagne menée par Macron. Personne ne sait, en l’état, si Hollande ou Valls seront candidats. Personne ne sait quel sera le score de Montebourg. Toutes ces inconnues pèsent fortement sur la recomposition des espérances de vote. Une primaire avec Hollande battant Montebourg ne donnerait absolument pas les mêmes chances de succès à Macron, qu’une primaire sans Hollande avec une forte victoire de Montebourg.

Dans tous les cas, un Macron obtenant 5% des voix au premier tour enlèverait à la gauche environ 2 millions de voix à son camp, ce qui est énorme.

Le fait Mélenchon incontournable

Dans ce paysage complexe, rappelons encore qu’en 2012, Mélenchon avait totalisé près de 4 millions de voix. Tout laisse à penser que son score de 2017 ne devrait pas se situer au-dessous de cette ligne de flottaison. Ses chances seront accrues si les militants communistes lui accordent leur confiance.

Une hypothèse d’un Mélenchon situé probablement entre 4 et 5 millions de voix rend particulièrement sensible la candidature Macron. Le couple Macron-Mélenchon pourrait constituer une sorte de trou noir d’au moins 7 millions de voix pour la gauche… soit près du quart du corps électoral qui se déplacera probablement aux urnes en mai 2017.

On le voit, la situation devient très compliquée pour le candidat de gauche restant. Le maintien d’une candidature écologiste, et de candidatures anti-capitalistes, n’aidera pas à passer le cap du premier tour au vu de la portion congrue qui reste.

Macron dans la durée…

L’inconnue majeure qui reste est de savoir quelle peut être la durée de vie d’un Macron. Pour l’instant, l’intéressé n’a pas dévoilé son programme et peut surfer sur le mythe de l’homme nouveau qui « rompt » avec le système. On peut parier que cet effet s’amoindrira, voire disparaîtra, à mesure qu’il sortira de ses ambiguïtés. On peut même compter sur ses amis de gauche pour ne lui faire aucun cadeau sur ce sujet.

Ce qui se jouera dans les prochaines semaines porte sur le manteau de voix que Macron devrait recueillir. Soit Macron parviendra à maintenir l’illusion (drolatique) qu’il n’est pas issu du système (lui, l’inspecteur général des finances enrichi dans la banque d’affaires), et il peut espérer s’approcher du second tour. Dans ce cas, il fossoiera définitivement l’ensemble de la gauche.  Soit la baudruche Macron se dégonfle, et la gauche retrouve une chance de passer au deuxième tour. Plus la baudruche se dégonflera, plus grande sera cette chance.

Macron, principal ennemi de la gauche

Pour le candidat issu de la primaire à gauche, il y aura donc une urgence: tailler des croupières à Emmanuel Macron. Une certitude est acquise aujourd’hui et une seule. La campagne de la gauche sera sanglante dans ses propres rangs, et produira l’effet probable d’une implosion atomique.

Macron assumera-t-il son bonapartisme?

Article écrit pour Atlantico.

Tiens! Emmanuel Macron déclare sa candidature, avec une interrogation majeure sur son angle d’attaque: assumera-t-il ou non le bonapartisme intrinsèque de son geste? Macron ne s’appuie en effet sur aucun parti ni sur aucun mandat pour partir à l’assaut de l’Elysée. Sa décision ne manque pas de panache. Elle se heurte toutefois à une difficulté historique de la politique française.

La tentation bonapartiste

Dans la candidature de Macron, il y a bien une sorte de relation historique entre les électeurs et lui. L’homme s’adresse directement au peuple, à l’opinion publique, en suivant une démarche qui n’a rien à envier à une mission de consultant dans une entreprise: phase de diagnostic, travail collaboratif, restitutions en bonne et due forme. Macron est concentré sur sa campagne comme un junior du Boston Consulting Group. Il en ressort quand même le sentiment d’une audace qui n’est pas déplaisante et qui attire plutôt la sympathie. Ce n’est pas tous les jours qu’on tombe sur un candidat à la présidence qui défie les appareils officiels.

Cette relation singulière entre un homme et le corps électoral ressuscite bien le geste bonapartiste, et le projet ne manque pas de marquer les esprits.

Macron a-t-il les épaules d’un sauveur?

Reste à savoir si, au-delà des soutiens dont il bénéficie dans l’élite parisienne, Macron est taillé pour ce rôle de sauveur qu’il entend jouer. L’opinion publique française, on le sait, est exigeante. Elle aime que son président soit blanchi sous le harnais, qu’il fasse preuve d’endurance en subissant pendant plusieurs années l’épreuve électorale.

Jusqu’ici, Emmanuel Macron est passé à côté de cette loi du genre. Les sondages semblent lui conférer une réelle popularité à gauche, sans qu’il n’ait eu à user ses fonds de culotte sur les bancs des scrutins. Encore faut-il que sa candidature fasse long feu et qu’il survive au premier choc de la primaire à gauche. Ce sera son épreuve de vérité.

Le précédent de Ségolène Royal

Pour parvenir à ses fins, Macron use d’une technique dans laquelle certains verront un artifice: le programme collaboratif qui, décidément, devient une tarte à la crème de la politique française.

D’une manière générale, les programmes collaboratifs sont compliqué à faire vivre de façon sincère, dans la mesure où l’intelligence collective qu’il faut déployer pour réussir l’exercice est colossale. Les annonces de Macron méritent donc d’être prises avec un certain recul.

Ce recul est d’autant plus nécessaire que Macron s’affranchit du code implicite selon lequel seul un élu peut se présenter à l’élection présidentielle. Comme Ségolène et la « Ségosphère » de 2007, Macron devra donc réussir l’exploit de concilier une démarche bonapartiste très volontaire avec une logique de collaboration liquide. Ce mariage de la carpe et du lapin, de l’autorité et de l’écoute, de la verticalité et de l’horizontalité, est tout sauf simple à réussir.

Combien de temps la candidature Macron durera-t-elle? On suivra les sondages avec attention pour suivre l’évolution de ce parcours hors norme dont on a le sentiment qu’il se situe en permanence sur une ligne de crête. Mais c’est peut-être cela la politique: atteindre son objectif par un chemin escarpé, et sans trébucher.

Macron refait la façade mais ne touche pas aux murs

Percuté par l’élection de Trump, le message passé cette semaine dans les colonnes de l’Obs méritait qu’on y revienne quelques instants. L’intéressé a d’ailleurs obtenu qu’un article gratuit fasse la synthèse de son interview (diffusée en payant), ce qui, en soi, témoigne d’une certaine lucidité sur le poids de la presse à abonnement et sur l’indispensable adresse gratuite aux internautes. Bref…

Macron et le Nouvel Obs

On a entendu, il y a quelques jours, Claude Perdriel dire à la radio tout le bien qu’il pensait de Macron. Daniel Schenidermann a assez justement fait observer que l’Obs encore entre les mains de Perdriel a conservé, depuis 2012, trois couvertures à Macron en le présentant chaque fois de façon très favorable. Les repreneurs de l’Obs (le fameux trio Niel, Bergé, Pigasse) partagent visiblement la même idée de Macron.

Incontestablement, Macron est l’homme sur qui la gauche caviar parie, et elle ne manque pas de le faire savoir. L’élection de Trump vient de montrer que ce genre de soutien pouvait parfois se retourner contre celui qui en bénéficie.

Un programme ou une ébauche de programme

Ce que l’Obs présente comme huit propositions-choc met un peu mal à l’aise. Certes, il s’agit de propositions, et elles sont bien huit. Mais enfin, remarque n°1: elles ne constituent quand même pas le choc du siècle. Et surtout, remarque n°2: elles restent quand même lacunaires et très incomplètes au regard de ce qu’un citoyen peut attendre d’un candidat à une élection présidentielle. Les mauvaises langues remarqueront d’ailleurs qu’elles ne font l’objet d’aucun chiffrage, ce qui gêne un peu aux entournures lorsqu’il s’agit de retraite ou d’école.

La question de la carte scolaire

Tiens! prenons la question scolaire. Macron propose deux mesures sur ce sujet, et on en reste un peu pantois.

Première mesure: réformer la carte scolaire.

Emmanuel Macron défend une vraie réforme de la carte scolaire. « On doit absolument la faire évoluer », affirme-t-il (…)

L’intention, tout le monde la partage et peut la comprendre. Mais ce sujet revient sur le tapis depuis 10 ans, et les multiples réformes qui interviennent régulièrement n’ont jusqu’ici rien changé à la réalité. Cet immobilisme, pour aller vite, s’explique par une raison simple: les réformes ont toujours été trop timides et la notion même de carte scolaire pose problème.

Alors quelle réforme de la carte scolaire Macron propose-t-il? Mystère et boule de gomme. On en saura pas plus, et c’est bien ce qui crée le malaise dans cette interview: on peine à transformer les « propositions choc » en programme effectif. Macron donne le sentiment de repeindre la façade pour mieux garder les murs intacts.

Le candidat nous annonce-t-il déjà un grand immobilisme social sous le vernis du changement?

La question de l’autonomie des établissements primaires

Parallèlement, toujours dans le domaine éducatif, Macron propose une autonomie pédagogique dans les établissements primaires.

« une vraie autonomie pédagogique pour les établissements »

Cette tarte à la crème donne là encore l’illusion du changement… pour mieux garder les meubles. Sans entrer dans la complication de la réforme éducative, on rappellera ici que Luc Ferry avait, en son temps, imaginé de réformer le système scolaire en commençant (logiquement en apparence, mais en apparence seulement), par le premier degré. Il se réservait le temps de réformer par la suite le collège, le lycée, puis l’université.

L’expérience (jamais clairement tirée de cet échec) montre pourtant que la pédagogie du premier degré est façonnée par les degrés supérieurs. On prépare les élèves à quelque chose. Tant qu’on ne réforme pas ce quelque chose, on ne change rien à l’école.

Une proposition novatrice sur l’école consisterait donc à réformer l’université et le lycée pour entraîner le reste de la machine. On sait d’ores et déjà, donc, que le projet de Macron échouera. D’autant que le sujet de fond n’est pas celui de l’autonomie pédagogique, mais bien celui de l’autonomie administrative des établissements, sujet abondamment traité par la Cour des Comptes, avec beaucoup de clairvoyance, depuis trois ans.

Bref, on peine à lire dans le programme de Macron, en l’état, le séisme que ses amis de l’Obs y voient.

Les retraites, un sujet non évalué par Macron

On dira pire encore du discours de Macron sur les retraites. L’intéressé propose en effet une formule Canada Dry qui laisse vraiment sur sa faim:

Partir à la retraite « à 60 ans, à 65 ans ou à 67 ans », en fonction des individus, des métiers exercés, des situations personnelles, pour Emmanuel Macron, tout doit être possible :

« Il faut pouvoir moduler selon les individus et les situations. Si on se contente d’appliquer des critères de pénibilité de manière arbitraire, on ne fera que recréer des régimes spéciaux. »

Tout doit être possible? soit partir à 60, 65 ou 67 ans? Là, pour le coup, on est très loin de ce qui est possible. Dans un système de retraite par points, on peut partir avant 60 ans et ou après, à une date de son choix. Mais, dans le flou de la proposition macronienne, on ne touche pas à la technique actuelle de constitution des droits. On en reste, semble-t-il, à un système à prestation définie.

Alors, comment finance-t-il cette réformette-choc, Macron? Probablement en pratiquant des décotes pour les salariés qui choisissent de partir plus tôt. Mais il faudra l’expliquer clairement à tout le monde, au risque de créer une forte déception. Et, pour le coup, le système existe déjà. Il n’a rien de révolutionnaire.

Un sentiment d’impréparation

Tout ça pour ça, a-t-on envie de dire? Attendre plusieurs mois pour accoucher de solutions déjà cramées et qui sont en réalité d’être loin d’être des réformes audacieuses pour finalement lancer des idées dont on peine à voir les modes de financement ou de réalisation: c’est prendre le risque de décevoir le jour en tendant à ses adversaires des bâtons pour se faire battre.

Et c’est bien dommage pour Macron, puisqu’on sent bien qu’il existe une frange de l’opinion qui attend avec impatience de libéralisme de gauche sur lequel le candidat joue sur du velours pour avancer.

Macron trop soutenu par la gauche caviar?

Une chose est sûre en tout cas: on sait à quoi sert aujourd’hui le rachat des grands titres nationaux par les tycoons du capitalisme français. Tous ces organes de presse sont autant de porte-avions qui servent, le jour J, à lancer des armadas de soutien à un candidat aux présidentielles, qu’on fabrique de toutes pièces de préférence pour qu’il doive tout s’il est élu, qu’il ait une dette colossale à rembourser tout le temps de son mandat. Macron est l’homme choisi par la gauche caviar pour occuper ce costume de l’obligé qu’on a aidé à devenir président de la République, et qui, en contrepartie, ne doit pas toucher aux subventions aux medias ni aux réglementations qui favorisent les petits copains.

En attendant que Macron dévoile ses propositions économiques, on restera donc sur sa faim. Avec beaucoup d’étonnement, car on découvre que la République peut propulser à des postes aussi brillants, et aussi vite, des gens qui, finalement, n’ont pas beaucoup d’idées sur ce qu’il faut faire pour relever le pays. Et qui pensent qu’une réfection de façade suffit à sauver un édifice.

Macron veut fluidifier le marché du travail – le cas de la démission

Article écrit pour Atlantico.

Emmanuel Macron, dans son interview au Nouvel Observateur (dont l’effet a souffert de l’élection de Trump aux Etats-Unis), dévoile une partie de son programme. Entre autres propositions techniques qui pourraient faire réagir, on notera cette idée d’autoriser le versement d’allocations chômage aux salariés qui démissionnent. L’idée correspond bien au personnage: débloquer de façon pragmatique des situations qui n’ont plus beaucoup de sens.

La démission et ses tabous historiques

Aujourd’hui, les salariés qui démissionnent n’ont pas droit à l’allocation chômage. Cette dernière est en effet versée aux salariés involontairement privés d’emplois. Or les salariés qui démissionnent n’entrent pas, à bon droit, dans cette catégorie. La démission est donc privatise d’allocation chômage.

En proposant de revenir sur ce mécanisme, beaucoup accuseront Macron de faire entrer un gros ver gourmand dans un fruit déjà pourri par les déficits. Le régime chômage (que Macron propose par ailleurs de nationaliser) cumule en effet une dette supérieure à une année de prestations, et il n’existe pas d’unanimité (parmi les partenaires sociaux) pour enrayer le phénomène. En proposant d’accroître les situations où les indemnités peuvent être versées, Macron élargit donc le déficit au lieu de le réduire.

Une dégradation de la valeur travail?

Contre cette mesure, on entend déjà les critiques existentielles. Comment peut-on indemniser un salarié pour une situation qu’il a choisie. L’indemnisation est en effet, en droit « vulgaire », la réparation d’un dommage subi. En démissionnant, le salarié ne subit rien. Au contraire, il agit.

La proposition de Macron apparaît donc bien comme un encouragement discret à quitter son emploi pour des raisons totalement intéressées. Les employeurs ont tous en tête l’exemple de ces salariés qui ont suffisamment d’ancienneté pour être indemnisés et qui cherchent la petite bête pour être licenciés: l’indemnisation qu’ils espèrent après leur licenciement est un élément de motivation… pour rompre le contrat de travail.

Cette attitude sera évidemment nourrie par la proposition du candidat Macron.

Des effets pervers non désirés

Mais il est vrai qu’en privant les démissionnaires de toute indemnité, la réglementation en vigueur produit de véritables effets pervers.

C’est le cas pour tous ceux qui s’ennuient au travail, ou qui ne s’y sentent pas bien, ou qui sont en conflit avec leur environnement. Leur appétence pour l’entreprise qui les emploie baisse au point que quitter son emploi devienne une obsession, un souhait profond.

On sait, en l’état du droit, comment se solde cette situation dans la plupart des cas: le salarié cherche des prétextes pour partir, essaie de pousser l’employeur à la faute, et la situation dégénère. Parfois les deux parties s’entendent sur une rupture conventionnelle, qui permet au salarié de partir en gardant le bénéfice de l’allocation chômage. L’absence d’allocation chômage pour les démissionnaires peut donc pousser à des comportements contentieux qui  déstabilisent la vie de l’entreprise.

Le pragmatisme Macron

En ce sens, la proposition de Macron peut éviter des moments désagréables au chef d’entreprise, et désengorger les prud’hommes. Rappelons que plus de la moitié des ruptures de contrats de travail s’explique par des démissions. C’est dire l’ampleur financière de la proposition de Macron (mal valorisée aujourd’hui) et l’impact qu’elle peut avoir sur la vie en entreprise.

Dans la pratique, on saluera son pragmatisme. Certes, intellectuellement, elle est choquante au premier abord, dans la mesure où elle « renverse » les valeurs. Mais elle aborde un sujet de préoccupation important pour les Français et elle pourrait modifier la face des relations de travail en entreprise. Au lieu de chercher la faute pour partir dans des conditions financières acceptables, le salarié malheureux pourra partir dans des conditions claires et des délais rapides.

On assiste ici au combat du pragmatisme contre la morale, et il est probable que Macron doive tôt ou tard clarifier sa position sur ce sujet.

De l’assurance contre le risque à la sécurité sociale professionnelle

En fait, Emmanuel Macron propose, sans le dire clairement, que le régime d’indemnisation du chômage perde son caractère assurantiel de protection contre le risque chômage, au profit d’une logique sensiblement différente qui tient en un mot simple: fluidifier les ruptures de contrat.

La proposition ne manque pas d’intérêt. Elle illustre une démarche pragmatique d’un « insider ».

Reste à savoir combien elle coûte pour un régime déjà exténué financièrement. Sur ce point, Macron ne dit rien, mais l’idée qu’il promeut de sécurité sociale professionnelle mise en place de façon somme toute volontaire, mais discrète, avec des droits attachés au contrat et non à la personne, a un inconvénient: elle n’est pas chiffrée budgétairement.

Macron a-t-il déjà fait pschitt?

Emmanuel Macron peut-il encore apparaître comme une candidature crédible, ou a-t-il déjà fait « pschitt », pour reprendre l’expression de Jacques Chirac à propos de l’une de ses affaires judiciaires? La semaine qui s’est écoulée laisse à penser que le champignon Macron, poussé brutalement après la pluie gouvernementale, a fini sa croissance et qu’il pourrait bien entamer une pente de déclin.

Macron n’a pas atteint ses objectifs

En lançant son mouvement En Marche, le jeune Macron avait annoncé des objectifs de production et de diagnostic dignes de l’Armée Rouge. En particulier, il promettait 100.000 questionnaires aux Français pour comprendre les sujets qui les intéressent. Dans la pratique, il aura recueilli 25.000 réponses, affichant de nombreuses autres « conversations ».

Ce chiffre fait un peu mauvais genre, dans la mesure où il laisse entendre que la mayonnaise Macron n’a pas vraiment pris sur le terrain.

Une méthode digne d’un consultant du BCG

Pour mener à bien son opération de candidature, Macron a développé une sorte de matrice piochée dans les diaporamas des cabinets de conseil: un diagnostic partagé, une restitution, un programme. La méthode en elle-même interroge, dans la mesure où le candidat donne le sentiment de ne pas avoir de vision, et de chercher simplement à dire ce que les Français ont envie d’entendre.

Pour l’instant, Macron en est à la phase de diagnostic. On croirait une adaptation fidèle d’une démarche RGPP.

Tout ça pour ça?

Au final, Macron a produit, lors de son discours de Strasbourg, un diagnostic extrêmement décevant sur l’état de la France et de ses envies, au point qu’on se demande pourquoi il a mobilisé autant d’énergie pour redire ce que tout le monde sait depuis longtemps. Le pire est que tout cela est formulé dans un sabir fastidieux:

Des propositions obsolètes

Comble de malheur, non seulement Macron a retiré des énergies qu’il a mobilisées un diagnostic pauvre, mais il n’a formulé aucune proposition novatrice. Pour répondre à la méfiance profonde des Français vis-à-vis de la politique, il a simplement milité en faveur d’une introduction d’une dose de proportionnelle aux élections législatives, et d’une commission citoyenne tirée au sort telle que l’avait proposée Ségolène Royal en 2007.

C’est bien court, jeune homme, au vu des attentes que vous aviez soulevées!

La catastrophe de la laïcité revancharde

Autre sujet de discorde (il fallait bien qu’il vînt tôt ou tard): la laïcité. Dans une interview tonitruante à Marianne, Macron a commencé à s’aventurer sur des terres glissantes où sa légitimité est moins spontanée. Voici un résumé des formules qui fâchent, qu’il a pu utiliser:

Même chose sur le voile à l’université. Je suis contre l’interdiction. (…) Au titre d’une laïcité revancharde, on en vient à sortir des citoyens des lieux de la République et à les confiner à l’écart, sans enrayer la montée du fondamentalisme, ni conforter la laïcité. (…)

La laïcité n’a pas vocation à promouvoir une religion républicaine. La République est ce lieu magique et unique qui permet à des gens de vivre dans l’intensité de leur religion. C’est pour ça que je dénonce les considérations qui demandent à des citoyens d’être «discrets», parce que les précédents historiques où l’on a demandé la discrétion en matière de religion ne sont pas à l’honneur de la République. Et qu’on demande à des gens d’être des musulmans modérés ! Demanderait-on à des catholiques d’être modérés ? Non !

Macron est donc entré dans le vif des débats, et a commencé à décevoir non seulement par la timidité de ses propositions, mais par leur conformisme « bobo ». Alors qu’il touche largement à un électorat « orléaniste » de gauche, attaché à la modération religieuse, sa sortie sur la « laïcité revancharde » et sur l’intensité religieuse risque de lui coûter cher (surtout auprès des catholiques appelés depuis des décennies à la modération).

L’orléanisme français à bout de souffle?

La plausible faillite de l’opération médiatique Macron risque de soulever quand même quelques questions de fond sur la capacité de l’orléanisme français à se réinventer. Consumé comme un fétu de paille, Macron ne laissera derrière lui qu’Alain Juppé, qui n’incarne pas la modernité à proprement parler, et apparaît même comme un spectre venu d’un autre siècle.

Cela signifie-t-il qu’à un tournant du régime frappé par une profonde crise nobiliaire, l’aristocratie française n’a plus les forces internes pour se renouveler et pour affronter l’avenir? Probablement, oui.

Pour qui Macron est-il la dernière sortie avant la tempête?

Macron fait campagne et engrange les soutiens. Mais qui sont-ils, tous ces gens qui misent sur ce jeune homme sans mandat électif? et pourquoi le soutiennent-ils? Qu’il nous soit permis, ici, de rédiger un billet « d’insider » sur ce qui se dit dans les couloirs fleuris par les partisans de Macron, sur cette candidature de derrière les fagots.

Macron, une candidature très élitiste

Comme l’a montré le Sommet des réformistes européens, Macron est d’abord un candidat soutenu par une certaine élite française. Entre Gérard Collomb et son réseau très social-libéral, l’institut Montaigne fondé par Bébéar et piloté aujourd’hui par Henri de Castries (de la Voltaire, comme Hollande), et les Gracques, qui rassemblent un bon nombre de rocardiens aux ambitions souvent frustrées (par François Hollande lui-même, d’ailleurs), Macron n’a rien d’un candidat spontané. Il est soutenu par de puissants réseaux qui comptent faire ce qu’il faut pour lui assurer la visibilité et les soutiens nécessaires à une candidature présidentielle.

Macron, l’espoir des réformistes

Le ciment global de ces soutiens dont on voit bien qu’ils émanent autant de la droite que de la gauche, pourvu qu’ils émanent de l’élite, tient à un seul mot: la réforme. Une grande partie de la technostructure française considère que l’absence de réforme depuis plusieurs décennies, et que nos partenaires européens nous reprochent, met le pays et son destin en danger.

Ils considèrent tous que Macron constitue un bon joker pour gérer la chienlit et éviter une implosion de la société française qui conduirait à jeter le bébé des lourdeurs héritées du passé avec l’eau d’un bain dans lequel ils jugent vital de continuer à se baigner, comme la construction communautaire par exemple.

Macron a la chance de tomber là où il tombe

Macron eut-il été leur premier choix si une offre politique différente se présentait? incontestablement, le jeune homme a un pouvoir de séduction et un charisme qui les étreint, mais il est probable qu’un certain nombre de soutiens de Macron eussent préféré spontanément miser sur des personnalités plus expérimentées.

François Fillon fait partie de deux-là. L’homme présente un programme qui peut séduire la technostructure et le gouvernement profond dont elle garantit les intérêts. L’inconvénient de Fillon est d’être très marqué à droite, et surtout d’avoir peu de chances de remporter la primaire des Républicains.

À gauche, Valls aurait pu jouer ce rôle. Mais sa fidélité envers François Hollande, en partie dictée par la conviction qu’une candidature hors parti n’a aucune chance d’aboutir, l’a empêché de réaliser cette alchimie.

Macron, représentant du gouvernement profond

Une fois désigné comme le jockey de l’élite dans une course très hasardeuse, Macron doit donc endosser les dossards qu’on lui apporte sur un plateau. Les axes idéologiques de ce programme sont évidents.

Premièrement, il doit porter un discours sur l’Europe, garante de la paix, de la liberté, de la prospérité. Il n’est pas impossible que Macron soit profondément et sincèrement convaincu de ces sornettes dont la principale conséquence connue depuis 30 ans s’appelle la désindustrialisation du pays. En tout cas, la ligne qu’il doit incarner est celle d’un sauvetage in extremis du Titanic européen, avec des éléments de langage simple: c’est vrai que l’Europe s’est pris les pieds dans le tapis ces dernières années, mais c’est quand même un truc cool qu’on devrait garder, hein les amis?

Deuxièmement, Macron catalyse tous les espoirs de réforme dont la technostructure est convaincue d’avoir besoin pour préserver son rôle dominant dans la société de demain. Il s’agit ici d’abattre plein de pans du corporatisme traditionnel (notamment les fameuses rigidités du marché du travail) sans toucher à l’essentiel, en particulier sans toucher aux mécanismes actuels de reproduction des élites et aux intérêts des grandes entreprises avec lesquelles elles vivent en parfaite connivence.

Au fond, Macron est un architecte d’intérieur: il a pour mission de changer l’aspect des pièces, d’abattre quelques cloisons, mais de ne pas toucher aux murs porteurs.

La grande peur de l’implosion finale

La stratégie de soutien transpartisane à Macron s’explique par un fait générateur dominant: la grande peur qui s’empare des élites françaises face à la béance du volcan dont elle a conscience de se rapprocher chaque jour un peu plus. Le fond de l’analyse est ici assez simple.

Premier point: les élites sont contestées et la stigmatisation des « populismes » et de la « démagogie » ne suffit plus à tenir la société. L’hypothèse d’une rupture par la voie démocratique, notamment avec une victoire du Front National aux élections (complète ou simplement partielle), voire l’hypothèse d’une implosion brutale, est de plus en plus prise au sérieux et même crainte. Il faut donc un sauveur.

Deuxième point: cette hypothèse est d’autant plus crédible que la France n’a pratiqué aucune des réformes nécessaires pour sa modernisation. Le résultat est évident: elle se situe sur un sentier de croissance très bas, avec un chômage élevé, là où ses voisins ont amélioré leur performance macro-économique.

Troisième point: malgré un assouplissement monétaire massif avec des taux bas qui épuisent le rendement du capital, les fondamentaux économiques ne repartent pas durablement. Une explosion systémique rend de plus en plus urgente une réaction forte.

Un Orléans en attendant un Bonaparte

Face à ces périls imminents, la technostructure cherche un libéral contrôlable et docile pour sauver les meubles en nourrissant l’illusion d’une refonte du système. C’est la carte du Philippe Egalité de 1789, de l’orléanisme bon teint, que la France expérimente tous les cinquante ans.

A-t-elle une chance de réussir?

Nous verrons bien, mais je parie plus, à titre personnel, sur un échec faute d’accepter de toucher aux fondamentaux d’un système dégénéré, et sur l’émergence future d’un Bonaparte qui pratiquera les vraies réformes…

« Merci Macron! », le nouveau safari movie électoral

Emmanuel Macron s’est fendu d’un sidérant passage à Châlons-en-Champagne, la ville de Benoist Apparu. À écouter ses malheureux propos sur place, on comprend quelle image il va dévoiler de lui durant cette année électorale: celle d’un banquier parisien méprisant visitant ses pauvres et ses paysans dans une calèche de luxe!

De « Merci patron! » à « Merci Macron! »

On se souvient du film de François Ruffin, le gauchiste des beaux quartiers, ami de Frédéric Lordon et de toute la clique des âmes bienpensantes qui aiment les pauvres, « Merci patron! », qui a régalé tant de bobos dans feue la Nuit Debout. Ce film, sous couvert de dénoncer le capitalisme, s’offrait un safari chez les pauvres Ch’tis, avec le voyeurisme digne d’un directeur commercial de province qui a gagné le voyage annuel en Namibie offert au meilleur vendeur de la boîte.

Avec Emmanuel Macron, ce n’est pas un safari social qui commence, mais un safari électoral: je m’en vais voir les Français dans leurs parcs naturels pour me divertir et leur dire de bonnes paroles qui me rapporteront des voix et de la popularité.

Macron veut voir de vraies gens

Le banquier de chez Rothschild a donc décrypté pour la presse le sens de son escapade à Châlons-en-Champagne (1h30 de Paris…):

 

On n’aurait pas dit mieux: je viens voir comment les Français vivent. Il ne lui manquait que le chapeau colonial et le fusil à bouchon pour faire plus vrai que nature.

Le mépris social: un art qui se cultive

On remarquera quand même le talent avec lequel Macron parvient à camper son personnage d’aristocrate en visite sur ses terres. Car, en une phrase et une image, il parvient à composer une sorte de fragrance parfaite où se retrouvent toutes les essences du mépris social français depuis plusieurs siècles.

On écoute Macron et c’est à la fois le châtelain qui vit à Passy et se rend au castel pour les vacances, debout sur son carrosse, le haut-de-forme sur la tête, arrivant à la messe devant des paysans qui baissent la tête, mais aussi le Tartarin de Tarascon qui veut voir la mer de glace pour la raconter à ses invités de retour chez lui, c’est le président Duvalier traversant les faubourgs de Port-au-Prince dans une limousine regorgeant de billets qui s’éparpillent dans les rues, c’est Giscard jouant de l’accordéon devant un éboueur africain, c’est la bête de foire transformée en enjeu électoral, sans que l’on ne sache plus qui joue le rôle de la bête.

Tout cela en un seul homme aussi jeune, pardi… un talent n’est pas donné à tout le monde.

Macron est-il son meilleur ennemi?

La campagne électorale est décidément un exercice redoutable. Elle oblige les candidats à s’exprimer malgré eux. Elle ne se limite pas à des discours, bien au contraire. Elle donne à voir, elle dévoile l’homme (ou la femme), elle le montre plus qu’elle ne le laisse dire. Elle n’est pas affaire d’intelligence, mais de présence.

Encore une ou deux apparitions de cet acabit pour Emmanuel Macron, et il suscitera chez les Français la haine viscérale qu’ils nourrissent de façon grandissante pour l’élite incompétente qui les dirige et les a ruinés. Peut-être même Macron parviendra-t-il à en incarner le substrat.

Le créateur du RSI soutient Macron

Macron est à peine sorti de Bercy et n’est pas encore candidat à l’Elysée que, déjà, les thuriféraires se précipitent pour monter dans un train qu’ils espèrent prometteur! C’est le supermercato de la présidentielle qui veut cela: partir assez tôt pour ne pas paraître un résistant de la 25è heure, mais ne pas partir trop tôt quand même, car il ne faudrait pas se griller pour rien.

Dutreil soutient Macron

Dans cette course au minutage complexe, les entrepreneurs apprécieront une première incongruité à sa juste valeur: Macron a d’ores et déjà recueilli le soutien de l’ancien ministre raffarinien Renaud Dutreil, créateur, avec son ami Philippe Bas, lui aussi ministre de cette époque reculée, du RSI. Les deux compères, accessoirement conseillers d’Etat, sont des adeptes du « jardin à la française« , dont la logique profonde consiste à supprimer la concurrence « émiettée » au profit de quelques grands acteurs.

Dutreil, un soutien embarrassant?

Pour Emmanuel Macron, ce ralliement de droite déjà acté depuis juillet constituera rapidement un handicap. Dutreil, admirateur du jardin à la française, a oeuvré un temps à New York pour LVMH. Si certains cherchent des arguments pour étayer l’idée que Macron est le candidat des riches, Dutreil les leur sert sur un plateau. On ajoutera que l’épouse de Renaud Dutreil a attaqué les Wendel en 2012 après avoir contourné l’impôt dans un plan d’intéressement de 324 millions d’euros. Elle n’était pas seule à en profiter… mais là encore, les faits, qui sont têtus, risquent de ne pas profiter à Macron dans une hypothétique course à l’Elysée.

Bientôt le soutien d’Henri de Castries?

Macron devrait prochainement bénéficier d’un autre soutien officiel: celui d’Henri de Castries, ancien président d’Axa, dont il se murmure depuis plusieurs mois qu’il a démissionné pour soutenir son poulain. Pour mémoire, Henri de Castries est un ancien de la promotion Voltaire, et personne ne peut soutenir avoir entendu dans sa bouche des propos flatteurs pour François Hollande. En outre, Axa est le grand financeur de l’Institut Montaigne, le think tank dont l’épouse du directeur Laurent Bigorgne fut la première à héberger le mouvement de Macron…

Macron soutenu par Gérard Collomb

Pour l’heure, le soutien le plus actif de Macron n’est autre que le maire de Lyon, Gérard Collomb. Âgé de 70 ans, celui-ci fut pendant quelques années enseignant en lettres avant d’entamer une carrière politique qu’il n’a plus quittée. Là encore, Macron devra s’appuyer sur cet embarrassant soutien qui n’incarne ni une autre façon de faire de la politique, ni un renouvellement des générations, et qui peinera à combler l’image très élitiste qui lui colle à la peau.

Macron et le gouvernement profond

Macron pourra donc compter sur le soutien actif du gouvernement profond pour faire campagne. Grâce à ces petits artifices, il devrait obtenir une bonne couverture médiatique et bien occuper l’aile droite de François Hollande. En revanche, cette facilité pourrait lui coûter cher en termes d’images: elle constituera un pain béni pour tous ceux qui voudront voir un lui un candidat fabriqué de toutes pièces (ou presque) pour maintenir debout un système à l’agonie, moyennant un peu de chirurgie esthétique.