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Trappes: Mickaël, l’islam et les libertés publiques

Les événements de Trappes interrogent de façon complexe le respect des libertés publiques dans notre société en mutation.

La question de l’islamophobie prend en France des proportions de plus en plus délicates – si délicates qu’il n’est plus possible d’aborder ce sujet de façon sereine et sans risquer un catalogage immédiat d’un coté ou de l’autre de l’échiquier. En regardant l’interview de Mickaël, à l’origine des émeutes de Trappes, filmée par la chaîne « La Locale » – interview qui tient plus de la propagande que du journalisme – je me suis quand même senti obligé de faire ce billet délicat. Non en tant que commentateur épisodique de la vie politique, mais en tant que père d’une petite fille qui s’apprête à vivre dans un monde pas très rigolo, et en tant qu’habitant d’un quartier plutôt difficile (les hauts de Belleville à Paris).

Tout d’abord, voici l’interview:

La montée de l’Islam comble le vide laissé par la République

Qu’il me soit permis de commencer ce billet par des anecdotes vécues dans mon quartier.

J’ai la chance d’habiter, dans le 19è arrondissement, un quartier plutôt épargné par la crispation. Le dimanche, sur le marché de la place des Fêtes, les Juifs, les Chrétiens, les Musulmans, et les autres échangent et commercent sans heurts. Ce n’est pas le cas partout dans l’arrondissement: il semblerait par exemple que l’avenue de Flandre soit devenue un enfer tel que les habitants des grandes tours n’osent plus descendre dans leur parking, livré aux trafiquants. Je ne sais pas si c’est vrai: je ne suis pas allé sur place pour vérifier. Mais personne ne m’a démenti ce fait jusqu’ici.

Dans cette petite vie tranquille que je mène, il y a quand même un « mais », et même deux.

Premier « mais »: tout le monde se bat (je veux dire, pour reprendre une sémantique nord-américaine, tous les Blancs middle-class) pour éviter les collèges du quartier. Autant, jusqu’à l’école primaire, l’ambiance est bonne, autant, dès que les années collège arrivent, c’est « au secours! sauve-qui-peut: tout sauf le service public ». Je ne suis pas encore concerné par le sujet, mais mon voisin d’en-face, qui se déclare laïcard bouffeur de curés et bobo de gauche, a déjà (2 ans d’avance sur le programme!) comparé les mérites des différentes écoles privées catholiques susceptibles d’accueillir ses enfants. Un motif simple: il ne veut pas que, dans dix ans, ses enfants lui fassent un procès pour leur avoir grillé leur avenir.

Deuxième « mais »: mon immeuble comporte une sorte d’ouverture sur la rue jugée particulièrement utile par les gamins du quartier pour servir de lieu de rendez-vous, de jour comme de nuit.

Le jour, ce sont les gamins du centre d’apprentissage d’à côté qui aiment venir manger leurs sandwiches et boire leur soda sur les marches d’entrée de l’immeuble, en fumant quelques cigarettes, et, évidemment, en laissant leurs ordures derrière eux. Le soir, ce sont des lascars qui viennent fumer leurs joints et les vendre, en faisant du tapage nocturne jusqu’à 3 heures du matin.

Au fond, ce n’est pas la violence à l’état brut qui guette à ma porte, mais une sorte d’une présence méprisante, bruyante, et convaincue que l’espace privé de mon immeuble est soumis à la loi de la rueC’est ici que le vide de la République commence.

Premier point: les jeunes de nuit. La première fois que j’ai appelé la police pour les chasser (avec le zèle du nouvel arrivant dans cet immeuble au demeurant pas désagréable), mon interlocuteur de Police-Secours m’a indiqué que la police ne bougerait pas et que je devais lancer des boules puantes dans le hall pour chasser les jeunes. Je passe les nombreuses péripéties qui s’en sont suivis déjà racontées par ailleurs. J’en viens au fait: c’est maintenant un jeune au collier de barbe et habillé d’une djellabah qui passe faire le guet dans le quartier pour s’assurer que tout est calme. J’ai été stupéfait le jour où je l’ai surpris (rentrant un peu tard à la maison) en train d’expliquer aux occupants du hall qu’il fallait respecter les habitants. Expérience réitérée pas plus tard qu’il y a deux jours.

Ce soir-là, j’ai compris que dans le match République/Islam, l’Islam avait marqué un but. A moins que ce ne soit la République qui ait marqué contre son camp.

Les jeunes de jour ont posé un autre problème, devenu aigu quand ma femme est revenue de la maternité avec ma petite Astrée. A ce moment-là, je me suis dit « stop au laxisme ».

Donc, en rentrant chez moi les mains chargées d’emplettes pour ravitailler la maisonnée, un des jeunes du centre d’apprentissage campe dans mon hall et me regarde d’un air torve. Je passe en l’ignorant et il se sent obligé de me provoquer: « Tu pourrais au moins dire bonjour ». Là, trop c’est trop. Je reviens vers lui et lui demande s’il habite l’immeuble.  Bien sûr que non, mais il me menace et est rapidement rejoint par un jeune homme et trois jeunes filles qui m’annoncent qu’ils vont me frapper. Une des jeunes filles me crie: « je vais t’écraser ma cigarette sur la gueule » et mime le geste. Le jeune qui me menace me traite de « sale pédé », « sale Français », « gros raciste », « petite pute », etc. Aucun de ces gamins ne doit avoir plus de 18 ans.

J’appelle la police qui me demande de les retenir habilement le temps qu’ils arrivent. Les jeunes comprennent la manoeuvre et s’en vont. Mes emplettes dans les bras, je suis mis en contact avec le poste de radio du commissariat du 19è arrondissement. Les policiers me demandent de suivre les gamins dans la rue pour pouvoir faire un flagrant délit. Ils ne me précisent évidemment pas que, à 100 mètres de là, porte des Lilas, la veille, à 16 heures, une fusillade a éclaté entre jeunes, dont un a reçu une balle à l’épaule.

Convaincu d’être dans mon bon droit, j’emboîte le pas des jeunes, à distance raisonnable, et une voiture de police arrive. Deux policiers sortent interpeller le jeune que je leur indique. La conductrice me demande de lui exposer les faits. Ses collègues arrivent avec le jeune sous le bras et me disent devant lui: « il vous a traité de sale pédé? mais est-ce que vous êtes vraiment pédé? sinon ce n’est pas une insulte. » Il me voit les bras chargés d’emplettes mais me demande de monter dans la voiture immédiatement. Je lui explique que j’ai une enfant de 6 jours à nourrir et me rétorque: « Si vous ne venez pas tout de suite, on relâche le gamin. »

Je passe les détails sordides de mon dépôt de plainte au commissariat central du 19è arrondissement, où je me suis plus senti accusé que victime, et où je suis tombé sur des policiers démotivés et manifestement peu enclins à la courtoisie vis-à-vis du public. J’ai demandé à voir le commissaire, et on m’a évidemment indiqué qu’il était tellement important et tellement occupé que ça ne se passait pas comme ça. Il faut prendre rendez-vous, écrire des lettres, etc.

Je raconte ces anecdotes parce que, malheureusement, le rapport avec la police en France est un sujet complexe. Ce qui est sûr c’est qu’un fonctionnaire de police qui se sent fonctionnaire avant d’être flic pose un problème majeur. Il crée un vide: celui du rapport de confiance avec les forces de l’ordre. Et ce vide est rempli par d’autres, qui sont eux capables de donner un sens aux règles collectives.

Manifestement, le problème principal qu’on appelle insécurité en France est celui-là: le rapport de confiance et de proximité avec la police n’existe pas. Cet éloignement est bien dommage, car je sais qu’il existe des policiers qui prennent leur métier à coeur et déploient au jour le jour les vertus civiques qu’on attend d’eux.

Et disons les choses, le premier problème de la police est celui de son encadrement. Les commissaires de police font carrière sur des critères politiques et non sur des critères professionnels. Du coup, ils n’ont aucun intérêt à gérer leurs services. Les Français en paient le prix fort. Je ne peux m’empêcher de penser que… si nous adoptions le principe de l’élection des commissaires par les citoyens, le lien civique avec la police se nouerait.

Pendant ce temps-là, l’Islam donne un cadre clair, des règles de vie, et une discipline collective encadrée par des jeunes fondamentalistes qui rejettent en bloc notre ordre républicain. Quel gâchis!

Le problème du respect de la loi laïque dans les quartiers

Vous me demanderez: quel est le lien entre un contrôle d’identité pour le port du niqab qui tourne mal et les incivilités agaçantes dont les habitants du quartier son victimes?

C’est ici que l’interview du jeune Mickaël me semble comporter quelques éléments intéressants. Dans sa présentation des faits, Mickaël explique clairement que sa femme porte ordinairement le niqab pour sortir et qu’elle est régulièrement contrôlée par la police pour cette raison. Le jeune propagandiste qui parle après lui complète le propos (de façon incohérente) en disant que le port du niqab, parce qu’il est interdit, devrait donner lieu à une simple amende ou à un système de type « permis à point ».

Au fond, la position de Mickaël et des émeutiers de Trappes est que la loi de la République devrait pouvoir ne pas s’appliquer à ceux qui la refusent, moyennant une sorte de paiement de redevance. Cette logique n’est sans rappeler, de façon étonnante, le statut des dhimmis dans le monde musulman: il est possible de ne pas appliquer la loi générale, dans certaines limites, et à condition de s’acquitter d’une capitation.

On retrouve ici les apostrophes engrangées dans les incidents liés aux incivilités, et souvent décrites dans les interventions des institutions au coeur des faubourgs: le droit applicable dans les quartiers devrait être différent du droit appliqué sur le reste du territoire.

En ce sens, l’affaire de Trappes cristallise clairement une logique qui existe dans les quartiers sous diverses formes, sans jamais être explicite: la loi de la République devrait pouvoir souffrir d’exceptions ou de dérogations pour tenir compte des desiderata de certaines communautés, plus ou moins consciemment formalisées ou exprimées dans des termes religieux. Cette revendication latente percute de plein fouet notre conscience révolutionnaire (de 1789) de la loi, selon laquelle son application est générale et absolue.

D’une certaine façon, entre réclamer une attitude pacifique des pouvoirs publics vis-à-vis du port du niqab, et réclamer une attitude pacifique de ces mêmes pouvoirs publics vis-à-vis de l’appropriation de l’espace urbain par des groupes qui imposent leur loi pour vendre de la drogue, on retrouve cette affirmation rampante, qui nous prend au dépourvu, d’un statut de « contre-dhimmi ». Les communautés devraient pouvoir obéir à des lois spéciales sur le territoire qu’elles occupent.

Ce sujet est intéressant parce qu’il pose dans des termes totalement nouveaux la question de la loi jacobine: la loi qui peut tout et qui s’applique à tous. La nouveauté de sa formulation tient au fait qu’un jeune comme Mickaël considère qu’il est normal, dans certains espaces où ceux qui pensent comme lui se considèrent comme majoritaires, d’adopter une autre loi (en l’espèce une loi religieuse) que celle de la République laïque, moyennant le paiement régulier d’amendes.

Le niqab, symbole d’une affirmation identitaire

Aujourd’hui, joue à plein ce que l’on pouvait craindre lorsque la loi interdisant le port du niqab dans l’espace public fut promulguée: le niqab est devenu le symbole d’une résistance communautaire à l’ordre républicain laïque. Il est le versant pacifique de la revendication latente exprimée par les « bandes » d’un droit à l’extraterritorialité pour certaines communautés.

Que l’on m’entende bien, je ne suis pas en train d’assimiler le port du niqab à un acte de délinquance, et je ne prétends pas non plus que porter le niqab soit le propre des bandes qui se livrent à des trafics. Au contraire, j’ai la conviction que pour beaucoup de musulmanes, le port du niqab est une façon de se démarquer de ces bandes, d’échapper à leur contrôle, sans pour autant se rallier à un ordre républicain qu’elles considèrent comme hostile.

La particularité du niqab est qu’il est, même de façon totalement inconsciente, l’expression d’un ordre politique radicalement différent de notre ordre laïque. Dans le monde musulman, les lecteurs d’Albert Hourani le savent, l’ordre politique procède de la religion et non de l’Etat. C’est l’Islam qui a structuré les sociétés arabes dans un monde ottoman où l’Etat en tant que tel (c’est-à-dire en tant qu’ordre capable de délivrer du bien commun autre que la guerre) n’existait pas.

Il n’est donc pas surprenant que les femmes qui portent le niqab revendiquent ce droit malgré la loi laïque – que, d’une certaine façon, elles n’intériorisent pas la loi et la vivent comme une contrainte extérieure négatrice de leur liberté religieuse. Et tout notre enjeu aujourd’hui consiste bien à trouver un juste équilibre entre la liberté religieuse que nous avons consacrée en 1789 et le respect de l’universalité républicaine qui exclut la loi religieuse du corpus institutionnel. Ce juste équilibre, qui est une gageure, devient urgent si nous voulons éviter une dangereuse crispation des rapports sociaux.

L’islamophobie menace nos libertés publiques

Beaucoup, en France, sont favorables à une sorte de révocation de l’édit de Nantes (dont la loi interdisant le port du niqab est une résurgence), c’est-à-dire à la promulgation de règles empiétant sur la liberté religieuse pour imposer aux musulmans des règles vestimentaires vécues par ceux-ci comme arbitraires ou injustes. Cet appel à la révocation va même jusqu’à l’islamophobie assumée dans une part de l’opinion.

Ce réflexe me paraît totalement contraire à notre identité et à ce que nous sommes. Et là encore je voudrais citer quelques anecdotes.

Je déjeunais récemment avec un ami qui approche des 65 ans. Il est tombé amoureux d’une jeune femme de 25 ans, qui habite de l’autre côté de la Méditerranée. Ils se connaissent depuis deux ans et a décidé de l’épouser. On en pense ce qu’on en veut, il se trouve que notre tradition de tolérance s’est toujours accoutumée de ces expériences.

Pour pouvoir se marier avec une ressortissante d’un pays arabe, il faut aujourd’hui subir l’application de lois islamophobes et gravement liberticides.  Fournir un certificat de capacité de mariage délivré par le maire de la commune d’origine qui vous demande: « êtes-vous amoureux? », etc. et qui pose les mêmes questions à votre future épouse. Ces questions peuvent se révéler très intrusives et très peu respectueuses de la vie privée. Pour obtenir l’acte de mariage du consulat du pays concerné, c’est re-belote.

Voulons-nous vivre dans un pays où les fonctionnaires et les élus, où l’Etat en somme, s’occupe de savoir si nous sommes amoureux de notre femme, où il nous donne des conseils conjugaux, où il nous annonce que nous avons peu de chance de réussir notre vie privée, etc.? Les lois islamophobes ont d’ores et déjà conduit à ces empiètements gravissimes sur le droit à la vie privée.

J’entends d’ici ceux qui me diront: c’est pour éviter les mariages blancs, et autres arguments qui tendent tous à démontrer qu’il peut exister de bonnes raisons de bafouer les libertés publiques auxquelles nous sommes habitués, et qui faisaient notre fierté. C’est précisément le sujet qui nous occupe: existe-t-il des arguments légitimes pour violer les libertés publiques?

Rappelons que la liberté d’opinion et la liberté religieuse font partie de ces libertés publiques. En érigeant un mur contre certaines pratiques musulmanes, c’est le lit de ces libertés que nous creusons.

En elle-même cette question est assez amusante et illustre le bouleversement de notre époque. Il y a quarante ans, la question qui se posait aux sociétés industrielles était majoritairement celle de l’inégalité: existait-il des arguments justifiant la persistance des inégalités? En relisant John Rawls, j’admire après coup la casuistique de l’égalité à laquelle il se livrait: on pouvait accepter les inégalités si et seulement si elles profitaient au plus grand nombre.

Aujourd’hui, c’est à une casuistique de la liberté qu’il faut se livrer: à quelles conditions peut-on accepter des empiétements sur nos libertés? Et, concrètement, le niqab est-il un motif suffisant pour violer les libertés individuelles?

Il est très probable qu’il n’existe pas de réponse simple à cette question.

D’un côté, en effet, nous considérons à juste titre que les femmes ne doivent pas subir une tenue vestimentaire discriminatoire par rapport aux hommes. Cette discrimination est attentatoire à la dignité humaine, à l’égalité des personnes et au principe de liberté.

D’un autre côté, chacun voit le caractère très précaire de la notion de discrimination dans cette affaire. Lorsque des femmes choisissent librement de porter le niqab, la loi laïque est prise au dépourvu.

Relire le Gorgias de Platon

Cette question du niqab repose en termes contemporains une question soulevée par un personnage imaginaire, Calliclès, dans le Gorgias, de Platon. Aux affirmations de Socrate qui exposent les bienfaits des valeurs universelles portées par une éthique libératrice, Calliclès répond qu’il ne voit là qu’expression de faiblesse, et que seule la loi du désir individuel compte, même imposée par la violence.

Dans le cas du Mickaël qui nous occupe, sous ses airs de mouton tendre s’exprime une véritable violence: celle du droit revendiqué à agir malgré la loi collective, au nom de valeurs individuelles.

Les lecteurs du Gorgias se souviennent que Socrate est sans réponse convaincante face à Calliclès. En réalité, face au refus de la rationalité universaliste dont nos institutions procèdent, nous n’avons d’autre choix que l’argument d’autorité: celui d’imposer notre cadre juridique, même à ceux qui le refusent, sous peine de voir ce cadre s’effondrer.

Il n’existe en effet pas de conciliation possible entre les deux extrêmes: soit la religion est affaire publique, soit elle est affaire privée.

De ce point de vue, la seule réponse efficace que nous puissions donner à la question que le niqab nous pose est celle de l’affirmation et du respect de la loi.

Et si ma fille décidait de porter le voile?

Ce que je viens d’écrire, je le repose dans l’esprit où j’ai commencé à rédiger ce long billet. En tant que père de famille, mon raisonnement est-il le même que celui du citoyen? et concrètement, si ma fille m’annonçait qu’elle décidait de porter le niqab, comment réagirais-je?

C’est ici que la casuistique commence.

D’un côté, je reste persuadé que nous devons être inflexibles sur l’humanisme universel de nos valeurs. Penser librement (et je ne prétends pas ici que cet objectif affiché dans nos sociétés soit atteint), refuser les dogmes et les croyances, construire une société sur des valeurs respectueuses de la liberté d’autrui, tout cela ne peut souffrir d’atermoiements. Et le port du niqab est bien le début d’une société où ces valeurs ne sont plus respectées.

Maintenant, dans le chemin à suivre pour assurer la préservation de notre modèle, comment agir pour ne pas, par nos actes, nier ce que nous prétendons défendre? dans le cas que je pose, comment respecter la liberté individuelle de ma fille tout en préservant ce que j’ai l’ambition de lui transmettre: des valeurs qui élèvent l’Humanité plutôt qu’elles ne l’abaissent?

L’éducation, fondement de toute société libre

Il me semble que, sur ce sujet épineux, nous devons agir dans la crainte et le tremblement. Crainte d’enfreindre nos valeurs quand nous voulons les promouvoir, et crainte de devenir ce que nous refusons d’être.

C’est pourquoi, si l’étape: faire respecter la loi est indispensable, il est tout aussi urgent de rétablir une éducation capable d’ouvrir le chemin, dans la communauté musulmane, à une perception renouvelée des valeurs qui structurent l’organisation collective.

De ce point de vue, le naufrage de l’Education Nationale, symbole collectif de l’échec individuel garanti, est une calamité contre laquelle il faut lutter d’urgence. Et, une fois de plus, l’absence de vision autre que: revenons à Jules Ferry et tout ira bien, est un problème majeur dans notre société.

Au-delà de ce point, il est temps que la République revienne à ce qui a justifié sa naissance: une capacité à rebattre les cartes sociales et à faire fonctionner à plein l’ascenseur social. Le déclin népotiste et dynastique qui la frappe depuis 30 ans est là encore une explication première dans le développement du niqab en France.

Que l’on me permette de conclure ce texte trop long par une analyse inspirée d’un marxisme béat. Face à une société traversée par une réaction nobiliaire, je n’analyse pas le symbole du niqab comme l’émergence d’un fait religieux, mais plutôt comme une manifestation moderne de la lutte des classes.

A bon entendeur, salut.