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Piquemal, le cocu de la République

Selon le Figaro, le général Piquemal, le légionnaire quatre étoiles qui avait voulu organiser une manifestation contre la Jungle de Calais et semé le trouble dans les rangs, vient de recevoir une jolie leçon de politique.

Piquemal a-t-il reçu des promesses léonines?

Quelques jours après la manifestation qui lui avait valu une arrestation en bonne et due forme, Piquemal avait fait amende « honorable »… si l’on peut dire, puisqu’il avait lâché en rase campagne tous ceux qui l’avaient suivi dans cette aventure qui tourna au désastre.

Président d’un « cercle de citoyens patriotes », le général Piquemal affirme qu’il s’est rendu à cette manifestation « reconnaître les lieux et voir s’il n’y avait pas des solutions pérennes à mettre en place » pour les migrants à Calais. « J’aurais préféré qu’on soit seuls car ça ne se serait pas passé comme ça. On n’est pas racistes, islamophobes ou xénophobes. J’ai commandé la Légion étrangère pendant 5 ans, il y a 140 nationalités dedans. Donc s’il y a bien quelqu’un à qui on ne peut pas reprocher d’être raciste, c’est bien moi« , se justifie-t-il.

Piquemal a-t-il vraiment été piégé ce jour-là, ou a-t-il fait machine arrière pour éviter que la situation ne s’envenime, notamment au regard des réactions de sa hiérarchie? Son repentir sonnait en tout cas de façon un peu étrange, et suggérait qu’il caressait désormais le pouvoir dans le sens du poil en échange d’une mesure de clémence.

Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent

En tout cas, les manoeuvres de Piquemal n’ont pas servi à grand chose. Un conseil de discipline vient de se montrer un peu plus dur que le tribunal d’instance qui l’avait soumis à la question avant de le relaxer. Piquemal vient en effet d’écoper de la peine maximale: la radiation des cadres.

Si son grade ne peut lui être retiré, le port de son uniforme lui est en revanche interdit, tout comme sa carte d’identité militaire d’officier général – en principe accordée à vie. C’est l’atteinte à ces symboles forts et ce retour forcé au statut civil qui lui «font le plus mal», plus que les autres attributs, notamment financiers, liés à son statut. «Le plus inacceptable pour moi, c’est d’être mis au ban de cette manière après avoir donné quarante années au service de la France, d’être rayé comme ça et traité comme un paria».

Si Piquemal avait fait machine arrière, en février, pour obtenir la clémence de ses juges, il sait désormais que les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent.

Il paraît que Piquemal interjettera appel devant toutes les juridictions possibles contre cette décision qui lui interdit de porter l’uniforme. Voilà qui valait bien la peine de regretter de s’être trouvé là le mauvais jour.

Piquemal: l’armée s’est-elle réveillée?

Comme je l’annonçais hier, le gouvernement a choisi prudemment de temporiser dans l’affaire Piquemal, pour éviter une dangereuse polémique qui prenait mauvaise tournure. Son arrestation sans ménagement à Calais et l’annonce de sa comparution immédiate à Boulogne a suscité une vive émotion au sein de la Grande Muette, mise à rude contribution par les attentats de 2015. Tout a été fait pour tergiverser et faire taire les murmures dans les rangs. Mais est-ce bon signe?

Piquemal fait machine arrière

La Chancellerie a mis les petits pas dans les grands pour calmer le jeu. La comparution immédiate de Piquemal a finalement cédé, « en raison de son état de santé« , la place à une comparution au mois de mai. Cette façon élégante de botter en touche et de désamorcer la crise s’est accompagnée d’un petit geste de l’intéressé: celui-ci a fait part de ses regrets.

« Je regrette de m’être trouvé avec eux, j’aurais préféré qu’on soit seuls, ça ne ce serait pas passé comme ça car nous nous sommes un cercle citoyen », a-t-il déclaré sur RTL.

Tu présentes tes excuses, et tu bénéficies d’une mesure de clémence le temps que les passions retombent.

Piquemal lâché par la Légion

Dans la journée, la Fédération des Anciens de la Légion a apporté son seau d’eau au combat contre l’incendie. Son président s’est désolidarisé de Piquemal, en rappelant l’obligation de réserve des légionnaires. La méthode n’est pas complètement propre, pas complètement surprenante, et en dit long sur l’émoi qui s’est emparé de l’armée.

Manifestement, les pressions sont allées bon train sur les officiers supérieurs pour apaiser les tensions et éviter l’ouverture d’un front extrêmement dangereux où la justice et le pouvoir seraient entrés en conflit avec l’état-major ou une partie de celui-ci.

Piquemal a-t-il réveillé la Grande Muette?

En creux, cette affaire laisse paraître une crise grandissante au sein de l’armée. Si le gouvernement a fait machine arrière dans sa détermination à juger Piquemal, c’est évidemment parce que l’armée a réagi vivement et de façon inquiétante durant le week-end. Il faut probablement voir dans cet incident une alerte sérieuse sur le moral des troupes.

N’oublions jamais que, depuis 1789, l’essentiel des changements de régimes républicains a été le fruit de militaires. Ce fut le cas avec La Fayette, qui ébranla fortement la monarchie, avec Bonaparte, avec Pétain et avec De Gaulle. Depuis 1875, les changements de régime se sont toujours produits par une intervention d’un officier supérieur.

Piquemal et le moral des armées au plus bas

On notera au passage que le moral des militaires est au plus bas, et que l’armée est discrètement inquiète par la radicalisation d’un certain nombre de ses éléments. Le renseignement militaire, selon le Canard Enchaîné, ne cache plus son émoi face au nombre grandissant de cas de radicalisations dans le rang. Certains militaires seraient passés au service de Daesh, et la crainte de voir un engagé commettre un attentat avec son arme de service existe.

Encore un élément qui montre qu’un malaise s’est fait jour dans le pays, dans l’indifférence apparente des décideurs publics.

L’arrestation de Piquemal est-elle une divine surprise?

L’arrestation du général Piquemal, ancien commandant de la Légion Étrangère, lors de la manifestation interdite de Pegida à Calais, et sa comparution immédiate, constituent-elles une faute politique majeure qui laissera de lourdes traces dans l’opinion? La question peut paraître incongrue, mais la réaction des réseaux sociaux à cet incident laisse à craindre des effets en chaîne inattendus.

Piquemal en comparution immédiate

Les images de l’arrestation du général ont abondamment circulé. Ceinturé par plusieurs policiers, le général en retraite n’a pas été ménagé. Certes, il n’est pas en sucre. Mais l’image laissée par la police est extrêmement négative: alors que nombre de militaires se plaignent d’être affectés aux patrouilles que les policiers ne veulent plus faire, la bousculade qui a eu lieu risque fort d’attiser un sentiment de frustration qui n’est bon pour personne.

En malmenant ainsi un symbole de la Légion Etrangère lors d’une manifestation placée sous la surveillance de la Préfète locale, la police donne un visage à ce qu’une partie grandissante de l’opinion déteste: la partialité de l’Etat, qui tape dur sur ceux qui sont désignés comme dissidents, et qui ne manque jamais d’indulgence vis-à-vis des thuriféraires.

La décision de traduire Piquemal en comparution immédiate ne manquera de soulever des rancoeurs dans les rangs de ceux qui déplorent une justice à deux vitesses: sans pitié pour la majorité, toujours clémente avec les minorités.

Piquemal sera-t-il soutenu par l’armée?

Pour l’armée française, saignée à blanc ces dernières années par les coupes budgétaires et utilisée aujourd’hui à des missions ingrates, la situation risque de devenir très vite embarrassante. Le gouvernement ne peut guère se couper de la troupe. Mais comment préserver le lien sur une affaire aussi glissante?

Dans la pratique, l’interdiction faite à Pegida de manifester à Calais ne repose sur aucune légitimité politique. Permise par un état d’urgence dont le principe même est battue brèche, cette interdiction a tout de la décision arbitraire: les troubles à l’ordre public à Calais sont causés par des activistes qui soutiennent les migrants, et par les migrants eux-mêmes qui cherchent par tous les moyens à quitter la jungle.

Pourquoi, dès lors, interdire les seules manifestations organisées par des gens qui n’ont aucun méfait à se reprocher? si ce n’est parce que l’état d’urgence est devenu le prétexte à une discrète intimidation contre les « dissidents ».

Le gouvernement prend un très grand risque à s’engager dans une répression féroce contre des symboles de la nation, au plus grand bénéfice des doctrinaires d’un multilatéralisme européen dont plus aucun Français ne voit, au quotidien, la justification économique et politique. Il prend notamment le risque de fâcher la troupe à qui il doit tant.

Piquemal arrêté, une divine surprise?

On se souvient que Charles Maurras, qui n’aimait pas l’Allemagne, avait qualifié la défaite foudroyante de la France en 1940 de « divine surprise », puisqu’il ne croyait plus voir tomber la IIIè République qu’il abhorrait. L’arrestation de Piquemal peut-elle, par l’émotion qu’elle suscite, par le symbole qu’elle bafoue, par la rupture qu’elle dévoile entre la France d’en haut et le pays réel, constituer l’électrochoc dont le pays a besoin pour remonter vers la surface? Les jours à venir vont nous le dire.

Peut-être la puissance de la répression qui va s’abattre dissuadera-t-elle les opposants de réagir. Peut-être les murmures dans les rangs ont-ils déjà fait comprendre au gouvernement que le jugement de demain devait être clément. On voit mal comment l’Etat pourrait soutenir durablement, dans le climat délétère où nous sommes, l’emprisonnement pendant un an d’un symbole de la Légion Etrangère, dont le seul crime est d’avoir voulu manifester ses opinions.

Peut-être, dans les haussements de menton dont Manuel Valls est coutumier, la folie va-t-elle continuer. Piquemal en prison montrera le vrai visage de l’état d’urgence: une oeuvre liberticide pour étouffer le sursaut collectif dont nous avons besoin. Et peut-être le peuple français découvrira-t-il enfin qu’il est le seul juge et le seul maître de son destin.