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Comment la police dissimule sa grève sans le dire…

La police est en grève, mais ne le dit pas… Officiellement, nos policiers sont au travail (et sont payés pour ça). Dans la pratique, ils ont décidé d’abandonner un certain nombre de missions de maintien de l’ordre et limitent strictement leurs interventions à ce qu’ils jugent utile ou relevant de leurs attributions.

La police limite les flagrants délits

Cette stratégie de grève passe par quelques astuces subtiles.

Hier, par exemple, lorsque j’ai subi une agression sur la voie publique sous les yeux des vigiles de Darty, l’agent qui m’a répondu au 17 s’est livré à un interrogatoire particulièrement subtile:

Vos agresseurs sont-ils armés? Sont-ils noirs ou arabes? Bon, alors rendez-vous au commissariat, on envoie une patrouille.

Le fait que la victime ne soit plus sur les lieux permet d’éviter le flagrant délit, et donc d’éviter une procédure d’interpellation immédiate qui oblige les policiers à suivre une procédure lourde. En agissant de la sorte, la police organise donc l’impunité des agresseurs: compte tenu des délais actuels de la justice à Paris, il n’existe aucun risque pour qu’un agresseur du quotidien ne soit inquiété par la police…

Le dépôt de plainte soumis au rationnement

Une fois que le plaignant se déplace au commissariat, le festival commence. Avant même d’entrer dans les locaux, les policiers en faction à l’entrée font tout pour expliquer aux plaignants que le mieux serait de passer son chemin. Voici le dialogue auquel on peut assister quand on se rend sur place:

Autrement dit: « Si vous avez du temps à perdre, portez plainte! et surtout n’y revenez pas, on ne peut rien pour vous ».

Comment la police de terrain se met les citoyens à dos

On mesure comment la grève des policiers de terrain, relayée favorablement sur ce blog, crée de fortes déceptions chez les citoyens. Une fois de plus, nos impôts sont engloutis dans une fonction publique qui considère qu’elle est seule juge du service à rendre à la société, et qui ne se cache pas pour montrer comment elle prend pour des gêneurs tous ceux qui lui demandent compte.

Les rues de Paris sont livrées aux petits voyous, même dans les quartiers chics, et personne ne bouge.

Quand la police balaie le « vivre ensemble » sans ménagement

Derrière la grogne qui embrase la police, il n’y a pas qu’une révolte contre le management aristocratique pratiqué par les grands corps de l’Etat. On trouve autre chose qui ne dit son nom que peu à peu: la remise en cause du « Vivre Ensemble » et du deux poids deux mesures vis-à-vis des « quartiers », valeur dominante de l’élite au pouvoir.

La police face aux quartiers

Ce n’est pas un sujet nouveau: la répartition des effectifs de police en France est ubuesque, et l’absurdité non seulement n’a jamais été corrigée, mais elle s’est même aggravée. Dans la pratique, les effectifs policiers sont, de longue date, distribués sur une logique qui est sans lien avec le taux de criminalité des zones concernées.

Les suppressions de postes pratiquées depuis la RGPP ont frappé, en toute opacité, des zones fortement criminogènes. Tout ceci concourt à dégrader les conditions de travail des policiers en zone sensible. Cette dégradation est directement imputable aux politiques publiques et à l’incapacité du management à allouer ses moyens de façon optimale.

Un management au service de ses ambitions

Face à cette politique suicidaire dont la hiérarchie policière (corps préfectoral et administration centrale de l’Intérieur en premier lieu) est directement responsable et coupable, la terrible politisation de la haute fonction publique a fait son oeuvre. Pour être bien vu, il ne faut pas sécuriser la voie publique, mais rendre de bonnes statistiques au ministère. Et surtout ne pas faire de vagues. Donc, il faut demander aux agents de terrain de s’occuper des gens honnêtes et sans problème, et leur ordonner de ne pas prendre de risque inconsidéré dans les « quartiers ». Une bavure est si vite arrivée.

Et voici comment une évaluation purement politique des commissaires, déconnectée du service à rendre au citoyen contribuable, déstabilise toute une société: les racailles sont impunies parce qu’elles font peur, les gens honnêtes sont mis sous surveillance parce qu’ils ne constituent pas une menace.

Les langues commencent à se délier dans la police

Cette logique de répression des gens honnêtes et d’impunité pour les voyous est très bien décrite par un policier sur les antennes de RMC:

« On nous demande d’aller dans les cités avec parcimonie, de ne pas effectuer trop de contrôles et de ne pas bousculer l’économie souterraine des cités, alors que par contre on nous demande d’aller au carrefour pour verbaliser monsieur tout-le-monde qui va au travail pour gonfler les chiffres et faire en sorte que les carrières de nos chers patrons montent en flèche »

Tout est dit, et ce policier met enfin des mots sur une vérité que tous les Français du tiers-état vivent au jour le jour: il est plus facile de verbaliser un passant ordinaire qu’un voyou qui défie la loi. Donc, il existe, en France, une prime à la malhonnêteté, sauf dans les beaux quartiers qui sont quadrillés par des sureffectifs policiers.

Le prix à payer pour le Vivre Ensemble

On ne remerciera jamais assez ce policier d’avoir décrit, en ombre chinoise, ce qu’est la réalité du Vivre Ensemble pour la grande majorité des Français, exposés à ses conséquences quotidiennes. Dans les quartiers difficiles, il existe des zones de non-droit où la police n’agit plus, n’intervient plus, où elle laisse les voyous prendre possession du territoire. Ce sont eux qui y font la loi. La hiérarchie policière y craint les bavures.

Alors ce sont les honnêtes gens qui trinquent. Non seulement ils sont placés sous la coupe de petites bandes mafieuses qui y rendent la vie impossible, mais ils subissent en plus le harcèlement administratif officiel auquel tous les citoyens ordinaires sont soumis. Telle est la réalité du Vivre Ensemble pour la société française: une prime au banditisme, et une sanction constante pour l’honnêteté.

Il existe donc bien des zones de non-droit

Contrairement à ce que disaient les hiérarques des Républicains qui préparent la primaire de leur parti, Frédéric Péchenard en tête, tous les problèmes ne se concentrent donc pas sur la justice. La police française pose problème. Ou plutôt sa hiérarchie, obnubilée par sa carrière et indifférente à sa mission de service public.

Cela va mieux en le disant. Les manifestations spontanées qui se propagent montrent qu’une réforme en profondeur de la police (et probablement du statut des hauts fonctionnaires) est aujourd’hui de salubrité publique.

L’élite administrative bloque la réforme de l’Etat

Il est saisissant de voir, une fois de plus, que ceux qui bloquent la réforme de l’Etat et son adaptation à l’intérêt général, ce ne sont pas les fonctionnaires de terrain, mais les décideurs, les managers, les hauts fonctionnaires. Contrairement à l’idée répandue, ce ne sont pas les petites gens qui refusent les réformes, ce sont les puissants.

Démonstration est faite que la réforme, en France, est possible, à condition de balayer la bureaucratie qui la bloque.

La police française, cette armée mexicaine inefficace

La police française a besoin d’un bon ménage et d’une véritable prise en main. Plusieurs signaux récents ont montré comment ce gouffre financier qu’est notre police pose problème.

Combien coûte la police en France?

Dans le coût global de la police, il faut inclure une somme de choses différentes, et notamment la police nationale, bien sûr, mais aussi la gendarmerie. On ne chipotera pas ici sur les détails (exemple: faut-il ou non inclure les gardiens de prison dans le calcul?), puisque l’objectif n’est pas de faire une étude de coût précise. Je reprendrai donc simplement les chiffres mentionnés dans le jaune budgétaire 2015 pour la mission « Sécurités »: 12 milliards de dépenses. On part du principe que ces chiffres reflètent l’effort global de la nation pour assurer sa sécurité intérieure.

12 milliards d’euros, c’est rappelons-le, environ 0,6% du PIB ou un quart du budget de l’éducation nationale. Autrement dit (je vais faire un raccourci contestable mais parlant) la France compte un policier pour quatre enseignants.

Si l’on se réfère aux effectifs, la France apparaît comme une championne européenne du nombre de policiers par habitant.

Comparaison des effectifs policiers en Europe

Ce tableau issu de l’ouvrage de Michel Marcus montre bien que la police, en France, ne peut se plaindre d’un manque criant d’effectifs pour sécuriser le territoire. Elle est l’une des mieux dotées sur le continent, avec par exemple deux fois plus de policiers qu’au Danemark où l’on n’a pas entendu dire que le crime était partout…

Des rapports dégradés avec la population

Malgré cette importance de moyens, le service rendu par la police aux citoyens est de piètre qualité. Un premier signe le prouve: la police française adore multiplier les statistiques sur son action, destinées à prouver qu’elle fait très bien son travail. Mais plus les chiffres sont nombreux, moins le sentiment d’une protection efficace du citoyen existe.

C’est tout le problème de la police française: elle se croit gardienne d’un temple républicain mystérieux dont elle seule connaît l’existence, alors qu’elle est simplement au service des citoyens honnêtes. Cette dimension de service est généralement occultée par nos flics qui se vivent en justiciers de je ne sais quel ordre, ou en cow-boys malheureux, mais pas en agents dédiés à la satisfaction des citoyens.

D’où l’absence d’études qualitatives illustrant le malaise général des Français sur le sujet.

Je note d’ailleurs que le ministère de l’Intérieur lui-même est alerté par le sujet, même si, comme d’habitude, l’administration française s’organise pour ne jamais régler ces problèmes de service aux citoyens. Une circulaire du 25 mars a demandé aux Préfets de travailler à l’amélioration des rapports entre la police et le citoyen. Le gouvernement se proposerait même de créer une cellule d’animation nationale sur le sujet!

Une passivité policière exaspérante

Si le ministère de l’Intérieur commence à se préoccuper des mauvaises relations entre la police et les citoyens, c’est bien que le problème existe. Le Figaro vient d’en donner une superbe illustration en relatant la plainte d’un homme d’affaires chinois, Meng Fanchen, ex-vice-président de Lafarge international, dans laquelle beaucoup de Français pourraient se reconnaître.

L’intéressé partait en voyage quasi-officiel à Bordeaux. Il s’est fait voler sa valise, contenant une somme d’argent liquide, dans le train encore à quai dans la gare Montparnasse. Assez naïvement, la victime a cru que la police enregistrerait sa plainte et ferait diligence pour arrêter les voleurs.

Avant de quitter Paris pour Bordeaux, ma valise a été volée à la gare Montparnasse, le 13 Novembre 2014, vers 10h20-10h25. Bien que deux témoins aient décrit le suspect et que la caméra de surveillance ait enregistré tout ce qui a eu lieu, jusqu’à présent, votre système de police n’a pas été en mesure , à ce jour, d’aider à identifier et à attraper le voleur (voir la pièce jointe).

Comme d’habitude, la police française a la flemme de se mobiliser pour résoudre les plaintes des citoyens. Même lorsque ceux-ci sont en mission pour valoriser des entreprises françaises à l’étranger…

Ils sont légion, ces cas où les policiers français refusent d’enregistrer les plaintes, de se déplacer, d’intervenir. En réalité, la police française ne s’intéresse pas à la « basse police » et ne se préoccupe nullement de régler les problèmes de sécurité ordinaire. C’est tellement plus simple, plus rapide, moins dangereux, de s’occuper des citoyens ordinaires qui roulent à 80 km/h au lieu de 70 sur le périphérique, ou qui se stationnent mal dans la rue faute de parkings suffisants…

On notera que, selon une bonne tradition française, le courrier de cet homme d’affaires au Premier Ministre est resté sans réponse. Mais pourquoi diable l’administration répondrait-elle aux sollicitations de ces citoyens fâcheux qui demandent des comptes et en veulent toujours plus?

La communauté chinoise de Paris ose se mobiliser…

L’exemple de Meng Fanchen est nourri par l’ensemble de la communauté chinoise de Paris qui a lancé une pétition contre l’insécurité. Certains y voient un complot de la Chine elle-même! on notera quand même que beaucoup d’habitants de Belleville (dont moi!) partagent ce sentiment d’une passivité des forces de police devant la délinquance ordinaire.

Il suffit de se rendre dans l’hypercentre parisien pur se rendre compte que, aux abords de l’Elysée ou dans le Vè arrondissement, l’ordre est infiniment mieux respecté, et les policiers infiniment plus tatillons et zélés que dans l’Est parisien.

Mais ce n’est pas comme si l’Est parisien était un foyer de délinquances qui se transforme en terrorisme, ni comme s’il était le lieu d’attentats meurtriers…

Quand, à Paris, la police protège les racailles

Encore un incident qui illustre parfaitement le naufrage de la police à Paris face à la délinquance. Mais à quoi servent nos impôts?

Ce matin, j’entendais sur France Inter, un reportage sur le plus grand supermarché de la drogue en France, situé à Saint-Ouen. L’expression est évidemment imagée: à Saint-Ouen on peut facilement acheter la drogue, dans une relative indifférence de la police qui explique qu’il faut des années pour obtenir des résultats sur ces sujets (on entendait la commissaire s’exprimer). Pendant ce temps, les habitants des immeubles où se vend la drogue doivent coexister avec les trafiquants, dans la crainte et le tremblement.

Cet après-midi, je remontais la rue de Belleville à Paris, à côté de laquelle j’habite. J’entends un fracas: une voiture vient d’en emboutir une autre. Je regarde, et je m’aperçois que deux jeunes encapuchonnés sortent du café d’en-face et interpellent le responsable de l’accident en prononçant son prénom. C’est un jeune du quartier. « Tu es assuré? » Les deux jeunes s’approchent de la voiture de la victime, font mine de l’aider à se garer, et en fait couvrent la fuite de l’auteur des faits. La conductrice victime en reste estomaquée.

Comme un autre témoin, je relève la plaque d’immatriculation et je me porte au secours de la victime. J’appelle la police pour constater le délit de fuite. Précisons que les faits sont arrivés à 250 mètres environ de l’antenne de police de la place des Fêtes. Quinze minutes après les faits, la police n’est toujours pas passée…. Comme j’ai du boulot, je laisse mes coordonnées à la victime et je vais travailler.

Quinze minutes plus tard, la police m’appelle et me demande si je suis la victime de l’accident. J’indique juste que je suis le témoin et que j’ai aidé la victime lors du choc (brutal) de l’accident, qu’en revanche, je ne suis plus sur les lieux. J’indique toutefois à mon interlocutrice que j’ai relevé la plaque de l’auteur des faits et que je connais son adresse probable. De façon hallucinante, la policière me répond: « Nous n’interviendrons pas, mais vous allez retourner auprès de la victime pour lui dire ceci… »

On rêve.

Et pendant ce temps, la racaille du quartier court toujours, en toute impunité. Jusqu’au jour où la situation sera totalement devenue incontrôlable.