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L’Etat employeur: champion des risques psycho-sociaux

L’Etat employeur est-il le champion de France du risque psycho-social? En tout cas, l’examen des comportements managériaux de l’Etat rappelle une fois de plus qu’il ne suffit pas de donner des leçons et de pratiquer la diarrhée législative pour assurer le bien-être des salariés…

L’Etat employeur met les hôpitaux en crise

L’une des manifestations les plus impressionnantes de la faillite managériale de l’Etat est donnée par l’effondrement social des hôpitaux. Alors que l’Etat peine à regrouper ses structures hospitalières, la grogne y est quotidienne!

Pour les seuls quinze premiers jours d’avril, des grèves ont frappé les hôpitaux de Périgueux, Poissy, Nanterre, Grasse, Villenave-d’Ornon, Calais, Toulouse, Narbonne, Saumur, Marseille, Le Mans, Orléans, Mâcon,… Mais ces mouvements sont légion tout au long de l’année. Tout se passe comme si l’hôpital public ne fonctionnait plus que par la conflictualité.

Quelques exemples suffiront à illustrer le mal qui touche l’hôpital public.

A Calais, le dialogue social a manifestement du mal à se nouer:

« Nous aussi, nous avons des propositions à faire pour optimiser la présence des agents sur l’hôpital mais il n’y a rien à faire, on n’est pas écouté », fulmine Christian Boulanger [secrétaire CGT de l’hôpital]. Qui constate que son analyse sur les passages aux 35 heures au CHC, il y a un peu plus de dix ans, était la bonne. « On demandait quarante postes sur l’hôpital, une quinzaine sur l’Ehpad, on ne les a pas eus et aujourd’hui on nous explique que la réorganisation va permettre d’ajouter ce dont les services ont besoin, c’est-à-dire 70 postes ! Plus que ce que l’on réclamait. »

A Périgueux, les motifs étaient liés à un ras-le-bol général:

mouvement de grève entamé jeudi dernier au centre hospitalier de Périgueux, pour dénoncer les conditions de travail avec des effectifs « insuffisants de nuit comme de jour », selon le syndicat. Mais aussi des « arrêts maladie non remplacés », du « mal-être au travail » ou encore des « modifications incessantes du planning »

L’Etat employeur de Radio France sur la corde raide

Comment ne pas citer ici la catastrophe sociale en cours à Radio France? On laissera ici de côté les considérations sur le président de la chaîne, obscur conseiller technique au cabinet Albanel, devenu en quelques jours directeur de cabinet de Frédéric Mitterrand qui ne tarit d’éloge, semble-t-il, ni sur la compétence ni sur la beauté de Mathieu Gallet. On s’occupera plutôt de quelques considérations sociales comme l’état des précaires dans la chaîne:

La précarité touche tous les métiers de cette entreprise (animateurs, producteurs, techniciens, chargés d’accueil, entre autres). La situation que nous connaissons la mieux est celle de nos collègues journalistes. L’an passé, Radio France a employé 296 journalistes pigistes et 103 en CDD. Ces derniers font partie du « planning », une sorte d’agence d’intérim interne.

 

Disponibles 24 heures sur 24, appelés à travailler parfois la veille ou le jour même, dans toutes les rédactions de l’entreprise (France Culture, France Info, France Inter, France Musique, FIP, Mouv’ et les 44 radios locales de France Bleu), ils sont soumis à une astreinte qui ne dit pas son nom et qui n’est donc pas rémunérée.

Mais qui donc parlait des horribles capitalistes qui exploitent le précariat? Bravo l’Etat employeur.

Et je ne reviens pas ici sur la rupture du dialogue social dans l’entreprise…

L’Etat employeur et la quasi-mutinerie des CRS

Plus inquiétante encore est l’ambiance qui règne parmi les CRS, fers de lance du plan Vigipirate.

Ces derniers jours, c’est à une véritable mutinerie que le commandement et le gouvernement sont confrontés. Les CRS ont d’ailleurs inventé l’intéressante expression de « débrayage médical » pour qualifier la situation.

La majorité des effectifs de la compagnie de Jarville-la-Malgrange, près de Nancy, s’est mise en arrêt maladie mardi.

 

«Ils devaient partir mercredi matin, mais une fois de plus, à la dernière minute, on les a prévenus qu’ils devaient être à Paris dès le mardi», raconteJérémy Vincent, responsable régional Unité-SGP-Police-FO. C’est sans doute sans doute la goutte d’eau qui a fait déborder le vase à la compagnie 39 de Jarville-la-Malgrange (Meurthe-et-Moselle), en banlieue de Nancy. Ses effectifs sont sollicités, régulièrement depuis janvier, pour renforcer le plan Vigipirate.

Tout est dit. Et qu’on le sache: la sécurité, une fois de plus, est très friable en France.

Jusqu’à quand l’Etat pourra-t-il s’exonérer d’une véritable gestion des ressources humaines pour les fonctionnaires?

 

Radio France: l’Etat, pire employeur de France

Certains le regrettent pendant que d’autres, qui subissaient chaque matin Patrick Cohen pour faire plaisir à leur conjoint et préserver la paix du ménage, s’en félicitent: Radio France et ses différentes chaînes sont sans voix depuis une semaine. La grève fait rage contre les économies demandées par le ministère de la Culture, soit 50 millions d’euros. Ce plan devrait déboucher sur plusieurs centaines de départs.

On passera ici sur les désagréables attaques portées contre le directeur général du groupe, Matthieu Gallet, qui avait dépoussiéré l’INA avant de se casser les dents sur Radio France. Les révélations dans le Canard Enchaîné sur la rénovation de son bureau et le recrutement d’un conseiller en communication ont suffisamment fuité pour ne pas être redites ici.

C’est surtout la méthode utilisée pour réduire les coûts et associer les salariés à la réorganisation de la structure qui pose question. L’Etat adore en effet donner de grandes leçons aux entreprises privées sur la gestion de leurs rapports sociaux. Il n’y a encore que quelques jours, le ministre de l’Agriculture avait par exemple déclaré, à propos de l’affaire Sanofi: « Il faut qu’il y ait des règles qui soient réaffirmées, un peu de morale. » Et Ségolène Royal, experte en bravitude sociale, avait ajouté: « En apprenant cette nouvelle, je venais juste de recevoir les ouvriers de l’abattoir près du Mont Saint Michel, d’AIM, qui étaient vraiment désespérés, humiliés, méprisés et qui n’avaient aucune information sur ce qu’ils allaient devenir (…). Il n’y avait même pas eu le respect de les réunir pour leur expliquer ce qui allait se passer. (…) C’est inadmissible de traiter les ouvriers de cette façon-là ! »

Il est toujours très facile de dénoncer la façon « inadmissible de traiter les ouvriers » dans les entreprises. Mais il n’en demeure pas moins que l’attitude de l’Etat vis-à-vis de ses collaborateurs, au sens large, reste toujours un motif de stupéfaction.

Dans le cas de Radio France, le plan de réduction d’environ 8% du budget, suscite un double étonnement.

Premier étonnement: la méthode employée pour associer le personnel à l’effort de réduction des dépenses n’a manifestement rien à envier aux techniques patronales les plus dures. Alors que la réfection des locaux ne cesse de voir ses coûts déraper, l’annonce d’un plan de départs volontaires portant sur 300 salariés seniors, lachée à l’occasion d’un comité d’entreprise extraordinaire, a faigt l’objet d’une gestion minimaliste et pour le moins autoritaire, dans une maison où les syndicats sont prompts à débrayer. Ajoutons ici que de nombreux animateurs sont des intermittents du spectacle: là encore, le recours massif à la précarité (qui explique largement l’audience dont les intermittents bénéficient dans les medias) ne semble jamais avoir gêné l’Etat, pourtant très friand de normes protectrices applicables par les entreprises.

Deuxième étonnement: la gestion du dossier par la ministre de la Culture, Fleur Pellerin. Cette ancienne présidente du Club du XXIè siècle, qui appartient à un gouvernement très soucieux d’imposer des règles dans la protection des sous-traitants contre les entreprises donneuses d’ordre, mène un dialogue sans concession avec Radio France. Cette entreprise publique sous tutelle de l’Etat délivre pourtant un service quotidien (et financé par la redevance et l’impôt) à plusieurs millions de Français. Dans la pratique, on aimerait entendre la ministre exprimer quelques-unes de ses idées sur la satisfaction des contribuables, qui sont tous obligés de payer aujourd’hui pour un groupe de presse qui ne délivre aucun service. La ministre se sent-elle concernée par le conflit? souhaite-t-elle le régler? considère-t-elle que le donneur d’ordre appelé Etat peut agir de cette façon avec ses sous-traitants?

Bref, après avoir abondamment accablé les entreprises de leçons de morale tous azimuts sur la bonne façon de gérer les rapports sociaux, l’Etat démontre une fois de plus qu’il appartient à la catégorie des employeurs les moins doués de sa génération.

Article publié initialement sur Tripalio.