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Sarkozy, trumpisant envers et contre tout?

Nicolas Sarkozy sera-t-il, quoi qu’il arrive, candidat à la présidentielle? Le débat entre les 7 candidats, hier, a reposé une nouvelle fois la question.

Le dangereux tout sauf Sarkozy

Une seule évidence s’est dégagée du débat d’hier soir: les candidats à la primaire sont lancés dans un tout sauf Sarkozy assez impressionnant. Il est le seul candidat à faire l’unanimité contre lui, au point qu’on ne sait plus, dans les critiques implicites ou explicites qui lui sont adressées par ses challengers, ce qui procède de la peur de le voir gagner, et ce qui procède de la haine pour ce qu’il est et qu’il incarne.

Cette focalisation de tous contre un seul risque de se révéler extrêmement dangereuse, dans la mesure où elle donne le sentiment que les candidats sont désormais engagés dans une lutte inégale contre un seul d’entre eux, et se satisfont tous mollement de l’hypothèse Juppé, dont on peine, du coup, à voir les aspérités réelles. C’est le vrai danger de cette campagne obsessive. Plus Sarkozy est mitraillé, mieux il se transforme en héros, et plus Juppé, à force d’être l’homme du consensus, se hollandise.

Disons même que le meilleur service à rendre à Sarkozy, c’est le tout sauf Sarkozy.

L’éternel retour du bonapartisme

Les Français ont toujours été extraordinairement ambigus sur ces sujets. D’un côté, ils ont peur de ces personnalités dénigrées par la majorité bienpensante. D’un autre côté, ils les adorent lorsqu’elles donnent le spectacle héroïque de la combativité malgré tout. C’est le mécanisme du bonapartisme qui sommeille toujours dans la conscience du pays.

Il y a une raison à cette étrange ambiguïté. Les Français sont structurellement (et depuis plusieurs milliers d’années) un peuple de paysans. Et le paysan a peur d’une seule chose: de l’imprévisibilité du temps et du climat. Il a besoin d’être rassuré, et il aime la tranquillité des choses stables. Mais le spectacle d’un homme qui survit à la tempête réalise son fantasme fondamental. Lorsque le mauvais temps arrive, le paysan a besoin de croire qu’il fera front. Il lui faut un souffle héroïque pour y parvenir.

Et Sarkozy, comme en 2007, donne ce spectacle. Ses challengers lui en font le cadeau.

Reste à savoir si le bonhomme Sarkozy parviendra à faire oublier la déception immense que son quinquennat avait produite.

Sarkozy et l’effet Trump

En attendant, Sarkozy bénéficie de l’effet Trump. Depuis plusieurs mois, tout le monde s’est donné le mot, en France, pour jurer que Donald Trump était carbonisé et n’avait aucune chance de gagner la présidentielle aux Etats-Unis. Il paraît même que tout le monde, dans son camp, le donnait perdant et l’abandonnait. On demandait son éviction.

Et puis hop! le voilà remis en selle.

Je prends les paris: au premier sondage donnant Sarkozy gagnant, ceux qui le détestent aujourd’hui et annoncent son trépas politique retourneront casaque et lui feront des mamours. Vanitas vanitatis de l’élite parisienne!

L’étoile Juppé va-t-elle pâlir?

Inversement, Alain Juppé a du souci à se faire. Après avoir rassuré par sa posture calme et une détermination affichée, ses amours avec Bayrou et son apparence flegmatique suscitent un doute. Juppé n’est-il pas un Hollande qui se cache? Ne nous ferait-il pas le coup de la finance au discours du Bourget? Cet enfant de Jacques Chirac va-t-il nous mener en bateau et plonger le pays dans une nouvelle phase d’immobilisme?

Dans le camp de Juppé, il faudrait prendre garde. Il est toujours compliqué de réanimer une étoile qui pâlit. Ce n’est pas qu’on lui reproche quelque chose, qu’une erreur aurait été commise. C’est simplement un doute qui vient, une lassitude, une interrogation…

Si Juppé gagne, Sarkozy ira-t-il quand même?

Impossible, bien entendu, de ne pas évoquer cette question qui agite tout Paris: Sarkozy ira-t-il à l’élection même s’il perd la primaire? On s’en amuse. Il y a un an, le staff des Républicains expliquait que les candidats en lice (une belle brochette de premiers ministres, notamment, avec un ancien président de la République) avaient eu tout ce qu’ils pouvaient espérer dans leur vie politique. Donc, aucun d’entre eux n’aurait de peine à s’effacer en cas de défaite à la primaire. C’était sur de chez sûr, ça ne pouvait même pas se discuter.

Un an plus tard, un autre calcul se répand dans les travées: la droite aura (pensent-ils!) mécaniquement 10 millions de voix au premier tour et François Hollande (ou quelque autre socialiste) n’en aura pas plus de 5 millions. Donc, deux candidats de droite au premier tour ne plombent pas les chances de succès de la droite au deuxième. Là aussi, c’est sûr de chez sûr!

Et… Marine Le Pen et ses 6,5 millions de voix au premier tour de 2012? Mélenchon et ses 4 millions de voix en 2012, qui pourrait bénéficier d’un report des voix socialistes?

Impossible, assure-t-on dans l’arrière-boutique des Républicains.

On se marre!

Et si l’animal Sarkozy assumait vraiment son populisme?

Article écrit pour Atlantico.

Sarkozy n’est jamais aussi percutant, déterminé, charismatique que dans les moments difficiles où tout le monde pronostique son effondrement. Il en a donné une nouvelle preuve au journal de 20 heures de France 2, hier, où il a renversé l’ordre du débat en proposant deux referendums dès les élections législatives de juin 2017 sur la rétention administrative des fichés S et sur le regroupement familial. Qu’on aime ou pas, qu’on le veuille ou pas, l’animal Sarkozy a senti la situation et bousculé ses adversaires par une proposition tonitruante dont tout le monde parle, et qui oblige ses adversaires à prendre position.

Pourra-t-il s’arrêter au milieu de cette voie dans laquelle il vient de s’engouffrer ? Ou a-t-il intérêt à faire son coming-out bonapartiste complet ? La question est ouverte.

Sarkozy bousculé par Buisson

Une ombre planait sur le plateau de France 2 hier: celle du Raspoutine alopécique Patrick Buisson, qui a ouvertement accusé Sarkozy de mentir cyniquement à ses électeurs, en formulant des propositions qu’il n’a aucune intention de réaliser. On a bien senti que l’interview était tout entière organisée autour de ce tabou qu’on ne pouvait violer mais qu’on avait tous en tête.

D’où la proposition de Sarkozy d’organiser un referendum le jour même des législatives, histoire de laisser les Français le sanctionner s’il ne tenait pas parole.

L’influence orbanienne?

Le présentateur a, au passage, glissé une allusion à Viktor Orban, dont nous révélions hier que Nicolas Sarkozy avait recruté un conseiller, Arpad Habony. De fait, face à Juppé dopé par ses tisanes qui lui permettent de conserver le maillot jaune dans les étapes de montagne, Sarkozy pratique la fuite non pas en avant mais vers la droite, en multipliant les propositions qui pourraient convaincre les électeurs du FN de venir le soutenir.

On parlera désormais de la tentation orbanienne de Sarkozy.

Un pari gagnant face au confusionnisme de Juppé?

Chacun appréciera l’orientation. Certains l’appelleront même une dérive. Elle cache en réalité une course à l’élargissement du socle électoral qui plombe la primaire des Républicains. Juppé a d’ailleurs ouvert le premier la boîte de Pandore en proposant aux électeurs de gauche de venir voter. Un candidat de droite désigné avec des voix de gauche? Ce confusionnisme-là appelait la réaction de Sarkozy vers le vote FN.

Reste à savoir si les Républicains survivront à la tension imposée par cette épreuve de tir à la corde écossaise. La distance entre les électeurs centristes et le camp d’en face risque en tout cas de bien s’agrandir à l’issue de la confrontation.

Sarkozy à mi-chemin de son populisme

Sarkozy apparaît toutefois encore à mi-chemin de son populisme, comme s’il voulait bien s’en servir sans l’assumer vraiment. Car, au point où il en est dans sa désignation des élites face au parler vrai du peuple français, il manque une brique essentielle. Comment peut-on critiquer un régime dominé les élites sans proposer de changer le régime lui-même?

L’organisation d’un referendum sur l’internement des fichés S lui en donnera pourtant l’occasion. L’article 11 de la Constitution compliquera en effet l’organisation de ce referendum… disons même que Sarkozy aura besoin de réformer la Constitution pour le permettre, ce qui exclut le respect de la date du 18 juin pour tenir le scrutin.

Au lieu d’être le candidat orbaniste du referendum, Sarkozy ne gagnerait-il pas à devenir le candidat de la rupture en proposant de changer le régime tout entier? Le peuple l’attend, et le populisme a (souvent) du bon lorsqu’il est parfaitement assumé.

Splendeur et misère de la primaire des Républicains

Au fond, l’absence de base électorale claire pour cette primaire a du bon. Elle crée une virulente mais saine concurrence entre deux lutteurs qui sont capables du pire comme du meilleur. On se félicite donc que les Républicains n’aient pas posé comme principe simple d’interdire aux électeurs de la primaire de participer aux primaires de la gauche. Cette idée simple et facile à mettre en oeuvre nous aurait évidemment ces débordements.

Vive le manque d’imagination des crânes d’oeuf qui ont préparé ce scrutin! Et chapeau à l’animal électoral Sarkozy, qui pourrait bien bousculer le système sans s’en rendre compte, comme un chien aveuglé par la piste qu’il suit.

 

Pourquoi Sarkozy n’est pas soluble dans le MEDEF

Le passage de Nicolas Sarkozy à l’université du MEDEF n’est pas passé inaperçu. Organisé de façon baroque, il appelait forcément à un bras d’honneur décomplexé de la part de l’ancien Président de la République. L’assistance n’a pas été déçue: Nicolas Sarkozy, qui planchait sous un chapiteau dédié à Malakoff Médéric, dont son frère vient d’être écarté de la direction générale (encore une faute de communication du MEDEF), est arrivé en retard et s’est octroyé deux fois plus de temps de parole que les autres candidats à la primaire des Républicains.

Une fois de plus, donc, la relation entre Nicolas Sarkozy et les patrons se donne dans ce qu’elle a de complexe et de malentendu.

Les promesses fiscales de Sarkozy

Comme ses rivaux, Sarkozy s’est livré à une série de promesses fiscales, dont la suppression de l’ISF, qui, comme d’habitude, n’engagent que ceux qui les entendent. Sur ce point, il ne se distingue guère de la moyenne en vigueur chez les Républicains. C’est à peine si la surenchère entre les uns et les autres permet de distinguer les programmes. On dira de même sur la suppression des postes de fonctionnaires, chiffrée à 300.000 chez Sarkozy.

Sur tous ces points, les patrons, comme les autres, demandent à voir tant les différents quinquennats qui se succèdent depuis 2002 ont montré la distance entre la coupe et les lèvres.

Sarkozy et le droit du travail

Sarkozy, durant son intervention de 40 minutes, a par ailleurs fait diverses annonces en matière de droit du travail. Il a reparlé des 37 heures payées 37, une solution qui tranche avec celle de ses concurrents, qui proposent un maintien salarial. Il a aussi remis le couvert sur la défiscalisation des heures supplémentaires. Il a vanté les vertus du referendum d’entreprise.

On fera volontiers crédit à Nicolas Sarkozy d’être le plus au fait et le plus volontaire sur ces questions parmi ses rivaux, mêe si François Fillon se déclare le plus libéral.

Sarkozy et le paritarisme

L’originalité de Sarkozy tient à un autre sujet: la place des partenaires sociaux dans l’élaboration des normes sociales. Pour les défenseurs de la démocratie sociale, cette place doit être essentielle. Pour Sarkozy, elle doit être réduite à néant. On retrouve ici les critiques adressées aux « corps intermédiaires » durant sa campagne électorale de 2012.


Sarkozy au Medef sur les syndicats : « Le paritarisme, c’est l’autre mot de l’immobilisme »

Un morceau de bravoure au MEDEF

Pour le MEDEF, ce discours est évidemment complexe à soutenir. La fonction fondamentale du MEDEF consiste en effet à gérer le paritarisme, et c’est grâce aux fonds du paritarisme que le MEDEF est financé. Certes, il est souvent de bon ton avenue Bosquet de dire pis-que-pendre du monde syndical. Il n’en reste pas moins que le MEDEF constitue, avec la CFDT, le principal partenaire social du gouvernement. Le discours de Nicolas Sarkozy n’annonce donc rien de bon pour lui à moyen ou long terme.

Vieilles fâcheries

Nicolas Sarkozy est le seul candidat de droite qui ose se prendre le paritarisme de front. On lui en saura gré. Mais il est à remarquer que cette posture relève chez lui d’une certaine constance… Durant son quinquennat, Sarkozy avait déjà noué des relations complexes avec Laurence Parisot, la protégée de Michel Pébereau. Le Président rêvait alors d’obtenir du MEDEF de grands accords interprofessionnels permettant de dynamiter les 35 heures.

Il faut donc ici comprendre que la position de Nicolas Sarkozy n’est pas de pure circonstance. Elle découle d’un substrat idéologique d’essence bonapartiste où la norme sociale ne peut émaner de corps intermédiaires qui imposeraient leur propre logique.

Les patrons face au bonapartisme

Il est intéressant de voir le scepticisme profond du patronat français face à cette modernité relativement anglo-saxonne. Peu de dirigeants d’entreprise, en France, apprécient l’idée d’un capitalisme directement organisé par des accords d’entreprise dans un cadre global fixé par la loi. Beaucoup lui préfèrent les couches de corporatisme actuel, avec une forte intervention de l’Etat dans les négociations.

Mais peut-être la France a-t-elle le patronat le moins libéral du monde.

Sarkozy sur le terrain glissant de la réforme de l’Etat

Nicolas Sarkozy a décidé de faire l’ascension de l’Himalaya par la face Nord. Non seulement il participe à une convention des Républicains sur la réforme de l’Etat, mais il fait le choix d’y prononcer un discours appelant à une diminution importante du nombre de fonctionnaires. D’aucuns pourraient y voir une véritable fuite en avant libérale, qui tranche avec le politiquement correct ambiant.

La réforme de l’Etat, le sujet ingrat

On notera d’abord l’espèce de bravoure politique, de la part de Nicolas Sarkozy, à relever le gant de la réforme de l’Etat. Ce monstre du Lochness constitue en effet le sujet repoussoir par excellence. Quel électeur s’intéresse un tant soit peu à ces questions arides qui parlent toutes de tuyauterie administrative, alors que tant de postures sont infiniment plus « payantes » en terme électoral?

Parlez de solidarité, d’immigration, de police, de justice, et les électeurs seront suspendus à vos lèvres. Parlez-leur d’économie budgétaire, de rationalisation des services administratifs, de décentralisation, de recentralisation, et ils décrochent automatiquement.

Pour que Nicolas Sarkozy en fasse un thème de campagne, dans le cadre des primaires, il lui faut un estomac bien accroché, voire une forme d’inconscience politique.

Pourquoi les Français n’aiment pas la réforme de l’Etat

La réforme de l’Etat n’est pas seulement un sujet impopulaire à cause de l’ennui qu’il inspire. Une raison plus profonde éloigne cette question de la préoccupation politique des Français: la remise en cause de l’Etat est une ambition qui plaît toujours lorsqu’elle est générale, mais qui effraie lorsqu’elle devient particulière.

Demandez aux Français s’ils veulent moins d’impôts et de fonctionnaires, et ils vous disent forcément oui. Demandez-leur s’ils sont d’accord pour fermer le collège de 80 élèves situés à proximité de chez eux, la maternité dangereuse à dix minutes de leur village, le commissariat inutile dans leur chef-lieu de canton, et immédiatement ils sont prêts à descendre dans la rue pour protester contre ce diktat parisien qui remet en cause l’égalité sur le territoire de la République.

Tout le dilemme de la réforme de l’Etat est bien là. D’un côté, les Français n’aiment pas l’impôt. De l’autre, ils aiment la dépense publique, lorsqu’elle leur apporte un confort près de chez eux.

Sarkozy fait-il de la provocation?

Sarkozy ne peut ignorer cette répugnance des Français à aborder les questions qui fâchent. Malgré cette évidence, le candidat à la primaire de la droite pousse le bouchon jusqu’à la provocation. Outre qu’il propose 300.000 suppressions d’emploi par le non-remplacement des départs à la retraite, il n’hésite pas à proposer une harmonisation des régimes de retraite, à commencer par un rapprochement des âges de départ entre secteur public et secteur privé.

Pour le coup, le sujet de campagne est plutôt courageux, parce qu’il est d’intérêt général mais extrêmement impopulaire. Là encore, l’idée d’une parfaite égalité entre public et privé recueille toujours, sur le papier, un soutien massif. Mais que les infirmières commencent à réclamer des conditions spéciales de départ pour tenir compte de la pénibilité de leur métier, que les policiers, les gendarmes, les militaires, demandent des avantages en contrepartie des risques qu’ils prennent, et un sondage d’opinion ne tardera pas à montrer qu’ils sont soutenus par un nombre important de Français.

De ce point de vue, les propositions de Nicolas Sarkozy ne manquent pas de panache. Elles devraient confirmer les solides inimitiés que certaines de ses prises de position durant son mandat lui ont valu. Elles ont un mérite: elles répondent aux véritables sujets politiques et économiques du pays. Leur inconvénient consiste surtout à lui enlever une chance (de plus) d’être élu.

Quel bénéfice l’intérêt général peut-il en tirer?

Au total, si la réforme de l’Etat est plus que jamais nécessaire, elle a très peu de chances d’aboutir, surtout avec un Nicolas Sarkozy dont la faible créativité de la RGPP a laissé des traces dans tous les services publics. Sarkozy estime les économies générées par ses 300.000 suppressions d’emplois à environ 7 milliards d’euros. Le calcul est un peu tordu.

En réalité, 300.000 suppressions d’emploi rapportent en principe environ 12 milliards d’euros. Si Nicolas Sarkozy minore cette somme à 7 milliards, c’est bien parce qu’il compte augmenter les fonctionnaires qui « restent » avec une partie des économies dégagées.

Cette recette adoptée durant la RGPP sous son mandat a, au passage, démontré toute son inutilité. Elle est en effet perçue comme une simple politique salariale sans lien direct avec les gains de productivité consentis dans les services.

C’est peut-être le problème de Nicolas Sarkozy: sa trop grande confiance dans les recettes utilisées sans succès en 2007.