Accueil » syndicalisme

Étiquette : syndicalisme

La crise ne fait-elle que commencer à la CGC?

La CGC a-t-elle, avec l’élection de François Hommeril à sa présidence, clos sa crise interne, ou l’a-t-elle relancée? Les bruissements de couloir de toutes parts, ces derniers jours, dont la presse se fait écho, obligent à poser la question, qui est très loin d’être neutres pour l’évolution du dialogue social en France.

Hommeril, l’homme de l’apaisement

Facialement, le choix de François Hommeril à la présidence de la CGC, à la tête d’un ticket où figuraient la banque (en la personne d’Alain Giffard) et le transport aérien (Franck Zid, devenu trésorier), pouvait donner le sentiment d’un apaisement après la douloureuse éviction de Carole Couvert. Hommeril est un candidat de compromis, choisi avec l’accord de la métallurgie, qui continue à se tenir à l’écart de la direction confédéral après l’avoir dirigée pendant plusieurs années. Hommeril a recueilli 90% des voix au Congrès. C’est une belle performance et si, lors de son ultime discours, Carole Couvert ne s’était pas apesantie pendant 15 minutes en propos polémiques et revanchards sur sa propre fédération, la réconciliation eut été parfaite.

Hommeril, l’homme qui n’a pas compris le rôle de la CGC

Une fois ce portrait idyllique dressé, la réalité revient au galop. Ainsi, dès le vote consommé, et la poussière des urnes volant encore après leur ouverture, Hommeril a improvisé une conférence de presse dans le dos de ses grands électeurs pour expliquer qu’il ne serait pas le toutou du gouvernement et qu’il rejoignait le front du refus de la loi Travail. Du coup, ce ralliement sans coup férir fait basculer la majorité syndicale du côté du retrait: FO, CGT et CGC représentent en effet une nette majorité de salariés.

Mais personne ne lui a dit, au petit père Hommeril, que la loi de 2008 sur la représentativité syndicale avait intégré une disposition sur les syndicats catégoriels spécialement pour sauver la CGC en contrepartie d’un engagement à signer les accords à vie? Personne ne lui a dit qu’avant son élection, le destin des présidents qui ont refusé de jouer le jeu a toujours été tragique? Van Crayenest avait fini assassiné par Couvert, qui a fini assassinée par sa propre fédération, aux mains du gouvernement. Cette dernière avait eu la bonne idée de retirer la signature de la CGC sur le pacte de responsabilité, puis de négocier absurdement son ralliement à l’accord sur les retraites complémentaires exigé par Bruxelles. La réponse n’a pas tardé: EDF a organisé son éviction.

Ces points d’histoire n’ont manifestement pas été clairement expliqués au nouveau président.

Déjà des murmures dans les rangs

Comme à la parade, la réplique ne s’est pas faite attendre. Les barons qui ont fait de Hommeril un roi ont commencé à jeter des petits cailloux pour réexpliquer à l’impétrant les règles du jeu: pas question que la confédération échappe au contrôle de la banque et de la métallurgie. Et si Hommeril a paru un homme de paille crédible, ce n’est pas pour ses sorties gauchistes, mais pour ses qualités de porte-flingues (il avait servi à éliminer Danièle Karniewicz en son temps).

Dès cette semaine, une première mise en garde filtrait dans les colonnes de la Lettre A, qui se faisait un plaisir de rappeler que le duo Dos Santos (banque) et Artero (métallurgie) avait éliminé tous les alliés possibles de Hommeril de la direction confédérale. Celle-ci est entièrement tenue par les deux fédérations dominantes. De leur côté, les informateurs habituels de la presse soulignaient que Carole Couvert avait réalisé un excellent travail et avait des prises de position nuancées en son temps. Le seul reproche qui expliquait son éviction était de n’avoir pas envoyé au CESE des membres de sa fédération.

Voilà quelques rappels sur les règles du jeu qu’Hommeril devrait d’autant plus et mieux prendre au sérieux qu’Alain Giffard, son numéro deux, a pendant un temps caressé l’espoir de prendre la présidence de la confédération. Un accident dans les escaliers est si vite arrivé!

Hommeril est-il capable de comprendre les règles du jeu?

Hommeril a expliqué qu’il resterait à Chambéry, sa ville d’origine et de résidence, pendant son mandat. L’annonce ne manque pas de surprendre. Sera-t-il suffisamment présent pour tenir les rênes d’une maison moins facile qu’il ne le croit peut-être? Que va devenir l’appartement du 8è arrondissement loué par la confédération pour le président? A-t-il bien mesuré les contraintes liées à la charge, qui s’accommodent mal de l’idéalisme gauchiste dont il fait preuve aujourd’hui? Toutes ces questions sont ouvertes et n’excluent pas une crise rapide de gouvernance à la tête d’une maison qui a eu l’espoir un peu naïf de se rabibocher pour pas cher.

Clic-P, accélérateur de mutation syndicale

Clic-P (Comité de liaison intersyndicale de Paris, créé en 2010) est un sigle bien connu et redouté dans la branche du commerce, mais peu identifié ailleurs. Cette intersyndicale parisienne a remporté de nombreuses victoires judiciaires contre les ouvertures de magasins le dimanche. Cette success story constitue un véritable défi pour le syndicalisme classique, voire un objet de répulsion. La mise sous tutelle de l’une de ses composantes, cette semaine, par la CFDT, en a donné une nouvelle preuve. En fait, Clic-P est un accélérateur de toutes les mutations syndicales au vingtième-et-unième siècle.

Clic-P, accélérateur de fusion syndicale

La première marque de fabrique de Clic-P est d’être une intersyndicale qui avance groupée. Elle rassemble sous une même étiquette qui agit de concert les sections CGT, CFDT, CFE-CGC, SUD et UNSA du commerce parisien. Ceux-ci se sont dotés d’une structure pilotée par Karl Ghazi, de la CGT Commerce (parisien, toujours…) qui agit pour leur compte, et qui coordonne l’activité syndicale.

Cette capacité à rassembler au-delà des étiquettes irrite profondément les états-majors confédéraux. Ils n’ont d’ailleurs de cesse de faire la guerre à cette formule qui pointe du doigt l’inefficacité de la division syndicale en France.

La dernière péripétie en date, subie par Clic-P, est la mise sous tutelle de la section CFDT par la confédération, révélée par le Canard Enchaîné. Officiellement, il s’agit de régler des problèmes de gestion interne, mais l’enjeu est tout autre: la remise au pas d’une section locale qui a le pouvoir d’entraver la mise en oeuvre de la loi Macron et de ses dispositions sur le travail dominical.

Les autres confédérations ont eu la même attitude. En avril 2014, la fédération du commerce de la CGT a désaffilié les adhérents de son syndicat parisien. Quelques mois auparavant, FO avait officiellement quitté le Clic-P, sous le prétexte que l’une des autres composantes avait quitté la CFTC pour rejoindre l’UNSA, jugé casus belli par la confédération.

Dans la pratique, le Clic-P est une épine dans le pied syndical, car il montre qu’une intersyndicale peut défendre bien plus efficacement les salariés que la division syndicale actuelle. D’une certaine façon, Philippe Martinez a fait écho à ce sujet en déclarant sur Europe 1 qu’il y avait trop de syndicats en France. Cette question avait été ouverte lors de la délibération sociale de 2008 sur la représentativité syndicale, et laissée en désuétude depuis lors.

Clic-P, accélérateur de déconcentration syndicale

Clic-P a lancé en 2013 une « croisade » intersyndicale contre le travail du dimanche en région parisienne. Cette capacité à agir a montré que des unions locales pouvaient se mobiliser bien plus efficacement qu’une confédération ou une fédération.

Pour les organisations syndicales, cette opération constitue un véritable défi. Les confédérations sont en effet à la recherche permanente d’une centralisation du pouvoir et sont en tension constante avec leurs fédérations ou unions locales adhérentes.

De façon très emblématique, la CFDT avait d’ailleurs produit un intéressant rapport sur le sujet en 2009. Il comportait notamment ce paragraphe:

C’est donc en partant des besoins des salariés et des mandatés des collectifs de travail que doit se mettre en place un fonctionnement flexible et réactif de l’organisation. Un mode de fonctionnement en réseau (et non uniquement pyramidal) basé sur la coopération et la subsidiarité et où chacun joue la transparence. Un réseau maillant l’ensemble des sections syndicales (dont la responsabilité et l’autonomie devront être précis) et dont la confédération est la tête de pont. Il part du plus près du terrain en posant à chaque niveau la question : « qu’est-ce qui est utile aux sections et aux salariés ? » ; « qu’est-ce qui a déjà été fait, que reste-t-il à faire ? ». Et quand un niveau de l’organisation a fait, aucun autre ne le fait à son tour.

Un an plus tard, la création de Clic-P devenait, pour la CFDT, un travail pratique d’application de ce texte… avec les difficultés que les multiples mises sous tutelle de la section parisienne du commerce ont illustrées. Clic-P constitue en effet un exemple quasi-académique de perte de pouvoir du niveau confédéral au profit du niveau local, qui se structure en personne morale pour agir.

Clic-P, accélérateur d’efficience syndicale

L’autre originalité de Clic-P est d’avoir concerté une action syndicale redoutablement efficace en dehors des modes traditionnels utilisés par les fédérations et les confédérations. Clic-P s’est en effet systématiquement appuyé sur des saisines judiciaires pour faire plier les employeurs, sans recourir aux grèves ni aux mouvements de protestation.

Si cette action vient de subir quelques revers avec la décision du Conseil d’Etat sur l’ouverture le dimanche des magasins de bricolage, elle n’en reste pas moins emblématique d’une tentative innovante de mutation dans le combat syndical.

Pour les confédérations, cette innovation constitue bien entendu un danger. Si le syndicalisme français se mettait à renoncer au dogme de l’action collective pour entrer dans une logique de combat judiciaire et, au fond, légaliste, c’est l’anarcho-syndicalisme qui s’en trouverait tout à coup ringardisé.

Les organisations syndicales pourront-elles longtemps faire la sourde oreille à cette évolution?

Clic-P, synthèse des évolutions syndicales à venir?

Moins de syndicats, mieux déconcentrés, et plus déterminés à agir sans référence aux postures collectives traditionnelles? Ce visage-là du syndicalisme synthétise bien les « sujets » confédéraux français. La représentation des salariés français doit-elle continuer à se référer, peu ou prou, à la Charte d’Amiens et à son mythe du grand soir collectif, ou bien doit-elle devenir à la fois pragmatique et incisive.

Les réponses sont encore à venir…

Syndicalisme et populisme: le cas Front National

Le syndicalisme peut-il s’affranchir du populisme? La question est une nouvelle fois posée par les investitures du Front National aux élections cantonales: le cycle des exclusions commencent pour appartenance à un parti jugé trop populiste…

La CFDT exclut un candidat FN dans le Jura

Appartenir au Front National n’est pas compatible avec l’engagement syndical: la CFDT vient de le redire dans le Jura, au canton de Mont-sous-Vaudrey, où le Front National a investi le maire (sans étiquette) de Rans, Stéphane Montrelay comme candidat aux élections cantonales. Stéphane Montrelay, 38 ans, n’est pas seulement un élu local engagé, il est aussi délégué du personnel CFDT à l’usine Solvay de Tavaux. Ce cumul des fonctions n’a pas plu à sa hiérarchie syndicale, qui a procédé à son exclusion. La fédération CFDT de la Chimie-énergie reste fidèle à la ligne officielle du syndicat.

Pour justifier cette décision, la fédération indique que le Front National est en opposition avec les valeurs de la CFDT. La motivation est habituelle, mais on regardera avec attention la façon dont sa réception évolue dans l’opinion publique. Il n’est en effet pas sûr que les valeurs du Front National soient perçues par les militants de la même façon que par le hiérarchie syndicale parisienne. Et inversement, il n’est pas évident que les valeurs de la CFDT soient perçues de façon totalement limpide et identique à tous les échelons de la confédération…

Le syndicalisme contre le populisme selon Laurent Berger

Dans une interview donnée au journal Libération ce vendredi matin, Laurent Berger a précisé sa doctrine sur le sujet.

« Les choses se sont beaucoup tendues depuis la crise. (…) Et aujourd’hui une partie du patronat est tiraillée par un fort populisme, de même qu’un partie du syndicalisme », affirme-t-il. Pour lui, « la vraie question, c’est celle (…) du choix entre dialogue social et affrontement. Et ce, qu’il s’agisse du camp patronal ou syndical » (…).

La posture de Laurent Berger est habituelle, mais elle est de plus en plus compliquée à défendre: comment se faire l’apôtre d’une culture de dialogue quand on exclut systématiquement des candidats d’un parti représentant au moins un quart de l’électorat, et en passe de devenir le premier parti du pays? Là encore, la soutenabilité de cette doctrine va subir l’épreuve du temps… et de la réalité.

Sur le fond, c’est la notion même de populisme qui est interrogée: la CFDT gagnerait probablement à préciser en quoi le Front National est populiste.

La position de la CGT sera un bon test

Inévitablement, la position de la CGT sur le même sujet aura valeur de test.

On se souvient que, en 2011, le syndicat (en l’espèce la fédération des agents territoriaux) avait exclu son militant Fabien Engelmann parce qu’il était candidat FN aux élections cantonales. La CGT avait alors évoqué l’imposture sociale du Front National.

Quatre ans plus tard, le nouveau secrétaire général du parti, Philippe Martinez, issu de la métallurgie, tient un discours un tantinet plus nuancé sur la même question. Dans une interview sur France Inter, il déclare notamment:

«Le vote FN n’est pas la solution, il y a besoin que les salariés se rassemblent», a affirmé le numéro un de la CGT, interrogé sur France Inter par un militant du syndicat décidé à voter pour le parti de Marine Le Pen.

En optant pour un tel vote, les militants sont «troublés» et choisissent «des solutions faciles», a estimé le responsable syndical. «Il y a du travail pour tout le monde», a-t-il souligné. «On ne peut pas désigner l’étranger comme l’ennemi, celui qui empêche de travailler ses enfants».

L’inflexion dans le langage mérite d’être notée: le Front National est « une solution de facilité ». Cette affirmation fera long feu. En attendant, on suivra avec intérêt l’évolution de la doctrine CGT sur les militants investis par le Front National.

FO a déjà ouvert les vannes

Depuis les élections européennes, on connaît la posture particulière de Force Ouvrière vis-à-vis du Front National. Ce sont en effet les militants de FO qui ont le plus voté pour le Front National (un tiers des militants FO aurait voté Front National selon un sondage). Les élections du 4 décembre 2014 dans la fonction publique ont rajouté de la confusion à ce sentiment de porosité, lorsque Marine Le Pen s’est félicitée que le soutien du collectif Racines à FO ait permis à la confédération de progresser au sein de l’Education Nationale.

Ce petit rappel permet de mieux comprendre l’embarras de Jean-Claude Mailly, évident lors du congrès de FO à Tours début février. Alors que la partielle du Doubs se profilait, il a notamment déclaré: « il n’y aura pas de consigne de vote aux citoyens ».

Cette neutralité consiste tout de même un sérieux craquement dans le vernis syndical.

Le FN exhibe ses prises syndicales de guerre

Les élections cantonales permettront une bonne mise à plat du débat. En attendant, Marine Le Pen a jubilé en affirmant que, dans ses investitures, le FN avait recruté: « 8 CGT, 9 CFTC, 5 CFDT, 7 FO ».

De quoi donner du grain à moudre aux confédérations.

En attendant, on se rappellera que le débat sur les « valeurs du Front National » fait curieusement écho à un débat des années 70, qui avait beaucoup occupé… le Parti Communiste:

Les syndicats contestataires représentent 50% des salariés

Cette semaine a vu l’accroissement des rangs des contestataires. La CGT élisait son nouveau secrétaire général, Philippe Martinez, et FO tenait son congrès qui a permis de réélire Jean-Claude Mailly. Cette étrange conjonction astrale a modifié en profondeur la logique syndicale en France.

La CGT bascule du côté du secteur public

En apparence, l’arrivée de Philippe Martinez à la tête de la CGT installe un délégué de la métallurgie à la tête d’une confédération ouvrière. Dans la pratique, l’exercice est un peu différent: la direction nationale de la CGT ne comporte aucun salarié appartenant à une entreprise indépendante de l’Etat!

Philippe Martinez en est le meilleur exemple, alors même qu’il est le seul salarié ayant travaillé en usine dans la direction nationale. Philippe Martinez, avant d’être secrétaire de la fédération de la métallurgie, fut secrétaire du comité d’entreprise central de Renault. Rappleons-le, Renault, ex-nationalisée, est encore détenue à 15% par l’Etat.

Le reste de la commission exécutive est encore plus marquée par l’absence d’expérience significative dans une entreprise privée.

On notera en particulier que la Poste, ex-entreprise publique encore détenue à 70% par l’Etat, entre en force à la commission exécutive. Non seulement l’administratrice de la CGT en est issue: Colette Duynslaeger, 55 ans, est secrétaire de la fédération des postes et télécommunications, mais c’est aussi le cas de Gisèle Vidallet, cadre à la Poste et secrétaire de l’uniion départementale de Haute-Garonne.

La SNCF est présente avec l’arrivée de Grégory Roux, secrétaire général adjoint des Cheminots.

La secrétaire de la fédération de l’Energie, ancienne d’EDF, Valérie Gensel-Imbrecht, arrive également à la commission exécutive. Elle complète la présence massive des anciennes entreprises publiques dans la direction. Ces entreprises comptent donc 4 postes sur 10 à la tête de la CGT.

Les fédérations du service public ont envoyé dans la même commission Fabrice Angei et Céline Verzeletti (issue de l’administration pénitentiaire).

La fédération des organismes sociaux, para-publics avec un statut privé, est également représentée avec Denis Lalys, son secrétaire.

Outre ces 8 dirigeants issus de la sphère publique ou para-publique (dont une secrétaire de fédération locale), la commission exécutive compte deux autres membres: des permanents locaux, dont Pascal Joly, responsable de l’union régionale d’Ile-de-France, et Marie Saavedra, responsable de l’union départementale du Vaucluse.

Bref, la CGT est massivement implantée dans le privé, mais elle sera massivement dirigée par des adeptes de l’économie administrée.

FO ne cache plus son hostilité au gouvernement

 Dans la foulée de ces événements, Jean-Claude Mailly a profité du congrès de Tours et de sa réélection pour pousser des feux contre le gouvernement. Après avoir suivi une ligne plutôt attentiste depuis la fin de l’été sur l’évolution du gouvernement Valls, Mailly, pourtant adhérent du parti socialiste, considère désormais que le libéralisme s’est installé en France.

Voici quelques propos de clôture:

Le patron de Force ouvrière (FO) souhaite « un mouvement costaud » pour « faire plier » gouvernement et patronat. « Quand on n’est pas entendu (…), on fait une journée de grève ou on ne fait pas une journée de grève ? », a lancé le secrétaire général de FO, Jean-Claude Mailly, devant le 23e congrès du syndicat réuni ce jeudi 5 février à Tours.

« Si on veut faire bouger le gouvernement et le patronat, il faut passer une vitesse supérieure » qui est « une journée de grève », a-t-il poursuivi devant un parterre de militants. Les adhérents voteront ce vendredi sur cette proposition.

« Il ne s’agit pas d’arrêter aujourd’hui la date et les modalités », a-t-il précisé. Mais pour être « efficace », il faudra essayer « de faire une action commune avec les autres organisations qui partageront l’essentiel des revendications ».

Passer à une vitesse supérieure pour être entendu… chacun en tirera les conclusions qui s’imposent.

FO et CGT, 50% des salariés

La situation syndicale en France est donc très paradoxale.

Dans le secteur privé, l’addition des scores de représentativité de FO et de la CGT avoisine les 50%. En revanche, FO et la CGT sont massivement implantés dans le secteur public. La CGT est le premier syndicat de la fonction publique dans son ensemble, FO le premier syndicat de la fonction publique d’Etat.

Le paysage syndical français s’oriente donc vers un durcissement du discours syndical dans le secteur privé, piloté par des syndicats dont la base reste majoritairement publique. Un mouvement à mettre sous observation dans les semaines à venir…

Sephora: faut-il protéger les salariés contre eux-mêmes?

Entre l’affaire Sephora (travail de nuit) et l’affaire Bricorama (travail du dimanche), les limites du droit du travail sont mises à rude épreuve.

Je mets ici à part l’affaire « Bricorama » qui relève d’abord du droit de la concurrence, avant de relever du droit du travail. Bricorama, qui n’avait pas le droit d’ouvrir le dimanche par décision de justice, a obtenu l’alignement de ses concurrents sur cette interdiction pour éviter toute distorsion.

Je retiens plutôt l’affaire Séphora, qui est emblématique, parce qu’elle porte sur interdiction du travail de nuit obtenue par des organisations syndicales (l’intersyndicale Clic-P) contre la volonté manifestée par certains employés de l’entreprise. Cette affaire-là est assez passionnante, parce qu’elle réunit tous les ingrédients de la crise socio-politique française contemporaine: la réglementation du travail, le rôle des organisations syndicales, la liberté du commerce.

Se garder de jugements trop hâtifs

Les medias ont assez vite pris le pli de traiter cette affaire par une opposition frontale et simpliste entre les syndicalistes traditionnels (bons ou méchants, selon le point de vue du lecteur) et les partisans de la liberté du commerce, dont certains salariés (héros ou jaunes selon les mêmes points de vue). Ce résumé est un peu dommageable, car le problème est en vérité un peu compliqué que cette question manichéenne.

Certes, il y a bien d’un côté l’intérêt d’une entreprise à vendre ses produits jusqu’à une heure tardive à des clients venus du monde entier pour parcourir l’une des plus belles avenues du monde. Cette entreprise – Sephora – appartient au groupe LVMH, qui n’est pas le dernier à faire des profits, comme le remarquent certains observateurs engagés.

De l’autre, il y a des forces syndicales assez peu implantées dans le magasin visé par la plainte, et plus soucieuses de questions de principe que d’intérêt économique direct. On notera d’ailleurs les propos de Karl Ghazi, secrétaire général de la CGT Commerce à Paris, qui déclare, à propos de l’affaire Sephora: « C’est l’ensemble des salariés du commerce qui est concerné par cette décision. Il s’agit bien de l’intérêt collectif des salariés et pas de la somme d’intérêts particuliers ».

Le sujet est posé de façon assez juste. La décision « Sephora » pose un problème, parce qu’elle est devenue un cheval de Troie de la déréglementation combattu avec rage par des syndicats attachés aux acquis collectifs. La question n’est pas d’ouvrir ou de fermer le magasin Sephora, mais d’accepter ou non une entorse dans les règles de l’amplitude horaire en vigueur dans le commerce de détail.

Cette question mérite que l’on s’y arrête avec la tête froide, car elle reprend, au fond, le débat social tel qu’il s’est ouvert au dix-neuvième siècle, lorsqu’il est apparu indispensable de réglementer la durée du travail pour lutter contre les abus dont les salariés étaient victimes. Déjà, à l’époque, deux écoles s’opposaient: d’un côté les partisans de la souplesse, de l’autre les partisans de la règle.

Il est assez emblématique de voir que le XXIè siècle reprenne à son compte des débats vieux de plus d’un siècle, en faisant comme abstraction des cent dernières années. Il faut probablement voir là un signe de plus d’une crise profonde de notre conception même des rapports sociaux.

Le problème de l’utilité sociale du commerce de nuit

Le motif pour lequel la justice a ordonné la fermeture du magasin Sephora à 21 heures est simple: aucune utilité sociale ne justifierait, selon elle, la vente de parfum après 21 heures. Produit de luxe, produit futile, produit fashion, la parfum peut bien attendre des heures décentes pour être vendu.

Cette décision est captivante par ce qu’elle contient de non-dit. On pourrait schématiquement reconstituer le raisonnement du juge de la façon suivante:

1) seule une raison d’utilité sociale justifie une ouverture de nuit

2) l’amélioration du chiffre d’affaires permise par la vente de nuit n’est pas une utilité sociale

3) la délivrance d’une prestation aux clients qui souhaitent acheter du parfum de nuit n’est pas non plus une utilité sociale

4) l’utilité sociale se définit par l’impossibilité de faire autrement: est utile socialement ce qui est strictement indispensable.

5) vendre du parfum la nuit n’étant pas strictement indispensable, cet acte n’a donc pas lieu d’être.

On mesure immédiatement l’écart impressionnant qui existe entre les principes qui guident le droit du travail, son interprétation par les juges et les organisations syndicales, d’un côté, et la réalité du commerce mondialisé de l’autre. Le fait qu’il existe encore des juges en France pour ne pas reconnaître, en période de crise, et sous une forte concurrence, l’utilité sociale d’une vente de parfums sur les Champs-Elysées après 21 heures, laisse perplexe sur la compréhension que ces juges peuvent avoir de la société dans laquelle ils vivent.

Protéger les salariés contre eux-mêmes?

Le plus étonnant dans cette affaire tient quand même à la position des salariés du magasin, qui ont collectivement assigné l’intersyndicale en référé, sur un motif mal étayé, mais qui trahit bien l’émotion suscitée parmi eux par une décision judiciaire dont l’initiative est purement externe.

Les syndicats représentatifs sont évidemment mis en difficulté, après avoir convoqué le ban et l’arrière-ban des vieilles ficelles staliniennes pour discréditer cette action: accusations de pression de la direction, soupçon de manipulation, appel à la solidarité prolétarienne, etc. Malgré ces tentatives peu glorieuses de stigmatisation, les salariés du magasin portent leur contestation, et soulèvent la vraie question du dossier: une organisation syndicale peut-elle obtenir une réglementation limitant l’activité d’une entreprise contre la volonté de ses salariés, et sans solliciter l’avis de ceux-ci?

Car c’est une particularité très française d’avoir construit le syndicalisme et la représentativité syndicale sur des proclamations et des idéologies, sans s’assurer de l’adhésion effective des salariés à ces postures. Rappelons que la pierre angulaire du délégué syndical repose sur sa désignation par l’organisation syndicale et non sur son élection par les salariés qu’il prétend représenter.

En soi, cette dissociation entre le syndicalisme et les salariés a toujours bien arrangé les employeurs, ou en tout cas certains d’entre eux: ceux-ci se sont longtemps satisfait d’un dialogue social qui réunissait des acteurs éloignés de l’entreprise, et qui n’avaient pas vocation à en faire partie. Si la loi du 20 août 2008 sur la représentativité syndicale a ouvert une brèche dans cette logique, il n’en reste pas moins que beaucoup d’organisations syndicales tardent à faire leur mue, et prétendent encore faire le bonheur des salariés contre leur volonté.

Dans le cas de « Sephora », le dilemme est patent: la CGT (et quelques autres…) tient manifestement à protéger les salariés contre eux-mêmes. Ce qui est une conception de la liberté du travailleur difficile à admettre de nos jours.

Où en sommes-nous de l’aliénation des travailleurs?

Là encore, relevons que la CGT est l’héritière historique de la lutte contre l’aliénation du travailleur dont la conception mériterait d’être rafraîchie et éclairée à la lumière de l’adhésion directe des salariés. Dans l’affaire Sephora, on mesure en tout cas combien ce mot d’ordre a vieilli et paraît mal adapté au monde numérique et connecté dans lequel nous vivons.

Indéniablement, le travail de nuit dans l’industrie a longtemps constitué une contrainte aliénante. En est-il de même pour les salariés qui se déclarent volontaires pour vendre des parfums sur les Champs-Elysées jusqu’à minuit ou une heure du matin, moyennant une majoration de leur salaire de 20 ou 30%? L’affaire mérite d’être discutée, et le recours à la justice pour clore le débat sans possibilité d’intervention des principaux concernés est éloquent: la lutte contre l’aliénation ne passe manifestement pas par l’écoute des salariés que l’on prétend libérer…

En saisissant la justice en référé, ces salariés n’ont rien dit d’autre. Ils veulent simplement être écoutés, et peser sur une décision dont ils sont les seuls à subir les conséquences.

Au-delà de ce problème épisodique, on aimerait entendre la CGT sur tout ce qui fait la vie des salariés aujourd’hui: le BYOD (Bring Your Own Device, c’est-à-dire le détournement de moyens personnels de communication comme le smartphone à des fins professionnelles), le télétravail, l’utilisation massive du numérique – toutes ces formes nouvelles de travail vis-à-vis desquelles il faut inventer autre chose que la simple interdiction, même si elles se déroulent souvent la nuit.

 

Travail de nuit et dialogue social

Entre interdiction pure et simple d’un travail de nuit qui satisfait les salariés, et déréglementation pure, il faut probablement rechercher une voie médiane, qui assure aux salariés la forme de travail qu’ils désirent, sans les soumettre à des pressions qu’ils ne pourraient refuser.

De ce point de vue, le recours au dialogue social semble la meilleure formule.

Depuis la loi du 20 août 2008, la représentativité syndicale dans l’entreprise est en effet assise sur l’élection. Cette « révolution » légitime fortement les accords d’entreprise. Plus rien ne s’oppose donc à ce que la loi subordonne l’autorisation du travail de nuit à la signature d’un accord d’entreprise encadrant cette forme de travail.

Cette méthode présente deux avantages majeurs.

Premièrement, elle replace les salariés en position de force, en leur conférant la possibilité de ne pas signer d’accord si les propositions de l’employeur ne sont pas satisfaisantes.

Deuxièmement, elle permet d’adapter les règles d’ouverture de l’entreprise au plus près de ses besoins et de ses contraintes de concurrence.

Avec un dispositif de ce genre, Sephora n’aurait pas défrayé la chronique.

Cette méthode permettrait en outre de favoriser l’évolution idéologique des organisations syndicales nationales.

 

Des flics dans les logements étudiants? une pratique syndicale…

Les amateurs de littérature syndicale apprécieront l’exclusivité que se targuent d’avoir les syndicats de policiers sur les logements étudiants…

C’est une particularité de la police française: elle pratique le syndicalisme de service. En Ile-de-France, se syndiquer est le plus sûr moyen d’avoir accès à un logement aux prix les plus bas du marché, c’est-à-dire dans le parc social de l’Etat… ou dans le parc étudiant.

Pour mémoire, la police française est déchirée entre plusieurs syndicats qui se livrent une guerre sans pitié pour recruter des adhérents. Historiquement, le syndicat dominant était la FASP, devenue UNSA Police, qui n’a pas survécu à la tentative de rapprochement avec la CGC en 2009.

Aux élections de 2010, la scission de l’UNSA a permis à FO-Police, enrichi des dissidents de l’UNSA, de devenir le premier syndicat de la police nationale, avec 10 points de plus qu’Alliance Police, adhérent à la CGC. Depuis cette date, les deux syndicats se livrent une guerre sans merci.

Cette guerre se niche jusque dans les attributions de logement. Chaque syndicat fait la promotion des logements auxquels ses adhérents peuvent postuler. Une bonne façon d’attirer le chaland.

Voici par exemple la liste qu’Alliance vient de publier:

On notera que la liste commence par l’exclusivité dont le syndicat Alliance se revendique sur des logements étudiants situés dans les résidences « Studélites »qui appartiennent à la BNP. Au moment où la polémique fait rage sur la cherté des études universitaires… ce genre de publicité ne paraît pas particulièrement habile.

Mais peut-être le syndicat Alliance propose-t-il une démarche en amont de rapprochement entre étudiants et policiers… histoire d’adoucir les moeurs lors du prochain mouvement étudiant?

Conférence sociale: pour un new deal syndical!

La Conférence sociale, qui commence demain, devrait traiter d’une série de dossiers autres que la réforme des retraites. Notamment de la question de l’adhésion syndicale. Ce sujet est au coeur de la représentativité syndicale, dont les règles ont été partiellement modifiées en 2008.

Rappelons d’abord le constat: le syndicalisme français est plus un syndicalisme de gestion paritaire qu’un syndicalisme d’adhésion. Le fameux héritage de 1945 (et sa suite), défendu par Stéphane Hessel dans Indignez-vous!, a en effet permis aux organisations syndicales françaises de tenir les manettes d’une myriade de bidules paritaires sans avoir le moindre adhérent à mettre en face: Sécurité Sociale, Unedic, AGIRC-ARRCO, organismes collecteurs de fonds de la formation professionnelle, et j’en passe. En tout cas, ce sont au moins 100.000 mandats dans des conseils d’administration paritaire qui sont proposés chaque année à des militants syndicaux. De quoi occuper tout ce petit monde à plastronner dans des réunions où l’on se prend au sérieux, au lieu de faire le travail quotidien d’adhésion.

Soyons clairs: cette construction, dans le camp patronal, était bienvenue, parce qu’elle permettait de donner un statut aux meilleurs syndicalistes (ou aux plus récalcitrants), tout en les sortant des entreprises ou des terrains où ils sévissaient.

Cette intention répondait en tous points aux deux piliers qui ont de longue date présidé à la construction paritaire en France: d’abord rapprocher les points de vue entre syndicalistes et patrons en leur confiant des responsabilités communes, ensuite éviter l’implantation durable d’organisations syndicales dans les entreprises.

Historiquement, la création d’un univers paritaire a aussi permis le financement des organisations syndicales par ces organismes paritaires. Sous le mot « financement », il faut non seulement ranger les « chèques » annuels versés par les organismes paritaires aux organisations, mais aussi la mise à disposition plus ou moins déguisée de main-d’oeuvre en charge de l’administration des syndicats.

La conséquence de ce système est simple: le taux de syndicalisation en France est faible, parce que les syndicats n’ont pas besoin d’adhérents pour vivre.

Cet état de fait, qui a convenu à tout le monde pendant de nombreuses années, et même pendant des décennies, avait d’importantes contreparties: faute d’une représentativité suffisante, les organisations syndicales n’ont jamais eu la faculté de négocier des accords ambitieux ou portant des réformes en profondeur. Le faible taux d’adhésion est un obstacle majeur au développement d’une « démocratie sociale », selon l’expression maintenant consacrée. Dans ces conditions, le développement de la démocratie sociale suppose forcément le développement de l’adhésion syndicale. Et c’est là que nous avons un problème.

Le paysage social français est hérissé d’une multitude de défenses contre le développement du syndicalisme, qu’il faut lever un à un. Au premier chef, l’absence de vie syndicale dans les PME et les ETI, c’est-à-dire dans notre tissu d’entreprises d’une taille inférieure à 1.000 salariés, constitue une difficulté majeure. Sans dynamisme syndical dans ces entreprises, point n’est possible d’imaginer une diminution du corpus réglementaire qui étouffe aujourd’hui l’activité économique en France. Nous ne pourrons en effet réduire le poids du Code du Travail que si et seulement si un dialogue social constitué dans les entreprises peut en prendre le relais.

Sur ce point, plusieurs mesures techniques sont indispensables pour jeter les bases d’un New Deal syndical:

1° – il faut généraliser le mandatement à toutes les entreprises de moins de 300 salariés. Le mandatement permet de « qualifier » syndicalement un salarié de l’entreprise, c’est-à-dire lui donner la faculté de négocier des accords, sans qu’il ne soit délégué syndical en titre. Cette formule souple permet de stimuler un syndicalisme de négociation dans les entreprises, sans prévoir explicitement la création d’une section ou d’une représentation syndicale.

2° – il faut créer une incitation fiscale positive à la négociation d’entreprise. Aujourd’hui, les exonérations sociales et fiscales sont accordées aux entreprises quelles que soient les modalités de création des outils exonérés (épargne salariale, contrats de prévoyance ou de complémentaire santé, etc.) En réservant les exonérations aux seuls outils issus d’un accord majoritaire, le législateur ferait oeuvre utile: il pousserait les employeurs à favoriser le dialogue social d’entreprise, et à conclure des accords dans un esprit de coopération.

3° – de façon encore plus technique, les entreprises devraient pouvoir, par accord majoritaire, définir les catégories objectives de salariés ouvrant droit aux exonérations.

Plus profondément, le moment vient d’achever la réforme de la représentativité initiée en 2008 en la flanquant de deux mesures essentielles:

1° – instaurer un plancher minimal de cotisations dans les ressources totales de l’organisation. Lors de la négociation de 2008 sur la représentativité, il avait été question d’instaurer un plancher de 66% de cotisations dans le volume global des ressources dont dispose une organisation syndicale. Ce plancher a un mérite essentiel: il permet à une organisation syndicale de disposer de ressources autres que les cotisations pour financer ses activités d’administration et de gestion paritaire imposées par la loi. En même temps, il oblige les organisations à développer une véritable politique d’adhésion pour atteindre le plancher de 66%.

2° – réformer le financement des organisations syndicales en créant un fonds public sur le modèle des partis politiques. Cette mesure, qui permettrait de compléter les cotisations apportées par les adhérents, consisterait à distribuer des fonds publics pour indemniser les syndicats des sujétions paritaires qui leur sont imposées. Bien entendu, le financement public serait exclusif de tout autre financement. Autrement dit, en dehors des cotisations et des revenus apportés par ce fonds, les organisations syndicales n’auraient plus la faculté de percevoir le moindre revenu, comme les mises à disposition de fonctionnaires des collectivités locales par exemple.

Aujourd’hui comme en 2008, une fraction non négligeable des « sociaux » argue du fait que ces mesures donneraient un pouvoir inconsidéré à des syndicats « révolutionnaires ». Rappelons que les dérives partisanes de certains syndicats français tiennent d’abord au fait qu’ils ne s’appuyent pas sur des adhérents pour agir. Du jour où leur survie dépendra du soutien financier qu’ils trouveront parmi les salariés, leur discours ne sera plus le même…