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BCE, VW, Syrie: la triple impuissance européenne

Dans l’action de la BCE sur l’inflation, comme sur le scandale Volkswagen ou sur la crise en Syrie, l’Europe montre son incapacité à régler les problèmes ou à les éviter. Contrairement aux propos idéologiques des « eurosceptiques » traditionnels, le problème de l’Union ne tient pas à son inspiration politique, mais aux conséquences techniques de son rapport de force interne.

La BCE en plein naufrage

Dans le malström d’une actualité débordante (notamment de polémiques partisanes en tous sens), l’information est passée relativement inaperçue, alors qu’elle est d’une importance majeure: l’inflation ne repart pas en Europe, bien au contraire. Après 6 mois d’assouplissement quantitatif à coups de 60 milliards d’euros mensuels d’intervention sur les marchés, la BCE n’est pas parvenue à ranimer la flamme des prix.

La pire nouvelle vient d’Allemagne, où la hausse des prix en septembre a progressé de 0%! alors qu’elle était encore de 0,3% en juin. Pour l’ensemble de la zone euro, il s’agit d’une vraie nouvelle inquiétante, qui prouve que les « fondamentaux », même en Allemagne, sont très loin de la reprise durable sur laquelle des pays comme la France comptent pour équilibrer leurs comptes publics. En réalité, la zone euro vit une phase de déflation rampante que les autorités monétaires dissimulent depuis plusieurs mois à coup de dénis officiels.

A l’issue de son compte-rendu de politique monétaire de jeudi, la BCE a maintenu cette stratégie d’occultation en laissant entendre qu’à partir de novembre, elle pourrait amplifier son assouplissement quantitatif pour éviter le naufrage économique définitif de la zone. Il faut croiser les doigts pour qu’un accident boursier majeur ne contraigne pas Mario Draghi à agir avant cette date.

Volkswagen et la soumission aux industriels

Alors que la déflation rôde, le scandale Volkswagen a continué à faire vivre aux marchés financiers des heures difficiles cette semaine. Cette affaire met évidemment en question les normes communautaires, leur justification et la volonté réelle de la Commission de les appliquer, surtout qu’elles nuisent à l’industrie allemande. Brutalement, les Européens se sont rendus compte que la masse infinie de normes qui leur est imposée par « Bruxelles », c’est-à-dire par la Commission Européenne, était une machinerie à géométrie variable.

D’un côté, il y a les bons élèves naïfs, comme les Français, qui, au nom de la solidarité européenne, de l’esprit de coopération, du couple franco-allemand et tout ce blabla qui n’abuse que les gogos et les hauts fonctionnaires, obéissent aux règles. Ainsi, les Français s’interdisent de faire des feux de cheminée, de vendre de la volaille vivante sur les marchés et bientôt ne pourront plus vendre de la nourriture fraîche dans les marchés de plein air.

D’un autre côté, il y a les élèves malins qui imposent des règles contraignantes à leurs concurrents pour les affaiblir, et oublient malencontreusement de respecter les règles qui les embarrassent.

Au total, c’est bien la norme européenne qui est en jeu: non, elle ne sert pas à établir une concurrence libre et parfaite. Elle est plutôt un instrument entre les mains de l’Allemagne pour faciliter ses exportations intra-communautaires et tuer tous ses concurrents sur le continent.

Même les eurolâtres ne croient plus au marché unique

Le désarroi de la norme communautaire est tel que même les plus grands eurolâtres laissent percer leur trouble dans leurs interventions publiques. Le congrès de la Confédération Européenne des Syndicats en a donné une nouvelle preuve. Il se tenait mardi à Paris, et a permis à Jean-Claude Juncker (soupçonné d’avoir menti au Parlement dans l’affaire Luxleaks) de faire quelques confidences révélatrices:

«L’état de notre union européenne n’est pas bon, les fissures de solidarité se multiplient», a estimé le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, s’inquiétant d’une «dangereuse renaissance de sentiments nationaux». (…)

M. Juncker a réitéré sa promesse d’instaurer, au printemps 2016, «un socle de droits sociaux minimum» qui ferait «cordon sanitaire» pour protéger les travailleurs: «à même travail, les mêmes salaires et les mêmes droits», a résumé le numéro un de la Commission.

Plus d’Europe sur un sujet chimérique pour lutter contre la perte d’Europe: une stratégie du « je continue à forer droit dans la veine de granit jusqu’à épuisement des forces ».

François Hollande a préféré enterrer le sujet selon ses bons vieux réflexes d’énarque en proposant la création d’une commission:

Dans une proposition inédite, Hollande a plaidé pour la création «dans un délai proche» d’un «Eurogroupe social» réunissant les ministres des Affaires sociales de la zone euro, à l’instar de l’Eurogroupe économique et monétaire. Il a également jugé nécessaire «une convergence» des politiques sociales au sein de l’UE en matière de droits sociaux, de salaires et de protection sociale.

Les USA tentent de sauver le TTIP

L’affaire Volkswagen a une autre conséquence: elle refroidit les ardeurs des libre-échangistes dans la négociation du TTIP. Si faire affaire avec les Américains signifient instaurer des normes qui devront être respectées, alors là, non! on préfère rester dans le bordel européen où la loi est écrite mais d’application aléatoire.

Tout soudain, la France a découvert que les USA lâchaient peu de concessions (et ce au bout de plusieurs années de négociations) et propose désormais de quitter la table des discussions. Tel est le propos tenu par Matthias Fekl, le ministre franco-allemand du Commerce Extérieur (puisque Hollande a choisi un Allemand pour tenir ce poste discret, mais sensible, où l’Allemagne nous mange tout cru).

« Ces négociations se déroulent dans un manque total de transparence et dans une grande opacité », dénonce Matthias Fekl, qui assure que la France n’a reçu « aucune offre sérieuse des Américains » depuis 2013.

Du coup, la commissaire suédoise au Commerce, Cécilia Malmström, en charge des négociations et atlantiste convaincue, n’a ménagé ni son temps ni sa peine pour convaincre du contraire. Non seulement elle a expliqué à Matthias Fekl qu’il se trompait:

« J’en ai parlé avec lui, pour lui expliquer que ça avance, dans tous les domaines », déclare Cecilia Malmström dans un entretien à paraître vendredi dans Le Figaro.

« Nous ne pouvons pas encore avancer des éléments concrets, mais il ne faut pas non plus tirer le bilan d’une négociation à mi-parcours », ajoute-t-elle, précisant qu’aucun Etat membre ne lui a demandé d’arrêter les négociations.

 

En outre, la même Cécilia a écrit aux éditeurs allemands une promesse qu’elle n’a jamais voulu écrire aux éditeurs français:

Cécilia Malmström a donc tenu à clarifier plus encore, si c’était possible, la situation. On apprend donc que la CE ne discutera absolument pas le prix unique du livre, dans les négociations relatives au traité transatlantique (Transatlantic Trade and Investment Partnership, ou TTIP). Et ce, « même si les négociateurs américains prennent l’initiative de ce sujet eux-mêmes ».

Malmström a donc confirmé que le système de fixation des prix par les éditeurs, comme c’est le cas en France ou en Allemagne pour les livres imprimés et numériques, « ne sera en aucun cas affecté par l’accord commercial prévu par le TTIP ».

L’Europe et la Syrie: une affaire d’impuissance

Mais c’est évidemment dans la question syrienne que l’incapacité de l’Europe à mener une politique, même subordonnée à celle des Etats-Unis, apparaît le plus clairement. Rappelons que, en rupture totale avec notre politique traditionnelle au Moyen-Orient, la France, sous Sarkozy déjà, a tout fait pour déstabiliser le régime de Bachar Al-Assad. Si personne n’a jamais eu de doutes sur l’immense cruauté de ce dictateur, peut-être pire que son père d’ailleurs, l’individu a au moins le mérite de n’être ni sunnite ni chiite de stricte observance, et de se tenir à l’écart des mouvements islamistes qui nous empoisonnent.

Pour quelle raison la France, sous Sarkozy d’abord, sous Hollande ensuite, a-t-elle « collé » à la stratégie américaine de lutte contre les Rogue States, dont l’Afghanistan, l’Irak et la Libye constituaient des exemples dont le destin a montré tout le tragique? Après s’être trompés en Irak et Afghanistan, les Etats-Unis ont décidé de répéter, avec le soutien absurde de la France, les mêmes erreurs en Libye et en Syrie, dont la principale conséquence pour l’Europe s’appelle « crise des migrants ».

Jusqu’au bout, sur ce dossier, l’Europe montre son incapacité à prendre la bonne décision. D’une part, sa stratégie est inaudible faute de moyens militaires, d’autre part, les pays qui interviennent, comme la France, le font en proclamant leur adhésion pleine à la conception américaine de la lutte contre Bachar el-Assad. Du même coup, l’Europe laisse la Russie mener la danse et lui imposer une stratégie qu’elle dénonce officiellement.

Dans la pratique, donc, faute de vouloir intervenir au sol, l’Europe et les Etats-Unis ouvrent la voie à une reprise en main de la Syrie par l’Iran et la Russie, qui rétabliront très vraisemblablement la position de leur dictateur préféré.

La Turquie se rebiffe contre les hotspots

Autre impuissance de l’Europe: la crise migratoire. La Turquie vient en effet d’annoncer qu’elle ne mettrait pas en place, pour des raisons humanitaires, de « hotspots », c’est-à-dire de camps de réfugiés, pour les Syriens sur son territoire.

L’installation de tels centres est «inacceptable» et «inhumaine», juge le premier ministre, Ahmet Davutoglu.

«Nous avons dit aux Européens qu’il n’y aura aucun centre d’accueil en Turquie», a-t-il déclaré dans un entretien accordé au quotidien «Hürriyet», en marge de l’assemblée générale de l’ONU à New York.

Pendant ce temps, les réfugiés syriens bloqués en Turquie sont livrés à eux-mêmes: 400.000 enfants n’y seraient pas scolarisés. L’Europe accumule donc les ferments d’un nouveau pic dans la crise des réfugiés.

L’Europe toujours sous dépendance américaine

Enfin, je ne pouvais achever cette chronique hebdomadaire sans signaler un intéressant article sur les écoutes américaines en Grèce, qui vaut son pesant de cacahuètes.

L’indépendance de l’Europe est encore loin.

La guerre comme extension du bordel français par d’autres moyens

Que la France entre en guerre n’est pourtant pas un événement anodin! Il est stupéfiant que l’annonce de frappes aériennes contre le Syrie se fasse entre une tartine sur le droit du travail et une rondelle de saucisson sur les impôts. Il n’y a plus de respect et plus de tradition, mon bon Monsieur, dans l’art de déclarer la guerre, et François Hollande est un iconoclaste de premier ordre, avec ses frappes sans déploiement au sol glissées dans une conversation comme s’il s’agissait d’une décision de gestion parmi d’autres.

Une fois de plus, les mauvais esprits qui se souviennent de la phrase de Clausewitz: « La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens » se disent: mais quelle politique François Hollande veut-il continuer par la guerre ? Et là, un grand vide s’ouvre sous leurs pieds…

La guerre pour quelle politique?

Je m’efforce de percer les mystères de la stratégie française dans le monde arabe, et singulièrement en Syrie ou dans ce qu’on appelait à une époque le Machrek. Sauf erreur de ma part je n’y vois guère plus d’épaisseur que dans une note d’énarque à l’épreuve de diplomatie, au classement de sortie de l’école. En dehors des banalités qui s’échangent dans les dîners des beaux quartiers et qui tiennent lieu de pensée unique sous les lambris de la République (le cerveau de la technostructure ayant autant horreur du vide que du plein), on n’y voit guère d’ossature reposant sur une quelconque compréhension de la région ni sur une quelconque vision au-delà des trois mois qui arrivent.

Au fond, tout se passe comme si Bernard Henri-Lévy était devenu le penseur officiel de la République. En dehors du leit-motiv: « Bombardons Daesh et tous nos problèmes seront réglés », on peine à trouver un fil conducteur. Mais c’est peut-être cela l’apothéose de la nouvelle philosophie dont BHL fut l’un des hérauts: le recours à des baguettes magiques pour sublimer le réel. En digne pratiquant de cette pensée mystique, François Hollande ne dit pas autre chose. Survolons le territoire du Daesh, en y envoyant des bombinettes « quand nous serons prêts », et les problèmes se résoudront. Le terrorisme va disparaître, les réfugiés vont arrêter de traverser la Méditerranée et la paix va revenir.

On comprend mieux pourquoi François Hollande est allé inaugurer, l’après-midi, l’exposition consacrée à Osiris (Dieu égyptien qui retrouve son unité après avoir été démantelé) à l’Institut du Monde Arabe, le fromage qu’il avait déposé dans le bec de Jack Lang début 2013. Sa pensée diplomatique n’est plus compréhensible par les profanes: elle puise directement dans les profondeurs de la spiritualité orientale, et seuls quelques égyptologues peuvent désormais prétendre comprendre la politique étrangère de la France dans le monde arabe.

La guerre aérienne comme degré zéro de la diplomatie

Que l’intervention aérienne de la France soit totalement inutile ne fait évidemment de doute pour personne, même pour les plus pacifistes ou les moins connaisseurs du fait militaire. Le largage de bombes au-dessus d’un territoire n’a jamais permis de régler la moindre question politique au sol et il faut une culture historique médiocre pour savoir que tous ceux qui ont prétendu le contraire avaient des buts inavouables à cacher.

L’un des pionniers du règlement politique par la guerre aérienne fut, par exemple, Hermann Göring, selon qui l’Angleterre pourrait être mise à genoux grâce à d’intenses bombardements sur Londres. La suite prouva le caractère très aléatoire de cette affirmation. Inversement, les Alliés soutinrent eux-mêmes, au nom de la théorie des bombardements stratégiques, qu’ils pourraient mettre l’Allemagne à genoux en déversant des bombes sur ses villes, à défaut de pouvoir débarquer sur les côtes normandes. Les résultats de cette politique furent très discutables…

S’agissant d’une insurrection contre l’armée régulière de Bachar el-Assad, on voit mal comment la politique de bombardement pourrait porter plus de fruits que les échecs retentissants engrangés depuis des décennies sur le même sujet. Il est évident que si notre politique au Proche-Orient se limite (si l’on ose dire) à l’ambition de se débarrasser de Daesh sans construire aucun régime durable fondé sur un Etat solide, seule une intervention au sol est susceptible d’atteindre le but que nous nous sommes fixés.

C’est ce qu’on appelle couramment le degré zéro de la diplomatie qui, comme son nom l’indique, ne devrait produire aucun résultat tangible.

La guerre comme continuation du bordel français

Mais, bien entendu, la question de la survie ou non de Daesh, nous l’avons bien compris, n’est qu’un élément accidentel de la politique française, un prétexte, une sorte d’emballage tonitruant qui dissimule la sucette acidulée à laquelle il va falloir se coller. On ne bombarde pas dans l’intérêt des migrants, ni même pour combattre le terrorisme, on bombarde pour mettre l’opinion française sous tension et la pousser à aimer un Président de la République à la ramasse, mais candidat à sa propre réélection.

François Hollande compte évidemment sur deux ficelles pour promouvoir sa cause.

Première ficelle, l’image quasi-puérile du héros de guerre que les Français aiment parce que c’est la guerre, parce qu’il la gagne, et parce que cela nous donnera un beau défilé du 14 Juillet. Les Français l’aimeront comme ils ont aimé Bonaparte vainqueur d’Austerlitz. Bon, d’accord, on ne va quand même pas faire une vraie guerre avec des vrais soldats, mais après tout il ne s’agit de devenir un dictateur qui soumet son trône au plébiscite. Ses ambitions sont plus modestes: une toute petite guerre pour gagner quelques points au premier tour, histoire de ne pas être annihilé par Marine Le Pen dès les premières longueurs. Une mini-guerre, en quelque sorte, pour un mini-héroïsme et un mini-score.

Deuxième ficelle: pas de zizanie en temps de guerre. Pendant que nos pilotes mettent leur vie en jeu, la France doit rester unie. La méthode fonctionne toujours: on ne critique pas un Président qui conduit les armées en mouvement, etc. La technique est bien connue, et elle garantit sa part de succès. A défaut de susciter l’enthousiasme, elle neutralise les critiques de l’opposition qui ne veut pas apparaître comme « traîtresse ».

Au fond, la guerre en Syrie a exactement la même fonction que la guerre au Mali ou en Centrafrique: une fonction immédiate d’intervention militaire, et une fonction durable de remontée dans les sondages.

Il faudrait commencer à comptabiliser le coût exact de la candidature de Hollande en 2017.

Syrie: Godwin d’or à Ayrault et Haziza

Dans la suite du bref billet publié mardi sur la diplomatie du Godwin, deux personnalités françaises ont tenu des propos qui leur valent une récompense.

Dans la catégorie « homme politique », un Godwin à Jean-Marc Ayrault, qui a déclaré à l’Assemblée Nationale:

Au moment où le président François Hollande et le président Joachim Gauck parlent ensemble des paroles fortes sur l’autre passé commun il est important de se rappeler que liquider une opposition, liquider des adversaires, liquider des civils, ce mot est tellement violent que cela devrait nous réunir tous ensemble pour condamner le régime de Bachar El-Assad !

Et bravo à cette litote de « l’autre passé commun », qui jette un voile pudique sur les différents épisodes de l’éternelle amitié franco-prussienne.

Dans la catégorie « journaliste », Frédéric Haziza reçoit sans problème une distinction catégorie « or » avec ce Tweet:

Tweet HazizaUn raisonnement tout dans la nuance et dans la finesse… Bravo!

Syrie: la France invente la diplomatie Godwin

L’attaque en Syrie est préparée par une impressionnante sémantique à la Godwin.

Chacun connaît la théorie de Godwin selon laquelle tout débat politique fait intervenir tôt ou tard une allusion à Hitler et au nazisme. Selon Godwin, plus un débat est long, plus sa probabilité de donner lieu à une allusion de ce genre augmente. Dans le cas de la diplomatie française en Syrie, ce point a été atteint à une vitesse proche du mur du son.

D’emblée, François Hollande s’est en effet approché de ce point avec une phrase qui surfe sur l’inconscient godwinien: « La France est prête à punir ceux qui ont pris la décision infâme de gazer des innocents. » On voit bien à quoi le « gazage des innocents » fait allusion dans notre histoire.

Ce week-end, sur Radio J, c’est Harlem Désir qui a fait un pas de plus vers le point Godwin en parlant de « l’esprit munichois » de l’opposition, qui réclame un vote à l’Assemblée Nationale. Il est vrai que si nos députés se mettent à décider de quoi que ce soit, où va la démocratie?

Cette rapidité avec laquelle la diplomatie française pratique une assimilation grossière entre Bachar el-Assad et le régime nazi trahit très probablement une véritable difficulté à convaincre l’opinion du bien-fondé de cette intervention où la France se retrouve en première ligne après avoir pensé s’abriter derrière les copains britanniques et américains. N’empêche, la manoeuvre est grossière et il n’est pas sûr qu’elle soit très productive.

Guerre des chiffres

Il suffit de jeter un oeil sur les documents postés par le ministère de la Défense pour s’en convaincre:

Alors que les Etats-Unis nous annonçaient au moins 1.400 morts lors de l’attaque du 21 août, les services secrets sont beaucoup plus mesurés sur le nombre de victimes:

Sur la base d’une analyse technique méthodique de 47 vidéos originales des événements du 21 août, un premier décompte, quartier par quartier, du nombre des victimes a été réalisé. Au vu de ce seul échantillon de vidéos, ont été recensés au moins 281 décès, localisés dans la Ghouta Est (quartiers d’Ain Tarma, de Douma, d’Erbin, de Jobar, de Kfar Batna, de Qas Alaa, de Zamalka) et Ouest (quartier de Mudamiyat Sham).

Les vidéos postées par le ministère, qui sont dures à regarder et extrêmement courtes, montrent essentiellement des enfants morts ou soignés dans des hôpitaux. S’agissant d’une attaque menée dans la banlieue de Damas, contrôlée, de l’aveu même du ministère, par le régime, il est assez étonnant que des victimes d’une attaque attribuée à l’armée soient soignées sous l’oeil des caméras.

Mais, supposons…

En attendant, les arguments de la diplomatie française semblent bien mal arrimés. Il va falloir passer en force… et expliquer aux Français qu’ils n’ont pas leur mot à dire sur le sujet, sinon ça risque de ne pas passer.