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Taubira: ça sent la primaire

Tiens! Christiane Taubira est partie, pour le plus grand plaisir de certains, au désespoir de d’autres qui voient en elle une nouvelle Dalida (une icône LGBT). N’en déplaise aux admirateurs de l’impétrante, le calendrier de son départ est tout sauf innocent.

Taubira à un an de la présidentielle

Ce n’est évidemment pas un hasard si Taubira part à un an de la présidentielle. S’il y a bien un moment où il faut quitter le gouvernement, c’est au premier trimestre 2016, histoire de se requinquer avant l’éventuelle primaire à gauche, ou avant la campagne qui débutera officiellement dans un gros semestre. Huit ou neuf mois de vacuité avant de se lancer sur la piste, cela laisse de retrouver un peu de souffle et de faire entendre sa petite musique auprès des électeurs.

S’agissant de Taubira, le scénario est rêvé: l’étendard du « progressisme », l’indépendantiste guyanaise, part sur un thème qui semble taillé pour elle: la défense du droit du sol, la lutte contre le tout sécuritaire, etc. Hollande lui a réservé un très beau cadeau de sortie. On voit d’ici les journalistes friands de commentaires, de petites phrases, de coups de pied sous la ceinture, à l’occasion du débat constitutionnel qui s’annonce.

Taubira prête à un nouveau 2002?

La tentation de Christiane Taubira, en s’affranchissant désormais de la solidarité gouvernementale, sera forcément de prendre sa revanche sur les chapeaux qu’elle a dû manger depuis 2 ans sous la férule de Manuel Valls. Et quelle occasion rêvée, pour elle, de montrer qu’il existe une gauche de la passion, de l’enthousiasme, attachée à des valeurs fourre-tout sans engagement économique! Là où un Mélenchon porte la lutte des classes, Taubira porte la lutte des bobos, indifférente à la question sociale (pourvu qu’on répète sans relâche qu’on aime la solidarité et l’égalité), mais éprise de tyrannie des minorités. Là où Duflot porte l’image d’un sectarisme compliqué, Taubira porte l’engagement souple d’une gauche qui aime les postures et n’aime pas forcément les actes.

Pour Taubira, 2016 s’annonce donc encore mieux que 2002: un candidat socialiste bien plus affaibli que Jospin, et une « gauche plurielle » qui ressemble à un champ de ruines. Les conditions sont réunies pour que la candidate Taubira menace très sérieusement un Hollande dès le premier tour.

Taubira face aux champs de ruines

Passons la triste réalité française en revue. Le Front de Gauche, sous le brillant commandement de Mélenchon, le Kim Il-Sung français, ne pèse pas plus de 5% dans les estimations bienveillantes. Les Verts sont devenus groupusculaires. Nul n’est besoin de réévoquer l’immense popularité de François Hollande, qui est sans borne. Si l’on se souvient que Jospin avait atteint les fourchettes des 15/20 points au premier tour, tout laisse à penser que Hollande sera content s’il atteint les 15%.

À droite, le diagnostic n’est pas meilleur. Bayrou paraît dans les choux, l’UDI est une coquille vide. Le centre droit est désormais une terre vierge.

Pour Taubira la radicale-socialiste, se présente donc un beau coup à jouer. Le terrain est dégagé au centre, le terrain est dégagé à gauche, le Front National affaiblit la droite. L’occasion est vraiment tentante.

Si l’on ajoute que la radicalisation des esprits constitue un repoussoir pour les bobos, le discours de Christiane devrait rencontrer une audience bien plus favorable qu’en 2002.

Taubira, icône des minorités?

Tout laisse à penser qu’en acceptant le départ de Taubira, François Hollande vient de commettre une erreur tactique monumentale. Il légitime par avance un retournement de veste qui conduira à dénoncer à tour de bras la droitisation du gouvernement sous l’impulsion de Valls. Il la victimise, la martyrise, et sanctuarise un peu plus son image d’icône à minorité. Partout où Taubira se déplacera, il se trouvera toujours un micro, une caméra, pour enregistrer le bon mot, la petite phrase qui fait mal, et qui transforme l’exercice du pouvoir en un enfer quotidien à côté duquel Paris-Roubaix n’est rien.

Mais quelle mouche a piqué Hollande? L’usure du pouvoir sans doute, et cette façon de dire que même les grands fauves connaissent la fatigue.