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Terrorisme: au nom de ceux qui ne sont pas morts hier

On apprend ce matin que le terrorisme aurait probablement pu frapper cette semaine dans Paris. Selon le Figaro, largement repris, une 607 rempli de bonbonnes de gaz est restée stationnée, dimanche, pendant deux heures dans le quartier très touristique de la Huchette, face à la Préfecture de Police. La police a procédé à son enlèvement et à une série d’interpellations.

Il ne me paraît pas inutile d’assortir cette informations de quelques commentaires au nom de tous ceux qui ne sont pas morts dans l’explosion probable de cette voiture.

L’autre sensation quand on y était

Il se trouve que, dimanche après-midi, je me suis promené dans ce quartier avec ma fille de 3 ans. C’est bête à dire, mais le terrorisme, tant qu’il est loin de notre vie, ne nous concerne pas. Ceux qui fréquentent le quartier de la République les soirs de week-end (ce qui est mon cas) l’ont compris le soir du 13 novembre: chacun s’est dit, ce jour-là, le bonheur ou la chance qu’il a eue de ne pas s’être trouvé au Petit Cambodge au mauvais moment.

Je me dis, comme beaucoup, la même chose à propos de la 607 de la Huchette. J’y étais et, si des terroristes avaient branché des détonateurs, j’aurais pu y mourir avec ma fille. Et j’ai eu la chance que cela ne se produise pas.

Quelques mots sur la question du voile et de la burkini face au terrorisme

Tant qu’on ne contemple pas son enfant en se disant: « Ouf! elle y a échappé! », on ne peut rien comprendre à la question du voile telle qu’elle se pose aujourd’hui en France. Ou à celle de la burkini. Pour une raison simple: dans mon quartier populaire de Belleville, des filles qui ne portaient pas le voile avant les attentats le portent désormais. Je comprends bien leur message: elles ont choisi leur camp, et leur camp est celui qui aurait tout à fait pu tuer ma fille.

Quand j’étais enfant, ma grand-mère me parlait parfois du mouvement Rex, en Belgique. Dans les années 30, on pouvait être d’extrême droite pour tout un tas de raisons. Mais même les petites gens comme ma grand-mère savaient, après la nuit de Cristal, que porter en Belgique des insignes qui rappelaient ceux qui avaient commis ce crime en Allemagne n’était pas anodin. C’était un signe de ralliement. Comme décider de porter le voile après Charlie Hebdo et le 13 novembre est un signe de ralliement.

Et, dans l’Histoire, qui est toujours tragique, il faut savoir choisir son camp et l’assumer.

Reparlons de la loi sur le renseignement

Dans la foulée de Charlie Hebdo, les services secrets ont obtenu du gouvernement une loi scélérate et liberticide que j’ai beaucoup critiquée. Je reste opposé à cette loi, et l’événement de la 607 me conforte dans ce jugement. Une fois de plus, la police n’a rien vu, rien empêché, rien arrêté. Chaque jour, des centaines d’espions violent nos libertés, fouillent notre vie privée sur Internet, sans aucun contrôle ou presque, et malgré cette débauche de moyens, une voiture bourrée d’explosifs peut rester stationnée pendant deux heures à 100 mètres de la Préfecture de Police sans que rien ne se passe.

Dans le cas de la 607, il a fallu plusieurs coups de téléphone d’un commerçant pour que la police intervienne. Sans l’obstination des citoyens, le terrorisme ferait des ravages, malgré les centaines de millions supplémentaires donnés à nos services d’espionnage pour lutter contre lui.

Une fois de plus, je plaide en faveur l’abrogation de cette loi scélérate et inutile pour lutter contre le terrorisme.

Il faut un vrai ministre capable de mettre les policiers au travail

Une fois de plus, un commerçant s’est obstiné à appeler la police pour intervenir dans une rue située, je le répète, à cent mètres de la préfecture de police et à trois cents mètres du commissariat du Vè arrondissement, dont les sureffectifs sont bien connus. Mais la police, même dans les quartiers chics, est debout sur le frein et considère que les citoyens ne représentent même pas la portion congrue dont il faut tenir compte.

La surdité de la police face à la société française devient insupportable. Il est incompréhensible que ces fonctionnaires chaleureusement applaudis le 11 janvier 2015 n’aient pas saisi la balle au bond pour redorer leur blason. Même les mieux intentionnés ne trouvent plus de mots pour qualifier le jemenfoutisme intégral des agents en tenue lorsque les citoyens les sollicitent.

Je m’en suis amusé récemment: l’une de mes voisines, pourtant très disciplinée et très respectueuse des institutions, a voulu porter plainte dans le 19è arrondissement pour s’être fait pirater tous ses comptes sur Internet. Arrivée à 15 heures au commissariat, elle a dû insister pour pouvoir porter plainte. Elle a été reçue… à 23 heures, après avoir été menacée de poursuite pour outrage à agent parce qu’elle protestait contre ces délais d’attente.

Telle est la police à Paris: elle fait la guerre aux citoyens honnêtes et se fait détester d’eux. Ce laxisme du service public est insupportable.

Citoyens, formez vos bataillons

L’affaire de la 607 nous redit ce que mes lecteurs lisent souvent sous ma plume: la plus grand force de la France, dans sa guerre contre le terrorisme, ce sont les Français eux-mêmes, ce peuple magnifique qui peut tout lorsqu’il le veut. Face au laxisme d’Etat, face aux délires d’un « vivre ensemble » qui se résume à un immense aveu de faiblesse dans la lutte contre l’ennemi, le moment approche où les citoyens n’auront plus qu’une solution: former leurs bataillons et forcer la main à leurs institutions pour qu’elles accomplissent leur mission.

Terrorisme: déjouez les sophismes de la bien-pensance

Pour éviter les questions qui fâchent en matière de lutte contre le terrorisme, le gouvernement et les bien-pensants qui le soutiennent multiplient les sophismes, c’est-à-dire les raisonnements faux mais qui paraissent juste. En voici une petite anthologie illustrée.

Jean-Marie Colombani et sa pente savonneuse

Dans une tribune publiée par Slate (le pure player dirigé par Jacques Attali), Jean-Marie Colombani, qui reprend ici mot pour mot les propos de François Hollande, explique qu’il faut soutenir le gouvernement, sans quoi:

le danger est, cette fois, celui d’une dislocation de la société française

Ce type de sophisme s’appelle une pente savonneuse: si vous demandez des comptes au gouvernement, la société va voler en éclat. La technique consiste donc à ne pas répondre sur le fond, mais à laisser craindre le pire. Cette technique est proche d’une forme d’argumentum ad consequentiam appelée appel à la terreur: Continuez comme ça, et les 7 plaies d’Egypte s’abattront sur vous.

Comment répondre à la pente savonneuse?

Évaluez les politiques publiques en matière de terrorisme conduit-il à une dislocation de la société française? C’est plutôt le contraire qui la disloque: accepter sans broncher des politiques qui provoquent la mort de centaines d’innocents, et protéger les incompétents qui les mènent.

Mediapart et sa reduction ad hitlerum

Dans un article marqué du sceau de la modérationMediapart explique que les critiques contre le gouvernement émanent de la droite et de l’extrême-droite:

Dans la foulée du massacre de la promenade des Anglais, la droite et l’extrême droite ont dénoncé « l’impuissance de l’exécutif », et réclamé que « la vérité » soit enfin assumée.

La technique est simple et bien connue: elle consiste à suggérer que tous ceux qui demandent une évaluation de la politique anti-terroriste sont liés à l’extrême-droite, sous-entendu sont des avocats ou des suppôts du nazisme. Ce sophisme s’appelle la reductio ad Hitlerum, qui est une forme de déshonneur par association.

Comment répondre à ce sophisme?

L’argument est plutôt simple. Il consiste à rappeler que les démocrates ne peuvent indéfiniment laisser l’extrême-droite être la seule à utiliser les libertés publiques qui nous sont reconnues par la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. L’article 15 de celle-ci garantit à chacun la possibilité de demander des comptes au gouvernement.

Valls et son argumentum ad odium

Dans une interview au Journal du Dimanche, Manuel Valls utilise deux types de sophisme:

«Chacun connaît ma détermination, l’autorité est pour moi une valeur essentielle. Mais remettre en cause l’État de droit, remettre en cause nos valeurs serait le plus grand renoncement». Et d’ajouter : «La réponse à l’État islamique ne peut pas être la « trumpisation » des esprits.»

Le premier, qui consiste à accuser ses détracteurs de remettre en cause l’Etat de droit, est une généralisation abusive. On s’arrêtera surtout sur la « trumpisation » des esprits, qui procède de l’argumentum ad odium. Tous ceux qui ne pensent pas comme moi sont « trumpisés ». La technique est proche du déshonneur par association.

Comment répondre à Valls?

Il faut inlassablement répéter que c’est l’absence de réponse sur le fond qui conduit à des effets indésirables comme la « trumpisation » des esprits. Si les politiques acceptaient de rendre des comptes sur leurs choix et leurs décisions, les esprits ne seraient pas obligés de se radicaliser.

Terrorisme: les très embarrassants dénis de Cazeneuve et de sa police

La police française (au sens large) échoue-t-elle à améliorer ses performances dans la lutte contre le terrorisme? C’est évidemment la question qui est dans tous les esprits, et qu’une démocratie normale se poserait. D’ailleurs, rappelons que la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen prévoit, dans sa grande sagesse et son article 15: « La Société a le droit de demander compte à tout Agent public de son administration. »

Simplement, la dérive aristocratique française, qui veut que l’administration et ses marquis soient au-dessus des lois, rend cette demande de compte de moins en moins possible. Et c’est bien dommage…

La lutte contre le terrorisme avant Charlie Hebdo

Avant l’affaire Charlie Hebdo, les renseignements français sont pris deux fois en situation d’échec: une fois dans l’affaire Merah, une fois dans l’affaire Nemouche (attentat au musée juif de Bruxelles):

Il n’empêche, pour le « Washington Post », la France a été au centre des plusieurs affaires qui témoignent d’une « défaillance ». Le quotidien rappelle ainsi que Mehdi Nemouche, l’auteur présumé de la fusillade meurtrière du Musée juif de Bruxelles, en mai 2014, était lui aussi connu des services français pour un séjour effectué en Syrie.

De même, Mohamed Merah, l’auteur des tueries à Toulouse et Montauban en 2012, figurait, au même titre que les frères Kouachi, sur la liste noire des personnes interdites de vol, en provenance et à destination des États-Unis. Objet d’une fiche S dès 2006, le jeune homme fut interrogé par la police en 2011 sur ses différents voyages effectués en Afghanistan et au Pakistan notamment. Avant d’être relâché.

Lorsque l’attentat contre Charlie Hebdo survient, personne n’ignore donc les failles du renseignement français, notamment son incapacité à coordonner les informations que reçoivent les différents services. Et surtout, mettons les pieds dans le plat, cette terrible déresponsabilisation administrative qui consiste à appliquer des procédures plutôt qu’à obtenir des résultats.

La lutte contre le terrorisme au moment de Charlie Hebdo

Mettons à part l’affaire du marché de Nantes en décembre 2014, dont l’auteur, Sébastien Sarron, s’est suicidé en avril 2016, dans sa prison, et qui apparaît aujourd’hui comme la préfiguration d’une terrible suite d’actions (bien plus) meurtrières.

Reprenons la chronologie sanglante depuis le massacre de Charlie Hebdo.

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Le 7 janvier 2015, les frères Kouachi, fichés S par les renseignements, mais dont la surveillance s’est étrangement arrêtée quelques mois auparavant, entrent dans les locaux de l’hebdomadaire Charlie Hebdo et y tuent onze personnes. L’opération est facilitée par l’arrêt de la surveillance permanente des locaux quelques semaines auparavant.

Deux jours plus tard, Amedy Coulibaly, qui est probablement l’auteur d’au moins une fusillade (la veille) où une policière trouve la mort, prend d’assaut un supermarché casher dans Paris et tue 4 personnes. Coulibaly était fiché S.

Il avait été contrôlé par la police dans les rues de Paris quelques jours auparavant sans que la hiérarchie policière ne suive la procédure habituelle pour l’interroger. C’est un loupé parmi d’autres: alors que Coulibaly avait purgé une peine de 5 ans de prison pour avoir cherché à libérer un des terroristes de 1995, l’administration pénitentiaire avait signalé sa radicalisation. Mais les services de renseignement ne l’ont pas mis sous surveillance à sa sortie de prison.

Ajoutons que, selon toute vraisemblance, les armes de Coulibaly furent achetées auprès d’un indicateur de la gendarmerie qui aurait dû, au minimum, signaler les agissements de l’impétrant.

Bref, le 11 janvier, lorsque plusieurs millions de Français descendent dans les rues pour dire leur émotion, la police a un immense travail de remise en cause à mener.

On augmente les moyens, mais on ne change pas les méthodes

Dans la foulée de ces massacres, la police française, brillamment conduite par le psychorigide Bernard Cazeneuve, va nous sortir la soupe au déni qui ne va plus quitter les fourneaux jusqu’à aujourd’hui, et qui repose sur deux principes simples. Premièrement, les policiers ne ménagent ni leur temps ni leur peine, donc ils n’ont rien à se reprocher ni rien à améliorer. Deuxièmement, ils ne sont pas assez nombreux et sont entravés par la protection des libertés publiques, qui nuit à leur efficacité.

Se met donc en branle dès le mois de janvier 2015 une logique de déni qui déporte tous les problèmes vers le manque de moyens et l’excès de liberté, et qui interdit de poser la question de l’organisation interne des services. Tous ceux qui s’y essayent sont immédiatement taxés de complotisme ou d’esprit de discorde, ce qui équivaut à une exécution en place de grève.

Le 24 juillet 2015, la liberticide loi relative au renseignement est promulguée. Dès la fin janvier, Manuel Valls avait annoncé 450 millions d’euros supplémentaires et 2.500 emplois…

Et patatras, le Bataclan arrive

Le 6 novembre, le psychorigide Bernard Cazeneuve fait une annonce stupéfiante qui passe inaperçue:

« Pendant un mois, nous allons établir des contrôles aux frontières », a déclaré le ministre, évoquant « un contexte de menace terroriste ou de risque de trouble à l’ordre public ».

Quelques jours plus tard, Salah Abdeslam et Mohammed Abrini effectuent un premier voyage de repérage à Paris, avant de convoyer les équipes qui vont commettre les attentats du 13 novembre, dans le 11è arrondissement, dont le massacre du Bataclan, et à Saint-Denis.

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Stupeur: les terroristes du 13 novembre ont tous ou presque fait l’objet des mêmes failles que Coulibaly et les frères Kouachi quelques mois auparavant: surveillances parcellaires, défaillantes, contrôles judiciaires non suivis, défaut de transmission d’informations entre services, porosité manifeste des frontières.

Pire! alors que les frontières sont officiellement fermées, Salah Abdeslam parvient à s’exfiltrer le 14 novembre au matin, alors même que des policiers l’arrêtent et l’interrogent. Mais la hiérarchie, une fois de plus, donne l’ordre de le laisser repartir.

Les ahurissants dénis de Bernard Cazeneuve

Dans une démocratie normale, une répétition amplifiée des échecs connus et parfaitement analysables du 7 janvier n’aurait pas forcément conduit à la démission du ministre de l’Intérieur, mais elle aurait mené à une remise en question des certitudes acquises. Dans la république bananière française, il en va autrement. Lors de son audition par la commission parlementaire sur le sujet, Bernard Cazeneuve a fait toute la démonstration de sa psychorigidité et de son incapacité à sortir de la posture politique pour s’occuper de l’intérêt général.

« L’exercice consistant à pointer des failles avant de démontrer leur existence est extrêmement facile », a-t-il déclaré, affirmant vouloir s’attacher « à la vérité ». (…)

Bernard Cazeneuve a finalement vanté les réformes sur les renseignements et les moyens des services antiterroristes lancées depuis le début quinquennat et a égratigné celle de 2008, engagée lors de la majorité précédente. « Bernard Cazeneuve est toujours dans l’autosatisfaction et dans le jeu politique, profitant de la commission pour critiquer le gouvernement précédent », a dénoncé, sur Twitter, l’association de proches de victimes et rescapés, 13 novembre: Fraternité et vérité.

Chassez la vérité, elle revient au galop

Pourtant, et malgré un combat de tous les instants, les vérités bien huilées de Bernard Cazeneuve prennent l’eau.

Par exemple, les réactions des proches des victimes de l’attentat contre Charlie Hebdo ont commencé à faire tache.

Dès le 18 octobre 2015, la véritable compagne de Charb relate divers détails sur les moments qui ont précédé sa mort et qui suggèrent une nuance substantielle entre la version admise de l’attentat et ses motivations plausibles.

Après le réveil, Charb est parti chercher des croissants à la boulangerie. En revenant, il avait l’air soucieux : il m’a raconté avoir repéré en bas de son immeuble une voiture noire aux vitres teintées, de marque Peugeot ou Renault, je ne me rappelle plus précisément. Il n’était pas du genre à s’inquiéter pour rien, mais là, ça le perturbait. Il répétait : « C’est bizarre cette voiture. » (…)Qui était dans cette voiture ? Les frères Kouachi ? Des complices ? J’ai parlé de cet épisode aux policiers qui m’ont entendue, et j’ai écrit à la juge chargée du dossier cet été pour lui rappeler cet élément, mais je n’ai aucun retour depuis.

Quelques semaines plus tard (après le 13 novembre donc), c’est la femme du policier chargé de la sécurité de Charb qui porte plainte. Bernard Cazeneuve, qui n’ignore pas la persistance des trous dans la raquette policière après le Bataclan, continue néanmoins les dénis:

Interrogé par ailleurs sur une «guerre des polices» dans la lutte contre le terrorisme, Bernard Cazeneuve a assuré que de «nouvelles méthodes de travail de décloisonnement des services» avaient été mises en place, dont un état-major autour de lui «pour que les gens se parlent». Il y a eu «énormément de décisions et d’actions», a-t-il souligné, citant le démantèlement de dix-huit filières de recrutement de jihadistes depuis 2013, l’arrestation de onze groupes «s’apprêtant à commettre des attentats» et «six attentats déjoués depuis le printemps».

Malheureusement, Cazeneuve oublie de citer l’immense raté du 13 novembre…

Le GIGN confirme l’incompétence du commandement

Dans le même ordre d’idées, la polémique de ces derniers jours sur la quasi-mutinerie au sein du GIGN contre le colonel Bonneau souligne bien que, ce qui est en cause aujourd’hui, c’est le médiocre commandement des services de sécurité, tous politisés, tous proches du pouvoir, mais avec des compétences approximatives.

En elle-même, l’information sur l’inaction du GIGN n’est pas nouvelle. Dès le 15 décembre, la presse avait souligné l’étrange attentisme du groupement le soir du Bataclan. Les gendarmes du groupement ont, depuis, exprimé leur colère face aux erreurs de commandement ce soir-là.

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Comme d’habitude, le ministère de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve compris, ont affirmé que les procédures avaient été respectées, donc que tout allait bien.

Certes, l’assaut contre le Bataclan, tenu par deux terroristes, a duré plus de quatre heures. Certes, des dizaines de personnes sont mortes ce soir-là. Mais tout va bien!

Même les juges administratifs reconnaissent la responsabilité de l’Etat

Le problème de tout ce petit monde est évidemment qu’il est mû par des problèmes partisans, et certainement pas par le souci d’améliorer durablement les performances de la police française pour éviter d’autres attentats. Les sujets sont donc systématiquement abordés sous l’angle: est-ce utile à notre réélection.

Les défauts de la police, ses failles, ses incompétences, et surtout sa paresse à les corriger sont pourtant tellement flagrants que même la justice administrative, qui est aux ordres du gouvernement, ne peut plus « faire comme si ». Dans le cadre de l’affaire Merah, le tribunal administratif de Nîmes vient, par exemple, de reconnaître la responsabilité de l’Etat dans la mort de l’une des victimes du terroriste.

Face aux décisions absurdes des services de renseignement, qui ont arrêté la surveillance de Merah alors qu’il revenait manifestement d’un entraînement militaire en Afghanistan, aucun juge ne peut plus admettre que la police ne connaisse pas de graves dysfonctionnements qui ne sont certainement pas réglés depuis l’arrivée de la gauche. Et ce n’est pas en recrutant à tour de bras que l’on empêchera un policier paresseux de ne pas ordonner le suivi d’un suspect à l’issue d’un interrogatoire où les évidences s’imposent. C’est plutôt en le manageant, métier qu’aucun officier de police ne semble plus avoir envie de faire.

La cohésion, prétexte à l’incompétence

Après l’attentat de Nice, qui repose les mêmes problèmes d’organisation de la police (notamment sur la fameuse trajectoire de deux kilomètres en zone interdite avant d’être arrêté), François Hollande a trouvé la parade: il ne faut pas de polémique inutile, il faut rester soudés.

Bien sûr. Les paresseux ne font pas le boulot, les Français tombent comme des mouches, mais il ne faut pas poser de question, ni demander de compte (ce qui est pourtant notre droit fondamental).

C’est bien ce qui nous embarrasse dans les dénis de Bernard Cazeneuve: au lieu d’agir en homme d’Etat capable de poser les problèmes par-delà les polémiques partisanes, sa seule argumentation est de nier et de ramener le débat à un niveau indigne. Et pendant ce temps, la France sombre.

Journal de guerre: l’histoire secrète du 13 novembre

Mis à jour le 31 décembre à 9h.

 

Le lecteur trouvera ici une fiche que je tâcherai de mettre à jour régulièrement sur l’histoire secrète du 13 novembre.

 

2010, Belgique

Salah Abdeslam, l’ennemi public n°1 après les attentats de Paris, est incarcéré en Belgique pour des affaires de braquage. En prison, il rencontre Abdelhamid Abaaoud, considéré comme le cerveau de ces attentats.

2010, France

Début de la radicalisation d’Ismaël Omar Mostefaï, l’un des assaillants du Bataclan, qui rentre dans le club fermé des « fiches S ». L’intéressé totalise cette année-là 8 condamnations sans aucune incarcération pour des faits de délinquance. Il est né à Courcouronnes, mais vit dans une zone pavillonnaire de Chartres. Il est en contact avec Abdelilah Ziyad, l’un des cerveaux d’un attentat qui a ensanglanté Marrakech en 1994. Cet émir, qui vivait clandestinement en France, a dirigé à Chartres un groupe radical d’une dizaine de personnes (dont Mostefaï), adepte des entraînements façon commando.

2012, Turquie

Installation d’Ismaël Omar Mostefaï en Turquie avec sa femme et son enfant de 2 ans.

Mars 2012, Toulouse

Attentat de Mohammed Merah contre des militaires puis contre une école juive. 

Juin 2012, Drancy

Samy Amimour (l’autre assaillant du Bataclan), machiniste à la RATP, démissionne et présente tous les signes de la radicalisation. Il fréquente activement un certain Charaffe el-Mouadan, benjamin d’une famille de huit enfants, à Bondy. Ce dernier semble avoir un ascendant sur lui et un troisième comparse, Samir B. Le groupe est en contact avec Abdoul M’Bodji, lié à la cellule niçoise Forsane Alizza. 

Septembre 2012, Belgique

Début de la radicalisation d’Abaaoud, à sa sortie de la prison de Forest.

Septembre 2012, Tombouctou

Abdoul M’Bodji a rejoint la police religieuse d’Aqmi, au Mali. Il propose à Charaffe el-Mouadan de l’y rejoindre, accompagné de Samy Amimour. 

15 octobre 2012, Drancy

Arrestation et mise en examen de Samy Amimour pour « association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste », comme deux autres jeunes. Ils sont soupçonnés d’avoir voulu rejoindre le Yemen pour faire le djihad. La justice les place sous contrôle judiciaire. 

En compagnie de Charaffe el-Mouadan et de Samir B., Amimour a emprunté 20.000 euros pour acheter du matériel de camping et de voyage préparant au jihad. Ils sont simplement allés à Tataouine, en Tunisie, pendant quelques jours. 

Février 2013, Syrie

Abdelhamid Abaaoud part en Syrie avec six autres Belges. Il y reste plusieurs mois et s’y fait appeler Abou Omar al-Baljiki (le Belge). Il crée une page Facebook appelée « La katiba al-muhajireen » qui lui permet de correspondre avec ses connaissances belges.

Septembre 2013, Belgique

Abdelhamid Abaaoud revient en Belgique. Il est vu à Molenbeek avec un homme qui est ensuite parti en Syrie.

11 septembre 2013, France

Samy Amimour, Charaffe al-Mouadan et Samir B. s’affranchissent de leur contrôle judiciaire et rejoignent Raqqa, en passant par Marseille, puis l’Italie et la Turquie. Selon les services turcs, il franchissent la frontière en même temps qu’Ismaël Omar Mostefaï.

Décembre 2013, Creutzwald

Hasna Ait Boulahcen, cousine d’Abaaoud, abandonne son emploi de gérante d’une entreprise de construction à Creutzwald, et revient en banlieue parisienne. 

Décembre 2013, Strasbourg

Foued Mohamed Aggad part pour la Syrie. Il fait partie d’un groupe de dix Strasbourgeois, âgés de 23 à 26  ans, originaires du quartier de la Meinau, qui s’exilent tous en même temps. Ces dix copains de ce quartier populaire de Strasbourg avaient leurs habitudes dans un bar à chicha de Kehl, sur l’autre rive du Rhin, en Allemagne. Ils reçoivent l’aide de Mourad Farès, soupçonné d’être l’un des principaux recruteurs français — il a été mis en examen et placé en détention provisoire à son retour de Syrie.

Certains reviendront à partir de février 2014. 

Janvier 2014, Molenbeek

Un frère de Mohamed Abrini, probablement lié aux attentats de novembre 2015, Souleymane, part en Syrie faire le Djihad. Il est tué huit mois plus tard. Il appartient vraisemblablement à la cellule d’Abaaoud. 

20 janvier 2014, Cologne

Abdelhamid Abaaoud, qui est en contact avec Mehdi Nemmouche, auteur de l’attentat au musée juif de Bruxelles (24 mai 2014), est contrôlé à l’aéroport de Cologne, où il s’embarque pour Istanbul, avec son frère Younès (13 ans) qu’il vient « d’enlever » à la sortie de l’école, et un Malien (mort au combat depuis lors).

Mars 2014, Syrie

Abdelhamid Abaaoud apparaît dans une vidéo en Syrie, où il « tracte » des cadavres derrière une voiture. Il menace la France d’attentats massifs.

Avril 2014, France

Retour d’Ismaël Omar Mostefaï et de sa famille.

Printemps 2014

Les services de renseignement surveillent le groupe de Chartres auquel appartient Mostefaï. Mais cette surveillance s’arrête en janvier 2015. 

Août 2014, Belgique

Mandat d’arrêt belge et international contre Abaaoud.

Novembre 2014, Turquie

Les services de renseignement turcs informent les services secrets français de la présence concomitante de Mostefaï et d’Amimour en Syrie l’année précédente. Cette information ne déclenche aucun processus spécifique de surveillance de la part de la police française. 

Janvier 2015, Turquie

Brahim Abdeslam est arrêté à la frontière syrienne, en Turquie. Il est renvoyé en Belgique où il est arrêté par les services de renseignement belge, en compagnie de son frère Salah, aujourd’hui recherché activement. Le parquet les relâche finalement en arguant: « nous n’avions pas de preuve qu’ils participaient aux activités d’un groupe terroriste ». Ils ne font l’objet d’aucun signalement. Ils sont longuement interrogés sur leurs relations avec Abaaoud, à propos de qui Salah Abdeslam déclare: « En dehors du jihad, c’est quelqu’un de bien. « 

15 janvier 2015, Belgique

Abdelhamid Abaaoud est probablement en Belgique lorsque la police belge déjoue un attentat en préparation dans un groupe installé à Verviers. Il quitte la Belgique à ce moment-là. Un attentat était programmé pour le 16 janvier. Le jour même, son troisième frère, Yassine Abaaoud, est libéré de la prison d’Audenaerde où il était détenu pour des faits de délinquance.

Février 2015, Belgique

Bilal Hadfi, étudiant à l’Institut Anneessens de Bruxelles (et kamikaze du stade de Seine-Saint-Denis), quitte la banlieue de Bruxelles pour la Syrie. Il revient probablement en juillet. L’équipe pédagogique de son école rédige un rapport sur les signes inquiétants de radicalisation qu’il présente. Ce rapport est bloqué par l’administration et n’est pas transmis à la Justice. 

Février 2015, Pays-Bas

Salah Abdeslam est arrêté lors d’un contrôle routier. Il est en possession de cannabis. 

Avril 2015, Bruxelles

Mohammed Abrini (voisin d’Abdeslam à Bruxelles dont le frère est mort en Syrie en 2014) est finalement condamné par la Cour d’Appel de Bruxelles à une peine de travail pour des larcins commis entre 2007 et 2010, alors qu’en premier instance il avait été condamné à une peine de prison.

Mai 2015, USA

Un rapport de la CIA met la France et la Belgique en garde contre des attentats plus élaborés de Daesh. Le rapport attire l’attention sur la personnalité d’Abaaoud. 

Juin 2015, Belgique

Un rapport des services de renseignement contenant une liste de 85 habitants à surveiller, dont les frères Abdeslam et Mohamed Abrini (qui conduit le 11 novembre la Clio ayant servi aux attentats), est remis à la bourgmestre de Molenbeek, qui n’intente aucune action. 

Juin 2015, Turquie

Mohammed Abrini est conduit à l’aéroport de Bruxelles-Zaventem par Abdeilah Chouaa et Ahmed Dahmani. Il se rend en Turquie. Nul ne sait s’il est passé en Syrie, même si les services de renseignement le soupçonnent de s’y être rendu. Il est de retour en Belgique en juillet, ramené par Abdeilah Chouaa qui l’a retrouvé porte de Clignancourt, après l’atterrissage d’Abrini à Roissy. 

Juillet 2015, Syrie

Les services de renseignement pensent reconnaître Younès Abaaoud, le plus jeune frère du cerveau des attentats, sur une vidéo le montrant en train de décapiter un officier syrien.

29 juillet 2015, Bruxelles

Le tribunal correctionnel condamne Abdelhamid Abaaoud par contumace à 20 ans de prison.

1 août 2015, Italie

Salah Abdeslam embarque le 1er août avec Ahmad Dahmani, djihadiste belge de 26 ans, à bord d’un ferry à Bari, un port du sud de l’Italie, à destination de Patras, en Grèce.

3 août 2015, Aulnay

Hasna Aït Boulahcen, cousine d’Abaaoud, affiche sur sa page Facebook un portrait d’Hayat Boumedienne armée d’une arbalète, la compagne d’Amedy Coulibaly, auteur de la prise d’otage de l’Hyper Cacher en janvier. Hasna écrit vouloir partir comme elle. Cette publication ne semble toutefois pas avoir alerté la police française, qui découvre l’existence de cette cousine après le signalement par les services marocains, le 14 ou le 15 novembre. 

4 août 2015, Grèce

Salah Abdeslam et Dahmani sont contrôlés à Patras, en Grèce. Parallèlement, commence une intense relation téléphonique entre Salah Abdeslam et Ali Oulkadi, un habitant de Molenbeek qui exfiltrera Salah de France le 14 novembre au matin.

5 août 2015, Bari

Salah Abdeslam est contrôlé par la police italienne, de retour de Grèce. 

6 août 2015, Conegliano

Salah Abdeslam verbalisé par la police italienne à Conegliano, au nord de Venise.

11 août 2015, Paris

Reda Hame, djihadiste français, est interpellé à son retour de Syrie. Il reconnaît s’être entraîné pendant six jours à Raqqa.

Cette fois-ci, le nom d’Abdelhamid Abaaoud apparaît de façon explicite. Il est désigné comme le commanditaire qui aurait demandé à Reda Hame de passer par Prague, pour éviter d’être repéré, avant de frapper la France. Il aurait remis au jeune homme une clé USB contenant des logiciels de cryptage et 2 000 euros en lui demandant de viser une cible « facile », telle une « salle de concert », pour « faire un maximum de victimes ».

Interrogé durant sa garde à vue sur l’existence d’autres projets d’attaques, Reda Hame avait prévenu les enquêteurs : « Tout ce que je peux vous dire, c’est que cela va arriver très bientôt. Là-bas, c’était une vraie usine, et ils cherchent vraiment à frapper la France et l’Europe. »

Mi-août 2015, Molenbeek

La police fait une descente au bar tenu par Brahim Abdeslam à Molenbeek: les Béguines. Elle y découvre des preuves manifestes de consommation de drogue.

Septembre 2015, Autriche

Salah Abdeslam est contrôlé par la police autrichienne au volant d’une voiture de location après qu’il a passé la frontière allemande. Il est avéré qu’il s’est rendu au moins deux fois en Hongrie en septembre.

9 septembre 2015, Hongrie

Salah Abdeslam récupère deux individus portant une fausse carte d’identité belge aux noms de Samir Bouzid et Soufiane Kayal à la gare de Budapest et les ramène en Belgique. Il est contrôlé à la frontière austro-hongroise en leur compagnie le 9 septembre. Il conduit une Mercedes de location. 

Septembre 2015, Paris

Abaaoud arrive en France, probablement avec d’autres migrants syriens.

Septembre 2015, Val d’Oise

Salah Abdeslam achète une dizaine de détonateurs dans une société de pyrotechnie du Val-d’Oise, Les Magiciens du Feu, à Saint-Ouen l’Aumône. Il présente son permis de conduire pour authentifier son identité. Le responsable du magasin revient toutefois, peu de temps après, sur sa version des faits.

30 septembre 2015, Molenbeek

Salah et Brahim Abdeslam cèdent leurs parts dans le café des Béguines et cessent leur activité. 

3 octobre 2015, Grèce

Deux des trois kamikazes qui meurent au stade de France sont enregistrés comme migrants et réfugiés syriens en Grèce.

10 octobre 2015, Agadir

Yassine Abaaoud, le frère d’Abdelhamid, est extradé par la police turque à Agadir. Il est détenu à la prison de Salé (près de Rabat), réputée pour ses conditions difficiles.

12 octobre 2015, Paris

Renouvellement de la fiche S d’Ismaël Omar Mostefaï.

5 novembre 2015, Molenbeek

La police ordonne la fermeture administrative du bar de Brahim Abdeslam pour « consommation de substances hallucinogènes prohibées ».

6 novembre 2015, Molenbeek

Salah Abdeslam réserve, avec sa carte de crédit, pour une semaine, deux chambres dans un appart-hôtel d’Alfortville (Val-de-Marne), la Polo noire ayant conduit le commando du Bataclan ainsi que la Clio retrouvée place Albert-Kahn, dans le XVIIIe arrondissement de Paris. La somme totale dépasse 3.400 euros. Brahim loue la Seat.

11 novembre 2015, 19 heures, Ressons

Salah Abdeslam et Mohammed Abrini sont filmés à bord d’une Clio noire (finalement retrouvée dans le 18è arrondissement) en route pour Paris, dans la station essence de Ressons. Il pourrait s’agir d’un voyage de reconnaissance.

12 novembre 2015, 3 heures, Bruxelles

Salah Abdeslam et Mohammed Abrini sont de retour à Bruxelles.

12 novembre 2015, Paris

La DGSE signale à la DGSI un appel d’Hasna Ait Bouhlacen annonçant l’imminence d’un attentat à Paris. La DGSI effectue une vérification et prévoit de rencontrer la DGSE à ce sujet le 16 novembre.

12 novembre 2015, 20h, Bruxelles

Les frères Abdeslam sont à Molenbeek. Ils se disputent dans la rue.

« Moi j’irai pas si j’ai pas l’argent! » Et l’autre il lui dit: « Non, tu vas y aller! » Il lui dit: « Moi si j’ai pas le pognon, je bouge pas. Sans pognon, j’y vais pas! » Et ça, ça s’est passé jeudi soir. »

Ce témoignage laisse penser qu’au moins un des deux frères Abdeslam commet les attentats en échange d’une promesse financière. Une telle motivation paraît peu compatible avec une logique de kamikaze.

13 novembre 2015, matin, Paris

Le SAMU organise un exercice de préparation à une attaque terroriste multiple. « Le scénario d’une fusillade sur différents sites avait été testé par les équipes du Samu de Paris ».

13 novembre 2015, Istanbul

La police turque procède à cinq arrestations. Les suspects sont soupçonnés d’avoir prévu de commettre un attentat majeur ce jour-là dans la capitale turque. L’un d’eux serait « Jihadi John », le Britannique accusé d’être l’un des bourreaux de Daesh.

13 novembre, 18h, Bobigny

La Clio quitte Bobigny pour Roissy. Elle reste garée une heure au terminal 2C entre 18h20 et 19h20. 

13 novembre 2015, 19h30, Paris

Une Polo noire immatriculée en Belgique avec au moins deux hommes à son bord se gare rue de Crussol, près du Bataclan. Un témoin affirme qu’elle était occupée par les terroristes qui ont attaqué le Bataclan. Ils auraient attendu plus de deux heures dans leur voiture avant de passer à l’acte. « Je suis allé les voir pour leur dire qu’ils étaient mal garés. Ils n’ont pas ouvert la fenêtre et m’ont regardé méchamment. On aurait cru des morts-vivants, comme s’ils étaient drogués. »

13 novembre 2015, 20h, Paris

Le frère d’Ismaël Omar Mostefaï, probablement stationné à cette heure-là rue de Crussol en attendant l’assaut du Bataclan, se rend au spectacle de Dieudonné, au théâtre de la Main d’Or. Il ajoute: « Je ne suis pas du tout antisémite. Je prône l’amour de son prochain. C’est juste pour me divertir. »

13 novembre 2015, 21h20, stade de France

Une première explosion a lieu à Saint-Denis, à hauteur de la porte D. Un kamikaze vient de se suicider: Bilal Hadfi, un jeune (20 ans) de Molenbeek. Il a semble-t-il actionné sa ceinture d’explosif, composée de TATP (explosif artisanal) et de boulons. Il tue un passant: Manuel Colaco Dias, 63 ans, chauffeur d’autocar portugais, installé depuis quarante-cinq ans à Paris. Les circonstances de cette explosion sont encore mal connues.

13 novembre 2015, 21h25, Paris

Une Seat Leon noire s’arrête à l’angle des rues Bichat et Allibert, près de l’hôpital Saint-Louis. Des tireurs en sortent et mitraillent les clients attablés au bar Le Carillon et au restaurant le Petit Cambodge. Certains affirment que l’un des tireurs a commencé par crier « Allah Akbar ». Une centaine de douilles est retrouvée sur place.

Des témoins affirment avoir vu deux tireurs, d’autres trois.

Les témoins indiquent que la voiture est ensuite repartie. Ils donnent toutefois peu de précisions sur la direction prise par les terroristes. Cette fusillade a fait 15 morts.

13 novembre 2015, 21h30, stade de France

Un deuxième kamikaze se fait exploser à hauteur de la porte H du stade de France, avenue Rimet. Il ne fait pas de victime. Le terroriste n’est pas encore identifié.

13 novembre 2015, 21h32, Paris

Une fusillade éclate rue de la Fontaine-au-Roi, d’abord à la terrasse du café la Bonne Bière, puis à la terrasse de la pizzeria Casa Nostra, à quelques centaines de mètres, des rues Bichat et Allibert. Selon un témoignage, un homme armé est arrivé seul, à pied, et a fait feu pendant une minute sur la terrasse du restaurant Casa Nostra, au coin de la rue de la Folie-Méricourt. Un autre témoignage soutient que c’est une Ford Focus noire qui s’est arrêtée à proximité.

La vidéo diffusée par le Daily Mail  ne montre qu’un tireur à la Casa Nostra.

Un médecin arrivé sur place donne ce curieux témoignage:

J’habite à quelques dizaines de mètre de la rue de la Fontaine au Roy. J’ai tout de suite reconnu le staccato des fusils d’assaut et sans perdre une minute je me suis précipité pour porter secours. La Casa Nostra n’avait pas encore été attaquée et 4 corps gisaient à la terrasse de la « Bonne Bière ». (…)

Que le temps a semblé long d’attendre l’arrivée des camions de sapeur ! 20 minutes c’est une éternité ! J’ai demandé d’urgence le renfort du médecin. Il n’y en avait pas. Le brigadier m’a dit que le SAMU arrivait. Alors j’ai demandé du matériel pour commencer le déchocage de la petite : pour la perfuser et l’intuber afin de la mettre sous assistance cardio-respiratoire. Il n’y avait rien ! Seulement de l’oxygène, des couvertures de survie et des garrots pour les membres. Même pas de morphine pour les blessés qui hurlaient de douleurs ! La petite a alors lâché et est partie entre mes mains… La fusillade à la Casa Nostra a commencé et il a fallu en catastrophe se replier à quatre pattes dans la brasserie en tirant les corps des morts et des blessés graves dans les éclats de verre et le sang comme des sacs de pommes de terre.

Ce témoignage (qui infirme la théorie d’une excellente préparation du SAMU à la séquence terroriste) laisse donc penser que vingt minutes au moins auraient pu séparer la fusillade de la Bonne Bière et celle de Casa Nostra, distants d’une cinquantaine de mètres à peine…

Un témoignage alternatif, donné par Paris Match, raconte ces circonstances curieuses:

On est passé faire quelques courses à la supérette qui se trouve le long du canal Saint Martin…En remontant vers le Faubourg du Temple, au niveau du Mac Donald, on a senti qu’on nous tirait dans le dos. On ne sait pas d’où ça venait, s’il y avait un ou plusieurs tireurs, c’était surréaliste. Je dirais qu’ils étaient à cinq mètres. Une ou des armes automatiques. Trente à cinquante coups de feu. (…)

Ca s’est passé au même moment qu’ils tiraient sur le Carillon et le petit Cambodge, rue Bichat, de l’autre côté du pâté de maison. On entendait les tirs au loin.

Si ce témoignage devait se confirmer, cela signifierait que les fusillades ont éclaté en même temps et sont le fait de deux équipes différentes.

Officiellement, cette fusillade qui donne lieu à des témoignages discordants, est le fait du commando en Seat noire, qui aurait comporté les deux frères Abdeslam et peut-être un troisième tireur (peut-être Abaaoud). Elle a fait cinq morts.

13 novembre 2015, 21h36, Paris

La Seat noire met, selon le Procureur Molins, 4 minutes pour parcourir le chemin qui la sépare de la rue Fontaine-au-Roi et de la rue de Charonne, ce qui, un vendredi soir, paraît une véritable gageure difficile à concevoir (les habitués du quartier savent combien il est pénible d’assurer la traversée d’Oberkampf le vendredi soir…). Elle s’arrête devant la Belle Equipe, au 92. Assez curieusement, c’est la séquence qui a donné lieu au moins grand nombre de témoignages. Si les tirs se concentrent sur le bar La Belle Equipe (19 personnes y laissent la vie), il semble que toute la rue soit mitraillée, y compris le Palais de la Femme où des passants se sont réfugiés. Un témoin reconnaît formellement Salah Abdeslam comme l’un des tireurs de la Belle Equipe. 

La voiture repart ensuite vers le boulevard Voltaire. Les policiers mettront un quart d’heure pour arriver sur les lieux, alors que le commissariat se situe à un jet de pierres des événements.

Selon certains témoins, la voiture ayant servi à conduire les tireurs n’était pas une Seat, mais une Mercedes. Ces témoins donnent une description différente des terroristes. 

13 novembre 2015, 21h40, Paris

Manuel Valls, qui habite le 11è arrondissement, à proximité des faits, est exfiltré vers la place Beauvau par un convoi de six voitures.

Au même moment, Brahim Abdeslam se fait exploser au comptoir Voltaire, près de la place de la Nation. Il blesse une serveuse.

Au Bataclan, une prise d’otage commence. Elle est menée par Ismaël Omar Mostefaï, Samy Amimour, de Drancy, et Foued Mohamed Aggad, originaire de Strasbourg. L’un d’eux envoie un SMS à un numéro de téléphone identifié en Belgique: « On y va, on commence ». La tuerie fait l’objet de nombreux témoignages. Elle cause la mort immédiate de 89 personnes qui assistaient à un concert. L’assaut est donné à 0h20 par les forces de l’ordre.

13 novembre 2015, 21h53, stade de France

Un troisième kamikaze se fait exploser au stade de France. Il s’est curieusement isolé dans une impasse, rue de la Cokerie. A côté de lui est retrouvé un passeport syrien au nom de Ahmad al-Mohammad, du nom d’un soldat de l’armée officielle mort plusieurs mois auparavant. Son identité n’est donc toujours pas confirmée.

13 novembre 2015, 22h, Paris

Salah Abdeslam est probablement celui qui gare une Clio noire près de la porte de Clignancourt. Son frère est mort 20 minutes plus tôt boulevard Voltaire. Il appelle le fils d’un imam radical de Molenbeek, Abdeilah Chouaa, et des amis bruxellois, Mohammed Amri, 27 ans, et Hamza Attou, 20 ans pour leur demander de l’exfiltrer en Belgique. Ceux-ci viennent le chercher en Golf.

Un peu plus tard, Salah Abdeslam semble repéré à Montrouge où il se serait débarrassé, rue Chopin, d’une ceinture d’explosifs.

La Clio est retrouvée mercredi, avec un papier sur lequel il est écrit « Roissy-Saint-Martin-République ».

Ce point précis de la chronologie pose en réalité problème, dans la mesure où Salah Abdeslam ne peut à la fois avoir conduit le commando du stade de France sur place comme l’indique la presse, avoir participé aux fusillades du centre de Paris et avoir amené la Clio porte de Clignancourt à 22h.

13 novembre 2015, 22h14, Montreuil

Abaaoud est filmé au métro Croix-de-Chavaux. Selon toute vraisemblance, il vient de déposer dans une rue de Montreuil la Seat noire qui a servi aux attentats et dont il aurait été le conducteur. Les localisations de téléphone portable laissent à penser qu’il a tourné pendant 15 minutes dans le 11è arrondissement après les attentats avant d’abandonner la voiture. Il est attesté qu’il a manipulé une des Kalachnikov retrouvées dans la voiture. 

Il est probablement accompagné d’un homme qui serait le troisième tireur. 

La justice identifie son téléphone portable sur les lieux des fusillades, Bataclan compris, entre 22h30 et 0h30.

14 novembre 2015, 5h, Paris

Salah Abdeslam entame son voyage de retour vers Bruxelles. 

14 novembre 2015, 9h10, Cambrai

Salah Abdeslam et ses deux compagnons de route sont contrôlés trois fois par la police française, dont une fois à Cambrai. Abdeslam, qui porte un gilet d’explosifs, n’est pas encore signalé comme suspect dans les attentats. Il n’est pas arrêté. 

14 novembre 2015, matin, Maroc

Yassine Abaaoud est tiré de sa prison de Salé pour un interrogatoire qui dure cinq jours. Selon toute vraisemblance, cet interrogatoire permet aux services français de localiser Abaaoud à Saint-Denis. Ce sont probablement les services marocains qui signalent aux services français le cas d’Hasna Ait Boulahcen, cousine d’Abdelhamid déjà mise sur écoute pour des affaires de stupéfiants, et identifiée par la DGSE.

14 novembre 2015, 13h, Bruxelles

Ali Oulkadi, un habitant de Bruxelles, vient chercher Salah Abdeslam à la station de métro Bockstael, à Bruxelles, et le conduit à Schaerbeek, dans la banlieue nord de la ville. Il le dépose rue Royale Sainte-Marie, près d’un dépôt de bus. 

14 novembre 2015, Antalya

Arrestation du Belge Ahmad Dahmani à Antalya. L’homme vient d’arriver d’Amsterdam. Il est soupçonné d’avoir effectué des repérages à Paris, en préparation de l’attentat.

16 novembre, 6h, Molenbeek

La police belge a « logé » Abdeslam à Molenbeek, au 47 rue Delaunoy, mais elle s’interdit de perquisitionner avant 10 heures du matin. Abdeslam parvient à s’exfiltrer discrètement du logement, grâce à l’aide probable de Lazez Abraimi.

17 novembre 2015, 18h00, Saint-Denis

Hasna Aït Boulahcen reçoit un virement par Western Union de 750 euros, depuis un bureau situé dans la banlieue bruxelloise, de la part de Samir Bouzid. A 22h, derrière un entrepôt d’Aubervilliers, elle récupère son cousin Abaaoud en compagnie d’un deuxième homme. Elle l’installe dans le logement de Saint-Denis proposé par Jawad Bendaoud, avec qui elle est entrée en contact par l’intermédiaire de Mohamed S., habitant des Hauts-de-Seine. 

18 novembre 2015, 4h20, Saint-Denis

Début de l’assaut contre l’appartement occupé notamment par Hasna Aït Boulahcen et son cousin Abdelhamid Abaaoud. Les deux intéressés y laissent la vie, ainsi qu’un troisième homme, un kamikaze que la police n’a toujours pas identifié.

18 novembre 2015, soirée, Aulnay-sous-Bois

L’appartement de la mère d’Hasna est « visité » par une dizaine de personnes venues dans des voitures immatriculées en Belgique. S’agit-il du frère d’Hasna, qui vit à Maasmechelen, près de la frontière hollandaise, et qui est donné comme parti en France après la mort de sa soeur? Les individus auraient « nettoyé » l’appartement avant la perquisition de la police, le jeudi après-midi.

19 novembre 2015, soirée, Bruxelles

Abraimi Lazez, habitant de Jette (banlieue de Bruxelles) est arrêté à Laeken au volent de sa Citroën. Les policiers y retrouvent une arme chargée et du sang, dont l’origine est inconnue. Il est interrogé pendant deux jours avant d’être inculpé. Durant son interrogatoire, il reçoit un texto: « Le Juif n’est pas là ». Il nie avoir vu Salah Abdeslam depuis les attentats. Considéré comme un personnage-clé dans l’enquête, son frère vit en Syrie. 

Terrorisme: le gâchis français

Article rédigé pour Atlantico.

Après les attentats de janvier, et après cette fameuse marche du 11 janvier où un Français sur dix est descendu dans les rues pour dire son engagement à vaincre, la France a perdu un temps terrible – un temps d’indécision où ce qui devait être fait pour lutter contre le terrorisme ne l’a pas été.

L’illusion technocratique

Immédiatement après les attentats contre Charlie Hebdo, la riposte française s’est limitée à autoriser la surveillance cybernétique de tous les citoyens. Déployons des outils nouveaux qui permettront d’écouter tous les Français et le problème sera réglé. Dix mois plus tard, le constat est accablant: non seulement ces méthodes ultra-modernes n’empêchent pas le pire, mais les auteurs des attentats étaient, au moins pour partie, connus des services de renseignement.

La France s’est donnée l’illusion qu’une guerre pouvait se gagner en achetant des armes, mais sans combattant pour s’en servir. Preuve est faite que la technique ou la technologie ne suffisent pas à vaincre.

Un gâchis politique

François Hollande n’a pas voulu admettre que la guerre menée par Daesh est d’abord une guerre politique, fondée sur une propagande habilement menée auprès de nos jeunes déstructurés dans nos banlieues. La marque « Daesh » est devenue le symbole d’une résistance au prétendu racisme français, ou à notre prétendue islamophobie.

Dix précieux mois ont été perdus pour un travail politique de reconquête. Non, nous ne sommes ni racistes, ni xénophobes. L’impôt des Français finance des soins gratuits pour les migrants, la sécurité sociale bénéficie autant aux arabo-musulmans qu’aux autres, les écoles sont gratuites pour tous, les collectivités locales offrent des bibliothèques gratuites, des équipements peu chers pour tous ceux qui en ont besoin. Je passe ici sous silence les musées parisiens qui sont gratuits, où l’on voit curieusement très peu de visiteurs issus de l’immigration, ou encore les festivals d’été dans les parcs de la Ville, là aussi gratuits, mais curieusement boudés par les immigrés.

Ajoutons que, dans certaines communes, ou dans certains arrondissements parisiens, les classes moyennes (où les autochtones sont fortement représentés) sont souvent assommés pour financer la solidarité vis-à-vis des nouveaux venus qui accèdent au service public gratuitement. C’est le cas dans le 19è arrondissement, le quartier des Kouachi, où les tarifs des crèches sont prohibitifs pour les revenus moyens (proches de 1.000 euros mensuels), et gratuits pour des populations qui sont majoritairement immigrées.

Depuis janvier 2015, au lieu de souligner la solidarité des Français avec les nouveaux venus, le gouvernement tient le discours inverse: ceux qui financent la solidarité sont des méchants qui « ont les moyens », donc quelque chose à se reprocher. Seuls ceux qui bénéficient de la solidarité sont des gentils. A force de flétrir les autochtones, François Hollande a fait le lit du mensonge selon lequel nous serions de perfides racistes qui doivent collectivement expier leurs péchés.

Un gâchis diplomatique

Depuis janvier 2015, François Hollande, qui ne laissera décidément pas le souvenir d’un grand diplomate, a une obsession monomaniaque: chasser Bachar Al-Assad du pouvoir. Cette stratégie est affligeante. Alors que notre ennemi de l’extérieur et de l’intérieur n’est autre que l’Etat Islamique contre lequel combat Assad, la France déploie une stratégie consistant à soutenir l’ennemi et à affaiblir l’allié.

Certes, Assad est un dictateur. Mais faut-il rappeler que le mouvement baasiste dont il est issu est laïc et garant d’un équilibre socio-politique en Syrie, favorable à l’Occident? Le combattre, on le sait, fait le jeu de l’islamisme fanatique.

Ces derniers jours, Hollande semble avoir effectué un virage à 180 degrés dans l’affaire syrienne. Ce retard est une lourde faute politique. Combien de morts eussions-nous pu éviter en portant le fer dès janvier contre Daesh en concertation avec la Russie, notre allié naturel et historique au Moyen-Orient?

Reste maintenant à pousser le raisonnement jusqu’au bout. L’armée irakienne a trouvé 160 clés USB contenant les comptes de Daesh. Une grande partie des financements de cet Etat terroriste provient de particuliers du Golfe. Combien de temps accepterons-nous l’existence de ces Etats fantoches, créés par les Anglais pour veiller sur la manne pétrolière dans les années 30, et devenus des créatures dangereuses pour les consommateurs de pétrole?

Un gâchis policier

Avec la croyance absurde dans un « tout technologie » telle que la loi sur le renseignement nous l’a montrée, la France a perdu un temps précieux pour identifier les derniers développements de la mouvance islamique sur le terrain. Les dizaines de perquisitions de ces derniers jours auraient dû avoir lieu dès janvier. Il est ahurissant que les cerveaux des attentats de novembre aient pu louer des appartements autour de Paris, des voitures, retirer de l’argent, acheter des téléphones, avec le soutien probable d’un nid de serpents, sans que personne ne s’en aperçoive.

Pendant plusieurs mois, une intense propagande a accrédité la thèse des loups solitaires. Nous découvrons aujourd’hui que ces « loups » étaient en réalité des abeilles échappées d’une ruche en plein développement. Mais pourquoi avoir attendu dix mois pour commencer à l’enfumer?

Un gâchis judiciaire

Stupeur! l’un des terroristes avait fait l’objet d’une condamnation… pour terrorisme en 2012. Entretemps, il a pu se rendre en Syrie pour suivre un petit stage de perfectionnement, et revenir impunément en France pour commettre ses forfaits.

Pour moins que ça, on a vu une ministre de la Justice démissionner. Mais Christiane Taubira, dont le passé indépendantiste en Guyane constitue une manifeste paire de menottes dans le sursaut national dont nous avons besoin aujourd’hui, est toujours en place. Nous avons pourtant, à ce poste, besoin d’une personnalité qui aime la France, qui croit en ses bienfaits, qui ne chante pas la Marseillaise du bout des lèvres, mais au contraire l’entonne avec coeur pour prendre les mesures qui s’imposent: l’arrestation préventive de tous les fichés S.

Coupat, Charlie Hebdo: la guerre des conspirationnismes

Le probable renvoi en correctionnelle de Julien Coupat formalise la doctrine désormais en vigueur en France: le conspirationnisme d’Etat, qui s’oppose farouchement aux conspirationnismes anti-Etat.

Coupat et le conspirationnisme d’Etat

Julien Coupat a-t-il conspiré contre l’Etat en organisant le sabotage de voies SNCF?

C’est en tout cas ce que lui reproche la justice. Cette idée est, sur un plan intellectuel, tout à fait plausible. Elle fait écho au passage suivant contenu dans le livre L’insurrection qui vient, officiellement anonyme, mais dont Coupat est soupçonné d’être l’auteur:

L’infrastructure technique de la métropole est vulnérable: ses flux ne sont pas seulement transports de personnes et de marchandises, informations et énergie circulent à travers des réseaux de fils, de fibres et de canalisations, qu’il est possible d’attaquer. Saboter avec quelque conséquence la machine sociale implique aujourd’hui de reconquérir et réinventer les moyens d’interrompre ses réseaux. Comment rendre inutilisable une ligne de TGV, un réseau électrique ? Comment trouver les points faibles des réseaux informatiques, comment brouiller des ondes radios et rendre à la neige le petit écran ? (page 101)

Un élément est toutefois troublant dans les motifs de renvoi: si trois personnes, dont Julien Coupat, sont accusées d’avoir dégradé du matériel de la SNCF tout en utilisant les médias pour défendre leur point de vue durant l’instruction (curieux, non?), le parquet demande, pour l’intéressé, l’abandon du chef de direction d’un groupe terroriste. Autrement dit, Coupat aurait basculé dans le terrorisme, mais on ne peut lui reprocher d’avoir conduit le groupe en question.

Pourquoi pas… mais l’intérêt de cette petite précision judiciaire est de laisser Julien Coupat entre les mains de juges professionnels et de lui éviter les assises. Une façon habile d’éviter un procès « public » qui pourrait mettre le pouvoir en difficulté.

Dans tous les cas, après 7 ans d’enquête, le parquet reconnaît qu’il n’a pu identifier le responsable du groupe terroriste auquel Julien Coupat appartient. C’est curieux…

Personnellement, je n’aime pas le combat de Julien Coupat et je n’aime pas ses idées marxistes réchauffées. Mais je déteste encore plus l’Etat lorsqu’il viole les libertés pour imposer la survie d’un régime à l’agonie.

Le conspirationnisme d’Etat et les islamistes

Autant l’affaire Coupat sent mauvais, autant l’affaire Charlie Hebdo commence à dégager des odeurs pestilentielles. En début de mois, la Voix du Nord a curieusement (et courageusement) publié un article sur les liens possibles entre Coulibaly et un traficant d’armes tout à fait extravagant. Je cite ici une partie de l’article:

L’ombre des attentats de Paris plane sur le trafic d’armes présumé de Claude Hermant, figure de la mouvance identitaire régionale. C’est sans doute ce qui explique le mutisme de la police et de la justice. Car la volumineuse enquête de la PJ de Lille, pilotée par le juge lillois Stanislas Sandraps, contient de multiples informations explosives.

L’affaire a éclaté fin janvier, peu après les attaques terroristes. Après huit mois d’investigations, Claude Hermant, sa compagne, et un autre homme, sont mis en examen et écroués. Depuis, seul le premier reste en détention provisoire, les deux autres ayant été libérés. Selon deux sources différentes proches du dossier, « des éléments lourds » pèsent sur lui.

On ajoutera ce passage amusant:

Si le lien se vérifie, il ne serait pas nécessairement direct. « Dans ce genre de trafic, il y a toujours un ou des intermédiaires. Claude Hermant ne connaissait pas forcément la destination finale des armes. Ça montrerait en tout cas la porosité entre certains milieux islamistes et du banditisme. » Un autre aspect s’ajoute à ce dossier. Claude Hermant était un informateur de la gendarmerie (ci-dessous). Mais il aurait trafiqué les armes, « pour son propre compte, tempèrent nos deux sources, pas celui de la gendarmerie. Il la mouille pour s’en sortir. »

Il faut laisser la justice faire son oeuvre dans ce dossier, si le juge lillois Sandraps bénéficie d’une bonne couverture de la part de sa hiérarchie (je sais, mauvais jeu de mot, mais je ne pouvais pas l’éviter, celle-là). N’empêche… si l’on note que Claude Hermant, peut-être fournisseur d’armes à Coulibaly et consors, est un ancien membre du service de sécurité du FN et semblait au mieux avec les gendarmes du coin, tout cela fait beaucoup pour un seul homme.

Du coup, on ne sait plus trop ce que veulent dire les complots fomentés par des loups solitaires si bien entourés…

Le conspirationnisme d’Etat aux Etats-Unis

La France n’est pas la seule à organiser la riposte politique aux complots fomentés par une multitude de terroristes tapis dans l’ombre. Les Etats-Unis ne sont pas en reste. Le journaliste d’investigation Seymour Hersh a fait sensation en donnant une autre version (que la version officielle) sur la mort de Ben Laden. Il soutient notamment que les services secrets américains ont « acheté » Ben Laden aux services secrets pakistanais, et qu’ils l’ont liquidé en prison.

Bien entendu, le gouvernement américain a démenti. Si Hersh avait raison, cela signifierait que Barack Obama aurait mis en scène la mort de Ben Laden pour favoriser sa réélection. Utiliser le terrorisme pour des considérations de politique intérieure?

Non, cela ne se peut. Cela risquerait, tôt ou tard, de susciter de mauvaises idées… par exemple celle d’instrumentaliser le terrorisme pour gouverner, en tuant les libertés et en faisant admettre la tyrannie. Ce n’est vraiment pas le genre de nos maisons si démocratiques…