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Loi sur le renseignement: chronique d’une France momifiée

La loi sur le renseignement constitue une belle illustration de l’agressivité qui naît dans une société où la fuite comme le progrès ne sont plus possibles. Face aux multiples menaces, intérieures comme extérieures, qui entourent l’ordre de la société française, la réponse des pouvoirs publics est celle d’une mise sous contrôle généralisée des libertés, des consciences et des vies privées.

Loi sur le renseignement: même Laurence Parisot est contre

Jeudi, j’entendais sur un plateau radio auquel je participais:

Wikiradio Saooti

un patron expliquer que la loi sur le renseignement ne le gênait pas parce que lui n’avait rien à cacher. J’adore l’interlocuteur qui a dit ces mots, mais je ne peux évidemment cacher mon effroi: les libertés publiques, le respect de la vie privée seraient inventés pour les gens qui ont quelque chose à cacher. Sous-entendez: seuls les gens malhonnêtes ont besoin d’être libres. Ce genre d’argument par ellipses en dit long sur l’état des libertés publiques en France.

On se félicitera donc que quelques voix courageuses prennent encore la peine de voler au secours des libertés. Ce fut le cas cette semaine de Laurence Parisot qui a utilement demandé aux parlementaires de saisir le Conseil Constitutionnel sur cette loi scélérate.

On aurait aimé que le MEDEF fasse la même chose. L’exercice y est évidemment un peu plus compliqué: les hébergeurs comme OVH, qui sont vent debout contre la loi, y pèsent beaucoup moins que les fournisseurs de l’armée, comme Radiall, l’entreprise de Pierre Gattaz. Difficile, dans ces conditions, de protester contre une loi qui rapporte des marchés, ou qui est poussée par de précieux clients.

On surveille tout Internet, mais on ne sait plus payer les retraites correctement

Si la loi sur le renseignement a une utilité immédiate: mettre le citoyen sous surveillance pour l’intimider et le dissuader de tout comportement qui mettrait l’ordre en jeu, elle a une autre effet inattendu. Elle donne aux Français l’illusion d’une toute puissance de la technique, comme si la France était un pays moderne, à l’avant-garde de la technologie.

C’est d’ailleurs le pari général de la technostructure: nous faire croire que tout va bien, parce que nous sommes au sommet de la technologie, grâce à quoi nous résoudrons tous nos problèmes. On peut lire tous les mails de la terre sans qu’aucun des expéditeurs ne s’en aperçoive grâce à des technologies françaises. En France, on peut envoyer des satellites dans l’espace, fabriquer des trains qui roulent à près de 600 km/h, envoyer des bombes atomiques sur la terre entière: tout va bien, donc.

Dans le même temps, on oublie de dire l’essentiel. Non seulement la France est incapable de fabriquer le principal objet de consommation dans le monde: le téléphone portable, mais elle est même devenue incapable de payer correctement les retraites. Depuis novembre, le ministère des affaires sociales tente de résorber le retard pris dans la liquidation des dossiers. Six mois plus tard, on compte encore 3.600 retraités qui ne sont pas payés faute d’avoir été « liquidés » dans les délais réglementaires, dans une indifférence quasi-générale.

Un de mes amis appelle cela la société déceptive: on promet de surveiller toutes les boîtes mails, mais le quotidien se désagrége…

Surveiller et punir, plutôt que régler les problèmes

L’ironie de l’actualité a voulu que la loi sur le renseignement soit mise en débat en même temps que Claude Bartolone ne rendait un rapport proposant de rendre le vote obligatoire. Pour ceux qui n’avaient pas compris que la loi « anti-terroriste » visait les citoyens ordinaires, le président de l’Assemblée nationale a donc jugé utile de faire un ajout tout à fait éclairant.

Citoyens: vous êtes priés d’être heureux, d’aimer vos institutions décadentes, de voter comme on vous dit de voter, et de ne pas vous plaindre. Un contrôle de police dans cotre correspondance privée permettra de s’en assurer. La voie autoritaire de la surveillance et de la punition est tellement plus confortable, pour des décideurs corrompus, qu’un vrai balayage des institutions qui les rendraient à l’esprit démocratique.

On rappellera quand même les faits d’armes de la majorité actuelle sur la question de la démocratie. Bartolone n’a jamais été en reste sur le sujet. Tiens! c’est bizarre, il ne parle plus du cumul des mandats. En 2013, Barto, le grand défenseur de la démocratie, avait déclaré à Libération:

Les députés m’écoutent, alors aujourd’hui je leur dis : « Attention, vous ne pourrez pas aller devant le peuple français défendre le cumul des mandats, donc acceptez une sortie par le haut » : même règle pour tous les parlementaires – députés et sénateurs -, pas de seuil d’application en fonction de la taille de la ville pour éviter la surreprésentation de la ruralité. Et surtout, pour éliminer tout risque de mini-dissolution, un élu renonçant à son siège de député doit être remplacé automatiquement par son suppléant. Comme cette évolution nécessite une révision constitutionnelle, le non-cumul ne pourra pas s’appliquer d’ici les municipales. Notre contrat avec les Français sera de l’appliquer en 2017.

On rajoutera, entre autres, que Bartolone est un farouche adversaire de la transparence sur le patrimoine des élus.

Comme toujours, c’est tellement plus simple de contraindre les autres que de se changer soi-même…

L’apparente dépendance du Conseil d’Etat en question

A plusieurs reprises, sur ce blog, j’ai eu l’occasion de rappeler combien les positions du Conseil d’Etat se situaient souvent en délicatesse avec les principes démocratiques. Cet écart s’explique d’ailleurs par des raisons objectives, inhérentes à l’institution elle-même: le Conseil d’Etat, institution d’Ancien Régime, cumule des fonctions de conseil au gouvernement et de contentieux des citoyens contre le gouvernement, qui rendent totalement factice son indépendance. En outre, les membres du Conseil d’Etat ne sont pas des magistrats mais des fonctionnaires sous l’autorité du gouvernement. Officiellement, ils bénéficient des mêmes protections que des magistrats, mais curieusement, la majorité du corps exerce ses talents dans des administrations ou des structures soumises à leur juridiction…
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Etat partial: Bercy protège Cahuzac et attaque Drahi

La semaine qui vient de s’écouler a encore donné de superbes exemples de la partialité de l’Etat, telle qu’elle est vue par le ministère des Finances (au sens large), et je ne puis évidemment m’empêcher d’en relater quelques éléments. En ce jour d’élection au suffrage universel, ces quelques signaux faibles envoyés par le pouvoir soulignent une fois de plus que la démocratie n’est rien lorsqu’elle n’ajoute pas au droit de vote le respect des libertés individuelles et des principes généraux du droit par l’Etat.

Arnaud Montebourg, ministre du redressement fiscal

Les amateurs de Dallas version française auront suivi avec étonnement et amusement l’affaire de la cession de SFR.

En autorisant FREE à entrer sur le marché occupé par les trois opérateurs par le passé condamnés pour entente: Orange, SFR et Bouygues, le gouvernement Fillon avait donné une place de choix au loup dans la bergerie. A l’époque, l’attribution d’une licence à ce nouvel entrant avait d’ailleurs donné lieu à une très longue bataille juridique menée par SFR et Bouygues.

La disparition de l’un des opérateurs historiques, ou en tout cas sa mise en difficulté, était inscrite dans cette décision qui fut favorable au consommateur: les prix ont baissé, mais faute de rentabilité suffisante, un acteur était en trop.

En l’espèce, c’est SFR, propriété à 100% de Vivendi depuis juin 2011 (pour une valeur de près de 8 milliards), qui s’est trouvé le plus en difficulté. Assez légitimement, Vivendi a décidé de mener la cession de sa filiale, en privilégiant le candidat de son choix. Il s’est agi de Patrick Drahi, propriétaire de Numéricable. En l’espèce, celui-ci proposait de payer en cash plus de 11 milliards d’euros, et y ajoutait certaines dispositions favorables, comme des titres de participation dans la nouvelle entité.

De façon en apparence assez surprenante, l’Etat a décidé de se mêler de la vente, et de pousser Vivendi à vendre SFR à Bouygues Telecom plutôt qu’à Numericable.

La surprise est apparente seulement, pour trois raisons:

– SFR appartient à la galaxie historique de la Compagnie Générale des Eaux (devenue Vivendi), dont les liens avec l’Etat ont toujours été étroits. La Caisse des Dépôts en est d’ailleurs actionnaire. En outre, le groupe Vivendi possède des « zones d’interférence » avec les intérêts publics, comme Canal +, chaîne de télévision chouchoutée par le pouvoir.

– la téléphonie mobile est une activité étroitement dépendante des autorisations données par l’Etat. Les affaires Prism et autres (dont le système Echelon) montrent d’ailleurs comment la mise sous surveillance de la téléphonie privée est un enjeu pour le pouvoir.

– SFR possède des filiales « sensibles » comme Fibre Optique Défense, qui câble le quartier de la Défense.

C’est évidemment un sujet d’importance que de savoir à qui nous confions tous ces petits joyaux, même si cette confiance se fait avec des opérateurs privés.

Reste que le positionnement du ministre Montebourg dans cette affaire nous montre une fois de plus comment le capitalisme de connivence qui demeure la règle en France constitue une menace pour les libertés individuelles. Ainsi, sur Europe 1, Arnaud Montebourg n’a pas manqué de souligner les zones d’ombre qui entourent Patrick Drahi, patron de Numéricable, et il a signifié à mots couverts que l’intéressé ne tarderait pas à recevoir la visite des services fiscaux. De fait, on apprenait illico que Numéricable faisait l’objet d’un redressement de plus de 36 millions d’euros.

C’est comme ça que ça se passe en France: quand l’Etat veut intervenir dans le cours des affaires privées, il mobilise de façon tout à fait partiale les services publics. Cette défaite de l’impartialité de l’Etat, ce triomphe de la politisation de l’administration, coûteront tôt ou tard très cher à l’esprit démocratique. Rappelons que les fonctionnaires sont protégés par un statut pour éviter ce genre de tripatouillages. Si ces tripatouillages ont libre cours, plus besoin de maintenir la fiction du statut de la fonction publique…

Comment Bercy protège Cahuzac

Pendant ce temps, Bercy, qui adore traquer la fraude fiscale chez les uns, protège activement celle des autres. On découvre en lisant Libération qu’un agent de Tracfin a dû démissionner l’an dernier pour avoir divulgué des informations sur Cahuzac, par crainte que sa hiérarchie ne les étouffe. Il s’agit d’Olivier Thérondel, dont voici les explications:

M. Thérondel dit avoir enregistré, le 5 avril, une déclaration de soupçon relative au rapatriement en France de 685.000 euros par M. Cahuzac depuis un établissement situé à Singapour.

Il explique que lorsqu’ont été transmises à Tracfin les informations relatives aux transferts effectifs, son supérieur direct l’a enjoint, oralement, de ne plus effectuer d’opérations liées aux comptes de Jérôme Cahuzac.

L’ancien agent s’est inquiété de cette situation, de même, a-t-il dit à l’audience, du fait que l’ensemble de ces informations ne faisait pas l’objet d’un signalement au parquet. (…)

Se présentant comme un lanceur d’alerte, il a également justifié son geste par la constatation préalable de plusieurs dysfonctionnements.

Il a notamment dit avoir signalé, en 2010, le rapatriment de 100.000 dollars depuis le Panama par un «conseiller présidentiel», ce qui lui avait valu, selon lui, une réprimande de sa hiérarchie.

«On a essayé de comprendre ce quelque chose de grave que M. Thérondel a voulu signaler. J’avoue que je n’ai toujours pas compris», a dit Mme Philippe, qui a requis, outre la peine avec sursis, une amende de 1.000 euros.

Moyennant quoi, Bercy, si attachée à la lutte contre la fraude fiscale, poursuit activement cet agent contre qui une peine de 3 mois de prison avec sursis pourrait être prononcée. 

Ce qui s’appelle: deux poids deux mesures.

La transparence des données de santé: une garantie pour les patients

Les adversaires de la transparence sur les données de santé aiment bien parler du « risque de mésusage » des données en cas d’ouverture des bases. On rappellera ici la rapport Bras, évoqué sur ce blog, qui formalise cette doctrine totalement contraire aux engagements communautaires de la France, selon laquelle il faudrait faire obstacle à la réutilisation des données publiques.

Le scandale du Mediator illustre avec force, comme le remarque Jean-Yves Nau, sur Slate.fr, le coût de cette opacité sur les données pour la santé publique. Avec 2.000 décès prématurés dus à une mauvaise prescription de médicaments, la performance de l’assurance maladie est quand même inquiétante. A juste titre, Jean-Yves Nau souligne que l’assureur (appelé sécurité sociale) n’a rien vu, et qu’il continue à s’opposer à la transmission de données sur le sujet, malgré une décision du tribunal administratif.

J’imagine que certains continueront, malgré tout, à expliquer tous les bienfaits d’un système administratif qui fonctionne comme une caisse noire enregistreuse.

La gratuité des données publiques, si chères au rapport Trojette

Les lecteurs de ce blog ont l’habitude de mes coups de gueule sur la façon dont l’Etat considère les données qu’il collecte au titre de ses obligations de service public comme une propriété privée dont il se réserve l’usage au mépris des directives communautaires et du plus élémentaire bon sens démocratique et économique. Une fois n’est pas coutume, la lecture du rapport Trojette, au demeurant évoqué et publié ici même la semaine dernière, et attendu depuis plusieurs semaines, ouvre un début de perspective favorable sur le sujet sensible de la gratuité des données publiques et de leur réutilisation.

Rappelons l’enjeu du débat en apparence technique: un levier important de prospérité dans la société de demain repose sur le traitement des données, qu’elles soient publiques ou privées. Entre open data et big data, l’innovation sociale a besoin d’avoir accès au maximum de données. En France, compte tenu de l’étendue des obligations de service public, le sujet concerne majoritairement le traitement des données collectées par les administrations.

Sur ce sujet, j’ai eu l’occasion, de façon éparse, de rappeler qu’il existe aujourd’hui trois types d’administration:

– celles qui font semblant d’ouvrir leurs données (un bon exemple est la DARES, qui fournit des données inutilisables par le public, et de façon extrêmement laconique),

– celles qui refusent d’ouvrir leurs données (l’exemple de plus en plus crispant est celui de l’assurance-maladie qui possède une mine d’informations totalement verrouillées ou presque), le plus souvent sous le prétexte fallacieux d’une incapacité du public à en faire bon usage (le récent Bras sur les données de santé présente très bien ce raisonnement, pour ainsi dire jusqu’au pastiche),

– celles qui font payer les informations qu’elles délivrent (le meilleur exemple étant celui de l’INSEE), le plus souvent à partir d’un appareil juridique bancal (je renvoie ici à mon article sur la base Sirene).

Cette réticence de l’administration française à laisser les citoyens réutiliser les données qu’elle collecte s’enracine dans l’histoire la plus profonde du pays. Certains observateurs aiment à rappeler que, sous l’Ancien Régime, les enquêtes statistiques n’étaient jamais publiées, et relevaient de la propriété personnelle des administrateurs de l’époque. Cette appétence pour le secret colle indéfectiblement au réflexe public français. Ce n’est donc pas une mince affaire de s’y attaquer.

Le rapport Trojette a le mérite de jeter, avec une placidité administrative louable, quelques pavés dans la mare officielle. Il plaide en effet ouvertement pour une préférence systématique accordée à la gratuité dans la réutilisation des données, et ne manque pas d’insister sur la nécessité de réduire les redevances au coût marginal d’utilisation, en évitant bien de les transformer en barrière à l’accès.

On se félicitera de cette inspiration, qui rencontre une préoccupation plusieurs fois exprimée sur ce blog. L’INSEE, par exemple, pratique volontiers des prix prohibitifs pour ses données, dont l’objectif évident est de limiter au maximum le nombre de réutilisateurs.

Sur ce point, on espère donc que le rapport Trojette sera lu, compris et entendu.

Cette empathie serait bien la moindre des choses, tant le rédacteur évite les sujets qui fâchent et demeure scrupuleusement dans le politiquement correct du jeune fonctionnaire qui veut faire carrière et craint comme la peste le faux pas qui lui ferait perdre du crédit auprès des vieux barbons qui sclérosent les bureaux. Autant de soin à ménager ses lecteurs valent bien une récompense.

Le rapporteur évite en effet de rappeler les nombreuses contraventions de l’administration française vis-à-vis de ses engagements communautaires. Les directives en vigueur encadrent de façon très précise les redevances applicables aux données publiques, et l’on regrettera quand même que le rapport n’ait pas commencé par ce point: l’état du droit applicable, et la distance qui sépare la France de ce droit auquel elle a librement souscrit. Rappelons que le principe de gratuité de la réutilisation des données publiques n’est pas posé par le droit français, mais par le droit de l’Union, et tout l’enjeu est de rendre ce droit effectif en France.

Le pari du rapport est de privilégier la conviction économique plutôt que le rappel des règles. Pourquoi pas? On lui adressera une critique amicale: le rapport reste trop évasif sur les conditions précises de mise en oeuvre des solutions qu’il préconise, et il ouvre trop la voie aux résistances ministérielles qui empêchent les évolutions. On les connaît, les fonctionnaires des services statistiques, à peu près immuables, qui voient les gouvernements passer et leurs collègues rester. Leur donner trop de champ, c’est se condamner à subir leur sclérose.

Le rapport aurait donc gagné à fermer les portes plutôt qu’à les ouvrir. En particulier, sur tous les sujets liés aux redevances progressives pour les utilisateurs des plate-formes ministérielles, quelques chiffres pour cadrer le débat eussent évité des interprétations malicieuses de la part des services concernés. Ce flou exigera donc une vigilance toute particulière dans l’usage qui sera fait du rapport.

En particulier, les conclusions du prochain CIMAP mériteront une lecture très attentive. La façon frileuse dont les ministères ont traité les données à l’occasion du débat budgétaire montre en effet que l’administration française est encore loin du compte et qu’il ne nous faudra ménager ni notre temps ni notre peine pour secouer le brontosaure.

Assemblée Nationale: connaissiez-vous le lobby du cheval?

Le lobby parlementaire du cheval grogne contre l’augmentation de la TVA applicable aux clubs hippiques. Petite information sur un lobby discret.

C’est en lisant le blog de Nicole Ameline que j’ai découvert ce lobby mystérieux. De fait, il existe bel et bien depuis le début de l’année, à l’Assemblée Nationale, un groupe parlementaire dédié à l’étude du cheval. Les précédentes législatures avaient accueilli le même petit lobby.

Ce groupe épaule efficacement les professionnels du secteur.

Transparence des données publiques: l’excellent rapport Trojette

Le gouvernement avait commandé un rapport à un magistrat de la Cour des Comptes, Mohammed Trojette. Excellent rapport prônant l’ouverture des données publiques. Sans le soutien de la Cour.

Ce rapport fera l’objet d’une analyse approfondie la semaine prochaine. En attendant, en voici le contenu:

 

Rapport Trojette – Format ODT

On saluera la richesse et l’audace de ce texte non cautionné par la Cour des Comptes. Un indice de qualité?

#Leonarda: lent glissement vers la 4è République

La désastreuse gestion du dossier Leonarda par le gouvernement constitue un nouveau cap dans notre glissement vers un système de type 4è République.

Il faudra qu’un jour, quand même, on explore les étranges relations de François Hollande avec les femmes autoritaires, même lorsqu’elles sont kosovares et qu’elles ont 15 ans.

On avait déjà bien remarqué, du temps où il concubinait avec Ségolène, son goût pour la soumission aux pieds de ces furies hystériques. Comme s’il prenait plaisir à être dominé et humilié publiquement par ces monuments d’excès passionnel. Sa relation avec Valérie Trierweiler a confirmé ce trait frappant de personnalité: François Hollande aime les femmes incontrôlables, disproportionnées, qui le maltraitent et prennent un plaisir sadique à le rabaisser publiquement.

Dans cette galerie de la soumission masculine, François Hollande a franchi une nouvelle étape en s’exposant à l’humiliation d’une adolescente kosovare qui a pris tous les Français à témoin d’une scène proche du sado-masochisme: un président à genou devant elle, essayant de reprendre pied – et elle qui en rajoute dans l’ordre de la maltraitance, de l’injure, de l’outrance verbale. Ce n’est plus l’Elysée, c’est un donjon envahi par une tribu albanaise.

Ces scènes inouïes qu’aucun producteur de téléréalité n’aurait osé rêver (à quand l’émission: « je suis maltraité par les femmes et j’aime ça! ») ont l’avantage de nourrir l’Audimat en perte de vitesse de notre Président. Elles ont l’inconvénient de l’avoir chassé du créneau « politique » pour le faire glisser vers le créneau « voyeurisme » de la télévision.

Ce faisant, c’est l’équilibre même de notre système démocratique qui est bouleversé. Il fut un temps (qu’on ressent aujourd’hui comme très lointain) où la fonction présidentielle, par sa dignité, par sa hauteur, constituait l’épicentre de la décision politique. Les âneries de François Hollande ont anéanti cet état de fait et favorisé l’éclosion d’un parlementarisme de type 4è République qui ne tardera pas à exaspérer les Français.

Que voit-on désormais? par exemple des parlementaires contrer le ministre qui présente un texte. Des sénateurs modifier l’économie des textes voulus par le Président. Des disputes interminables entre les groupes qui constituent la majorité. Une lutte sans merci entre le Front de Gauche et le PS.

Les lois de finances et de financement de la sécurité sociale devraient là encore donner le spectacle d’un recours très large aux amendements parlementaires pour améliorer des textes imparfaits, comme si le gouvernement n’était pas en position de présenter des textes satisfaisants.

En soi, la vitalité du Parlement est un élément positif, de même que son indépendance vis-à-vis du gouvernement. Le problème tient tout entier à la façon dont cette indépendance s’exerce: imprévisibilité, instabilité, désordre dominent, dans des domaines comme la fiscalité où les citoyens les subissent comme autant de plaies. Tout se passe comme si la vision de certains courants du parti socialiste était devenue la politique en vigueur, court-circuitant la politique du gouvernement.

Cette situation est malsaine et sera tôt ou tard ingérable. Tel est le prix de l’affaiblissement involontaire de la fonction présidentielle.

 

Désordre 2013: le PLFSS toujours pas publié

Désordre 2013, budget 2014: le PLFSS toujours pas publié! Un retard qui en dit long sur l’impréparation des dossiers au sommet de l’Etat.

Comme l’a souligné hier la présidente Lemorton à l’Assemblée Nationale, le désordre règne dans le traitement des dossiers sociaux. Le PLFSS 2014 a été envoyé aux parlementaires… quelques minutes seulement avant le début des travaux en commission. Voilà qui en dit long, s’agissant tout de même d’un dossier pesant le 1/3 du PIB de la France, sur la débâcle du pilotage de ce dossier.

A ce stade, le texte n’est toujours pas publié sur Internet.

Peut-être que la direction de la sécurité sociale et la direction du Budget devraient prendre le Web au sérieux (la France 2025 devait être la France du 3.0! on en est loin).

 

Open data: un nouveau cléricalisme contre la transparence des données de santé

Le rapport Bras sur la réutilisation des données de santé est un nouveau tirage de barrage contre la transparence. Avec un retour en force du cléricalisme.

Dans le cadre de sa stratégie nationale de santé, récemment évoquée dans ce blog, le secrétaire général des ministères sociaux a rendu un rapport à sa ministre, dont voici le texte:

Rapport Bras (IGAS) sur la gouvernance et l’utilisation des données de santé, octobre 2013 from Eric Verhaeghe

On se souvient que le clergé français, avant la Révolution, a toujours freiné la lecture de la Bible par les fidèles: le risque était trop grand de voir ceux-ci mal interpréter les textes.

Pierre-Louis Bras, auteur du rapport, nous livre une réflexion du même ordre. L’ouverture (obligatoire au regard des engagements internationaux, et surtout communautaires, de la France) des données de santé est incontournable, mais doit être maîtrisée pour lutter contre les « mésusages ».

On mesure toute l’hypocrisie cléricaliste de l’argument: seule une caste sacrée (en l’occurrence les fonctionnaires d’Etat) serait capable de bien utiliser les données publiques, les statistiques et autres informations confiées à l’Etat par une obligation légale. En dehors de ces initiés, l’utilisation des données publiques risquerait de donner lieu à de mauvaises interprétations.

Il fallait oser, quelques jours à peine après le cafouillage monumental du gouvernement sur les statistiques du chômage, produire un document officiel vantant la supériorité des services de l’Etat!

Rappelons que le fichier des données de santé comporte 20.000 milliards de lignes dont l’assurance-maladie ne tire aucun profit pour aménager sa tarification. Cette sous-utilisation des données publiques, reconnue par le rapport, coûte extrêmement cher aux assurés. Optimisée, elle permettrait de réaliser de fortes économies sans toucher à la qualité des soins.

En particulier, l’accès aux données de santé permettrait d’identifier clairement les médicaments placebo et les médicaments efficaces.

Dans le même temps, la pétition lancée par des sanitocrates officiels pour « sauver la sécu » n’a recueilli que 2000 signatures, malgré un battage médiatique complaisant. La marque supplémentaire d’un divorce grandissant entre une élite nostalgique de l’opacité de 1945 et des Français de plus en plus désireux de réformer.