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Trump: une anthologie de la réaction nobiliaire en France

L’élection de Donald Trump a donné lieu à un déluge de réactions négatives en France. Toutes ont exprimé la réaction nobiliaire que notre pays traverse. L’aristocratie républicaine ne digère pas le vote américain et ne s’en cache pas. Et, une fois de plus, elle stigmatise chez les autres ce qu’elle pratique allègrement elle-même.

Alain Juppé dénonce la démagogie

Dans son meeting au Palais des Congrès de Bordeaux, Alain Juppé n’a pas caché son mépris pour Trump et l’a associé au Front National (et probablement à Nicolas Sarkozy…). Ses propos n’ont pas manqué de sel:

« Non au clivage, non à la démagogie qui dresse les Français les uns contre les autres, les élites contre le peuple. Cela ne mène à rien, sinon à des blocages plus dangereux encore » (…) « Je contribuerai à mener une campagne digne. Certains se complaisent dans le caniveau » (…) « Honte aux menteurs, honte aux calomniateurs, honte aux manipulateurs d’extrême-droite et à leurs complices. Je resterai digne face aux attaques de tous bords » (…).

« Le Front national nous ment » et ses idées sont « incompatibles avec nos valeurs et notre vision de la France »

La dignité d’un côté, la calomnie et le mensonge de l’autre. Juppé donne dans la dentelle.

François Hollande parle d’incertitude

De son côté, François Hollande a prononcé un rapide discours, tout à fait lunaire, où il a expliqué avec beaucoup d’habileté que l’élection de Trump ouvrait une période d’incertitudes:

En l’écoutant, on se demande si la France n’est pas la plus grande puissance du monde, chargée de veiller au grain américain. Peut-être François Hollande devrait-il examiner son bilan avant d’écrire ses discours. En tout cas, que le bonhomme Hollande se présente comme le garant d’un ordre international paraît totalement estomaquant, et même déplacé au regard de son action.

Ayrault et ses impressionnantes gaffes diplomatiques

Le pompon français a probablement été atteint par le chef de la diplomatie française, Jean-Marc Ayrault, qui a tenu des propos qui laissent perplexes sur l’intelligence que le personnage peut avoir de son rôle.

Vigilance, exigence par rapport à nos intérêts mais aussi par rapport à notre conception du monde. On ne veut pas d’un monde où chaque pays se recroqueville derrière ses frontières, monte des murs et ne règle rien et c’est l’égoïsme qui triomphe. […] Il y a plus d’incertitudes mais nous travaillons justement pour les lever. […] Je peux vous dire – je reviens de Chine – que la voix de la France compte et qu’elle est attendue.

Ayrault a-t-il oublié que la France vient de refuser massivement des arrivées de migrants sur son sol? qu’elle a elle-même demandé le rétablissement des contrôles aux frontières? et elle donne aujourd’hui des leçons d’ouverture.

Bayrou dénonce les caricatures

Sur sa page Facebook, François Bayrou s’est lui aussi lancé dans une analyse tout en finesse. On retrouve là le réflexe habituel de l’élite française, qui consiste à réduire le monde à une logique manichéenne… pour dénoncer le manichéisme des autres.

Il y a d’abord une réalité : partout sur la planète les peuples refusent l’ordre établi d’où ils se sentent rejetés.

Mais le changement qu’ils cherchent, ils croient le trouver au travers des excès, des caricatures, des retours en arrière et des rejets. Et c’est là qu’est le danger.

On lit Bayrou, et à aucun moment on ne peut se dire que son analyse donne dans l’excès, la caricature ou le rejet. Fais ce que je dis, mais ne dis pas ce que je fais!

Jacques Attali veut une Europe non-populiste

Dans un tweet éloquent, Jacques Attali a efficacement concentré la pensée de la nomenklatura française, en constatant avec mépris et impuissance le triomphe du « populisme » (entendez les doctrines qui pointent les échecs patents de l’élite au pouvoir).

La révolution populiste commencée avec le Brexit continue avec Trump Pour éviter une grande crise,l Europe doit proposer un contre modèle!

On se marre. « Pour éviter une grande crise »… Mais, précisément, ce qu’Attali appelle le populisme n’est-il pas, très simplement, la réaction des peuples à la grande crise européenne qui dure depuis plus de 10 ans. Et dont il est un initiateur, car, sans le traité de Maastricht, qu’Attali adore, on peut imaginer qu’il y aurait un peu moins de « populisme » en Europe.

Autre réflexe de la nomenklatura: expliquer que le problème, c’est les autres, et que la solution au problème, c’est de continuer comme avant.

Cambadélis et le national-populisme

Comme Blanche-Neige qui voyait des nains partout, Cambadélis voit des nazis partout. Dans sa grande dénonciation du simplisme populiste, il a produit cette extraordinaire déclaration au Monde:

Le national-populisme plus ou moins xénophobe hante le monde occidental, avec sa peur du déclassement, du remplacement et du métissage, déclare au Monde le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis. Orban, Brexit, l’AfD en Allemagne et, maintenant, Trump. La gauche française est prévenue : elle continue ses enfantillages irresponsables et c’est Le Pen. »

Ben voilà! d’un côté, il y a le camp du « national-populisme », première étape vers le national-socialisme, on l’a bien compris, et de l’autre le camp de la démocratie incarnée par la gauche et le PS. Là encore, cette analyse complexe, élaborée, subtile, laisse augurer d’une parfaite compréhension du sujet « Trump » pour les années à venir.

La réaction nobiliaire jusqu’au bout

Malgré le Brexit, malgré l’élection de Trump, les élites françaises restent donc accrochées contre vents et marées à leur analyse binaire. D’un côté, il y a les gens qu’on peut prendre au sérieux, qu’on reconnaît comme tels et qui méritent d’être écoutés. D’un autre, il y a la passion, la colère, la déraison, qu’on doit fouler au pied.

Un ouvrier au chômage parce que son usine a fermé est sérieux lorsqu’il vote pour un parti ou un homme qui continue à défendre ce qu’on appelle faussement le libre échange. En revanche, s’il vote contre le libre-échange, il devient xénophobe, raciste, etc.

Cette analyse puissante de la réalité est confondante.

Trump fera-t-il la guerre au gouvernement profond?

Article écrit pour économie matin.

Trump vient d’être élu président des Etats-Unis malgré une extraordinaire campagne de dénigrement orchestrée par le gouvernement profond et ses thuriféraires habituels que sont les grands médias subventionnés. Cette campagne a probablement marqué un tournant dans l’histoire contemporaine, puisqu’elle ne fut pas seulement menée aux Etats-Unis, mais dans l’ensemble des démocraties libérales. La presse subventionnée en France s’en est largement fait l’écho et n’a pas ménagé sa peine pour mériter son salarie à force d’injures, d’ordures dont elle a pu couvrir l’impétrant.

Reste maintenant à savoir quelle stratégie va mener Trump pour délivrer sa promesse: va-t-il entrer en conflit frontal avec le complexe militaro-industriel américain, qui constitue le noyau dur du gouvernement profond Outre-Atlantique, ou va-t-il chercher un modus vivendi pour ne pas être barré dans sa présidence?

La question n’est pas anodine, dans la mesure où elle constitue un intéressant laboratoire pour l’Europe, et singulièrement pour la France.

Les deux ruptures entre Trump et le gouvernement profond

Si le gouvernement profond s’est mobilisé autant qu’il a pu pour conjurer la candidature Trump, l’explication tient à deux points de programme qui constituent autant d’impossibilité majeures aux Etats-Unis.

D’abord, Trump a pris son parti dans la crise du multilatéralisme mondialisant que nous traversons. Il a annoncé son intention de rompre avec la doctrine du libre-échange et avec les accords globaux qui le structurent aujourd’hui. Du même coup, il remet en cause les rentes constituées par les grands groupes transnationaux. On se souvient que la stigmatisation dont le mot « nation » souffre aujourd’hui s’explique largement par cette visée transnationale.

Ensuite, Trump fait les yeux doux à la Russie de Poutine, ce qui constitue une ligne rouge pour le complexe militaro-industriel, jamais avare d’une intervention armée dans le monde pour maintenir son chiffre d’affaires.

Sur ces deux points, Trump a déclaré la guerre aux forces qui aiguillonnent la politique américaine depuis plus de 70 ans.

Face à la victoire…

Voici Trump au pouvoir, ou, en tout cas, près d’y accéder, et personne ne sait combien de temps pourra tenir sa stratégie de rupture. La situation en est d’autant plus passionnante qu’elle concerne l’ensemble des pays qui sont entrés, malgré la volonté populaire, dans des dispositifs multilatéraux qui les étreignent. On s’amusera d’ailleurs à voir que les principaux adversaires de Trump en Europe partagent pourtant beaucoup de ses vues sur le commerce international. Mais, on est bien d’accord, se prétendre vertueux n’empêche pas d’être manipulé…

Pour Donald Trump, la situation est très simple: soit il « fore droit » et entre en conflit direct avec les lobbies qui ont cherché à lui faire barrage. Soit il renonce à cette ascension de l’Everest par la face Nord et il se ménage des possibilités de compromis pour stabiliser la situation.

Le scénario du conflit

À quoi s’expose Trump en cas de conflit ouvert avec le gouvernement profond? La tentative de sauvetage d’Hillary Clinton par le FBI dans la dernière ligne droite de la campagne électorale a donné une bonne illustration des manoeuvres qui se jouent en coulisses quand on veut abattre un gêneur ou sauver un allié. On fouille dans les dossiers, les archives, les vies privées, et on exhume le document qui va bien pour déstabiliser l’adversaire.

Trump le sait et a d’ailleurs remercié les services secrets dans son premier discours. Ce sont les seuls services qu’il ait nommé clairement, avec les 200 généraux qui l’auraient soutenu durant la campagne. Ces petites pensées de début de mandat ne sont évidemment pas anodines: Trump sait qu’un président américain n’est rien sans l’appareil de sûreté nationale qui tient le pouvoir. Le dossier Kennedy est là pour le rappeler.

Si Trump entrait en conflit ouvert avec le gouvernement profond, il s’exposerait donc à des mesures de rétorsion qui auraient un fort impact sur l’économie mondiale et sur la situation politique américaine. Il serait intéressant de voir s’il pourrait en sortir vainqueur.

Le scénario du compromis

Assez raisonnablement, Trump devrait donc choisir un moyen terme, car le rapport de force existant ne lui en laisse probablement pas le choix. Il devrait souhaiter mener des réformes intérieures en priorité pour accroître sa légitimité, et prendre du temps pour modifier les grands éléments de la politique américaine, à savoir le multilatéralisme et la stratégie frontale avec la Russie.

Dans ce scénario, Trump se présentera en « meilleur gardien du camp », occupé à la viabiliser et à la remettre sur le rails après des années de désinvestissement public. Absorbé par son « New Deal », il attendra son heure (ou pas) sur la scène internationale, conscient que des (dés)équilibres patiemment construits depuis la chute du mur de Berlin ne peuvent être bouleversés du jour au lendemain.

Trump va-t-il décevoir rapidement?

Dans cette hypothèse, rien n’exclut qu’il y ait rapidement, au moins dans l’opinion mondiale, une déception Trump. Tous ceux qui souhaitent une remise en cause de l’ordre mondial tel qu’il existe, pour des motifs souvent très différents, risquent de rester sur leur fin. Paradoxalement, c’est peut-être le danger le moins grand que Trump court sur la scène intérieure, mais le danger le plus grand que nous courons sur la scène internationale.

On sent bien que les habits du monde, taillés en 1945 et retaillés dans les années 90 pour tenir compte de l’implosion soviétique, ne sont plus adaptés aux réalités contemporaines. La Syrie, l’Afrique, sont autant de volcans qui témoignent de l’activité sismique qui agite le monde. Dans la pratique, la rente pétrolière accordée à quelques monarchies islamistes est devenue un cancer qui supposera tôt ou tard une chimiothérapie brutale. Et nous avons tous bien compris que Poutine se voit volontiers en radiologue en chef.

La politique étrangère annoncée par Trump constitue probablement la dernière porte de sortie pacifique avant que Poutine ne se décide à agir. Un renoncement de Trump pourrait nous coûter très cher.

La mort programmée de l’Europe

Pour l’Europe, en effet, la situation est critique.

Soit Trump met à exécution sa stratégie de retour au bilatéralisme et à l’alliance avec la Russie par-dessus l’épaule de l’OTAN, et c’est la mort de l’Europe. Trump demandera alors à ses alliés locaux de payer pour la couverture militaire qu’il leur accorde. L’Allemagne en sera la première victime et sera la grande perdante du nouveau jeu des puissances. On prend d’ores et déjà les paris sur le réveil du nationalisme allemand (déjà bien entamé). Merkel pourra nous reprocher éternellement de n’avoir pas signé le TAFTA avant le départ d’Obama et pourra rejeter sur nous le poids de la révolution nationaliste allemande qui se prépare.

Soit Trump renonce à ses promesses pour ne pas déclarer la guerre à son gouvernement profond, et il accepte de nous livrer tout crus aux conflits continentaux qui se préparent. Poutine ne restera pas éternellement dans les postures face aux déséquilibres de moins en moins tenables qui frappent sa sphère d’influence.

Dans les deux cas, le multilatéralisme européen deviendra un boulet trop lourd à traîner.

Un laboratoire pour la France

Mais, en attendant que ces plans sur la comète ne se mettent en place, les Français ont évidemment tous la même question en tête.

Les médias subventionnés, dans leur servilité à courte vue, ont identifié Trump et Marine Le Pen. Les deux candidats ont subi et subissent encore les mêmes accusations de populisme, de démagogie, d’incompétence, d’extrémisme, de racisme, de sexisme, et autres calembredaines dont l’opinion publique n’est plus dupe. La même logique de bannissement a agi.

Mais alors… si Trump peut gagner aux Etats-Unis en ne reniant rien de ses aspérités, pourquoi Marine Le Pen ne gagnerait-elle pas en France?

Forcément, le parallèle est fait, et la capacité de Trump à prendre le contrôle effectif de la machinerie gouvernementale aux Etats-Unis tiendra lieu de campagne électorale pour Marine Le Pen. En réalité, ce qui se joue en France en 2017 commence aux Etats-Unis aujourd’hui. Pour le Front National, la réussite de Trump sera cruciale. Que Trump donne le sentiment de réussir d’ici mai 2017, et Marine Le Pen n’aura pas besoin de faire campagne pour remporter le scrutin. Qu’il se plante, et Marine Le Pen n’a plus aucune chance.

À quoi, parfois, tient le destin des peuples…

Une chose est sûre: la démocratie représentative entre dans une profonde mutation.

Qui disait: « Trump ne sera jamais élu! »?

Tiens! En désaveu à toutes les affirmations infligées aux Français pendant un an sur le mode du « Trump le vulgaire! », « Trump le bouffon! », « Trump le facho… », Trump crée une divine surprise aux Etats-Unis. L’occasion était trop belle pour ne pas faire une petite rétrospective des chiens de garde français qui ont fait croire, de ce côté-ci de l’Atlantique, qu’un séisme électoral n’était pas possible, et n’était surtout pas souhaitable.

Les experts! l’exemple de Nicole Bacharan

Chercheuse associée à la Fondation nationale des sciences politiques (Sciences Po), Nicole Bacharan a notamment tenu ces propos au mois de mai:

À l’heure actuelle, au début de la campagne, il ne peut pas être élu président des États-Unis. Son pari est de ramener aux urnes les électeurs blancs en colère contre le système politique et les élites et qui ne votent pas. Il est possible qu’il y parvienne et gagne des voix dans cet électorat. Mais il s’agit d’une minorité, qui ne permet pas de compenser le rejet qu’il suscite à la fois chez les femmes, les hispaniques, les noirs, les Asiatiques, les diplômés. Il a fait le plein de ses vrais électeurs et aura du mal à recueillir 51 % des suffrages.

Les experts! l’exemple de Pierre Guerlain

Professeur à l’université de Nanterre, Pierre Guerlain a couvert, au mois d’août, Trump d’injures et de vomi. Il a notamment écrit:

Chaque jour, il s’aliène des groupes ou des individus qu’il devrait conquérir ou fidéliser, comme les anciens combattants ou les militaires. Les sondages montrent qu’il dévisse et, à moins d’une surprise d’octobre qui pourrait venir de révélations compromettantes pour Clinton, il a déjà perdu l’élection. Il souffre d’un syndrome d’échec.

Un grand visionnaire, ce Guerlain!

La finance… L’exemple de la Bourse de New-York

Fin septembre 2016, l’ancien vice-président de la Bourse de New York l’assurait: Trump ne pouvait pas être élu!

Georges Ugeux, actuel président de la banque d’affaires Galileo Global Advisors à New York, estime mercredi dans le Journal du matin de la RTS que l’élection est déjà jouée, même si on cherche à dire le contraire. Et de citer le vote des Noirs, des latinos et des femmes pour Hillary Clinton, alors que c’est surtout le « vieil homme blanc » qui va voter pour Donald Trump.

En outre, à ses yeux, si l’on regarde la situation Etat par Etat, Hillary Clinton a déjà dépassé la majorité de grands électeurs et ne peut plus perdre. « Mais personne ne le dit et comme il y a beaucoup d’argent à gagner en maintenant la tension pour les prochains mois, le show va continuer », ajoute-t-il.

Un banquier euro-américain qui s’exprime en Suisse pour exprimer que les jeux sont faits. Une fois de plus, les financiers nous prouvent qu’ils ne comprennent rien à la démocratie.

La gauche bien-pensante! l’exemple des Inrocks

Penser vrai, on le sait, n’est pas l’enjeu de la gauche bien-pensante. Elle préfère le penser comme il faut. Les Inrocks, concernant Trump, ont servi une soupe au diapason de l’incrédulité et du mépris, qui annonçait aussi sa défaite.

Et si Donald Trump n’était qu’une farce depuis le début de sa campagne, et ne désirait pas vraiment devenir Président des Etats-Unis ? Ce scénario, digne d’une comédie hollywoodienne, n’est peut-être pas aussi improbable qu’il en a l’air.

La gauche bien-pensante! l’exemple de Libération

On lira cette perle, dans Libération, qui date… du 17 octobre 2016, c’est-à-dire il y a 3 semaines, sous la plume de Guillaume Gendron:

Isolé, distancé et acculé, Donald Trump semble avoir fait une croix sur la présidence des Etats-Unis. En chute libre dans l’opinion depuis que les accusations de harcèlement et d’agression sexuelle se multiplient à son encontre, il a quasiment officialisé sa défaite tout au long du week-end en hurlant, trois semaines avant le scrutin, à «l’élection truquée».

Une analyse brillante! on comprend pourquoi le ministère de la Culture file autant de millions à ce journal que plus personne ne lit, mais qui continue à infliger des leçons d’indépendance d’esprit à la planète entière.

La gauche bien-pensante! l’exemple du Monde

Si le Monde a évité de prendre trop de risques dans ses pronostics, on relira avec surprise cet éditorial (non signé) qu’il a produit le 10 octobre 2016, dont voici les meilleurs extraits:

Voilà un homme qui a érigé son ignorance crasse de tous les dossiers en preuve de sa non-appartenance aux « élites », situation qui lui conférerait une supériorité naturelle sur ses concurrents ! Voilà un homme qui ment tellement qu’il a en quelque sorte neutralisé la notion même de mensonge : dans l’univers de Donald Trump, les faits eux-mêmes sont « élitistes » et ne doivent pas venir entraver la vision du monde que veut nous imposer ce roi de la télé-réalité. (…)

Il s’agit de capter l’attention en repoussant toujours plus loin les limites de la vulgarité. Au nom du « parler vrai » et de la lutte contre le « politiquement correct », on fait reculer le seuil de l’inacceptable. (…)

Trump normalise l’obscénité et banalise la violence verbale en politique. C’est toujours « pour rire », bien sûr, et toujours au nom de la lutte contre la pensée unique. (…)

Les Etats-Unis sont l’une des plus vieilles et la plus grande des démocraties du monde. Ce qui s’y passe préfigure souvent ce qui va arriver ailleurs. Trump en campagne a dégradé la démocratie américaine. A la Maison Blanche, il ferait plus encore, il la menacerait.

La démocratie selon Le Monde, l’objet des gens bien élevés menacés par les gens vulgaires. Bien sûr!

Trump, ou la preuve que les élites françaises ne comprennent rien aux dynamiques mondiales

Trump sera-t-il élu? Personne ne le sait, mais pendant des mois la nomenklatura française n’a pas raté une occasion de dire tout le mal qu’elle en pensait, et tout le rejet que le bonhomme lui inspirait. Beaucoup juraient même que son élection était impossible (comme le Brexit, d’ailleurs…). Et une fois de plus, les petits marquis des beaux quartiers ont asséné des conneries avec l’air arrogant de tous ceux qui professent la démocratie pour mieux l’exécrer et la refuser.

Ce que BHL disait de Trump

Fidèle à mon habitude, je pioche dans la littérature de ces dernières semaines, et je trouve cet article de BHL sur Trump, datant d’août 2016, qui commence par cette phrase hallucinante:

Le problème, si Donald Trump venait à être élu, ce serait, bien entendu, son insondable vulgarité (l’Amérique a vu bien des choses, mais pas encore un président évoquant la taille de son pénis lors d’un débat télévisé).

Ah! elle est belle, la République et son esprit démocratique. Elle permet de donner des leçons au monde entier sur tout et rien, en expliquant, en exorde de son discours, que seuls peuvent être élus des gens distingués (entendez: appartenant à la nomenklatura des petits marquis). Les gens vulgaires devraient être inéligibles.

Quelques autres BHLeries

J’extrais quelques perles de cet article serpillère pour illustrer comment la suffisance de BHL et cette certitude d’être un intellectuel qui sait tout mieux que tout le monde est emblématique du boulet que la France dans la compétition mondiale: celui d’une élite hautaine qui ne comprend rien aux nouvelle dynamiques mondiales.

le pire du pire, le problème le plus sérieux et le handicap le plus préoccupant pour un homme qui aspire à devenir le chef de la première puissance mondiale, c’est encore le catalogue d’idées simples, voire simplistes, qui semblent lui tenir lieu de vision géopolitique.

Trump ne partage pas la vision géopolitique russophobe et europhile (au sens d’amour déraisonné pour le bidule communautaire) de BHL et des élites françaises, il n’admire pas le libre-échange multilatéral, donc il est simple, et même simpliste.

Les dénis de BHL

On lira en conclusion de l’article de BHL cette phrase impressionnante:

Et il n’est visiblement plus exclu que le parti d’Eisenhower et de Reagan se soit laissé abuser par un démagogue véreux dont le style, la vie et le credo vaudraient trahison, non seulement des idéaux, mais des intérêts du pays.

Encore une considération divertissante. On se référera au livre de Davet et Lhomme pour appliquer la même phrase à François Hollande. Mais ce dernier est russophobe et europhile, il est courbé devant la nomenklatura française, donc il est exclu de reconnaître les innombrables trahisons de nos intérêts auxquelles il s’est livré.

Les élites parisiennes assument de mieux en mieux leur cynisme

Que nous dit BHL lorsqu’il parle de Trump? Que la démocratie file un mauvais coton parce qu’elle n’obéit plus à ses élites. BHL porte haut et fort les réflexes de caste qui expliquent pourquoi, depuis plusieurs mois, les médias subventionnés accablent les Français d’une vision systématiquement partiale et stigmatisante de Trump. Trump est un candidat de rupture, il refuse le multilatéralisme et promeut une nouvelle relation avec la Russie qui inquiète le complexe militaro-industriel américain, que nous pourrions appeler le gouvernement profond.

Et cette perte de pouvoir-là est vécue comme une crime de lèse-majesté par nos petits marquis. Ainsi donc, ce qu’on appelle la démocratie représentative est devenue le faux nez d’une hégémonie exercée sur la société par une élite avaricieuse.

Nos élites ne comprennent pas le changement du monde

Que retirer de cette longue campagne de dénigrement menée en France contre Trump? sinon que nos élites qui orchestrent ce discours, souvent avec efficacité, ne comprennent rien aux nouvelles dynamiques du monde. De fait, depuis vingt ans, la France empile les mauvais choix internationaux.

Il y a d’abord eu ce consentement donné à la reconstitution du Reich (dont l’histoire montre qu’il a toujours été funeste) et à sa domination, avec l’acceptation du traité de Maastricht. Il y a cette obsession du couple franco-allemand. Il y a ce marquage à la culotte par la diplomatie américaine. Il y a ces guerres déclarées à nos alliés arabes historiques: la Libye en partie, la Syrie toujours. Mais on dira la même chose de l’abandon de la Tunisie, de la Palestine, et des chrétiens d’Orient que nous protégions traditionnellement aux côtés des Russes.

Il y a aussi cette insane politique en Afrique, où nous laissons le champ libre aux Chinois, aux Américains et à d’autres, à force de ne plus assumer l’influence que nous avons exercée sur ce continent.

Partout le monde change, et la France se sclérose. Partout le monde se modernise, et les élites archaïsent la France. Elles demeurent de façon indélébile attachées aux doctrines qu’elles ont apprises dans des écoles compassées qui vivent à côté, à l’écart du progrès.

Le rayonnement français suppose un renouvellement des élites

La conclusion de ce joyeux désordre est bien connue. La France, historiquement, ne parvient jamais à se réformer de façon rationnelle de l’intérieur. Elle a toujours besoin d’un choc exogène suivi d’une implosion pour se régénérer, avec des élites nouvelles.

Allez, on retourne le sablier et on compte les minutes.

L’extravagant avion privé de Donald Trump

Donal Trump est richissime, on le sait. Mais, pour nous les Européens (et singulièrement les Français), l’étalage de sa richesse comme argument électoral demeure une énigme. Alors qu’elle serait complètement contre-productive sur le continent, Donald Trump a l’air convaincu qu’elle lui sera très profitable. On retrouvera donc sur sa chaîne de télévision cet étonnant clip vidéo consacré à son Boeing 757 personnel.

L’extraordinaire Boeing 757 de M. Trump

Pour ceux qui veulent savoir dans quelles conditions Donald Trump se déplace, visionner ce clip est incontournable. Tout y est décrit par le menu: l’aménagement des pièces pour les invités, la description de la salle à manger, et même la chambre à coucher du candidat à la présidentielle américaine.

On s’interrogera tout de même sur le bon goût de cet hôtel particulier volant, dont les choix de décoration paraîtront pour le moins clinquant. Une mention spéciale peut être accordée aux ceintures de sécurité dorée et à la salle de bain qui a du tout du palais des mille et une nuits.

On apprécierait, du coup, d’avoir le même exercice en France avec l’aménagement intérieur de l’avion présidentiel. Le Président de la République dispose-t-il lui aussi d’un lit deux places? d’une salle de bain en marbre? Ses conseillers ont-ils d’épais fauteuils en cuir blanc pour s’asseoir?

Trump pour des mesures protectionnistes aux USA

Donald Trump déteste le libre-échange et fait campagne pour le protectionnisme! Les adversaires européens, et tout particulièrement français, du traité transatlantique gagneraient à graver ce point dans leurs tablettes.

La campagne de Trump contre le libre-échange

Dans un discours prononcé ce week-end, à l’approche du Super-Tuesday du grand New-York, où les pronostics le créditent de 95 délégués supplémentaires, Trump a violemment attaqué les accords de libre-échange qui ouvrent les frontières des Etats-Unis. Il a en particulier chargé l’accord Transpacifique. Selon Trump, le libre-échange, spécialement avec la Chine et le Mexique, cause la désindustrialisation des Etats-Unis.

Trump a fait part de son intention de modifier les accords existants de libre-échange.

Le Parti Républicain divisé sur la question

Les prises de position favorables au protectionnisme ne suscitent guère d’engouement au sein du Parti Républicain, où Trump est très isolé. Les rivaux de Trump ont toutefois dû prendre position sur le sujet.

Ted Cruz, le principal challenger de Trump, a affirmé qu’il ne soutiendrait pas l’accord Transpacifique si celui-ci comportait des dispositions obligeant à accueillir des immigrés. Il a néanmoins rappelé que les barrières protectionnistes constituaient de nouvelles taxes pour les Américains.

John Kasich, le troisième candidat encore en lisse, a pour sa part clairement pris position en faveur du libre-échange. Il a notamment pointé du doigt la dépendance économique des Américains vis-à-vis des exportations: celles-ci concerneraient un cinquième des emplois.

Le retour de l’isolationnisme américain?

Les positions de Trump devraient lui donner un avantage lors des prochaines primaires. Reste à savoir si sa position protectionniste est pure affaire de circonstance ou si elle incarne une ligne politique durable que l’homme d’affaires serait prêt à tenir au cas où il serait élu. Dans cette dernière hypothèse, les relations transatlantiques ne manqueraient pas d’être épicées.

On comprend mieux l’empressement d’Angela Merkel à signer le traité avant l’élection. Une victoire de Trump risquerait bien de compromettre lourdement l’accord…

 

Trump: le point sur son avance

Quel est l’état exact de l’avance de Trump sur ses concurrents? La presse française n’en donne pas forcément une vision exact. Voici donc un petit tableau qui rappelle le nombre de délégués remportés depuis le début des primaires par les candidats républicains.

Source: Eric Verhaeghe
Source: Eric Verhaeghe

À ce stade, Trump a donc remporté 541 délégués contre 569 pour ses rivaux, soit près de 50% des électeurs finaux. Rappelons toutefois que le report de voix ne se fait pas systématiquement en faveur du candidat pour lequel le délégué est élu, selon que le mandat est impératif ou non.

Toujours est-il que Trump dispose aujourd’hui d’une avance de près de 200 voix sur son principal poursuivant, Ted Cruz. Contrairement aux idées reçues en France, Trump est plus modéré politiquement que son rival, adversaire de la progressivité de l’impôt et hostile à toute hausse du salaire minimum.

De son côté, Hillary Clinton a rassemblé 869 mandats de délégués, contre 528 pour Bernie Sanders.