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Peillon, Valls: qui est l’original, qui est la copie?

Article écrit pour atlantico

Aujourd’hui, Peillon et Valls dévoilaient leurs programmes pour la primaire de la gauche. Les deux rivaux ne se sont pas contentés de choisir le même jour présenter leurs projets. Malgré les différences qu’ils revendiquent, les deux hommes livrent des textes qui se ressemblent furieusement.

Une convergence très « centriste »

Quoiqu’en dise chacun, les deux textes se situent dans une démarche très centriste: ni Valls ni Peillon ne proposent de faire bouger les lignes, de s’installer dans un projet de rupture comme Fillon ou, à un degré moindre, Macron, ont souhaité l’avancer. Leur ambition consiste plutôt à réformer sans fâcher personne et sans modifier les grands équilibres dans lesquels le pays est installé.

Sur ce point, il existe une convergence idéologique profonde, structurelle, entre les deux personnages. L’un et l’autre se situent sur la ligne de crête « sociale-libérale », même s’ils ont tendance à le nier.

Deux projets siamois

Première ressemblance frappante: les deux projets reposent chacun sur des thématiques parentes, dont les intitulés sont très proches. Manuel Valls commence par parler d’une République forte avant d’évoquer une France juste. Peillon parle dans une première partie d’une République moderne et en troisième partie… d’une République forte.

Dans la République forte, Valls loge sa stratégie européenne. Peillon avance celle-ci dans une seconde partie, entre la République moderne et la République forte. Valls parle d’une refondation de l’Europe, Peillon propose un new deal européen.

Rarement on aura vu des mouvements de la pensée aussi convergents, aussi mimétiques même.

On pourrait aligner ainsi les ressemblances flagrantes entre les deux programmes.

Un même amour de l’Europe

Dans le domaine européen, Peillon propose une relance du projet européen à partir du couple franco-allemand. Il se prononce pour une baisse des déficits et de la fiscalité, avec une possibilité pour l’Union de s’endetter directement pour financer un plan de relance. Sans grande surprise, il propose un budget de la zone euro.

Valls ne propose pas, pour sa part, de relance à partir du couple franco-allemand. Mais, comme Peillon, il souhaite un grand plan d’investissement public sur le continent, et un budget européen. Comme Peillon, il souhaite rester dans les règles de réduction des déficits posées depuis plusieurs années.

La structure de la politique communautaire de Valls et de Peillon est donc relativement homogène et ne diffère pas fondamentalement.

Une même logique centriste

Sur la question des finances publiques, les deux candidats multiplient, là encore, les points de convergence.

Ainsi, Valls propose de consolider l’objectif d’un déficit sous les 3% de PIB, avec une hausse annuelle moyenne des dépenses publiques de 2,5%. Il préconise une baisse des prélèvements obligatoires. Tout ceci doit permettre de continuer à « protéger » les Français.

Du côté de Peillon, le langage est là encore très proche, même si son programme ne propose pas, à la différence de ce que Valls a publié, un « cadrage budgétaire ». Peillon propose une baisse des prélèvements, un respect des 3% et une politique d’investissement public préservant la « protection ».

On retrouve donc ici une sorte de statu quo raisonnable (ou prétendu tel) dans la stratégie de finances publiques.

L’éducation et la culture

S’agissant des politiques publiques, les deux candidats ne manquent pas de se retrouver sur des fondamentaux proches.

Peillon veut placer le travail et l’emploi au coeur de l’économie. L’éducation et la transition énergétique lui paraissent être les priorités de demain.

Pour Valls, il faut une Nation éducative et culturelle. Il préconise aussi une société du travail, mais il a oublié de parler de la transition énergétique. En revanche, il évoque le revenu universel qui n’est pas la tasse de thé de Peillon.

Sur le fond, on retrouve là encore une grande proximité idéologique entre les deux hommes.

À qui profitera le choix de la continuité?

Les deux hommes soulignent donc, peut-être à leur insu, leur très grande proximité idéologique et même intellectuelle. On ne partage pas impunément le même parti pendant ses années de formation.

Reste à savoir lequel des deux tirera le mieux profit de ce substrat idéologique qui confirme bien l’existence de deux gauches: l’une, « libérale », suit le sillon tracé par Hollande en 2012, l’autre, « post-marxiste », préfère (c’est le cas de Hamon) exercer un droit d’inventaire plus direct sur l’héritage de l’actuel président. En l’état, Manuel Valls paraît le mieux armé et le plus déterminé pour gagner.

Valls se prépare à une campagne en creux

Le discours de candidature de Manuel Valls a apporté deux certitudes ce soir.

La première est que la gauche devrait se trouver dans la position peu confortable de la force qui défend un bilan et une continuité. Dans le cas du Premier Ministre, ce jeu constituera une véritable prouesse, dans la mesure où l’on peine à discerner l’inspiration générale, la cohérence du quinquennat Hollande.

La deuxième est que Valls bâtira sa campagne en creux. Il devrait même se contenter de dire tout ce qu’il ne fera pas plutôt que d’annoncer ce qu’il fera: non, il diminuera pas le nombre de fonctionnaires, non, il ne les fera pas travailler 39 heures, non, il ne réformera pas la sécurité sociale, non, il ne remettra pas en cause le vivre ensemble, etc.

D’une certaine façon, Valls va naviguer nez au vent en prenant le contrepied des propositions de Fillon, sauf sur un point: lui aussi annonce une baisse d’impôts pour les « classes moyennes », en prenant bien garde d’expliquer comment elle sera financée. Là où Fillon a fixé une ambition impériale, Valls se réfugie dans une ligne immobiliste.

Il n’est pas sûr qu’il ait beaucoup le choix, mais il n’est pas sûr non plus que cette ligne soit gagnante.

Valls obligé d’improviser une campagne

Même s’il a pu psychiquement se préparer à l’échéance, Valls doit malgré tout aujourd’hui improviser une campagne avec les moyens du bord. Plombé par son bilan, il devrait peiner à faire émerger un projet cohérent et novateur. Le temps lui manquera en tout cas pour le formaliser. En outre, une campagne, c’est tout de même une mobilisation, des militants, des gens qui y croient. Là encore, le Premier Ministre part de loin (même s’il part de moins loin que Hollande s’il s’était présenté).

Le défi est colossal.

Valls attendu au tournant par ses petits copains

À peine sorti du bois, Valls s’est essuyé de puissants tirs d’artillerie de la part de tous ses amis. Depuis Mélenchon et son entourage jusqu’à Macron, en passant par Montebourg et Aurélie Filipetti, Valls a reçu la curée, notamment à la suite de son appel à l’unité à gauche. Selon toute vraisemblance, sa campagne pour la primaire, si elle a lieu, sera extrêmement dur.

Gérard Filoche n’a par exemple pas hésité à déclarer que le discours de candidature de Valls était « à gerber ». Le ton est donné…

Ira-t-il à la primaire?

On peut même s’interroger sur l’intérêt, pour Valls, de concourir à la primaire, alors que ses principaux challengers, Macron et Mélenchon, ont refusé de s’y soumettre. Dans ces conditions, le bon sens pour Valls serait d’au moins griller immédiatement la politesse à Montebourg en squizzant l’étape primaire et en torpillant ainsi toute candidature socialiste adverse.

Restera ensuite à convaincre les écologistes et les radicaux de gauche de rentrer dans le rang, et à croiser les doigts pour que le candidat Macron s’effondre en cours de route. S’agissant de Macron, on peut même penser que Valls lui a réservé quelques boules puantes qui devraient l’affaiblir.

La campagne anti-idées

Pour le reste, le Premier Ministre devrait mener une campagne essentiellement tactique. Jouant à la fois sur la fonction d’épouvantail de Fillon et de Le Pen, il devrait tenter de rassembler en tenant les propos les moins risqués et les moins clivants possibles. Pas question de proposer des idées, mais plutôt éviter les coups et rassembler tous ceux qui espèrent encore un moment d’oxygène et d’hallucination avec les réformes douloureuses.

Bref, une campagne sous contrainte, une campagne obligée, une campagne tactique, loin du rêve que ses adversaires se promettent de vendre…

Où mènera l’interventionnisme social de Valls?

La technique Valls, c’est, d’une certaine façon, l’anti-démocratie sociale: l’Etat s’occupe de tout, intervient sur tout, au gré de ses caprices et de son bon plaisir. Les résultats sont là: rien ne fonctionne.

Comment Valls a planté l’assurance-chômage

On se souvient qu’en arrivant à Matignon, en 2014, Valls avait affronté la crise des intermittents du spectacle à sa manière. Proche d’une violoniste et talonné par la favorite du Président, il avait jugé que le régime sec décidé par les partenaires sociaux pour le secteur de la Culture était excessif. Illico, il avait procédé à un arrangement de derrière les fagots, en donnant un coup de pouce financier au régime (payé par le contribuable, donc) et en mettant en place une usine à gaz pour les négociations futures.

Patatras! malgré une pression forte de la ministre de la Culture, les partenaires sociaux interprofessionnels ont refusé d’entériner l’accord trop généreux négocié entre les professionnels du spectacle (qui, rappelons-le, ont intérêt à racketter les autres professions pour défendre leur situation). Les partenaires interprofessionnels voulaient 185 millions d’économie dont 80 garantis par l’Etat. Le document négocié par les professionnels n’en prévoit même pas la moitié.

Du coup, sans coup férir, Valls a déjà dit qu’il se rallierait aux voeux des professionnels du spectacle. Ou comment déterminer des règles du jeu un jour, et les fouler au pied le lendemain selon son bon plaisir.

Comment Valls va planter la SNCF

Alors que la situation financière de la SNCF pour les 10 prochaines années promet d’être cataclysmique du fait d’un statut trop favorable aux agents, Valls a décidé de continuer à forer droit pour éviter un ralliement circonstanciel des cheminots CFDT au mouvement de protestation contre la loi El-Khomri. Ceux-ci demandaient en effet la préservation de leur régime de repos dit « 19-6 ».

Ce «taquet» dit du «19-6» garantit aux cheminots de ne pas travailler après 19H00 la veille d’un repos hebdomadaire et de ne pas redémarrer la semaine de travail avant 06H00.

Guillaume Pépy, pourtant très lâche avec ses syndicats, exigeaient un effort sur ce point. Ni une ni deux, le ministres des Chemins de Fer, Alain Vidalies, a cédé et imposé à la direction de la SNCF une concession qui casse définitivement l’autorité du président directeur général.

Comment Valls achète les enseignants

Dernière illustration de cette politique du bon plaisir, la rémunération des enseignants. La ministre de l’Education vient d’annoncer un chèque de 500 millions sans contrepartie pour les enseignants du second degré, après un chèque de 300 millions il y a deux mois pour les enseignants du premier degré.

Bref, le système s’effondre et le prince continue à distribuer de l’argent hélicoptère dans les rues.

Comment Valls a utilisé la police pour casser la contestation

Article écrit pour Atlantico

Manuel Valls a sans doute beaucoup de défauts, mais il a une compétence incontestable: l’utilisation discrète, mais redoutablement intelligente, de la police pour neutraliser le « mouvement social » qui lui fait barrage. L’histoire de la loi Travail en a donné un exemple particulièrement abouti. À de nombreux égards, la maîtrise du Premier Ministre, et de son ministre de l’Intérieur, excèdent ici le simple savoir-faire pour flirter avec le talent, et peut-être même le génie.

Valls et la Nuit Debout: un premier tour de force

Qu’on le veuille ou non, la première marque de génie de notre Premier Ministre dans la gestion de la contestation s’appelle la Nuit Debout. Bien entendu, celle-ci s’appuie sur un fond réel et spontané de mécontentement qui occupe beaucoup nos étudiants universitaires fâchés avec les diplômes, et un certain nombre de bobos dont la prolétarisation rampante nourrit les palabres.

Tout le génie du pouvoir policier consiste non pas à combattre ce type de mouvement, mais « à faire avec » intelligemment pour donner l’illusion de son indépendance, tout en neutralisant ses effets néfastes. Dans le cas de la Nuit Debout, la première intuition géniale de Manuel Valls a consisté à comprendre que des contestataires cantonnés tous les soirs sur une place de Paris étaient moins dangereux que des contestataires livrés à eux-mêmes tous les jours dans les rues.

La sédentarisation du mouvement, sa fixation en une zone géographique délimitée, a permis de le circonvenir, de le neutraliser, et de l’éroder sans stress majeur.

Comment Valls a circonvenu la Nuit Debout

Si le gouvernement n’est pas à l’origine de la Nuit Debout (opération planifiée plusieurs semaines à l’avance par l’équipe qui a réalisé Merci Patron!), Valls a eu l’intelligence d’en mettre la prolifération sous contrôle. La création très rapide d’un site Internet dédié à l’événement par des proches du Parti Socialiste a permis de mettre l’ensemble de l’expression du mouvement en pilotage automatique.

On se souvient ici que le nom de domaine « Nuit Debout » est géré par l’agence RAIZ dont le patron est un certain Baki Youssoufou. On n’a peut-être pas assez dit que Youssoufou est le fondateur de Wesignit, une plate-forme de pétitions en ligne.

Il se trouve que Wesignit n’est pas complètement née de la seule volonté de Youssoufou. Cette plate-forme est une émanation (un spin-off pour les bobos) de la Netscouade, l’agence du très socialiste Benoît Thieulin. Rappelons que ce dernier fut le responsable de la campagne Internet de Ségolène Royal, et, en récompense de ses bons et loyaux services, fut nommé en janvier 2013 président du conseil national du numérique.

Le site de la Nuit Debout tenu par un proche du pouvoir socialiste, amusant non?

Comment neutraliser la Nuit Debout?

Pour neutraliser en douceur la Nuit Debout, le pouvoir n’a pas manqué d’idées astucieuses. La première a consisté à ne jamais dénigrer le mouvement, et même à lui accorder une sorte de capital de sympathie. La deuxième a essentiellement résidé dans une stratégie d’attrition. En interdisant l’installation du mouvement en dur (proscription des tentes, des installations pérennes, des « constructions au sol »), la préfecture de police a condamné les bobos du mouvement à reconstruire chaque soir ce qu’ils avaient dû déconstruire en partant.

Cette décision simple était un coup de génie, car elle s’appuyait sur la conviction, étayée par l’expérience, que le bobo parisien aime la prolétariat mais n’en partage ni la persévérance, ni l’ardeur. L’effort que cette reconstruction quotidienne demandait a vite épuisé les palabreurs du mouvement.

Une autre tactique a consisté à mettre en évidence, en permanence, la nécessaire délibération spontanée au sein de la Nuit Debout. Chaque jour, une masse de gens anonymes a donc défilé pour paralyser tout processus de décision. D’emblée, le mouvement était donc condamné à pourrir sur place, installé dans une précarité et une indécision qui ne pouvait que lasser les plus assidus.

La mise en avant des casseurs

Tout aussi astucieusement, le pouvoir a régulé les interventions policières dans les cortèges de manifestants pour dégrader l’image du mouvement et dissuader les militants syndicaux de se mêler à des défilés de plus en plus risqués.

On notera qu’il a fallu attendre cette semaine pour que les préfets interdisent à des « casseurs » identifiés de se mêler aux manifestations. Au demeurant, la justice administrative n’a pas fait grand cas de ces interdictions qui sont devenues toute symbolique. Mais preuve est donc faite qu’en plein état d’urgence, la police a identifié un certain nombre de fauteurs de trouble et les laisse délibérément en liberté. Le fait mérite d’être relevé: manifestement, les renseignements généraux, dont on connaît les défaillances en matière de terrorisme, sont restés très efficaces pour tout ce qui touche à la politique intérieure.

Dans le maintien de l’ordre, la police a en outre fait le choix de laisser agir les casseurs le temps qu’il fallait pour justifier des dispersions à coups de gaz lacrymogènes et de coups de matraques. Pour l’opinion publique, la contestation contre la loi Travail est apparue comme une opportunité de désordres inutiles. Pour les manifestants, cette stratégie a posé un rapide dilemme: qui a envie de perdre une journée de salaire en protestant contre une loi qui passe au forceps et qui ne rapporte que des coups de bâton?

Une parfaite maîtrise du calendrier

Dans cette stratégie, il existait un point de risque: la journée du 1er mai, où syndicalistes et contestataires auraient pu s’unir. Valls avaient d’ailleurs mis en garde tous les participants contre des dérapages ce jour-là. Une fois la « convergence des luttes » passée à l’as, plus rien ne s’opposait à un passage en force par le 49-3. Valls avait efficacement fait son oeuvre pour épuiser la contestation.

Valls ou la litanie des échecs

Article écrit pour le Figarovox.

Manuel Valls s’est-il cassé les dents sur Matignon, comme tant d’autres avant lui? Arrivé à son poste de Premier Ministre avec une image de réformateur plutôt libéral et autoritaire, son bilan témoigne d’un exercice complexe du pouvoir, qui s’est largement fracassé contre une majorité hostile et méfiante. La liste de ses échecs est ici loin d’être exhaustive, mais elle témoigne à foison de cet échec.

Qui comprend encore le pacte de responsabilité?

Lancé avec fracas durant les voeux 2014 par le Président de la République, le pacte de responsabilité, supposé diminuer la pression socio-fiscale sur les entreprises à hauteur de 50 milliards n’est toujours pas achevé. Sa mise en oeuvre s’éternise au point que plus personne n’en comprend ni la logique ni la portée. En fin de quinquennat, les entreprises n’auront toujours pas retrouvé le niveau de pression fiscale existant à l’arrivée de la gauche.

Quel bilan pour la loi Macron?

Une autre réforme qui a fait « pschitt » est due au ministre Macron. La loi du 6 août 2015, qu’il a pilotée sous l’égide de Manuel Valls, est en effet loin d’avoir atteint des objectifs ambitieux, en dépit du recours au dispositif du 49-3. En dehors de la libéralisation du transport de voyageurs par autocar, on peine à en mesurer les effets concrets. La simplification du travail du dimanche reste un processus théorique, sans impact majeur. Les organisations syndicales en ont largement bloqué l’utilisation dans les zones géographiques concernées, faute d’un accord de branche à la hauteur des espérances.

Pour le reste, le Conseil Constitutionnel a annulé le plafonnement des indemnités prudhommales que Macron avait introduit dans la loi. Le sujet restera entier à l’issue de la loi Travail.

Qui se souvient encore de l’assouplissement des seuils?

On l’a oublié, mais un débat avait agité la majorité parlementaire sur l’impact qu’un assouplissement des seuils sociaux pourrait avoir sur l’emploi dans les entreprises. Durant l’été 2014, notamment, les discussions avaient sévi entre frondeurs et libéraux sur les centaines de milliers de créations d’emplois que pourrait produire le relèvement des seuls sociaux.

Après une négociation interprofessionnelle totalement stérile sur le sujet, la loi Rebsamen du 18 août 2015 enfile les mesurettes et les transformations ponctuelles dont la complexité et la technicité n’aura pas le moindre impact final sur l’emploi. Les ambitions initiales cèdent la place à une discussion extrêmement technique dont seules les grandes entreprises sortent gagnantes. Elles sont les seules à bénéficier d’une simplification effective du dialogue social interne.

Le naufrage de la révision constitutionnelle

S’il n’en est pas directement responsable (puisque l’initiative en revient au seul Président de la République), Manuel Valls ne peut pas complètement s’affranchir de cet immense naufrage politique que fut la tentative de révision constitutionnelle incluant la déchéance de nationalité. Décidée au lendemain des attentats du 13 novembre, la mesure s’est abimée en plein milieu d’un océan cacophonique.

Au passage, Manuel Valls aura donné de sérieux coups de poignard dans le contrat social et politique au fondement de la gauche. Il a en effet ébranlé le principe d’une communauté nationale fondée sur la volonté de ses membres, au profit d’une logique ethniciste.

Le gaspillage de l’esprit du 11 janvier

Impossible, bien entendu, d’aborder la révision constitutionnelle sans évoquer le gaspillage de l’esprit du 11 janvier. Après les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Casher, Valls prononce un discours retentissant et prend diverses mesures législatives, donc une sur le renseignement.

L’unité nationale passe très vite. La majorité avait vu un blanc-seing là où il s’agissait seulement d’une chance donnée au gouvernement pour se ressaisir. Non seulement les divisions reprennent très vite le dessus, mais les attentats du 13 novembre montrent que la police française n’a pas tiré les leçons nécessaires après les attentats de janvier.

Le cataclysme El-Khomri

Le remaniement ministériel de l’automne 2015 place Myriam El-Khomri, inexpérimentée et ignorante des dossiers sociaux, au ministère du Travail. Ce choix se révélera vite cataclysmique. En charge d’une loi inversant la hiérarchie des normes, sa méconnaissance du dossier et des entreprises conduisent à un enchaînement de bourdes et de maladresses.

Le texte du projet de loi fuite dans la presse avant toute préparation auprès des partenaires sociaux qui découvrent les mesures dans un quotidien. La ministre évoque le 49-3, puis peine à éteindre l’incendie auprès des organisations syndicales. Pour le gouvernement, une série de revers commence. Alors que Valls a renoncé à une loi Macron 2, les mesures que celle-ci aurait pu comporter sont, les unes après les autres, gommées du projet El-Khomri.

Malgré ce nettoyage, rien n’exclut que Valls ne recoure au 49-3 pour faire adopter un texte dont l’indigence n’est plus contestée que par la CFDT.

Mais qui prépare la candidature de Valls en 2017?

J’indiquais hier dans un papier sur François Hollande que Manuels Valls était le seul à n’avoir pas encore trahi la cause présidentielle. Un lecteur bien intentionné m’envoie un lien tout à fait intéressant qui suscite quand même quelques questions sur les visées profondes de notre Premier Ministre. Il semblerait en effet que dès 2011 des esprits malins aient songé à préparer la candidature de Valls… en 2017.

Voici notamment ce que donne l’enregistrement des noms de domaine sur la base Whois:

Valls

Comme la capture d’écran l’indique, l’adresse est toujours active. Elle fut créée le 22 octobre 2012, soit quelques semaines après l’arrivée de François Hollande à l’Elysée. Une bonne âme l’a opportunément renouvelée le 15 octobre 2015, pour un an.

Plus amusant encore, l’adresse Valls2017.com fut enregistrée dès l’annonce de la victoire de François Hollande… à la primaire du Parti Socialiste.

Valls

Le nom de domaine expire le 15 septembre 2016… D’ici là, il est prêt à servir. Les mauvais esprits remarqueront qu’il fut renouvelé en même temps que le nom de domaine Valls2017.fr.

Trois explications sont possibles.

Soit l’adresse fut créée à l’insu de Manuel Valls par un esprit pervers bien décidé à se faire de l’argent dans l’hypothèse où l’actuel Premier Ministre serait candidat. La cession du nom est en effet possible, aux conditions imposées par le détenteur du domaine.

Soit l’adresse fut créée dès le lendemain de la primaire par François Hollande, qui voulait ainsi juguler celui qu’il considérait comme un rival possible. Mais on conviendra que cette hypothèse est douteuse, surtout qu’en 2011 Manuel Valls n’était pas le premier rival possible de celui qui est devenu Président par la suite.

Soit l’adresse fut créée par Manuel Valls ou par son entourage, dans la foulée d’une primaire où tout le monde, au Parti Socialiste, se disait que François Hollande était la pire chose qui pouvait arriver à la gauche. Certains l’ont oublié, mais, à l’époque, il ne fallait même pas tendre l’oreille dans les allées du Parti pour entendre pis-que-pendre du leader de la gauche. Certains étaient déjà convaincus que, dans l’hypothèse malheureuse (pour le pays, pas pour eux), d’une élection de Hollande à l’Elysée, l’impétrant laisserait le pays dans un état au moins égal à celui des chiottes de la rue de Solferino lorsqu’il y avait cédé la place à Martine Aubry.

Le duc Valls ne peut rien refuser au baron Ayrault

Manuel Valls peut-il refuser un service à Jean-Marc Ayrault? La farce qui s’est déroulée ce mardi autour de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, avec la remise d’un rapport officiel que Manuel Valls semble ne pas vouloir entendre, a prouvé une fois de plus que les équilibres politiques au sein de la majorité gouvernementale sont plus subtiles qu’on ne croit.

Un aéroport mégalomaniaque

Dans ce dossier épineux, il faut redonner quelques éléments chiffrés pour décrire l’ampleur de la mégalomanie qui s’est emparée des Bretons et des Nantais. La zone d’aménagement du futur aéroport de Nantes s’étend sur plus de 1600 hectares. Les simulations envisagent un maximum de 10 millions de passagers annuels, soit un doublement de la fréquentation par rapport à la situation actuelle.

La simple comparaison des chiffres montre toute l’absurdité du projet de Notre-Dame-des-Landes. Avec 1300 hectares, l’aéroport de Singapour (ville de 5 millions d’habitants) accueille près de 40 millions de passagers annuels. Avec 1560 hectares, l’aéroport de Munich (ville de 1,5 millions d’habitants) en accueille près de 35 millions. Avec la même surface, Orly en accueille près de 25 millions. Autrement dit, Nantes (et ses 300.000 habitants) fait exactement comme la grenouille face au boeuf: le gigantisme de l’aéroport futur ne répond à aucun besoin réaliste.

Sans surprise, les trois inspecteurs généraux de l’équipement que le gouvernement a fait plancher sur le sujet l’ont confirmé. S’ils ne nient pas que l’aéroport actuel atteint ses limites, l’aéroport imaginé par les autorités nantaises est manifestement sur-dimensionné. Il flatte probablement le narcissisme de Jean-Marc Ayrault, mais il n’est pas adapté aux besoins de la métropole nantaise.

Quelle capacité de l’Etat (et de Valls) à l’impartialité?

S’agissant d’un équipement destructeur pour l’environnement, et dont les effets dureront à très long terme, le bon sens, pour l’Etat, devrait consister à se réfugier dans l’impartialité. Dès lors qu’une mission technique est confiée à des ingénieurs reconnus, semble-t-il, pour leur expertise, la position du gouvernement devrait logiquement faire preuve de prudence et éviter de s’engager trop avant.

Visiblement, Manuel Valls est tenu par un accord politique avec le baron nantais Ayrault, et pèse de tout son poids pour influencer la décision finale, qui devrait pourtant être prise après un referendum organisé en juin. Après la parution du rapport, Manuel Valls s’est en effet empressé de le lire à l’envers, en soulignant que le rapport plaidait pour le transfert de l’activité actuelle vers un nouvel aéroport.

En soi, cette affirmation n’est pas fausse. Mais le Premier Ministre évite de compléter sa lecture en ajoutant que les experts plaident pour une révision à la baisse des ambitions du projet.

On mesure bien la manoeuvre qui se prépare: l’objectif est de recommander aux Nantais et aux Ligériens de voter en faveur du projet. Le reste suivra. Pourquoi s’embarrasser de détails? Plus c’est grand, plus Ayrault est content, mieux c’est.

Bravitude de Ségolène Royal

On rendra ici hommage à Ségolène Royal pour son engagement valeureux dans ce dossier. La ministre a en effet pleinement joué son rôle en répercutant les réserves des experts sur le projet, et en répétant régulièrement que seuls les Ligériens devraient avoir le droit de s’exprimer sur le fond du dossier. Certains y verront des postures. Reconnaissons qu’au-delà des calculs partisans, cette attitude est plutôt protectrice de l’intérêt général.

Il est néanmoins intéressant de noter que le Premier Ministre s’est empressé de donner un coup de menton face à la prudence de sa ministre. Après que la France s’est targuée d’avoir réussi sa « COP 21 », le gouvernement foule donc aux pieds tous les principes de bon sens et se lance dans l’éloge des grands travaux contraires à la protection de l’environnement.

La seule motivation compréhensible à cet entêtement est, une fois de plus, cette façon ancienne de faire de la politique qui consiste à faire plaisir aux barons pour devenir roi un jour. En attendant que cet ancien régime disparaisse, on regardera avec attention le retour que Manuel Valls retirera de son investissement en faveur de son prédécesseur.

 

 

Valls, confessions d’un politicien du siècle

La participation de Valls, Premier Ministre de la République Française qui cherche manifestement à le faire oublier, à une émission de divertissement, ainsi que la polémique qui entoure cet événement anodin, en dit long sur le naufrage politique qui nous brise les reins. Si ce moment inoubliable de l’histoire télévisuelle française n’intervenait pas en même temps que la chute de l’intéressé dans les sondages, il passerait inaperçu. Ce qui retient l’attention, c’est évidemment la bizarre idée que peut avoir un homme de son envergure de regagner de la popularité politique en occupant le champ non politique. Le terrible aveu que cette quête recèle méritait bien d’être exprimé ici.

Valls et la crise du sens politique

C’est enfoncer une porte ouverte que de pointer la désillusion qui s’est emparée des Français face à la politique en général, face à leur classe politique en particulier, et plus précisément encore face à la capacité de leur classe politique à affronter et à résoudre les problèmes… politiques. Le chômage de masse constitue probablement la caricature de cette rupture: combien de responsables publics n’ont-ils pas, depuis la fin des années soixante, annoncé leur intention de s’engager TOTALEMENT dans le combat contre le chômage sans qu’aucun résultat notable n’intervienne?

Caricature parmi les caricatures sur ce sujet, Manuel Valls lui-même, qui a multiplié les déclarations claironnantes sur la question ces dernières semaines, qui doit dévoiler un « plan d’urgence » contre le chômage lundi prochain, mais qui a passé sa soirée de jeudi dans une émission de divertissement sur une chaîne de télévision. La concomitance des événements pose quand même question: si la lutte contre le chômage était si importante, on aurait plutôt vu le Premier Ministre faire le choix d’utiliser les médias (publics, qui plus est) pour expliquer sa politique, ses ambitions, sa vision, sur un sujet crucial qui intéressent tous les Français.

Manifestement le choix opéré par Valls consiste plutôt à dire aux chômeurs: je ne peux pas grand chose pour vous, mais je tenais à vous mettre du baume au coeur en vous le faisant gentiment comprendre dans une émission de divertissement.

Pourtant, les Français ont droit à quelques explications en profondeur sur le sujet, parce qu’ils sont tous concernés par le chômage ou la peur du chômage. Et dans une grande tradition démocratique, ils ont le droit de connaître quelle vision leur Premier Ministre peut bien avoir du contrat de travail, des allègements fiscaux, du basculement vers l’économie numérique qui bouleverse tant la société.

Valls a-t-il une vision?

Bien entendu, pour se livrer à ce genre d’exercice, il faut réunir deux conditions: d’abord avoir une vision, ensuite ne pas craindre « d’ennuyer » en l’expliquant.

Ici le bât blesse.

D’abord, il n’est pas sûr que Manuel Valls ait une vision, et c’est bien le problème de la politique française aujourd’hui. Valls, comme tant d’autres, fait une carrière politique, au sens le plus effrayant du terme. Dans son parcours, il n’a jamais eu besoin de déployer un projet en prise avec le réel. Que voulez-vous faire de la France dans vingt ou trente ans? est une question subalterne. Il suffit de connaître quelques gimmicks pour y répondre, de truffer ses discours de mots passe-partout comme « une France plus solidaire », le « redressement dans la justice », « relancer la croissance », pour contenter les notables qui participent à votre investiture aux élections. Ces mots-là sont comme des antiennes: ils manifestent une appartenance clanique à la gauche ou à la droite, une affinité en quelque sorte, mais personne, dans les allées du pouvoir, ne vous demandent jamais de confronter cette « doxa » à l’épreuve de la cohérence ou de la performance.

Ensuite, il n’est pas plus sûr que Manuel Valls considère que l’enjeu de sa carrière soit « d’ennuyer » les Français en donnant du sens à son action à la tête du pays. Il est même vraisemblable que son point de gravité se situe ailleurs. Comme tous ceux dont la vie professionnelle se traîne d’élection en élection, Valls a besoin d’être réélu pour vivre. Il n’est donc pas libre d’accomplir son devoir comme l’entendrait un homme indépendant. Il est en permanence obligé de délivrer une parole (et accessoirement des actes) qui donne envie aux électeurs de le garder aux affaires.

Voilà pourquoi il va chez Ruquier: parce que sa façon de faire de la politique n’est pas celle d’un homme d’Etat qui place l’intérêt général au-dessus du sien, mais celle d’un camelot qui a besoin de vendre sa marchandise pour protéger son patrimoine. Il a besoin de popularité, et, faute d’une politique qui porte ses fruits, il joue une partition de saltimbanque en espérant que son petit spectacle en place de grève lui vaudra l’amitié et la sympathie des électeurs.

Valls et l’aveu pathétique de son impuissance

L’intervention de Manuel Valls chez Ruquier a donc tout de l’aveu d’impuissance. Français, la croissance ne revient pas, le chômage augmente, les attentats vous guettent, nous ne savons pas où nous allons, mais l’essentiel est d’être sympathique et bien élevé, de se dire des choses courtoises et agréables et de préserver l’entre-soi qui nous réjouit tant. Je m’invite donc dans votre salon ce samedi soir pour vous dire que je ne puis rien pour vous, mais que je suis un bon garçon sympa, pas rigide comme on le croit, et que vous pouvez donc m’élire président de la République en 2017 si cette grosse burne de François Hollande ne se présente pas.

De ce point de vue, Manuel Valls exprime bien le réflexe courant dans la technostructure française: ne nous jugez pas sur nos résultats, mais sur notre politesse, notre bonne éducation, sur la sympathie que nous vous inspirons. Penser qu’il vaut mieux être sympathique mais inefficace, plutôt qu’efficace mais antipathique, tel est le mal de l’élite française, et singulièrement de l’élite politique.

Cette inversion des valeurs explique largement la désaffection des Français pour la démocratie aujourd’hui. Ils ont à juste titre l’impression de devoir financer une caste de clowns qui ne se préoccupe guère de ses résultats, mais qui donne le sentiment de croire qu’elle est là de toute éternité pour des raisons extérieures à la cause publique.

Valls et le jeu du Front National

Qu’un Premier Ministre en situation d’échec et de désamour fasse le choix de participer à une émission de divertissement procède évidemment d’un populisme imbécile, mais arrogant, dont pas mal de ministres de la majorité ont le secret. Nous sommes des gens très bien, et vous ne pouvez même vous apercevoir que nous vous prenons pour des idiots en faisant les pitres en public pour dissimuler notre mauvais bilan. Le message passé est cataclysmique: il ne peut que convaincre un peu plus les électeurs de procéder, au prochain, scrutin, à un vote de rupture.

 

 

 

VALLS MÈNE-T-IL VRAIMENT UNE POLITIQUE SOCIALE LIBÉRALE?

A l’approche de la discussion en séance publique de la loi Rebsamen, qui doit s’achever le 29 mai, une rapide mise en perspective de la politique sociale menée par la gauche depuis son arrivée au pouvoir. L’exercice permet en effet d’éclairer l’importante question de la dimension libérale ou non des orientations données par François Hollande.

Libéralisme ou incitation fiscale, quelle différence?

Avant d’entamer la réflexion, il n’est toutefois pas inutile de revenir sur quelques définitions. L’usage commun confond en effet volontiers la logique libérale avec une simple diminution de la pression fiscale, et la solidarité avec une hausse des impôts. Ces réductions de sens apparaissent trop sommaires pour être pertinentes.

Au sens strict, le libéralisme peut être défini comme antithétique de l’intervention directe de l’Etat dans le jeu socio-économique. C’est cette signification qui est suivie ici. Elle ne peut se résoudre à une simple logique fiscale.

Par exemple, lorsque le gouvernement supprime la première tranche de l’impôt sur le revenu, il diminue la pression fiscale, mais cette mesure est sans impact majeur sur la place de l’Etat dans le champ social. Dans ce cas de figure, un autre axe que la question étatisme/libéralisme doit être dégagé pour bien évaluer le sens de la politique qui est menée. Il faut aussi passer au crible ces politiques au regard de la hausse ou de la baisse de la fiscalité, qui n’a pas, nous venons de la voir, de corrélation automatique avec le rôle de l’Etat dans l’économie.

Inversement, certaines politiques qui donnent de l’oxygène aux acteurs privés peuvent être porteuses d’une hausse de la fiscalité. C’est le cas de la modulation des cotisations chômage pour les CDD, qui emportent une augmentation de ces cotisations pour certaines entreprises en liant fiscalité et comportement managérial. Dans ce cas de figure, la responsabilisation des acteurs s’accompagne d’une pression fiscale nouvelle au lieu d’une baisse nette.

Il a donc semblé important, dans ce travail de fond, de distinguer la question de l’Etat et la question de la fiscalité même si ces deux questions comportent une corrélation relative.

On dira donc qu’une politique est libérale et incitative si elle diminue le rôle de l’Etat et baisse la pression fiscale. En revanche les deux critères ne sont pas réductibles l’un à l’autre.

Une préférence pour l’étatisme fiscalisant

Pour mener notre réflexion, nous avons récapitulé les mesures adoptées par le gouvernement depuis le mois de mai 2012, en les évaluant sur chacun des axes. Sur fond rouge, sont présentées les mesures adoptées sous les gouvernements Ayrault, sur fond bleu sous les gouvernements Valls.

Politique sociale de la gauche depuis 2012

Une lecture rapide nuance les avis largement émis sur le sujet depuis plusieurs mois.

Certes, le diagramme fait apparaître une plus grande inclination des gouvernements Ayrault en faveur de mesures étatistes et « fiscalistes ». La propension à majorer le forfait social à tous bouts de champ a notamment dissipé nombre d’incitations (sur les indemnités de rupture conventionnelle, sur l’épargne salariale) qui visaient toutes, lors de leur création, à nourrir les solutions négociées au sein de l’entreprise, au détriment des mesures étatiques. Cette formule ne plaît pas à la gauche, qui a lourdement fiscalisé les mesures négociées et en a savamment gommé tout l’intérêt.

Certaines mesures se sont par ailleurs neutralisées. C’est par exemple le cas du gel du barème de l’impôt sur le revenu, qui a fait exploser le poids de la fiscalité pour les petits revenus en 2013, et a conduit Jean-Marc Ayrault puis Manuel Valls à prendre des mesures compensatoires pour réparer les dégâts.

Valls est-il vraiment libéral?

Au regard de ce diagramme, peut-on conclure que Manuel Valls soit vraiment libéral?

La question mérite une réponse très « balancée ».

Incontestablement, la mise en oeuvre du pacte de responsabilité s’accompagne d’une baisse de la pression fiscale et de mesures in fine favorables à l’initiative privée. Mais cet encouragement repose surtout sur une logique de l’offre. En lui-même, le pacte produit peu d’effet sur une réduction effective du rôle de l’Etat dans l’économie. Sa qualification de « libéral » mérite donc beaucoup de précautions, et apparaît en retrait par rapport à des mesures d’inversion de la hiérarchie des normes contenues dans la loi Rebsamen par exemple.

A certains égards, la politique menée par Jean-Marc Ayrault a semblé plus libérale. Non seulement elle a préfiguré le pacte de responsabilité en créant le Crédit d’Impôt Compétitivité Emploi (CICE) qui n’a atteint, il est vrai, en 2014, que 80% de ses objectifs financiers (8 milliards d’exonération réalisés pour 10 de prévus), mais elle a adopté l’accord de compétitivité, qui permet aux entreprises de négocier des dérogations aux clauses substantielles du contrat de travail par accord majoritaire. Cette audace, qui n’a pas d’effet fiscal direct, reste d’un libéralisme inégalé par Manuel Valls.

Manuel Valls a en revanche multiplié les mesures diminuant la pression fiscale, sans qu’elles puissent être qualifiées de libérales. Il a par exemple supprimé la première tranche de l’impôt sur le revenu et créé une baisse d’impôts pure et simple pour les bas revenus.

Dans le même temps, il a pris des décisions très étatistes et très fiscalistes. La modulation des allocations familiales, par exemple, constitue un choc fiscal certain pour les revenus moyens, pendant que la réforme des contrats responsables contribue à étatiser la protection sociale complémentaire en diminuant par ailleurs les remboursements dont les assurés pouvaient bénéficier.

La loi Rebsamen, une étape libérale nouvelle

A ce stade, il est donc impropre de qualifier Manuel Valls de libéral. Ce jugement pourra toutefois être reconsidéré une fois les lois Macron et surtout Rebsamen adoptées. Ces deux lois comportent en effet un certain nombre de mécanismes qui diminuent la place de l’Etat et de la loi dans les normes sociales. Ce sont ces réformes-là qui entament à proprement parler une révolution libérale qui avait commencé sous Jean-Marc Ayrault et n’a pas fondamentalement progressé depuis lors.

Valls reconnaît la perte d’influence de la France en Europe

Valls a profité du conseil des Ministres pour recadrer son équipe, trop absente de Bruxelles. Ce rappel à l’ordre a au moins le mérite de montrer que quelqu’un prend enfin conscience du problème général de l’effacement progressif de la France sur la scène européenne.

Le manque d’assiduité des députés français à Strasbourg mais aussi des ministres de la République aux nombreuses réunions avec leurs homologues de l’UE est souvent épinglée.

« Je demande donc à chaque membre du gouvernement de participer systématiquement aux Conseils de l’UE, d’assurer une présence plus soutenue au Parlement européen (…) et de se déplacer plus régulièrement dans les pays européens », a dit Manuel Valls selon le texte de sa communication sur « le projet européen de la France » en conseil des ministres. « Une présence plus forte dans les médias étrangers est également nécessaire. »

Enfin un moment de lucidité à la tête de l’Etat!

Les technocrates au pouvoir ont en effet décrété il y a quelques années que la France était une « puissance moyenne » qui ne pouvait plus peser que par l’Europe… mais qui ont dans le même temps décidé – à rebours des Britanniques et des Allemands – de déserter les couloirs des institutions européennes. Celles-ci, il est vrai, ne produisent que 80% de la réglementation applicable en France. Pas de quoi fouetter un chat!

 

Il serait intéressant de montrer que ce dédain pour l’Europe ne touche pas que les politiques. Il imprègne l’ensemble de la haute administration française qui considère qu’un passage à Bruxelles équivaut à un placard dans la carrière.

Je rappellerai ici les excellents papiers de Jean Quatremer, dont cette citation:

La Commission européenne présidée par le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker offre un raccourci saisissant de ce que pèse la France dans l’Union. Sur 28 commissaires (un par État membre), un seul a choisi un chef de cabinet (directeur de cabinet) français : Pierre Moscovici, le commissaire français chargé des affaires économiques et financières. En revanche, quatre ont choisi un chef cab’ allemand, dont Jean-Claude Juncker, le président de la Commission. Si l’on additionne les chefs cab’ et les chefs cab’ adjoints, on découvre qu’il n’y a que trois Français, mais neuf Allemands, un déséquilibre sans précédent. Même les Britanniques font mieux (six postes), mais aussi les Belges (six). Les Français se retrouvent au niveau des Finlandais, c’est dire…

L’élite française veut faire croire que le déclin international de la France est inexorable. C’est une façon commode de se dédouaner. Il tient d’abord à une paresse patriotique qui consiste à ne plus faire le « job » de présence pour lequel on est payé, ou à ne pas s’y adapter. Tout cela n’est qu’affaire de volonté et de stratégie, et n’a rien à voir avec le destin.

Sur ce point, une vraie question porte sur l’aggravation du phénomène depuis l’arrivée de François Hollande au pouvoir. Comme l’a souligné Valéry Giscard d’Estaing, le président élu en 2012 n’a obtenu, en trois ans de mandat, qu’un maigre poste de commissaire aux affaires économiques, pour Pierre Moscovici, son ancien directeur de campagne. Pour le reste, la France a perdu ses postes un à un sans réaction présidentielle.

L’incapacité de François Hollande à obtenir un véritable plan de relance au niveau européen est la conséquence la plus flagrante de nos positions continentales, prix à payer pour notre absence de réforme ambitieuse sur le plan intérieur.