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#Brignoles: le défribillateur n’a toujours pas réveillé la mourante Vè République

La participation à Brignoles a augmenté de 10 points par rapport à la semaine dernière. Mais la classe politique reste ancrée dans ses rêves.

Si les habitants de Brignoles se sont un peu mieux mobilisés pour le scrutin cantonal, il ne semble pas qu’avec 45% de votants les électeurs soient assez nombreux pour assurer la victoire du « front républicain » sur le Front National. Si le Front National devait l’emporter ce soir (ce qui semble plausible au vu des premiers résultats), la situation ne manquerait pas d’être alarmante pour les partis de gouvernement.

Malgré cela, Vincent Peillon, sur BFM Télévision, ne lâchait rien sur la doctrine traditionnelle de la gauche à propos du Front National. Un immobilisme qui ne manque pas de surprendre: la maison brûle, le feu se propage, mais les pompiers restent dans leur camion à contempler les flammes.

On notera avec intérêt l’inflexion de Benoist Apparu sur le sujet. Il n’est pas impossible que, dans l’hypothèse où un candidat UMP serait battu par un candidat FN dans un « front républicain », certains Umpistes révisent en profondeur leur doctrine anti-Front.

Globalement, le Front National peut se féliciter d’avoir obligé ses adversaires politiques à modifier leurs discours, et à se positionner systématiquement vis-à-vis de lui.

Brignoles: le défribillateur FN ne réveille toujours pas le malade Vè République

Le FN a cartonné hier à la cantonale de Brignoles: 40% a lui seul au premier tour. Avec les 2/3 des électeurs qui se sont abstenus. Pendant ce temps…

Le dimanche 6 octobre pourrait devenir l’emblème du mal français: celui d’une rupture grandissante entre deux mondes qui se côtoient.

Ainsi, à 13 heures, le supplément de Canal + consacrait un reportage à Marie-Charline Pacquot, dont le principal fait de gloire est d’être la compagne de Pierre Moscovici.

Moi, personnellement, je trouve très bien que Pierre Moscovici, 56 ans, file le parfait amour avec une intellectuelle bobo parisienne de 26 ans. Je dirais même que dans la parfaite tradition du médecin qui épouse l’infirmière, du patron qui épouse sa secrétaire, du banquier qui s’affiche avec sa danseuse, la figure du ministre qui promène sa poupée Barbie docteuresse en philosophie ajoute une page nouvelle au livre de la domination masculine qui me divertit. Je me propose même de dupliquer le reportage pour Najat Vallaud-Belkacem, et de punir notre chère ministre du droit des Femmes en la forçant à regarder ce monument de machisme chaque fois qu’elle donnera une leçon à un chef d’entreprise sur l’inégalité salariale.

Car, et c’est bien le premier noeud gordien de notre dimanche 6 octobre, le reportage de Canal + avait parfaitement sa place dans Point de Vue – Images du Monde. Ou dans toute autre publication sentant bon la cour de Versailles, où l’on projette aux Français ordinaires reclus dans leur campagne l’image nombriliste d’une aristocratie parisienne, bouffie de narcissisme, et préoccupée par ses petits problèmes de privilégiés. Et d’une parfaite indifférence pour la réelle souffrance du pays.

En fin d’après-midi, c’est Pierre Moscovici lui-même qui occupait les médias: son passage sur RTL était l’occasion d’un nouvel aveu d’inconstance. Finalement, face à la pression patronale, le ministre des Finances renonce à la taxe sur l’excédent brut d’exploitation que la loi de finances créait, avec 2,5 milliards € de recettes à la clé.

Personnellement, je peux imaginer qu’on trouve cette taxe erronée. Mais enfin, la décision inattendue de Pierre Moscovici, après 10 jours de réflexion, pose trois problèmes majeurs.

Premier problème: il faut quand même qu’on sache quelle est ou quelle sera la contribution des grandes entreprises, qui bénéficient souvent d’une « optimisation fiscale », à l’effort de redressement des finances publiques. Personnellement, j’ai pas compris, et on peut quand même attendre d’un gouvernement qui nous a bassiné sur « le redressement dans la justice » une vision un peu plus large que ces reculades incessantes devant l’effort.

Deuxième problème: Moscovici remplace sa nouvelle taxe par une majoration de l’impôt sur les sociétés, qui atteint maintenant des records internationaux (plus de 40% des bénéfices seront « pompés » par l’Etat… on rêve!). Cette décision revient à taxer les PME pour préserver les grandes entreprises. Cherchez l’erreur…

Troisième problème: Moscovici donne le sentiment de ne pas savoir où il va. On remerciera ici l’excellent article de Grégory Raymond dans le Huffington Post, pour avoir pointé les incessants allers-retours en matière fiscale de l’équipe arrivée en mai 2012. Un monument d’inconséquence et de flou qui ne peut qu’inquiéter.

Car, ce dimanche 6 octobre, tout était fait pour convaincre les Français que leur ministre des Finances était un courtisan brillant, à la vie privée bien remplie, pour ne pas dire frivole, mais totalement perdu aux manettes de l’Etat, et incapable de donner une ligne claire au redressement des comptes publics. Le problème de fond, c’est quand même que, si l’on veut réduire le chômage, il ne suffit pas de séduire les minettes, il faut aussi dire aux chefs d’entreprise qui vont recruter dans quelle direction le bateau France se dirige.

Et là, les Français n’avaient hier aucune difficulté à se convaincre qu’ils avaient un problème au gouvernail.

Pour comble de mépris, Moscovici s’est répandu sur RTL sur l’inquiétante montée des populismes en Europe. Mais doit-on parler de montée du populisme, ou de faillite des élites gouvernantes?

Dans la soirée, tombaient les résultats de Brignoles, qui devraient constituer un puissant défribillateur pour le pays tout entier. Oui, aujourd’hui, l’univers nationaliste remporte 50% des voix ou presque au premier tour. Avec une abstention record.

Ah! on le sent monter, le grondement. Il vient des profondeurs de la terre. Le sol tout entier résonne de cet appel au secours lancé par les Français ordinaires, ceux qui ne demandent rien ou presque, et qui voudraient juste qu’on les écoute. Cette souffrance ordinaire, cette angoisse ordinaire, cette incertitude ordinaire, qui envahit le pays, s’exprime par un vote de rupture.

On les entend, ces Français, qui n’ont pas envie de voter Front National, mais qui passent le cap, qui font le grand saut, qui décident un jour de mettre dans l’urne le bulletin de la dernière tentative. On les entend, ces Français, qui ne sont pas encore allés voter Front National, qui s’abstiennent, tout simplement, parce que leur ras-le-bol du système verrouillé par les vérolés n’a pas atteint les limites de l’insupportable. Mais, la prochaine fois, si le malade Vè République ne se réveille pas, pour sûr, ils le feront, le choix du Front National.

Et pendant ce temps, Le Monde, puissamment financé par l’Etat, titre: « Brignoles : une dynamique FN à relativiser ». Allez, vous reprendrez bien un petit coup de défribillateur.