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Mois : avril 2014

Le SMIC est mort, vive le revenu universel

Au moment où la Suisse envisage de voter pour un SMIC à plus de 3.000 euros, la France réfléchit à baisser le sien, pourtant 3 fois moins élevé. Vérité en-deçà des Alpes, erreur au-delà ! La polémique lancée autour du SMIC jeunes, qui avait valu à Dominique de Villepin de fâcheuses déconvenues, mais qui n’a pas découragé Pierre Gattaz de remettre l’idée sur le tapis, a remis au centre du débat la question même d’un salaire minimum et a ouvert de nouvelles perspectives au revenu d’existence. Lire la suite

21 millions de personnes en sous-emploi en Europe

Eurostat a publié un intéressant article sur le sous-emploi dans l’Union Européenne. Il faut entendre par sous-emploi les personnes à temps partiel qui souhaiteraient travailler à temps plein, ou les personnes sorties du marché de l’emploi qui souhaiteraient y retourner. L’étude montre que 10 millions de personnes travaillent à temps partiel mais aimeraient travailler à temps plein.

Voici l’évolution de la situation:

Le sous-emploi en Europe
Le sous-emploi en Europe

L’Etat contrôle près de 1.400 entreprises privées

L’INSEE publie un intéressant répertoire des entreprises contrôlées par l’Etat. On y apprend que l’Etat contrôle près de 1.400 entreprises, qui emploient pratiquement 800.000 salariés. Un chiffre à retenir quand on examine le nombre de fonctionnaires, puisque ces 800.000 salariés ne sont pas inclus dans les chiffres de la fonction publique.

Voici un intéressant tableau récapitulatif:

Source: INSEE
Source: INSEE

 

#Valls invente la cohabitation de gauche

On avait jusqu’ici connu deux scénarios de cohabitation. L’un avec un Président de gauche et un Premier Ministre de droite, l’autre avec un Président de droite et un Premier Ministre de gauche. Avec le gouvernement de Manuel Valls, une formule inédite est en cours: la cohabitation entre un Président de gauche et un Premier Ministre de gauche.

Tout dans le gouvernement actuel montre en effet la défiance qui existe entre le Président et son trop populaire Premier Ministre.

Cette défiance s’exprime d’abord sur le terrain de la méthode. François Hollande aime mettre en place une incompréhensible comitologie sur tous les sujets, rendant impossible toute décision claire. Par sa posture personnelle, il cultive les ambiguïtés, les arbitrages à l’eau tiède, les revirements, les synthèses complexes. Manuel Valls est l’homme d’un bonapartisme bien compris: tranchant, soucieux de l’efficacité, finalement peu adepte de la recherche du consensus à tout prix.

Face à la popularité de son Premier Ministre, confirmée par une très belle prestation à l’Assemblée Nationale, François Hollande a réagi en tissant autour de ce possible rival en 2017 une toile d’araignée assez impressionnante. Les postes clés du gouvernement sont tenus par des Hollandais, à commencer par les Finances, l’Intérieur et le Travail. L’arrivée de Jean-Pierre Jouyet au secrétariat général de l’Elysée constitue un élément de plus dans le renforcement de cette stratégie volontiers qualifiée par la presse d’encerclement.

La séquence politique qui s’ouvre risque donc d’être relativement paradoxale. D’un côté un Premier Ministre qui affiche une volonté de réforme et une détermination à y arriver. De l’autre, un Président qui semble obséder à l’idée de neutraliser un rival et de faire le lit de sa réélection en 2017.

Beaucoup de commentateurs ont déjà rapproché cette situation avec la nomination de Michel Rocard à Matignon par François Mitterrand. Reste à savoir si François Hollande à l’étoffe d’un Mitterrand et si Valls a l’étoffe d’un Rocard. En attendant, ce jeu compliqué risque de constituer un obstacle de plus dans l’indispensable travail de modernisation du pays. Il serait en effet fâcheux que le Président travaille plus à décrédibiliser son Premier Ministre qu’à préparer le renouveau collectif.

Social: premières nominations dans les cabinets

Les cabinets ministériels ne sont pas encore nommés, mais voici le point qui peut être fait dans les nominations sur le champ social à cette heure-ci (on se souviendra que la situation évolue d’heure en heure).

Gilles Gateau à Matignon

Manuel Valls a choisi comme conseiller social Gilles Gateau, directeur de cabinet de Michel Sapin. Cet ancien de la formation professionnelle et des relations sociales chez EDF, par ailleurs conseiller de Martine Aubry et de Lionel Jospin à Matignon entre 1997 et 2001, est plus à l’aise sur les sujets « travail » que sur les sujets « protection sociale ».

La conseillère de Jean-Marc Ayrault au dialogue social, Mireille Le Corre, vient pour sa part d’être nommée au Conseil d’Etat.

Nicolas Grivel au Travail

François Rebsamen a pour sa part choisi Nicolas Grivel comme directeur de cabinet. C’est un choix de continuité, puisque Nicolas Grivel était l’adjoint de Gateau au cabinet Sapin. Ce jeune énarque s’était auparavant occupé de la formation professionnelle au conseil régional d’Ile-de-France.

Ce tandem devrait donc assurer une continuité technique dans la politique dans le domaine du travail.

On attend avec impatience les nominations chez Marisol Touraine…

 

FO signe l’accord chômage: grandes manoeuvres en vue?

La négociation sur l’assurance chômage n’en finit pas de faire des vagues. Deux sujets au moins nourrissent les commentaires.

L’augmentation du délai de carence: une mesure difficile à soutenir

Chacun aura bien noté l’idée d’augmenter le délai de carence dans la perception des allocations chômage pour tous les salariés qui bénéficient d’une indemnité de licenciement supérieure au minimum légal. Officiellement, cette mesure est destinée à pénaliser les cadres qui partent avec des gros chèques, et c’est d’ailleurs ainsi qu’elle est largement présentée.

Dans la pratique, la mesure risque de toucher un peu plus de monde que les quelques bénéficiaires d’un parachute doré. Dans beaucoup de conventions collectives en effet, il est prévu de majorer les indemnités de licenciement. Cette première majoration se retournera désormais contre les salariés, qui se croyaient malins d’avoir négocié un bonus par accord de branche.

Surtout, les négociations en cas de plan de sauvegarde de l’emploi vont désormais avoir une saveur saumâtre. Ainsi, dans l’affaire La Redoute, les 20.000€ euros de prime de licenciement âprement négociés (les syndicats demandaient 40.000€) seront autant de jours de carence de plus dans la perception des allocations chômage. Voilà un beau coup fumant envoyé dans les rangs de la démocratie sociale et du redressement dans la justice dont le gouvernement s’était fait l’apôtre. Lorsqu’une entreprise mettra la clé sous la porte, les salariés devront arbitrer entre courber l’échine et partir bredouille, ou lutter pour ne plus percevoir leurs allocations de chômage dans des délais raisonnables.

Et je n’aborde même pas ici le sujet de la rupture conventionnelle ordinaire, où le salarié n’aura absolument rien à gagner à négocier.

Epilogue sur le positionnement de FO

Dans ces conditions, pourquoi les représentants de FO ont-ils décidé de soutenir ce texte?

On rappellera peut-être ici quelques exemples de propos tenus par Jean-Claude Mailly, le patron de FO, sur le pacte de responsabilité, contre lequel il appelait à manifester le 18 mars, soit 2 jours avant la dernière séance de négociation sur l’assurance chômage:

Vous avez violemment ­condamné le « pacte de ­responsabilité » proposé par François Hollande. ­Pourquoi une telle sévérité ?

La réalité, c’est que François Hollande a donné les clefs du camion au patronat et nous demande de monter dans la remorque. Le président de la République a choisi d’acquiescer aux demandes du patronat, et plus particulièrement du Medef. Ce faisant, il a choisi Jean-Baptiste Say plutôt que John Maynard Keynes. Or cette logique de l’offre est inefficace, voire dangereuse.

Inefficace parce qu’on a déjà pu constater que les allégements généraux de cotisations, ça ne marche pas ; dangereuse parce qu’elle s’accompagne d’une réduction drastique des dépenses publiques et sociales. Cette politique d’austérité freine l’activité économique. Elle nous a déjà fait perdre 2,6 points de croissance. (…)

Qu’attendez-vous donc des vœux du chef de l’Etat mardi matin aux forces ­économiques ?

Nous refusons de nous faire instrumentaliser. Pour nous, il ne saurait être question de rentrer dans une mécanique d’union nationale et de confusion des responsabilités. Quant à négocier des contreparties à la baisse des cotisations annoncée par le chef de l’Etat, je n’y crois pas. Quand une aide est ciblée, on peut contraindre les entreprises à respecter des engagements précis, pas si l’aide est généralisée.

Je ne crois pas non plus que, en baissant les cotisations par étapes, chacune pourrait être conditionnée au respect d’engagements précis. Le temps d’évaluer le résultat, il sera trop tard. Les contreparties évoquées par François Hollande sont illusoires. Une entreprise n’embauche que si son carnet de commandes le lui permet. La réalité, c’est que les entreprises vont restaurer leurtaux de marge. Mais pour quoi faire, pour investir ou pour augmenter les dividendes versés, comme certaines le font déjà avec le Cice ?

« Nous refusons de nous faire instrumentaliser », voilà ce que disait, le 20 janvier, Jean-Claude Mailly. Certaines organisations syndicales, après la négociation chômage, sont plutôt d’avis de nuancer le propos. Il se murmure en effet (mais ce sont des rumeurs auxquelles je n’ajoute personnellement pas foi) que la posture de FO dans cette discussion difficile n’était peut-être pas exempte de considérations tactiques.

Le MEDEF aurait-il promis à FO la présidence future de l’UNEDIC? Ou bien Jean-Claude Mailly prépare-t-il activement le renouvellement de son mandat? Dans cette hypothèse, il faudrait peut-être gérer le cas Lardy, négociateur habituel de la maison, qui pourrait aspirer à remplacer son mentor.

Evidemment, il est difficile d’imaginer qu’une telle instrumentalisation soit possible. Toutefois, FO gagnerait à clarifier sa position sur un refus du pacte de responsabilité simultané à une signature apposée au bas d’un texte chômage dont on peut difficilement défendre qu’il est bon pour les salariés, et même pour la démocratie sociale.

Au fait… peut-être serait-il temps d’admettre que celle-ci ne se portera bien que dans la transparence et la sincérité des délibérations.