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La Nuit Debout n’aime toujours pas les prolos

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Dans un article qui m’a valu de nombreuses menaces de la part des « pacifistes » de la Nuit Debout, j’avais glissé l’idée que ce mouvement était une vaste messe de bobos amateurs d’un confortable entre-soi et très peu désireux d’une action effective conjointe avec des mouvements venus d’autres horizons sociologiques. Depuis lors, rien n’a changé place de la République. Disons même que l’entre-soi s’aggrave d’autant plus que les participants sont convaincus mordicus d’être de grands philanthropes qui participent de façon totalement ouverte et mélangée à un combat dangereux pour le « système » qu’ils ne cessent de conspuer. Une fois de plus, rien n’est pire que ces palabreurs qui causent, qui causent, qui causent, et qui surtout ne font rien.

Je me suis donc beaucoup amusé en lisant un article de Libération, aujourd’hui, sur le sujet, que je me permets de citer en l’agrémentant de mes commentaires gentiment acides:

François Ruffin et sa bande en sont persuadés, Nuit debout a besoin d’un second souffle. (Lui aussi? c’est marrant, j’avais conclu la même chose il y a quinze jours. C’est bien la preuve qu’il y a un problème)

Et le réalisateur de Merci patron ! voit les choses en grand : un meeting commun entre le mouvement de la place de la République et les syndicats à l’issue de la traditionnelle manifestation du 1er Mai. Mais ça coince, d’un côté comme de l’autre. (Les bobos avec les prolos? quelle horreur! ça jamais! comment Ruffin peut-il croire le contraire?)

Pourtant, le plan était presque parfait. Tout comme le calendrier. (Ce qui s’appelle couramment de la récupération ou du noyautage)

L’idée ? Faire le pont entre la place de la République et Marseille, où se déroulait cette semaine le congrès de la CGT. La stratégie ? Débarquer en plein débat cégétiste avec un mandat de Nuit debout pour faire déboucher le cortège syndical place de la République. Sauf que rien ne s’est passé comme prévu. (Franchement, le mec Ruffin, c’est un Don Quichotte qui a du temps à perdre dans des causes perdues d’avance. Encore une preuve de l’urgence qu’il y a à supprimer le régime des intermittents du spectacle, père de toutes les absurdes oisivetés)

L’équipe du journal Fakir, dont Ruffin est le rédacteur en chef, a donc organisé mercredi, à la Bourse du travail de Paris, une soirée intitulée «L’étape d’après ?». Le but : réfléchir à l’avenir du mouvement Nuit debout pour les semaines à venir. Le lieu est symbolique. C’est dans cette même salle que, le 23 février, est sortie du chapeau l’idée de ne pas rentrer chez soi après la manifestation du 31 mars. (Merci à Libé de nous rappeler que la Nuit Debout est née d’une manipulation émanant des derniers mouvements marxistes-léninistes du monde)

Depuis cette date, la place de la République vit au rythme du mouvement chaque soir : des prises de parole d’environ deux minutes s’y enchaînent. Chacun vient énoncer ses galères, passer des appels à la mobilisation. A côté, les commissions thématiques et logistiques organisent la vie de la place et offrent des espaces de discussions collectives. Mais pour certains, cela manque de concret. (Oh! les mauvaises langues! un mouvement si original, si libre, si révolutionnaire, qui manquerait de concret?)

«Les assemblées générales sont interminables et ne permettent pas de faire émerger des propositions concrètes», résume Ruffin. D’où sa démarche. Et la question qu’il pose : comment le mouvement peut-il se positionner à l’approche des deux journées d’action, le 28 avril contre la loi travail et celle du 1er Mai ? (Manifestement, la manipulation de Ruffin ne donne pas les résultats escomptés, et les assemblées générales servent plus à de la palabre qu’à de l’action. La démocratie directe a ses limites: Ruffin aimerait bien que la Nuit Debout devienne un mouvement révolutionnaire conforme à ses vues)

Mercredi soir, dans une salle archicomble, le journaliste détaille sa stratégie: «Je souhaite qu’on fasse un très gros 1er Mai, que la manifestation se termine à République et qu’on fasse un meeting avec les syndicats qui sont opposés à la loi travail.» Pendant près de deux heures, tous les intervenants invités par Fakir vont dans le même sens : le rapprochement avec les syndicats doit être la prochaine étape du mouvement Nuit debout. Pour finir, la parole est donnée à la salle. (Ruffin applique ici le B.A.-BA de la technique de noyautage: un déluge d’intervenants bloque le crachoir pour convaincre la foule d’agir comme le chef a décidé. On connaît tous ça par coeur)

C’est là que les choses se compliquent. Même si une grande majorité des personnes présentes est favorable à la proposition de François Ruffin, la méthode fâche ceux qui ont l’impression d’être face à une avant-garde éclairée, retranchée à l’écart de la place. D’autant qu’ils n’ont qu’une seule minute chacun pour s’exprimer. «On n’a pas attendu les intellectuels pour avoir l’idée de se mobiliser massivement pour le 1er Mai», lance quelqu’un. (Si les bobos de la Nuit Debout sont de grands diseux mais de petits faiseux, ils sont tout sauf idiots. Ils ont bien compris les grosses ficelles de Ruffin. Il n’y a plus que l’impétrant pour ne pas comprendre que ses techniques sont aussi Has Been que celles d’Arnault qu’il dénonce dans son documentaire). 

Lorsque la salle se vide dans le brouhaha, Ruffin se prend la tête entre les mains. La soirée a fini en queue de poisson. «Je n’ai pas réussi à obtenir un mandat de la salle pour porter cette proposition à l’assemblée générale de Nuit debout», constate-t-il, quelques jours après. (Tu t’es bien fait avoir, Ruffin le manipulateur! On dirait Jean-Claude Dusse dans les Bronzés)

Côté CGT, l’appel de François Ruffin, était pourtant plus que bienvenu. Et pour cause : lors de leur congrès à Marseille, nombre de cégétistes l’ont répété en boucle : ils veulent que leur syndicat propose une«nouvelle impulsion» à la contestation contre la loi travail. Pour beaucoup, cette dernière doit passer par la «grève générale et reconductible», mais aussi par un rapprochement avec les mouvements citoyens. (Là encore, le stratagème était bien monté…)

Conclusion: les bobos de la Nuit Debout adorent l’idée de la Révolution, mais leur horreur de se salir les mains au côté des ouvriers pour le plus grand bonheur des gourous qui tirent les ficelles est infiniment supérieure à leur velléité d’agir.

 

7 commentaires

  1. Citoyen dit

    Je vous laisse imaginer ce que serait devenu l’écriteau, si les bobos avaient eu l’idée de poser leur squat dans le Marais …
    On aurait pu voir : Place de la Raie Publique …
    C’est sûr, que si les inter-miteux du spectacle (ou les intermittents du travail) sont à l’origine de tout ça, ils vont rapidement tourner en boucle et finir par s’assoupir.

  2. Vm dit

    Combinent de ces révolutionnaires sont ils bénéficiaires de minima sociaux, en arrêt maladie pour pouvoir aller manifester ou encore mieux profitent de leur heures de délégations syndicales pour bleuter le boulot le lendemain ?

    Beaucoup certainement car c’est plus facile de faire la révolution avec l’argent des autres.

  3. Joseph Favreau Officier des Palmes académiques dit

    Taxez méchamment les CDD … et par miracle les jeunes auront alors des CDI.
    Etape suivante Taxez méchamment le pain … alors les prolos pourront manger de la brioche !
    Cela ne vous rappelle rien ?

  4. Hermodore dit

    Une grève générale pour les bobos intermittents afin qu’ils puissent se reposer de leur interminables nuits sans fermer l’œil: il est là l’objectif de ceux qui vivent aux dépens des autres. Surtout que ça va fatiguer de faire la navette entre l’Odéon, occupé par les nullités institutionnelles du spectacle et la place de l’Arrêt Public.

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