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Mois : avril 2016

Les intermittents et leur solidarité à passer une Nuit Debout

Article écrit pour le Figarovox.

Tiens! c’est le retour des intermittents du spectacle, ces grands défenseurs de la solidarité dont on entend parler lorsque leurs intérêts sont mis en cause. Et la période est propice à l’agitation, puisque les professionnels du secteur doivent boucler leur négociation sur la réforme de leur système de chômage.

Le chômage, marronnier des intermittents

C’est devenu une tradition: à chaque négociation, les intermittents font des coups d’éclat, boycottent les festivals, occupent des salles de spectacle ou des plateaux de télévision pour protester contre les économies que les partenaires sociaux leur demandent de réaliser sur leur indemnisation. Jusqu’à une époque récente, les économies étaient directement décidées par les partenaires dans la négociation globale sur la convention d’assurance chômage. Manuel Valls, en arrivant à Matignon, a changé les règles du jeu en demandant aux partenaires sociaux de cadrer la négociation de la profession, tout en laissant les détails aux soins des intéressés (patrons de la culture et syndicats d’intermittents).

Cette petite nouveauté ne change rien au fond du dossier: les partenaires interprofessionnels trouvent que les intermittents coûtent trop cher. On parle cette année d’un quart du déficit de l’UNEDIC dû aux seuls 110.000 cotisants. Comme à chaque fois, les intermittents contestent ces chiffres en expliquant que le système est « gagnant » grâce aux règles actuelles.

En proposant des économies de 185 millions d’euros, dont 80 financés par l’Etat, le MEDEF et la CFDT n’ont pas failli à la loi du marronnier. Même volonté de réduire les pertes chez les uns, mêmes réactions corporatistes au nom de la solidarité et de l’exception française chez les autres.

Les intermittents bien servis par Valls

Une chose est sûre: Manuel Valls a imposé en 2015, à l’occasion de la loi Rebsamen, l’existence permanente d’un régime spécifique pour les intermittents, qui relevait jusqu’ici de la simple convention entre les partenaires sociaux. Ce choix, justifié en partie par le poids que les actrices et les danseuses détiennent dans les couloirs du pouvoir depuis 2012, et plus encore depuis 2014, constitue déjà une petite révolution contraire à la démocratie sociale préconisée par François Hollande.

Jusqu’ici, aucun des acteurs de cette démocratie n’avait jugé utile de rendre officiel le kyste « intermittents du spectacle » dans la solidarité interprofessionnelle. Philosophiquement, ce système ne se justifie pas forcément: pourquoi le smicard de chez Renault doit-il cotiser pour financer un régime très favorable dont il ne tire aucun bénéfice?

Les adeptes du système dit contributif ne manqueront pas de constater que le régime des intermittents n’est pas conforme à la définition de la solidarité. Dans celle-ci, pour recevoir, il faut être capable de donner. La rupture d’égalité imposée par le régime des intermittents montre bien que la solidarité dont il s’agit ici se fait sur le dos des salariés qui n’ont globalement pas accès à la culture: ils doivent payer pour le régime des autres, plus favorable, sans aucune contrepartie.

Les intermittents peuvent remercier chaleureusement Manuel Valls.

L’Etat entre dans la danse

En réalité, le régime des intermittents n’est qu’en apparence un système d’indemnisation du chômage. Il ressemble plus à une politique publique consistant à subventionner la culture, et singulièrement le spectacle vivant (c’est-à-dire le théâtre, le cinéma, l’audiovisuel) par l’intermédiaire des cotisations patronales. Dans une récente interview à Libération, la ministre de la Culture ne s’en est pas caché:  le régime des intermittents sert d’abord à financer les politiques décidées par l’Etat.

La ministre de la Culture sait donc qu’une harmonisation des règles entre intermittents et salariés de droit commun se solderait par une perte sèche pour l’Etat, appelé à la rescousse pour éviter les troubles. Les partenaires sociaux en ont joué en fixant un cadrage à 180 millions d’économies qui pérennise l’intervention de l’Etat décidée par Valls pour ramener le calme dans les festivals estivaux.

Les intermittents du spectacle jouent donc sur du velours en lançant des mouvements de protestation. Ils comptent dans leurs rangs un allié de poids: l’Etat, bien décidé à faire payer par les entreprises des politiques qu’il ne veut pas payer lui-même.

La Nuit Debout, cette tartufferie de l’intermittence

Comme les intermittents n’ont guère l’honnêteté de reconnaître le caractère purement corporatiste de leur combat, ils ajoutent une nouveauté cette année: leur mouvement s’inscrit sous la bannière beaucoup plus noble et exaltante de la Nuit Debout et de la « convergence des luttes ». Si les intermittents descendent dans la rue ou envahissent le théâtre de l’Odéon, ce n’est évidemment pas pour conserver un système qui leur permet d’être indemnisés une journée pleine pour moins de 3 heures travaillées. L’affaire est ailleurs: dans la préparation de la Révolution, du Grand Soir, qui apportera le bonheur au prolétariat tout entier.

On peut donc s’attendre à quelques moments drolatiques où ces bobos à l’esprit torturé prendront les habits du « mouvement social » pour défendre becs et ongles leur bout de gras, avec force déclamation contre les exploiteurs du peuple et les salauds de patron. Bien entendu, ils ne préciseront pas qu’ils mènent ce combat avec le parfait soutien d’Anne Gravouin, l’épouse du « libéral » Valls, et de Julie Gayet, la favorite d’un président « de droite ».

L’occupation du théâtre de l’Odéon en a donné un premier aperçu. Le week-end même où la Nuit Debout à Marseille s’échouait lamentablement dans des Quartiers Nord très hostiles, quelques jours après avoir refusé de rejoindre le cortège des ouvriers le 1er mai, les bobos de la Nuit Debout se la jouent barricade pour l’intermittence du spectacle.

Charité bien ordonnée commence par soi-même comme on disait à la sortie de la messe. Les intermittents continuent leur oeuvre de faux-monnayeurs.

Les gouvernements européens ripostent aux Panama papers

Les gouvernements européens ont décidé de faire le dos rond en attendant que l’effet « Panama Papers » se dissipe. Une dépêche Reuters l’a confirmé:

Un projet de la Commission européenne visant à dévoiler les données fiscales et financières de grandes entreprises préoccupe un certain nombre de ministres européens qui ont adressé samedi une mise en garde contre toute réaction excessive près de trois semaines après les révélations des « Panama papers ».

L’exécutif européen a proposé début avril d’améliorer la transparence des multinationales, notamment en dévoilant publiquement leurs activités dans les paradis fiscaux.

Les entreprises se sont insurgées contre ce projet qui pourrait selon elle nuire à leur réputation et dont le résultat pourrait être mal interprété. Elles estiment également que les sociétés non-européennes pourraient tirer un avantage concurrentiel de cette publicité.

« Dans un premier temps, il serait préférable que (les données fiscales des entreprises) ne soient transmises qu’aux autorités fiscales, pas au public », a déclaré à la presse Edward Scicluna, ministre maltais des Finances, avant une réunion avec ses homologues à Amsterdam.

« Il faut se garder de toute réaction excessive », a-t-il dit, soulignant les risques qu’impliquerait une trop grande transparence à laquelle seules les entreprises européennes seraient assujetties », a-t-il ajouté.

Le ministre néerlandais des Finances, Jeroen Dijsselbloem, qui dirige la présidence de l’Union jusqu’à juillet, s’est dit favorable à la publication d’informations tout en insistant lui aussi sur le risque concurrentiel que cela ferait peser pour les groupes européens.

La Commission européenne (CE) a proposé le 12 avril d’obliger les multinationales implantées en Europe à rendre publics leurs résultats financiers et le montant des impôts qu’elles paient dans l’Union, afin de les dissuader de recourir à des montages fiscaux de plus en plus contestés et visant à soustraire au fisc une part importante de leurs profits.

Nous sommes donc encore loin d’une transparence effective sur l’évasion fiscale. Comme sur l’affaire Luxleaks, les instances européennes devraient bloquer les mesures susceptibles de remédier à la situation.

Le naufrage français sur l’open data en santé

Article paru sur Tripalio.

L’open data en santé rebondit. C’est le site Acteurs Publics qui l’a révélé la semaine dernière: la Cour des Comptes a rédigé, à la demande de l’Assemblée Nationale, un rapport assassin sur l’ouverture des données de santé en France. Ce rapport constate le retard pris par notre pays dans ce domaine, en mettant en cause la prise de possession des données par la sécurité sociale: « La Caisse nationale d’assurance maladie (Cnamts) gère les données comme si elle en était propriétaire, alors qu’elle ne devrait être qu’un support technique ».

La Cour pointerait du doigt en particulier la difficulté des acteurs privés d’accéder à ces données, et les défaillances de la gestion actuelle dans la protection de la confidentialité.

L’open data, une ligne constante de la Cour

Au demeurant, cette posture critique est loin de surprendre. Elle reprend les termes d’un rapport rédigé par un conseiller de la Cour, Adnan Trojète, en octobre 2013. Celui-ci avait plaidé pour une ouverture des données de santé, notamment au regard de son intérêt économique. Trojète avait en son temps affirmé qu’une ouverture des données permettrait de réaliser des économies dans notre système de santé, par le seul jeu de la transparence sur les prescriptions.

Ce rapport avait contredit un rapport paru au même moment sous la plume du secrétaire général du ministère de la Santé, qui mettait en garde contre le risque de « mésusage » de ces données par les acteurs privés.

Les paradoxes de l’Assemblée Nationale

L’intérêt de l’Assemblée Nationale pour l’ouverture des données de santé ne manque pas de faire sourire. On se souvient qu’il y a quelques mois, la même instance adoptait la loi Santé de Marisol Touraine qui verrouillait les données en question. Pour y parvenir, la loi fusionnait les données du SNIIRAM, gérées par l’assurance-maladie, avec la base de données détenues par les hôpitaux, ouverte au public. Cette fusion faisait brutalement faire un bond en arrière à l’ouverture des données, malgré la réglementation européenne, les engagements du gouvernement et les intérêts économiques de notre système de santé.

Sans surprise donc, l’accès aux données de santé se réduit en France contre tout bon sens, mais avec la pleine complicité de l’Assemblée Nationale…

Un dossier qui pourrait évoluer

Il ne faut toutefois désespérer de rien. L’intérêt de l’Assemblée Nationale pour le sujet peut être interprété comme un signal positif. Il peut annoncer une prise en compte du sujet lors de la prochaine législature.

Il est en revanche à peu près exclu que le gouvernement, sous la houlette de Marisol Touraine, ne fasse marche arrière sur le sujet.

Mais qui prépare la candidature de Valls en 2017?

J’indiquais hier dans un papier sur François Hollande que Manuels Valls était le seul à n’avoir pas encore trahi la cause présidentielle. Un lecteur bien intentionné m’envoie un lien tout à fait intéressant qui suscite quand même quelques questions sur les visées profondes de notre Premier Ministre. Il semblerait en effet que dès 2011 des esprits malins aient songé à préparer la candidature de Valls… en 2017.

Voici notamment ce que donne l’enregistrement des noms de domaine sur la base Whois:

Valls

Comme la capture d’écran l’indique, l’adresse est toujours active. Elle fut créée le 22 octobre 2012, soit quelques semaines après l’arrivée de François Hollande à l’Elysée. Une bonne âme l’a opportunément renouvelée le 15 octobre 2015, pour un an.

Plus amusant encore, l’adresse Valls2017.com fut enregistrée dès l’annonce de la victoire de François Hollande… à la primaire du Parti Socialiste.

Valls

Le nom de domaine expire le 15 septembre 2016… D’ici là, il est prêt à servir. Les mauvais esprits remarqueront qu’il fut renouvelé en même temps que le nom de domaine Valls2017.fr.

Trois explications sont possibles.

Soit l’adresse fut créée à l’insu de Manuel Valls par un esprit pervers bien décidé à se faire de l’argent dans l’hypothèse où l’actuel Premier Ministre serait candidat. La cession du nom est en effet possible, aux conditions imposées par le détenteur du domaine.

Soit l’adresse fut créée dès le lendemain de la primaire par François Hollande, qui voulait ainsi juguler celui qu’il considérait comme un rival possible. Mais on conviendra que cette hypothèse est douteuse, surtout qu’en 2011 Manuel Valls n’était pas le premier rival possible de celui qui est devenu Président par la suite.

Soit l’adresse fut créée par Manuel Valls ou par son entourage, dans la foulée d’une primaire où tout le monde, au Parti Socialiste, se disait que François Hollande était la pire chose qui pouvait arriver à la gauche. Certains l’ont oublié, mais, à l’époque, il ne fallait même pas tendre l’oreille dans les allées du Parti pour entendre pis-que-pendre du leader de la gauche. Certains étaient déjà convaincus que, dans l’hypothèse malheureuse (pour le pays, pas pour eux), d’une élection de Hollande à l’Elysée, l’impétrant laisserait le pays dans un état au moins égal à celui des chiottes de la rue de Solferino lorsqu’il y avait cédé la place à Martine Aubry.

Hollande, le Président le plus sado-masochiste de la Vè République

Dans le mandat de François Hollande, une énigme restera longtemps, qui relève de la psychanalyse: son goût pour les humiliations et son apparente recherche de la souffrance. De façon ininterrompue, en effet, et singulièrement depuis 2012, François Hollande se montre ingrat avec ceux qui le soutiennent, et se complaît dans l’amour de ceux qui le trahissent et lui envoient des coups de poignard dans le dos.

François Hollande et Valérie Trierweiler

Le plus caricatural de cette position réside probablement dans l’apparente fascination de François Hollande pour les femmes castratrices qui lui infligent des humiliations publiques.

L’affaire Trierweiler restera dans les annales républicaines comme l’un des moments les plus aboutis de cette pulsion qui consiste à s’acoquiner avec une féline pour mieux en recevoir les coups de griffe. L’étalage de vie privée auquel Merci pour ce moment a donné lieu a des allures sublimes pour celui qui aime la souffrance. Il est la trahison parfaite, en même temps que l’acte castrateur, la torture politique portée au plus haut. Des années de vie privée sous les lambris de la République soudain dévoilés dans leurs plus infimes détails. Jamais une maîtresse n’avait infligé d’humiliation publique plus grande à un amant.

François Hollande et Angela Merkel

On remarquera, toutes proportions gardées, une similitude politique dans ses relations avec Angela Merkel. Tout le monde se souvient des déclarations de fier-à-bras de François Hollande sur le changement des règles en Europe, et notamment sur le lancement d’un grand plan d’investissement public à plusieurs centaines de milliards d’euros dans l’Union. Plusieurs fois, notre bon Président est allé à la charge de la chancelière pour qu’elle ouvre son portefeuille. Il n’a jamais rien obtenu, pas le moindre fifrelin. Et, en prime, tout le monde garde en mémoire les images de ce protocole mal huilé où Merkel retient François Hollande par le bras et où elle lui dit où aller.

Vis-à-vis de Merkel, François Hollande affectionne volontiers la posture du soumis qui présente les humiliations qu’elle lui inflige comme émanant de sa propre volontiers. C’est par exemple le cas sur la politique migratoire, qui lui a valu une réplique désormais légendaire de la part d’une autre dominatrice, Léa Salamé:

Le « c’est une plaisanterie !? » de Léa Salamé à… par LeLab_E1

Pour justifier sa passivité devant la journaliste, François Hollande a d’ailleurs indiqué qu’il n’avait pas voulu être « l’ogre qui dévore la princesse ». Tout est dit…

François Hollande et Cécile Duflot

Dans l’ordre des trahisons et des humiliations infligées par des femmes à François Hollande, l’affaire Cécile Duflot constitue une autre illustration de ce goût étrange de notre Président pour ces femmes dominatrices qui tirent profit de lui avant de le fouler aux pieds. Après avoir quitté le gouvernement, Cécile Duflot a en effet exprimé toute sa tendresse pour pour son ancien mentor, qui lui a permis d’être Président de la République (et qui avait ratifié, on s’en souvient, un accord électoral très avantageux pour les Verts négocié par Martine Aubry…).

Dans un livre publié après son départ, elle avait notamment eu cette phrase:

À force d’avoir voulu être le président de tous, il n’a su être le président de personne.

François Hollande et les rivaux de la présidentielle

Assez curieusement d’ailleurs, s’il devait se présenter à une primaire de gauche, François Hollande se trouverait confronté à un grand nombre de ses anciens ministres: Arnaud Montebourg, Benoît Hamon, peut-être Christiane Taubira et Cécile Duflot. C’est fou de voir le nombre de seconds couteaux qui ont dopé leur parcours politique grâce à François Hollande et qui rêvent de l’affronter dans l’arène. Là encore, on y verra cet étrange rapport de François Hollande à ceux qu’il a aidés: une relation empreinte de trahison, d’acide, de coups fourrés.

L’affaire Macron

Au Panthéon de la trahison, on accordera une mention particulière aux flèches particulièrement venimeuses d’Emmanuel Macron, décochées avec le sourire angélique de celui qui trahit en prenant sa victime pour une idiote. Rappelons que Macron est devenu ministre après avoir été secrétaire général adjoint de l’Elysée, un poste de fonctionnaire à la main de François Hollande.

Les puristes du sado-masochisme apprécieront donc à sa juste ampleur la petite phrase du même Macron selon laquelle il ne serait pas « l’obligé du Président de la République. » Là encore, les mots ont un sens: dans la relation Macron-Hollande, l’obligation n’est pas du côté du ministre.

Jusqu’au bout, donc, Hollande aura déroulé un mandat à base de trahisons et de petites phrases assassines prononcées par ceux qu’il a aidés. Au fond, il n’y a plus guère que Valls qui n’ait pas encore trahi…

On comparera avec amusement l’art de la trahison à gauche et le même art à droite. Les anciens ministres de Sarkozy avaient suffisamment peur de leur mentor pour attendre qu’il ait quitté l’Elysée avant de lui envoyer des coups de poignard dans le dos.

La Turquie va-t-elle relancer la crise des réfugiés?

Le ton monte entre l’Europe et la Turquie. Depuis la validation de « l’accord« , l’Europe n’a assumé aucun de ses engagements: les visas sont toujours en vigueur pour les citoyens turcs, les négociations pour l’adhésion de la Turquie n’ont pas repris et l’Europe n’a pas versé les 6 milliards qu’elle avait promis. De plus, elle n’a accueilli que 103 réfugiés quand 325 d’entre eux ont été rapatriés de Grèce vers la Turquie.

La Turquie menace d’annuler l’accord

Du point de vue turc, l’Europe est mauvaise partenaire (idée qui n’est pas sans fondement). Les Turcs tiennent pourtant tout particulièrement à obtenir la suppression des visas pour leurs ressortissants. Pour parvenir à leurs fins, ils haussent le ton et menacent d’annuler l’accord, c’est-à-dire de relancer la vague d’émigration vers l’Europe.

La menace rappelle une fois de plus que l’arrivée massive de migrants n’a rien à avoir avec un phénomène spontané. Elle repose essentiellement sur le bon vouloir des Turcs dont la police coopère avec les passeurs.

L’Europe devrait céder

Au vu de la menace, l’Europe devrait céder et accepter les conditions de la Turquie. Selon toute vraisemblance, la Commission Européenne obtiendra lors du Conseil du 4 mai, la suppression des visas de la part des Etats membres très réticents vis-à-vis de cette mesure. Pour la forme, l’Europe maintient ses exigences de respect des critères d’adhésion, mais personne n’est dupe: face à la menace d’une nouvelle vague de réfugiés durant l’été, l’Union Européenne devrait accepter de renoncer à sa position historique vis-à-vis des Turcs.

La Turquie prépare son Grand Remplacement

Pour le gouvernement turc, le pari semble donc plus démographique que politique. L’enjeu d’Erdogan ne porte pas sur un rapprochement politique avec l’Union: celui-ci suppose un partage des valeurs et un respect de critères (notamment sur la démocratie et les Droits de l’Homme), qui ne sont pas sa tasse de thé. L’objectif des islamistes turcs consiste plutôt à obtenir une ouverture de l’Union à une immigration turque massive qui permet de jeter des bases de coopération à plus long terme.

D’une certaine manière, la position turque vise à un Grand Remplacement interne: favoriser une émigration turque en Europe en assurant le remplacement des migrants par des Syriens (qui sont plus de 2 millions aujourd’hui). L’idée implicite est de garder les Syriens en Turquie en échange d’un accueil massif de Turcs en Europe.

La France laisse Merkel négocier seule

Les grands manoeuvres ont donc cours en coulisse en ce moment et, une fois de plus, il est frappant de voir que la France n’y est pas associée. Ainsi, Merkel vient de s’offrir un petit voyage en Turquie, en compagnie de Donald Tusk, le président du Conseil, et de Frans Timmermans, le vice-président de la Commission. Elle y a visité un camp de réfugiés. Manifestement, personne en France ne s’offusque de voir la chancelière allemande, largement responsable de l’appel d’air de l’an dernier, mener les opérations européennes avec les représentants officiels de l’Union à ses côtés.

Il ne faudra pas s’étonner si nous nous retrouvons, d’ici à fin juin, avec l’obligation d’accueillir des milliers de migrants au nom de la solidarité européenne.

Travail de préparation pour l’accueil de migrants en France

Au demeurant, les traditionnels défenseurs d’un accueil sans nuances des migrants ont repris du poil de la bête pour préparer le terrain. Après un voyage de parlementaires en Grèce qui n’avait pas reçu l’écho escompté en mars, nos députés en ont remis une louche. Ils ont cette fois envoyé Jean-Marc Germain, Monsieur Hidalgo à la ville, pour alerter sur la dangereuse situation des migrants en Grèce.

« J’ai pu visiter le hotspot qui avait été organisé dans la précipitation juste avant la signature de l’accord, mais évidemment, ne fonctionne plus depuis. Dans l’île, où je suis allé mercredi matin, 18 migrants étaient arrivés la veille et 80 deux jours auparavant », rappelle le député des Hauts-de-Seine qui a pu s’entretenir avec des détenus exaspérés. « Un Malien et un Soudanais m’ont confié leur désarroi, explique-t-il. Tous deux ont vraiment l’impression de subir une double peine. Ils sont arrivés là après bien des péripéties, vont non seulement être renvoyés en Turquie mais en plus vont se retrouver tout en bas de la liste des relocalisés. Face à ce traitement d’hommes et de femmes, je partage tout à fait la décision de l’OFPRA de ne pas venir dans les îles grecques travailler à la mise en œuvre de cet accord », rappelle le député frondeur.

Un Malien et un Soudanais… On imagine bien entendu que, dans quelques semaines, les médias subventionnés parleront des « réfugiés » victimes de la guerre en Syrie.

En attendant, et en suivant les pensées « en creux » de Jean-Marc Germain, on comprend qu’il préconise de dénoncer l’accord existant avec la Turquie pour ouvrir plus grandes encore les portes du continent.

Situation sanitaire dangereuse en Grèce

Il existe en tout cas une certitude: la Grèce est aujourd’hui incapable d’accueillir les « réfugiés » dans de bonnes conditions. Les pires craintes apparaissent à Athènes, où un camp de 4.000 personnes est installé sur les installations de l’ancien aéroport d’Hellinikon. Les maires des communes adjacentes ont déjà prévenu que ce camp présentait d’importants risques de santé publique: le camp ne dispose que de 40 toilettes chimiques, et une réfugiée afghane de 17 ans y est morte. Les épidémies sont à craindre.

Au camp d’Idomeni, dans le nord de la Grèce, où s’entassent près de 20.000 réfugiés, la situation est pire. Si la vie quotidienne semble s’y organiser vaille-que-vaille, les tensions y sont fortes. Les réfugiés ont d’ailleurs bloqué l’unique voie de chemin de fer qui permet de passer en Macédoine, imposant une sorte de blocus économique à la Grèce.

L’Europe prête à accueillir une vague d’immigration turque?

Tous ces éléments plaident pour une ouverture des frontières… aux immigrés turcs, l’objectif majeur d’Erdogan aujourd’hui. Il est évidemment très regrettable que les citoyens européens soient privés d’un débat clair sur le sujet. L’alternative est simple: soit nous acceptons les conditions turques pour éviter un afflux massif de migrants, et nous nous résignons à augmenter de plusieurs millions les communautés turques très fermées qui peuplent déjà beaucoup de nos grandes villes, soit nous refusons les conditions turques et nous devons affronter la crise des migrants « en direct ».

Il existe évidemment un troisième terme à cette alternative, qui est politiquement très incorrect celui-là: admettre que la guerre en Syrie était une erreur, aider Bachar Al-Assad à mater Daesh et rompre les relations diplomatiques avec la Turquie en attendant que le régime islamiste tombe.

 

La Nuit Debout n’aime toujours pas les prolos

Dans un article qui m’a valu de nombreuses menaces de la part des « pacifistes » de la Nuit Debout, j’avais glissé l’idée que ce mouvement était une vaste messe de bobos amateurs d’un confortable entre-soi et très peu désireux d’une action effective conjointe avec des mouvements venus d’autres horizons sociologiques. Depuis lors, rien n’a changé place de la République. Disons même que l’entre-soi s’aggrave d’autant plus que les participants sont convaincus mordicus d’être de grands philanthropes qui participent de façon totalement ouverte et mélangée à un combat dangereux pour le « système » qu’ils ne cessent de conspuer. Une fois de plus, rien n’est pire que ces palabreurs qui causent, qui causent, qui causent, et qui surtout ne font rien.

Je me suis donc beaucoup amusé en lisant un article de Libération, aujourd’hui, sur le sujet, que je me permets de citer en l’agrémentant de mes commentaires gentiment acides:

François Ruffin et sa bande en sont persuadés, Nuit debout a besoin d’un second souffle. (Lui aussi? c’est marrant, j’avais conclu la même chose il y a quinze jours. C’est bien la preuve qu’il y a un problème)

Et le réalisateur de Merci patron ! voit les choses en grand : un meeting commun entre le mouvement de la place de la République et les syndicats à l’issue de la traditionnelle manifestation du 1er Mai. Mais ça coince, d’un côté comme de l’autre. (Les bobos avec les prolos? quelle horreur! ça jamais! comment Ruffin peut-il croire le contraire?)

Pourtant, le plan était presque parfait. Tout comme le calendrier. (Ce qui s’appelle couramment de la récupération ou du noyautage)

L’idée ? Faire le pont entre la place de la République et Marseille, où se déroulait cette semaine le congrès de la CGT. La stratégie ? Débarquer en plein débat cégétiste avec un mandat de Nuit debout pour faire déboucher le cortège syndical place de la République. Sauf que rien ne s’est passé comme prévu. (Franchement, le mec Ruffin, c’est un Don Quichotte qui a du temps à perdre dans des causes perdues d’avance. Encore une preuve de l’urgence qu’il y a à supprimer le régime des intermittents du spectacle, père de toutes les absurdes oisivetés)

L’équipe du journal Fakir, dont Ruffin est le rédacteur en chef, a donc organisé mercredi, à la Bourse du travail de Paris, une soirée intitulée «L’étape d’après ?». Le but : réfléchir à l’avenir du mouvement Nuit debout pour les semaines à venir. Le lieu est symbolique. C’est dans cette même salle que, le 23 février, est sortie du chapeau l’idée de ne pas rentrer chez soi après la manifestation du 31 mars. (Merci à Libé de nous rappeler que la Nuit Debout est née d’une manipulation émanant des derniers mouvements marxistes-léninistes du monde)

Depuis cette date, la place de la République vit au rythme du mouvement chaque soir : des prises de parole d’environ deux minutes s’y enchaînent. Chacun vient énoncer ses galères, passer des appels à la mobilisation. A côté, les commissions thématiques et logistiques organisent la vie de la place et offrent des espaces de discussions collectives. Mais pour certains, cela manque de concret. (Oh! les mauvaises langues! un mouvement si original, si libre, si révolutionnaire, qui manquerait de concret?)

«Les assemblées générales sont interminables et ne permettent pas de faire émerger des propositions concrètes», résume Ruffin. D’où sa démarche. Et la question qu’il pose : comment le mouvement peut-il se positionner à l’approche des deux journées d’action, le 28 avril contre la loi travail et celle du 1er Mai ? (Manifestement, la manipulation de Ruffin ne donne pas les résultats escomptés, et les assemblées générales servent plus à de la palabre qu’à de l’action. La démocratie directe a ses limites: Ruffin aimerait bien que la Nuit Debout devienne un mouvement révolutionnaire conforme à ses vues)

Mercredi soir, dans une salle archicomble, le journaliste détaille sa stratégie: «Je souhaite qu’on fasse un très gros 1er Mai, que la manifestation se termine à République et qu’on fasse un meeting avec les syndicats qui sont opposés à la loi travail.» Pendant près de deux heures, tous les intervenants invités par Fakir vont dans le même sens : le rapprochement avec les syndicats doit être la prochaine étape du mouvement Nuit debout. Pour finir, la parole est donnée à la salle. (Ruffin applique ici le B.A.-BA de la technique de noyautage: un déluge d’intervenants bloque le crachoir pour convaincre la foule d’agir comme le chef a décidé. On connaît tous ça par coeur)

C’est là que les choses se compliquent. Même si une grande majorité des personnes présentes est favorable à la proposition de François Ruffin, la méthode fâche ceux qui ont l’impression d’être face à une avant-garde éclairée, retranchée à l’écart de la place. D’autant qu’ils n’ont qu’une seule minute chacun pour s’exprimer. «On n’a pas attendu les intellectuels pour avoir l’idée de se mobiliser massivement pour le 1er Mai», lance quelqu’un. (Si les bobos de la Nuit Debout sont de grands diseux mais de petits faiseux, ils sont tout sauf idiots. Ils ont bien compris les grosses ficelles de Ruffin. Il n’y a plus que l’impétrant pour ne pas comprendre que ses techniques sont aussi Has Been que celles d’Arnault qu’il dénonce dans son documentaire). 

Lorsque la salle se vide dans le brouhaha, Ruffin se prend la tête entre les mains. La soirée a fini en queue de poisson. «Je n’ai pas réussi à obtenir un mandat de la salle pour porter cette proposition à l’assemblée générale de Nuit debout», constate-t-il, quelques jours après. (Tu t’es bien fait avoir, Ruffin le manipulateur! On dirait Jean-Claude Dusse dans les Bronzés)

Côté CGT, l’appel de François Ruffin, était pourtant plus que bienvenu. Et pour cause : lors de leur congrès à Marseille, nombre de cégétistes l’ont répété en boucle : ils veulent que leur syndicat propose une«nouvelle impulsion» à la contestation contre la loi travail. Pour beaucoup, cette dernière doit passer par la «grève générale et reconductible», mais aussi par un rapprochement avec les mouvements citoyens. (Là encore, le stratagème était bien monté…)

Conclusion: les bobos de la Nuit Debout adorent l’idée de la Révolution, mais leur horreur de se salir les mains au côté des ouvriers pour le plus grand bonheur des gourous qui tirent les ficelles est infiniment supérieure à leur velléité d’agir.

 

L’Allemagne mécontente de son Lebensraum européen

L’Europe ne rapporte pas assez à l’Allemagne, et même lui coûte trop cher – ses ministres ne se privent pas de le dire en plaidant pour une reprise en main des institutions communautaires par des nationaux allemands. On sera une nouvelle fois stupéfait de voir des banquiers français abonder en ce sens.

L’euro, une saignée dans l’épargne allemande

La principale source de coût pour l’Allemagne s’appelle l’euro, et sa politique monétaire fondée sur des taux d’intérêt désormais nuls. Elle cause une apparente saignée dans l’abondante épargne allemande, où les volumes nominaux n’augmentent plus. Le fait que l’Europe soit en situation de quasi-déflation (ce qui préserve le pouvoir d’achat de l’épargne) importe visiblement assez peu à l’épargnant prussien, dominé par le sentiment de pédaler dans la semoule.

C’est au ministre prussien des Finances, Wolfgang Schäuble, qu’est revenu l’honneur de déclencher les hostilités:

« On ne peut contester que la politique de taux d’intérêt bas est source de problèmes exceptionnels pour les banques et l’ensemble du secteur financier en Allemagne », a dit le ministre. « Et cela est vrai aussi pour les plans de retraite ».

« C’est pourquoi j’insiste toujours sur le fait que cela ne pousse pas forcément les citoyens à avoir foi dans l’intégration européenne ».

Schäuble a même prétendu que la politique monétaire européenne contribuait à la montée de l’AFD, le parti anti-européen qui bouscule la vie politique allemande. C’est évidemment une explication plus simple que l’examen de la stratégie migratoire d’Angela Merkel.

Le retraité allemand victime de l’euro?

La politique de taux nuls ne frappe pas seulement l’épargne liquide placée à la banque. Elle paralyse aussi les rendements de l’assurance-vie et de l’épargne retraite en capitalisation favorisée par les réformes de 2001. Ces rendements ont baissé de moitié du fait de la politique monétaire européenne.

Pour l’Allemagne, cette situation pose un véritable problème de confiance politique. Les réformes introduites dans les années 2000 ont reposé sur un mécanisme simple: une baisse du rendement apporté par la répartition, compensée par une incitation fiscale à la capitalisation. Si les rendements de celle-ci baissent, le contrat social allemand est rompu. L’Allemagne doit alors faire face à une situation « en ciseau » où la prospérité du pays s’accompagne d’une baisse sensible des prestations sociales dont la politique monétaire européenne en est la cause apparente.

Le système financier allemand à l’épreuve

Si Schäuble met en avant l’intérêt du retraité allemand et les risques d’une radicalisation politique induite par les choix de la BCE, il a aussi à l’esprit l’épreuve que constitue cette politique monétaire pour les banques et les compagnies d’assurance. Celles-ci doivent continuer à servir des intérêts à leurs clients dans un contexte où l’argent de la banque centrale ne rapporte plus rien.

Personne n’a une vision claire de l’impact que cette situation produit sur les marges de liquidité et de solvabilité des entreprises financières. Mais les coups de semonce de Schäuble laissent aussi filtrer l’idée que les banques allemandes souffrent beaucoup et exercent une pression grandissante pour une remontée des taux directeurs.

Une fuite en avant de la BCE?

Face à cette charge, Mario Draghi paraît relativement acculé. Les mesures qu’il a prises pour relancer l’inflation (conformément au mandat confié à la BCE par les traités… à la demande de l’Allemagne en son temps) paraissent inopérantes. Cette inefficacité pose un vrai problème: celui de l’insuffisance des moyens d’action d’une banque centrale lorsqu’elle n’est pas couplée à une politique budgétaire coordonnée.

Comme le dit le vice-chancelier allemand Sigmar Gabriel, l’influence de la BCE a atteint ses limites:

« Imprimer de l’argent n’est une politique économique soutenable » déclare le ministre.

Pour Mario Draghi, la solution semble pourtant bien consister à faire tourner la planche à billets, notamment en recourant à la « monnaie hélicoptère », qui consisterait à verser 1.000 ou 2.000 euros à chaque citoyen pour relancer la consommation.

«J’ai dit le mois dernier que nous n’y avions pas vraiment pensé et que nous n’en avions pas débattu. […] C’est un concept très intéressant. […] Mais nous ne l’avons pas étudié.»

En attendant, Mario Draghi a annoncé un programme de rachat massif d’obligations d’entreprise.

Des banquiers français soutiennent l’Allemagne

Les Allemands ne sont toutefois pas seuls à critiquer la position de la BCE. Alors que, grâce à cette politique, la France peut continuer à emprunter à tire-larigots grâce à des taux très bas (et à éviter les réformes structurelles douloureuses grâce à ce subterfuge), Patrick Artus, de Natixis, a pour sa part rejoint l’argumentation tudesque.

Dans une étude publiée cette semaine, il soutient que l’objectif véritable de la politique de la BCE consiste précisément à alléger la charge de l’endettement pour certains pays de l’Union, et assureur la compétitivité prix face au dollar de certains autres.

Il ne reste alors que deux possibilités (que la BCE ne peut pas afficher officiellement) : soit la BCE désire une dépréciation beaucoup plus forte de l’euro pour soutenir la croissance de la zone euro ; soit la BCE veut simplement assurer la solvabilité budgétaire des pays périphériques de la zone euro

L’argument tape un peu sous la ceinture: Draghi l’Italien soutiendrait son pays en lui apportant de l’argent pas cher et une dévaluation qui ne dit pas son nom pour faciliter ses exportations.

Dilemme français

Pour la France, la situation dans laquelle Mario Draghi met l’Europe se révèle particulièrement délicate et complexe à gérer.

Politiquement, la baisse des taux est une aubaine puisqu’elle permet de ne pas réformer, et même d’afficher une amélioration du déficit public. Cette amélioration est due à l’effet mécanique des taux et s’arrêtera dès que ceux-ci remonteront (ce qui est à peu près inévitable). Pour François Hollande, qui explique que « ça va mieux » parce qu’il y a moins de déficit, il ne faut surtout pas que cette hausse intervienne avant 2017.

Économiquement, le problème se pose de façon plus « tordue ». Si les banques et les compagnies d’assurance souffrent pour assurer un rendement à l’épargne, une remontée brutale constituerait pour elles un choc majeur insurmontable. Leurs clients demanderaient en effet la résiliation de contrats peu rémunérateurs pour se précipiter vers des contrats plus juteux. Cette phase de résiliation contraindrait à réaliser des moins-values sous-jacentes sur des contrats en cours. La réalité des chiffres de la crise apparaîtrait alors très méchamment!

Aucun acteur financier n’est pressé de voir ce moment arriver. L’empressement est d’autant moindre que les banques peuvent aujourd’hui récupérer des euros à vil prix auprès de la BCE, et les prêter à des taux d’intérêts juteux à leurs clients.

La guerre monétaire couve en Europe

Peu à peu se rassemblent donc en Europe des éléments pour une nouvelle crise de l’euro et une mise sur la sellette de la politique monétaire. Aux insatisfactions allemandes face à une stratégie dont l’Italie est dépendante et la France incertaine, la Grèce concentre à nouveau d’importants risques.

Les partenaires européens de la Grèce exige d’elle, en effet, de nouvelles mesures d’austérité permettant de consolider un excédent primaire de 3,5% de PIB. Sans cet effort, l’Eurogroupe annonce qu’il interrompra le plan d’aide au pays. Personne ne sait si Tsipras tentera, comme l’an dernier, une épreuve de force en espérant réduire le fardeau qui pèse sur lui. L’expérience de 2015 fut plutôt douloureuse mais rien n’exclut qu’il ne tente un nouveau passage en force cette année.

Une chose est sûre avec la Grèce: elle a effectivement besoin d’une politique de taux nuls pour souffrir un peu moins qu’annoncé.

Quelle riposte allemande?

Reste à savoir quelle sera la riposte allemande d’ici la fin de l’année 2016. Le maintien de taux très bas voire nuls épuise à long terme l’industrie financière. Tôt ou tard, celle-ci exercera une pression majeure pour rémunérer les liquidités. L’Allemagne, qui a besoin de payer ses rentiers, l’exigera.

La question est de savoir quand.

Combien de Français ne seront pas candidats aux présidentielles?

Les présidentielles compteront bientôt plusieurs millions de candidats. On peut même se demander combien de Français feront le choix de ne pas se présenter. Il est bien loin le temps où la solennité de la fonction limitait les appétits.

Même Rama Yade y va

L’annonce la plus divertissante est tombée hier: Rama Yade sera candidate à la présidence de la République. Aucun observateur n’a été dupe: elle n’a aucun espoir de gagner, ni aucun espoir de quoi que ce soit d’autre. Se présenter à la présidentielle est simplement une façon d’exister, après avoir perdu tous ses mandats et tout soutien politique.

La candidature comme mode d’existence. Voilà qui en dit long sur l’estime que les candidats à la présidentielle porte à cette élection.

Macron ira-t-il?

Dans cet ordre d’idée, la candidature de Macron est la prochaine qui suscite le plus de débats. L’intéressé a d’ailleurs commencé à poser ses jalons: non, il n’est redevable de rien à François Hollande. Il est vrai que François Hollande l’a simplement propulsé comme secrétaire général adjoint de l’Elysée, puis comme ministre de l’Économie. Ces coups de pouce anecdotiques ne méritent même pas d’être relevés.

Le plus amusant dans une candidature Macron reste quand même qu’elle grillerait le tour que Valls attend patiemment.

Hollande déjà enterré?

Évidemment, cet afflux de candidatures s’explique d’abord par le peu de chances qui est laissé à François Hollande dans le scrutin. Dans le genre, Le Monde en a remis une couche en publiant une interview où l’élimination du sortant dès le premier tour est au coeur du propos. François Hollande n’a qu’à s’en prendre à lui-même. Il est le premier à avoir crié au loup et avoir avancé l’argument selon lequel un éparpillement des candidatures à gauche risquerait de le pénaliser pour accéder au second tour.

Marine Le Pen sur le segment anti-libéral

Le passage de François Hollande au laminoir à froid fera peut-être le jeu de Mélenchon. Si celui-ci était candidat, il trouverait sur son chemin une autre candidature anti-libérale de poids: celle de Marine Le Pen, annoncée au second tour, et héroïne de la lutte contre l’Europe qui déréglemente. Elle s’est fendue hier d’une déclaration hostile au marché unique du rail, qui obligera la France à renoncer au monopole de la SNCF.

« Imperturbablement, en dépit de ses échecs répétés et au mépris des oppositions démocratiques, l’Union européenne poursuit son travail de destruction de nos services publics« , écrit Mme Le Pen.

Pour elle, l’ouverture à la concurrence du rail domestique « va inévitablement priver la SNCF de parts de marché sur ses lignes les plus rentables, affaiblir sa santé financière et donc mettre en péril ses autres activités. C’est toute la logique du service public qui est ici cassée » d’après l’eurodéputée.

Marine Le Pen au secours de Guillaume Pépy et de la CGT: nous vivons décidément une époque étonnante.

Trop de candidatures pour qu’il y ait moins de candidats

Face à cette constellation de candidatures dont le seul objectif est de s’assurer une exposition médiatique durant le temps de la campagne, le Conseil Constitutionnel vient de valider les contre-feux allumés par les partis de gouvernement, et singulièrement par le Parti Socialiste et les Républicains. Dans sa décision relative à la loi organique de modernisation des règles applicables à l’élection présidentielle, le Conseil a approuvé le remplacement du principe d’égalité de traitement des candidats avant le début officiel de la campagne par le principe d’équité, tenant compte de la représentativité de chaque candidat:

le troisième alinéa précise que le critère de la représentativité des candidats s’apprécie « en particulier, en fonction des résultats obtenus aux plus récentes élections par les candidats ou par les partis et groupements politiques qui les soutiennent et en fonction des indications de sondages d’opinion » (…)

le législateur organique a, d’une part, entendu favoriser, dans l’intérêt des citoyens, la clarté du débat électoral (…)

Favoriser l’expression des candidats ayant obtenu de gros scores aux précédentes élections, ou ceux qui ont la meilleure opinion dans les sondages: voilà une règle qui va permettre de renouveler la vie politique française au moment où elle en a le plus besoin.

Tout le monde a bien compris la stratégie des partis de gouvernement face à l’atomisation de la vie politique: pousser celle-ci à son maximum, et se réserver la part de gâteau dans les médias pour laminer plus facilement les « petits candidats ».

Bref, tout se met en place pour que la présidentielle ne soit plus un moment de la démocratie, mais une simple formalité médiatique avec des figurants et deux ou trois acteurs principaux qui joueront leur rôle juste pendant le temps de la campagne électorale.

La Nuit Debout ou le Walhalla des dieux païens

Dans les différentes strates qui constituent l’expression de la Nuit Debout, certaines sont plus essentielles, plus porteuses que d’autres, même si elles sont moins apparentes ou moins facilement décodables. Il en va ainsi de la pensée religieuse, qui est profondément structurante, même si les observateurs journalistiques s’y intéressent seulement au titre des curiosités, des bizarreries, à leurs yeux beaucoup moins systémiques que les débats économiques.

La pensée religieuse se situe pourtant, beaucoup plus que l’économie ou que la politique, au coeur du mouvement Nuit Debout. Cette réalité est occultée parce qu’elle est difficile à comprendre pour les commentateurs formés à la rationalité économique néo-classique et à ses avatars. Elle est d’autant moins lisible que la religion de la Nuit Debout ne se donne pas facilement à lire ni à comprendre. Elle affleure pourtant partout, et spécialement dans l’anti-spécisme, qui nous rappelle la religion raciale des Aryens.

L’anti-spécisme au coeur de la Nuit Debout

L’anti-spécisme a pignon sur rue place de la République. Il possède son propre stand et sa commission qui intervient en Assemblée Générale.

En quoi consiste la religion anti-spéciste? Dans la dénonciation de la suprématie exercée par l’espèce humaine sur les autres espèces. Pour les anti-spécistes, la domination humaine est une imposture contraire à des règles naturelles dont on sent qu’elles affleurent même si personne ne les nomme ou ne dévoile leur visage. L’anti-spéciste réclame le retour à des principes cosmologiques où l’Homme est une espèce animale parmi d’autres et où la Nature forme un grand tout.

Cette vision du monde est puissamment révélatrice: elle montre que l’idéologie sous-jacente à la Nuit Debout percute frontalement la tradition des Droits de l’Homme dont nous héritons depuis 1789. À de nombreux égards d’ailleurs, la religion de la Nuit Debout se rapproche beaucoup plus de l’Ancien Régime et de son ordre cosmologique de droit divin que de la tradition révolutionnaire. Elle consiste au fond à relativiser l’Humanité en l’Homme en l’intégrant à un tout naturel qui dévoile l’un des fondements de l’écologie contemporaine. Nous ne sommes plus en charge de la préservation d’un territoire donné, mais responsables de la « Planète », notre mère.

Dans l’anti-spécisme pointe donc forcément une critique polythéiste, voire panthéiste, du monde chrétien dont nous sommes tributaires.

Le Walhalla païen et les Vegans

Forcément, la religion anti-spéciste n’est pas très éloignée de l’orthopraxie végétarienne. La domination humaine sur le monde animal est une imposture, et manger des animaux est une violation des principes religieux.

On ne sera donc guère étonné de voir sous le même chapiteau, sur la place, la défense de l’anti-spécisme et la défense du végétarisme, voire du végétalisme. Le fond religieux est le même: l’Homme n’a pas le droit de sacrifier les autres espèces, qui sont toutes porteuses d’une dimension essentielle au sens philosophique du terme.

En grattant, on retrouvera donc, de façon assez intéressante, une rupture dans la chaîne de valeurs entre l’Occident post-marxiste (ou post-hégélien) dont le sens se construit autour de l’élévation de l’Homme. La Nuit Debout est plutôt héritière de la pensée aryenne dont le national-socialisme fut un avatar, qui replaçait l’Homme dans son ensemble naturel et lui accordait une valeur relative dans une cosmologie naturelle où le peuple de la forêt apparaissait comme l’une des espèces naturelles constitutives de la Nature.

Cette filiation discrète, mais puissante, mérite d’être méditée. La Nuit Debout n’est pas par hasard narcissique et ostraciste. Elle préconise inconsciemment, discrètement, le respect d’un ordre naturel et tribal qui est en orthogonie complète avec notre ordre démocratique sorti de 1789.