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Viry-Chatillon, ou la vraie vie des Français

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À Viry-Chatillon, une bande de racailles a tenté de tuer des policiers en faction sous une caméra de vidéo-surveillance qui perturbe leurs trafics en tous genres. Une petite rétrospective de cet inquiétant fait divers permet de mieux comprendre la montée du Front National. Lassitude des habitants, impunité des voyous, faiblesse de l’Etat, ce cocktail est parfaitement composé dans ce dossier qui illustre, une fois de plus, la dégradation des rapports sociaux en France.

Que s’est-il passé à Viry-Chatillon?

Depuis près de deux ans, la mairie de Viry-Chatillon a installé une caméra de vidéo-surveillance sous le feu d’un carrefour de Viry-Chatillon, à un jet de pierres de la terrible cité de la Grande Borne, partagée avec Grigny.

Viry-chatillon

L’objectif de cette caméra est de neutraliser les actes incessants de délinquance qui ont lieu à cet endroit.

A chaque attaque le même stratagème. Bloqués à ce feu rouge de la départementale 445, des automobilistes, presque toujours des femmes, reçoivent une pluie de pierres lancées par des agresseurs cagoulés, souvent mineurs. « On a déjà interpellé un gamin de 12 ans » raconte un policier.
Le butin se trouve sur le siège passager : sacs à main, portables, ordinateurs, manteaux… Puis les agresseurs disparaissent à pied à la faveur des allées tortueuses de cette Zone de sécurité prioritaire (ZSP) au bord de l’autoroute A6, où près de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté. « Tout se passe en cinq secondes. C’est hyper violent« , raconte une victime, encore très traumatisée, deux ans après son agression.

On mesure l’exaspération des banlieusards qui empruntent ce chemin pour rentrer chez eux ou pour partir au travail. Cette exaspération est d’autant plus grande que cette guérilla urbaine dure depuis plus de trois ans.

Un banditisme bien organisé

Contrairement à ce qu’on peut croire, cette guérilla est tout sauf une action de farfelus. Elle est la face émergée d’un iceberg mafieux assez impressionnant, précisément décrit par Le Monde en 2014…

A sa base, les petits voleurs du « Fournil » récupéraient l’argent liquide dans les sacs à main. Les pièces d’identité, elles, étaient remises à des « lieutenants », qui missionnaient des «mules» – huit jeunes femmes proches du réseau – chargées d’ouvrir des comptes chèque postal au nom des victimes. Un faussaire fournissait ensuite des fiches de paye falsifiées et de fausses quittances EDF, 15 euros pièce.

Munies de ces faux documents, les jeunes femmes contractaient des prêts à la consommation auprès d’organismes de crédit afin d’alimenter les comptes bancaires. Elles se rendaient ensuite chez un concessionnaire et achetaient à crédit des véhicules, aussitôt revendus en dessous de leur prix dans la cité ou sur le site Leboncoin.fr.

Le produit de l’impuissance publique

Bien entendu, ces trafics organisés profitent de l’impuissance publique, dont les deux visages sont bien connus.

D’une part, la police ne cherche jamais ou presque à élucider les affaires de petite délinquance. D’autre part, la justice laisse les mineurs auteurs de ces faits impunis. Là encore, on lire l’article du Monde pour suivre les détails de ce dossier:

Les gamins, âgés de 13 à 17 ans, arrêtés en possession de faibles sommes d’argent, encourent des peines minimes ou sont aussitôt relâchés. Les « vols à la portière », eux, se multiplient. A court d’idées, les autorités vont jusqu’à envisager l’installation de caméras, la suppression des feux et même la construction d’un rond-point…

Il est rare que les services de police prennent le temps d’enquêter en profondeur sur de simples infractions de voie publique. Mais face à la fréquence des vols, les services de la sûreté départementale décident d’attaquer le problème à la racine.

Tout est dit…

Une guérilla de plus en plus violente

Face au laxisme des pouvoirs publics, bien connu de tous ceux qui vivent dans des quartiers abandonnés par une élite donneuse de leçons, les mafieux de la Grande Borne ont haussé le ton. Là encore, la presse nationale n’a pas hésité à s’en faire l’écho:

Samedi dernier, c’est la caméra elle-même du fameux carrefour qui a été ciblée, détruite à l’aide d’une fourgonnette volée, utilisée comme voiture-bélier, puis incendiée au cocktail Molotov. La scène, violente, s’est déroulée à l’heure du déjeuner, sous les yeux de nombreux passants. Juste avant, les agresseurs, très déterminés, avaient tenté de braquer un poids lourd, déjà au cocktail Molotov, mais le chauffeur avait réussi à leur échapper.

La caméra, fixée à une dizaine de mètres de hauteur sur un lampadaire, était en sursis depuis plusieurs mois. Au printemps, un camion-poubelle volé avait raté l’objectif et fini sa course dans un arbre. Une tentative de découper le candélabre à la tronçonneuse thermique avait également échoué.

Et pendant ce temps, Emmanuel Macron a prononcé un discours vide qui a froissé Hollande et Valls, la droite s’est déchirée, et la prévision de croissance a été révisée à la baisse.

Comme on le sait, en France, ça va mieux.

22 commentaires

  1. MJ dit

    en 2013 ils attaquaient le RER en gare de Grigny, déjà.
    13 jeunes dont 12 mineurs, tous identifiés, tous relachés.
    alors quelques cailloux à un feu rouge…

  2. Sémaphore dit

    Hélas! Je ne doute pas que si vous épluchiez la PQR, vous mettiez longtemps à trouver une douzaine de cas similaires dans le pays. Il y a quelques années, des attaques quasi-identiques avaient lieu dans le tunnel de l’ A1 où les agresseurs profitaient des bouchons pour commettre leurs méfaits en utilisant pour accès les voies piétonnières de secours…
    Ils ont fait école…

  3. Citoyen dit

    Rien de nouveau…
    En fait, ça à commencé en 2005, ou cette racaille a incendié un poste de police, ou une gendarmerie, du coté de Pau. Déjà, à l’époque, Sarkozy avait le Karcher qui s’était enrayé. Et ça ne s’est pas amélioré ensuite…. alors que le problème était identifie, et le traitement connu.
    Du coup par vengeance, et en représailles, il s’était concentré sur le racket des automobilistes ….
    C’était une erreur de départ qui ne se rattrape pas … Donc rien de nouveau.
    Et ça va même crescendo, ce qui n’est pas étonnant.

    • Grogro dit

      En 2005 ?

      Mais cela a commencé dès 79-81 à Vaulx-en-Velin et à la cité des Minguette. Ce sont des phénomènes de tribalisation émergents. Depuis, entre les forces de l’ordre (au sens large) et les « bandes », c’est une montée aux extrêmes toute clausewitzienne, encore une fois un affrontement mimétique à la René Girard.
      Ca n’a rien de neuf. De temps en temps, une agression plus violente que d’habitude fait scandale. On agite deux-trois mesurettes devant les médias, pas toujours malvenues (protéger les véhicules d’intervention contre le caillassage, cela aurait du être fait il y a 30 ans), mais comme toujours dans une structure complexe trop bureaucratisée, en réagissant à rebours et non pro-activement. C’est un problème d’organisation très classique.
      Pendant les premières années de la guerre d’Irak, un officier américain a maté les émeutes chroniques sans effusion de sang. Comment ? En comprenant que les dynamiques de masse relèvent aussi des habitudes. En agissant sur une habitude collective, insensiblement, il a ramené le calme. Parce qu’il avait déclenché une réaction en chaine, non linéaire.

      • Grogro dit

        Parce que le père de famille est seul et n’a pas de groupe de pression derrière lui. Il n’a donc pas de relai pour faire entendre sa voix et susciter une éventuelle empathie. Montez un groupe de pression pour défendre les droits d’une catégorie de population, et la situation changera.

    • Citoyen dit

      Et voila ! …. c’est probablement qu’avec le père de famille en question, il n’y a pas de représailles à redouter …
      Avec lui, ils n’ont pas besoin de se mettre aux abris. Ceci pouvant expliquer cela.

  4. Pierre dit

    Vous utilisez fort justement le mot de « guerilla »… Or c’est le titre du dernier bouquin de Laurent Obertone.

    Une fois de plus, on pensait que l’auteur exagérait… et la Réalité se rappelle à nous… et démontre qu’au fond Obertone n’écrit pas de la SF…. mais se contente de la dépeindre.

    Ajoutons une chose importante : réfléchissez et demandez-vous dans quel autre… pays on peut voir des scènes équivalentes : des racailles (c’est à dire pas des criminels professionnels) qui tentent de tuer des flics dans une voiture à coup de cocktail molotov ?

    A priori aucun.

    Vous imaginez ? Si un tel acte était commis dans un pays asiatique par exemple, dans l’heure qui suit un escadron de la mort serait monté et les petites frappes responsables seraient abattues comme des chiens.

    Ils se trouvent que les petites frappes le savent parfaitement… Et donc ils ne passent pas à l’acte.

    Même aux USA, où ça shoote sévère… cette scène est impensable. Là bas de toute façon, les flics tirent les premiers 😉 Au moins ça réduit les risques…

    Bref, c’est du délire ABSOLU et cela démontre à quel point la France est gangrenée, malade, dans son corps et dans son esprit.

  5. Guillaume_rc dit

    Tout ça à deux pas de La Grande Borne : il est intéressant de rapprocher cet article de celui récemment écrit sur la fierté de Manuel Valls d’être à la tête du pays qui construit le plus de logements sociaux (Valls est par ailleurs élu de la ville voisine soit-dit en passant).
    Or La Grande Borne c’est l’incarnation de tous les rêves (cauchemars ?) les plus fous de tous ces apprentis sorciers : politiciens, urbanistes et autres apôtres de la mixité sociale.
    Au départ, pas mal de cadres s’y sont installés ; on leur avait vendu la modernité. Ils sont vite partis (en y laissant des plumes) ou plutôt ils ont vite fuit.
    On a maintenant un territoire qui échappe à tout contrôle.

    Autre parallèle intéressant : il y a quelques mois un policier a été agressé au cocktail molotov. Il n’a pas riposté : on l’a décoré.
    Et on s’étonne…

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